Autrefois, le responsable était Dieu...

Extrait de l'article Ce qui m'arrive, est-ce de ma faute ? d'Alain Houziaux pasteur de l'Eglise Réformée de France (Evangile et Liberté n° 169 septembre 2003) :
" Quand quelqu'un est frappé par un malheur, une maladie grave, par exemple, son entourage s'empresse de trouver des raisons : il travaillait trop, il ne dormait pas assez, il fumait beaucoup... que sais-je ! Il nous faut un responsable. Autrefois, on cherchait ce responsable en Dieu : dans les malheurs, c'est Dieu qui punissait ; dans le bonheur, c'est Dieu qui récompensait. Jésus nous dit clairement : ne croyez pas que ces gens qui ont subi un malheur soient des coupables que Dieu a punis. Dieu ne vous court pas après, pour vous punir ou pour vous récompenser. Il remet l'homme à sa liberté. Sa vie durant, l'homme apprend à se tourner vers Dieu, librement. "


Luther et la sollicitude de Dieu

Dans son commentaire du psaume 118, Luther écrit :
" Ce psaume commence avec la louange générale de Dieu et dit : "Rendez grâces au Seigneur, car il est bon..." Tu ne dois pas lire froidement les mots " bon " et " son amour ", et passer vite dessus, mais tu dois penser qu'il s'agit là de mots vivants, forts et riches qui comprennent tout et enseignent tout [à propos de Dieu] : à savoir que Dieu est bon, non pas comme un être humain, mais comme quelqu'un qui du fond de son coeur est toujours prêt à aider et à faire du bien, qui n'aime ni s'irriter ni punir... "
" Et là où il est obligé de s'irriter et de punir, aucun être humain ne pourrait attendre aussi longtemps qu'il n'attend, mais punirait cent fois plus tôt et plus durement qu'il ne le fait. [...] "Sa bonté dure pour l'éternité", c'est à dire que sans relâche, il nous donne toujours le meilleur. Il nous donne le corps et l'âme, il nous protège nuit et jour, il nous garde sans cesse en vie, il fait briller soleil et lune, il met le ciel, le feu et l'eau à notre service ; de la terre, il fait pousser le vin, le grain, la nourriture, les aliments, les vêtements, le bois et tout ce dont nous avons besoin, il donne l'or et l'argent, maison et logis, femme et enfant, bétail, oiseau et poisson. En somme, qui peut tout compter ? Et tout cela en abondance, et à profusion, tous les ans, tous les jours, toutes les heures, tous les instants. Qui peut seulement compter l'amour qui donne et maintient les yeux et les mains de chacun en bonne santé ? "
Martin Luther Das schöne Confitemini an der Zahl der 118. Psalm 1530, traduction.


