Module Une nuée de témoins 1



Valdo et le mouvement vaudois



Colporter le message biblique

Pierre Valdo

[...] Que tout fidèle sache que moi Valdo et tous mes frères, en présence des très saints Evangiles, déclarons croire de tout cœur, accepter par la foi, professer explicitement que le Père le Fils et le Saint Esprit sont trois personnes, un Dieu unique, et la Trinité divine tout entière est d'une seule essence et d'une seule substance, éternelle et toute puissante, et les personnes de la Trinité sont pleinement Dieu, et les trois personnes sont un Dieu unique comme le dit le " Credo " [...].
Etant donné que, selon l'apôtre Jacques, la foi sans les œuvres est morte, nous avons renoncé au monde et distribué aux pauvres tous nos biens, comme Dieu le veut, et nous avons décidé d'être nous-mêmes pauvres, de telle façon que nous n'ayons plus aucun souci du lendemain et que nous n'acceptions de personne ni or ni argent, ni quoique ce soit, si ce n'est le vêtement et le pain quotidien. Notre intention est de vivre les conseils évangéliques comme étant des préceptes impératifs.
Nous croyons que ceux qui demeurent dans la vie du siècle, gardent leurs biens, font des aumônes et œuvres de bienfaisance et observent les préceptes du seigneur peuvent être sauvés.
Cette déclaration est faite au cas où quelqu'un se présenterait à vous, se déclarant des nôtres, pour que vous sachiez qu'il n'en est point s'il ne professe cette foi.

Extrait de la " Profession de foi de Valdo " citée par Georges Tourn, Les Vaudois, l'étonnante aventure d'un peuple-église, Tournon/Turin : Réveil/Claudiana. 1980. P.214.


  • Que veut signifier l'auteur à travers cette " profession de foi " ?
  • Quels sont les traits dominants du message exprimé par ce texte ?

Cliquez sur les termes soulignés : les notices s’affichent en dessous de ce texte

Colporter le message biblique

Pierre Valdo

[...] Que tout fidèle sache que moi Valdo et tous mes frères, en présence des très saints Evangiles, déclarons croire de tout cœur, accepter par la foi, professer explicitement que le Père le Fils et le Saint Esprit sont trois personnes, un Dieu unique, et la Trinité divine tout entière est d'une seule essence et d'une seule substance, éternelle et toute puissante, et les personnes de la Trinité sont pleinement Dieu, et les trois personnes sont un Dieu unique comme le dit le " Credo " [...].
Etant donné que, selon l'apôtre Jacques, la foi sans les œuvres est morte, nous avons renoncé au monde et distribué aux pauvres tous nos biens, comme Dieu le veut, et nous avons décidé d'être nous-mêmes pauvres, de telle façon que nous n'ayons plus aucun souci du lendemain et que nous n'acceptions de personne ni or ni argent, ni quoique ce soit, si ce n'est le vêtement et le pain quotidien. Notre intention est de vivre les conseils évangéliques comme étant des préceptes impératifs.
Nous croyons que ceux qui demeurent dans la vie du siècle, gardent leurs biens, font des aumônes et œuvres de bienfaisance et observent les préceptes du seigneur peuvent être sauvés.
Cette déclaration est faite au cas où quelqu'un se présenterait à vous, se déclarant des nôtres, pour que vous sachiez qu'il n'en est point s'il ne professe cette foi.

Extrait de la " Profession de foi de Valdo " citée par Georges Tourn, Les Vaudois, l'étonnante aventure d'un peuple-église, Tournon/Turin : Réveil/Claudiana. 1980. P.214.


Après étude du texte, nous vous proposons une série de questions qui vous permettront d'actualiser le texte, et de faire de ce récit le vôtre
(nb : les visuels associés aux questions sont uniquement présents pour vous inspirer, mais ne constituent pas un élément de réponse)

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  • 20050626233323


    Qu'est-ce qui vous a particulièrement touché dans la vie et le message de Pierre Valdo, du mouvement vaudois, des mouvements de Pauvres ?

  • 20050626233516


    En quoi la protestation de Valdo et celle des autres mouvements de Pauvres vous paraît-elle aujourd'hui encore d'actualité ?

  • 20050626233634


    Comment comprenez-vous ce que l'Evangile dit des richesses et de la pauvreté ? A quoi le croyant est-il appelé en ce domaine ? Connaissez-vous des femmes et des hommes qui ont fait un choix analogue à celui de Pierre Valdo ? Qu'en pensez-vous ?

  • 20050626233854


    En faisant bien la part du contexte de l'époque, très différent du nôtre, quels enseignements tirez-vous néanmoins de cette page d'histoire concernant en particulier l'exercice de l'autorité dans l'Eglise, l'attitude à l'égard de celles et ceux qui ne sont pas "théologiquement corrects", la tolérance et la liberté de conscience, le lien entre les Eglises et le pouvoir civil...?



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Soyez acteur de votre lecture


  • Quelles sont les causes essentielles des divers mouvements de protestation contre l'Eglise qui foisonnent au 12e siècle ?
  • Qu'est-ce qui, selon vous, caractérise fondamentalement le mouvement vaudois ?
  • Le rejet du mouvement vaudois par l'Eglise était-il inévitable et pourquoi ?
  • En quoi le message et l'itinéraire de Valdo se distinguent-ils de ceux de François d'Assise ? D'autres " mouvements de pauvres " à la même époque ?
  • Peut-on dire que le mouvement vaudois anticipe la Réforme du 16e siècle ? Sur quels points ?

Un peu de culture...

La Bible vaudoise de Lyon en langue provençale

Voir


Les vaudoises, des sorcières ?

Différents manuscrits du 15e siècle évoquent les vaudois ou les vaudoises dans le contexte de la sorcellerie :


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Vie de Pierre Valdo - [Clés de lecture]

           

 

Evénements de portée générale

 

Pierre Valdo

 

Evénements religieux liés à Valdo

   

Vers 1135

Naissance de Pierre Valdo

   

1145-
1153

Pontificat d'Eugène III

       

1155-
1190

Frédéric 1er, Barberousse, empereur

       

1162-
1196

Alphonse II, roi d'Aragon

1173

Conversion de Valdo

   

1179

3e Concile du Latran, les cathares et les patarins sont condamnés, mais pas les Vaudois

1179

Délégation vaudoise à Rome

   

1180-
1223

Philippe Auguste, roi de France

1180

Profession de foi de Valdo

   
   

1182

Valdo chassé de Lyon. Interdiction de prêcher sans autorisation ecclésiastique

   
   

1184

Concile de Vérone : excommunication des Pauvres de Lyon

   
   

1185-
1186

Les Pauvres de Lyon condamnés comme hérétiques par l'archevêque de Narbonne

   
   

1190

Les Vaudois en Languedoc

   

1191-
1197

Henri VI, empereur

1192

Le roi d'Aragon prend une mesure de bannissement contre les Vaudois

   

1198-
1213

Pontificat d'Innocent III

1198

Les Pauvres en Lombardie

   
       

1205

Conversion de François d'Assise Première prédication de Dominique contre les Cathares

   

1206-
1207 ?

Mort de Valdo

   
     

Suite

   

Les Vaudois - [Clés de lecture]

           

 

Evénements de portée générale

 

Les Vaudois

 

Evénements religieux liés aux Vaudois

       

1207

Colloque de Pamiers

1208

Croisade contre les albigeois

   

1208

Durand de Huesca fonde les Pauvres catholiques

1209-
1218

Othon IV, empereur

1210

Edit d'Othon IV contre les Vaudois du diocèse de Turin

1210

Le pape approuve la règle de François d'Assise

   

1215

Condamnation des Vaudois comme hérétiques par le 4e concile du Latran

   
   

1218

Colloque de Bergame

   
       

1223

L'ordre des franciscains est approuvé par le pape

1226-
1270

Louis IX (Saint-Louis), roi de France

       

1231

Création de l' Inquisition

       

1244

Chute de Montségur

       
   

1266

Inquisition en Bohême Diffusion des Vaudois en Autriche

   

1309

La papauté se déplace à Avignon

       
   

1312

Premier bûcher dans les vallées du Piémont (Pignerol) d'une femme pour " vaudoiserie "

   
   

1315

Les Vaudois en Calabre

   

1378

Le grand Schisme

       
   

1380

Martin de Prague, inquisiteur en Bohême

   
       

1384

Mort de Wyclif

   

1399

Procès de Vaudois à Berne

   
       

1415

Martyr de Jan Hus à Constance

1417

Fin du Schisme

       
   

1470

Les Vaudois du Piémont repeuplent le Luberon

   
   

1526

Premiers contacts avec la Réforme

   
   

1532

Les Vaudois adhèrent à la Réforme (Chanforan)

   

Une époque de bouillonnement - [Clés de lecture]

Le Moyen Age est une époque au cours de laquelle apparaissent, foisonnent, se développent, se mélangent, disparaissent, de nombreux mouvements de protestation spirituelle, voire de réforme de l'Eglise, comme la Réforme grégorienne. Ils ont souvent comme point commun de dénoncer l'indignité du clergé, les infidélités de l'Eglise, leur attachement aux richesses. S'y mêlent aussi des idées théologiques nouvelles en rupture plus ou moins claire avec la doctrine officielle. Il y a là une nébuleuse de courants aux contours incertains et mouvants. Il est parfois difficile de discerner s'il s'agit d'un authentique retour à l'Evangile, d'une protestation au nom de la fidélité au Christ, ou d'un mélange de foi chrétienne et de notions étrangères à la révélation biblique. L'Eglise de l'époque, pour s'en défendre, confond généralement ces différents mouvements sous le même vocable d' hérésie, rejetant d'un bloc les outrances et les nouveautés salutaires.

20050626225837

Difficile de discerner - [Clés de lecture]

20050626225916

Il faut aborder l'histoire de Valdo et du mouvement vaudois avec beaucoup de prudence, car ils peuvent être racontés, compris, interprétés de manières fort différentes en fonction de ce que l'on veut lui faire dire. Beaucoup d'incertitudes demeurent devant lesquelles on ne peut souvent avancer que des hypothèses, que l'on s'efforcera chaque fois de signaler. " Tenter de retracer l'histoire des Vaudois revient à cumuler les difficultés. C'est que ces gens ont laissé peu de témoignages directs ; paysans, ils ne faisaient pas partie des lettrés ou des puissants qui cultivaient l'écriture ; cachant leur dissidence, ils veillaient à ne pas éveiller les soupçons et donc à laisser peu de traces. L'essentiel de la documentation provient de ceux qui les ont combattus : traités, dissertations, procès... Comme pour toutes les minorités clandestines, nous disposons essentiellement de sources indirectes dites "de substitution", qu'il convient de traiter avec prudence " (Gabriel Audisio)

Naissance de Valdo - [Clés de lecture]

20050626230021

On a peu de certitudes concernant la vie de Valdo. Nous ne connaissons rien, ou très peu de choses, de son origine, de sa jeunesse et des dernières années de son existence. On le fait naître vers 1135. Même son nom est incertain. Seule son origine latine Valdesius ou Valdensis nous est parvenue. On peut supposer qu'il s'appelait Valdès ou Vaudès, d'où Valdo, qui en est vraisemblablement sa forme italienne. Nous avons conservé ce nom car c'est l'usage courant. Certains ont aussi avancé l'hypothèse que ce nom indiquait une origine du pays de Vaud en Suisse ou de la localité Vaux près de Lyon. Il faut attendre 1368 pour apprendre que son prénom est Pierre. On n'est guère plus assuré de son métier que de son nom. Ce serait un négociant du quartier Saint Nizier à Lyon. Il aurait habité dans une rue appelée à cause de lui rue " Maudite ". Marchand de toiles mais sans doute aussi exploitant de fours et de moulins appartenant à l'évêché. Certains le disent très riche, pratiquant l'usure. C'est en tout cas un brasseur d'affaires et un notable associé à la vie politique et administrative de la ville. Des activités qui l'ont vraisemblablement amené à voyager loin de Lyon. La tradition le veut marié et père de deux filles.

Conversion de Valdo - [Clés de lecture]

20050626230108

Plusieurs versions circulent concernant cet événement qui va entraîner un changement radical dans la vie de Valdo. La date elle-même est incertaine. Un des plus anciens textes, celui d'un chroniqueur de Laon, situe cette conversion en 1173. Certains vont jusqu'à la dater plus précisément entre le 27 mai et le 22 juin. D'autres la placent en 1176, après une famine qui a frappé Lyon. Plusieurs raisons sont généralement mentionnées pour expliquer sa conversion : une prédication sur le texte du jeune homme riche, la mort d'un ami, la chanson d'un troubadour. Mais aussi, plus fondamentalement, Pierre Valdo éprouve une inquiétude et une insatisfaction devant ce qu'il est, devant la société et devant l'Eglise. Cette profonde crise spirituelle que Valdo traverse va avoir deux conséquences immédiates importantes : la traduction de la Bible en langue vulgaire et le choix d'une vie de pauvreté. Ces deux décisions sont étroitement liées et on ne sait pas si l'une, et laquelle, a précédé l'autre.

La traduction de la Bible en langue vulgaire - [Clés de lecture]

20050626230148

Au 12e siècle, les manuscrits de la Bible sur parchemin sont rares, encombrants, onéreux. De surcroît, les gens du peuple ne savent pas lire ces textes écrits en latin. Valdo ne peut se contenter de souvenirs des prédications entendues. Il veut pouvoir retrouver les textes qui sont à la source de ces sermons et les rendre accessibles à tous. Il décide donc de faire traduire, à ses frais, des passages de l'Ecriture en langue vulgaire, c'est-à-dire dans la langue que l'on parlait à Lyon. Il s'est adressé pour cela à un clerc lettré, Etienne d'Anse, puis à un certain Bernard Ydros pour en faire des copies. Tout cela a dû lui revenir cher et l'on peut donc supposer qu'il l'a fait alors qu'il disposait encore de sa fortune. On pense que les quatre évangiles ont été traduits et également certains extraits des Pères de l'Eglise (Ambroise, Augustin, Jérôme, Grégoire...) que les Vaudois appellent les " sentences ". Sont ainsi mis à la disposition d'un grand nombre de gens les fondements bibliques de la foi.
Mais en fait, lire les Ecritures ne s'opposait pas aux directives de l'Eglise. L'évêque de Lyon, Guichard, a même pu, dans un premier temps, encourager Valdo dans son entreprise. Par contre, ce qui était exceptionnel et posait problème à l'Eglise de ce temps, c'était qu'un laïc (c'est-à-dire une personne n'appartenant pas au clergé) lise la Bible, le fasse dans la langue du peuple et la commente en public.

Le choix d'une vie de pauvreté - [Clés de lecture]

20050626230224

Le vœu de pauvreté n'est pas inhabituel à cette époque. Ils sont nombreux à l'avoir prononcé au Moyen Age. On pense notamment aux moines et aux ermites. Mais le cas de Valdo revêt un aspect particulier. D'abord il n'entre pas dans les ordres, il reste laïc, intentionnellement. Ensuite, il ne semble pas donner à la pauvreté une valeur méritoire, mais plutôt une dimension de contestation d'un ordre social injuste et d'une Eglise fascinée par les richesses. Son geste suscite dans son milieu l'incompréhension. Se référant aux chroniqueurs de l'époque, voilà, selon l'historien Giorgio Tourn, ce qu'aurait dit Valdo : " Citoyens, mes amis, contrairement à ce que vous croyez, je ne suis pas devenu fou, je me venge de mes ennemis, de ces ennemis qui m'ont opprimé jusqu'ici, me contraignant à faire passer l'amour de l'argent avant Dieu ; ce que je fais, je le fais pour moi et pour vous. Pour moi afin que si dorénavant je possédais encore quelque chose, vous puissiez me dire que je suis fou, pour vous afin que vous appreniez à mettre votre espérance en Dieu et non en la richesse. "
Toutefois, lorsque Valdo décide de vendre tous ses biens, il prend soin d'en soustraire au préalable une part afin d'assurer l'existence matérielle de sa femme et de ses filles.

Annoncer à tous la Parole - [Clés de lecture]

20050626230312

Ce que l'on va très vite reprocher à Valdo c'est de lire la Bible sans se référer aux interprétations officielles et de prêcher, alors que c'était jusqu'alors le monopole du clergé. " La prédication est l'affaire des évêques -affirme Guichard- c'est leur tâche et leur qualité de successeurs des apôtres leur en confère le droit. " " Non -répondent les Pauvres- chaque homme en a le droit dans la mesure où il vit comme vivaient les apôtres de Jésus " (Giorgio Tourn). Partageant la langue des humbles, c'est avec leurs mots que Valdo va annoncer l'Evangile. Faire lire la Bible, faire entendre la Parole de Dieu dans la langue du peuple, c'est là une démarche qui préfigure et anticipe celle de Luthervoir entrée Luther. Attirés par sa parole et par la nouveauté de son expérience des hommes et des femmes commencent à se rassembler autour de lui. En référence aux " pauvres en esprit " des Béatitudes, la petite communauté choisit, pour se définir, le nom de " pauvres ". Leur prédication est simple et directe. Ils ne prétendent pas enseigner de nouvelles doctrines, ils se limitent à exhorter leurs concitoyens à la repentance, à la pratique des bonnes oeuvres, à une vie authentiquement chrétienne.

Les Pauvres - [Clés de lecture]

20050626230432

Valdo et ses " frères ", en s'appelant " Pauvres ", en référence aux Béatitudes, entendent signifier qu'ils ont pour idéal la constitution d'une communauté semblable à celle des premiers disciples de Jésus, vivant de sa Parole et lui obéissant. Ils prennent pour règle les paroles que Jésus adresse à ses disciples quand il les envoie en mission. Comme les apôtres, ils s'en vont deux par deux, vivant d'aumônes, vêtus de bure et portant sandales ce qui leur vaut d'être appelés ironiquement les " Sandalisés ". Vers 1177, c'est-à-dire en trois ou quatre ans, Valdo et ses associés ont constitué une communauté et ils commencent à essaimer hors de Lyon. Ils annoncent l'Evangile, acceptant de discuter publiquement avec les représentants du clergé. Les historiens soulignent aussi qu'ils n'hésitent pas à faire une place aux femmes dans leur mouvement.
Au départ, l'évêque de Lyon, Guichard, soutient et défend les Pauvres contre son chapitre lyonnais plutôt conservateur.

Une communauté - [Clés de lecture]

20050626230526

Les Pauvres de Lyon ne veulent pas constituer une confrérie ou fonder un couvent, mais ils s'organisent en une association de personnes qui ont des convictions et des objectifs communs. Ce n'est donc pas par hasard qu'ils emploient un terme de la langue commerciale : " societas ", pour définir leur communauté. Ils forment une société, un groupe d'associés. Ils ne se retirent pas hors du monde, dans des lieux déserts. C'est sur les places, dans les rues, les maisons, les églises de leur ville qu'ils veulent vivre et faire entendre la vocation que Dieu leur adresse. Gautier Map, l'archidiacre d'Oxford qui les a interrogés au 3e concile de Latran, les décrit ainsi vers 1182 : " Ces gens n'ont pas de résidence fixe ; ils vont deux par deux, nus pieds, vêtus de bure, ne possédant rien et mettant tout en commun selon l'exemple des apôtres, suivant nus un Christ nu. ". Cette dernière expression sera reprise en 1263 par saint Bonaventure pour désigner les premiers Franciscains.

Valdo et l'évêque de Lyon - [Clés de lecture]

20050626230603

Le succès assez notable du mouvement des Pauvres commence à agacer et inquiéter l'évêque Guichard. En effet, " le problème que les "Pauvres" soulèvent dans l'Eglise du 12e siècle n'est pas celui de la pauvreté ou celui de la vie chrétienne, mais c'est le problème de la prédication de l'Evangile et de l'authenticité de la communauté chrétienne. " (Giorgio Tourn). L'évêque indique alors à Valdo des restrictions à son activité. Il est d'accord pour que Valdo étudie la Bible en langue vulgaire et en fasse une lecture publique, mais il ne l'autorise pas à prêcher. Il lui permet seulement un bref commentaire. Comme Valdo n'applique pas vraiment ses prescriptions, l'évêque Guichard lui demande, ainsi qu'à ses associés de s'éloigner de Lyon. La plupart le font, d'autres se cachent. Malgré ces obstacles, le mouvement continue à se développer. Nous sommes en 1178. Guichard leur interdit de prêcher dans tout le diocèse. Devant cette interdiction, les Pauvres de Lyon en appellent au pape de la décision de l'évêque.

Délégation vaudoise à Rome - [Clés de lecture]

20050626230730

Les Vaudois arrivent à Rome en 1179 où un rapport de l'évêque Guichard les a certainement précédés. Valdo et sans doute Vivet, converti de la première heure et ami de toujours, font partie de la délégation. Les membres du 3e concile du Latran les accueillent plutôt favorablement. Selon une tradition postérieure, le pape les aurait même reçus personnellement, les aurait embrassés et aurait accepté le don d'une de leurs Bibles. Ils sont interrogés par un moine anglais Gautier Map. Ce religieux lettré va les ridiculiser en les interrogeant sur de subtiles questions théologiques. Toutefois le concile ne les condamne pas, alors même qu'il prononce une condamnation des cathares et des patarins. Les Vaudois sont renvoyés à l'autorité de leur évêque. Rentrés à Lyon et malgré la déception que leur a causé leur voyage à Rome, les " Pauvres " se remettent à prêcher, exhortant leurs concitoyens à la repentance et à la pratique des bonnes oeuvres. Ils n'ont pas le sentiment d'être des hérétiques, comme le montre de manière exemplaire ce texte dit de " La Profession de foi de Valdo ".

Interdiction de prêcher - [Clés de lecture]

20050626230804

On pense qu'en revenant de Rome, les Pauvres de Lyon sont passés par la Lombardie où ils ont rencontré les " Pauvres lombards " qui ont des points communs avec eux. En 1180 Valdo et ses associés sont de retour à Lyon après 18 mois d'absence. Confortés par l'accueil bienveillant du pape qu'ils interprètent comme un accord ils se remettent à prêcher, gagnant de nouveaux adeptes. On pense qu'un nouveau contrôle ecclésiastique a lieu à Lyon. Certains historiens situent à ce moment-là la fameuse Profession de foi de Valdo. Les autorités lui auraient demandé de la signer, ce qu'il aurait fait, exprimant ainsi sa foi d'une manière fidèle à la doctrine officielle. D'autres historiens placent cet événement dans le Sud de la France, dans le contexte plus précis de la lutte contre le catharisme. En 1182, l'archevêque Guichard meurt. Il est remplacé par Jean de Bellesmains ou de Belméis. C'est un prélat hautain et méprisant, équipé comme un chevalier et au comportement de seigneur. Il considère que Guichard a été trop faible avec les Vaudois (selon l'historien Maurice Pezet) et veut en finir avec eux. Il leur refuse l'autorisation de prêcher. Valdo et ses associés passent outre à cette interdiction. Ils sont alors considérés comme rebelles et schismatiques. Valdo va se cacher et ne prendra plus la parole que clandestinement. En 1184, le concile de Vérone condamne à nouveau les Cathares et les Patarins et prononce l'excommunication des Pauvres de Lyon. Valdo et les " pauvres " refusent de se soumettre, citant pour se justifier, la parole de Pierre et Jean au sanhédrin : " Qu'est-ce qui et juste aux yeux de Dieu : vous écouter ? ou l'écouter, lui ? A vous d'en décider ! " (Actes 4,19). Ils sont alors contraints de quitter Lyon.

Contraints de quitter Lyon - [Clés de lecture]

20050626230837

Les Vaudois poursuivent alors leur mission en Bourgogne, en Champagne semble-t-il jusqu'aux régions allemandes, et au sud, dans la vallée du Rhône, les Alpes et le Piémont, en Provence et en Languedoc. Ils vont croiser sur leurs routes d'autres mouvements dissidents. A leur contact, leur pensée va évoluer et se préciser. Peu à peu leur théologie se structure. Ils en viennent à ne reconnaître que deux sacrements : le baptême et la cène. Ils dénoncent les croyances concernant le culte des saints, celui des reliques et les prières pour les morts. Sur le plan éthique à partir du Sermon sur la Montagne (Matthieu 5 et suivants), ils récusent l'usage du serment, refusent la violence et font passer l'amour des personnes avant l'obéissance aux autorités. Enfin ils critiquent le caractère monarchique de l'Eglise, son organisation hiérarchique et centralisée, son exercice autoritaire du pouvoir. Autant d'éléments qui annoncent les idées de Wyclif, de Hus et la Réforme du 16e siècle à laquelle les Vaudois se rallieront.

Les Pauvres en Lombardie - [Clés de lecture]

20050626230937

Les " Pauvres lombards " ont un passé différent de celui des " Pauvres de Lyon ". Leur protestation ne s'enracine pas d'abord dans la lecture des Evangiles, mais dans leur critique de l'Eglise, en particulier de son clergé corrompu par les richesses, et de la société de leur temps. Sans doute influencés par le mouvement des Patarins qui vient d'être condamné par le 3e concile du Latran (1179), ils sont avant tout les héritiers d'Arnaud de Brescia. Ils veulent non seulement prêcher l'Evangile mais aussi réformer la société. Cette approche politique n'est pas vraiment celle de Valdo. Ils ont toutefois en commun le souci d'annoncer l'Evangile dans la langue du peuple et de rendre ainsi le Christ accessible aux plus petits. Les Pauvres de Lyon et les Pauvres de Lombardie vont avoir des différences, voire des points de divergence. Certains pensent même qu'une crise grave se serait produite en 1205 et que Valdo aurait alors rompu avec les Pauvres lombards. Mais face à la répression, les deux groupes se rapprochent peu d'années après sa mort et vont se retrouver au colloque de Bergame (1218) pour discuter de ce qui les unit et de ce qui les sépare. C'est par les Pauvres lombards que le mouvement vaudois va se déplacer vers l'Est et le Nord de l'Europe.

Différences et divergences - [Clés de lecture]

20050626231030

On peut dire que les disciples de Valdo, les Pauvres de Lyon, fondent leur mouvement sur le discours missionnaire de Jésus ( Matthieu 10). Les Pauvres lombards s'appuient eux sur l'expérience de la première communauté chrétienne ( Actes 2). Ils continuent à vivre avec leur famille, exercent une activité professionnelle, sont insérés de manière sédentaire dans le tissu social. Ils se distinguent par un sens profond de la solidarité sociale et une grande capacité d'organisation. Ils nomment des responsables. L'un d'entre eux, Jean de Roco, originaire de Plaisance est même nommé à vie. " Les Lyonnais considèrent l'exercice d'une activité professionnelle comme représentant une attache, un obstacle, la tentation de la richesse ; les Lombards en font un instrument de service, une forme du témoignage chrétien, un moyen pour s'insérer dans la vie concrète. La "societas valdesiana" des premières années lyonnaises a pour personnage caractéristique un prédicateur itinérant, semblable au ménestrel qui s'en va de par le monde, libre chantre de la pénitence. La "Valdésie lombarde" a pour personnage central un artisan, un ouvrier de la laine, fileur ou tisserand, en bref un travailleur. " (Giorgio Tourn)

Profession de foi de Valdo - [Clés de lecture]

20050626231231

Les Pauvres de Lyon sont très respectueux de la hiérarchie. Ils ne veulent pas détruire l'Eglise de leur temps. Ils s'en sentent pleinement partie prenante. Ils l'appellent seulement à la conversion et au changement de vie. Leur engagement pour la cause de l'Evangile ne les fait pas entrer en dissidence. Ce sont des chrétiens dont la foi est fondée sur l'Evangile et non des rebelles novateurs contestant les autorités. En témoigne le texte de cette " Profession de foi " attribuée à Valdo (mais écrite peut-être par quelqu'un d'autre) où l'auteur proteste littéralement de sa " bonne foi ", en se référant aux dogmes traditionnels et au Credo de l'Eglise. On la situe en 1180. Un cardinal, Henri de Marcy, venu dans le sud de la France pour combattre les Cathares, interroge Valdo ou un Vaudois soupçonné de sympathies pour le catharisme. Il s'agit en somme de vérifier son orthodoxie. Le prélat lui soumet alors pour qu'il la signe une profession de foi traditionnelle. Ce que fait son interlocuteur, exprimant ainsi sa fidélité à la foi traditionnelle et se démarquant du mouvement cathare. Mais il ajoute au texte officiel des éléments plus personnels concernant notamment la pauvreté à laquelle appelle la Parole de Dieu et la soumission aux préceptes évangéliques.

Les Vaudois en Languedoc - [Clés de lecture]

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La présence de Vaudois en Languedoc semble attestée dès la fin du 12e siècle. Ils vont dans cette région être en contact avec des mouvements dont l'attitude est beaucoup plus critique et l'opposition plus radicale à l'égard de l'Eglise, de son clergé corrompu et de ses erreurs dogmatiques. Ce sont les disciples de Pierre de Bruys et d'Henri de Lausanne. C'est également et surtout le mouvement cathare en plein développement dont les vaudois vont chercher à se démarquer. Pour cela, ils réitèrent leur fidélité à la foi orthodoxe, dans la ligne de la " Profession de foi de Valdo ", et combattent les doctrines cathares. Désormais les Cathares n'ont plus seulement à faire à des ecclésiastiques considérés comme disqualifiés par les scandales, mais à des " Pauvres " itinérants qui s'efforcent de vivre en fidélité à l'Evangile. Selon Jean Duvernoy, les Vaudois se seraient même insurgés contre la richesse des dirigeants cathares les traitant " d'hommes d'affaires " ! Un des disciples de Valdo, Durand d'Huesca se distingue particulièrement dans cette activité polémique. Il est l'auteur d'un traité anti-cathare : le Livre contre l'hérésie, un ouvrage qui rend compte de la vie du mouvement et constitue, sans doute, le premier document de la littérature vaudoise. Pendant une vingtaine d'années et malgré les condamnations des autorités civiles ou religieuses, le mouvement vaudois va conserver une certaine liberté de mouvement

Les condamnations des autorités civiles ou religieuses - [Clés de lecture]

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En 1190, l'évêque de Narbonne condamne les Vaudois pour hérésie et Alphonse II, roi d'Aragon, dont les pouvoirs s'étendent jusqu'en Provence, les chasse de ses terres. L'évêque de Toul demande qu'on les arrête et qu'on les traduise devant son tribunal. Peu à peu la répression s'amplifie. Durand d'Huesca, qui pendant un certain temps avait représenté l'élite intellectuelle du mouvement vaudois, retourne dans le giron de l'Eglise romaine. En effet, lors d'un colloque à Pamiers (1207) à la cour du comte de Foix, il affronte des théologiens fidèles à l'Eglise romaine, dont probablement Dominique, et se laisse convaincre. En 1208, il fait approuver par le pape Innocent III un ordre des Pauvres catholiques dont la règle était calquée sur le manifeste de Valdo. On pense généralement que ce mouvement n'a pas duré : il aurait été absorbé par les dominicains ou les franciscains.
Le 4e concile du Latran en 1215 confirme les condamnations antérieures de l'Eglise à l'égard des Vaudois. Leur excommunication définitive est prononcée. Désormais le mouvement vaudois, et ceci jusqu'à la Réforme, vivra dans la clandestinité ou le nicodémisme (c'est-à-dire l'apparence catholique).

