Module Ciel ! Mon argent*



L'argent fait le malheur



Evangile selon Luc chapitre 6, verset 20 à 26

 

 20 

Alors, levant les yeux sur ses disciples, Jésus dit :
Heureux, vous les pauvres : le Royaume de Dieu est à vous.

 21 

Heureux, vous qui avez faim maintenant : vous serez rassasiés.
Heureux, vous qui pleurez maintenant : vous rirez.

 22 

Heureux êtes-vous lorsque les hommes vous haïssent, lorsqu'ils vous rejettent, et qu'ils insultent et proscrivent votre nom comme infâme, à cause du Fils de l'homme

 23 

Réjouissez-vous ce jour-là et bondissez de joie, car voici, votre récompense est grande dans le ciel ; c'est en effet de la même manière que leurs pères traitaient les prophètes.

 24 

Mais malheureux, vous les riches : vous tenez votre consolation.

 25 

Malheureux, vous qui êtes repus maintenant : vous aurez faim. Malheureux, vous qui riez maintenant : vous serez dans le deuil et vous pleurerez.

 26 

Malheureux êtes-vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous : c'est en effet de la même manière que leurs pères traitaient les faux prophètes.

Traduction œcuménique de la Bible (TOB)


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  • En quoi vous sentez-vous concerné-e-s ?

Cliquez sur les termes soulignés : les notices s’affichent en dessous de ce texte

Evangile selon Luc chapitre 6, verset 20 à 26

 

 20 

Alors, levant les yeux sur ses disciples, Jésus dit :
Heureux, vous les pauvres : le Royaume de Dieu est à vous.

 21 

Heureux, vous qui avez faim maintenant : vous serez rassasiés.
Heureux, vous qui pleurez maintenant : vous rirez.

 22 

Heureux êtes-vous lorsque les hommes vous haïssent, lorsqu'ils vous rejettent, et qu'ils insultent et proscrivent votre nom comme infâme, à cause du Fils de l'homme

 23 

Réjouissez-vous ce jour-là et bondissez de joie, car voici, votre récompense est grande dans le ciel ; c'est en effet de la même manière que leurs pères traitaient les prophètes.

 24 

Mais malheureux, vous les riches : vous tenez votre consolation.

 25 

Malheureux, vous qui êtes repus maintenant : vous aurez faim. Malheureux, vous qui riez maintenant : vous serez dans le deuil et vous pleurerez.

 26 

Malheureux êtes-vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous : c'est en effet de la même manière que leurs pères traitaient les faux prophètes.

Traduction œcuménique de la Bible (TOB)


Après étude du texte, nous vous proposons une série de questions qui vous permettront d'actualiser le texte, et de faire de ce récit le vôtre
(nb : les visuels associés aux questions sont uniquement présents pour vous inspirer, mais ne constituent pas un élément de réponse)

Partager avec l'équipe Théovie vos réflexions


  • 20080901173715


    Quels liens établissez-vous entre bonheur et richesse, malheur et pauvreté ?

  • 20080901173755


    L'exclamation des béatitudes "heureux les pauvres !" a de quoi surprendre, voire révolter. Selon vous, la pauvreté exclut-elle le bonheur ?

  • 20080901173827


    "Les riches tiennent leur consolation" dit l'Evangile de Luc. Quel sens a cette phrase pour vous aujourd'hui ?



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Soyez acteur de votre lecture


  • Que pensez-vous de la manière dont les "heureux" et les "malheureux" sont mis en opposition ?
  • Nommez les décalages que vous observez entre ces proclamations et ce que vous observez autour de vous au quotidien ?
  • En quoi ce passage interpelle-t-il votre définition du bonheur ?

Un peu de culture...

