Module Avec Esther: cacher ou exposer sa foi



L'ivresse du pouvoir



  

Livre d'Esther chapitre 1, versets 5 à 12

Le livre d’Esther commence par un grand festin de six mois que l e roi Xerxès donne pour tous ses dignitaires. Dans la suite de l’histoire, la Juive Esther deviendra reine perse, épouse du roi Xerxès.

 5 .

Après cette période, pour tous les gens qui se trouvaient à Suse-la-citadelle, du plus important au plus humble, le roi organisa un banquet de sept jours, dans la cour du jardin du palais.

 6 .

De la dentelle, de la mousseline, de la pourpre étaient attachées par des cordelières de lin et d'écarlate à des anneaux d'argent et des colonnes d'albâtre; il y avait des divans d'or et d'argent sur un pavement de jade, d'albâtre, de nacre et de jais.

 7 

On faisait boire dans des coupes d'or, toutes de formes différentes; et le vin du royaume coulait à flots, royalement.

 8 .

La règle était de boire sans contrainte, car le roi avait ordonné à tous les maîtres d'hôtel d'agir selon le bon plaisir de chacun.

 9 .

Vasti, la reine, avait également organisé un banquet pour les femmes dans le palais royal du roi Xerxès.

 10 .

Le septième jour, le roi était gai, à cause du vin. Il dit à Mehoumân, Bizta, Harbona, Bigta et Avagta, Zétar et Karkas – les sept eunuques au service du roi Xerxès –

 11 .

de faire venir Vasti la reine, devant le roi, avec le diadème royal, pour montrer aux peuples et aux ministres sa beauté: c'est qu'elle était belle à regarder!

 12 .

Mais la reine Vasti refusa de venir selon l'ordre du roi transmis par les eunuques. Alors le roi se mit dans une grande colère et s'enflamma de fureur.

 

Livre d'Esther, chapitre 1, versets 5 à 12 Traduction œcuménique de la Bible (TOB)


 

1. Que connaissiez-vous de l’histoire d’Esther ?

2. Quelles impressions vous fait la description de la cour royale et de son fonctionnement ?

 


Cliquez sur les termes soulignés : les notices s’affichent en dessous de ce texte

  

Livre d'Esther chapitre 1, versets 5 à 12

Le livre d’Esther commence par un grand festin de six mois que l e roi Xerxès donne pour tous ses dignitaires. Dans la suite de l’histoire, la Juive Esther deviendra reine perse, épouse du roi Xerxès.

 5 .

Après cette période, pour tous les gens qui se trouvaient à Suse-la-citadelle, du plus important au plus humble, le roi organisa un banquet de sept jours, dans la cour du jardin du palais.

 6 .

De la dentelle, de la mousseline, de la pourpre étaient attachées par des cordelières de lin et d'écarlate à des anneaux d'argent et des colonnes d'albâtre; il y avait des divans d'or et d'argent sur un pavement de jade, d'albâtre, de nacre et de jais.

 7 

On faisait boire dans des coupes d'or, toutes de formes différentes; et le vin du royaume coulait à flots, royalement.

 8 .

La règle était de boire sans contrainte, car le roi avait ordonné à tous les maîtres d'hôtel d'agir selon le bon plaisir de chacun.

 9 .

Vasti, la reine, avait également organisé un banquet pour les femmes dans le palais royal du roi Xerxès.

 10 .

Le septième jour, le roi était gai, à cause du vin. Il dit à Mehoumân, Bizta, Harbona, Bigta et Avagta, Zétar et Karkas – les sept eunuques au service du roi Xerxès –

 11 .

de faire venir Vasti la reine, devant le roi, avec le diadème royal, pour montrer aux peuples et aux ministres sa beauté: c'est qu'elle était belle à regarder!

 12 .

Mais la reine Vasti refusa de venir selon l'ordre du roi transmis par les eunuques. Alors le roi se mit dans une grande colère et s'enflamma de fureur.

 

Livre d'Esther, chapitre 1, versets 5 à 12 Traduction œcuménique de la Bible (TOB)


Après étude du texte, nous vous proposons une série de questions qui vous permettront d'actualiser le texte, et de faire de ce récit le vôtre
(nb : les visuels associés aux questions sont uniquement présents pour vous inspirer, mais ne constituent pas un élément de réponse)

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  • Esther 1 Auj 1


    1. Rien n’est « mesuré » dans ce récit qui met en scène la vie au palais et les initiatives prises par le pouvoir. Comment qualifierez-vous cette démesure ? Comme inquiétante ? expression d’une joie de vivre ? insouciance ? …

  • Esther 1 Auj 3


    Le pouvoir dysfonctionne dans le palais du roi de Perse. Les conséquences en sont terribles. Quels événements ou situations d'aujourd'hui vous évoquent la situation décrite ? Pourquoi ?

  • Esther 1 Auj 2


    L'auteur de ce récit utilise l'exagération et le fantastique pour critiquer de manière acerbe une réalité qu'il juge indigne et révoltante. Cette approche vous semble-t-elle intéressante, juste,inefficace,... pour aujourd'hui ?



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Soyez acteur de votre lecture


 

1. La manière de raconter l'histoire est à la fois admirative de la splendeur et de la richesse de la cour perse et en même temps critique. Elle montre une façade d'autant plus belle qu'elle masque un pouvoir fascinant mais prisonnier des apparences, puissant mais faible.
Relevez dans le texte ce qui peut fasciner le lecteur.
Notez aussi les indices d'un regard critique, voire moqueur porté sur cette cour et sur Xerxès.

2. Recherchez ce qui s’apparente dans le texte à une chronique historique, à un roman, à un conte.


Un peu de culture...

Bande dessinée " Iznogoud "

culture

 

La figure et les aventures de Haman dans l'histoire d'Esther ont quelques ressemblances avec l'histoire d'Iznogoud, de Jean Tabary et René Goscinny. Les aventures d'Iznogoud prennent place à Bagdad la Magnifique, à l'époque des fakirs et des contes des Mille et une nuit. Elles mettent en vedette le Calife Haroun El Poussah, dirigeant de l'état de Bagdad et Iznogoud, qui est le grand vizir dont le plus grand désir est de devenir Calife à la place du Calife. Iznogoud tente donc par tous les moyens de se débarrasser de son Calife, mais ses tentatives se terminent toujours par de cuisants échecs.


Poème de Charles Baudelaire

 

" Enivrez-vous "

Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!
Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est.
Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise.

Extrait de Les petits poèmes en prose


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Esther - [Clés de lecture]

esther 1 cdl1

Dans la Bible hébraïque, le livre d'Esther appartient à un ensemble de cinq petits livres lus en relation avec des fêtes juives : le livre de Ruth à Pentecôte, le Cantique des Cantiques à Pâque, Qohélet (ou l'Ecclésiaste) à la Fête des Tentes, le livre des Lamentations à la commémoration de la destruction du Temple et Esther à Pourim (commémoration des événements décrits dans le livre d'Esther). Dans les traductions françaises qui suivent l'ordre hébraïque des livres de l'Ancien Testament (notamment la TOB -Traduction œcuménique de la Bible- et certaines éditions de la Bible en français courant), le livre d'Esther se trouve ainsi après celui des Lamentations.Quand, dès le troisième siècle avant Jésus-Christ, des Juifs d'Alexandrie ont traduit la Bible hébraïque en grec (traduction dite des " Septante "), ils ont modifié l'ordre des livres. Ils ont rangé le livre d'Esther parmi " les livres historiques ". Certaines éditions françaises suivent cet ordre (par exemple les éditions et révisions de la traduction de Louis Second). Ils ont aussi inséré dans l'histoire six additions qui allongent le texte d'environ 70 %. Comme le texte grec a longtemps fait autorité pour la plupart des chrétiens, certaines traductions modernes éditent le livre d'Esther selon l'hébreu mais en y insérant en italique les adjonctions de la Septante (voir par exemple certaines éditions de la Bible de Jérusalem). D'autres traductions, dont la TOB, offrent une traduction de l'ensemble du livre grec d'Esther sous le titre " Le Livre d'Esther (grec) " parmi les livres deutérocanoniques.