Mort de Valdo - [Clés de lecture]

Il y a beaucoup d'incertitudes et bien des hypothèses concernant sa mort. Selon une tradition, il serait mort en Bohême, selon une autre il serait mort à Gourdon dans le Lot. Aucune tombe ne porte son nom. Seul, un monument de la Réforme à Worms, honore son souvenir. Quant à la date, elle est le plus généralement située en 1206-1207. Mais il en est qui pensent que Valdo n'a pas vu le 13e siècle (Paul Leutrat, Antoine Dondaine). D'autres le disent vivant en 1215 ou 1217

Le colloque de Bergame - [Clés de lecture]

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Un témoignage fondamental du colloque de Bergame (1218) est une lettre adressée aux Vaudois d'Allemagne pour les en informer. Après des échanges de correspondance, six Pauvres de Lyon et six Pauvres lombards (soit douze délégués comme les douze disciples de Jésus) se rencontrent pour faire le constat de leurs convergences et de leurs divergences. Face à l'hostilité de l'Eglise et compte tenu de l'étroite parenté de leurs positions, ils ressentent la nécessité d'unir leurs forces. Ils posent les bases d'un mouvement qui se nourrit des richesses des uns et des autres : l'esprit missionnaire des Pauvres de Lyon est complémentaire de l' organisation et du réalisme des Pauvres lombards. Cette rencontre constitue un tournant décisif pour le mouvement vaudois qui va essaimer à travers l'Europe

Dominique (vers 1170-1221) - [Contexte]

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Les Cathares et autres mouvements dissidents ont du succès car ils affichent généralement une austérité irréprochable en face d'une Eglise qui vit dans un luxe et une corruption visibles. En 1206, Dominique de Guzman, chanoine espagnol, va avoir alors l'intuition de ce qu'il faut faire pour contrer leur développement : les battre sur leur propre terrain en adoptant leur manière de vivre. Il faut descendre dans la rue, nu-pieds et demandant l'aumône comme le font les Pauvres vaudois et les Bonshommes cathares pour proposer aux croyants le message évangélique. Il s'agit en somme de prendre la forme de ces mouvements et proposer un autre message afin de réintégrer les déviances dans le giron d'une Eglise renouvelée. Dominique fait valider sa stratégie par Rome et il envoie sur les routes des Frères Prêcheurs bien formés sur le plan théologique. Ainsi est fondé à Toulouse, en 1215, l'ordre des dominicains.
Mais le succès est trop lent face à la menace cathare. Les prédications se révèlent impuissantes à éradiquer l'hérésie et la politique des évêques intransigeants finit par avoir le dessus. En 1208 est déclenchée la Croisade contre les Cathares ou Albigeois. Le 4e Concile de Latran (1215) sanctionne officiellement cette nouvelle façon de concevoir la lutte : l'hérésie doit être anéantie par la force. En 1232 est officiellement créée l'Inquisition, dont les postes principaux sont confiés aux dominicains. Leur férocité leur a valu un surnom en forme d'étymologie Domini canes : " les chiens du Seigneur ". Dans ses tribunaux spéciaux, acceptés par les autorités " politiques ", l'Inquisition pourchasse, torture, juge, condamne et brûle les " hérétiques ". Le pouvoir séculier se charge d'exécuter les sentences. Ce sont souvent les registres de l'Inquisition qui au cours des siècles attestent la présence, dans telle contrée et à telle époque, d'homme et de femmes, de groupes, de mouvements dissidents. Dominique sera canonisé en 1234.

La situation de Lyon - [Contexte]

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Située au confluent du Rhône et de la Saône, la ville de Lyon est sur un axe de passage entre le nord et le sud de la France. Cette situation privilégiée en fait une plaque tournante du commerce et favorise l'essor de l'artisanat local. Des activités bancaires commencent à se développer. Une puissance financière s'installe, détenue par un petit nombre de familles de la classe aisée des marchands. Mais cette situation économique prospère génère aussi pauvreté et misère. D'autant que cette ville voit converger vers elle les paysans pauvres des campagnes environnantes en quête de travail et de ressources. Lyon est aussi une ville où l'Eglise est particulièrement puissante avec à sa tête un archevêque. L'archevêque Guichard sera d'abord l'interlocuteur de Valdo, puis ce sera Jean de Bellesmains, véritable prince de l'Eglise. L'autorité du clergé est moins discutée qu'ailleurs, même si des luttes de pouvoir se manifestent parfois durement.

La pauvreté de la population - [Contexte]

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Dans les campagnes comme dans les villes, la pauvreté est très grande (manque d'hygiène, maladie, famine...). Au temps de Valdo le souvenir d'une famine en 1030 demeure vivace. Les richesses de certains prélats et des seigneurs, l'apparition d'une classe commerçante aisée, soulignent l'écart entre riches et pauvres, particulièrement en ville, où les injustices sont criantes. Des révoltes surgissent parfois, sévèrement réprimées. " La pauvreté de tant d'habitants de sa ville, un citadin comme Pierre Valdo ne peut pas ne pas la voir. Dans les villes du Moyen Age, les gens s'entassent, les rues sont étroites, les logements petits. Les marchands et les artisans cherchent, bien sûr, à vivre entre eux dans tel quartier ou dans telle rue qui abritent surtout des gens de leur monde, de leur corporation. Les miséreux apparaissent néanmoins partout, mendiant aux portes des églises, sollicitant les aumônes dans les rues, jusqu'au pied des portes des maisons. La sensibilité de Valdo le porte à juger cet excès de misère insoutenable. " (Bernard Félix). Mais dans la mentalité et même la spiritualité de l'époque, la pauvreté est tolérée, acceptée, valorisée même. La pauvreté correspondrait à un ordre voulu par Dieu. Considérée comme une épreuve pour celui qui la subit elle devient occasion pour le riche d'exercer la charité.

L'indignité et l'incompétence du clergé - [Contexte]

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L'Eglise a fait quelques tentatives de réforme, comme la Réforme grégorienne, mais elles sont restées sans effet durable. Même si, dans l'ensemble, le clergé est pauvre, on constate dans les couvents et les évêchés un attrait pour les richesses matérielles. D'autant que Rome a besoin d'argent pour ses luttes contre l'Empire et pour les Croisades. " En matière de moralité, cupidité, concubinage, dissolution des mœurs sont fréquents. Les influences s'achètent, les nominations, les élections se vendent. Même vers le haut de l'échelle cléricale, les exemples ne manquent pas de la vénalité des prêtres, de leur attrait pour les biens de ce monde et pour les femmes des autres " (Bernard Félix). Par ailleurs, s'il y a des prêtres instruits et même savants, beaucoup sont ignorants, incapables de comprendre et commenter les textes de la Bible. Enfin, la hiérarchie ne suffit pas à maintenir l'ordre. Tensions et conflits existent entre le clergé séculier et le clergé régulier, comme entre les différents ordres monastiques.

Une inquiétude et une insatisfaction - [Contexte]

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Les sujets d'insatisfaction ne manquent pas. On peut, en particulier en souligner deux : l'indignité et l'incompétence du clergé, la pauvreté de la population. Bernard Félix en ajoute deux autres : le manque de solidarité dans la société et une dévalorisation de la condition féminine. En effet, à l'exception des moniales (mais ce sont généralement des nobles), des intuitions d'un Robert d'Arbrissel, et, un peu plus tard, des Parfaites cathares, des béguines ou dans un sens opposé les sorcières ou prétendues telles, les femmes ont un statut social inférieur.

L'angoisse devant la mort - [Contexte]

Tout chrétien de cette époque prend très au sérieux les menaces de damnation éternelle. On croit fermement au catalogue des peines effrayantes de l'Enfer que chapiteaux ou fresques exposent à la vue des fidèles et que les sermons décrivent avec force détails. Aussi redoute-t-on l'épreuve du Jugement dernier et les terribles punitions qui sont le lot des réprouvés. Se pose alors, comme l'indique le texte de la Profession de Valdo, la question des " bonnes œuvres " à accomplir pour le salut de l'âme.

Sept Croisades - [Contexte]

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La première est prêchée en 1095 par le pape Urbain II. La seconde en 1146 par Bernard de Clairvauxvoir entrée Bernard de Clairvaux. Elle sera un très dur échec. La troisième qui veut reprendre Jérusalem aux mains de Saladin est menée par Richard Coeur de Lion, roi d'Angleterre, Philippe Auguste, roi de France, Frédéric Barberousse, empereur d'Allemagne. La quatrième et la cinquième sont conduites pour défendre le royaume chrétien de Jérusalem. Enfin la sixième et la septième, menées par Louis IX (saint Louis), se terminent par un échec, Louis IX mourant à Tunis en 1270.

De lieu en lieu pour annoncer la Parole de Dieu - [Contexte]

Après avoir tout d'abord dirigé ses disciples vers l'Ombrie et la Toscane, François les envoie vers les pays voisins, la France, l'Allemagne, la Hongrie par exemple. D'après certains récits, lui-même serait parti pour la Terre sainte avec les Croisés. Là, il aurait voulu annoncer l'Evangile aux musulmans et, après de multiples aventures, aurait comparu devant le sultan. Cet épisode attribué à la vie de François marquera l'intérêt des franciscains pour les missions en terres lointaines. Ils seront les grands missionnaires du Moyen Age.

Un nouvel ordre monastique - [Contexte]

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François et ses compagnons établissent un premier monastère en construisant quelques chaumières autour de l'église de la Portioncule. Pour les femmes, l'ordre des Clarisses est fondé par une jeune fille d'Assise nommée Claire. Puis un troisième ordre, ou Tiers Ordre, est organisé pour aider les laïcs à vivre dans leur vie quotidienne les " conseils évangéliques " (pauvreté, chasteté, obéissance) remis en vigueur par François. L'ordre des frères mineurs ou franciscains s'organise. La règle de 1221, remaniée en 1223, en fixe définitivement l'organisation. Chantant une dernière fois le Psaume 141 : " Ô Seigneur, je t'invoque, accours à mon aide ", François d'Assise meurt en 1226.
A sa suite apparaissent d'autres ordres mendiants, en particulier les dominicains qui vont fortement influencer la vie religieuse du 13e siècle. Ces ordres voient le jour en une époque difficile : d'une part les hérésies (comme celle des Cathares) et le retour à l'Evangile (comme c'est le cas pour les Vaudois) posent à l'Eglise romaine de nombreux problèmes. D'autre part l'échec des Croisades en Orient marque durement la chrétienté.
Mais ces ordres, qu'ils soient franciscains, dominicains, carmélites, ermites augustins, influencent profondément les populations au milieu desquelles ils vivent. Soumis à la papauté, dont ils sont souvent les ardents défenseurs, ils enseignent, fondent des Tiers Ordres, et participent activement au renouvellement de la spiritualité.

Restaurer l'Eglise - [Contexte]

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Dans la petite église de Saint Damien, aux environs d'Assise, François reçoit de Dieu l'ordre de restaurer l'Eglise. Il obéit, pensant qu'il s'agit de l'édifice où il se trouve. Il parcourt alors rues et places d'Assise pour trouver les moyens de travailler à cette construction. Mais c'est le 24 févier 1209 que Dieu lui révèle sa véritable vocation. Alors que François se trouve à la Portioncule, petite chapelle au pied d'Assise, il entend la lecture de l'Evangile du jour : Matthieu 10,7-11 où Jésus annonce aux disciples qu'ils doivent aller prêcher dans la pauvreté. Dès lors François devient prédicateur itinérant. Il est le Petit Pauvre (Poverello en italien) qui ne possède plus rien. Bientôt douze compagnons se joignent à lui et, avec l'autorisation du pape, vont de lieu en lieu pour annoncer la Parole de Dieu en vivant dans la pauvreté.

François d'Assise - [Contexte]

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François naît à Assise en 1182. Fils d'un riche marchand, il connaît une jeunesse insouciante et aventureuse. Il devient chevalier, mais au cours d'une guerre contre Pérouse il est fait prisonnier. Un an de captivité et une grave maladie lui donnent l'occasion de réfléchir sur le sens de sa vie. Voulant alors servir le Christ, il se met à la disposition de l'Eglise et de ses frères. Humblement il restaure quelques Eglises en ruine et s'oblige à rester près des lépreux pour les servir. Il se veut désormais chevalier du Christ. Un jour que ses amis, étonnés de ne plus le voir à leurs côtés dans les divertissements de la jeunesse, lui demandent s'il songe à se marier : " Oui, répond François, et la fiancée que je veux conquérir est plus noble, plus riche et plus belle qu'aucune autre femme ". Il parle en fait de la pauvreté !
François d'Assise reçoit les stigmates du Christ, son ordre sera reconnu par le Pape et lui-même sera, après sa mort, canonisé (1228). Son fameux Cantique du Soleil peut être lu en réponse au catharisme comme un hymne anti-dualiste. Le mouvement franciscain croise plusieurs fois le valdéisme et s'explique même en partie par le valdéisme qui lui est antérieur.

Ermites et ordres monastiques - [Contexte]

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Certains, qui ont du mal à trouver leur place dans la société et l'Eglise de ce temps, vont choisir une autre voie que celle de la dénonciation, de la révolte ou de la désobéissance. Sans bruit ils se retirent du monde pour mener, solitaires, une vie de pauvreté. Ce sont les ermites, nombreux semble-t-il au cours du Moyen Age. On peut citer Bernard de Tiron, Etienne de Muret, Robert d'Arbrissel. Ils attirent des hommes et des femmes qui partagent leur quête et deviennent parfois leurs disciples. Vont aussi se créer des ordres monastiques. On pense à Bernard de Clairvaux critiquant les richesses ostentatoires des bénédictins du monastère Cluny, aux dominicains et aux franciscains. A la base de ces initiatives, on trouve souvent des intuitions proches de celles qui susciteront les mouvements dissidents. Mais elles sont portées par des clercs qui savent jusqu'où " ne pas aller trop loin " dans la critique de l'Eglise. " Là où Robert d'Arbrissel, prêtre et mandaté régulièrement, ne trébucha pas, un laïc, Vaudès, rencontra l'obstacle. " (Michel Mollat)

Cathares - [Contexte]

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Ce mouvement religieux se développe essentiellement en Lombardie et en Languedoc dans la deuxième moitié du 12e siècle. Du grec katharos qui veut dire " pur ", les Cathares donnent une importance particulière à certains aspects du message évangélique comme la pureté. Ils se considèrent comme chrétiens. Sous l'influence de mouvements orientaux dissidents, en particulier les Bogomiles en Bulgarie (Bogomil signifiant " Amis de Dieu " en slavon), ils vont élaborer une doctrine simple et exigeante. Fondée sur l'opposition entre le Bien et le Mal, elle s'inspire de l'enseignement d'un prêtre perse du nom de Manès (216-277 ap. JC). On parle de manichéisme pour désigner les différentes doctrines issues de sa pensée. Le catharisme prend la forme d'une véritable communauté religieuse avec ses rites, ses cérémonies, ses livres sacrés. Il ne reconnaît qu'un seul sacrement, le consolamentum, qui efface toutes les fautes passées et garantit la vie éternelle. La communauté a des ministres (les Bonshommes ou Parfaits), des membres, des sympathisants, des assemblées délibératives. Les Cathares refusent l'acte sexuel parce que lié à la procréation, s'abstiennent de manger certains aliments considérés comme impurs, récusent la richesse, pratiquent le jeûne, bref mènent une vie très austère. Le mouvement prend de l'ampleur grâce à son organisation rigide et à l'appui des classes dirigeantes. Devant ce phénomène qui représente une menace, est créé à Toulouse en 1215 l'ordre des dominicains ou Frères Prêcheurs, en vue de la conversion des cathares. Mais le succès étant trop long à venir, la répression se met en place, organisée par la tristement célèbre Inquisition confiée aux dominicains. La Croisade contre les Cathares, appelés aussi Albigeois du nom de la ville d'Albi où ils étaient nombreux, se déchaîne en 1208. Elle ouvre une période de persécutions terribles qui met le Midi toulousain à feu et à sang et va détruire sur son passage des communautés vaudoises.
Après le bûcher du Mont-Aimé (Champagne) en 1239 qui met fin au catharisme du nord de la France et avant les bûchers de Sirmione et Vérone (Lombardie) en 1276 et 1278 pour ce qui concerne le catharisme italien ou exilé en Italie, la capitulation des Cathares du Languedoc se termine par le bûcher de Montségur (Ariège) en 1244. Le 16 mars, deux cents Cathares, hommes et femmes, sont brûlés au pied de la forteresse, en un lieu aujourd'hui connu sous le nom de Champs des Crémats (champ des brûlés). Le dernier " parfait " cathare occitan est brûlé en 1321. La dernière condamnation de Cathares attestée par les registres de l'Inquisition date de 1329. Au milieu du 15e siècle, on peut encore trouver quelques références à des condamnations de Cathares en Occident.

Pierre de Bruys et Henri de Lausanne - [Contexte]

Pierre de Bruys est originaire du Dauphiné. Il critique violemment l'Eglise, en particulier sur le plan doctrinal. Il refuse le sacerdoce des prêtres, le sacrement du mariage (ce qui le rendit suspect d'immoralité) ainsi que le culte de la croix (il finira brûlé sur des croix qu'il détruisait). Il a eu vraisemblablement des contacts avec les Cathares. Ses thèses ont quelque parenté avec celles d'un certain Tanquelin dans le nord de la France, assassiné en 1115.
C'est dans le Dauphiné qu'Henri de Lausanne rencontre Pierre de Bruys et devient son disciple. Cet ancien religieux exerçait son ministère près du Mans. Mais ses attaques contre les revenus du clergé, les pratiques du mariage et l'autorité de l'archevêque du lieu le contraignent au silence et à l'exil. On trouve chez Henri des conceptions dualistes qui dénotent une influence cathare. Les deux hommes s'apprécient et ensemble ils contestent de manière radicale l'Eglise et sa hiérarchie. Ils sont souvent pris pour des Cathares et persécutés comme tels. Pierre de Bruys meurt à Saint Gilles dans le Gard en 1140, brûlé vif par la foule qui s'était retournée contre lui.
Henri de Lausanne continue à propager leurs idées dissidentes. Bernard de Clairvaux en personne vient dans le Midi pour les combattre. Mais sa mission n'est pas un succès. Il se serait " fait vertement reprocher la beauté de sa monture, digne d'un prince " ! (Bernard Félix) L'évêque de Toulouse réussit à s'emparer d'Henri. Il l'envoie à Reims devant le concile réuni par le pape Eugène III. Condamné à la prison perpétuelle en 1148, il mourra quelque temps après.

L'Europe - [Contexte]

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De nombreux mouvements de protestation spirituelle - [Contexte]

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L'Eglise est attaquée en différents lieux depuis un siècle et particulièrement à propos des mœurs du clergé et de ses richesses. Dès 970 on signale en Bulgarie une forme de catharisme : les Bogomiles. Il existe aussi un autre mouvement que le prêtre byzantin Cosmas décrit ainsi : " Certains vont oisifs, et ne veulent occuper leurs mains à aucune tâche, enseignant à leurs fidèles à ne pas se soumettre aux autorités ". Des révoltes populaires secouent sporadiquement l' Europe et des mouvements de pauvres s'organisent. Celui des " Patarins " en Italie du Nord est l'un des plus anciens (fin du 11e siècle) et des plus constitués. En 1143, Evervin de Steinfeld, écrivant à Bernard de Clairvaux, distingue deux groupes d'hérétiques dans la région de Cologne : d'une part les Cathares qui ont déjà leur évêque et, d'autre part, des " prédicateurs critiques ". Toute l'Italie du Nord est travaillée par d'innombrables mouvements spirituels dont celui d'Arnaud de Brescia (1090-1155). Certains de ses anciens disciples contribueront à l'émergence du mouvement des Pauvres de Lombardie qui seront en lien avec les Vaudois. Ceux-ci vont avoir, en Languedoc, des contacts avec les disciples de Pierre de Bruys et d'Henri de Lausanne. L'attitude de tous ces mouvements dissidents à l'égard de l'Eglise officielle est souvent plus radicale que celle des Vaudois. Leur développement rapide témoigne de " besoins moraux populaires, peut-être exacerbés par les manifestations de richesse d'un clergé opulent ou comblé de bénéfices " (Christine Thouzellier). Dans le Midi de la France, les Vaudois vont également croiser les Cathares avec lesquels ils seront parfois confondus et persécutés. Mais la volonté de réforme et le choix de la pauvreté vont aussi s'exprimer à travers des initiatives qui seront acceptées par l'Eglise : les ermites et les ordres monastiques ou encore les Pauvres catholiques de Durand d'Huesca. Une génération après Valdo, François d'Assise sera également poussé par une vocation de pauvreté évangélique. Valdo sera excommunié et connaîtra sans doute une mort misérable. François fondera un ordre reconnu par l'Eglise et sera rapidement canonisé. Ce sont deux itinéraires à la fois proches et différents.

Les vaudois d'hier à aujourd'hui - [Espace temps]

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Aujourd'hui les Vaudois sont moins de 30 000 en Italie : une moitié vit dans les vallées du Piémont. 120 églises pour 103 pasteurs -dont 17 femmes- qui ont été formés à la Faculté de théologie de Rome. L'Eglise évangélique vaudoise gère plusieurs écoles et oeuvres diaconales, dont le centre d'Agape à Riesi : lieu de réconciliation oecuménique. 14 000 Vaudois forment l'Église évangélique vaudoise du Rio de la Plata en Uruguay et en Argentine, qui a son origine dans l'émigration du 19e siècle. Dans son organisation, l'Eglise vaudoise est basée sur deux principes protestants : la responsabilité de chaque Eglise locale et celle de l'assemblée des Eglises locales ou synode dans le gouvernement de l'Eglise. L'Eglise vaudoise d'Italie est aujourd'hui unie avec les Eglise méthodistes pour former l'Eglise valdo-méthodiste d'Italie.

Les " Quatre Articles " - [Espace temps]

Dans ce texte Wyclif demande : l'abolition des vœux monastiques, l'abolition de l'exemption des taxes fiscales pour le clergé et ses biens, la suppression des dîmes et offrandes imposées, la prédication de la pure doctrine de Jésus-Christ sur l'eucharistie.
Un tribunal ecclésiastique condamne Wyclif qui, abandonné par la noblesse à la suite d'une révolte paysanne dont il n'est pas responsable, se retire dans sa paroisse de Lutterworth (Leicestershire). Là, il peut achever un grand traité, le Trialogus. Entre d'autres idées hardies pour l'époque, il place la Bible au-dessus de l'Eglise. Wyclif a beaucoup lutté mais sans être fortement persécuté. Il n'en sera pas de même pour ses disciples et pour sa dépouille mortelle qui est condamnée par le concile de Constance (1415) à être exhumée et brûlée. Ce qui fut fait un peu plus tard.

Wyclif (1324-1384) - [Espace temps]

Après des études à Oxford, il devient professeur en 1361. Il prend position contre le pape pour défendre les intérêts nationaux. Il déclare que l'Eglise n'est pas propriétaire de ses biens mais simplement l'intendante. Il réclame la sécularisation des biens du clergé. Il est appelé à comparaître en 1377 devant un tribunal d'évêques à la cathédrale Saint Paul de Londres. Grâce au duc de Lancastre et malgré une audience houleuse et un début d'émeute populaire, il est acquitté. Il continue à réclamer une réforme de l'Eglise : il attaque la confession obligatoire, les pénitences, les indulgences, le système de gouvernement dont le pape est le chef. Mais surtout Wyclif veut mettre la parole de Dieu à la portée de tous. Il traduit donc la Bible en langue anglaise, multiplie les sermons et les traités et organise un corps de prédicateurs itinérants. Il a pour devise : " Je crois que la vérité finira par triompher ". En 1382, Wyclif présente au roi et au Parlement les " Quatre Articles ".

Une décision significative - [Espace temps]

A Chanforan, on décide de recueillir des fonds (1500 écus) pour faire traduire et imprimer la Bible en langue française. On se rend compte qu'une situation aussi nouvelle exige de nouveaux instruments de témoignage et que les vieilles traductions en " langue vaudoise " ne correspondent ni aux exigences de l'époque ni aux récentes recherches sur les textes. On confie l'entreprise à Pierre Robert, dit Olivétan, parent de Calvin, qui achève son travail après des mois de labeur acharné dans une localité des Alpes dont le nom ne nous est pas parvenu. Calvin en écrit la préface. Le résultat de ce travail colossal, c'est la réalisation de la célèbre Bible d' Olivétan, la première Bible réformée, imprimée à Neuchâtel en 1535.

Assemblée de Chanforan, adhésion des Vaudois à la Réforme (1532) - [Espace temps]

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C'est une sorte d'assemblée constituante qui se tient en 1532 à Chanforan dans le Piémont. Malgré la prudence, voire les réserves du courant vaudois traditionaliste attaché au passé et grâce sans doute à la présence de Guillaume Farel, les Vaudois décident d'adhérer à la Réforme. Pour eux, il ne s'agit pas de devenir protestants (les Eglises protestantes n'existent pas encore en 1532 !), dans le sens d'une adhésion à une confession rigidement définie sur le plan du dogme et des structures, mais de s'insérer dans un mouvement religieux en développement. Cela dit c'est un tournant important. " C'est toute la théologie et la spiritualité du mouvement vaudois médiéval dont certains aspects étaient encore proches de la piété catholique, qui sont refondues sur le moule d'une théologie plus biblique. " (Giorgio Tourn). Ce climat de renouveau théologique est propice à une décision significative.

Premiers contacts avec la Réforme - [Espace temps]

Intéressé par les idées réformatrices qui circulent, le Chapitre général vaudois décide en 1526 d'envoyer des émissaires dans le nord des Alpes pour juger de la situation. Ils rencontrent Guillaume Farel à Aigle. Quatre ans plus tard, le Chapitre de Mérindol envoie une nouvelle mission exploratoire qui va à Berne, Bâle et Strasbourg. Les délégués vaudois vont avoir des entretiens avec Oecolampade et Bucer. Ceux-ci expriment un jugement positif sur la théologie et la spiritualité vaudoises. Ils lui reconnaissent un caractère profondément biblique et évangélique, tout en formulant quelques réserves. Ils craignent avant toute chose les mouvements sectaires comme les anabaptistes qui poussent le message luthérien jusqu'à ses extrêmes conséquences, en proposant comme modèles des communautés de croyants parfaits. Les Vaudois ont en effet un point commun avec ce courant anabaptiste : la nette séparation des pouvoirs civils et religieux.

Le mouvement s'organise - [Espace temps]

Cinquante ans après la conversion de Valdo, le mouvement vaudois en Lombardie est organisé. Il ne s'agit plus d'un groupe d'hommes et de femmes réunis par des convictions spirituelles, mais d'une communauté qui s'est donné un programme et qui a un projet à réaliser. Désormais une sorte de hiérarchie s'est installée avec des diacres, des anciens, des évêques. En Lombardie, c'est l'ancien qui est la figure centrale du groupe, ailleurs, dans le Midi de la France par exemple, c'est le majoralis (le majeur, le premier) qui en forme le noyau. A partir du 15e siècle, les Vaudois utilisent le mot " barbe " pour désigner leurs ministres. On considère généralement que ce mot dérive du latin du Bas-Empire et indique l'oncle maternel. Dans les dialectes lombards, il désigne une personne âgée, expérimentée et aussi, parfois, l'oncle. Ce pourrait être alors indirectement un terme polémique qui s'oppose à celui de " père " (employé pour le curé) alors qu'il est dit " n'appelez personne sur la terre votre père, car un seul est votre Père " (Matthieu 23/9). " Les "barbes" du 15e siècle ne sont plus seulement des artisans qui parcourent le monde pour garder le contact entre les groupes de la diaspora tout en exerçant un métier comme l'avaient fait les ministres vaudois des siècles précédents. Au 15e siècle les barbes sont de véritables maîtres de foi, de vie, et de culture aussi ; ils propagent la littérature vaudoise, recueillent des sermons, composent des poèmes. On ne saurait naturellement les comparer aux grands humanistes qui furent leurs contemporains ! Leur bibliothèque est aussi modeste que peut l'être celle d'un homme continuellement par monts et par vaux, mais elle est de bonne qualité. Les barbes sont en mesure de lire des oeuvres de théologie en latin et de les traduire ; ils étudient les mathématiques et juste ce qu'il faut de médecine et de botanique pour leur permettre d'être un tant soit peu guérisseurs " (Giorgi Tourn). Les jeunes Vaudois qui se préparent à être barbes ont une formation rigoureuse, en particulier en accompagnant un barbe plus âgé et expérimenté dans ses voyages pendant plusieurs années.

Les Vaudois et les Hussites - [Espace temps]

Des liens étroits ont existé entre le mouvement vaudois et le mouvement hussitevoir entrée Hus. Au point même que les Vaudois du Dauphiné ouvrirent une souscription en faveur des taborites en guerre. Et au début du 16e siècle un groupe de Vaudois de Paésana, dans la haute vallée du Pô, s'attendait d'un instant à l'autre à être libéré par le roi de Bohême ! Pour autant les hussites n'acceptèrent pas toutes les thèses vaudoises et les Vaudois ne renoncèrent pas davantage à leurs propres positions. Le mouvement hussitevoir entrée Hus a fourni aux Vaudois une culture théologique devenue indispensable aux nouvelles générations. L'influence hussite fut un réconfort et même un renouvellement pour la diaspora vaudoise. Le théologien tchèque Amedeo Molnar a forgé un terme très expressif pour désigner cette solidarité missionnaire de la chrétienté non romaine au 15e siècle. Il l'appelle " l'Internationale valdo-hussite ". Les " barbes " sont les agents de ce renouveau vaudois.

Développement du mouvement vaudois à travers l'Europe - [Espace temps]

Au milieu du 13e siècle, les Pauvres lombards doivent quitter les villes d'Italie septentrionale pour les zones rurales. Ils vont s'installer dans les vallées des Alpes qui s'ouvrent au sud du Montgenèvre. Cette région deviendra un des centres les plus importants du mouvement vaudois et plus tard le seul refuge de l'Eglise vaudoise. L'Inquisition s'installe de part et d'autre des Alpes vers 1290. Les Pauvres lombards vont propager aussi le valdéisme sur les terres allemandes et slaves. Il est difficile de suivre leur progression vers le nord. Les documents vaudois sont très rares. Seule la documentation des inquisiteurs qui les pourchassent apporte des éléments. On sait ainsi que la vallée du Danube a été un lieu important de diffusion des idées vaudoises. Vers 1266, on y compte une quarantaine de communautés et leur " évêque " a établi sa résidence à Anzbach en Basse-Autriche. Vers la fin du 14e siècle, deux inquisiteurs, Martin de Prague et Pierre Zwicker organisent une répression de grande envergure. En 1381 en Bavière, l'année suivante à Erfurt. En 1382 elle touche le Brandebourg et plus exactement Stettin, puis en 1395 la Styrie. En 1392, l'Inquisition rédige une liste de douze responsables : on y trouve des Polonais, des Hongrois, des Tchèques, des Bavarois, des Autrichiens et des Grisonnais, ce qui témoigne de l'extension de la diaspora vaudoise sur les terres de l'Empire. On signale des Vaudois en Suisse, contraints d'abjurer à Berne puis à Fribourg en 1399. En 1410 et 1404 ce sont deux localités hongroises, Sopron et Buda, qui sont frappées. Les inquisiteurs sont en Slovaquie en 1403. La Bohême enfin fut une terre de diffusion intense, la présence vaudoise y étant liée à l'immigration allemande à la recherche de nouvelles terres à défricher. La Flandre est aussi en rapport avec l'histoire vaudoise par des traces ambiguës. Ainsi, l'adjectif " vaudois " dans cette région est non seulement synonyme d'hérétique, comme partout ailleurs (ce n'est pas par hasard que Jeanne d'Arc fut condamnée comme " vaudoise "), mais il devient aussi l'équivalent de sorcier. " Aller "à la vauderie" signifie participer aux rencontres nocturnes avec les sorcières pour leur sabbat et y adorer le diable sous forme d'un bouc. En 1459-1460, la ville d'Arras fut au centre d'une grosse affaire d'hérésie qui prit le nom de "Vauderie d'Arras", l'accusation étant précisément celle de " vauderie" dans le sens flamand, c'est-à-dire de sorcellerie " (Giorgio Tourn). On trouve des exemples comparables dans le Dauphiné. Les Vaudois du Languedoc, malgré la répression de l'Inquisition n'ont pas totalement disparu. L'inquisiteur Pierre Sellan en découvre deux cents à Montauban entre 1241 et 1242. Des documents datant du milieu du 13e siècle témoignent de la présence de Vaudois à Auch, Narbonne, Nîmes. A la même époque, la Haute Provence enregistre une migration de Vaudois. On connaît l'existence de groupes vaudois dans le Luberon vers la moitié du 14e siècle. Des familles entières y sont accueillies et y vivent en cachette venant du Dauphiné et du Piémont. Ainsi les Vaudois d'Italie et ceux du Midi de la France traversent aux mêmes époques les mêmes vicissitudes.

