Les merveilles du monde

20060111134936

 

 

 

 

 

 

 

 

Les merveilles du monde dont parle le texte recouvrent d'abord la création de Dieu dans son ensemble, la beauté de la nature, sa complexité singulière, mais aussi le génie humain, c'est-à-dire des inventions, des évolutions étonnantes dans le monde scientifique, médical, voire social. Tout ce que l'on peut constater de positif et de bienfaisant dans son entourage proche et lointain.


Une seule larme

20060111125013

Dostoïevski, à travers l'exclamation d'Ivan, l'un des deux frères dans son roman Les frères Karamazov, met en balance les " merveilles " du monde et une " seule larme d'enfant ". Il refuse d'entrer dans la logique selon laquelle beaucoup de bien pourrait compenser le mal. Car cela reviendrait à accepter le mal pour un plus grand bien. Prendre comme élément de comparaison " une seule larme d'enfant " montre bien que cette acceptation n'est pas possible éthiquement. L' enfant dans le contexte du roman est l'être qui subit l'injustice alors qu'il est l'objet de la grâce de Dieu. L'amour de Dieu pour les enfants suscite la révolte d'Ivan contre Dieu. C'est parce que Jésus a dit " Laissez les enfants venir à moi ; ne les empêchez pas, car le Royaume de Dieu est à ceux qui sont comme eux " (Luc 18,16), que la souffrance des petits est particulièrement inacceptable.


Le mal pour un plus grand bien ?

20060111125231

Devant l'énigme du mal, l'histoire philosophique et religieuse propose des interprétations qui font du mal une sorte de " moyen pédagogique " de Dieu. Le mal n'est alors que le moyen dont Il se sert pour un plus grand bien. Derrière cette explication qui peut paraître révoltante, il y a la question existentielle : comment penser ensemble l'existence du mal et l'existence d'un Dieu miséricordieux et tout-puissant ?


Je ne l'accepte pas

20060111125155

La révolte d'Ivan Karamasov contre le monde tel qu'il l'expérimente, avec ses horreurs et ses souffrances, montre que les " explications " du mal en fait n'expliquent rien. Ce qui est inacceptable, ce n'est pas tant l'état du monde, mais de faire croire qu'il est normal et même bien que tout soit ainsi. L'interprétation religieuse qui cherche à expliquer le mal sans d'abord crier au scandale devient elle-même scandaleuse. En fait, on refuse d'admettre que toutes les explications sont vouées à l'échec aussi longtemps qu'elles essaient de rendre le mal " moins mal ", de l'apprivoiser, de le domestiquer. Une autre forme de révolte mène tout simplement à refuser Dieu : " S'il y avait un Dieu, cela ne devrait pas exister ". Cette révolte souligne ce qu'il y a d'insupportable et d'insoutenable dans l'idée que Dieu puisse d'une façon ou d'une autre s'accommoder de la souffrance des humains. Dans le fait que même s'il ne la veut pas, en fin de compte il la laisse être. Il est essentiel d'entendre cette mise en garde qui refuse de mêler Dieu à ce qu'il y a de plus douloureux dans l'expérience humaine. Elle nous rappelle qu'il ne faut pas se précipiter du côté de Dieu pour trouver une réponse " facile " à l'énigme du mal. A. Gesché écrit " le problème du surgissement du mal n'est pas résolu. Le sera-t-il jamais ? Je n'y puis répondre, en tout cas ". Il y a là une forme d'humilité qui ne fuit pas la question, mais qui reconnaît que les réponses sont multiples, qu'elles ne dispensent jamais de la réponse individuelle et qui acceptent même l'absence de réponse. Que Dieu soit impliqué ou non dans ces différentes manières de répondre à la question.