Xerxès - [Clés de lecture]

 

Le roi Xerxès, appelé parfois " Assuérus ", règne sur l'empire perse de 486 à 464 avant Jésus-Christ. Il succède à son père Darius. L'empire est alors à son apogée et s'étend de l'Inde à l'Egypte. Au début de son règne, après avoir vaincu une révolte en Egypte, Xerxès revient au cœur de ses terres et il prépare une expédition contre les Grecs pour conquérir leur pays et agrandir son empire en Europe. Les Grecs repousseront cette expédition. Malgré cela, Xerxès et sa cour restent dans l'imaginaire de l'Antiquité l'exemple même de la splendeur et de la puissance perses. Il est le roi le plus riche et le plus puissant de son temps.L'histoire d'Esther reprend beaucoup de clichés véhiculés par la littérature grecque sur Xerxès et les Perses. L'histoire se présente comme une sorte de roman historique. L'auteur choisit de situer son récit à une époque passée qui offre des similitudes avec sa situation présente. Il vit probablement à Alexandrie, capitale du royaume grec d'Egypte où les Juifs sont nombreux. Comme les Juifs à Suse, il est exilé dans un pays étranger. Il subit une domination païenne qui fascine par sa culture et ses richesses mais qui menace l'identité religieuse et culturelle juive. Il parle d'un empire ancien pour dénoncer les dominateurs contemporains. L'auteur incite le lecteur à se poser des questions sur Dieu, mais aussi, et peut-être surtout, sur son identité de croyant dans une situation de minoritaire.

Suse-la-citadelle - [Clés de lecture]

esther 1 cd3

 

La ville de Suse, située sur un plateau à l'Est de la Mésopotamie, est l'une des capitales de l'empire perse, avec Ecbatane et Babylone. Darius, le père de Xerxès, a fait édifier dans la partie haute de la ville, la citadelle et un palais royal qui sert à la fois de résidence et de centre administratif. Le reste de la partie haute était occupé par la ville royale. Ce palais, magnifique, est le symbole de la puissance et de la richesse du royaume.Le palais est un ensemble de bâtiments, protégés par une muraille, dans lesquels on entre par une porte principale. Cette porte sera un lieu important dans l'histoire d'Esther. Elle assurait probablement la protection de l'accès au palais et le contrôle des personnes qui voulaient entrer. Elle est lieu d'interface entre la ville et la citadelle.Le palais de Suse contenait aussi des jardins. Ces jardins perses étaient réputés pour leurs grands arbres, leurs animaux sauvages et leurs bassins. Ils étaient assez grands pour que l'on y pratique la chasse. Le mot qui désignait ces jardins est à l'origine du mot français " paradis ". Au pied de la partie haute de la ville, Darius avait fait détourner la rivière pour constituer un fossé protecteur sur le côté Ouest de la colline.

Un banquet de sept jours - [Clés de lecture]

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Ce banquet est le deuxième du livre. Le premier, raconté dans les versets 1-4 du chapitre, a duré 180 jours et rassemblé tous les dignitaires de l'empire. Ce deuxième banquet lui fait suite. Sa durée, une semaine, est plus réaliste que les six mois du premier, une exagération qui veut montrer la démesure de Xerxès. Tous les habitants de la citadelle sont invités à rejoindre les grands du royaume pour fêter avec eux.Le banquet se tient "dans la cour du jardin du palais". Il s'agit probablement d'un pavillon pour les réceptions avec des colonnes ou d'une grande cour avec une colonnade tout autour. C'est en tout cas un bâtiment luxueux destiné aux réceptions.Le mot hébreu pour banquet vient de la racine "boire". Il annonce l'importance du vin. Les Perses sont connus dans l'Antiquité comme amateurs de vin et de festins. Une partie du tribut que les peuples sujets devaient au roi était apportée en nature et contribuait à garnir la table royale.Les banquets jouent un rôle important dans le Livre d'Esther. Ici, ces deux banquets doivent manifester la gloire de Xerxès et susciter l'admiration et la fascination des invités et les convaincre de la grandeur du roi. Le narrateur dénonce ainsi discrètement un moyen souvent utilisé par les souverains pour renforcer leur influence sur leurs sujets.

De la dentelle, de la mousseline, de la pourpre - [Clés de lecture]

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La description du lieu du banquet est une suite de mots rarement employés dans la Bible. Plusieurs ne se trouvent qu'ici. Ils coulent comme une cascade d'exclamations admiratives prononcées par celui qui découvre ce lieu extraordinaire. Il est probable que déjà pour bien des lecteurs juifs, certains de ces mots étaient incompréhensibles. Ils évoquent l'exotisme, la richesse et le raffinement de la cour.Des tissus précieux sont tendus entre les colonnes, soit comme des rideaux soit comme un ombrage. Leurs attaches sont elles aussi précieuses et colorées. Les teintures étaient alors un luxe. Les tissus et les couleurs expriment la royauté, certains se retrouvent dans la description du vêtement royal porté par Mardochée. Lee colonnes sont en " albâtre ", mot qui a été remplacé dans d'autres traductions par " marbre " qui convient mieux à des colonnes. Les divans servent à s'allonger pour les repas car on mange alors couché. Ils sont incrustés d'or et d'argent. Le regard continue à descendre et arrive au sol. Le pavement est de quatre pierres avec des couleurs différentes, difficiles à préciser. Les archéologues ont retrouvé une inscription dans laquelle le roi Darius, constructeur du palais de Suse, fait une liste des matériaux utilisés pour la construction du palais de Suse. Cette liste permet de confirmer que ce palais était splendide et très richement décoré.

La règle était de boire sans contrainte - [Clés de lecture]

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Le mot "règle" traduit ici un mot d'origine perse qui signifie "la loi, la coutume". Les Perses étaient connus pour leur juridisme, pour leur goût de tout réglementer, comme si chaque problème particulier pouvait se résoudre par une loi. Ici, même l'absence de contrainte fait l'objet d'une loi royale ! Il est " interdit d'interdire " la consommation de vin. Le narrateur se moque. En même temps, cette remarque souligne la générosité du roi pour ses hôtes et l'absence de mesure qui règne à la cour.
Italiques : absence

 

Vasti, la reine - [Clés de lecture]

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Aucune reine, épouse de Xerxès, n'a porté le nom de Vasti. L'épouse de Xerxès, bien connue des historiens, s'appelle Amestris. La reine organise son propre banquet pour les femmes. La séparation des hommes et des femmes lors des banquets reflète plutôt la pratique grecque que la pratique perse. Les hommes mangent entre eux et, dans la deuxième partie du banquet, consacrée à boire et à discuter, ils peuvent faire venir des femmes, concubines ou prostituées. Il semble qu'en Perse, lors des banquets, le roi faisait sortir la reine avant le moment où l'on boit.La sobriété de la description du banquet de la reine contraste avec celle des banquets du roi. Elle peut laisser présager une différence de personnalité entre eux ou marquer le peu d'importance accordée aux femmes. L'introduction de Vasti dans le récit prépare son refus.

Le roi était gai - [Clés de lecture]

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L'expression hébraïque qui décrit l'état du roi dit littéralement : " le cœur du roi était bien ". Le cœur est le siège de la volonté et de la pensée. L'effet du vin est de rendre le roi de bonne humeur. Il se sent bien et se trouve en état de réfléchir, même si ses capacités de réflexion sont diminuées par l'effet de l'alcool. Le fait de décider en ayant bu semble une habitude perse qui étonne l'historien grec Hérodote : " Ils ont aussi l'habitude de décider, quand ils sont ivres, des questions les plus importantes" (Histoire, livre I, 133). Xénophon (né vers 430 et mort vers 355 avant Jésus-Christ, écrivain grec qui est allé à la cour perse), écrit à propos des rois perses : " L'usage leur défendait d'apporter des pots de chambre dans les banquets, évidemment parce qu'on pensait qu'en ne buvant pas avec excès, le corps et l'esprit risquaient moins de chanceler. A présent la défense dure encore ; mais ils boivent tellement qu'au lieu d'apporter des pots de chambre, c'est eux qu'on emporte, quand ils ne peuvent plus se tenir debout pour sortir " (Cyropédie, livre VIII, 8, 10, traduction par Pierre Chambry, Œuvres complètes, volume 1, Garnier Flammarion, Paris, 1967, p. 314s.). Même si ces propos sont exagérés, ils reflètent bien l'image de la cour perse chez les Grecs. L'ébriété est cependant admise aussi par les Grecs et certains philosophes trouvaient que c'était un état propice à la réflexion. La tradition juive sur la consommation du vin est plus réservée, comme une partie de l a morale actuelle. Pour le lecteur juif, l'ébriété du roi est probablement un indicateur négatif qui annonce une perte de maîtrise de soi, avec tous les risques que cela peut comporter.