Arnaud de Brescia (1100-1155) - [Espace temps]

Ce moine, disciple d'Abélard, va être contraint à se déplacer fréquemment entre l'Italie, la France, la Suisse, à cause des idées qu'il professe. Elles sont en effet vigoureusement combattues par les théologiens officiels. En particulier Bernard de Clairvaux qui, par deux fois, le fait expulser de France. Arnaud est un esprit agité, porté à la controverse, qui critique vigoureusement le clergé, le luxe et la corruption de l'Eglise, son fonctionnement. C'est lui qui, le premier, a avancé l'idée d'une séparation du pouvoir religieux et du pouvoir politique et a oeuvré pour lui donner réalité. Sans doute influencé par la mentalité " patarine ", il mène une vie exemplaire de pauvreté. Ce qui le rend crédible auprès du peuple. Vers 1147, à Rome, il prend la tête d'un mouvement insurrectionnel. Cette " Commune " dure une dizaine d'années grâce à son sens de l'organisation et à sa capacité à convaincre. Le pape Eugène III (1145-1153) est obligé de fuir. Il déclare Arnaud schismatique en 1148, puis hérétique en 1152 et doit faire appel à son ennemi, l'empereur Frédéric Barberousse, pour en venir à bout. Les partisans d'Arnaud (les " arnaldistes ") sont écrasés par les troupes impériales en 1155. Arnaud réussit à quitter la ville pour la Toscane, mais il est livré à l'empereur qui l'emprisonne et le fait brûler vif. Les disciples de ce religieux révolutionnaire ne disparaissent pas. Ses idées non plus. Elles vont, pour une part, nourrir le mouvement des Pauvres lombards qui entretiendra des relations avec les Pauvres de Lyon et s'unira à eux en 1218. Le Concile de Vérone, en 1184, a condamné ensemble les disciples d'Arnaud et les Vaudois.

Patarins - [Espace temps]

Apparu en Lombardie, dans le prolétariat urbain, c'est certainement le plus ancien mouvement de Pauvres. De nombreux historiens (Christine Thouzellier, Tadeusz Manteuffel) pensent qu'il remonte au 11e siècle, peut-être lié à l'action d'un clerc, Ariald, qui combat dans les années 1056-1057 les pratiques immorales du clergé (concubinage, luxe, simonie...). Ce nom de " Patarins " correspondrait à l'appellation de " chiffonniers " ou viendrait de leur propension à réciter des Pater Noster. Ils vivent en bordure des grandes villes, notamment à Milan. Ils critiquent la richesse du monde ecclésiastique séculier ou régulier et exaltent l'état de pauvreté. Ils se révoltent, parfois violemment, contre les injustices criantes, ce qui entraîne des répressions sévères de la part des autorités. L'enracinement théologique de la contestation des Patarins est faible, c'est surtout devant la misère sociale qu'ils se dressent. Ce mouvement populaire reste peu organisé, ses revendications circulent sourdement parmi les plus pauvres et, de temps en temps, des insurrections naissent. Il en restera, dans cette région, une mentalité " patarine " qui ressurgira pour une part dans le mouvement d'Arnaud de Brescia.

L'évolution de la situation - [Espace temps]

Après la conquête des Lieux saints au 7e siècle, les Arabes sont en général tolérants à l'égard des pèlerins. Ils respectent les édifices de Jérusalem, la Ville sainte. Ainsi le calife Haroun al-Rachid entretient des rapports amicaux avec Charlemagne à qui il remet les clés du Saint-Sépulcre. Certes les pèlerins doivent payer pour connaître le privilège de voir les Lieux saints, mais la situation est acceptable jusqu'au début du 11e siècle. Toutefois en 1009 le Saint-Sépulcre et beaucoup d'églises sont détruits par les Arabes. Dès lors les rapports entre chrétiens et Arabes deviennent tendus. Les pèlerinages sont rendus difficiles. Aussi lorsque l'empereur d'Orient demande de l'aide, l'Occident se sent d'autant plus concerné. Pour les chrétiens qui partent vers l'Orient, il s'agit de réparer une injustice, de libérer les frères chrétiens douloureusement brimés. Il n'est pas question pour eux de conquête, mais de délivrance et de reconquête. Il y aura sept croisades vers les Lieux Saints.

Croisades - [Espace temps]

La foi ardente des chrétiens du Moyen Age, mais aussi leur superstitions et la confusion entre politique et religieux, expliquent bien des aspects des Croisades. Les pèlerinages en Terre sainte sont de vastes mouvements populaires et militaires qui témoignent de cette foi (non sans de cruelles ambiguïtés) : il s'agit de mieux connaître et imiter son Seigneur en allant sur les lieux où il a vécu. Les Croisades vont aussi permettre un affermissent temporel et spirituel de la papauté. Mais c'est surtout l'évolution de la situation des Lieux saints qui va déterminer les Croisades. Le mot croisade désigne aussi, plus généralement, une action d'envergure menée pour combattre les hérétiques, ainsi la croisade contre les Albigeois.

Une prédication entendue - [Textes bibliques]

Une prédication entendue aurait amené Valdo à se séparer de toutes ses richesses et à choisir une vie de pauvreté. On pense généralement que cette prédication portait sur le récit du jeune homme riche que Jésus invite à vendre tous ses biens pour le suivre.

Matthieu 19,16-30
Un homme s'approcha de lui et lui dit: "Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle?" Jésus lui dit: "Pourquoi m'interroges-tu sur le bon? Unique est celui qui est bon. Si tu veux entrer dans la vie, garde les commandements." - "Lesquels?" lui dit-il. Jésus répondit: "Tu ne commettras pas de meurtre. Tu ne commettras pas d'adultère. Tu ne voleras pas. Tu ne porteras pas de faux témoignage. Honore ton père et ta mère. Enfin: Tu aimeras ton prochain comme toi-même." Le jeune homme lui dit: "Tout cela, je l'ai observé. Que me manque-t-il encore?" Jésus lui dit: "Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi!" A cette parole, le jeune homme s'en alla tout triste, car il avait de grands biens. Et Jésus dit à ses disciples: "En vérité, je vous le déclare, un riche entrera difficilement dans le Royaume des cieux. Je vous le répète, il est plus facile à un chameau de passer par un trou d'aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu." A ces mots, les disciples étaient très impressionnés et ils disaient: "Qui donc peut être sauvé?" Fixant sur eux son regard, Jésus leur dit: "Aux hommes c'est impossible, mais à Dieu tout est possible." Alors, prenant la parole, Pierre lui dit: "Eh bien! nous, nous avons tout laissé et nous t'avons suivi. Qu'en sera-t-il donc pour nous?" Jésus leur dit: "En vérité, je vous le déclare: lors du renouvellement de toutes choses, quand le Fils de l'homme siégera sur son trône de gloire, vous qui m'avez suivi, vous siégerez vous aussi sur douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël.
Et quiconque aura laissé maisons, frères, soeurs, père, mère, enfants ou champs, à cause de mon nom, recevra beaucoup plus et, en partage, la vie éternelle. Beaucoup de premiers seront derniers et beaucoup de derniers, premiers."

Marc 10,17-31
Comme il se mettait en route, quelqu'un vint en courant et se jeta à genoux devant lui; il lui demandait: "Bon Maître, que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle en partage?" Jésus lui dit: "Pourquoi m'appelles-tu bon? Nul n'est bon que Dieu seul. Tu connais les commandements: Tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas d'adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignage, tu ne feras de tort à personne, honore ton père et ta mère." L'homme lui dit: "Maître, tout cela, je l'ai observé dès ma jeunesse." Jésus le regarda et se prit à l'aimer; il lui dit: "Une seule chose te manque; va, ce que tu as, vends-le, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel; puis viens, suis-moi." Mais à cette parole, il s'assombrit et il s'en alla tout triste, car il avait de grands biens. Regardant autour de lui, Jésus dit à ses disciples: "Qu'il sera difficile à ceux qui ont les richesses d'entrer dans le Royaume de Dieu!" Les disciples étaient déconcertés par ces paroles. Mais Jésus leur répète: "Mes enfants, qu'il est difficile d'entrer dans le Royaume de Dieu! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu." Ils étaient de plus en plus impressionnés; ils se disaient entre eux: "Alors qui peut être sauvé?" Fixant sur eux son regard, Jésus dit: "Aux hommes, c'est impossible, mais pas à Dieu, car tout est possible à Dieu." Pierre se mit à lui dire: "Eh bien! nous, nous avons tout laissé pour te suivre." Jésus lui dit: "En vérité, je vous le déclare, personne n'aura laissé maison, frères, soeurs, mère, père, enfants ou champs à cause de moi et à cause de l'Évangile, sans recevoir au centuple maintenant, en ce temps-ci, maisons, frères, soeurs, mères, enfants et champs, avec des persécutions, et dans le monde à venir la vie éternelle. Beaucoup de premiers seront derniers et les derniers seront premiers."

Luc 18,18-30
Un notable interrogea Jésus: "Bon maître, que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle en partage?" Jésus lui dit: "Pourquoi m'appelles-tu bon? Nul n'est bon que Dieu seul. Tu connais les commandements: tu ne commettras pas d'adultère, tu ne commettras pas de meurtre, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignage, honore ton père et ta mère." Le notable répondit: "Tout cela, je l'ai observé dès ma jeunesse." L'ayant entendu, Jésus lui dit: "Une seule chose encore te manque: tout ce que tu as, vends-le, distribue-le aux pauvres et tu auras un trésor dans les cieux; puis viens, suis-moi." Quand il entendit cela, l'homme devint tout triste, car il était très riche. Le voyant, Jésus dit: "Qu'il est difficile à ceux qui ont les richesses de parvenir dans le Royaume de Dieu! Oui, il est plus facile à un chameau d'entrer par un trou d'aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu." Les auditeurs dirent: "Alors, qui peut être sauvé?" Et lui répondit: "Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu." Pierre dit: "Pour nous, laissant nos propres biens, nous t'avons suivi." Il leur répondit: "En vérité, je vous le déclare, personne n'aura laissé maison, femme, frères, parents ou enfants, à cause du Royaume de Dieu, qui ne reçoive beaucoup plus en ce temps-ci et, dans le monde à venir, la vie éternelle."

Selon l'apôtre Jacques - [Textes bibliques]

Jacques 2,14-26
A quoi bon, mes frères, dire qu'on a de la foi, si l'on n'a pas d'œuvres? La foi peut-elle sauver, dans ce cas? Si un frère ou une sœur n'ont rien à se mettre et pas de quoi manger tous les jours, et que l'un de vous leur dise: "Allez en paix, mettez-vous au chaud et bon appétit", sans que vous leur donniez de quoi subsister, à quoi bon? De même, la foi qui n'aurait pas d'œuvres est morte dans son isolement. Mais quelqu'un dira: "Tu as de la foi; moi aussi, j'ai des œuvres; prouve-moi ta foi sans les œuvres et moi, je tirerai de mes œuvres la preuve de ma foi. Tu crois que Dieu est un? Tu fais bien. Les démons le croient, eux aussi, et ils frissonnent." Veux-tu te rendre compte, pauvre être, que la foi est inopérante sans les œuvres? Abraham, notre père, n'est-ce pas aux œuvres qu'il dut sa justice, pour avoir mis son fils Isaac sur l'autel? Tu vois que la foi coopérait à ses œuvres, que les œuvres ont complété la foi, et que s'est réalisé le texte qui dit: Abraham eut foi en Dieu et cela lui fut compté comme justice, et il reçut le nom d'ami de Dieu. Vous constatez que l'on doit sa justice aux œuvres et pas seulement à la foi. Tel fut le cas aussi pour Rahab la prostituée: n'est-ce pas aux œuvres qu'elle dut sa justice, pour avoir accueilli les messagers et les avoir fait partir par un autre chemin? En effet, de même que, sans souffle, le corps est mort, de même aussi, sans œuvres, la foi est morte.

La " Profession de foi de Valdo " fait explicitement référence à ce texte de l'épître de Jacques pour souligner la nécessité de faire des bonnes œuvres. C'est ce que l'Eglise de cette époque posait d'ailleurs comme condition pour obtenir le salut. Mais elle n'était pas toujours conséquente avec ce qu'elle prêchait et imposait aux fidèles. En particulier elle vivait dans la richesse alors que le peuple était dans la misère. C'est pourquoi Valdo et les autres mouvements de Pauvres, s'appuyant sur d'autres passages de l'épître de Jacques, vont dénoncer la richesse des puissants et faire le choix d'une vie de pauvreté, afin de manifester leur prise au sérieux des exigences évangéliques. Ces textes de l'épître de Jacques peuvent être étudiés en relation avec les textes de l'apôtre Paul, en particulier dans Romains 3,22-26, Ephésiens 2,4-8, Philippiens 3, 4-11, qui affirment le salut par la foi. Ce débat entre salut par la foi et salut par les œuvres sera au cœur de la Réforme du 16e sièclevoir entrées Luther et Calvin.

Romains 3,22-26
C'est la justice de Dieu par la foi en Jésus Christ pour tous ceux qui croient, car il n'y a pas de différence: tous ont péché, sont privés de la gloire de Dieu, mais sont gratuitement justifiés par sa grâce, en vertu de la délivrance accomplie en Jésus Christ. C'est lui que Dieu a destiné à servir d'expiation par son sang, par le moyen de la foi, pour montrer ce qu'était la justice, du fait qu'il avait laissé impunis les péchés d'autrefois, au temps de sa patience. Il montre donc sa justice dans le temps présent, afin d'être juste et de justifier celui qui vit de la foi en Jésus.

Ephésiens 2,4-9
Mais Dieu est riche en miséricorde; à cause du grand amour dont il nous a aimés, alors que nous étions morts à cause de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ - c'est par grâce que vous êtes sauvés -, avec lui, il nous a ressuscités et fait asseoir dans les cieux, en Jésus Christ. Ainsi, par sa bonté pour nous en Jésus Christ, il a voulu montrer dans les siècles à venir l'incomparable richesse de sa grâce. C'est par la grâce, en effet, que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi; vous n'y êtes pour rien, c'est le don de Dieu. Cela ne vient pas des œuvres, afin que nul n'en tire orgueil.

Philippiens 3,4-11
Pourtant, j'ai des raisons d'avoir aussi confiance en moi-même. Si un autre croit pouvoir se confier en lui-même, je le peux davantage, moi, circoncis le huitième jour, de la race d'Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu fils d'Hébreux; pour la loi, Pharisien; pour le zèle, persécuteur de l'Église; pour la justice qu'on trouve dans la loi, devenu irréprochable. Or toutes ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai considérées comme une perte à cause du Christ. Mais oui, je considère que tout est perte en regard de ce bien suprême qu'est la connaissance de Jésus Christ mon Seigneur. A cause de lui j'ai tout perdu, et je considère tout cela comme ordures afin de gagner Christ et d'être trouvé en lui, non plus avec une justice à moi, qui vient de la loi, mais avec celle qui vient par la foi au Christ, la justice qui vient de Dieu et s'appuie sur la foi. Il s'agit de le connaître, lui, et la puissance de sa résurrection, et la communion à ses souffrances, de devenir semblable à lui dans sa mort, afin de parvenir, s'il est possible, à la résurrection d'entre les morts.

Richesse et pauvreté dans l'épître de Jacques - [Textes bibliques]

Jacques 1,9-11
Que le frère de condition modeste tire fierté de son élévation, et le riche, de son déclassement, parce qu'il passera comme la fleur des prés. Car le soleil s'est levé avec le sirocco et a desséché l'herbe, dont la fleur est tombée et dont la belle apparence a disparu; de la même façon, le riche, dans ses entreprises, se flétrira.

Jacques 2,1-13
Mes frères, ne mêlez pas des cas de partialité à votre foi en notre glorieux Seigneur Jésus Christ. En effet, s'il entre dans votre assemblée un homme aux bagues d'or, magnifiquement vêtu; s'il entre aussi un pauvre vêtu de haillons; si vous vous intéressez à l'homme qui porte des vêtements magnifiques et lui dites: "Toi, assieds-toi à cette bonne place"; si au pauvre vous dites: "Toi, tiens-toi debout" ou "Assieds-toi là-bas, au pied de mon escabeau", n'avez-vous pas fait en vous-mêmes une discrimination? N'êtes-vous pas devenus des juges aux raisonnements criminels? Écoutez, mes frères bien-aimés! N'est-ce pas Dieu qui a choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour les rendre riches en foi et héritiers du Royaume qu'il a promis à ceux qui l'aiment? Mais vous, vous avez privé le pauvre de sa dignité. N'est-ce pas les riches qui vous oppriment? Eux encore qui vous traînent devant les tribunaux? N'est-ce pas eux qui diffament le beau nom qu'on invoque sur vous? Certes, si vous exécutez la loi royale, conformément au texte: Tu aimeras ton prochain comme toi-même, vous agissez bien. Mais si vous êtes partiaux, vous commettez un péché et la loi vous met en accusation comme transgresseurs. En effet, observer toute la loi et trébucher sur un seul point, c'est se rendre passible de tout, car celui qui a dit: Tu ne commettras pas d'adultère a dit aussi: Tu n'assassineras pas et si, sans commettre d'adultère, tu commets un meurtre, tu contreviens à la loi. Parlez et agissez en hommes appelés à être jugés d'après la loi de liberté. En effet, le jugement est sans pitié pour qui n'a pas eu pitié; la pitié dédaigne le jugement.

Jacques 4,13-5,6
Alors, vous qui dites: "Aujourd'hui - ou demain -, nous irons dans telle ville, nous y passerons un an, nous ferons du commerce, nous gagnerons de l'argent", et qui ne savez même pas, le jour suivant, ce que sera votre vie, car vous êtes une vapeur, qui paraît un instant et puis disparaît! Au lieu de dire: "Si le Seigneur le veut bien, nous vivrons et ferons ceci ou cela", vous tirez fierté de vos fanfaronnades. Toute fierté de ce genre est mauvaise. Qui donc sait faire le bien et ne le fait pas se charge d'un péché. Alors, vous les riches, pleurez à grand bruit sur les malheurs qui vous attendent! Votre richesse est pourrie, vos vêtements rongés des vers; votre or et votre argent rouillent, et leur rouille servira contre vous de témoignage, elle dévorera vos chairs comme un feu. Vous vous êtes constitué des réserves à la fin des temps! Voyez le salaire des ouvriers qui ont fait la récolte dans vos champs: retenu par vous, il crie et les clameurs des moissonneurs sont parvenues aux oreilles du Seigneur Sabaoth. Vous avez eu sur terre une vie de confort et de luxe, vous vous êtes repus au jour du carnage. Vous avez condamné, vous avez assassiné le juste: il ne vous résiste pas.

Aucun souci du lendemain - [Textes bibliques]

Cette référence est explicitement présente dans la " Profession de foi de Valdo ".

Matthieu 6,25-34
"Voilà pourquoi je vous dis: Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement? Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n'amassent point dans des greniers; et votre Père céleste les nourrit! Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux? Et qui d'entre vous peut, par son inquiétude, prolonger tant soit peu son existence? Et du vêtement, pourquoi vous inquiéter? Observez les lis des champs, comme ils croissent: ils ne peinent ni ne filent, et je vous le dis, Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n'a jamais été vêtu comme l'un d'eux! Si Dieu habille ainsi l'herbe des champs, qui est là aujourd'hui et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi! Ne vous inquiétez donc pas, en disant: Qu'allons-nous manger? qu'allons-nous boire? de quoi allons-nous nous vêtir? - tout cela, les païens le recherchent sans répit -, il sait bien, votre Père céleste, que vous avez besoin de toutes ces choses. Cherchez d'abord le Royaume et la justice de Dieu, et tout cela vous sera donné par surcroît. Ne vous inquiétez donc pas pour le lendemain: le lendemain s'inquiétera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine.

Disciples en mission - [Textes bibliques]

Matthieu 10,7-11
En chemin, proclamez que le Règne des cieux s'est approché. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. "Ne vous procurez ni or, ni argent, ni monnaie à mettre dans vos ceintures, ni sac pour la route, ni deux tuniques, ni sandales ni bâton, car l'ouvrier a droit à sa nourriture. Dans quelque ville ou village que vous entriez, informez-vous pour savoir qui est digne de vous recevoir et demeurez là jusqu'à votre départ."

On trouve ce texte au cœur de la démarche de différents mouvements de pauvreté au 12e siècle. La " Profession de foi de Valdo " y fait référence. Les Pauvres de Lyon le prennent comme base de leur projet missionnaire. François d'Assise y entendra l'appel à vivre une vie itinérante dans la pauvreté. Les Pauvres de Lombardie se réfèrent eux plutôt à Actes 2.

Béatitudes chez Matthieu et Luc - [Textes bibliques]

Matthieu 5,1-12
A la vue des foules, Jésus monta dans la montagne. Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent de lui. Et, prenant la parole, il les enseignait: "Heureux les pauvres de cœur: le Royaume des cieux est à eux. Heureux les doux: ils auront la terre en partage. Heureux ceux qui pleurent: ils seront consolés. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice: ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux: il leur sera fait miséricorde. Heureux les cœurs purs: ils verront Dieu. Heureux ceux qui font œuvre de paix: ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice: le Royaume des cieux est à eux. Heureux êtes-vous lorsque l'on vous insulte, que l'on vous persécute et que l'on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi. Soyez dans la joie et l'allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux; c'est ainsi en effet qu'on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés."

Luc 6,20-26
Alors, levant les yeux sur ses disciples, Jésus dit: "Heureux, vous les pauvres: le Royaume de Dieu est à vous. Heureux, vous qui avez faim maintenant: vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez maintenant: vous rirez. Heureux êtes-vous lorsque les hommes vous haïssent, lorsqu'ils vous rejettent et qu'ils insultent et proscrivent votre nom comme infâme, à cause du Fils de l'homme. Réjouissez-vous ce jour-là et bondissez de joie, car voici, votre récompense est grande dans le ciel; c'est en effet de la même manière que leurs pères traitaient les prophètes. Mais malheureux, vous les riches: vous tenez votre consolation. Malheureux, vous qui êtes repus maintenant: vous aurez faim. Malheureux, vous qui riez maintenant: vous serez dans le deuil et vous pleurerez. Malheureux êtes-vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous: c'est en effet de la même manière que leurs pères traitaient les faux prophètes."

En référence au texte des Béatitudes, Valdo et ses associés décident de s'appeler " pauvres ". On lira avec profit l'ensemble du Sermon sur la Montagne (Matthieu 8,1-7,27; Luc 6) d'où sont tirées ces Béatitudes.

Obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes - [Textes bibliques]

Tout au long de l'histoire de l'Eglise, deux textes ont souvent été mis en avant,

  • soit pour justifier la nécessaire soumission des chrétiens aux autorités instituées, il s'agit de Romains 13,1-7,
  • soit pour légitimer la désobéissance et la résistance à l'égard d'autorités humaines considérées comme injustes ou infidèles à la volonté de Dieu, il s'agit d'Actes 4,19

.

Romains 13,1-7
Que tout homme soit soumis aux autorités qui exercent le pouvoir, car il n'y a d'autorité que par Dieu et celles qui existent sont établies par lui. Ainsi, celui qui s'oppose à l'autorité se rebelle contre l'ordre voulu par Dieu, et les rebelles attireront la condamnation sur eux-mêmes. En effet, les magistrats ne sont pas à craindre quand on fait le bien, mais quand on fait le mal. Veux-tu ne pas avoir à craindre l'autorité? Fais le bien et tu recevras ses éloges, car elle est au service de Dieu pour t'inciter au bien. Mais si tu fais le mal, alors crains. Car ce n'est pas en vain qu'elle porte le glaive: en punissant, elle est au service de Dieu pour manifester sa colère envers le malfaiteur. C'est pourquoi il est nécessaire de se soumettre, non seulement par crainte de la colère, mais encore par motif de conscience. C'est encore la raison pour laquelle vous payez des impôts: ceux qui les perçoivent sont chargés par Dieu de s'appliquer à cet office. Rendez à chacun ce qui lui est dû: l'impôt, les taxes, la crainte, le respect, à chacun ce que vous lui devez.

Actes 4,19
Mais Pierre et Jean leur répliquèrent: "Qu'est-ce qui est juste aux yeux de Dieu: vous écouter? ou l'écouter, lui? A vous d'en décider!"

Il y a là une sorte de " double contrainte ", une tension parfois déchirante que le chrétien est appelé à assumer dans le cadre de ce que l'on appellera aussi sa " double citoyenneté " : il est " citoyen du Royaume de Dieu " et à ce titre il obéit à sa seule Parole, mais il est aussi " citoyen du monde " où Dieu l'appelle à témoigner, et à ce titre il doit en respecter les autorités et les lois.

Un autre modèle d'organisation - [Textes bibliques]

Les Pauvres de Lombardie choisiront d'organiser leur projet de vie communautaire sur la base d'Actes 2,42-47 qui décrit la vie de la communauté primitive. Ce qui fait dire à Bernard Félix : " Il y a d'un côté les "itinérants" qui ont pris la route comme les disciples de Jésus, avant ou après sa mort. [...] Il y a, d'un autre côté, les "fixes" qui s'attachent à copier la vie des premiers chrétiens de Jérusalem avec leur communauté de biens, leur vie familiale et de labeur, leur assistance apportée aux indigents et aux "veuves" ".

Actes 2,42-47
Ils étaient assidus à l'enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. La crainte gagnait tout le monde: beaucoup de prodiges et de signes s'accomplissaient par les apôtres. Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun. Unanimes, ils se rendaient chaque jour assidûment au temple; ils rompaient le pain à domicile, prenant leur nourriture dans l'allégresse et la simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et trouvaient un accueil favorable auprès du peuple tout entier. Et le Seigneur adjoignait chaque jour à la communauté ceux qui trouvaient le salut.