Ce n'est pas Dieu que je repousse

20060111125403

Par cette exclamation, Ivan distingue entre une révolte qui nie l'existence de Dieu et une révolte qui ne la nie pas, mais qui entre en contestation ouverte avec Lui. En fait, Ivan constate que dans le monde comme il se donne à connaître, les bienfaits, les bonnes choses, le positif ne contrebalancent pas le mal sous ses diverses formes. La souffrance ne peut en aucun cas être équilibrée par le bonheur qui existe. S'il ne refuse pas de croire en Dieu comme celui qui finalement réconciliera le monde avec lui-même, il ne peut accepter d'attendre cette révélation finale. " L'entrée coûte trop cher pour nous. J'aime mieux rendre mon billet d'entrée. En honnête homme, je suis même tenu à le rendre au plus tôt. C'est ce que je fais. Je ne refuse pas d'admettre Dieu, mais très respectueusement, je lui rends mon billet. " Le but lointain d'une réconciliation possible ne peut justifier le chemin parsemé de malheurs et de souffrances qui y mène.
La révolte contre Dieu s'enracine donc dans cette prise de conscience que l'univers, la création n'est pas " la meilleure possible " contrairement à ce qu'affirmait Leibniz. Mais elle naît aussi précisément de la foi en un Dieu dont la Bible affirme sa sollicitude envers l'être humain. Ce n'est pas seulement ni même en premier lieu le non-croyant qui se révolte. La révolte est ici d'abord celle du croyant qui ne comprend pas comment faire tenir ensemble l'amour de Dieu et les horreurs du monde.


La création

20060111125444

Pour Ivan Karamasov, le monde créé ne reflète pas l'intention de son créateur. En lisant le récit de la Genèse où Dieu déclare après chaque jour de la création que " tout est bon ", on peut se poser la question : Qu'est-ce qui perturbe cette bonté première ? Le récit lui-même ne donne pas de réponse. Sauf peut-être quand il mentionne que la création elle-même se situe déjà dans une sorte de révolte contre le chaos. Elle repousse, par la parole créatrice, un chaos qui ne laisse pas de place à la vie. Lorsqu'au chapitre 4, le texte parle de la jalousie entre frères qui aboutit au meurtre, il n'explique pas de manière fondamentale le mal. Il n'en mentionne que les effets de surface, les symptômes (la jalousie, la non-acceptation du sacrifice par Dieu...). Les récits expriment simplement que le mal est " toujours déjà là ". Toutefois cette prise de conscience d'un " toujours déjà là " du mal ne pousse pas à la résignation devant cette " fatalité ". Au lieu de se focaliser sur la question de son origine, il s'agit plutôt de trouver une manière de le limiter et de le combattre. De découvrir sa présence menaçante tant intérieure qu'extérieure à l'être humain pour lutter contre elle.
Pour souligner que Dieu lui-même est concerné par cette possible résurgence du mal à tout moment, certains auteurs ont parlé de la surprise de Dieu devant le mal. Ainsi, dans le récit de la création, les questions de Dieu " Adam où es-tu ? " et " Eve, qu'as-tu fait ? " sont de vraies questions qui expriment l'étonnement et la déception de Dieu. Dans le récit de la tour de Babel, Dieu " descend pour voir [la tour de Babel] et s'étonne " que " la première oeuvre des hommes " soit celle-là.


Dieu lui-même est concerné

20060111125523

Penser que Dieu est concerné par la question du mal, évite de faire de lui une sorte de spectateur insensible qui regarde d'en haut comment l'être humain se débrouille en bas. Beaucoup de tentatives pour " expliquer " le mal et la souffrance mettent en effet en scène un Dieu qui trône au-dessus des événements. Pourtant, les récits bibliques, tout particulièrement le Nouveau Testament, ne cesse de proclamer un Dieu touché par le mal. On pourrait presque dire que l'ennemi est commun à Dieu et à l'être humain. Dieu est avec l'être humain (et l'être humain avec Dieu) pour le combattre. Ainsi, les récit de la crucifixion et de la résurrection du Christ ne racontent pas la terrible fin d'un condamné innocent, comme il en existe des milliers à travers l'histoire humaine. Ils essaient de dire une chose bien plus bouleversante : Dieu lui-même est là, avec celui qui subit la mort, et avec lui, il ne reste pas confiné au tombeau. C'est au nom d'un Dieu des vivants, d'un Dieu de la vie que le combat de l'être humain pour plus de justice et de bonheur trouve un sens profond.


Echangeons !

?Questions?       !Découvertes!       ...Hésitations... Participez aux forums de discussion sur les différentes formations
Carte des groupes Trouvez un groupe près de chez vous
Livre d'or Partagez vos impressions sur le livre d'or Théovie
Soutenir Théovie