Les sept eunuques - [Clés de lecture]

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Dans l'Antiquité, les eunuques (des hommes castrés) ont souvent des responsabilités importantes à la cour, notamment pour la garde du harem (le mot eunuque vient du grec eunê et ekhô ce que l'on peut traduire par " gardien du lit "). Ici, pour aller chercher la reine, le roi en envoie sept, nombre de la perfection, nombre aussi des conseillers de Xerxès au verset 14. Leurs noms ne sont pas attestés ailleurs mais sont de consonance perse. Leur énumération renforce la couleur exotique du récit et l'aspect pompeux de la cour.

Faire venir Vasti la reine - [Clés de lecture]

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Le roi demande à Vasti de venir pour " montrer (...) sa beauté ". Il a déjà organisé un festin pour " montrer la richesse de sa gloire royale et la splendeur de sa grande magnificence " (verset 4), il présente maintenant celle qui devrait être le clou du spectacle, sa femme. Elle doit venir parée de son diadème royal, probablement un turban décoré de bijoux. Ses ornements doivent attester l'appartenance de Vasti au roi. Le narrateur suggère ce que chacun devrait dire en la voyant : " Qu'elle est belle à regarder ". Les spectateurs doivent être subjugués par la splendeur de la reine et surtout fascinés par la grandeur de Xerxès qui peut avoir une telle épouse.

La reine Vasti refusa de venir - [Clés de lecture]

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Le refus de la reine est surprenant. Elle n'en donne aucune raison et personne ne lui en demande. Certains lecteurs ont considéré que, comme le texte précise qu'elle doit venir en portant son turban royal, elle ne devait rien porter d'autre, et donc venir nue. Son refus serait alors plus compréhensible. Toutefois le texte ne permet pas de justifier cette interprétation. Le refus de Vasti peut probablement se comprendre plutôt en tenant compte de la culture d'alors. A la fin des banquets, quand les hommes boivent, seules restent les concubines ou les prostituées. La demande du roi est déplacée et met la reine devant un dilemme. Si elle vient, elle accepte de se mettre au rang des concubines et des prostituées et elle perd sa dignité; si elle refuse, elle risque de fâcher le roi et de perdre sa place. Elle choisit de préserver son honneur. L'attitude de la reine apparaît en conformité avec la sobriété de la description de son banquet, en contraste avec celui du roi, ce qui pourrait suggérer que le narrateur a plus de sympathie pour elle que pour le roi.Le fait que le récit précise que le roi a trop bu est probablement un indice pour laisser penser que s'il avait été en possession de toute sa raison, il n'aurait pas fait une telle demande.

Une grande colère - [Clés de lecture]

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Xerxès réagit au refus de Vasti par la " colère " et la " fureur ". Les deux mots, qui ont le même sens, se renforcent mutuellement et doivent impressionner le lecteur. La boisson a fait déjà perdre la raison à Xerxès, elle lui fait perdre maintenant le contrôle de ses émotions. Dans la sagesse antique, la perte de maîtrise de soi est une faute grave, particulièrement pour un roi. Le sage est celui qui garde en tout temps la maîtrise de soi.Pour le narrateur, Xerxès réagit d'une manière disproportionnée. Certes, le roi vient de subir une atteinte à son autorité, voire à son honneur (la reine a désobéi ; elle lui a fait rater son coup et son refus est un acte public), mais le roi aurait pu réagir autrement. Le choix du narrateur d'insister sur la colère de Xerxès prépare la suite du récit et montre un monarque prisonnier de ses émotions. Les décisions qui suivront, prises sous l'empire de la colère, ne sauraient être judicieuses et le lecteur est préparé à les voir d'un regard critique.

 

Le premier banquet de Xerxès - [Contexte]

cx1

 

Le premier chapitre du livre d'Esther raconte trois banquets. En hébreu, l'histoire commence avec trois longues phrases qui vont du verset 1 au verset 4, du verset 5 au verset 8 et le verset 9. Toutes ont le même verbe principal, " organiser un banquet ". Xerxès organise les deux premiers et Vasti, la reine, le troisième.La description du premier banquet précède le passage étudié ici.
Esther 1,1-4 :
C'était au temps de Xerxès. Ce Xerxès régna sur cent vingt-sept provinces depuis l'Inde jusqu'à la Nubie. A cette époque-là, lorsque le roi Xerxès vint prendre place sur son trône royal de Suse-la-citadelle, la troisième année de son règne, il organisa un banquet pour tous ses ministres et serviteurs. L'armée de Perse et de Médie, les nobles et les ministres des provinces vinrent devant lui. Longtemps, cent quatre-vingts jours durant, il montra la richesse de sa gloire royale et la splendeur de sa grande magnificence.

L'importance des banquets dans le livre d'Esther - [Contexte]

cx2

 

Le Livre d'Esther ne compte pas moins de 10 banquets qui apparaissent souvent par paires. Le récit s'ouvre par deux banquet royaux organisés par Xerxès en même temps que le banquet de la reine Vasti (1, 1-9). Xerxès fait ensuite un banquet pour l'accession d'Esther à la place de reine (2,18). Lors de la proclamation de l'édit contre les Juifs, le roi et son conseiller Hamân boivent (3,15). Esther organise deux banquets auxquels elle invite Xerxès et Hamân (5,5-8 et 7,1-9). Lors de la promulgation du décret contre les ennemis des Juifs, ceux-ci font un banquet (8,17) et ils fêtent l'élimination de leurs ennemis par deux banquets de Pourim (9,17-18).Les banquets du premier chapitre et les deux derniers se correspondent et permettent d'introduire et de conclure l'intrigue du récit dans la fête. Les banquets qui suivent les promulgations d'édits soulignent la joie de celui ou de ceux dont l'édit vient de faire triompher le point de vue. Les deux banquets d'Esther, au centre du livre, encadrent le premier renversement de situation entre Hamân et Mardochée.Les banquets structurent l'avance de l'histoire. Plusieurs sont le cadre d'événements importants : la chute de Vasti (chapitre 1), l'avènement d'Esther (chapitre 2) et la demande d'Esther au roi de délivrer son peuple (chapitre 7). Les autres célèbrent les étapes de l'histoire : ceux qui suivent les proclamations d'édits, le premier banquet d'Esther qui marque son retour en grâce auprès du roi et ceux qui accompagnent la libération des Juifs. Dans ce contexte le jeûne d'Esther, auquel elle convie tous les Juifs, (3,16), fait figure d'anti-banquet, organisé au moment où la tension dramatique est à son comble.

Le vêtement royal porté par Mardochée - [Contexte]

cx3

Quand Mardochée, fonctionnaire juif à la cour et cousin d'Esther, devient premier conseiller du roi, il reçoit l'anneau de Xerxès et un habit royal. Certaines matières et couleurs qui décrivent cet habit sont les mêmes que celles du lieu du banquet du chapitre 1: " Mardochée sortit alors de chez le roi, portant un vêtement royal de pourpre et de dentelle, une grande couronne d'or et un manteau de lin et d'écarlate " (Esther 8, 15).

La séparation des hommes et des femmes - [Contexte]

cx4

 

L'historien grec Hérodote raconte comment Amyntas, roi macédonien, accueille chez lui une ambassade perse envoyée par Darius, le père de Xerxès, et lui offre un banquet. Ce récit montre que dans la culture grecque, à la différence des Perses, les femmes ne participent pas aux banquets avec les hommes." Le repas achevé, les Perses qui buvaient à qui mieux mieux lui dirent : "Macédonien, notre hôte, nous avons l'habitude en Perse, quand nous donnons un banquet, de faire venir nos concubines et nos épouses légitimes, pour nous tenir compagnie. Allons, tu nous as bien reçus, tu nous traite magnifiquement et tu cèdes au roi Darius la terre et l'eau de ton pays : suis donc maintenant notre coutume!" - "Perses, leur répondit Amyntas, votre coutume n'est pas la nôtre, et chez nous les hommes et les femmes sont séparés. Mais vous êtes les maîtres et, puisque vous réclamez cette faveur, vous serez satisfaits." Sur ce, il envoya chercher les femmes (...) Elles obéirent et les Perses, en hommes pris de vin, se mirent aussitôt à leur caresser les seins, et certains même à tenter de les embrasser. " (Histoire V, 18)

La maîtrise de soi dans les sagesses grecque et biblique - [Contexte]

cx6

 