Pierre Valdo et François d'Assise, deux itinéraires à la fois proches et différents - [Aller plus loin]

Tourn Giorgio Les Vaudois, l'étonnante aventure d'un peuple-église Tournon/Turin Réveil/Claudiana 1980 p.34-35 :
" Bien qu'une trentaine d'années séparent l'aventure spirituelle de François d'Assise de celle de Valdo, les analogies sont si nombreuses et si évidentes entre ces deux histoires d'hommes, qu'il devient presque superflu de les relever. Ils sont tous deux d'extraction citadine, fils de marchand le premier, marchand le second. Lorsque le message évangélique les saisit et leur rend impérative l'exigence de vivre en pauvreté, les deux hommes se retrouvent en état de crise au sein de la société qui est la leur ; hommes d'Eglise, ils se tiennent cependant sur le pas de la porte, en équilibre constant entre l'obéissance et la liberté. Mais les divergences qui firent de l'un un hérétique mis au ban, de la société et de l'autre un saint de l'Eglise romaine, sont aussi substantielles et évidentes que les convergences. François est non seulement une grande personnalité du christianisme médiéval, c'est encore le représentant le plus linéaire et le plus parfait de la spiritualité italienne. Il a su interpréter admirablement les besoins de sa génération et de son milieu et les mouler dans la religiosité traditionnelle de son pays, au sein de l'Eglise romaine. [...] La piété franciscaine, faite de dévotion à un Christ humain, d'adhérence au monde de la nature, de simplicité un tant soit peu anticulturelle, positive et fraternelle, n'éveille pas la peur mais la sympathie ; elle recueille et accueille l'humanisme et le naturalisme de la vieille religion romaine -toujours présente dans l'âme italienne- et la transfigure par la communion de Christ. C'est une piété rassurante qui apaise aussi bien le bourgeois que le déshérité ; génératrice de sentiments de dévotion, de désirs de pacification, elle désamorce les conflits. C'est la religiosité d'une Eglise qui s'approche des pauvres, se forme avec les pauvres sans devenir cependant l'Eglise des pauvres. [...] Les gens se convainquent peu à peu que l'on peut être moderne sans être cathare, pauvre sans être patarin, évangélique sans se faire vaudois, qu'il est possible de satisfaire une vocation évangélique et de conduire la lutte pour le renouvellement de l'Eglise sans tomber dans l'hérésie. "

Une description des Vaudois - [Aller plus loin]

Map, Gautier, De nugis curialium (bavardages de curie) ed.M.R.James Oxford 1914 Enchiridion Fontium Waldensium I, a cura di G.Gonnet p.122 :
" Nous avons rencontré au Concile de Rome, célébré sous le pontificat du pape Alexandre III, des Vaudois ; il s'agit d'hommes simples et analphabètes ainsi nommés à cause de leur chef, Valdo, citoyen de Lyon... ; ils réclamaient avec insistance qu'on leur concède le droit de prêcher, se réputant aptes à cette tâche alors qu'ils en étaient à l'ABC... Pour mon compte, n'étant que le moindre parmi tous ces délégués... je me suis limité à poser quelques questions élémentaires... [ Le moine demande aux Vaudois s'ils croient en Dieu, Père, Fils et St-Esprit ; à chaque demande ils répondent affirmativement mais ils répondent affirmativement aussi à la question "croyez-vous en Marie vierge, mère du Christ ?". Il s'agit d'une grosse erreur théologique, selon la Scholastique il aurait fallu répondre "non", nous croyons "à" Marie, la préposition "en..." ne pouvant s'utiliser que pour la Trinité.] Ces réponses provoquèrent l'hilarité générale et ils durent s'en aller honteusement. Ces gens n'ont pas de résidence fixe ; ils vont deux par deux, nus pieds, vêtus de bure, ne possédant rien et mettant tout en commun selon l'exemple des apôtres, suivant nus un Christ nu. Leurs débuts sont insignifiants, car ils n'ont pas encore pu prendre pied, mais laissons les faire et ils nous mettront à la porte. " En écho, voici ce qu'écrit Antoine Dondaine, père dominicain.
Dondaine Antoine Les hérésies et l'Inquisition au 12e et 13e siècles Paris réédité par Variorum Editions Yves Dossat 1990 : " Pour nous, ce rire nous fait mal après huit siècles passés, car il est au plan humain, une des causes du schisme qui éclatera bientôt. Ces pauvres de Lyon étaient des gens simples qu'on aurait dû respecter ; l'humiliation qui vient de leur être infligée pèsera lourdement sur eux dans la tragédie intime qui va se jouer dans leur conscience. "

Document de l'Inquisition - [Aller plus loin]

Archives de l'Inquisition française. Rapport sur les Vaudois du Languedoc au début du 13e siècle.
Actes de l'Inquisition de Carcassonne, éd. Döllinger, II, 6-7 :
" Le mouvement des Pauvres de Lyon fut fondé aux environs de 1170 par un citoyen de Lyon, un certain "Valdesisus" ou "Valdensis" d'où le mouvement tira son nom "Vaudois". C'était un homme riche qui abandonna ses biens pour vivre dans la pauvreté et la perfection évangélique, voulant imiter en cela les apôtres. Il se fit traduire les Evangiles, certains livres de la Bible et des textes de St-Augustin, St-Jérôme, St-Ambroise et St-Grégoire en langue populaire. Il se mit à lire avec ferveur, sans cependant y comprendre grand'chose, ces textes qu'il appelait des "sentences". Il s'agit d'un individu imbu de lui-même, à l'instruction très lacuneuse et qui finit par usurper des prérogatives apostoliques. Poussé par son ambition, il eut l'audace de prêcher l'Evangile dans les rues et sur les places ; il fit de nombreux disciples des deux sexes, les entraîna dans son ambition et les envoya prêcher à leur tour sur les places et dans les rues. Ces individus ignorants et analphabètes parcouraient les villages, pénétraient dans les maisons, dans les églises même, diffusant partout leurs erreurs. Ils furent convoqués par l'Archevêque de Lyon qui les défia mais ils refusèrent de lui obéir, affirmant pour masquer leur folie qu'il fallait obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes et que Dieu avait ordonné aux apôtres de prêcher l'Evangile à toutes les créatures.
C'est ainsi qu'ils finirent par mépriser les prélats et les clercs, les accusant d'être riches, de vivre dans l'aisance ; sous prétexte d'en être les imitateurs et les successeurs et en vertu d'une fausse pauvreté et d'une feinte sainteté, ils s'arrogèrent des droits qui avaient été réservés aux apôtres. A cause de leur désobéissance et de l'usurpation présomptueuse d'une tâche qui ne leur incombait pas, par contumace ils furent excommuniés et expulsés de leur patrie. "

Le colporteur vaudois - [Aller plus loin]

Tourn Giorgio Les Vaudois, l'étonnante aventure d'un peuple-église Tournon/Turin Réveil/Claudiana 1980 p.43-44 :
" Un inquisiteur du 16e siècle nous a laissé le portrait très vivant d'un "magister" vaudois camouflé sous les apparences d'un marchand ambulant. Un colporteur arrive au château ; toute la population de l'endroit, maîtres et servants, l'entoure bientôt et il commence à étaler sa marchandise : étoffes, quelques bijoux, petits objets divers qu'il vante d'un art consommé. Peu à peu, il se met à parler d'une marchandise beaucoup plus précieuse, de perles de valeur inestimable, tout en laissant comprendre qu'il est à même de la fournir. La curiosité se fait plus vive et notre Vaudois, tâtant la réaction de son public par de larges détours, parle de la perle de grand prix -comme l'avait appelée Jésus- c'est-à-dire de l'Evangile. Il passe ensuite doucement à une critique ouverte de l'Eglise, de sa puissance, de sa richesse, de son luxe, etc... Le colporteur ambulant est un personnage qui a connu jusqu'au 19e siècle, un franc succès dans la littérature édifiante vaudoise et qui a inspiré bon nombre de poésies et de saynètes. Ce personnage correspond sans doute à la réalité et prouve que les Vaudois avaient conservé leurs attaches avec le monde du négoce longtemps encore après la mort de Pierre Valdo. "

Accusations contre les Vaudois au 4e concile du Latran (1215) - [Aller plus loin]

Félix Bernard L'hérésie des pauvres. Vie et rayonnement de Pierre Valdo Genève Labor et Fides 2002 p. 173 :
" Résumons ici, selon Maurice Pezet les accusations portées contre les vaudois, illustration de l'aveuglement de ce concile :
- embrasser l'idéal de pauvreté en le vivant hors de l'Eglise (ce que François va soigneusement éviter de faire : il est averti !) ;
- prêcher dans les rues et sur les places publiques pour des laïcs n'ayant aucun titre et manifestant une présomption orgueilleuse et une usurpation du ministère apostolique ;
- traduire et lire les Ecritures dont l'Eglise, seule, a la garde ;
- faire prêcher même les femmes (et c'est une horreur épouvantable en ce temps) ;
- mépriser la hiérarchie ecclésiastique, le culte marial et celui des saints ;
- ne pas respecter les sacrements de l'Eglise ;
- avoir des croyances et des pratiques superstitieuses (on se demande bien lesquelles, mais cela complète bien pour les contemporains, le tableau sévère des abominations vaudoises). "

Les positions vaudoises - [Aller plus loin]

Félix Bernard L'hérésie des pauvres. Vie et rayonnement de Pierre Valdo Genève Labor et Fides 2002 p. 189-190 :
" Maurice Pezet résume ainsi, avec les termes de la fin du Moyen Age, ce qu'est la morale vaudoise : "
Ce dit saint Paul : ne mentir.
Ce dit saint Jacques : ne jurer.
Ce dit saint Pierre : ne rendre mal pour mal, mais bien au contraire."
Et il donne, de la doctrine de Valdo, le condensé suivant : "
- L'Ecriture est la seule règle de la foi et des cœurs.
- Tout homme et toute femme initiés à la connaissance de la Parole Divine, peuvent prêcher.
- C'est une chose excellente que le culte soit en langue populaire et que chacun use de la Bible.
- La foi est un don de Dieu ; elle comprend l'amour du Seigneur et l'obéissance à ses commandements.
- Le sacrifice de la messe du culte romain ne vaut rien.
- Les indulgences ne valent rien, le purgatoire est une fable.
- Tout ce que l'on fait pour le salut des morts est inutile.
- Jésus est le seul intercesseur. Nous devons imiter les saints, non les invoquer. Leur culte est idolâtrie.
- Le clergé romain ayant perverti la doctrine et les sacrements des Apôtres et n'imitant pas leur exemple, sa succession apostolique et ses traditions ne valent pas plus que celles des pharisiens assis sur la chaire de Moïse.
- Le baptême n'est qu'un signe de régénération. La régénération n'aura lieu que lorsque l'enfant aura une foi vivante. Baptême par aspersion à trois reprises différentes sur le front. Nous ne reconnaissons d'autres sacrements que le baptême et la Sainte-Cène.
- Le mariage est dissous par l'adultère. "

Un tournant décisif lors du colloque de Bergame - [Aller plus loin]

Tourn Giorgio Les Vaudois, l'étonnante aventure d'un peuple-église Tournon/Turin Réveil/Claudiana 1980 p.28-29 :
" En un certain sens, la rencontre de Bergame représente une ligne d'arrivée, la convergence de deux formes d'action qui, sans rien perdre de leur particularité ni de leur validité, vont dès lors œuvrer de pair. C'est aussi et surtout un point de départ car c'est le Mouvement vaudois qui naît à Bergame, comme la "societas" valdésienne était née à Lyon cinquante ans plus tôt et ce sont les Lombards qui fourniront l'organisation, les structures avec lesquelles et dans lesquelles travailler. Dès lors les Vaudois ne sont plus seulement un ensemble d'expériences individuelles et fragmentaires, des morceaux de vie, mais ils forment un tout organique. La rencontre de Bergame assume cependant une signification spirituelle qui dépasse les limites de la communauté vaudoise : ce qu'elle propose, c'est en quelque sorte une communauté chrétienne différente. C'est la réponse de l'évangélisme populaire à la théologie du 4e concile du Latran. Les problèmes théologiques dont les douze Pauvres discutent sont ceux-là mêmes dont s'est occupé le concile : l'autorité et les sacrements. La prise de position vaudoise est, sans le vouloir, une réponse à la théologie conciliaire. Rome a choisi l'autorité et la centralisation du pouvoir ; le souverain pontife et le clergé ont pour tâche de veiller à l'unité d'une Eglise qui se renouvelle et risque par là-même de se désagréger. Que la dépendance sacramentelle en soit donc le ciment, et que l'obéissance en devienne la vertu. Les Pauvres, eux, choisissent le chemin de la fraternité ; ils veulent conserver au christianisme, dans le renouvellement, ce qui depuis toujours en fait la tradition. C'est la charité qui est la vertu chrétienne par excellence et non l'obéissance. "

La Bible vaudoise de Lyon en langue provençale - [Culture]

Voir

Les vaudoises, des sorcières ? - [Culture]

Différents manuscrits du 15e siècle évoquent les vaudois ou les vaudoises dans le contexte de la sorcellerie :

La geste de saint Alexis - [Culture]

" C'est alors que Valdo aurait entendu un troubadour chanter La geste de saint Alexis. Peut-être la connaît-il déjà, peu importe ; il réfléchit à nouveau à cette belle et édifiante histoire en écoutant l'artiste ambulant. Antérieure à La Chanson de Roland, cette geste a été très connue et appréciée au Moyen Age. Elle conte l'histoire d'un homme qui quitte brusquement sa famille le jour même où sont célébrées ses noces : a-t-il horreur du mariage, ou simplement de la vie facile et frivole qui s'ouvre devant lui ? Alexis disparaît longtemps, pèlerin en Terre sainte ou à Rome, vivant misérablement et revenant chez les siens seulement pour y mourir sans être reconnu. Il est dit saint par ce sacrifice total auquel il a consenti, celui de la vie douillette à laquelle il était en apparence destiné, par cette recherche de lieu saint en lieu saint, au bout de marches épuisantes, des vérités de la foi, par son célibat, par son renoncement à la richesse et son dévouement à une vie consacrée à la prière. Alexis a placé ses pas sur la terre qu'a foulée le Seigneur et c'est une chose magnifique, pour les chrétiens d'alors, que de le suivre en Terre sainte. La fin de l'histoire fait jaillir les larmes de ceux qui ne comprenaient pas que, même transformés par l'âge, la maladie et les privations, ses traits n'aient pas été reconnus par les siens dans les yeux du mendiant expirant sous un escalier e leur demeure. Le peintre Georges de la Tour a été inspiré par cette histoire édifiante qu'on écoutait toujours avec attention au dix-septième siècle et a peint Alexis expirant incognito chez les siens. " (Bernard Félix)

Peinture de Georges de la Tour - [Culture]

Le monument de la Réforme à Worms - [Culture]

La noble leçon - [Culture]

Extrait de la " Noble leçon ", poème du 15e siècle (conservé à Cambridge) nous trouvons dans la traduction de Léger (1669) :

" Mais l'Ecriture dit, et voir nous le pouvons :
Que s'il se trouve un bon aymant Dieu et son Christ
Qui ne veuille médire, ni jurer, ni mentir,
Ni commettre d'adultère, tuer ni dérober,
Et de ses ennemis ne se veuille venger,
C'est un Vaudois dit-on qu'on le fasse mourir [...]
Mais ce que doivent ceux qui sont les Pasteurs,
C'est de prêcher au peuple, et être en oraison
Et le paître souvent de divines doctrines,
Châtians les pécheurs par bonne discipline,
Et bonne remontrance, à ce qu'ils se repentent,
Et suivent Jésus Christ faysant sa volonté,
Et guardant fermement ce qu'il a commandé [...] "

Le tympan de Conques et le Jugement dernier - [Culture]

Cantique de Frère Soleil ou des créatures de François d'Assise - [Culture]

1.Très haut, tout puissant et bon Seigneur,
à toi louange, gloire, honneur, et toute bénédiction ;
2. à toi seul ils conviennent, ô Très-Haut,
et nul homme n'est digne de te nommer.
3. Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures,
spécialement messire frère Soleil.
par qui tu nous donnes le jour, la lumière :
4. il est beau, rayonnant d'une grande splendeur,
et de toi, le Très-Haut, il nous offre le symbole.
5. Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Lune et les étoiles :
dans le ciel tu les as formées,
claires, précieuses et belles.
6. Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Vent,
et pour l'air et pour les nuages,
pour l'azur calme et tous les temps :
grâce à eux tu maintiens en vie toutes les créatures.
7. Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Eau.
qui est très utile et très humble,
précieuse et chaste.
8. Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre,
qui nous porte et nous nourrit,
qui produit la diversité des fruits,
avec les fleurs diaprées et les herbes.
9. Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux
qui pardonnent par amour pour toi ;
qui supportent épreuves et maladies :
10. heureux s'ils conservent la paix
car par toi, le Très-Haut, ils seront couronnés.
11. Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour notre sœur la Mort corporelle
à qui nul homme vivant ne peut échapper.
12. Malheur à ceux qui meurent en péché mortel ;
heureux ceux qu'elle surprendra faisant ta volonté,
car la seconde mort ne pourra leur nuire.
13. Louez et bénissez mon Seigneur,
rendez-lui grâce et servez-le
en toute humilité !

Le cantique de Frère Soleil et d'autres événements de la vie de François d'Assise ont été mis en musique et chanté par Angelo Branduardi : L'infinitamente piccolo.

La devise des Vaudois - [Culture]

Le symbole pictural des Vaudois est un chandelier allumé entouré des 7 étoiles (Eglises de l'Apocalypse) et la devise Lux lucet in tenebris (La Lumière luit au sein des ténèbres). Cette lumière est la parole de Dieu.

http://www.heiligenlexikon.de/Fotos/Waldenser-Wappen.jpg

Albert le Grand (vers 1200-1280)

Philosophe et théologien, ce dominicain s'applique à diffuser et commenter les écrits retrouvés d'Aristote et des savants juifs et arabes. Il est encore connu comme naturaliste, ayant proposé une classification des plantes. Ses propres analyses le poussent à critiquer un nombre important de convictions mythologiques en matière de nature

Albigeois

Les albigeois, un groupe de cathares nommés ainsi en lien avec la ville d'Albi, avaient une théologie manichéenne, des exigences strictes d'ascèse et vivaient en communautés très hiérarchisées. Sous le pape Innocent III, qui a appelé à la croisade contre les albigeois, ils seront persécutés et exterminés

Béguines

On appelle " béguines " des femmes qui, depuis le 13e siècle, se regroupent dans des communautés sans appartenir à un ordre spécifique et sans suivre une règle monastique particulière. Elles ne sont donc pas considérées comme religieuses par les autorités ecclésiastiques. L'étymologie de leur nom reste obscure. Tantôt, on l'a fait venir de la sainte Begga (morte en 695), tantôt du nom d'un prêtre liégeois, Lambert " le Bègue " (mort en 1177). Plus vraisemblablement, il y a un lien avec le nom " albigeois " (utilisé alors pour désigner d'une manière générale des hérétiques) ou encore avec leur habit de couleur " beige ". L'équivalent masculin de " béguine " est " bégard ". Les béguines suivent un idéal de pauvreté et de chasteté. Ce mouvement de pauvreté qui débute au 12e siècle a suscité d'abord à Nivelles (résidence des ducs de Brabant), puis en Allemagne de tels regroupements de femmes. D'abord accompagnées spirituellement par des cisterciens, puis par des dominicains et franciscains, elles sont très influencées par la mystique

Bénédictins

Le nom de l'ordre s'abrège en OSB (Ordo Sancti Benedicti). Les bénédictins sont les moines qui vivent selon la règle de Benoît de Nursie. Cette Règle a été écrite au Mont Cassin en 530. Elle n'est pas organisée selon une logique théologique, mais en fonction des expériences de la vie quotidienne. Aux 10e et 11e siècles, elle a été imposée à tous les moines d'Occident. D'autres ordres l'ont plus tard acceptée comme référence

Hérétique/Hérésie

Vient d'un verbe grec (haireo) qui veut dire " choisir ". Dans le monde grec, il décrit un choix opéré dans le domaine scientifique, religieux ou politique. Par la suite, on désigne par " hérésie " un mode de penser ou de croire qui est différent de la doctrine officielle. Le reproche d'hérésie peut concerner des points de doctrine variés : la manière de comprendre l'Eglise, la conception de la figure du Christ, les critères pour accéder au salut, etc. Il est toutefois toujours nécessaire de considérer le contexte précis d'une hérésie. Car au moment où la doctrine officielle change, ce qui était déclaré " hérétique " peut devenir " orthodoxe ", c'est-à-dire considéré comme la " doctrine droite et juste ", et réciproquement. Le protestantisme a été ainsi traité d'hérésie par rapport à la doctrine officielle de l'Eglise catholique ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. Souvent l'Eglise officielle a confondu sous ce même terme, pour les condamner, aussi bien des mouvements de réforme fidèles à l'Evangile (p.ex. les Vaudois) que des mouvements religieux qui s'en séparaient nettement sur différents points (p.ex. les Cathares)

Benoît de Nursie

Né en 480, et mort vers 547 au Mont Cassin, Benoît a vécu en Italie. Il est considéré comme le fondateur du monachisme en Occident. Après ses études à Rome, Benoît rejoint un groupe de moines à Affile. Plus tard, il vit près de Subiaco comme ermite et fondateur de monastère. L'année 529 est considérée comme l'année de fondation du monastère du Mont Cassin qui devient la maison-mère des bénédictins

Canonisation

Dans l'Eglise catholique romaine, cette déclaration liturgique, réservée au pape, permet la vénération d'un homme ou d'une femme précédemment béatifié(e) en tant que " saint " ou " sainte ". La béatification précède la canonisation qui intervient après une enquête prévue à cet effet par le Droit canon (comportant en particulier des attestations de miracles)

Cisterciens

Leur nom en latin (Sacer Ordo Cisterciensis) s'abrège en SOCist, SOrdCist, SOC ou OCist. Il s'agit d'un ordre de réforme de l'ordre bénédictin. Robert de Molesme fonde le monastère de Cîteaux. En 1108, avec une liturgie et une constitution interne propres, celui-ci devient indépendant sous la direction d'Etienne Harding (troisième abbé de Cîteaux). Cette réforme visait surtout la simplicité de la liturgie, l'absence d'ornement dans les églises (pas de mobilier précieux, pas de vitraux colorés). L'ordre prend son essor sous la direction de Bernard de Clairvaux qui a influencé la piété des cisterciens au point qu'on les appelait aussi les " Bernardins ". Leur attachement au travail manuel, aux travaux des champs les rend célèbres. Sous la direction de Harding, une branche féminine voit le jour : on les appelle les cisterciennes ou les " bernardines ". Contrairement à d'autres ordres où l'on distingue entre le Premier Ordre (les moines), le Second Ordre (les moniales) et le Tiers Ordre (des hommes et des femmes laïcs, non consacrés), chez les cisterciens, les deux premiers sont considérés comme une unité.
Ce n'est qu'à la fin du 19e siècle qu'une nouvelle réforme a conduit à une scission qui a fait naître les Trappistes, un ordre exclusivement contemplatif.

Eckhart, Maître (vers 1260-1328)

Maître Eckhart, dominicain allemand, enseigne dans différents monastères. En 1302, il obtient une maîtrise à Paris et à partir de 1323, il enseigne à Cologne. Ses charges dans l'ordre dominicain l'ont amené à faire de nombreux déplacements. Il doit quitter Cologne pour aller se justifier devant la Curie Pontificale, alors en Avignon. Il meurt en cours de route et nul ne sait où. Depuis 1326 déjà, il est soupçonné d'hérésie. Le centre de son enseignement est l'union du croyant avec Dieu, la pauvreté absolue qui va jusqu'à exiger l'abandon (ou détachement) de soi, de la vertu, voire, dans certains de ses textes, de Dieu lui-même. Ses écrits ne sont pas faciles à lire ; Eckhart crée dans son écriture des expressions nouvelles qui entrent dans la langue allemande et l'influencent profondément. Maître Eckhart est définitivement condamné comme hérétique le 27 mars 1329

Imitation de Jésus Christ (Imitatio Christi)

L'imitation de Jésus Christ est proposée par beaucoup d'auteurs spirituels du Moyen-Age (et plus tard) comme chemin d'une véritable union avec le Christ. Il s'agit de ressembler le plus possible à ce que l'on sait du Christ : adopter son humilité, sa patience, sa douceur, mais aussi sa souffrance. Certains auteurs de l'imitatio Christi vont insister sur la recherche de la souffrance et ainsi donner naissance au dolorisme. Ce mot désigne un type d'union avec le Christ qui exalte souffrances et douleur du croyant en communion avec lui

Libre Esprit, Frères et sœurs du

Il s'agit d'un mouvement hérétique qui s'est surtout développé à la fin du 13e siècle et pendant tout le 14e dans le Nord de la France, en Belgique, aux Pays Bas et en Rhénanie. Le contenu de leur enseignement est l'union avec Dieu dès ici-bas au moyen de l'Esprit. Cette union est source de liberté totale. Cette liberté est alors vécue dans le domaine moral par la transgression des lois établies. Ils sont persécutés autant pour leur enseignement théologique que pour leur mœurs.

Mechthild de Magdebourg (vers 1210 - 1282 ou 1294)

Née aux environs de 1210 en Basse Saxe (Allemagne), Mechthild fait partie des femmes mystiques qui vivaient comme béguines sous la direction spirituelle des dominicains. Son lieu d'attache est Magdebourg. Elle fait preuve d'audace dans sa critique de l'Eglise et de son temps. Elle écrit un ouvrage important : La lumière fluente de la divinité. Vers la fin de sa vie, elle se retire au monastère cistercien de Helfta (Eisleben, Allemagne) où elle meurt en 1282 ou 1294

Merswin, Rulmann (vers 1307-1382)

Rulman Merswin est patricien et banquier strasbourgeois. Suite à une conversion dont on ne connaît pas vraiment les circonstances, il quitte les affaires en 1347 et choisit de vivre désormais, avec sa femme, une vie de prière et de pénitence. En 1328, Jean Tauler devient son maître spirituel. En 1367, six ans après la mort de Tauler, Merswin rachète et restaure l'ancienne chapelle de la Trinité, et les terrains y attenant (l'Ile Verte). En accord avec les autorités ecclésiastiques, il y installe en 1368 quatre chapelains séculiers qu'il rejoint à la mort de sa femme en 1371. Il y meurt en 1382. Merswin est une des figures importantes de la mystique rhénane

Monachisme

Du verbe grec monazeïn " être/vivre seul, retiré ". Les moines ou moniales vivent soit dans la solitude (comme ermite sédentaire ou ermite itinérant) soit regroupés dans des communautés. L'histoire du monachisme débute au 3e siècle avec les ermites dans les déserts d'Egypte, de Palestine et de Syrie. Ce n'est que plus tard que la forme communautaire (cénobitique) voit le jour. Basile le Grand (mort en 379) en est considéré comme le fondateur. La forme qu'a pris le monachisme occidental est intimement liée à la figure de Benoît de Nursie (480- vers 547) Au 14e siècle, une forme particulière de monachisme communautaire apparaît. On l'appelle l'idiorythmie (de idios = " ce qui est particulier, propre, personnel " ; ruthmie = " rythme "). Les moines (ou moniales) vivent ensemble mais largement indépendants les uns des autres en ce qui concerne leur rythme de vie : prière, repas, travail. Cette forme concilie d'une manière intéressante les deux dimensions de la vie du moine : solitude et vie communautaire. Beaucoup de monastères de tradition orientale (en particulier dans l'orthodoxie grecque et russe) fonctionnent encore aujourd'hui sur ce modèle

Mystique

Vient du verbe grec muein qui veut dire " se fermer (les lèvres et les yeux) ". Un type de piété que l'on peut caractériser comme suit :

  • un but : l'expérience d'une relation à Dieu/au divin qui peut aller jusqu'à une forme d'union, voire de fusion avec lui (unio mystica)
  • une pratique : contemplation, méditation, ascèse, etc. pour arriver à cette union
  • une tendance critique par rapport à toute institution, par rapport aussi à la religion établie
  • une insistance sur l'expérience individuelle par rapport au vécu collectif et social La tendance mystique n'est pas réservée au christianisme. On la trouve en Inde dans une forme du bouddhisme, en Chine dans une forme du taoïsme. Elle existe dans le judaïsme et dans l'islam (soufisme). Dans le Nouveau Testament, on trouve une forme de mystique chez Jean (" C'est l'Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d'accueillir parce qu'il ne le voit pas et qu'il ne le connaît pas. Vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous et il est en vous. " Jean 14,17 ; " Jésus lui répondit : Si quelqu'un m'aime, il observera ma parole, et mon Père l'aimera ; nous viendrons à lui et nous établirons chez lui notre demeure ", Jean 14,23) et chez Paul (" Ce n'est plus moi qui vit, c'est le Christ qui vit en moi ", Epître aux Galates 2,20), mystique qui a pour centre le Christ et l'union avec lui. Au Moyen Age, cette mystique devient une mystique de la passion qui s'exprime dans une " souffrance avec le Christ ". Bernard de Clairvaux enrichit la pensée mystique d'une dimension érotique qu'il puise dans le Cantique des Cantiques (plus exactement dans le commentaire qu' Origène en fait) : l'âme devient l'épouse du Christ. La mystique allemande (couramment appelée " mystique rhénane ") du 13e au 15e siècle, avec Maître Eckhart, Jean Tauler, Henri Suso, Mechthild de Magdebourg, etc. en est profondément influencée. En dehors de l'apport strictement religieux, les auteurs mystiques ont aussi profondément contribué à modeler la langue allemande.
    Voir aussi les entrées Origène, Bernard de Clairvaux et Tauler

Oblat

Du mot latin oblare (" donner, offrir "). Au Moyen Age, ce nom désigne l'enfant qu'une famille pouvait " offrir " à un monastère. Le monastère décidait alors à partir de quel moment l'enfant allait définitivement rejoindre la vie communautaire. Ainsi, Thomas d'Aquin, mais aussi Jean Tauler, entrent au monastère dès leur enfance

Scolastique / théologie scolastique

Du latin schola qui veut dire " école ". La théologie scolastique est l'enseignement théologique donné au Moyen-Age par les écoles et universités, qui étaient des institutions ecclésiastiques. Elle ne cherche pas à trouver des vérités religieuses, mais à les prouver, à les défendre, à les fonder de manière rationnelle.
La méthode scolastique a été développée de manière déterminante par Pierre Abélard (1079-1142). La scolastique du 13e siècle, en particulier avec Thomas d'Aquin, va devoir prendre en compte des données nouvelles. En effet, on a accès désormais aux écrits d' Aristote concernant les sciences naturelles, à ceux des savants juifs et arabes (Averroès) ; la fondation d'universités ouvre l'enseignement au public laïc ; les franciscains et les dominicains commencent à enseigner en dehors des murs de leurs monastères. Ces trois facteurs mettent la scolastique devant un défi nouveau : " réconcilier " les idées philosophiques et scientifiques avec les dogmes religieux.
Ainsi la scolastique est une forme d'intelligence de la foi qui s'efforce de prendre en compte les différents savoirs humains, en particulier la philosophie, et de les organiser par la raison. Cette expression qui recouvre un important courant de la théologie est parfois utilisée de manière péjorative pour désigner une démarche et une pensée très " scolaires ", pour en dénoncer le formalisme ou en critiquer les subtilités intellectuelles.