La souffrance interrogée

Extrait de Lienhard Fritz Souffrance humaine et croix du Christ Lyon Olivétan 2006.
" La présence de Dieu au cœur du mal
La présence de Dieu auprès de celui qui souffre est à méditer à l'aide du livre de Job, et des passages de Marc parlant de la croix du Christ.
I. Job et Dieu
Les amis de Job, représentants de la théodicée, sont condamnés. Job lui-même, exemple de la révolte, est déplacé dans son attitude devant Dieu. Mais cette double fin de non-recevoir n'est pas le message ultime de ce livre biblique. Job espère en effet que la sincérité de sa révolte, justement, pourrait être l'attitude adéquate devant Dieu : " car nul hypocrite n'accède en la présence " (13,16). Face à l'injustice du monde, face à l'apparente indifférence de Dieu, face aux justifications fallacieuses de ses amis, Job en appelle à Dieu lui-même. De la sorte, il distingue entre le Dieu dans lequel il espère de celui de son catéchisme. Il prend Dieu à témoin contre Dieu. Au nom de tous ceux qui souffrent, il exprime sa soif intense d'un autre Dieu que celui qui est du côté de l'ordre écrasant du monde :
Dès maintenant, j'ai dans les cieux un témoin, je possède en haut lieu un garant. Mes amis se moquent de moi, mais c'est vers Dieu que pleurent mes yeux. Lui, qu'il défende l'homme contre Dieu, comme un humain intervient pour un autre. (16,19-21)
Ainsi émerge un Dieu qui n'est pas là où l'opposition entre théodicée et révolte semblait le placer, du côté de l'ordre du monde qui condamne toute plainte et toute révolte. Loin d'être le garant de la situation naturelle et sociale présente, le Dieu auquel Job en appelle est celui de l'espérance au-delà de toutes les espérances, celui qui finit toujours par rendre justice, même au-delà de la mort (19,25-27). Job ne peut concevoir que son malheur et son éloignement de Dieu puissent avoir le dernier mot. Il sent bien que son désir de vie, qui s'oppose au destin, a Dieu lui-même pour allié.
Or, ce qui est surprenant dans le livre de Job, ce qui représente peut-être son message le plus profond, c'est que le Tout-Puissant pousse la condescendance jusqu'à répondre à l'appel passionné de Job et à lui parler de vive voix. Dieu s'expose à la révolte humaine et accepte le dialogue, ce qui fait dire à Job : " Je ne te connaissais que par ouï-dire, maintenant mes yeux t'ont vu " (42,3-6).
Nous l'avons évoqué, cette présence conduit Job à la repentance. Mais en même temps, le texte laisse apparaître une joyeuse surprise devant la venue de Dieu, qui témoigne de sa sollicitude et de son pardon. Cette apparition fait de Job un pécheur pardonné. Job est saisi par sa finitude au moment même où il reçoit la révélation du Dieu infini. C'est devant le Dieu de grâce, et devant lui seulement, que Job perd son désir d'affirmation de soi et son sentiment de révolte.
De la sorte, Job nous conduit à une certaine compréhension de la notion de sens. L'affirmation essentielle est la suivante : ce qui donne un sens à l'existence de celui qui souffre, ce n'est pas en dernier ressort une explication, mais une présence aimante. Job n'aura aucun éclaircissement au sujet de sa souffrance. L'Éternel ne lui révèle pas cette histoire de pari avec le satan. Sa souffrance ne peut être intégrée dans ce qu'on pourrait appeler une sagesse supérieure. Elle demeure incompréhensible. Mais Dieu se rend présent auprès de Job. Le sens qui lui est offert n'est pas raison d'être de l'univers et de la souffrance, mais raison d'être de l'humain, pour lequel Dieu prend fait et cause. "


Une lecture populaire de l'histoire de la figure de Job au Congo

Extrait d'une conférence du professeur André Kabasele Mukenge, Facultés Catholiques de Kinshasa :
" Il faut dire que le personnage même de Job est fascinant, et ses malheurs accumulés rendent sa figure disponible pour tenter un rapprochement par similitude ou par analogie avec la situation de la plupart des Africains aujourd'hui. Comme dit le proverbe, "le malheur ne vient jamais seul" : on a parfois l'impression que toutes les souffrances se sont données rendez-vous en Afrique. Il n'est pas rare d'entendre des gens, au pire de leurs épreuves, oser cette comparaison et se désigner comme "Job". Dans une telle auto-désignation, ce qui est mis en avant, ce sont les malheurs de Job. La Bible les décrit en effet de manière à frapper les esprits et l'imagination.
Toutefois, c'est l'attitude de Job au milieu de ces souffrances qui a retenu l'attention des milieux chrétiens populaires. Cette attitude est résumée dans une formule lapidaire : Le Seigneur avait donné, le Seigneur a repris : que le nom du Seigneur soit béni ! (Job 1,21b). Une enquête dans les milieux populaires à Kinshasa a révélé que c'est la seule phrase du livre retenue par cœur. [...] Cependant, il convient, me semble-t-il, de se demander si ce recours à Job ne participe pas de l'esprit général de résignation et de fatalisme qui a élu domicile dans notre société. Cet esprit est entretenu par certaines prédications à succès, issues surtout des Eglises dites de réveil. Ces Eglises tiennent un discours simple, voire simpliste dont l'essentiel peut être ramassé en quelques mots : "Dieu seul est le Tout-Puissant. Quelle que soit ma souffrance actuelle, il me donnera la prospérité (matérielle), du moment que je continue à lui faire confiance et à le prier". Ce qui dérange dans un tel discours, c'est l'absence d'un appel à la responsabilité humaine et à l'engagement concret. Le seul engagement exigé, c'est de prier.
Dans ce contexte, dire Le Seigneur avait donné, le Seigneur a repris, que son nom soit béni, peut devenir irresponsable dès lors qu'on n'a pas pris toutes les dispositions pour éviter ou combattre un tel malheur. Si les conditions hygiéniques, le système de santé publique, la sécurité sociale, la paix étaient garantis, que des morts on aurait épargné dans notre société ! Et ce n'est pas de la seule responsabilité du "Seigneur". C'est pourquoi, une lecture plus attentive de Job invite à ne pas tomber dans une religion de résignation. A bien voir, Job n'est pas un croyant résigné, mais bien un croyant révolté. "


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