La maîtrise de soi est une vertu importante dans la sagesse grecque. Déjà Socrate, au cinquième siècle avant Jésus-Christ, la mentionne comme fondement de la vertu. (Xénophon, Les Mémorables, livre I, 5, 4). D'autres philosophes grecs lui feront une grande place dans la morale. Celui qui se maîtrise est un homme libre et indépendant de ce qui lui arrive. Il ne cède pas à ses passions et à ses sensations, il peut donc déterminer par lui-même son comportement.Dans la tradition biblique, la maîtrise de soi est peu présente. Dans l'Ancien Testament, il n'existe pas de concept hébreu spécifique. Elle se trouve cependant dans la sagesse, comme le montre la valorisation de celui qui résiste à la colère. " Qui est lent à la colère vaut mieux qu'un héros, qui est maître de soi vaut mieux qu'un conquérant " (Proverbes 16,32). Probablement que le rôle de la Loi dans l'éthique a fait qu'il s'agit plus d'obéir à Dieu que de rester maître de soi. L'accent porte sur la parole qui vient de Dieu plus que sur l'analyse et le contrôle de soi. Dans le Nouveau Testament, la maîtrise de soi est l'un des fruits de l'Esprit dans la lettre de Paul aux Galates : " Voici le fruit de l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi; contre de telles choses, il n'y a pas de loi " (Galates 5,22). La liste de ces fruits est probablement influencée par la philosophie grecque. La deuxième lettre de Pierre mentionne aussi la maîtrise de soi dans ce que le croyant doit rechercher pour vivre de manière chrétienne. " Concentrant tous vos efforts, joignez à votre foi la vertu, à la vertu la connaissance, à la connaissance la maîtrise de soi, à la maîtrise de soi la ténacité, à la ténacité la piété, à la piété l'amitié fraternelle, à l'amitié fraternelle l'amour " (2Pierre 1,5-7). Dans ces deux listes, l'amour joue le rôle dominant et la maîtrise de soi vaut en tant que moyen au service de l'amour de l'autre. Là aussi, l'éthique est d'abord déterminée par le commandement de Dieu.

Les décisions qui suivront - [Contexte]

cx7

 

La suite du texte d'Esther raconte les effets de la réaction colérique de Xerxès. Il y suit sans réflexion l'avis de ses conseillers qui renforcent le caractère dramatique de ce qui vient d'arriver plutôt que d'apaiser le roi. Le pouvoir fonctionne sans sagesse et produit une loi de plus. Le pouvoir mâle devrait en sortir renforcé mais toutes les habitants de l'empire, y compris les femmes, pourront connaître le refus de Vasti et le déshonneur ressenti par Xerxès.
Esther 1,13-22
Or toute affaire royale devait aller devant tous les spécialistes de la loi et du droit; et il y avait près du roi Karshena, Shétar, Admata, Tarshish, Mèrès, Marsena, Memoukân - les sept ministres de Perse et de Médie -, admis à voir le roi et siégeant au premier rang dans le royaume. Donc, le roi dit aux astrologues: "D'après la loi, que faire à la reine Vasti, attendu qu'elle n'a pas exécuté la parole du roi Xerxès transmise par les eunuques ?"Memoukân prit alors la parole en présence du roi et des ministres: "Ce n'est pas seulement le roi que Vasti, la reine, a bafoué, mais tous les ministres et tous les peuples de toutes les provinces du roi Xerxès. Car la conduite de la reine filtrera jusqu'à toutes les femmes, les poussant à mépriser leurs maris, en disant: Le roi Xerxès avait dit de faire venir devant lui Vasti, la reine, mais elle n'est pas venue! Et dès aujourd'hui les femmes des ministres de Perse et de Médie, qui ont entendu parler de la conduite de la reine, vont se mettre à répliquer à tous les ministres du roi. Et à ce mépris correspondra la colère. S'il plaît au roi, que sorte de sa part une ordonnance royale, qui sera inscrite dans les lois de Perse et de Médie et sera irrévocable, selon laquelle Vasti ne viendra plus en présence du roi Xerxès, qui donnera son titre de reine à une autre meilleure qu'elle. Et le décret que le roi aura rendu retentira dans tout son royaume - et il est grand! Alors toutes les femmes entoureront d'égards leurs maris, du plus important au plus humble."La chose plut au roi et aux ministres. Aussi le roi agit-il suivant les paroles de Memoukân. Il expédia des lettres à toutes les provinces royales, à chaque province selon son écriture et à chaque peuple selon sa langue, pour que tout homme soit maître chez soi et parle la langue de son peuple.

La Bible hébraïque - [Espace temps]

 

Les livres bibliques qui font référence pour les juifs se répartissent en trois grandes parties dont l'autorité va en ordre décroissant. Il s'agit de : la Loi(les cinq premiers livres), les Prophètes (c'est-à-dire les livres historiques de Josué à 2 Rois auxquels s'ajoutent les prophètes) et les Autres écrits constitués de tout le reste, c'est-à-dire les Psaumes, les livres de sagesse, les livres des Chroniques, Esdras, Néhémie et les cinq rouleaux dont Esther fait partie. Les cinq rouleaux sont appelés ainsi car les manuscrits de ces petits textes sont le plus souvent écrits sur des rouleaux indépendants, pratiques à utiliser lors des cinq fêtes juives auxquels ils sont associés. Ruth est lu à Chavouot (Pentecôte), le Cantique des Cantiques à Pessah (Pâque), Qohélet à Soukkot (la fête des tentes), Lamentation à Tichah be Av (la commémoration de la destruction du Temple) et Esther à Pourimla fête des sorts est abordée dans l'entrée 05 de ce module (la fête des sorts).

Un roman historique - [Espace temps]

 

Le livre d'Esther est situé dans un cadre compatible avec ce que les habitants du monde méditerranéen antique savaient de la Perse au travers de ce que les historiens grecs tels Hérodote, Xénophon ou Ctésias ont écrit. La richesse de la Perse, la présence de conseillers et d' eunuques influents et comploteurs à sa cour, l'enregistrement des bienfaiteurs aux annales, l'existence d'une poste efficace apparaissent dans le livre d'Esther et sont corroborés par les écrivains grecs. D'autres aspects de l'œuvre ne sont guère compatibles avec l'histoire. Ainsi la femme de Xerxès est bien connue et se nomme Amestris. De plus, en dépit de la documentation relativement importante dont nous disposons pour la période de Xerxès, les événements mentionnés dans le livre d'Esther ne sont aucunement rapportés par la littérature extrabiblique. Finalement, le caractère fortement romanesque de la plupart des épisodes invite à douter de l'historicité des événements.

La poste perse - [Espace temps]

 

Cyrus II, dit Cyrus le Grand (559 à 529 av. JC.), fondateur de l'empire Perse, est connu pour être à l'origine des relais de Poste appelés angaréion. Hérodote dans son Histoire, livre VIII-98, Uranie, écrit :" Pendant ces préparatifs, Xerxès dépêcha un courrier en Perse pour y porter la nouvelle de son malheur actuel. Rien de si efficace parmi les mortels que ces courriers. Voici le système qu'on inventé les Perses. Autant il y a de journées d'un lieu à un autre, autant, dit-on, il y a de postes avec un homme et des chevaux tout prêts, que ni la neige, ni la pluie, ni la chaleur, ni la nuit, n'empêchent de fournir leur carrière avec toute la célérité possible. Le premier courrier remet ses ordres au second, le second au troisième: les ordres passent ainsi de suite de l'un à l'autre, de même que chez les Grecs le flambeau passe de main eu main dans les fêtes de Vulcain. Les Perses appellent ces relais de courriers montés l'angaréion ".L'historien grec, Xénophon cite également l'existence de ces relais dans sa Cyropédie, livre VIII, chapitre VI :" Nous connaissons encore une autre invention de Cyrus, appropriée à la grandeur de son empire, et grâce à laquelle il était promptement informé de ce qui se passait même dans les contrées les plus lointaines. S'étant rendu compte de la distance qu'un cheval monté peut parcourir en un jour sans être excédé, il fit construire des écuries écartées de ce même intervalle, y mit des chevaux et des gens chargés de les soigner, et plaça dans chaque relais un homme capable de recevoir et de transmettre les lettres qui arrivaient, de recueillir les hommes et les chevaux fatigués, et d'en envoyer d'autres tout frais. On dit que parfois même ces transports ne s'arrêtent point la nuit et qu'à un messager de jour succède un messager de nuit. On prétend qu'avec cette manière de voyager on va plus vite que les vols des oiseaux. Si cela est exagéré, il est du moins indéniable que de toutes les manières de voyager sur terre, celle-là est la plus rapide. Or il est bon d'apprendre les nouvelles le plus vite possible, pour prendre les mesures les plus rapides possible. "

Le royaume grec d'Egypte - [Espace temps]

 

Alexandre le Grand (356-323 avant Jésus-Christ), roi grec originaire de Macédoine, devient chef des Grecs et part à la conquête de l'empire perse. Il établit sa souveraineté de la Grèce à l'Inde et à l'Egypte où il fonde la ville d'Alexandrie. Après sa mort, ses généraux se répartissent son empire. La dynastie des Ptolémée (ou dynastie lagide) règne sur l'Egypte jusqu'à la domination romaine. Ils font d'Alexandrie une ville florissante et un des principaux foyers de la civilisation grecque hellénistique en Orient. Pour peupler cette ville nouvelle, ils encouragent l'immigration.De nombreux Juifs en profitent et une colonie importante, avec ses lieux de culte, se constitue. Selon l'écrivain et penseur juif Philon (né vers 15 avant Jésus-Christ, mort vers 50 après Jésus-Christ), il y avait à Alexandrie 5 quartiers dont deux étaient appelés " quartiers juifs " car les Juifs y étaient nombreux, mais des Juifs habitaient aussi dans les autres quartiers. Ils bénéficient, en tant que communauté ethnique de certains droits civiques, comme les membres d'autres peuples. Ils appartiennent à toutes les couches sociales et ils exercent des métiers très divers.