Voir l'entrée Bernard de Clairvaux

Suso, Henri (vers 1295 - 1366)

Henri Suso (Heinrich Seuse) naît à Constance ou à Überlingen en 1295 (1300?) et meurt à Ulm en 1366. Il entre chez les dominicains à l'âge de 13 ans. De 1322 à 1324, il est l'élève de Maître Eckhart à Cologne. Autour de l'année 1326, il rédige le Livret de la vérité pour défendre la théologie mystique de Maître Eckhart en la distinguant de celle des frères et sœurs du Libre Esprit. Ce qui lui vaut d'être rappelé à l'ordre par le chapitre général des dominicains de 1330. En 1343/1344, il est prieur du couvent de Constance qui déménage à Diessenhofen. Il est profondément marqué par la mystique de Maître Eckhart et sa théologie porte les traits d'une mystique de l'Imitatio Christi

Tiers Ordre

Le mot désigne un groupe de personnes qui se sentent proches d'une spiritualité particulière et qui en vivent certaines modalités tout en restant laïcs. Les grands ordres, bénédictins, dominicains, franciscains, etc. ont généralement un Tiers Ordre. L'engagement dans le Tiers Ordre est ouvert à des femmes et des hommes, mariés ou non

Anabaptisme

On désigne de ce nom un mouvement réformateur du 16e siècle, appelé aussi " Réforme radicale " ou " aile gauche de la Réformation ". Poussant à l'extrême les principes réformateurs, les anabaptistes prônent une rupture totale avec l'Eglise de leur temps et un retour au christianisme primitif. Ils seront appelés " rebaptiseurs " (c'est l'étymologie du mot " ana-baptistes ") par leurs adversaires car refusant le baptême des enfants, ils baptisent à nouveau les adultes qui se convertissent. Ils récusent également toute forme d'alliance entre l'Eglise et les autorités politiques. Plusieurs formes différentes d'anabaptisme apparaissent presque simultanément au 16e siècle. En Suisse, c'est un mouvement non-violent. En Autriche, il prend une forme communautaire. En Allemagne, on les appelle Schwärmer (illuminés). Pour ceux-ci, il existe une révélation qui dépasse l'Ecriture, une " illumination " directe par des visions et des songes. Ils croient que le temps du jugement est arrivé et que le Royaume de Dieu va bientôt devenir une réalité visible. Sous la conduite notamment de Thomas Müntzer, ils élaborent une utopie socio-politique révolutionnaire qui sera réprimée dans le sang lors de la Guerre des Paysans (1525). En Hollande, il y aura l'expérience millénariste du Royaume de Münster

Anglicanisme

L'Eglise d'Angleterre est née de la rupture d'Henri VIII avec le pape Clément VII qui lui avait refusé l'annulation de son mariage. Mais c'est son successeur, Edouard VI, qui va amener l'Eglise d'Angleterre vers la Réforme. Une nouvelle liturgie, le Prayer Book (Livre de prière), est adoptée en 1549. Sa 2e édition (1552) est fortement marquée d'une empreinte protestante, sous l'influence notamment de Bucer. Mais l'anglicanisme ne s'installe véritablement que sous le long règne d'Elisabeth 1e (1558-1603) qui fut excommuniée en 1570. Un exposé de la foi, les Trente-Neuf Articles, d'inspiration protestante, paraît en 1571. C'est aujourd'hui encore la base doctrinale de l'anglicanisme : affirmation de l'autorité des Ecritures, reconnaissance de deux seuls sacrements : le baptême et la cène, possibilité de mariage pour les ministres du culte. Aujourd'hui les femmes peuvent être ordonnées prêtres et évêques, ce qui a suscité des tensions vives au sein de la Communion anglicane et avec l'Eglise romaine. La tradition anglicane garde toutefois encore bien des aspects du catholicisme : hiérarchie, formes liturgiques, succession apostolique historique. L'anglicanisme ce n'est pas seulement l'Eglise d'Angleterre, c'est 70 millions de fidèles partout dans le monde

Aristote (385-322 avant JC)

Il est disciple de Platon, précepteur et ami d'Alexandre le Grand. Pour lui, la philosophie offre une vision ordonnée de l'ensemble du savoir humain. Il a posé les bases de la logique. Observateur de la nature, il considère que chaque être tend vers la perfection. Au sommet de la hiérarchie des espèces animales, il y a l'être humain, doué de raison. Sa philosophie a eu une influence considérable sur la théologie scolastique et sur Thomas d'Aquin. Sa pensée était dominante dans la philosophie traditionnelle au moment de la Réforme qui se situera en rupture avec elle

Bernard de Clairvaux (autour de 1090-1153)

Né à Fontaine-lès-Dijon autour de 1090, mort à Clairvaux le 20 août 1153. Il entre en 1112 au monastère de Cîteaux, né d'un mouvement de réforme au sein des bénédictins de Cluny. En 1115, Etienne Harding, troisième abbé de Cîteaux, l'envoie avec 12 autres moines fonder une nouvelle abbaye à Clairvaux. Il en devient l'abbé. Il ne tarde pas à convertir son père, certains de ses frères et sa soeur Ombeline, qui ira s'installer au monastère féminin de Jully. Bernard publie une Apologie qui défend la réforme cistercienne contre les accusations des bénédictins de Cluny. Il se lie d'amitié avec Pierre le Vénérable. En 1128, il rédige la règle des Templiers. Son influence grandit, et en 1130, c'est son soutien qui décide de la reconnaissance d'Innocent II contre l'antipape Anaclet. En 1134, il prêche la 2e Croisade à Vézelay. Avec Guillaume de Saint-Thierry, il conteste les idées d' Abélard et provoque la retraite de celui-ci à Cluny, puis fait condamner les idées de Gilbert de la Porrée à Paris en 1147 et à Reims en 1148. Bernard meurt en 1153, et est canonisé en 1173. Il est nommé " docteur de l'Eglise ". L'influence de ses écrits s'étend à tout le Moyen Age et jusqu'à l'époque moderne, en particulier en ce qui concerne la prédication et la vie chrétienne. On l'appelait dès le 15e siècle Doctor mellifluus : " docteur coulant de miel ". Ce nom fit de lui dans l'Eglise catholique le patron des apiculteurs. La mystique de Bernard influence largement les théologiens après lui. Voir aussi l'entrée qui lui est consacrée

Bèze, Théodore de (1519-1605)

Né à Vézelay, il reçoit une formation humaniste, notamment de Melchior Wolmar qui avait déjà initié Calvin aux idées de la Réforme. Doué pour les lettres, il écrit des poèmes, une tragédie biblique Abraham sacrifiant, traduit les Psaumes en français. Il réalise une édition du Nouveau Testament avec commentaires et annotations qui fut rééditée plus de cent cinquante fois. Condamné en 1548 par le Parlement de Paris, il va à Genève puis s'installe à Lausanne. Il rejoint Calvin à Genève en 1558 et en devient un proche disciple. En 1559, il est le premier Recteur de l'Académie. Ses qualités de théologien, de débatteur et de diplomate vont l'amener à intervenir pour conduire des négociations. Ainsi, entre 1557 et 1558, il va trois fois en Allemagne pour un rapprochement avec les luthériens. Il conduit aussi la délégation réformée au Colloque de Poissy en 1561. Après la mort de Calvin, il poursuit son oeuvre à Genève et maintient l'influence de l'Eglise de Genève en France. Il veille à l'unité des réformés français contre les tentatives de repli et préside plusieurs synodes dont celui de la Rochelle (1571). Cette assemblée établit le texte définitif de la Confession de Foi dite de la Rochelle. Elaborée par le Synode clandestin de Paris en 1559, elle est inspirée dans une large mesure par Calvin. Théodore de Bèze est considéré comme une figure et un défenseur de la théologie réformée

Bucer, Martin (1491-1551)

Né en 1491 à Sélestat en Alsace, Martin Bucer entre dans l'ordre des Dominicains à l'âge de quinze ans. Il est gagné à la Réforme par Luther au cours de la dispute de Heidelberg (1518). Excommunié, il s'enfuit à Wissembourg en Alsace où il prêche l'Evangile. Pourchassé à nouveau, il trouve refuge à Strasbourg (1523). Il y est nommé prédicateur en 1524. En 1529, la ville passe à la Réforme. Quand Calvin arrive dans cette ville (1538), Bucer y travaille depuis quatorze ans déjà : il a eu le temps d'organiser une Eglise selon les idées réformatrices dont maints caractères seront repris à Genève quand Calvin y retournera. Ce qui caractérise Bucer, c'est son sens de l'unité. Il travaillera en vain à des compromis entre les positions de Luther et de Zwingli sur la cène, ou à des accords avec les anabaptistes et même avec les théologiens catholiques (colloques de 1540-1541). Sur ordre de Charles-Quint, il doit quitter Strasbourg (1549). Il se réfugie à Cambridge où il enseignera jusqu'à sa mort. Il contribuera à réviser le Prayer Book

Bullinger, Heinrich (1504-1575)

Il fait ses études à Cologne (1519-1522). Il est amené progressivement à la foi évangélique à travers ses lectures d' Erasme, Mélanchthon et Luther. Pasteur à Cappel (1522-1527), il doit s'enfuir à Zurich. Successeur de Zwingli dans cette ville, il poursuivra son oeuvre réformatrice, luttant contre les menées catholiques et anabaptistes. Refusant tout compromis avec les luthériens, il conclut avec Calvin un accord (appelé Consensus Tigurinus) sur la question de la cène. On découvrira à cette occasion que si Calvin est un homme de conviction, il peut être aussi un homme de compromis et un habile négociateur. On a dit de ce texte qu'il était " un habile patchwork de diplomatie théologique où chacun des signataires peut retrouver du sien " (Bernard Roussel)

Capiton (1478-1541)

Il a fait des études de théologie, de médecine, de droit. C'est un humaniste, helléniste et hébraïsant. Prédicateur et enseignant à Bâle, il est, un temps, collaborateur d' Erasme. Dès 1518, ses écrits témoignent de l'influence de Luther. Il se démarque alors d'Erasme, notamment sur la question du " Libre Arbitre ". De tempérament irénique, il montre des sympathies pour le courant anabaptiste. Ce n'est qu'en 1533, à Strasbourg, qu'il adhère officiellement à la Réforme.

Carlstadt (1486-1541)

Son vrai nom est Andreas Bodenstein. Il a pris le nom de la ville où il est né. Fortement marqué par la pensée d'Augustin, collègue de Luther à la faculté de Wittenberg, il adhèrera aux idées réformatrices dès 1517. Il travaillera à les faire avancer, en particulier pendant le séjour de Luther à la Wartburg. Il fait partie de ceux dont Luther, lors de son retour à Wittenberg, fustige les excès, le qualifiant d'" enthousiaste ". Le conflit va ensuite s'amplifier. Il portera notamment sur le rapport à la loi et le spiritualisme, le rôle des images et la compréhension du sacrement

Caroli, Pierre (1481-après 1545)

Etudiant à la faculté de Paris, disciple de Lefèvre d'Etaples, ami de Briçonnet, il opte pour l'évangélisme. La persécution consécutive à l'Affaire des Placards le contraint à fuir à Genève. Là, il se brouille avec Farel et Viret. Il est nommé pasteur de Lausanne en 1536 où il se met à recommander la prière pour les morts. Calvin et Farel lui reprochent ce retour à la doctrine romaine. Alors Caroli riposte en les accusant de refuser l'expression trinitaire de la foi. Mais les écrits de Calvin parlent pour lui. Un synode se réunit le 14 mai 1537 et déboute Caroli de ses accusations. Cette controverse fut toutefois l'occasion pour Calvin de souligner que les confessions de foi avaient une autorité seconde, dérivée et que la foi devait s'appuyer sur la seule autorité de la Parole de Dieu entendue dans les Ecritures. On peut aussi penser que la rigueur avec laquelle plus tard Calvin poursuivra l'antitrinitaire Servet n'est pas sans lien avec cette histoire. Il y aura sans doute le désir de montrer que les accusations de Caroli étaient infondées.

Castellion, Sébastien (1515-1563)

Il est d'abord proche de Calvin à Strasbourg (1540) puis à Genève. Suite à des dissensions théologiques avec lui, il part à Bâle où il poursuit son labeur humaniste (enseignant de grec, traducteur, poète, éditeur...). Le procès et l'exécution de Servet (1553) vont attiser les divergences avec Calvin. Contre Calvin et Bèze il prend la défense des hérétiques (1555). Le débat s'envenime encore au sujet de la prédestination (1554-1558). Acquis aux idées de tolérance, il considère que catholiques et protestants sont également responsables des luttes armées en France (Conseil à la France désolée, 1567). Il sera rejeté par les uns et les autres. Jusqu'à sa mort, il poursuivra son oeuvre d'humaniste théologien

Cène

C'est le nom donné au dernier repas de Jésus avec ses disciples. Il leur demande de partager après sa mort un tel repas en mémoire de lui. Pour désigner ce repas de communion, la tradition protestante parle plutôt de Cène ou Sainte Cène, la tradition catholique d'Eucharistie.

Concile de Trente

Ce concile fut convoqué par le pape Paul III à la demande de Charles-Quint pour répliquer aux progrès de la Réforme. Il se réunit en trois sessions entre 1545 et 1563. Tous les points fondamentaux de la doctrine catholique furent examinés, les pratiques du culte réaffirmées et les institutions révisées. Le concile donna à l'Eglise romaine les outils de sa propre réforme ( Contre-Réforme). Il décida de la version officielle de la Bible (la Vulgate), rédigea un Catéchisme, un Bréviaire, un Missel, un corpus de textes canoniques, promulgua l' Index qui prohibait certains écrits parmi lesquels ceux de Bèze, Bucer, Calvinvoir entrée Calvin, Erasme, Luther, Mélanchthon, Rabelais, Servet, Wyclif, Zwingli...

Contre-Réforme

Appelé aussi Réforme catholique, ce mouvement s'enracine dans les travaux et décisions du Concile de Trente. Au cours de ses trois sessions (1545-1549, 1551-1552, 1562-1563), ce concile posa les bases doctrinales, liturgiques, canoniques d'une réforme interne à l'Eglise romaine afin de combattre les progrès de la réforme protestante. Parmi les personnalités, documents et institutions liés à la Contre Réforme, on peut citer bien sûr les papes de cette période, mais aussi Ignace de Loyola et l'ordre des jésuites, l' Inquisition, l' Index...

Diète

Dans le Saint Empire romain germanique, la diète est une assemblée convoquée par l'empereur. Elle réunit des princes, des dignitaires ecclésiastiques, des représentants des villes. C'est une instance à la fois politique et religieuse. L'empereur et le pape s'efforcent d'y défendre leurs intérêts respectifs et ceux de leurs sujets. La Diète est donc représentative des différents partis concernés, mais elle a aussi une dimension symbolique. Sa convocation doit impressionner le peuple et marquer l'importance des sujets débattus

Dispute

Il s'agit d'une discussion publique sur une thèse philosophique, scientifique ou théologique. Dès l'Antiquité, Aristote en avait fixé les règles et les formes. Elle devient courante au 12e siècle et peut prendre différentes formes. Au 16e siècle, ce mode de débat contradictoire est particulièrement prisé par les théologiens. Les Réformateurs y auront fréquemment recours pour défendre et faire avancer leurs idées

Dominicains

L'abréviation des dominicains est O.P. du latin Ordo [Fratrum] Praedicatorum : l'ordre des prédicateurs. Ce 2e ordre mendiant (après les franciscains) est fondé par l'espagnol Dominique. Celui-ci reçoit en 1216 du pape Honoré III la permission de créer un ordre dont les activités principales seront la prédication, l'étude de la théologie et le combat contre les hérétiques. Au Moyen Age, les dominicains sont les théologiens de la cour papale. Les plus connus parmi eux sont Albert le Grand et Thomas d'Aquin. Après 1232, les dominicains sont chargés de postes principaux dans l' Inquisition ce qui leur a valu le surnom Domini canes : " les chiens du Seigneur ".
L'ordre des dominicains a une branche féminine et un Tiers Ordre.

Zwingli, Huldrych (1484-1531)

C'est le principal Réformateur de la Suisse Alémanique. Après des études latines à Berne, il fréquente les universités de Vienne et de Bâle. Il est influencé d'abord par la pensée d'Erasme. Ordonné prêtre en 1506, il étudie avec ferveur le Nouveau Testament. En 1519 il est curé de Zurich et amorce en 1522 la réforme de cette ville. A la première Dispute de Zurich, il fait triompher les idées évangéliques. On les trouve exposées dans la Brève instruction chrétienne. Il abolit la messe en 1525. Ayant réformé l'Eglise de Zurich, il contribue à l'expansion de la Réforme en Suisse alémanique. Il participe à la Dispute de Berne, à l'issue de laquelle les Bernois touchés par ses arguments décident d'adopter la Réforme. Ce qui entraîne le rattachement au protestantisme du pays de Vaud et de plusieurs villes romandes situées dans la zone d'influence bernoise. Accompagnant comme aumônier les troupes zurichoises qui se battent contre les troupes des cantons restés attachés au catholicisme, il est tué à la bataille de Cappel. Ce sera la fin de l'expansion évangélique dans les cantons alémaniques. Tout au long de sa vie, Zwingli va mener trois combats. D'abord contre l'Eglise romaine dont il conteste les enseignements au nom d'une étude savante et approfondie des Ecritures bibliques. Contre Luther auquel il s'oppose vivement à Marbourg en 1529 à propos de la cène où pour lui le Christ est présent dans les cœurs par son Esprit. Contre les anabaptistes, il maintient le baptême des petits enfants en relation avec le thème biblique de l'alliance. Zwingli " apparaît comme le véritable père du courant réformé. On trouve chez lui la plupart des thèmes essentiels que reprendra et développera ensuite Calvin : la souveraineté absolue de Dieu, la prédestination, la différence radicale entre le Créateur et les créatures, l'alliance, l'importance de l'Esprit, la théologie comprise comme connaissance de Dieu et de l'homme, la nécessité d'une lecture savante de la Bible selon les méthodes humanistes, l'organisation ministérielle de l'Eglise, la critique de l'anabaptisme. " (André Gounelle)

Erasme (1469-1536)

Né à Rotterdam, il fut appelé " le prince des humanistes ". Il entra au couvent des Augustins. Il poursuivit ses études à Paris au Collège Montaigu où, quelques années plus tard, étudia Calvin. Il s'efforça d'appliquer les règles philologiques -mises au point par les humanistes- aux Ecritures bibliques avec le souci de les rendre accessibles aux plus humbles. Il voyagea dans toute l'Europe où il diffusa des idées qui seront reprises par les Réformateurs. Lié d'amitié avec plusieurs d'entre eux ( Bucer, Farel, Melanchthon, Oecolampade, Zwingli...) et malgré la sympathie qu'il avait pour nombre de leurs thèses, il refusa toujours de rompre avec l'Eglise romaine. Il pensait possible une réforme de l'Eglise de l'intérieur. Erasme refusait la violence, notamment en matière religieuse. Sa pensée était faite de mesure et de pondération. Luther lui a reproché sa tiédeur. En 1521, à Bâle, il écrit son Essai sur le libre-arbitre. Luther lui répondra dans son Traité du serf arbitre

Farel, Guillaume (1489-1565)

Né à Gap dans le Dauphiné, son itinéraire est étroitement lié à celui de Calvin dont il est le compagnon et l'ami. C'est en 1509 qu'il vient à Paris pour ses études. Il y fréquente les humanistes : Lefèvre d'Etaples, Gérard Roussel, Guillaume Budé. Il raconte sa conversion (que l'on place en 1521) en des termes analogues à ceux de Calvin. Désormais il se met au service des idées de la Réforme, à Meaux, dans le Dauphiné, en Guyenne, à Bâle, Zurich, Montbéliard, Strasbourg, Berne, Aigle, Neuchâtel, Lausanne, Genève. On considère qu'il a écrit la première dogmatique réformée de langue française intitulée " Sommaire et brève déclaration " (1525). A cause de sa fougue, il est souvent obligé de passer d'un lieu à l'autre. Au cours de ses nombreux déplacements, il rencontre Briçonnet, Oecolampade, Zwingli, Erasme, Capiton, Bucer. Il participe au Synode de Chanforan au cours duquel les Vaudois du Piémont adhèrent à la Réforme en 1532. C'est cette année là qu'il arrive à Genève. Il en est rapidement chassé, mais y revient en 1533. En 1536, sous son impulsion, la ville passe à la Réforme. C'est lui qui y retient Calvin afin qu'il organise l'Eglise et la ville selon les principes de la Réforme. Cette même année, il participe avec Calvin et Viret à la Dispute de Lausanne. Chassé de Genève avec Calvin en 1538, il va à Neuchâtel où il pose les bases d'une Eglise réformée dans la ligne théologique de Calvin. Il y meurt en 1565.

Franciscains

Ordre religieux fondé par François d'Assise (1182-1226). Entendant le texte de l'évangile selon Matthieu (10,7-11) où Jésus annonce aux disciples qu'ils doivent aller prêcher dans la pauvreté, François décide de devenir prédicateur itinérant. Rejoint par quelques compagnons, et avec l'autorisation du pape, ils vont de lieu en lieu pour annoncer la Parole de Dieu en vivant dans la pauvreté. Puis ils établissent un premier monastère. Pour les femmes, un ordre, les Clarisses, est fondé par une jeune fille d'Assise nommée Claire. Puis un troisième ordre, ou Tiers-Ordre, voit le jour, pour aider les laïcs à vivre dans leur vie quotidienne les conseils évangéliques (pauvreté, chasteté, obéissance) remis en vigueur par François. L'ordre des Frères Mineurs ou Franciscains est créé. La règle de 1221, remaniée en 1223, en fixe définitivement l'organisation. A sa suite apparaissent d'autres ordres mendiants, en particulier les Dominicains qui vont fortement influencer la vie religieuse du 13e siècle. A ce même moment, des conflits internes entre spirituels et conventuels agitent le mouvement : les spirituels cherchent le respect littéral de la Règle, en particulier le voeu de pauvreté ; les conventuels se rapprochent plutôt des ordres établis.

François d'Assise (1182-1226)

Il est né en 1182, dans la famille Bernardone, à Assise. Son père Pietro, un riche marchand, le prénomme Francesco (François). Pietro Bernardone faisait du commerce avec la France et son épouse, Pica, était d'origine provençale. François connaît une enfance comblée, sans soucis matériels et entourés d'amis. Il s'est tout naturellement préparé à prendre la succession de son père. Mais il rêvait de devenir chevalier. Sa première expérience fut désastreuse : après une guerre contre la ville voisine de Pérouse, il s'est retrouvé pendant un an en prison. Puis il tombe malade.
En 1205, à vingt-trois ans, il vit une révélation dans l'église Saint-Damien. Il entend le Christ lui demander de réparer son église. Comme celle-ci est en effet en train de tomber en ruines, il s'attaque aux travaux de rénovation. Bientôt, il comprend que l'appel concerne l'église d'une manière plus large.
L'année suivante, il rompt avec sa famille et renonce à ses biens. Pendant deux ans, il soigne des lépreux et réparé des chapelles. Et, en 1208 - à vingt-six ans - il découvre, en entendant l'Evangile à la messe, que sa vocation est de le vivre à la lettre. Très vite, des hommes viennent le rejoindre. Ils vont à Rome demander au pape son accord pour cette forme nouvelle de vie dans l'Eglise. Puis des femmes adoptent le même style de vie : on les appellent " Clarisses ", du nom de la première d'entre elles, Claire, une jeune fille d'Assise. Des laïcs ensuite demandent à mener cette forme de vie évangélique, tout en restant avec leur famille et leur métier. Ce fut le Troisième Ordre, qui complète la Fraternité. Des frères partent pour les autres pays d'Europe. En 1219, François lui-même va en Egypte pour convertir le sultan. Les deux hommes se quittent dans l'estime mutuelle. Il a alors abandonné la direction de son ordre et s'est retiré pour écrire un projet de vie, une règle pour ses frères. En 1223, il reçoit l'approbation du pape. Il fête Noël à Greccio, où il réalise la première crèche vivante.
Cherchant de plus en plus une relation proche avec le Christ, François se retire dans la montagne de l'Alverne. C'est là, où il reçoit les traces de la Passion de Jésus (stigmates) qui se manifestent visiblement dans son corps. Malade, souffrant des yeux et presque aveugle, il se retire à Saint-Damien, compose le Cantique des Créatures et son Testament. Et le 3 octobre 1226, à 44 ans, il meurt.
En 1228, il est canonisé, et le pape fait construire en son honneur une basilique à Assise

Gutenberg (1400-1468)

Imprimeur strasbourgeois qui a inventé en 1534 la presse à imprimer, ainsi qu'une encre qui permettait d'imprimer le papier sur ses deux faces. Il abandonna l'usage des caractères mobiles en bois et les remplaça par des caractères métalliques. La nouvelle technique typographique qu'il a mise au point (1450-1455) et l'essor qu'il a ainsi donné à l'imprimerie ont largement contribué à la diffusion de la Bible et des idées de la Réforme

Huguenot

Ce mot, qui est utilisé parfois pour désigner les protestants, a une étymologie controversée. Il apparaît à Genève en 1536 et vient vraisemblablement d'une déformation de l'allemand eidgenossen, les fédérés. Des Genevois voulaient en effet s'allier aux Bernois pour défendre le protestantisme. En France, le mot a pu s'amalgamer avec d'autres sobriquets, au point d'être employé péjorativement par les catholiques. Au 16e siècle, les protestants se l'approprièrent, et il prit alors une coloration politique (le parti huguenot). Après la Révocation de l'Edit de Nantes (1685) le terme désigna, jusqu'à aujourd'hui, les protestants qui trouvèrent asile dans les pays dits du Refuge (Allemagne, Angleterre, Pays-Bas...). En France, certains protestants sont attachés à ce mot pour exprimer leur fidélité au protestantisme historique. http://croixhuguenote.free.fr/images/2A.jpg

Index

Catalogue de livres que l'autorité catholique romaine interdit de lire, d'imprimer et de diffuser. Cette censure a été créée au 16e siècle et elle a été abolie par le pape Paul VI en 1965

Inquisition

Jusqu'à la fin du Moyen Age, c'est l'institution ecclésiale qui se chargeait de l'enquête concernant les hérétiques, le bras séculier mettant en œuvre leur éventuelle condamnation. A partir de ce moment-là, notamment dans le contexte de la persécution des vaudois et albigeois, c'est une institution particulière soumise à l'évêque qui va en être chargée : l'Inquisition. En 1231/1232, à l'instigation du pape Grégoire IX, l'Inquisition est centralisée sous l'autorité papale. Gérée surtout par des dominicains, elle met au point un processus particulier :

  • exigence adressée aux hérétiques de pratiquer l'auto-accusation ;
  • exhortation des fidèles à la dénonciation ;
  • convocation de l'accusé ;
  • éventuellement arrestation pour comparution devant le tribunal ;
  • enquête en vue de l'aveu (pas de révélation des noms des dénonciateurs et témoins ; pas de défense acceptée).

A partir de 1252, le pape Innocent IV permet l'usage de la torture. En 1542, le pape Paul III établit à la place de l'Inquisition la " Congrégation romaine et universelle de l'Inquisition " (le " Saint Office "). Au Concile de Vatican II, sur proposition du pape Paul VI, le " Saint Office " devient la " Congrégation pour la doctrine de la foi ". Aujourd'hui, selon l'article 48 de la Constitution apostolique sur la Curie romaine Pastor bonus, promulguée par le pape Jean Paul II en 1988, " la tâche propre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi est de promouvoir et de protéger la doctrine et les moeurs conformes à la foi dans tout le monde catholique : tout ce qui, de quelque manière, concerne ce domaine relève donc de sa compétence ".

Knox, John (1513-1572)

Il a implanté en Ecosse une Réforme très influencée par la pensée de Calvin. Après des études universitaires à Glasgow, il se destine à la prêtrise. Mais les idées de la Réforme sont déjà connues en Ecosse. Il y adhère après l'étude de la Bible et des textes d'Augustin. Fait prisonnier au siège de Saint-André, il est condamné aux galères du roi de France, allié du roi d'Angleterre. Libéré au bout d'un an, il retourne en Angleterre (1549). Mais sous le règne de la très catholique Marie Tudor, il est obligé de s'exiler. Il fait trois séjours à Genève où il se lie avec Calvin. Knox est dans cette ville le pasteur de l'Eglise anglaise. Il la dote d'une liturgie directement inspirée de la Forme des prières de Calvin, qui sera plus tard la liturgie de l'Eglise écossaise. De retour en Ecosse (1559), il y établit la Réforme. Quand Marie Stuart devient reine, il tient tête à la souveraine catholique. Peu à peu se met en place ce qui allait devenir l'Eglise presbytérienne d'Ecosse

Lefèvre d'Etaples (1455-1536)

Comme Calvin, il est originaire de Picardie. Il est ordonné prêtre. Il enseigne à Paris. A partir de 1492, il voyage en Italie où il rencontre notamment Pic de la Mirandole. En 1507, il fait partie, autour de Briçonnet, du " groupe de Meaux ". Ses commentaires sur les Psaumes (1509) et sur les épîtres de Paul ont ouvert la voie à l'exégèse réformée. Il entreprend une révision critique de la traduction latine de la Bible (la Vulgate) et en fait paraître une traduction française, cinq ans au moins avant la Bible d' Olivétan (1535). A la demande de Briçonnet, il publie déjà en 1523 une traduction en français du Nouveau Testament. Inquiété par la Sorbonne dès 1517, il est protégé par le roi François 1er. Mais en 1525, ses opposants profitent de l'emprisonnement du roi pour le faire condamner par le Parlement de Paris. Il se réfugie alors à Strasbourg. Il finira ses jours à Nérac à la cour de Marguerite de Navarre. C'est là qu'il rencontrera Calvin. Evangélique, attaché à la Parole de Dieu, Lefèvre était un esprit modéré qui n'a jamais réellement rompu avec l'Eglise romaine. " Lefèvre est un réformiste sans jamais devenir un réformateur " (Irena Backus). Au soir de sa vie, il aurait confié, en pleurs, à la reine Marguerite de Navarre qui l'interrogeait sur sa tristesse : " Madame,... comment pourrais-je subsister devant le tribunal de Dieu, moi qui ayant enseigné en toute pureté l'Evangile à tant de personnes, qui ont souffert la mort pour cela, l'ai cependant toujours évitée dans un âge même où bien loin de la craindre, je la devais plutôt désirer... "

Loyola, Ignace de (1491-1556)

Fondateur de la Compagnie de Jésus, il est contemporain du Réformateur Jean Calvin. Il voulait être chevalier, mais en fut empêché par une grave blessure reçue au siège de Pampelune (1521). Répondant à un appel de Dieu, il veut annoncer l'Evangile aux " infidèles " qui sont à Jérusalem. Après un long temps de retraite et un voyage à Jérusalem, il entreprend des études de théologie en Espagne puis à Paris (1528-1534). C'est là, à Montmartre, le 15 août 1534, qu'il fonde avec sept compagnons la Compagnie de Jésus. Parmi eux, François-Xavier, qui deviendra le plus célèbre missionnaire de l'Eglise catholique romaine au 16e siècle. Cet ordre religieux (les Jésuites) est organisé de manière très hiérarchisée, l'obéissance totale y est exigée. Les Jésuites ne dépendent que du pape. A la mort d'Ignace de Loyola, ils sont 1000, cinquante ans plus tard ils sont 13000. Les Exercices spirituels qu'il a rédigés, demeurent la base de la spiritualité des Jésuites. Ignace de Loyola a été canonisé en 1622

Mélanchthon, Philippe (1497-1560)

C'est un des grands Réformateurs allemands. Il fit ses études à Heidelberg et Tübingen. Nommé magistrat à Wittenberg en 1518, il y demeurera jusqu'à sa mort. C'est là qu'il rencontre Luther dont il devient le disciple et l'ami fidèle. Il y étudie la théologie sans abandonner ses tâches de professeur de grec. Son oeuvre la plus importante, les Loci communes (1521), fut plusieurs fois remaniée. C'est lui qui a rédigé la Confession d'Augsbourg (1530) et l'Apologie de la Confession d'Augsbourg (1531) qui font partie des " livres symboliques " où les Eglises luthériennes reconnaissent l'expression autorisée de leur foi. C'était un homme cultivé et conciliant qui s'efforcera toujours d'aplanir les divergences entre les différents courants de la Réforme, comme entre protestants et catholiques. C'est lui qui, à la mort de Luther, poursuivra l'organisation de l'Eglise évangélique avec toujours un souci particulier de l'éducation

Messie

Le mot " Messie " est un mot d'origine hébraïque qui apparaît dans l'Ancien Testament, il a la même signification que le mot " Christ " d'origine grecque. Les deux mots veulent dire en français : " celui qui est oint ". Le peuple d'Israël attend le Messie pour qu'il rétablisse la véritable royauté. Les chrétiens ont reconnu en Jésus le Messie dont ils attendent le retour. Ils croient qu'il établira alors son Royaume sur la terre

Millénarisme

Croyance dans un règne terrestre à la fin des temps, inauguré par le Messie et ses élus, qui durera pendant 1000 ans. La pensée millénariste s'appuie en particulier sur des textes du livre de l'Apocalypse. On y trouve souvent un rejet radical de l'ordre social et politique existant. Müntzer verra dans la révolte paysanne un moment fondamental du jugement de Dieu

Münster, Royaume de

Après 1530, sous l'influence de Melchior Hoffman, un mouvement anabaptiste se développa, marqué par l'idée que la fin des temps était proche. On en vint à appeler les fidèles à prendre les armes pour établir le règne de Dieu. Avec Jean de Leyde qui se proclama roi de Sion, l'illuminisme prit le dessus, une théocratie et la polygamie furent instaurées. La ville de Münster fut assiégée par une coalition catholique-protestante et prise le 25 juin 1535. Les survivants furent torturés et exécutés. Tout au long du 16e siècle, les anabaptistes ont été combattus et persécutés aussi bien par les Réformateurs que par les catholiques

Müntzer, Thomas (1490 ?-1525)

C'est un prêtre de l'ordre des Augustins. Il étudie la mystique médiévale et reçoit également une formation humaniste. En 1519, il rencontre Luther et adhère aux idées de la Réforme. Mais il va s'en séparer à la fois sur le plan théologique et le plan politique. Prédicateur à Zwickau (1520) et Allstedt (1523), il sera chassé de chacune de ces villes. En 1524, il rédige son Sermon aux princes où il présente son programme de réforme, très marqué par le millénarisme. Il devient le chef anabaptiste de la Guerre des Paysans, prêchant une sorte de communisme évangélique. Engels verra en lui un des premiers révolutionnaires. Capturé lors de la bataille de Frankenhausen (1525), il sera torturé puis exécuté

Occam, Guillaume d' (fin du 13e siècle -1349 ou 1350)

Philosophe et théologien anglais appartenant à l'ordre des franciscains. Il étudie à Oxford et Paris. Il s'oppose à la papauté et, à cause de cela, est excommunié. Il se rattache au courant nominaliste selon lequel nous n'avons pas d'idées ou concepts généraux mais seulement des mots, des signes évoquant des réalités toujours singulières. Ce courant philosophique était très présent à l'université d'Erfurt où Luther étudia et au couvent des Augustins de cette même ville où il entra en 1505. On peut dire que l'occamisme a eu une influence sur l'émergence et la formulation des idées de la Réforme, même si Luther critiquera cette pensée