Béatitudes pour aujourd'hui

Heureux ceux qui vont à la rencontre
de ceux dont l'Eglise est loin :
non-croyants, croyants d'autres traditions religieuses,
pauvres et étrangers,
hommes et femmes d'autres cultures.
Heureux ceux qui acceptent d'aimer
même ceux qui refusent de les aimer.
Heureux ceux qui acceptent d'exposer leurs idées
tout en acceptant que les autres n'y adhèrent pas.
Heureux ceux qui suscitent dans l'Eglise et la société
des lieux et des temps où chacun
puisse être reconnu et prendre la parole.
Heureux ceux qui, sans craindre les épreuves,
s'enracinent dans la durée et la patience,
sans jamais se lasser de faire des petits pas
pour rencontrer enfin les autres.
Heureux ceux qui ont un souci de cohérence
entre leur propre vie et les combats qu'ils mènent.
Heureux ceux qui s'en remettent à Dieu
chaque jour dans la prière.
Heureux ceux qui espèrent toujours :
ils trouveront la route qui conduit
au cœur des autres et de Dieu.

Texte attribué à Mgr Jean-Charles Thomas " Eglise de Corse 1985 "


Lazare et le riche

Le mauvais riche et le pauvre Lazare, vers 1875-1878, Aquarelle 27 x 15 cm, Paris, Musée Gustave Morea.
Partie du portail de l'abbaye de Moissac : Contrefort du portail. A gauche de la scène, on découvre le pauvre Lazare dans le sein d'Abraham, puis l'histoire du pauvre Lazare et de l'homme riche.

20080825153240

20080825153258

 


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Disciples - [Clés de lecture]

20080825151931

Ce passage est le premier, dans l'évangile de Luc, où Jésus enseigne aussi longuement. Après avoir appelé ses disciples et choisi les douze apôtres, Jésus fait halte dans une petite plaine pour s'adresser à " une grande foule de ses disciples et à une grande multitude du peuple " venues l'écouter (Luc 6,17). Il s'agit d'un discours tout public, ou plutôt prononcé devant les disciples à l'intention de toute personne souhaitant le devenir.

Heureux - [Clés de lecture]

20080825152003

L'interjection " heureux " revient à plusieurs reprises dans les textes bibliques : au début du recueil des Psaumes (Psaume 1,1), au début du " Discours dans la plaine " (Luc 6,20b), au début du plus célèbre " Sermon sur la montagne " (Matthieu 5,3) et au début de l'Apocalypse (Apocalypse 1,3). Le bonheur que Dieu veut pour les humains est ainsi rappelé tout au long de la Bible.
Dans l'Ancien Testament, c'est d'abord le peuple que Dieu a choisi -et auquel il a donné sa Loi- qui est déclaré heureux (Deutéronome 33,29). C'est pourquoi les psaumes peuvent affirmer qu'est " heureux celui qui pratique la Loi " (Psaume 1,1). Est aussi déclaré heureux celui qui a beaucoup de fils (Psaume 127,5) ou celui dont la faute est remise (Psaume 32,1-2). Les écrits de la Sagesse indiquent que le bonheur peut aussi se découvrir dans l'adversité ou l'affliction (Qohéleth 7,3).
Dans le Nouveau Testament, le bonheur est exclusivement lié à l'avènement du Royaume de Dieu ; sont " heureux " tous ceux qui le discernent dans la personne et l'œuvre de Jésus-Christ. De Marie, mère de Jésus (Luc 1,45 ; 11,27) au disciple Thomas (Jean 20,29), en passant par le brigand crucifié à côté de Jésus sur la croix (Luc 14,15).
Le bonheur annoncé dans les " béatitudes " est inconditionnel. Il ne dépend pas du comportement des personnes, mais résulte de l'action présente et future de Dieu. Il est présenté comme un constat ou une conviction liés à une promesse.

Pauvres - [Clés de lecture]

20080825152027

Les disciples que Luc décrit tout au long de son Evangile sont des pauvres qui n'ont pas choisi leur situation. Dans Luc 6,20, il s'agit de prendre le mot " pauvres " au sens concret. Le terme grec traduit ici par " pauvres " signifie celui qui se blottit ou se cache, et par extension l'humble, le faible, le mendiant, celui qui ne peut pas faire respecter ses droits, celui qui dépend des autres pour sa survie matérielle. La pauvreté est souvent opposée à la puissance que confère la richesse. Le pauvre est défini comme celui qui n'a plus d'autre recours que de placer sa confiance en Dieu. En ceci, le pauvre devient une image du croyant, le modèle de la confiance en Dieu.
Les textes du Nouveau Testament affirment que, dans la personne, la parole et l'œuvre de Jésus-Christ, Dieu a commencé à rétablir sa royauté et son alliance de justice. C'est pourquoi Dieu doit remplir la principale fonction du roi qui est de faire respecter le droit et de conserver à tous ses sujets leur dignité. L'avènement du Royaume de Dieu en Jésus concerne donc très directement les pauvres qui retrouvent une dignité que le monde leur refuse. Ainsi, ils sont déclarés heureux : " le Royaume des cieux est à eux " (Luc 6,20).
Il est important de relever ici une différence entre l'évangile de Luc qui parle des " pauvres " et celui Matthieu qui parle des " pauvres en esprit ".