Le palais de Darius à Suse - [Espace temps]

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Le palais de Darius a été mis à jour par les archéologues. Xerxès l'avait repris de son père. Sur la partie haute de la ville, déjà occupée précédemment, Darius construit une grande esplanade entourée d'une enceinte. Des murs de soutènement lui permettent d'élargir la surface disponible et créent une

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terrasse d'une quinzaine de mètres de haut et de 14 hectares de surface. Au nord du palais se trouve la salle d'audience, surélevée : une grande salle carrée dont le toit repose sur 6 rangées de 6 colonnes d'une vingtaine de mètres de haut. Elle est entourée de portiques à colonnes sur 3 côtés. Le palais est organisé autour de 3 cours entourées de bâtiments. La salle des banquets est probablement au nord de la troisième cour et l'on peut y accéder soit par le palais soit directement depuis la salle d'audience. Des briques émaillées en couleur décorent les murs extérieurs du palais et de la salle d'audience (voir image ci-dessus). La porte principale du palais est à l'est. Elle constitue un bâtiment de 40 mètres sur 28. A l'intérieur se trouve une grande pièce principale qui forme un carré de 21 mètres de côté avec deux pièces latérales plus petites. La hauteur de la pièce principale est probablement d'une douzaine de mètres.

Un moyen souvent utilisé - [Espace temps]

Les réalisations monumentales magnifiant la grandeur et le pouvoir de leur constructeur sont courantes dans toute l'Antiquité. A Rome, les arcs de triomphe en sont encore des signes. Pour d'autres périodes, on peut penser aux cathédrales, par exemple à celle de Saint-Pierre de Rome, construite plus grande que l'église de Cluny alors la plus grande d'Occident, au palais de Versailles ou à certaines réalisations architecturales parisiennes des présidents français.

L'absence de mesure - [Espace temps]

 

La sagesse antique, notamment grecque, insiste sur le sens de la mesure. La démesure est source d'aveuglement et elle conduit à des actes insensés qui mènent leurs auteurs à la ruine. Dans son Histoire, Hérodote raconte avec désapprobation la démesure des rois perses, par exemple lorsque Xerxès fait fouetter la mer car elle a englouti une partie de sa flotte. Il a construit un pont de bateaux pour franchir l'Hellespont, détroit entre la Mer Egée et la Mer Noire, mais la tempête le détruit." A cette nouvelle, Xerxès indigné ordonna d'infliger à l'Hellespont trois cents coups de fouet et de jeter dans ses eaux une paire d'entraves. J'ai entendu dire aussi qu'il avait envoyé d'autres gens encore pour marquer l'Hellespont au fer rouge. En tout cas, il enjoignit à ses gens de dire, en frappant de verges l'Hellespont, ces mots pleins de l'orgueil insensé d'un Barbare : "Onde amère, notre maître te châtie, parce que tu l'as offensé quand il ne t'a jamais fait de tort. Le roi Xerxès te franchira, que tu le veuilles ou non; et c'est justice que personne ne t'offre de sacrifices, car tu n'es qu'un courant d'eau trouble et saumâtre". Ainsi fit-il châtier la mer, - et couper la tête aux ingénieurs qui avaient dirigé les travaux " (Histoire, livre VII, 35)

Xerxès, amateur de vin et de festin - [Espace temps]

Même quand Xerxès part en guerre contre les Grecs, il prend avec lui de quoi faire des repas somptueux. Après l'avoir vaincu, le général grec Pausanias trouve son bagage pour ses repas, laissé par Xerxès à Mardonios, chef de l'infanterie perse. " Quand Pausanias vit le cadre dans lequel vivait Mardonios, l'or, l'argent, les tentures brodées, il donna l'ordre aux boulangers et aux cuisiniers du Perse de lui servir un repas comme à leur maître ; les serviteurs firent ce qui leur était prescrit et Pausanias, dit-on, lorsqu'il vit des lits d'or et d'argent bien tendus, des tables d'or et d'argent, un repas somptueusement servi, surpris par tant de magnificence, voulut pour se divertir que ses propres serviteurs lui préparassent un repas à la mode des Lacédémoniens. " (Hérodote, Histoire livre IX, 82).

Le vin dans la morale actuelle - [Espace temps]

 

L'idée de prendre des décisions en état d'ébriété nous étonne aujourd'hui. Quel gouvernement commencerait par boire abondamment avant de prendre des décisions importantes ? Le vin est cependant bien accepté dans la culture traditionnelle française ou suisse. Même si sa consommation moyenne baisse, le vin reste une boisson courante et c'est en famille que la plupart des personnes, même parfois encore enfants, s'initient à sa dégustation. La première "cuite" est parfois un rite de passage qui marque l'entrée dans l'âge adulte. Les chansons à boire sont nombreuses et appartiennent au folklore.Les ravages dus à l'alcoolisme et surtout les conséquences de l'alcool au volant ont provoqué une évolution des mentalités et des pratiques. La lutte contre les drogues illicites et la recherche sur la désintoxication contribuent aussi à une réflexion plus générale sur les dépendances et leurs effets.L'ivresse reste cependant courante, y compris chez les jeunes. Sa recherche rapide se développe avec des pratiques comme le boteillon où il s'agit d'être saoul le plus vite possible et en bande. Dans les milieux d'artistes, la consommation de vin ou d'opium a parfois été considérée comme propice à l'inspiration.

La tradition juive sur la consommation du vin - [Textes bibliques]

 

Dans l' Ancien Testament, l'apport du vin sur l'humeur est vu positivement :

Psaume 104,15 Le vin réjouit le cœur des humains en faisant briller les visages plus que l'huile.

Dans le récit des noces de Cana dans le Nouveau Testament, la présence du vin souligne le caractère festif de la célébration, et c'est son absence qui fait problème (Jean 2,1ss).
Cependant l'Ancien Testament indique que l'ivresse conduit à des comportements insensés et inacceptables :

Proverbes 20,1 Le vin est moqueur, l'alcool tumultueux; quiconque se laisse enivrer par eux ne pourra être sage.

La consommation sans mesure est une faute. Comme l'affirme le livre du Siracide (livre de sagesse juive du début du deuxième siècle avant Jésus-Christ) :

Siracide 31,28-30 Le vin apporte allégresse du cœur et joie de l'âme, quand on le boit à propos et juste ce qu'il faut. Le vin bu avec excès est l'amertume de l'âme, il entraîne provocations et affrontements. L'ivresse accroît la fureur de l'insensé, à ses dépens ; elle diminue ses forces et lui vaut de mauvais coups.

Préventivement, le livre des Proverbes avertit :

Proverbes 31,4 Aux rois, le vin ne convient pas ni aux princes l'alcool.

L'ivresse dans l'Ancien Testament - [Textes bibliques]

 

Selon le livre de la Genèse, Noé, après le déluge, est le premier à cultiver une vigne et à en boire le fruit. Le résultat est qu'il perd la maîtrise de ses actes et se déshabille dans sa tente, comportement inacceptable. Ce récit situé dans l'histoire des origines de l'humanité a une valeur exemplaire.

Genèse 9, 20-23 Noé fut le premier agriculteur. Il planta une vigne et il en but le vin, s'enivra et se trouva nu à l'intérieur de sa tente. Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père et il en informa ses deux frères au-dehors. Sem et Japhet prirent le manteau de Noé qu'ils placèrent sur leurs épaules à tous deux et, marchant à reculons, ils couvrirent la nudité de leur père. Tournés de l'autre côté, ils ne virent pas la nudité de leur père.