Oecolampade (1482-1531)

Il étudie la théologie à Heidelberg. Il se lie avec Capiton, Erasme et Mélanchthon. Humaniste, il apprend le grec et l'hébreu. Il devient prêtre en 1510, entre au couvent en 1520. C'est là que mûrissent ses idées réformatrices. Arrivé à Bâle en 1523, il travaille à la Réforme dans cette ville. Il écrit plusieurs commentaires bibliques. Après l'abolition de la messe (1529), il y organise l'Eglise en donnant une place importante aux laïcs. Au sujet de la cène, il considère que le Christ y est présent de manière symbolique

Olivétan (vers 1505-1538)

Comme Jean Calvin auquel il est apparenté, Pierre Robert, dit Olivétan, est originaire de Noyon. Il fait ses études à Orléans puis doit s'enfuir en 1528 à Strasbourg où il apprend l'hébreu avec Bucer et Capiton. On le retrouve instituteur à Neuchâtel (1531), précepteur à Genève (1532), instituteur dans le Piémont (1533). Il y a chez lui un incontestable souci pédagogique. Il publie en 1533 une Instruction des enfans. A la demande de Guillaume Farel, il traduit en moins de deux ans la Bible en français, à partir des textes originaux. Il meurt en Italie en 1538

Pères de l'Eglise

Dans l'Antiquité, le maître était souvent désigné comme " Père ". De ce fait, ce nom revient aux évêques, mais on étend ce sens de Père à des écrivains reconnus comme témoins de la tradition authentique de l'Eglise. Sont donc appelés Pères de l'Eglise les théologiens des premiers siècles, jusqu'aux 7e/8e siècles. En patristique (recherche sur les textes des Pères de l'Eglise), on appelle " Pères Apostoliques " ceux qui succèdent directement aux apôtres. Pour les suivants, on distingue entre " Pères latins " et " Pères grecs " selon la langue dans laquelle ils rédigeaient leurs écrits. Par exemple, Jean Chrysostome est un " Père grec ", Augustin un " Père latin "

Presbytérien

Ce terme (du grec presbuteros, ancien) désigne un mode d'organisation et de fonctionnement des Eglise réformées, dans lequel des laïcs (ou Anciens) participent au gouvernement de l'Eglise. A la suite de John Knox, ce terme désigne aussi, dans les pays anglo-saxons, les Eglises de tradition réformée

Savonarole, Jérôme (1452-1498)

Il appartient à l'ordre des dominicains à Bologne puis devient prieur du couvent San Marco à Florence. Dans cette ville, il prêche la repentance et ses prédications connaissent une grande audience. Il s'impose bientôt comme chef politique. Il instaure un régime théocratique et entreprend un travail de réforme de la constitution, de la justice, des finances, des moeurs. Austère et intransigeant, il va diviser les habitants de la ville et s'opposer au pape Alexandre VI. Excommunié, il sera condamné à mort, pendu puis brûlé

Servet, Michel (1509-1553)

Né en Espagne, il étudie le droit à Toulouse, la médecine à Lyon et Paris. Il est persécuté aussi bien par les Réformateurs que par l'Eglise romaine. Il considère que la formulation trinitaire de la foi chrétienne reçue des conciles de l'Eglise ancienne (Dieu Père, Fils et Saint-Esprit) n'est pas biblique. Il refuse aussi le baptême des enfants et la prédestination. Il correspond avec Calvin (1546-1547) qui aussitôt condamne ses positions. Dénoncé à l' Inquisition et condamné, Servet s'enfuit. Il est arrêté à Genève où un procès lui est fait pour hérésie. Il est condamné au bûcher par le conseil de la ville, mais Calvin et les pasteurs avaient donné leur accord à la sentence. Cette exécution déclencha une polémique, notamment avec Sébastien Castellion défenseur de la tolérance religieuse

Simons, Menno (1494-1561)

Théologien d'origine hollandaise, il est l'une des figures emblématiques de l' anabaptisme au 16e siècle. Curé catholique, il quitte l'Eglise romaine et se fait rebaptiser. C'est le début d'une vie d'itinérance au cours de laquelle il prêche et baptise. A partir de 1535 et la fin dramatique du " Royaume de Münster ", il s'efforce de réunifier les groupes anabaptistes et de leur donner un caractère pacifique. Il a donné son nom à l'une de leurs expressions : les Mennonites. Ils se caractérisent par la pratique du baptême des adultes, le refus de porter les armes et de prêter serment. Aujourd'hui des Eglises mennonites existent dans tous les continents. Ils comptaient environ 857 000 membres en 1990. Les Amishs, rendus célèbres par le film " Witness ", en sont issus

Thomas d'Aquin (1225 ou 1226-1274)

Philosophe et théologien scolastique. De naissance noble (sa famille fait partie de l'aristocratie napolitaine), il est oblat de 1230 à 1235 à l'abbaye bénédictine du Mont-Cassin. A partir de 1239 il fait ses études à Naples et entre en 1243 chez les dominicains malgré le désaccord de sa famille. En 1245, il devient disciple d' Albert le Grand à Paris. Ses études vont l'amener aussi, de 1248 à 1252, à Cologne. Il enseigne à Paris, Orvieto, Viterbe et Rome. De 1269 à 1272, il est à nouveau à Paris et à partir de 1272 à Naples. Il meurt pendant son voyage pour le Concile de Lyon. Alors qu'à la suite des croisades, l'Occident retrouve les œuvres perdues d'Aristote qu'avait conservées la civilisation arabe, Thomas d'Aquin va tenter de faire la synthèse de la philosophie d'Aristote et du christianisme. Thomas d'Aquin développe ainsi l'orientation d'Albert le Grand : une synthèse globale entre foi et savoir, révélation et raison, théologie et philosophie. Son œuvre culmine dans la Somme théologique, écrite entre 1266 et 1273 et non achevée. Sa doctrine est critiquée par l'école des franciscains. La critique va aboutir en 1277 à la condamnation de sa doctrine. Mais dès 1309, elle est réintégrée comme doctrine officielle de l'ordre des dominicains. La canonisation de Thomas d'Aquin en 1323 et sa promotion comme " Docteur de l'Eglise " en 1567 ont garanti, du point de vue institutionnel, l'influence de sa doctrine.

Vaudois

Ce mouvement tire son nom de celui de son fondateur : un certain Pierre Valdovoir entrée Valdo (Valdès ou Vaudès) qui vécut à Lyon à la fin du 12e et au début du 13e siècle. Vers l'an 1170, il vendit tous ses biens pour vivre dans la pauvreté et se consacrer à la prédication de l'Evangile. Lui et ses compagnons, " les pauvres de Lyon ", reçurent d'abord l'autorisation de prêcher, mais elle leur fut assez vite retirée par le pape. Accusés d'insoumission à l'autorité et de schisme, ils furent excommuniés et chassés de Lyon (1182), condamnés comme hérétiques (1184). Cela n'empêcha pas le mouvement de se développer dans le Sud de la France, en Italie, dans les pays germaniques, en Bohême (avant Jan Husvoir entrée Hus). En 1532, au Synode de Chanforan (Italie), les Vaudois décident de se rallier à la Réforme. Ils constituent aujourd'hui l'une des principales Eglises protestantes d'Italie

Viret, Pierre (1511-1571)

Réformateur suisse. Comme Calvin, il étudie au Collège Montaigu à Paris. Pendant 40 ans, il exerce le ministère pastoral en Suisse : Orbe, Payerne, Neuchâtel, Genève puis Lausanne. Il participe à la Dispute de Lausanne en 1536 et à la controverse avec Caroli. Il a les mêmes convictions théologiques et ecclésiologiques que Calvin, le même goût pour la discipline ecclésiastique. En 1559, suite à divers conflits, il doit quitter Lausanne et séjourne à Genève jusqu'en 1561. Il s'en va soudainement de cette ville. Soit pour des raisons de santé soit parce que la collaboration avec Calvin et Bèze était difficile du fait qu'il avait une conception plus " démocratique " qu'eux du pouvoir dans l'Eglise. Il séjourne alors en France : Nîmes, Montpellier, Lyon, ville où il préside le synode national des Eglises réformées (1563). Chassé, il trouve refuge dans le Béarn, où il a été appelé par Jeanne d'Albret, reine de Navarre, et où il meurt en 1571

Vulgate

Du latin vulgatus, répandu. On désigne ainsi la traduction latine de la Bible par Jérôme (vers 347-419). Il travaille à partir des anciennes versions latines de la Bible, mais aussi des textes hébreu et grec. C'est d'abord le pape Damase qui lui demande en 383 une révision du texte latin des évangiles. Puis, à partir de 390, Jérôme entreprend la traduction de l'Ancien Testament. Cette version ne s'imposa que tardivement, à partir du 7e siècle. Elle devint la version officielle de la Bible, reconnue par l'Eglise catholique, en 1546 au Concile de Trente

Briçonnet, Guillaume (vers 1472-1534)

Guillaume Briçonnet, évêque de Meaux, participe au mouvement de redécouverte de l'Evangile qui se développe dans les années 1520-1530. Nourri de la pensée et des travaux humanistes, ce courant prône un retour aux textes bibliques originaux traduits dans la langue du peuple, même si c'est d'abord un mouvement d'érudits. Sous l'influence de son ami Lefèvre d'Etaples, Guillaume Briçonnet entreprend de réformer le clergé et d'instruire les fidèles de " la vérité évangélique ". A sa demande Lefèvre d'Etaples fait paraître en 1523 une traduction en français du Nouveau Testament qui suscite des réactions critiques de la part des théologiens de la Sorbonne. Les " bibliens " de Meaux sont soupçonnés d'hérésie " luthérienne ". Malgré le respect de Briçonnet à l'égard de l'Eglise romaine, le Parlement de Paris lui intente un procès (1525) et le groupe de Meaux se disperse

Colloque de Poissy

En 1559 se tient à Paris le premier synode de l'Eglise réformée en France. Les nobles réformés, proches de la cour, espèrent infléchir la politique en faveur de la Réforme. Ils décident de soustraire le jeune roi François II à l'influence de ses oncles, les Guise, qui mènent une lutte implacable contre les protestants. Ils fomentent alors la conjuration d'Amboise (1560) qui échoue et qui est durement réprimée. Cependant la mère du roi, Catherine de Médicis, est soucieuse de renforcer la cohésion de l'Etat. Conseillée par Michel de l'Hospital, un homme de conciliation, elle organise le Colloque de Poissy (1561) où Théodore de Bèze prononce un discours célèbre. Mais l'espoir de faire l'unité religieuse du royaume débouche sur un échec. En 1562, par l'édit de Janvier, la reine reconnaît la " nouvelle religion " et accorde aux réformés la liberté de culte hors des villes. Le parti catholique ne l'accepte pas. Deux mois plus tard des réformés sont massacrés à Wassy. C'est le début des guerres de religion

Jean Chrysostome (entre 344 et 354-407)

Ce Père de l'Eglise est promu évêque de Constantinople contre son gré. Puis, son attitude sévère provoque sa destitution et sa proscription à la frontière arménienne. Ses nombreux écrits font partie de la patristique grecque. Son surnom " Chrysostome " (chrysos-stoma : " bouche d'or ") vient du fait qu'il est un prédicateur hors pair

Libre Arbitre

C'est la capacité de choisir, de vouloir, de faire une chose ou son contraire. Le libre-arbitre c'est le pouvoir d'agir ou de ne pas agir, en dehors des déterminismes et même contre eux, selon son bon vouloir. Il représente en quelque sorte l'absolu de la liberté. Il est chez Thomas d'Aquin identifié à la volonté. Par opposition au libre-arbitre, Martin Luther, dans sa controverse avec Erasme, parlera du serf arbitre (1525). Il désigne ainsi la dépendance totale de la volonté humaine à l'égard de la grâce de Dieu. La véritable liberté du chrétien ne peut découler que de cette grâce. C'est une liberté offerte et non conquise. Cette conception se distingue radicalement de la notion philosophique de la liberté. Pour le Réformateur, la liberté n'est pas autonome, mais liberté reçue, donnée, constituée par un Autre.

Luther, Martin (1483-1546)

Réformateurvoir entrée Luther allemand né et mort à Eisleben. Moine, prêtre, docteur en théologie, professeur d'exégèse biblique, il était habité par une intense quête spirituelle concernant le salut. En travaillant l'épître aux Romains il découvre ce qui sera le coeur de son oeuvre et de la Réforme protestante au 16e siècle, le message du salut par la seule grâce de Dieu, en dehors des mérites de l'homme. En 1517 il rédige " 95 thèses " où il développe cette affirmation et dénonce la vente des indulgences. Déclaré hérétique en 1518, il est excommunié et mis au ban de l'Empire à la Diète de Worms en 1521. Il trouve alors un appui auprès des princes allemands. Auteur d'une oeuvre théologique considérable et traducteur de la Bible en allemand, il a pris part aux débats de son temps (controverse avec Erasme, attitude lors de la Guerre des Paysans...). Il a résisté à toute forme de désordre ecclésial et a commencé à poser les bases d'une Eglise " luthérienne "

Pic de la Mirandole (1463-1494)

Philosophe italien appelé le " prince des érudits ". A Padoue, il étudie l'arabe, l'hébreu, l'araméen et s'initie à la Kabbale (courant ésotérique du judaïsme déjà présent dans l'Antiquité, mais dont les principaux ouvrages sont apparus au Moyen Age). Après un séjour en France, il se rend à Florence où il découvre la pensée de Platon et le courant néo-platonicien. L'un de ses ouvrages est condamné par l'Eglise. Déclaré hérétique, il se réfugie en France. De retour à Florence, il se place sous la protection de Laurent de Médicis (le Magnifique). A cette époque, il se lie avec Savonarole. On pense qu'il est mort empoisonné. Dans son oeuvre, il a montré les liens qui existent entre les religions, mais surtout analysé la Bible et interprété le christianisme à partir des théories de la Kabbale

Placards, Affaire des (1534)

Dans la nuit du 17 octobre 1534, des centaines de petites affiches critiquant la messe sont " placardées " à Paris et dans d'autres villes, jusque dans les appartements royaux. Cet événement va déterminer le roi à réprimer les tenants des idées évangéliques, alors que jusque-là François 1er ne s'était pas opposé à eux. Sa soeur, Marguerite d'Angoulême, protégeait d'ailleurs les humanistes évangéliques. Mais désormais, ils vont être considérés comme de dangereux hérétiques et des blasphémateurs qui perturbent l'ordre public. Commence alors une répression qui se poursuivra pendant 20 ans. Face à la persécution, beaucoup vont s'expatrier, à Strasbourg notamment. D'autres resteront au péril de leur vie. Arrêtés, ils seront condamnés au bûcher (Barthélémy Milon, Etienne de la Forge...)

Prédestination

Ce terme vient d'Augustinvoir entrée Augustin. Mais c'est surtout au Réformateur Jean Calvinvoir entrée Calvin qu'on associe ce mot par lequel est désigné un des points essentiels de sa théologie. La doctrine de la prédestination affirme que c'est Dieu qui décide d'avance qui sera sauvé, et il ajoute : qui sera perdu ! Ce qui pour un esprit du 21e siècle est ressenti comme une injustice et une négation de la liberté de l'être humain, ne fonctionne pas de la même manière pour l'être humain du 16e siècle. Au contraire : l'idée que tout est joué d'avance fait tomber l'angoisse. Tout d'un coup, la question : " Qu'est-ce que je dois encore faire pour être sauvé ?" n'a plus de sens. La doctrine de la prédestination dit donc d'abord : tout est fait, on n'y revient plus. Elle s'oppose au système des mérites qui fait croire que l'être humain coopère à son salut, qu'il y est pour quelque chose. La prédestination dit encore autre chose. Elle est en effet souvent liée à un autre terme de la pensée calvinienne : la providence de Dieu. Etymologiquement le mot " providence " vient du latin providere, il exprime la sollicitude de Dieu qui pourvoit au bien de sa création et de ses créatures. Il les protège et les dirige. La foi en la providence permet au croyant d'assumer les défis de sa vie en toute liberté, dans une sérénité lucide, conscient des limites qui lui sont imparties, en sachant que l'ultime, y compris ce qu'il ignore est dans la main bienveillante de Dieu

Calvin, Jean (1509-1564)

Réformateur français né à Noyon. Il a une formation d'humaniste, étudiant les lettres, la philosophie, le droit, l'hébreu, le grec, la théologie en divers lieux universitaires (Paris, Orléans, Bourges). En 1533, il adhère aux idées de la Réforme qu'il va, dès lors, inlassablement et de toutes sortes de manières, diffuser. En 1534 il est obligé de quitter la France pour Bâle où il rédige la première édition de l'un de ses ouvrages majeurs l'Institution de la Religion Chrétienne. Il ira ensuite à Genève (1536), à Strasbourg (1538), puis à nouveau Genève (1541) où il jouera un rôle théologique et politique très important. Exégète, enseignant, prédicateur, sa pensée rigoureuse fut largement diffusée en France dans les années 1540-1550. Elle va contribuer à l'édification d'une Eglise réformée en France, dont le premier synode se tient en 1559 à Paris. La confession de foi et la discipline ecclésiastique qui y furent adoptées sont l'une et l'autre directement inspirées par lui

Droit canon

On désigne ainsi l'ensemble des lois du droit ecclésiastique de l'Eglise catholique romaine. Il contient les règles qui doivent s'appliquer dans l'Eglise en matière de foi et de discipline. Le Droit canon est une discipline enseignée dans les facultés catholiques de théologie

Missel

Le nom vient du latin missa, la messe. Il s'agit en effet du livre contenant les textes de prières, les lectures et les hymnes pour la célébration de la messe dans l'Eglise catholique romaine. Les liturgies latines connaissent le missel depuis le 8e siècle. En 1570, Pie V impose une version du missel, désormais seule autorisée pour pratiquement toutes les communautés et ordres monastiques. Elle reflète dans la liturgie les orientations du concile de Trente. Ce n'est qu'en 1969, sous l'influence du pape Paul VI, qu'une rédaction nouvelle voit le jour

Succession apostolique

L'expression " succession apostolique " désigne, de manière large, la continuité de l'apostolicité de l'Eglise c'est-à-dire sa fidélité à l'enseignement originel posé par les apôtres. Mais cette expression s'entend souvent, de manière plus étroite, d'une succession historique d'évêques remontant sans interruption jusqu'aux apôtres. Dans la doctrine officielle de plusieurs Eglises (Eglise catholique romaine, Eglises orthodoxes, Eglise anglicane...), l'ordination d'un évêque, pour être valide, nécessite l'imposition des mains par un autre évêque, inscrit lui-même dans cette succession historique par l'imposition des mains reçue lors de sa propre ordination. Par contre, pour les Eglises luthériennes et réformées, l'apostolicité de l'Eglise n'est pas garantie par la continuité historique de la succession à travers le ministère épiscopal de l'Eglise, mais par la fidélité au message des apôtres

Tauler, Jean (vers 1300 - 1361)

Né vers 1300 à Strasbourg dans une famille aisée, il entre chez les dominicains à l'âge de 14 ou 15 ans. Une de ses soeurs, Greda, entrera aussi quelques années plus tard dans un couvent de dominicaines. Tauler a dû rencontrer personnellement Maître Eckhart, soit pendant ses années d'études à Strasbourg, soit pendant son séjour de six ou huit ans à Cologne. Il en deviendra un disciple fervent avec Henri Suso et est considéré comme l'un des représentants de la mystique rhénane

Théocratie

Le mot vient du grec theokratia qui veut dire " autorité/pouvoir de Dieu ". Il s'agit d'une forme de gouvernement où le pouvoir, considéré comme venant de Dieu, est exercé par des prêtres ou par des ministres de l'Eglise ou par un souverain divinisé (ou appelé fils de Dieu). Dans l'Orient Ancien, l'Egypte et Israël, tel qu'il est décrit dans l'Ancien Testament, sont des formes de théocratie. A l'époque moderne, le Tibet a été jusqu'en 1950 une théocratie. Il faut distinguer la théocratie du césaropapisme, forme de gouvernement dans lequel l'empereur prétendait imposer sa domination à tous les souverains et surtout au pape. On peut parler de césaropapisme chaque fois que le pouvoir politique s'approprie le pouvoir religieux, devenant ainsi généralement un pouvoir absolu. Toutefois, la théocratie comme le césaropapisme sont parfois confondus dans la réalité, parce qu'ils participent d'un même monde où religion et politique sont imbriqués et non séparés

Bréviaire

Du latin breviarium, " sommaire ", " abrégé ". Il s'agit d'un livre contenant l'office " abrégé " que doivent lire, réciter ou chanter quotidiennement celles et ceux qui sont dans les ordres de l'Eglise. Il est constitué de prières, de textes bibliques, d'hymnes. L'ordre suit l'année liturgique et propose pour chaque jour des temps de prière. Pour éviter les trop nombreuses variations de l'office, le pape Pie V imposa en 1568 un nouveau bréviaire suivant les directives du Concile de Trente. Depuis le concile de Vatican II, le bréviaire est édité dans la langue du pays

Canon

Le mot est d'origine grecque et signifie " baguette " ou " règle de charpentier " et par extension a pris le sens de " règle ". Finalement, ce mot désigne un catalogue de livres reconnus comme ayant autorité. Dans le christianisme, on appelle " canon biblique " la liste des livres qui constituent la Bible

Origène (vers 185-253 ou 254)

Origène est un Père de l'Eglise du 3e siècle dont l'oeuvre théologique et exégétique est très importante. Il naît à Alexandrie vers 185. Son père meurt martyr en 202. Il n'a que 18 ans quand Démétrios, l'évêque d'Alexandrie, lui confie la direction de l'école de catéchèse dans cette ville. Il y enseignera et rédigera ses traités et ses commentaires bibliques jusqu'en 232 environ. A cette date, un conflit avec l'évêque Démétrios l'oblige à quitter Alexandrie pour Césarée où il avait été ordonné prêtre et où il continuera son oeuvre. Son but était l'enseignement de " la vérité de la foi " à partir des Ecritures et la réfutation des courants jugés hérétiques. Il a eu de son vivant une très forte influence sur la constitution de la théologie chrétienne et il a posé les règles de l'exégèse. Emprisonné et torturé pendant la persécution de l'empereur Dèce, il meurt vers 253 des suites des sévices subis. Après sa mort, son oeuvre sera traduite en latin et commentée par ses disciples. Elle reste très vivante jusqu'au 6e siècle, suscitant des confrontations avec la doctrine trinitaire définie par le concile de Nicée. L'empereur d'Orient Justinien condamne Origène et sa doctrine en 543. Du fait de cette condamnation, une grande partie de l'oeuvre en grec d'Origène s'est perdue

Orthodoxie

L'étymologie grecque de ce mot signifie l'opinion (doxa) droite (orthè). C'est l'ensemble des idées ou conceptions traditionnellement admises dans une discipline (art, science, morale...) ou une institution (parti, école, Eglise...). En théologie, ce terme désigne la conformité aux opinions, croyances et doctrines reconnues comme officielles par l'Eglise. Il s'oppose à hétérodoxie (qui s'écarte de la doctrine reçue) et à hérésie. On considère que l'ensemble des Eglises reconnaissent dans les formulations des quatre premiers conciles oecuméniques l'expression orthodoxe de la foi chrétienne.
Mais le mot orthodoxie (ou le qualificatif orthodoxe) a aussi un sens plus précis. Il désigne les Eglises d'Orient, appelées encore Eglises orthodoxes, qui se sont séparées de l'Eglise romaine en 1054 lors du schisme d'Orient. Les Eglises orthodoxes n'acceptent pas l'autorité universelle du pape, ni son infaillibilité.

Monophysites

Ce terme vient de deux mots grecs : monos, " seul " et phusis, nature. Ils désignent les chrétiens ou Eglises qui attribuent au Christ une seule nature. Il convient toutefois de distinguer deux formes de monophysisme. La première a pour principal représentant le moine Eutychès (milieu du 5e siècle). Pour lui, il y a assimilation entre la nature humaine et la nature divine du Christ en sorte que l'humain, absorbé par le divin, n'a plus de consistance propre. Cette position fut condamnée en 451 par le concile de Chalcédoine qui déclara que le Christ est " reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement ". La deuxième forme de monophysisme est postérieure à Chalcédoine. C'est la position de ceux qui refusent la formulation de Chalcédoine sur les deux natures, mais qui, pour autant reconnaissent à l'humanité du Christ tous les caractères spécifiques de la nature humaine. La première forme de monophysisme est considérée comme contraire à l' orthodoxie chrétienne. La seconde ne l'est pas. Des Eglises chrétiennes, appelées monophysites ou " préchalcédoniennes " se situent aujourd'hui encore dans cette tradition : l'Eglise copte orthodoxe, l'Eglise éthiopienne monophysite, l'Eglise arménienne orthodoxe ou " grégorienne ", l'Eglise orthodoxe syrienne ou " jacobite ".

Prosélyte/Prosélytisme

Ce mot vient du grec prosèlutos qui est lui-même la traduction de l'hébreu ger qui désigne l'étranger installé dans le pays et naturalisé. Il est utilisé dans le Nouveau Testament pour désigner le païen qui est venu s'ajouter au peuple juif en pratiquant sa religion comme le " craignant Dieu " (Actes 10,2,22 ; 13,16), mais aussi en acceptant la circoncision (Actes 2,10 ; 6,5). Aujourd'hui on appelle prosélyte le nouveau converti à une religion, le nouvel adepte d'une Eglise. Le mot prosélytisme a souvent une connotation négative. Il désigne alors l'attitude de personnes, d'Eglises ou de religions qui font preuve d'un zèle intempestif et parfois de méthodes critiquables pour rallier à tout prix les autres à leurs propres convictions. Cela a pu être et est encore en certains lieux une source de tensions et de conflits.

Septante

Traduction grecque de la Bible hébraïque entreprise par les communautés juives d'Alexandrie en Egypte au 3e siècle av. JC. Elle était destinée aux juifs qui ne connaissaient plus l'hébreu. La légende veut que 72 (septante deux) savants juifs, travaillant en différents lieux et sans se consulter, soient arrivés à la même traduction en 72 (septante deux) jours. D'où le nom de " Septante " que l’on abrège aussi parfois en chiffres romains : LXX.

Stoïcisme

Ecole philosophique fondée par Zénon (335-264 av. JC à Athènes). Celui-ci enseignait au portique du Pécile (en grec stoa poïkilê d'où le nom " stoïcisme "). Ce courant a connu trois périodes représentées en particulier par Sénèque (4 av. JC.-65 ap. JC), Epictète (vers 50-vers 127 ap. JC.) et Marc-Aurèle (121-180 ap. JC). Pour le stoïcisme, l'univers n'est pas seulement matière, il est vivant. Le pneuma, c'est-à-dire le souffle, le parcourt entièrement. Le stoïcisme est dirigé par l'idée de destin et de providence. Le Logos, qui est la raison universelle divinisée, régit et organise la vie du monde et des humains. Une étincelle en est déposée en chaque être humain, elle constitue son âme. Il existe une loi naturelle commune à tous les hommes. Il faut donc vivre selon sa nature et selon la nature afin d'atteindre la paix de l'âme (apathie). Des exercices sur soi permettent d'y parvenir. Le stoïcisme est à la fois reconnaissance fataliste de l'ordre cosmique et effort sur soi-même.
Le stoïcisme a offert à la théologie chrétienne des ressources pour construire sa réflexion (Clément, Origène...). Par exemple l'idée de Logos, de filiation unique de l'humanité, de loi naturelle universelle, rendent acceptables en un sens chrétien une phrase comme " suivre la nature, c'est suivre Dieu ".

Agapes

Ce mot désigne des repas communautaires partagés entre chrétiens, accompagnés de prières, mais distincts du repas du Seigneur (appelé aussi eucharistie ou cène). Directement calqué sur le mot grec agapê, charité, il souligne le caractère fraternel et communautaire de ces repas. On le trouve mentionné dans l'épître de Jude, verset 12. Ces agapes sont fréquemment attestées dans les écrits chrétiens jusqu'au 3e siècle et semblent avoir perdu de l'importance après. Aujourd'hui, on les célèbre à nouveau dans certaines Eglises

Apocryphe

Ce terme vient du grec apokruphos qui signifie " secret ", " caché ", " mystérieux ". Les apocryphes désignent donc des livres qui exigent une initiation particulière, par opposition aux livres lus en public et accessibles à tous. Les païens de l'Antiquité donnaient ce nom aux livres ésotériques, cachés aux profanes et réservés uniquement aux élus. Dans la première Eglise, il désigne des livres que l'on conseille de lire en privé, à la différence de la Bible dont la lecture est publique. Les Pères de l'Eglise appellent apocryphes, et c'est encore le sens actuel, des livres qui ne font pas partie du canon biblique. Mais ils distinguent ceux qui sont à bannir, parce que s'écartant de la juste doctrine, et ceux qui peuvent nourrir la piété chrétienne. Ainsi, par définition, il n'y a pas de catalogue précis des livres apocryphes

Apologétique

L'apologétique est la partie de la théologie ou un discours théologique qui vise à défendre la religion chrétienne contre ses détracteurs et fonder ainsi la foi des fidèles eux-mêmes

Apostat

Un apostat est une personne qui a renié sa foi. C'est la traduction du mot latin lapsi qui signifie " ceux qui ont failli " en opposition à ceux qui sont restés fermes dans la foi. Ce terme est employé pendant des périodes de persécution. La question de l'accueil des apostats (lapsi) qui demandent à participer à nouveau à l' eucharistie est l'occasion de débats théologiques et pastoraux importants. Certains évêques soutiennent que toute demande de pénitence doit être accueillie. D'autres au contraire considèrent que les apostats ne peuvent pas être réintégrés dans la communauté chrétienne

Aristotélisme

Il s'agit du développement et du commentaire de la pensée d' Aristote par des disciples. Au début du christianisme, ce n'est pas la philosophie dominante. Elle semble tout à fait contradictoire avec la pensée chrétienne, au moins sur deux points. La pensée d'Aristote repose sur l'éternité du monde, ce qui est incompatible avec la foi en la création. D'autre part, l'aristotélisme conçoit Dieu comme totalement étranger au monde, qu'il ne connaît pas et pour lequel il n'est qu'une cause finale et non efficiente

Ascèse/ascétique

Vient du mot grec askesis qui veut dire " exercice, peine que l'on endure ". On désigne par ascèse le choix religieux de limiter, voire de renoncer temporairement (ou définitivement) à la nourriture et/ou à la boisson, au confort d'une habitation (vie itinérante), au sommeil, au vêtement, aux biens sous toute forme, à une vie sexuelle, etc. Les justifications de ces choix sont variées selon le contexte théologique et historique. Dans la gnose, l'ascèse a pour intention de libérer l'être humain de la " servitude " de la matière. Dans le bouddhisme, elle veut insister sur la conviction que tout ce qui appartient au monde est illusoire. Dans l'histoire de l'Eglise, elle est tantôt exigée et justifiée (pour rendre possible une plus grande attention aux " choses de Dieu ", pour exprimer un certain mépris à l'égard de tout ce qui attache l'être humain " au monde ", pour préparer des moments particuliers de l'existence, etc.), tantôt critiquée à cause du risque d'une surévaluation de l'effort humain, de l'idée de mérites, etc

Barbares

Ce mot est d'origine grecque et désigne tous ceux qui ne parlent pas grec, puis, par extension, tous les étrangers. Les " barbares " pour les Romains sont tous les peuples qui habitent en dehors du cadre culturel et politique gréco-romain

Catéchèse

Ce terme (comme ceux apparentés "catéchisme", "catéchumène", "catéchiste") est lié au verbe grec kathekheô qui signifie "résonner", et a donc d'abord le sens d'enseignement oral. Très vite la catéchèse désigne les éléments essentiels du christianisme transmis dans le cadre de l'initiation chrétienne, notamment de la préparation au baptême.