Pauvres en esprit - [Clés de lecture]

20080825152053

Le fait que l'Ancien Testament conçoive l'être humain comme un tout indissociable conduit à rejeter la compréhension selon laquelle Matthieu (5,3) proposerait, avec le terme " pauvres en esprit ", une distinction entre pauvreté matérielle et pauvreté spirituelle. Il semble plutôt que Matthieu désigne ici des personnes qui se courbent intérieurement, qui ne se révoltent pas, qui ne font pas valoir leur bon droit. Cela serait corroboré par le fait que, chez Matthieu, les " pauvres en esprit " et les " doux " évoquent une même réalité.

Maintenant - [Clés de lecture]

20080825152128

L'action de Dieu est explicitée à l'aide de plusieurs exemples significatifs et concrets. Jésus ne parle pas de catégories sociales abstraites, mais de personnes qui connaissent " maintenant " l'un des effets de la pauvreté ou de la richesse (Luc 6,21). Le " maintenant " indique que c'est aujourd'hui que cela se joue, même si l'on ne sait pas quand aura effectivement lieu le changement annoncé. L'auteur affirme ainsi que la souffrance ne durera pas éternellement. Il place les situations évoquées dans un cadre chronologique.
La misère présente n'est pas sans espoir. Dieu vient rétablir son règne de justice, comme Luc l'a déjà annoncé dans le Magnificat.

A cause de - [Clés de lecture]

20080825152147

L'expression " à cause du fils de l'homme " donne le motif de toutes les persécutions que Luc décrit au chapitre 6, à partir du verset 22 : haine, rejet, insulte, diffamation. C'est en raison de leur lien très fort avec leur Seigneur que les chrétiens provoquent les mêmes attitudes de rejet qu'a dû affronter Jésus. C'est pourquoi Luc les prévient : ils peuvent être appelés à partager le même sort que leur Seigneur ( la persécution et la mort).
L'expression " à cause du fils de l'homme " peut aussi être lue comme conclusion de toutes les béatitudes précédentes. Ainsi Luc fait comprendre à son lecteur que le fait d'être heureux ou malheureux est davantage une question de fondement ou d'enracinement que de comportement.

Ce jour-là - [Clés de lecture]

20080825152229

Cette béatitude concerne les disciples persécutés (Luc 6,23). Elle introduit un autre rapport au temps que les précédentes. Il ne faut pas oublier que le texte de Luc s'adresse à des chrétiens du premier siècle et peut être comparé à une prédication qu'on leur adresse. Le " lorsque " (Luc 6,22) et " ce jour-là " (Luc 6,23) enracinent les paroles de Luc dans le contexte direct des auditeurs de son évangile. Le bonheur que Luc annonce répond à cette situation historique des disciples de Jésus qui, à cause de leur attachement au Christ, sont -au moment même de l'écoute de ses paroles- victime de diffamation et d'exclusion. Ils sont mis à mort, comme les prophètes de l'Ancien Testament l'ont souvent été.
" Ce jour-là " désigne ainsi le temps historique de la persécution et non pas -comme dans d'autres textes bibliques le " dernier jour ".
La mention de " leur pères " ajoutée à celle des " prophètes " permet d'expliquer que la persécution subie par les disciples ne relève pas du hasard de l'histoire, mais doit être comprise comme le traitement qu'ont toujours connu ceux qui appellent et annoncent le rétablissement de la justice. Ce texte veut redonner courage aux lecteurs de l'Evangile qui se demandent si le rejet qu'ils expérimentent n'est pas le signe de s'être trompé de chemin. Luc les exhorte à tenir bon.