Le livre des Proverbes décrit l'état de l'homme ivre pour mettre en garde contre l'excès de boissons.

Proverbes 23, 29-35 Pour qui les: "Ah!"? Pour qui les: "Hélas!"? Pour qui les querelles? Pour qui les plaintes? Pour qui les disputes sans raison? Pour qui les yeux qui voient double?Pour ceux qui s'attardent au vin, pour ceux qui recherchent les boissons capiteuses.Ne regarde pas le vin qui rougeoie, qui donne toute sa couleur dans la coupe et qui glisse facilement.En fin de compte il mord comme un serpent, il pique comme une vipère.Tes yeux verront des choses étranges et ton esprit te fera tenir des propos absurdes.Tu seras comme un homme couché en pleine mer, couché au sommet d'un mât."On m'a frappé...! Je n'ai pas mal! On m'a battu...! Je n'ai rien senti! Quand m'éveillerai-je...? J'en redemanderai encore!"

La colère dans l'Ancien Testament - [Textes bibliques]

 

La sagesse antique et biblique considère la colère négativement car ses effets sont destructeurs et elle fait perdre la raison. Le sage reste maître de ses émotions, il ne s'échauffe pas mais garde son calme.

Proverbes 12,16 Le fou laisse éclater sur l'heure sa colère, mais l'homme prudent avale l'injure.

Proverbes 14,17 Qui est prompt à la colère fait des bêtises.

Proverbes 16,32 Qui est lent à la colère vaut mieux qu'un héros, qui est maître de soi vaut mieux qu'un conquérant.

Dans le premier récit de meurtre, récit d'origine à valeur exemplaire, la colère de Caïn le conduit au meurtre de son frère Abel. Dieu l'invite à y résister car le péché va profiter de ce moyen pour entrer chez lui. La colère est comme la porte ouverte au meurtre, si l'homme ne se ressaisit pas pour la dominer.

Genèse 4, 5-8 Caïn en fut très irrité et son visage fut abattu. Le SEIGNEUR dit à Caïn: "Pourquoi t'irrites-tu? Et pourquoi ton visage est-il abattu? Si tu agis bien, ne le relèveras-tu pas? Si tu n'agis pas bien, le péché, tapi à ta porte, te désire. Mais toi, domine-le." Caïn parla à son frère Abel et, lorsqu'ils furent aux champs, Caïn attaqua son frère Abel et le tua.

La colère dans l'Ancien Testament est cependant plus souvent une attitude de Dieu que des humains.

La colère de Dieu dans l'Ancien Testament - [Textes bibliques]

 

Les croyants voient Dieu à l'image de l'homme. Sa colère exprime sa déception devant la désobéissance et la violence des humains.

Deutéronome 29,25-27 Ils sont allés servir d'autres dieux et se sont prosternés devant eux (...), aussi la colère du SEIGNEUR s'est-elle enflammée contre ce pays, et il a fait venir sur lui toute la malédiction écrite dans ce livre. Le SEIGNEUR les a arrachés de leur terre dans sa colère, sa fureur et son grand courroux pour les rejeter vers un autre pays, comme il arrive aujourd'hui.

Exode 22, 21-23 Vous ne maltraiterez aucune veuve ni aucun orphelin. Si tu le maltraites, et s'il crie vers moi, j'entendrai son cri, ma colère s'enflammera, je vous tuerai par l'épée, vos femmes seront veuves, et vos fils orphelins.

Le croyant demande parfois à Dieu de mettre fin à sa colère contre lui ou de la réserver à d'autres.

Psaume 79, 4-7 Nous voici, outragés par nos voisins, la moquerie et la risée de ceux qui nous entourent. Jusqu'où ira, SEIGNEUR, cette colère qui n'en finit pas, cette jalousie qui brûle comme un feu? Répands ta fureur sur les nations qui t'ignorent, sur les royaumes qui n'invoquent pas ton nom, car ils ont mangé Jacob, ravagé son domaine.

Malgré cela Dieu est perçu comme bon :

Psaume 103,8-9 Le SEIGNEUR est miséricordieux et bienveillant, lent à la colère et plein de fidélité. Il n'est pas toujours en procès et ne garde pas rancune indéfiniment.

Le croyant, surtout après l'exil vu comme punition du peuple à cause de ses infidélités, se rend compte qu'il ne peut vivre avec Dieu que si sa grâce et sa miséricorde sont plus grandes que sa colère.

Le narrateur se moque - [Aller plus loin]

Le pouvoir totalitaire tente de ne rien laisser hors de son emprise. La critique doit alors utiliser des voies détournées pour s'exprimer. Deux de ces moyens se trouvent déjà ici : la critique du pouvoir chez des souverains antérieurs et l'humour.Sous le règne de Louis XIV, Montesquieu (1689-1755) utilisera aussi la critique indirecte du pouvoir. Ainsi, dans les Lettres persanes, roman épistolaire écrit en 1721, deux personnages persans (Uzbek et Rica) quittent la Perse pour Paris où ils découvrent les parisiens et leur système politique. Ainsi, au lieu de critiquer directement le règne de Louis XIV, il fait parler les deux « voyageurs ». Le lecteur comprend aisément qui est visé par Montesquieu. L'humour a souvent été utilisé dans les pays communistes d'Europe de l'Est comme moyen de résister : « Quelle est l'histoire la plus courte? - le socialisme - Et la plus longue? - Le chemin vers le socialisme. » (extrait du livre d’Antoine et Philippe Meyer, Le communisme est-il soluble dans l’alcool ?, Paris: Points Seuil, 1979). Le dessin animé Le roi et l'oiseau, d'après un texte de Jacques Prévert, utilise aussi l'humour pour montrer les aberrations destructrices auxquelles conduit le pouvoir totalitaire.

Impressions de voyage - [Aller plus loin]

 

Rica à Ibben, à Smyrne.Nous sommes à Paris depuis un mois, et nous avons toujours été dans un mouvement continuel. Il faut bien des affaires avant qu'on soit logé, qu'on ait trouvé les gens à qui on est adressé, et qu'on se soit pourvu des choses nécessaires, qui manquent toutes à la fois.Paris est aussi grand qu'Ispahan : les maisons y sont si hautes, qu'on jurerait qu'elles ne sont habitées que par des astrologues. Tu juges bien qu'une ville bâtie en l'air, qui a six ou sept maisons les unes sur les autres, est extrêmement peuplée ; et que, quand tout le monde est descendu dans la rue, il s'y fait un bel embarras.Tu ne le croirais pas peut-être ; depuis un mois que je suis ici, je n'y ai encore vu marcher personne. Il n'y a point de gens au monde qui tirent mieux parti de leur machine que les Français : ils courent ; ils volent : les voitures lentes d'Asie, le pas réglé de nos chameaux, les feraient tomber en syncope. Pour moi, qui ne suis point fait à ce train, et qui vais souvent à pied sans changer d'allure, j'enrage quelquefois comme un chrétien : car encore passe qu'on m'éclabousse depuis les pieds jusqu'à la tête ; mais je ne puis pardonner les coups de coude que je reçois régulièrement et périodiquement : un homme, qui vient après moi, et qui me passe, me fait faire un demi-tour ; et un autre, qui me croise de l'autre côté, me remet soudain où le premier m'avait pris : et je n'ai pas fait cent pas, que je suis plus brisé que si j'avais fait dix lieues.Ne crois pas que je puisse, quant à présent, te parler à fond des mœurs et des coutumes européennes : je n'en ai moi-même qu'une légère idée, et je n'ai eu à peine que le temps de m'étonner.Le roi de France est le plus puissant prince de l'Europe. Il n'a point de mines d'or comme le roi d'Espagne, son voisin ; mais il a plus de richesses que lui, parce qu'il les tire de la vanité de ses sujets, plus inépuisable que les mines. On lui a vu entreprendre ou soutenir de grandes guerres, n'ayant d'autres fonds que des titres d'honneur à vendre ; et, par un prodige de l'orgueil humain, ses troupes se trouvaient payées, ses places munies, et ses flottes équipées.D'ailleurs, ce roi est un grand magicien : il exerce son empire sur l'esprit même de ses sujets ; il les fait penser comme il veut. S'il n'a qu'un million d'écus dans son trésor, et qu'il en ait besoin de deux, il n'a qu'à les persuader qu'un écu en vaut deux ; et ils le croient. S'il a une guerre difficile à soutenir, et qu'il n'ait point d'argent, il n'a qu'à leur mettre dans la tête qu'un morceau de papier est de l'argent ; et ils en sont aussitôt convaincus. Il va même jusqu'à leur faire croire qu'il les guérit de toutes sortes de maux, en les touchant, tant est grande la force et la puissance qu'il a sur les esprits. [...]De Paris, le 4 de la lune de Rebiab, 2, 1712 (Juin).Montesquieu, Lettres persanes (XXIV), 1721.