Celse

Philosophe platonicien qui écrit sous Marc Aurèle (entre 160 et 180). Vers 178 il écrit le Discours véritable, premier ouvrage polémique contre les chrétiens. Toute l'oeuvre de Celse a été perdue et elle n'est connue que par les citations qu'en font les Pères de l'Eglise, notamment Origène, pour le réfuter

Cyprien de Carthage

Evêque de Carthage entre 249 et 258. Il meurt martyr pendant la persécution de Valérien. Son action est celle d'un pasteur plus que celle d'un théologien. Pendant la persécution de Dèce en 250, il fuit Carthage et de sa cachette continue à diriger sa communauté. Devant le nombre grandissant de ceux qui abandonnent la foi chrétienne, Cyprien rappelle aux confesseurs que le sort des apostats ne peut être réglé que par l'évêque. Sa position est assez stricte et il refuse que les apostats puissent participer de nouveau à l' eucharistie

Dogme

Vient d'un verbe grec dokein qui signifie croire, décider et qui a donné dogma : opinion ou décision. Dans l'usage théologique actuel, le dogme désigne une vérité que l'Eglise pose comme devant être crue. Mais cette notion ne s'est imposée qu'à partir du siècle des Lumières, remplaçant les expressions " articles de foi " ou " vérités de foi ". Dans le Nouveau Testament, comme chez les Pères de l'Eglise, le mot " dogme " désigne aussi bien la doctrine de l'Eglise que les doctrines philosophiques.
Au Moyen Age, la scolastique pose des " articles de foi " comme principes premiers de la " science " théologique. Au moment de la Réforme, ce sont les conciles, mais aussi de plus en plus le pape qui décident de l'autorité des " vérités de foi " et de leur caractère obligatoire. La Réforme va mettre en question ce caractère obligatoire. Ensuite, on insiste de plus en plus sur la possibilité d'examiner le bien-fondé de la doctrine. Contre ce mouvement de critique par la raison, le Concile Vatican I (1869-1870) définit le dogme comme un énoncé contenu dans la Parole de Dieu, écrite ou transmise par la tradition, et posé par le magistère ordinaire et universel de l'Eglise comme devant être cru. Le même concile présente l'infaillibilité pontificale, dont il pose la doctrine, comme un " dogme révélé par Dieu ".
Le dogme fait l'objet dans le protestantisme d'une critique fondamentale, soit pour des motifs spirituels, soit pour des raisons proprement théologiques.

Eucharistie

Vient du verbe grec eucharistein (" rendre grâces "). Le mot désigne aujourd'hui le repas célébré en mémoire du dernier repas de Jésus avec ses disciples. Jusqu'à la fin du 1er siècle, le mot était utilisé uniquement pour la prière qui précède la formule de consécration du pain et du vin. Voir aussi Cène.

Gnose/Gnostique

Ce terme, qui signifie " connaissance " en grec, désigne au début de l'ère chrétienne la connaissance portant sur l'essentiel, à savoir les mystères divins. Cette connaissance dépasse la simple foi. Pour les gnostiques, elle est acquise par initiation et elle garantit le salut

Hétérodoxie

On appelle hétérodoxe (du grec hétéro=autre et doxa=doctrine) un enseignement qui ne correspond pas à la doctrine officielle (orthodoxie, de ortho=droit et doxa=doctrine)

Irénée de Lyon (2e siècle)

Irénée est originaire d'Asie Mineure. Il rapporte qu'encore jeune il a entendu le vieux Polycarpe, évêque de Smyrne, ce qui, en conséquence, situe sa naissance entre 130 et 140. Il se rattache ainsi très haut dans la transmission de la doctrine, puisque Polycarpe était contemporain d'Ignace d'Antioche, lui-même contemporain de la rédaction des écrits les plus tardifs du Nouveau Testament. Cette familiarité revendiquée avec Polycarpe est importante, elle permet de comprendre son action et sa pensée. On sait qu'Irénée était à Lyon en 177 parce que la communauté de cette ville l'envoie à Rome pour qu'il porte la Lettre des martyrs de Lyon. A son retour, il succède à Pothin comme évêque. Le dernier acte ecclésial que l'on connaît de lui est une intervention auprès de Victor, évêque de Rome entre 189 et 198. Il est mort martyr à une date inconnue. Deux ouvrages d'Irénée nous sont parvenus : Contre les Hérésies (Adversus haereses) et une traduction arménienne d'un court ouvrage De la Démonstration de la prédication apostolique, résumé de la foi chrétienne de nature catéchétique

Mani/manichéisme

Mani est né en Perse en 216. Son père était un prince parthe et sa mère une judéo-chrétienne, de famille royale elle aussi. Il a été élevé dans la tradition judéo-chrétienne perse. Très jeune, il aurait reçu de l'Esprit la révélation de la guerre entre la lumière et les ténèbres. Il part en Inde où il entre en contact avec le bouddhisme. De là, il fonde une religion syncrétiste, le manichéisme, dont la base est la lutte originaire entre les ténèbres et la lumière. Il prêche cette religion dans tout l'empire perse pendant les trente années du règne de Shapour 1e qui est très tolérant vis à vis des religions étrangères qui peuvent exister à côté du zoroastrisme, religion officielle de la Perse. A la faveur des campagnes militaires entre l'empire perse et l'empire romain, le manichéisme se répand en occident. En 274, le nouvel empereur perse Bahrâm 1e prend le contre-pied de son ennemi l'Empire romain et déclenche une répression contre les religions étrangères. Mani est arrêté et décapité. Mais le manichéisme continuera son expansion grâce aux écrits laissés par Mani et à ses disciples. Le manichéisme sera dénoncé et combattu par les chrétiens à partir du 4e siècle, notamment par Augustin. On retrouve des idées du manichéisme chez les cathares combattus comme hérétiques par l' Inquisition au 12e siècle

Martyr(e)

Le mot martyr, en grec martus, veut d'abord dire simplement " témoin ". Mais il a ensuite été associé à la réalité de la persécution. En effet dès les premiers siècles, les chrétiens qui mourraient pour ne pas avoir renié leur foi étaient appelés martyrs car il s'agissait pour eux d'un témoignage de leur foi devant le pouvoir de l'empereur

Confession de foi / Symbole

La confession de foi est un texte de référence qui exprime la doctrine de l'Eglise. Elle a pour but de maintenir une prédication fidèle de l'Evangile. Elle reformule la foi dans un temps et des circonstances précises. Les confessions de foi classiques de l'Eglise ancienne sont intitulées " symboles " et ont souvent une fonction liturgique. Voir aussi Credo

Valentin

Venant d'Egypte, Valentin a fondé sa propre école à Rome aux alentours de 140. Sa pensée n'est connue qu'à travers son détracteur Clément d'Alexandrie. Il ne subsiste de son oeuvre que quelques fragments, à partir desquels il est difficile de reconstituer sa théologie. D'après ces rares écrits, Valentin apparaît comme un théologien biblique influencé par le platonisme. Mais il ne s'écarte guère des frontières encore mal tracées de l'orthodoxie chrétienne. Ce sont les disciples de Valentin, ou des penseurs venant d'autres horizons qui élaborent vraiment la doctrine de la gnose chrétienne

Apôtres

Du grec apostolos, " envoyé ". On trouve déjà ce mot dans des textes hellénistiques anciens. On pourrait le traduire par " chargé de mission " pour signifier qu'une autorité est conférée à celui qui est envoyé, par celui qui l'envoie. Jésus qualifie de ce terme les douze disciples qu'il choisit (Luc 6,13), qu'il envoie et à qui il donne une autorité (Marc 6,7). Alors que le mot disciples (qui veut dire " celui qui apprend ") est utilisé 216 fois dans les évangiles, le mot apôtre n'y apparaît que 9 fois. Il est par contre employé 71 fois dans les autres écrits du Nouveau Testament. Les apôtres, au sens strict, ce sont les douze disciples qui ont été témoins de la vie de Jésus-Christ et qui ont directement reçu de lui leur instruction, leur formation et leur mission. Paul sera toutefois appelé aussi apôtre bien qu'il n'ait pas été témoin direct de la vie de Jésus. La mission des apôtres est de continuer celle du Christ après sa disparition, de conserver et transmettre fidèlement ce qu'ils ont reçu de lui. " Voici ce que moi j'ai reçu du Seigneur, et ce que je vous ai transmis " (1Corinthiens 11,23). L'Eglise est appelée à poursuivre, à son tour, cette mission d'annonce de l'Evangile en fidélité à l'enseignement des apôtres (ce que l'on appelle la succession apostolique).

Discipline

Au sens large, ce terme désigne la règle de conduite commune aux membres d'une collectivité permettant de vivre dans l'ordre et l'harmonie. Dans l'Eglise, ce mot évoque " la règle de vie des disciples ". Elle est constituée par les lois qui régissent l'organisation et le fonctionnement internes de l'Eglise. On l'appelle aussi droit ecclésial. Elle permet aux chrétiens de vivre ensemble en fidélité à la volonté de Dieu. C'est dire que les dispositions de la discipline ne sont pas simplement des règlements administratifs. Ils sont en fait la traduction concrète des convictions théologiques qui fondent la vie communautaire. Calvin écrit : " Comme la doctrine de notre Seigneur Jésus est l'âme de l'Eglise, ainsi la discipline est en elle comme les nerfs sont en un corps, pour unir les membres et les tenir chacun en son lieu et ordre ". Pour les Eglise protestantes, en particulier les Eglises réformées, la discipline est une réalité importante et nécessaire, même si elle est toujours seconde et subordonnée à la Parole de Dieu. C'est pourquoi une discipline ne doit pas être figée ni sacralisée, mais elle appelle constamment des adaptations et des révisions

Marcion (vers 85 - vers 160)

Considéré comme hérétique, il est excommunié par l'Eglise en 144. Il est à l'origine d'un mouvement gnostique, le marcionisme, qui s'est répandu dans le bassin méditerranéen et a existé jusque vers 400. Marcion rejette l'Ancien Testament et ne garde du Nouveau Testament que l'évangile de Luc et l'oeuvre de Paul. Ses Antithèses sont connues à travers ce qu'en disent ses adversaires (Tertullien, Irénée de Lyon en particulier) qui réfuteront cette forme d'antijudaïsme

Œcuménique

Vient d'un mot grec oikoumenê qui signifie " la terre habitée ". Le Nouveau Testament utilise ce mot pour désigner l'empire romain (Luc 2,1, Matthieu 24,14). Est donc œcuménique ce qui a une portée universelle. Ainsi les conciles des premiers siècles de l'Eglise sont appelés conciles œcuméniques car leurs décisions s'appliquaient à l'ensemble de la chrétienté de l'époque. Le mot œcuménique a pris, à partir du 20e siècle, un sens plus spécifique. Il qualifie les relations qui existent entre les différentes Eglises chrétiennes (anglicane, catholique, orthodoxes, protestantes) en vue de leur rapprochement. A différents niveaux (local, national, international...) et sous différentes formes (institutionnelles, doctrinales, spirituelles...), le mouvement oecuménique travaille à la réconciliation et à l'unité des Eglises. Créé en 1948, le Conseil œcuménique des Eglises est une communauté fraternelle d'Eglises, qui regroupe les grandes dénominations chrétiennes, à l'exception de l'Eglise catholique romaine. L'usage du mot œcuménique dépasse aujourd'hui cette seule signification ecclésiale. Certains s'en servent pour évoquer le dialogue des Eglises avec d'autres religions ou pour qualifier tout effort en vue de l'unité entre des personnes ou des groupes humains.

Platonisme / Néoplatonisme

Le mot platonisme désigne la philosophie de Platon (428-347 av. JC), mais aussi le courant philosophique inspiré ou issu de lui. Cette philosophie est caractérisée par une dualité entre le monde sensible et le monde intelligible, entre les réalités concrètes qui sont de l'ordre de l'apparence et le monde des Idées, formes idéales et objectives qui concernent l'essence des choses. L'âme est appelée à s'élever par degré des apparences multiples, variables, changeantes vers les Idées, modèles immuables, dont le monde sensible n'est que le reflet. L'absolu étant l'Idée de Bien. La philosophie de Platon a eu une grande influence sur la théologie chrétienne. Qu'elle soit attaquée ou passée sous silence elle était généralement connue des chrétiens érudits. Certains ont identifié l'Idée du Bien à Dieu.
On appelle néoplatonisme le mouvement philosophique dont Plotin (204-vers 270) est la figure de proue. C'est une sorte de syncrétisme de la pensée grecque (Pythagore, Aristote et Platon) et de mystique orientale. Pour Plotin, toute chose provient d'un principe ultime, simple, parfait, éternel, immuable, transcendant, inconnaissable qu'il appelle l'Un. Il n'y a pas de principe du mal, ce qui s'en approche le plus c'est la matière. L'influence de Plotin sur la pensée chrétienne commence avec Augustin.

Donat, donatisme

Le donatisme, du nom de son initiateur Donat (évêque de Carthage, mort en 355), est un vaste mouvement de contestation qui a touché l'Eglise d'Afrique du 4e siècle au 7e siècle. A l'origine, il s'agit d'un durcissement de la position de Cyprien de Carthage concernant les apostats et les membres du clergé qui, pendant les persécutions, ont livré aux autorités romaines les manuscrits des Ecritures en leur possession. Le donatisme devient ensuite un mouvement de contestation contre une Eglise supposée soumise aux puissants et aux riches. Les donatistes condamnent les prêtres jugés indignes et proclament que la validité des sacrements dépend de la sainteté des ministres

Pélage, Pélagianisme

Comme pour beaucoup de courants hérétiques, on ne connaît la pensée de Pélage que par ses détracteurs, principalement Augustin. Pélage se trouve à Rome à partir de 380 jusqu'à la prise de la ville par Alaric en 410, date à laquelle il part en Afrique puis en Palestine. C'est un de ses disciples, Célestius, qui met en forme ses idées, tout en les radicalisant. Pélage affirme que l'homme, créature libre, participe à la grâce du Créateur. Il peut ainsi devenir véritable image de Dieu, sans péché, par ses propres forces. Par conséquent, Pélage rejette l'idée de péché originel. Les chrétiens sont donc appelés à devenir des purs au plan moral. La doctrine de Pélage, reprise par ses disciples, reçoit un écho favorable parmi les aristocrates, mais aussi dans les milieux monastiques d'Afrique. L'évêque Julien d'Eclane reprend ses idées. C'est surtout avec ce dernier qu'Augustin entre en discussion polémique

Arianisme

Courant théologique fondé par Arius (vers 260-336), un prêtre d'Alexandrie qui radicalise l'enseignement d' Origène. Origène établissait une hiérarchie des fonctions du Père, du Fils et de l'Esprit. Arius en fait une hiérarchie des natures. Pour lui, seul le Père est Dieu à proprement parler ; il est le seul qui n'est pas engendré. Le Fils est subordonné au Père, engendré par sa volonté avant la création. Une vive querelle se répand alors dans le clergé d'Alexandrie. L'évêque Alexandrie expulse Arius. Les Eglises d'Orient restent divisées sur cette question malgré les condamnations répétées d'Arius dans différents conciles, et finalement confirmées par le concile de Nicée en 325. Ce concile rallie presque tous les évêques contre l'arianisme, sans pour autant redéfinir de façon satisfaisante l'unité de Dieu en trois personnes. Arius est rappelé d'exil mais ne réintègre pas le clergé d'Alexandrie. Durant tout le 4e siècle, le débat se poursuit. La doctrine d'Arius se radicalise notamment avec Aèce et Eunome. Ils défendent l'unité parfaite de Dieu, la trinité étant pour eux seulement formelle. La réfutation de ces idées aboutit à la formulation trinitaire du Concile de Constantinople en 381

Catholique

Ce substantif ou adjectif qui signifie universel vient du grec katholikos transcrit en latin catholicus. Dès le 2e siècle, les Pères de l'Eglise l'utilisent dans un sens chrétien pour désigner l'universalité du message chrétien. A partir du 4e siècle il ne s'applique plus qu'à l'Eglise et à la doctrine qu'elle professe. Après le schisme entre l'Eglise d'Orient et l'Eglise d'Occident (1054), l'Eglise Catholique représente les croyants qui reconnaissent l'autorité suprême en l'évêque de Rome et l'adjectif catholique désigne la doctrine et les rites de l'Eglise de Rome

Ame

Le mot "âme" a été et est encore souvent utilisé dans un sens assez vague pour désigner la part la plus intime, la plus profonde de l'être humain, celle qui a du mal à se dire par un langage rationnel, ce qui s'éprouve sans toujours pouvoir s'exprimer, la vie intérieure dans ce qu'elle a d'indicible.
Ce terme d'âme a son origine dans la pensée grecque qui considère que l'être humain est fait de plusieurs parties : le corps, l'âme et l'esprit. L'âme est le composant immatériel. Dotée de l'immortalité, elle est distincte du corps voué à la disparition. Cette conception est étrangère à la vision biblique qui souligne avant tout l'unité de la personne et annonce sa résurrection y compris celle du corps. On voit donc le contresens que peut entraîner l'utilisation du terme d'âme dans certaines traductions de la Bible.
Le mot grec psychè a toutefois été utilisé par la Septante pour traduire l'hébreu nefesh. Ce vocable désigne dans l'Ancien Testament la gorge, la respiration, donc la vie et plus largement l'être vivant dans son unité concrète. On retrouve ce sens dans l'origine latine du mot âme qui vient de animus ou anima, à l'origine "souffle", "vent". Dans le Nouveau Testament la psychè c'est l'être entier, la vie physique (Matthieu 2,20), l'existence humaine (Matthieu 6,25), la personne en vie (Luc 6,9). Aimer Dieu "de toute son âme" (psychè), c'est s'engager totalement envers lui (Luc 10,27).

Anselme de Cantorbéry (1033 ou 1034 - 1109)

Anselme naît à Aoste , dans le Piémont. A 15 ans, il veut se faire moine mais change d'avis. A la mort de sa mère, il quitte son père et prend la direction de la France " à la recherche du plaisir ". Il poursuit des études à l'abbaye bénédictine du Bec en Normandie, attiré par la renommée de cette école. A 27 ans, il y entre comme moine. Très vite, il est choisi comme prieur. On souligne la douceur avec laquelle il remplit sa fonction. Il devient abbé en 1073 et entreprend en même temps une intense réflexion théologique. Selon lui, puisque Dieu est le créateur de la raison, celle-ci, loin de s'opposer aux vérités de la foi, doit pouvoir en rendre compte. Philosophe, moine et théologien, il propose un lien fort entre foi et connaissance dans la phrase suivante : Credo ut intelligam (" Je crois pour connaître ").
Vingt ans plus tard, le roi d'Angleterre, Guillaume le Conquérant, le nomme archevêque de Cantorbéry. Mais il défend l'indépendance de l'Eglise par rapport aux prétentions des rois d'Angleterre. Une position qui lui vaudra un premier bannissement de son archevêché en 1097 par le roi. Il est réinvesti dans son poste quelque temps plus tard par le roi Henri 1er , mais à nouveau chassé en 1103. Compte tenu de la situation difficile, il demande de pouvoir retourner comme simple moine dans son monastère mais le pape s'y oppose. Il restera alors dans sa charge d'évêque, revient en Angleterre en 1106 et meurt à Cantorbéry en 1109. Il est canonisé en 1494 et proclamé docteur de l'Eglise en 1720. On l'appelle, à cause de l'ampleur de son oeuvre théologique " Docteur magnifique ". Son oeuvre théologique centrale est le Cur Deus homo (Pourquoi Dieu devint homme) écrite entre 1097 et 1099. Les images qui le représentent soulignent l'un ou l'autre trait de son personnage : évêque, philosophe, moine bénédictin

Pascal, Blaise (1623-1662)

Philosophe, mathématicien et physicien. Dès sa jeunesse, Pascal est considéré comme un génie mathématique. A 16 ans, il a écrit un traité sur des cônes ; dès 1642, il travaille à la construction d'une machine à additionner et soustraire. Il découvre à travers des expériences physiques la loi des vases communicants.
En 1646, Pascal rencontre le jansénisme. Il s'ouvre alors à des problématiques théologiques et religieuses En 1654, il fait une expérience spirituelle forte. Il en parle dans son Mémorial. Pascal se retire à plusieurs reprises au monastère de Port Royal. Proche du jansénisme, il soutient par ses Lettres provinciales A.Arnauld contre les attaques de la curie et des jésuites. Pascal y critique leur morale légaliste.
Il peut être considéré comme le premier critique de la science. Il lutte contre une compréhension trop cartésienne de la science et du monde. L'intuition, le sentiment et " la logique du cœur " sont pour lui autant de sources de connaissance. Ses œuvres sont lues et ont influencé beaucoup de penseurs après lui : Kierkegaard, Nietzsche et jusqu'aux existentialistes français. Les Pensées, une apologie du christianisme, restent inachevées.

Jansénisme

Doctrine chrétienne issue de la pensée de Cornélius Jansen (1585-1638), dont le nom a été latinisé en Jansénius. Ce théologien hollandais, enseignant à l'université de Louvain puis évêque d'Ypres, est l'auteur de l'Augustinus, ouvrage publié après sa mort, en 1640. Il s'agit d'une simple compilation des textes d'Augustin sur la grâce. A partir de la maxime augustinienne " il est nécessaire que nous agissions conformément à ce qui nous plaît le plus ", Jansénius tire la conséquence que la volonté de l'homme peut être orientée aussi bien vers le bien que vers le mal, en fonction des éléments prépondérants au moment de la décision. Seule la grâce efficace peut faire que l'homme, corrompu depuis le péché originel se tourne vers Dieu. Cette grâce toute-puissante n'est pas toujours donnée à l'homme : elle est un don gratuit de Dieu. Condamné par Rome (1er août 1641, décret de l' Inquisition, et 6 mars 1642, Bulle In eminenti), l'ouvrage trouve des défenseurs en France sous l'impulsion de l'abbé de Saint-Cyran, en particulier la Mère Angélique, réformatrice du monastère de Port-Royal, son frère Antoine Arnauld (le " Grand Arnauld "). L'affaire va prendre alors une coloration politico-religieuse du fait de l'opposition frontale des jansénistes aux jésuites, particulièrement influents. Le jansénisme fut réprimé par le pouvoir monarchique de Louis XIV dont il dénonçait l'absolutisme. Désormais le jansénisme prend un caractère nouveau et original : la querelle théologique de fond sur la grâce se trouve délaissée au profit d'un rigorisme moral opposé au laxisme des jésuites. C'est souvent ce dernier aspect qui en vient à caractériser, en France, dans le grand public, la doctrine janséniste. Le jansénisme eut sur Pascal (1623-1662), qui prit sa défense dans Les Provinciales, une influence déterminante

Jérôme (env. 347-419)

Jérôme est le Père de l'Eglise dont le nom reste attaché à la traduction de la Bible en latin, la Vulgate, qui est devenue la version de base de l'Occident chrétien. Après des études à Rome, il s'engage dans la vie monastique orientale et quitte l'Italie pour l'Orient. Il alterne alors des périodes de traduction des textes bibliques à partir du grec et de l'hébreu et de retraites dans le désert. Il passe quelques années à Rome sous la protection du pape Damase, puis retourne en Palestine, où il entre en discussion avec les différents courants d'interprétation exégétique, issus d' Origène ou de l'école d'Alexandrie. A côté de son oeuvre de traduction et d'exégèse, Jérôme laisse d'importants écrits sur le monachisme et des traités polémiques qui reflètent la virulence de ses prises de position. A la fin de sa vie, Jérôme entretiendra avec Augustin et des hommes d'Eglise occidentaux des relations plus confiantes et transmettra ses connaissances très étendues de la littérature chrétienne, tant latine que grecque.

Schisme

Ce terme vient du verbe grec schizein qui veut dire " déchirer ", " fendre " et du substantif schisma " division " " séparation ". Aujourd'hui, dans son usage profane, ce mot s'apparente à celui de division, de dissidence. C'est quitter seul ou avec d'autres un groupe organisé auquel on appartenait. En contexte chrétien, un schisme est une brisure de l'unité de la communauté chrétienne et celle-ci est intervenue très tôt dans les Eglises. Paul exhorte les Corinthiens à ne pas se diviser (1Corinthiens 1,10 ; 11,18 ; 12,25). Les Corinthiens schismatiques suivent d'autres maîtres que le Christ et font souffrir le corps de l'Eglise dont les membres sont écartelés. Dans l'Evangile de Jean le schisme (schisma) est une division provoquée par la parole de Jésus parmi ses auditeurs (les foules Jean 7,43 ; les Juifs Jean 9,16 ; 10,19). Selon le droit canonique catholique, le schisme désigne le refus de se soumettre au pape ou de s'intégrer à l'Eglise rassemblée sous son autorité. Il est puni par l'excommunication. De ce point de vue, on doit distinguer le schisme de l' hérésie qui recouvre une erreur dogmatique ; et le schisme de l' apostasie qui signifie le reniement de la foi, même si, en pratique, ces positions constituent toutes une rupture avec l'Eglise de Rome. Au 4e siècle des courants tels que le donatisme et l' arianisme furent condamnés par des conciles comme schismatiques et hérétiques.

Synode

Mot grec, sunodos, qui veut dire " route commune ", " cheminer ensemble ". Il désigne une assemblée de représentants légitimes d'Eglise. L'institution synodale se met en place à partir du 2e siècle pour régler un certain nombre de crises ou conflits. Les participants sont généralement des évêques mais aussi des prêtres, des diacres et des laïcs. Les synodes ont lieu au niveau d'une province ou d'une région ecclésiastique. Avant le schisme d'Orient, il n'y a pas de différence de nature entre synode et concile mais une simple différence de langue. Ainsi on parle aussi de conciles régionaux ou locaux. Par contre, à partir de Constantin (empereur romain de 306 à 337), ces assemblées ecclésiales deviennent une instance officielle de l'Empire Romain, et bien évidemment c'est le mot latin concilium qui va s'imposer. Depuis le Moyen Age, le terme concile est réservé aux assemblées de l'Eglise universelle et celui de synode généralement aux assemblées régionales.
Dans les Eglises orthodoxes, le synode (local, provincial, patriarcal, oecuménique) est le seul organe de décision authentique. Il exprime ce que vivent et croient toutes les Eglises locales (doctrine, liturgie, vie spirituelle...). Le synode ne comprend pas que des évêques, mais ceux-ci ont la primauté. Dans l'Eglise catholique romaine, le synode (diocésain, provincial, épiscopal...) reste soumis aux instances hiérarchiques, notamment aux décisions des conciles convoqués par le pape. Il n'a, par rapport à elles, qu'une fonction consultative.
La synodalité, sous différentes formes, a connu dans les Eglises protestantes un développement important et spécifique, en réaction contre l'exercice centralisé et hiérarchique du pouvoir dans l'Eglise romaine. Dans le protestantisme luthérien et réformé français, les synodes sont des assemblées où ministres et laïcs, délégués par les Eglises locales, décident des orientations à donner à la vie de l'Eglise dans les domaines théologique, liturgique, financier, éthique... Le synode manifeste le lien de communion qui unit les Eglises locales entre elles. Il rend visible la réalité de l'Eglise sur le plan régional et national.

Conciles/Conciles oecuméniques

On appelle concile l'assemblée des représentants légitimes de l'Eglise, rassemblés au niveau local, régional ou universel. Ces assemblées ont pour rôle de délibérer et décider en matière de foi, de vie chrétienne et d'organisation ecclésiale. Le mot latin concilium vient d'un verbe qui veut dire convoquer. Les conciles œcuméniques sont les assemblées qui représentent l'Eglise universelle. Le caractère œcuménique des conciles est reconnu de manière différente suivant les Eglises. Avant le schisme de 1054 avec l'Eglise d'Orient, il y a eu 8 conciles convoqués par l'Empereur, ayant pour objet d'assurer l'unité de l'Eglise et ayant valeur de lois impériales. Les Eglises Orthodoxes issues de l'Eglise d'Orient reconnaissent comme œcuméniques les 7 premiers. L'Eglise catholique romaine reconnaît comme oecuméniques les 8 premiers conciles oecuméniques d'avant le schisme, plus les 8 conciles généraux de l'Eglise occidentale qui l'ont suivi. Les Eglises issues de la Réforme reconnaissent le caractère de conciles œcuméniques aux 4 premiers : 1er concile de Nicée (325), 1er concile de Constantinople (381), Ephèse (431), Chalcédoine (451), parce qu'elles considèrent que ces quatre conciles traitent directement de l'interprétation des Ecritures. Mais pour les Eglises issues de la Réforme, le concile reste toujours une institution humaine faillible, fondée sur le droit humain. Ce sont les Ecritures qui ont autorité, et les conciles font autorité dans la mesure où ils les interprètent correctement.

Schismes (Grands)

L'Eglise a connu de nombreux schismes au cours de l'histoire. Les deux principaux sont le Schisme d'Orient (1054) qui a vu la séparation de l'Eglise d'Orient (Eglises orthodoxes) et de l'Eglise d'Occident (Eglise romaine) et le Grand Schisme d'Occident. Ce dernier va durer de 1378 à 1417. Il a pour origine les rivalités entre le pape de Rome et les rois de France. La papauté va s'installer à Avignon puis elle retourne à Rome et finalement il y aura à la fois des papes à Rome et à Avignon. Une première tentative de réunification échoue au concile de Pise (1409). Il faut attendre le concile de Constance (1414-1418) pour obtenir, sous l'autorité de l'empereur Sigismond de Germanie, la réunification de la papauté à Rome avec l'élection de Martin V.

Abélard, Pierre (1079-1142)

Auteur d'une autobiographie (Historia calamitatum) et du Sic et non. Né au Pallet (Bretagne) en 1079, il appartient à la petite noblesse. Il abandonne le métier des armes à ses frères et se consacre aux études. En 1113, il obtient une chaire à l'Ecole cathédrale de Paris. Il est plus généralement connu pour sa relation avec Héloïse (Cf. le roman de Régine Pernoud, Héloïse et Abélard), nièce du chanoine Fulbert. Précepteur de la jeune fille, Abélard en tombe amoureux. De leur union naît un enfant. Abélard doit alors quitter la maison de Fulbert et l'enfant est confié à la sœur d'Héloïse. Abélard, châtré par des amis de Fulbert, se réfugie comme moine dans l'abbaye de Saint-Denis. Il est théologien et philosophe, soucieux d'établir des liens entre science et théologie. Il applique à la lecture de la Bible la méthode des disputes scolastiques. Ses idées suscitent de vifs débats. Il est condamné au concile de Soissons en 1121 pour ses convictions théologiques jugées incompatibles avec l'orthodoxie, notamment au sujet de la Trinité. Mais son interdiction d'enseigner et de publier sera levée et il est élu abbé de Saint-Gildas de Rhuys. Bernard de Clairvaux le fait condamner à nouveau au concile de Sens en 1141. Cette fois-ci, sa condamnation est confirmée par le pape Innocent II. Pierre le Vénérable le recueille à Cluny où il meurt en 1142.