La colère de Caïn - [Aller plus loin]

Dans un petit ouvrage intitulé Les maladies de la vie spirituelle (Lyon : Réveil Publications, 2000), Daniel Bourguet, pasteur et ermite, prend l'exemple de la colère de Caïn selon Genèse 4 pour montrer comment Dieu est le médecin qui prend soin de l'homme malade spirituellement. Voici quelques extraits en lien avec la colère et son traitement.

" En français, "Caïn" est le sujet de la phrase verbale "Caïn fut très irrité". Or, dans l'expression hébraïque, il en va autrement. "Caïn" n'est pas sujet, c'est-à-dire que Caïn ne prend pas l'initiative de se mettre en colère. On ne dit pas: "Tiens! Je vais me mettre en colère!" Non! La colère vient toute seule.En hébreu, le sujet de l'expression qui nous occupe est impersonnel. On pourrait donc traduire par quelque chose comme: "Cela fut très colérique pour Caïn". Il en est de cette expression comme si le véritable sujet voulait se tenir caché, insaisissable. Bref, Caïn n'est pas sujet, c'est-à-dire que ce qui se passe en lui ne vient pas de lui. "Ça enflamme beaucoup Caïn", voilà comment nous pourrions traduire : "Ça" l'enflamme, "ça" l'irrite, "ça" le met dans tous ses états et Caïn se trouve devant le fait accompli, devant une situation qu'il doit gérer soit en la dominant, soit en se laissant emporter par quelque chose qui le dépasse, qu'il n'a pas encore appris à contenir et dont il ignore l'origine. " (pages 42-43).
" Dieu s'approche et vient au devant de Caïn. Dieu fait le premier pas; il ne peut pas mieux faire. Il vient, en effet, se réconcilier, et par sa question, il tend la perche à Caïn, pour que celui-ci vide son sac, vide sa bile, déverse sa colère sur Dieu. Dieu sait que Caïn est en colère contre lui, il vient se réconcilier. C'est là le meilleur remède que Dieu peut offrir à Caïn pour le guérir. "Pourquoi es-tu en colère?" Dieu attend quelque chose comme: "C'est de ta faute! Tu n'avais pas à mépriser mon offrande..."Mais Caïn ne répond pas! Le drame de la colère, c'est qu'elle refuse parfois la réconciliation; la colère se referme alors sur son mal et devient rancune dans le silence... " (pages 54-55).
" Dieu dit ensuite à Caïn : "Pourquoi t'irrites-tu? Et pourquoi ton visage est-il abattu? Si tu agis bien, ne le relèveras-tu pas? Si tu n'agis pas bien, le péché, tapi à ta porte, te désire. Mais toi, domine-le" La colère n'est pas un péché; elle est le premier stade d'un processus qui peut devenir péché, mais pas forcément. [...] Jusqu'à présent Caïn a dû subir son accès de colère; la colère s'est enflammée en lui. Maintenant Dieu lui révèle que c'est à lui, Caïn, d'intervenir, qu'il est à un carrefour et qu'il peut intervenir sur le processus de la colère: "Si tu agis bien... si tu agis mal...": tel est le carrefour. " (page 56)" Dieu parle ici du péché comme étant en train de se coucher à la porte de Caïn, c'est-à-dire au dehors, à l'extérieur de chez lui, ce qui signifie que Caïn n'a pas encore eu de relation avec lui. Etre en colère n'est pas un péché. La colère peut déboucher sur un péché, mais pas forcément. Cela montre bien un certain décalage entre une situation présente, qui relève du médecin (le début de la crise de la colère), et la suite éventuelle qui relève du juge (le péché). Le médecin passe avant le juge, et nous découvrons même que Dieu médecin prévient, fait tout pour que le juge n'ait pas à intervenir.La colère a commencé par s'extérioriser dans des paroles avortées, avant de passer à des actes. C'est un processus assez classique. L'homme en colère commence par déverser son ardeur malade dans des paroles sans signification, mais déjà fortes, puis dans des actes encore plus violents, jusqu'à atteindre une violence extrême, comme ici. La progression de la violence a son origine dans l'ardeur de Caïn, une ardeur excitée par la colère jusqu'à devenir meurtrière. Dans ce meurtre la colère est assouvie, comme si le péché séducteur avait fait l'amour avec Caïn: excitation jusqu'à son paroxysme; puis la colère s'en va, satisfaite, laissant Caïn sans force, seul.Contre cette escalade, le remède indispensable était bien sûr la maîtrise de soi; elle aurait enrayé le processus. Maîtriser ses actes est très difficile pour un homme en colère. Le mieux est de maîtriser d'abord ses paroles, avant que la colère soit trop forte. Mais avant cela encore, Caïn pouvait maîtriser ses pensées, car c'est à ce niveau-là qu'on laisse entrer ou non la bête installée devant la porte du cœur, la porte des pensées. Maîtriser ses pensées: c'est bien à ce niveau-là que Dieu est intervenu, au niveau du cœur, au moment où la maîtrise de soi est la plus facile. Caïn n'en a pas voulu: il a ouvert à la bête et c'est elle qui a dominé Caïn; elle a dominé son cœur, puis sa bouche, puis ses mains. Caïn n'a pas dominé sa colère, mais s'est laissé dominer par elle. Son meurtre peut être un acte incontrôlé; il est en tout cas incontrôlé par Caïn, mais contrôlé par la colère. La colère a fait faire à Caïn ce qu'elle voulait, même ce que Caïn ne voulait sans doute pas. Caïn s'est fait posséder par la colère, posséder par ce démon. " (pages 70-71).

Socrate et la maîtrise de soi - [Aller plus loin]

 

Xénophon, écrivain grec qui a connu Socrate, le présente comme un homme maître de lui, tempérant et recommandant la tempérance ou la maîtrise de soi."1. S'il est vrai que la tempérance aussi soit pour l'homme une belle et utile acquisition, examinons s'il (= Socrate) faisait faire des progrès dans cette vertu, quand il disait: 'Mes amis, s'il nous survenait une guerre et que nous voulions choisir le plus propre à nous sauver et à soumettre les ennemis, irions-nous choisir celui que nous saurions esclave de son ventre, du vin, des plaisirs de l'amour, de la mollesse et du sommeil? Comment penser qu'un tel homme puisse nous sauver ou vaincre nos ennemis? 2. Et si, arrivés à la fin de notre vie, nous voulions charger quelqu'un d'élever nos garçons, de garder l'honneur de nos filles, de sauver nos biens, est-ce que nous croirions l'homme intempérant digne d'une telle confiance? Confierions-nous à un esclave intempérant nos troupeaux, nos celliers, la surveillance de nos travaux champêtres? Consentirions-nous même à prendre gratuitement un tel esclave pour nous servir et acheter nos provisions? 3. Mais puisque nous ne voudrions pas même d'esclave intempérant, n'est-ce pas un devoir pour le maître lui-même de se garder de l'intempérance? Il n'en est pas en effet de l'intempérant comme de l'avare. Celui-ci, en prenant le bien des autres, croit s'enrichir lui-même. L'intempérant, en nuisant aux autres, n'y gagne rien pour lui-même; au contraire, s'il fait du mal aux autres, il s'en fait plus à lui-même, puisque c'est le comble du mal de ruiner, en même temps que sa maison, son corps et son âme. 4. Et, dans le commerce de la vie, qui peut se plaire avec un homme qu'il sait plus attaché à la bonne chère et au vin qu'à ses amis et qui aime mieux les prostituées que ses camarades? N'est-ce pas un devoir pour tout homme qui regarde la tempérance comme le fondement de la vertu, de l'affermir d'abord dans son âme? 5. Car, sans elle, qui peut apprendre quelque chose de bien et le mettre en pratique dignement? Quel homme esclave de ses passions ne dégrade pas honteusement son corps et son âme? Il me semble à moi, par Hèra, qu'un homme libre doit souhaiter de n'avoir pas un tel esclave et que celui qui est asservi à ses passions doit demander aux dieux de tomber sur des maîtres vertueux, car c'est le seul moyen qu'il ait de se sauver'.6. Voilà ce qu'il disait et il se montrait encore plus tempérant dans sa conduite que dans ses paroles; car il était maître non seulement des plaisirs des sens, mais encore de ceux que procure la richesse. Il pensait qu'en recevant de l'argent de n'importe qui, on se donne un maître et qu'on se condamne à la plus honteuse des servitudes." Xénophon, Les Mémorables, livre I, chapitre 5, traduction Pierre Chambry, Paris : Garnier Flammarion, Œuvres complètes, volume 3, 1967, p. 307-308.

 

Philon d'Alexandrie - [Aller plus loin]

La culture hellénistique influence la vie juive, tant dans l'éducation que dans la réflexion. Philon d'Alexandrie l'approuve : son œuvre est en effet un essai de synthèse entre les traditions juives et la culture hellénistique. Il écrit : " Les parents rendent service au corps des enfants, en les entraînant à la gymnastique et aux exercices physiques, pour leur permettre d'acquérir la vigueur, la santé et une aisance, empreinte d'équilibre et de grâce, dans les attitudes et les mouvements; et à leur âme en les initiant à la grammaire et à l'arithmétique, à la géométrie et à la musique, ainsi qu'à la philosophie tout entière, laquelle élève dans les hauteurs l'esprit installé dans le corps mortel, l'escorte jusqu'au ciel, ou elle lui montre les créatures qui jouissent du bonheur et de la félicité, en suscitant en lui une aspiration passionnée vers cet ordre immuable et harmonieux dont cette armée, soumise aux ordres de son chef, ne s'écarte jamais "

Bande dessinée " Iznogoud " - [Culture]

culture

 

La figure et les aventures de Haman dans l'histoire d'Esther ont quelques ressemblances avec l'histoire d'Iznogoud, de Jean Tabary et René Goscinny. Les aventures d'Iznogoud prennent place à Bagdad la Magnifique, à l'époque des fakirs et des contes des Mille et une nuit. Elles mettent en vedette le Calife Haroun El Poussah, dirigeant de l'état de Bagdad et Iznogoud, qui est le grand vizir dont le plus grand désir est de devenir Calife à la place du Calife. Iznogoud tente donc par tous les moyens de se débarrasser de son Calife, mais ses tentatives se terminent toujours par de cuisants échecs.

Poème de Charles Baudelaire - [Culture]

 

" Enivrez-vous "

Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!
Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est.
Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise.

Extrait de Les petits poèmes en prose

Ivresse légère - [Culture]

 

Extrait de Dumas, André, Cent prières possibles, Vanves : Cana, 1991, p.132-133.

Notre Dieu, c'est entendu, il ne faut pas confondre le vent de Pentecôte avec les effets du vin doux (Actes 2,13). C'est entendu, la sobriété vaut mieux que l'ivresse et tu n'as jamais souhaité que nous confondions la drogue avec la foi.

Mais il pourtant bon de vivre parfois en légère ivresse, de perdre son quant à soi et sa timidité, d'oublier sa trop rigide identité, de voguer de tendresse en allégresse. Il est bon de confondre le jour avec la nuit, de recevoir un coup de lune en plein soleil, de se baigner à minuit comme à midi. Il est bon de dire des bêtises sensées et d'inventer des étourderies. Il est bon de danser au rythme du corps et du cœur. Oui, il est bon d'être un peu ivre, comme ton apôtre Saint Paul l'était aux yeux sourcilleux des paroissiens de Corinthe : " Ah ! si vous pouviez supporter de moi un peu de folie, eh bien oui ! supportez-moi ! " (2Corinthiens 11,1).

Car, notre Dieu, tout est bon dont nous pouvons nous réjouir en remerciant. Tout est bon qui fait briller les yeux, plisser les joues, agiter les mèches. Tout est bon qui donne à ta création son allure de fête et qui de ta création nous institue convives. Tout est bon, quand je perds la tête car j'ai trouvé ma joie.

Nous te demandons l'ivresse légère, qui nous transporte en ballon jusqu'au ciel de tes annonciations et de tes bénédictions. Nous te demandons de pouvoir en garder le délice du souvenir, quand nous sommes revenus au réveil du petit matin dégrisés. Nous te demandons cette légère ivresse pour tous ceux qui nous entourent, dans notre famille et chez nos amis, dans notre travail et chez nos voisins, dans notre paroisse et chez nos " coreligionnaires ", dans notre monde et parmi les nations, afin que l'on sente, quand même, que tu nous donnes le pain, mais aussi le vin, la tâche mais aussi la joie, la foi mais aussi l'ivresse.

Car c'est par l'ivresse de ta folie que tu as créé, que tu as sauvé et que tu accompliras le monde. Amen.

Septante

Traduction grecque de la Bible hébraïque entreprise par les communautés juives d'Alexandrie en Egypte au 3e siècle av. JC. Elle était destinée aux juifs qui ne connaissaient plus l'hébreu. La légende veut que 72 (septante deux) savants juifs, travaillant en différents lieux et sans se consulter, soient arrivés à la même traduction en 72 (septante deux) jours. D'où le nom de " Septante " que l’on abrège aussi parfois en chiffres romains : LXX.

Deutérocanonique

Du grec deuteros, " deuxième", et canon, " règle, norme ". Nom donné à sept livres qui se trouvent dans la traduction grecque de la Bible, version dite de la Septante (LXX). Ils comprennent deux livres de récits historiques 1 et 2 Maccabées, deux récits fictifs : Judith et Tobie, et trois livres de sagesse : la Sagesse (de Salomon), le Siracide (ou l'Ecclésiastique) et Baruch. Par contre ces livres ne figurent pas dans la Bible hébraïque. En effet, le " synode " juif de Jamnia (environ 90-95), qui en fixa le canon, ne les retint pas dans la liste des livres canoniques. Ces livres font partie du canon des Ecritures tel que le reconnaissent les Eglises catholique et orthodoxe. S'ils figurent dans les traductions protestantes jusqu'au 19e siècle, et dans la traduction œcuménique moderne (TOB), les Eglises issues de la Réforme ne leur reconnaissent pas la valeur normative des autres livres bibliques. Ainsi, la Confession de foi dite de La Rochelle déclare à leur sujet : " ... encore qu'ils soient utiles, on ne peut fonder [sur eux] aucun article de foi ".

Pourim

Le mot hébreu « pourim » veut dire « sorts ». Le mot désigne une fête juive qui commémore la délivrance miraculeuse du massacre programmé à l’encontre du peuple juif dans l’Empire perse. Le livre d’Esther raconte ces événements et devient le livre de référence.

La fête est célébrée chaque année à la date du 14 adar (mi-février ou mars). C’est une fête très joyeuse proche du carnaval, accompagnée de nombreuses coutumes, notamment culinaires.

Pentateuque

Le Pentateuque (le mot signifie les cinq rouleaux) comprend les cinq premiers livres de l'Ancien Testament, soit Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome. Dans la tradition juive, ces cinq livres sont désignés comme " la Loi ". Ce sont en effet des livres qui contiennent beaucoup de règles et de commandements. Cependant, le mot " loi " traduit le mot hébreu torah formé sur le verbe " enseigner ". La loi enseigne comment vivre en obéissant à ce que Dieu veut. Dans les cinq premiers livres de la Bible, les récits et les lois sont liés. Les récits enseignent eux aussi ce qu'est la vie en relation avec Dieu et avec les autres.

Targum

 

Le mot hébreu targum signifie annoncer, expliquer, traduire. Les Targums sont donc des traductions en principe dans toute langue, mais la plupart du temps en araméen, de textes bibliques hébreux. Ces traductions étaient utilisées à la synagogue à l'attention des fidèles pour lesquels l'hébreu n'était plus qu'une langue rituelle, la langue de la vie courante étant l’araméen. L'habitude voulait que l'on fasse suivre la lecture liturgique en hébreu d'une traduction en araméen. Les plus anciens Targums ont été découverts à Qumrân.

Le mot hébreu targum signifie annoncer, expliquer, traduire. Les Targums
sont donc des traductions en principe dans toute langue, mais la plupart du
temps en araméen de textes bibliques hébreux. Ces traductions étaient
utilisées à la synagogue à l'attention des fidèles pour lesquels l'hébreu
n'était plus qu'une langue rituelle, la langue de la vie courante étant
l’araméen. L'habitude voulait que l'on fasse suivre la lecture liturgique en
hébreu d'une traduction en araméen. Les plus anciens Targums ont été
découverts à Qumrân.

Eunuque

L’eunuque est un homme castré. Il est mentionné dans des fonctions importantes : il peut être auprès du roi (Genèse 37,36 ; 1Rois 22,9…), officier dans l’armée (2Rois 25,19), fonctionnaire à la cour (Esther 1,10 ; 4,4). L’éducation des enfants était souvent confiée à des eunuques.