Chanoines

Les chanoines sont des prêtres qui aident l'évêque dans sa tâche pastorale et sont en lien direct avec lui. Tout en faisant partie du clergé séculier, ils mènent une vie communautaire. Généralement, ils adoptent la " règle " de saint Augustin, qui n'est pas à proprement parler une règle mais un ensemble de conseils. Le recrutement des chanoines se fait généralement dans l'aristocratie ou dans la grande bourgeoisie. Ils ont souvent des maisons particulières. Il existe ainsi, parfois, de véritables quartiers de chanoines, avec domesticité

Chapitre

On appelle " chapitre " la réunion des responsables d'une communauté religieuse. Les décisions du " chapitre général " d'un ordre religieux s'appliquent à tous ses membres. Le chapitre général, introduit dans la législation ecclésiale par les cisterciens, représente ainsi le plus haut pouvoir législatif d'un ordre

Croisade

La foi ardente des chrétiens du Moyen Age explique bien des aspects des Croisades. Dès le 4e siècle, les pèlerinages en Terre sainte sont de vastes mouvements populaires qui témoignent de cette foi : il s'agit de mieux connaître et imiter son Seigneur en allant sur les lieux où il a vécu. Mais très vite vont se mélanger aux intentions de pèlerinages des motifs politiques et commerciaux. Les Croisades vont ainsi permettre un affermissent temporel et spirituel de la papauté. C'est l'évolution de la situation des Lieux saints (en 1009, destruction du Saint Sépulcre par les Arabes) qui va donner aux Croisades une dimension délibérément guerrière. Il s'agit alors de " libérer les lieux saints du pouvoir musulman ".
Le mot " croisade " désigne aussi une action d'envergure menée pour combattre les hérétiques, ainsi la croisade contre les Albigeois.

Dominique (vers 1170-1221)

Né à Caleruega, dans la province de Burgos (Espagne) aux environs de 1170, mort à Bologne (Italie) le 6 août 1221. En 1195, à la demande de l'évêque du lieu, il devient chanoine à Osma. Il est élu sous-prieur de cette communauté. Accompagnant son évêque lors d'un déplacement au Danemark, Dominique traverse le sud de la France et découvre l'existence des Cathares. Au retour d'un voyage à Rome, en 1206, l'évêque d'Osma et Dominique passent à nouveau dans le Midi de la France où ils rencontrent les légats du pape qui essayent vainement de convertir les Cathares. L'évêque d'Osma, Diègue, conseille alors aux légats de se défaire de leurs escortes et de leurs chevaux et d'aller prêcher l'Evangile à pied, n'emportant que les livres nécessaires. Diègue lui-même joint aussitôt le geste à la parole, et part prêcher avec Dominique, accompagné par les légats. Pendant deux ans, ils vont prêcher ainsi : à pied et sans escorte, à travers tout le Languedoc. Leur prédication connaît un certain succès. Des femmes cathares s'y convertissent. Coupées de leur communauté, elles se trouvent alors sans aucun moyen de subsistance. Dominique et son évêque les rassemblent et les installent à Prouille. Ainsi est constitué un monastère qui deviendra le point de départ de l'Ordre des Moniales dominicaines. Après la mort de Diègue, Prouille sert à Dominique de quartier général. Les légats missionnaires se dispersent. De 1208 à 1213, Dominique poursuit seul l'œuvre de prédication.
En 1215, Dominique réunit quelques compagnons avec lesquels il commence une vie monastique. La petite communauté s'installe d'abord à Fanjeaux, près de Prouilhe, dans une église. En 1215, Foulques, évêque de la ville de Toulouse, reconnaît officiellement la communauté avec son projet de prédication, et lui concède comme revenu une partie de la dîme des pauvres. Ce furent là les débuts de l'ordre dominicain, spécialement consacré à la prédication et dont l'essor fut rapidement considérable. Dominique a été canonisé en 1234.
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Gilbert de la Porrée (vers 1080-1154)

Théologien scolastique né à Poitiers. En 1142, il est nommé évêque de Chartres. C'est surtout sa doctrine de la Trinité qui suscite de vifs débats. Pour lui, en effet, on ne peut pas dire qu'un seul Dieu est à la fois Père, Fils et Saint-Esprit, ni que la divinité est devenue chair. En 1147, deux prêtres de son diocèse dénoncent cette doctrine considérée comme un " trithéisme " lors un concile tenu à Paris. L'année suivante, l'accusation est reprise devant le concile de Reims et soutenue par Bernard de Clairvaux, mais aucune condamnation n'est prononcée personnellement contre Gilbert et sa doctrine. Il reçoit du pape des témoignages de bienveillance et conserve son évêché et sa considération

Guillaume de Saint-Thierry (vers 1085-1148)

Guillaume est d'abord moine bénédictin à Saint-Nicaise de Reims, puis il devient abbé de Saint-Thierry (Champagne). Il se lie d'amitié avec Bernard de Clairvaux. Tous deux malades, les deux hommes se rencontrent lors de leur convalescence et méditent ensemble le Cantique des cantiques. Ils étudient le commentaire qu' Origène en avait fait. Guillaume rejoint Bernard dans la polémique contre Pierre Abélard. Voir aussi l'entrée Origène.

Harding, Etienne (vers 1060-1134)

Né dans une famille noble anglaise, il entre à l'abbaye de Sherborne avant d'aller étudier à Paris. En rentrant chez lui, il s'arrête au monastère bénédictin de Molesme où il est impressionné par l'abbé Robert de Molesme et demande à rester. En 1098, il quitte Molesme avec Robert pour s'installer à Cîteaux. En 1109, il devient abbé de Cîteaux. C'est lui qui reçoit Bernard (de Clairvaux) quand celui-ci y demande son admission. Après la fondation des quatre premiers monastères cisterciens, Harding rédige la Charte de charité, véritable constitution de l'ordre cistercien. Il démissionne en 1133.

Hugues de Saint-Victor (vers 1096-1141)

D'origine inconnue (saxonne ou flamande), Hugues entre vers 1118 chez les chanoines de Saint-Victor, monastère fondé en 1108 par Guillaume de Champeaux dans l'enceinte de l'ermitage de Saint-Victor, à Paris. Il devient vite une personnalité marquante, considéré par ses contemporains comme un " nouvel Augustin ".
D'une grande curiosité intellectuelle et d'une vaste culture, il conseille à ses disciples de tout apprendre, car, estime-t-il, rien n'est inutile. Son oeuvre reflète son insatiabilité : il traite des arts libéraux (grammaire, rhétorique, dialectique...), des sciences, de la philosophie, commente les Ecritures, écrit un traité consacré à l'histoire universelle. Son ouvrage d'enseignement, le Didascalicon, est à la fois programme d'étude pour le maître comme pour le disciple et méthode de lecture. La pensée de Hugues s'organise autour de l'idée suivante : il y a une unité essentielle des savoirs et de l'être humain que la chute originelle a brisée ; il s'agit de la restaurer. L'être humain retrouvera son intégrité grâce à l'étude de la logique et de la philosophie (qui vise à la connaissance du vrai) et grâce à la pratique de l'amour (qui vise à l'exercice du bien). L'influence de Hugues de Saint-Victor sera très importante sur la théologie de son époque et se prolongera jusqu'à la fin du Moyen Age. Son traité Des Sacrements de la foi chrétienne est une véritable somme théologique.

Indulgences

L'indulgence existe dès le 11e siècle. C'est la remise par l'Eglise d'une peine infligée au pénitent après qu'il a confessé sa faute et reçu l'absolution. La doctrine des indulgences a sa source dans la conviction que l'Eglise est l'administratrice du trésor des mérites du Christ et des saints. Elle a donc le pouvoir d'en faire bénéficier les fidèles, moyennant certaines contreparties (Ave Maria, Pater noster, pèlerinages, processions...), et de leur permettre ainsi d'échapper aux peines temporelles imposées pour l'expiation de leurs péchés. Mais on pouvait aussi obtenir rémission de la peine en acquittant une somme d'argent.
Cette vente, et plus encore la fausse doctrine qui prétend la justifier, scandalisent à travers les siècles beaucoup de chrétiens : Hus, Luther....Voir aussi les entrées Hus et Luther

Investitures, querelle des

On appelle " querelle des Investitures " le conflit concernant l'installation (investiture= fait de revêtir quelqu'un d'une charge ecclésiale) des évêques et des abbés. La querelle oppose la papauté aux rois d'Europe dans la deuxième moitié du 11e siècle. Ce conflit entre le pouvoir spirituel et séculier va s'amplifier. Henri IV d'Allemagne s'oppose en effet aux réformes du pape Grégoire VII qui rompent avec la traditionnelle soumission du clergé au pouvoir séculier. Une première solution se dessine en 1077 quand Henri IV reconnaît le pouvoir papal pour tout ce qui concerne les investitures ecclésiales. Cet événement ouvre la voie au concordat de Worms qui mettra fin à la querelle en 1122

Ordres mendiants

On désigne ainsi les ordres qui se développent s'inscrivent dans le mouvement médiéval de retour à une pauvreté évangélique. Non seulement les moines et moniales, mais encore le monastère et l'ordre lui-même s'engagent à vivre dans la pauvreté. Les membres gagnent leur vie par le travail manuel et la mendicité. Dans un premier temps, on compte parmi les ordres mendiants les franciscains et les dominicains. Plus tard, on élargit la notion à d'autres ordres, comme les carmes et les augustins

Pierre le Vénérable (1092-1156)

Il entre comme oblat à l'abbaye clunisienne de Sauxillanges. Très jeune, à 20 ans, il devient prieur de Vézelay. En 1122, il est élu abbé de Cluny. Il prend parti avec Bernard de Clairvaux contre l'antipape Anaclet II. Après une visite en Espagne, il s'intéresse à l'Islam (dans le but de pouvoir mieux le combattre !) et il fait traduire le Coran. Quand Abélard sera condamné à Soissons, il le recueillera à Cluny, convaincu de la valeur de ses idées. Il l'appelle " Socrate de France, Platon de l'Occident, notre Aristote "

Réforme grégorienne

Ce mouvement de réforme a été initié et conduit par le pape et bénédictin Grégoire VII (devenu pape en 1073). Il se bat avec véhémence contre la simonie et le mariage des prêtres, pour la " pureté et la liberté de l'Eglise ". Mais la réforme s'oppose aussi aux droits de l'empereur dans le choix du pape, à l'accès de non-religieux aux postes de dirigeants de l'Eglise, etc. A l'issue de la réforme, les pouvoirs spirituel et séculier sont mieux séparés mais la place prépondérante de la papauté est réaffirmée. La hiérarchie ecclésiale est davantage soudée et placée sous l'autorité ultime centralisée du pape. Le collège des cardinaux et la curie romaine se développent

Régulier, séculier

L'adjectif " régulier " vient du mot latin regula (règle) et désigne des religieux liés par une règle monastique. On l'oppose à " séculier ". Cet adjectif vient du mot latin saeculum (siècle, temps présent) et désigne un clerc qui exerce son ministère dans le " siècle ", c'est-à-dire le monde. Il peut être lié par différents engagements religieux mais sans avoir à obéir à une règle monastique. On distingue ainsi le clergé régulier (où le prêtre est moine d'un ordre religieux) du clergé séculier (où le prêtre vit en dehors d'une structure monastique et est directement dépendant de l'évêque du lieu)

Robert d'Arbrissel (vers 1045-1116)

Né à Arbrissel en Bretagne, Robert est, d'après son biographe, un fils de prêtre (les prêtres séculiers n'étaient pas encore tenus au célibat). A la mort de son père, il devient à son tour curé d'Arbrissel. Vers 1078, il part à Paris pour continuer ses études. Puis il va à Rennes, devient archiprêtre et épaule l'évêque de Rennes dans ses entreprises réformatrices ( Réforme grégorienne). A la mort de l'évêque, il s'enfuit à Angers, et quelques années plus tard, il se retire " au désert " : dans les forêts de l'ouest de la France. Des disciples le rejoignent. Il fonde une abbaye de chanoines à La Roë, en Mayenne. Sur demande du pape Urbain II, il part à nouveau prêcher sur les routes. Des disciples, parmi eux beaucoup de femmes, le suivent. Le groupe se fixe à Fontevrault, à l'est de Saumur. Vers 1101, Robert y fonde un monastère double : hommes et femmes sont strictement séparés et la direction de l'ensemble incombe à une femme. Fin octobre 1115, il choisit Pétronille de Chemillé comme abbesse générale, ayant autorité sur les frères et les soeurs, et sur toutes les maisons de l'ordre (près d'une vingtaine de prieurés du vivant du fondateur). Composée de quatre abbayes qui comptent jusqu'à une centaine d'hommes et près de 500 femmes, la fondation de Fontevrault a la particularité d'avoir toujours été dirigée par une femme. 36 abbesses se succèdent à sa tête jusqu'à ce que les moines et les moniales en soient chassés à la Révolution

Règle de foi ou règle de vérité

Irénée de Lyon utilise cette expression pour désigner un bref énoncé où s'exprime l'essentiel de la foi de l'Eglise qui est transmis aux fidèles lors de leur baptême. La terminologie utilisée est encore souple mais elle est généralement structurée autour de l'unicité du Dieu créateur et rédempteur, Père de Jésus Christ, Verbe incarné, qui agit à travers l'Esprit. De ces formules naîtront les symboles de foi

Robert de Molesme (vers 1029-1111)

Bénédictin et abbé de Saint-Michel-de-Tonnerre (diocèse de Langres), il fonde le monastère de Molesme en 1075. Ce monastère comme d'autres à l'époque s'enrichit rapidement. Robert cherche alors à revenir vers une discipline plus conforme à la règle de saint Benoît : pauvreté, ascèse, travail manuel... Il se heurte à l'hostilité et à l'indiscipline de la majorité des moines. Il décide de quitter le monastère avec ceux qui approuvent ses idées réformatrices. En 1098, il fonde le monastère de Cîteaux

Saint Empire Romain Germanique

D'abord appelé Saint Empire Romain (Sacrum Romanorum Imperium), il désigne à partir du Moyen-Age jusqu'en 1806, les territoires sur lesquels règne l'empereur romain d'Occident et les institutions à travers lesquelles il exerce son pouvoir. Le mot " saint " (sacré), qui apparaît pour la première fois dans le titre en 1157, est la réponse à la désacralisation de l'empereur lors du querelle des Investitures. Du 15e jusqu'au milieu du 16e siècle, on parle du Saint Empire Romain Germanique

Templiers

Officiellement, leur souci était de protéger les pèlerins se rendant à Jérusalem. On leur octroie un terrain situé sur les ruines du Temple de Salomon. Ils deviennent ainsi les Chevaliers du Temple : les Templiers.
En 1127, le pape Honorius II convoque à Troyes un concile qui consacre l'existence officielle de l'Ordre et, surtout, qui lui assure une indépendance totale, morale et financière, par rapport aux souverains temporels. Ordre international, les Templiers ne rendent compte de leurs agissements qu'au Pape. Ce concile leur donne également des statuts fixant leur mode de vie, leur hiérarchie et crée une nouvelle catégorie, celle de " moine-soldat ".

Trinité

Même si les textes de l'Ancien Testament ou du Nouveau se servent des notions de Père, de Fils et d'Esprit pour dire comment Dieu se révèle, la doctrine de la Trinité en tant que telle ne s'y trouve pas. Elle a été formulée et est devenue la doctrine officielle de l'Eglise au cours des premiers siècles (concile de Nicée en 325 et 1er Concile de Constantinople en 381), non sans débats et conflits. Elle cherche à dire l'unicité de Dieu se manifestant aux croyants sous différentes formes. On parle de Dieu en trois " personnes " : le Père, le Fils et le Saint Esprit. Pour bien comprendre le sens de cette formulation, il ne faut pas perdre de vue que ses racines sont à la fois liées à la religion juive et à la philosophie grecque. Au cours des siècles, cette doctrine a été régulièrement contestée par des théologiens qui se considéraient pourtant chrétiens, par exemple Michel Servet au 16e siècle ou aujourd'hui les Eglises unitariennes

Cathares

Du grec katharos qui veut dire " pur ", il s'agit d'un mouvement religieux qui se considère comme chrétien. Il se développe en Lombardie et en Languedoc dans la deuxième moitié du 12e siècle. Les Cathares donnent une importance particulière à certains aspects du message évangélique comme la pureté. Ils vont élaborer une doctrine simple et exigeante, fondée sur l'opposition entre le Bien et le Mal. Le mouvement a pris la forme d'une véritable communauté religieuse avec des rites, des cérémonies, des livres sacrés, des ministres (les " bonshommes ", les parfaits), des membres et des sympathisants, des assemblées délibératives. Devant ce phénomène qui représente une menace, est créé à Toulouse en 1215 l'ordre des Dominicains ou Frères Prêcheurs, en vue de convertir les cathares. Mais le succès étant trop long à venir, la répression se met en place, organisée par la tristement célèbre Inquisition confiée aux Dominicains. La Croisade contre les Cathares, appelés aussi Albigeois du nom de la ville d'Albi où ils étaient nombreux, se déchaîne en 1208. La capitulation des Cathares du Languedoc se termine par le bûcher de Montségur (Ariège) en 1244

Credo

Credo signifie en latin " je crois ". On appelle " Credo " ou symboles de foi les textes des premiers siècles à travers lesquels l'Eglise primitive a exprimé le contenu de sa foi. Il s'agit du Symbole des Apôtres (fin du 2e siècle), du Symbole de Nicée (325), du Symbole de Nicée-Constantinople (381) qui expriment la foi chrétienne de manière trinitaire : Dieu Père, Fils et Saint-Esprit. Aujourd'hui on utilise généralement le mot Credo pour désigner le Symbole des Apôtres dans son usage liturgique

Humanistes

En rupture avec la culture du Moyen Age, l'humanisme se caractérise par une redécouverte de l'Antiquité et de ses textes, notamment bibliques, qui vont être source d'inspiration en littérature, peinture, musique, sculpture. Les humanistes vont poser les bases de l'étude moderne des textes et, renouvelant leur approche, ils vont bouleverser un certain nombre d'idées reçues. C'est aussi un siècle de découvertes, d'innovations, de libérations des cadres anciens. Les Réformes religieuses sont incontestablement liées à ce renouveau dans tous les domaines, en particulier le retour aux textes bibliques dans leur langue originelle et leur étude selon les méthodes nouvelles

Nicodémisme

Au 16e siècle, quand les difficultés commencent pour les protestants français, certains d'entre eux considèrent que pour éviter la persécution, il vaut mieux se conformer extérieurement aux pratiques officielles, cacher ses convictions réelles et, à l'instar du personnage biblique de Nicodème, " venir à Jésus la nuit " (Jean 3/2). Le Réformateur français Jean Calvin dénonce le manque de courage de ceux qui n'osent pas afficher leur foi au grand jour. Il écrira contre eux un texte très sévère, les affublant du sobriquet moqueur de " Nicodémites " dénonçant leur double jeu et leur double langage

Moyen Age

Période de l'histoire entre l'Antiquité et les temps modernes. On fait généralement débuter le Moyen Age à la chute de l'Empire romain en 476. On considère qu'il s'achève avec la chute de Constantinople en 1453, ou encore en 1492 date de la découverte de l'Amérique

Taborites

Du nom de la ville de Tabor en Bohême méridionale (actuelle République tchèque). Les plus radicaux des disciples de Jan Hus, fuyant Prague, s'y replient en 1420 et la déclarent " ville élue ". Ils prennent alors le nom de taborites

Valdo, Pierre (vers 1135-1215)

Aux 12e et 13e siècles, plusieurs mouvements réformateurs font leur apparition, avec pour idéal un retour aux pratiques et à la simplicité de l'Eglise primitive. L'un des plus importants de ces mouvements est celui des Pauvres de Lyon, appelés communément Vaudois, du nom de son inspirateur, Vaudès ou Valdès. L'usage a retenu la forme italienne de ce patronyme : Valdo. Ce riche bourgeois de Lyon connaît la double vocation de pauvreté et de prédication. Il quitte son métier, sa famille, sa cité, regroupant à ses côtés un certain nombre de partisans pour mener avec eux la vie communautaire des premiers chrétiens. Méprisés par les uns comme des sortes de fous, injuriés comme prêchant l'Evangile sans autorisation, les Vaudois progressent quand même et se dispersent dans les régions les plus diverses : Dauphiné, Languedoc, Provence, Italie du Nord, Lorraine, Allemagne, jusqu'en Bohême où serait mort Valdo. Interdite par l'archevêque de Lyon, condamnée par le concile du Latran, l'oeuvre de Valdo se poursuit malgré de nombreuses persécutions. Les Vaudois choisissent en 1532 d'adhérer à la Réforme. Une Eglise vaudoise s'est constituée en Italie et dans le Rio de la Plata (Argentine et Uruguay)

Hus, Jan (vers 1370-1415)

Jan Hus naît vers 1370 à Husinec en Bohême méridionale dans une famille rurale pauvre. Doué pour les études et avide de promotion sociale, il se rend à Prague, où il étudie les lettres puis la théologie. En 1398, il obtient sa licence d'enseignement en théologie. Nommé professeur à l'Université, il entre en contact avec le mouvement de réforme et subit l'influence de Wyclif. En 1400, il est ordonné prêtre. L'année suivante, il est nommé doyen de la Faculté des Arts et Lettres de Prague. En 1402, il devient curé, sans charge de communauté, à la chapelle de Bethléem. Il s'illustre par une prédication évangélique et sociale, dénonçant les vices des laïcs et les profits du clergé. En 1409, il commence à être accusé de ne pas dénoncer Wyclif et de contester l'autorité du pape. Élu recteur de l'Université, il participe à sa réorganisation, et devient le chef du mouvement réformateur. En 1411, il subit l' interdit du pape qui s'étend sur toute la ville. Dans des disputes universitaires, des prédications, des publications, il se lance dans la controverse contre les indulgences. En 1412, alors que des émeutes éclatent à Prague et qu'il est menacé d'excommunication, Hus s'exile en Bohême du sud où il développe une intense activité littéraire. En 1413, il publie son grand ouvrage De ecclesia censuré à Prague, Paris et Constance. En 1414, il se rend au concile de Constance pour y défendre sa cause. Il poursuit une correspondance avec les fidèles de la chapelle de Bethléem et approuve la communion sous les deux espèces. En juillet 1415 il refuse d'abjurer devant le concile qui le condamne, le dégrade de ses titres sacerdotaux et le remet à l'autorité civile pour être exécuté sur le bûcher (6 juillet).
Voir aussi l'entrée qui lui est consacrée.

Interdit

L'interdit prononcé par le pape contre une ville la prive de tout service religieux : mariages, baptêmes, enterrements ne sont plus célébrés, les églises sont fermées, les cloches ne sonnent plus. L'interdit est inauguré par une cérémonie de l' anathème dans les églises de la ville

Hostie

Du latin hosta qui désigne "l'animal pour le sacrifice". On appelle "hostie" le pain sans levain (qui fait référence à la sortie d'Egypte et la fête de la Pâque, cf. le livre de la Genèse, chapitre 12). Il est utilisé dans l'Eucharistie catholique et la Cène luthérienne. Dans les Eglises réformées, on continue à utiliser du pain ordinaire.

Simonie/simoniaque

La simonie désigne la vente ou l'achat, voire le trafic de charges ecclésiastiques. Le droit canon le réprouve et prévoit une punition. On rencontre toutefois cette pratique couramment dans l'histoire de l'Eglise.
L'expression vient d'un épisode biblique (Actes 8,9-24) : Simon, un magicien, se convertit à la foi chrétienne. Il propose ensuite d'acquérir par de l'argent la capacité de faire venir l'Esprit Saint en imposant les mains. Les apôtres le reprennent sévèrement.

Transsubstantiation

Ce mot signifie qu'après leur consécration, et tout en gardant leur aspect extérieur, les espèces eucharistiques (pain ou hosties et vin) sont transformées en corps et sang du Christ de sorte que le Christ est réellement présent dans les espèces. D'où la notion de " présence réelle " que les théologiens vont utiliser pour qualifier le type de présence du Christ dans la cène. La transsubstantiation est la doctrine catholique officielle depuis le 4e Concile du Latran de 1215.

Calixtins/Utraquistes

Les calixtins (ou utraquistes) représentent le mouvement hussite (cf. Jan Hus) modéré. On les appelle calixtins à cause de leur symbole, le calice. Ils revendiquent la liberté de choisir entre la communion " nouvelle " (le calice réservé au seul prêtre) et celle qu'ils appellent " ancienne " : la communion sous les deux espèces (vin et pain). Ils se recrutent parmi les notables. L'autre nom pour désigner ce mouvement, utraquiste, s'est formé sur l'expression sub utraque specie : [la communion] sous les deux espèces (pain et vin)

Confession d'Augsbourg

La Confession d'Augsbourg écrite en 1555 par Mélanchthon est la confession de foi fondamentale du luthéranisme. Elle constitue aujourd'hui la référence pour toutes les Eglises luthériennes. En 1540 à Strasbourg, Calvin en a signé une version latine, la Confessio Augustana variata, dans le cadre des tentatives d'accord entre les différents courants issus de la Réforme.

Diète d'Augsbourg

En 1530, soucieux de l'unité de l'empire, Charles-Quint convoque la Diète. Il demande aux partis en présence d'y faire connaître leurs positions. Luther, mis au ban de l'Empire ne peut quitter la Saxe pour participer à cette assemblée. Il est demandé à Philippe Mélanchthon de rédiger une Confession de foi exprimant la doctrine des " protestants " et de la défendre à la Diète. Elle sera lue en séance publique après avoir reçu la signature de neuf princes, seigneurs et villes, ralliés à la Réforme. Luther lui a donné son accord. Mais malgré le souci de Mélanchthon de ne pas heurter de front et de trouver un terrain d'entente ce texte sera réfuté et refusé par les théologiens officiels et par l'empereur. L'édit de Worms qui excommuniait Luther et ses partisans est confirmé.

Paix d'Augsbourg

Le luthéranisme, à la faveur des princes, a pénétré dans le nord de l'Allemagne. Lors de la paix d'Augsbourg, en 1555, l'Allemagne est partagée entre luthériens et catholiques. Au nom du principe selon lequel les sujets doivent adopter la religion du prince (cujus regio, ejus religio), les deux tiers du pays sont luthériens. Le luthéranisme s'implante aussi rapidement au Danemark, en Norvège, en Suède, en Finlande.

Wyclif, John (1324-1384)

Après des études à Oxford, il devient professeur en 1361. Il prend position contre le pape pour défendre les intérêts nationaux. Il déclare que l'Eglise n'est pas la propriétaire de ses biens mais simplement l'intendante. Il réclame la sécularisation des biens du clergé. Il est appelé à comparaître en 1377 devant un tribunal d'évêques à la cathédrale Saint Paul de Londres. Grâce au duc de Lancastre et malgré une audience houleuse et un début d'émeute populaire, il est acquitté. Il continue à réclamer une réforme de l'Eglise : il attaque la confession obligatoire, les pénitences, les indulgences, le système de gouvernement dont le pape est le chef. Mais surtout Wyclif veut mettre la parole de Dieu à la portée de tous. Il traduit donc la Bible en langue anglaise, multiplie les sermons et les traités et organise un corps de prédicateurs itinérants. Il a pour devise : " Je crois que la vérité finira par triompher "

Réveil

Le Réveil ou les réveils désignent divers mouvements qui se sont manifestés dans le protestantisme, surtout anglo-saxon, à partir du 18e siècle et jusqu'au début du 20e siècle, qui se proposaient de " réveiller " une foi jugée " endormie ". La conversion de la personne interpellée par une prédication de type émotionnel est centrale. Les réveils se manifestèrent par des mouvements spectaculaires de conversions et un dynamisme dans le domaine de l'évangélisation. Cherchant à réveiller les Eglises existantes, ces mouvements aboutirent plusieurs fois à la formation de nouvelles Eglises (ainsi les Eglises méthodistes ou le Pentecôtisme)

Augustin (354 - 430)

Augustin est sans doute le plus célèbre des Pères de l'Eglise. C'est lui qui a laissé l'œuvre la plus abondante, la mieux conservée et qui a produit un héritage important, même si ses héritiers n'ont pas toujours été fidèles à la pensée du maître. Il est aussi connu à cause de son livre Les Confessions, où il parle de sa vie à la première personne. Augustin est né en Afrique à Thagaste, dans une famille de la classe moyenne. Seule sa mère Monique était chrétienne. Brillant élève, il peut continuer ses études de rhétorique grâce à l'appui financier d'un ami de son père. Il est très ambitieux et voudrait gravir les échelons de la société romaine. Il fait remonter lui-même le tournant majeur de sa vie à la lecture de l'Hortensius de Cicéron. Commence alors pour Augustin une quête de la vérité qui aboutira quatorze ans plus tard au baptême, puis à la prêtrise et à sa charge d'évêque d'Hippone. Entre temps, il découvre la philosophie, tout en lisant la Bible qui le déçoit beaucoup. Nommé rhéteur à Milan en 384, il rencontre Ambroise dont la qualité de la prédication lui permet de se faire une autre idée de la foi chrétienne. En même temps il découvre, sans doute à partir de la philosophie de Plotin, la voie de l'intériorité. A la suite d'une expérience spirituelle, il renonce à son métier. Il mène pendant quelque temps une vie monastique en communauté.
De retour en Afrique, après la mort de sa mère et de son fils Adéodatus, sa vie se confond avec sa double tâche d'évêque et de théologien. Il a contribué au maintien de l'unité de l'Eglise en Afrique, fortement menacée par des hérésies et isolée après la chute de Rome. Il meurt le 28 août 430 dans Hippone assiégée par les Vandales, laissant 800 sermons, 300 lettres, et une centaine de traités. La Cité de Dieu, ouvrage apologétique rédigé à la fin de sa vie, reste son chef d'œuvre. Son traité dogmatique La Trinité a exercé une influence décisive sur la doctrine trinitaire occidentale.

Anathème

Le grec anathèma signifie littéralement " ce qu'on place par-dessus ", " ce qu'on offre par surcroît ", " ce qu'on met à part ". Ce terme appartient déjà au langage religieux avant le christianisme. Il désigne l'offrande faite à une divinité ou encore ce que l'on appelle des ex voto comme en témoigne Luc 21,5.

Il traduit dans la Septante (la Bible en grec) le terme hébreu qui signifie « mis à l’interdit », donc « exclu de la communauté ». L’interdit a un rapport étroit avec le sacré, soit que la personne ou l’objet souille l’espace sacré, soit qu’il est déclaré interdit parce que réservé à Dieu, comme pour le butin de guerre par exemple dans l’Ancien Testament.

Ce mot est présent avec d'autres significations dans le Nouveau Testament où il est très rare. C'est alors un serment par lequel, en cas de parjure, on affirme s'en remettre au jugement, à la malédiction de Dieu (Actes 23,14), une imprécation pour vouer quelqu'un à la malédiction de Dieu (1Corinthiens 12,3;16,22, Galates 1,8s). C'est encore le fait d'être séparé de Dieu (Romains 9,3).

Dans l'Antiquité chrétienne, le mot anathème désigne la mise au ban de la communauté. L'anathème est généralement porté contre les hérétiques qui combattent la doctrine ou l'autorité de l'Eglise. Le concile d'Elvire en 306 est le premier à comporter des anathèmes, qui deviendront ensuite très fréquents.