Récompense - [Clés de lecture]

20080825152332

La " récompense " de ceux qui sont " haïs, exclus, outragés et rejetés " est " grande dans le ciel ". Le terme grec traduit par " récompense " (misthos) évoque le salaire de l'ouvrier. Les disciples qui suivent Jésus et endurent les conséquences de leur engagement sont ainsi comparés à des ouvriers auxquels revient un juste salaire. L'engagement à suivre Jésus et à en supporter les conséquences ouvre à une contrepartie.
La construction de la phrase, au présent, invite clairement à comprendre l'expression " dans le ciel " de manière spatiale (cette récompense est " ailleurs ", donnée auprès de et par Dieu), et non pas temporelle (cette récompense serait donnée plus tard, après leur mort, dans l'au-delà). Aux disciples qui paient de leur personne devant les hommes, ce passage affirme que, simultanément, Dieu s'engage aujourd'hui pour eux. Ainsi, cette récompense est-elle sujet de bonheur pour eux, dès maintenant.

Malheureux - [Clés de lecture]

20080825152410

Le mot grec ouai traduit généralement par " malheureux " est en fait une interjection signifiant " hélas ". Cette proclamation du malheur est une reprise de la lamentation prononcée à l'occasion d'un décès. Elle n'indique pas une condamnation ni une menace, mais plutôt une constatation exprimée sous forme de plainte et un appel soutenu à la conversion. Seul un danger majeur peut légitimer que l'on entonne sur des vivants le chant de la mort, afin de dénoncer le malheur qui les menace. Aux yeux de leur entourage, certaines personnes peuvent paraître heureuse, mais l'interpellation de Jésus les rend attentives à la situation de malheur qu'elles vivent effectivement. Malheur quand ils tirent profit de la misère des autres ; malheur quand ils ne se fient qu'en eux-mêmes et malheur quand ils sont avant tout attentifs à leur réputation. La traduction proposée par la Nouvelle Bible Segond met cela en évidence : Luc 6,20b " Heureux êtes-vous, vous les pauvres " puis 6,24 : " Mais quel malheur pour vous, les riches ".

Bénédiction et malédiction - [Clés de lecture]

20080825152432

La proclamation du bonheur ou du malheur doit être clairement distinguée de la bénédiction ou de la malédiction. La béatitude énonce un constat. La bénédiction est un acte efficace qui garantit prospérité et succès à celui qui la reçoit (par exemple dans le premier livre de Samuel, au chapitre 26, verset 25 : " Saül dit à David : "Béni sois-tu, mon fils David ! Oui, tu feras de grandes choses et tu réussiras sûrement." David continua son chemin et Saül retourna chez lui ").
Dans l'Ancien Testament, la bénédiction de Dieu est la force de Dieu transmise à l'homme pour devenir source de paix, de joie, de richesse ou de victoire (Genèse 1,28 : " Dieu les bénit et Dieu leur dit : "Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre !" ")
Dans le Nouveau Testament, Dieu bénit à travers les actes et les paroles de Jésus. C'est pourquoi l'apôtre Paul écrit dans la lettre aux Romains (chap.15, verset 29) : " Et je sais qu'en allant chez vous, c'est avec la pleine bénédiction de Christ que je viendrai ". Ou encore dans la lettre qu'il adresse aux Ephésiens (chap.1, verset 3) : " Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ : Il nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les cieux en Christ. "
La malédiction est présentée dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament comme le corollaire opposé de la bénédiction.

Riches - [Clés de lecture]

20080825152457

Les " riches " (Luc 6,24), installés dans une relation de puissance, sont opposés ici aux pauvres qui, entendant le message des Béatitudes, voient leur dignité rétablie. Jésus s'adresse ici à ceux qui possèdent, qui peuvent avoir ce qu'ils désirent, qui n'ont pas de soucis matériels et qui ont les moyens de faire valoir leurs droits.
A l'époque de la rédaction de l'évangile de Luc, la situation socio-économique des chrétiens se diversifie. La communauté compte désormais davantage de riches, ce qui suscite de nouveaux débatsVoir entrée Le grand partage. Cette nouvelle situation aurait d'ailleurs pu conduire à une adaptation du discours à l'égard des riches. Mais tout au contraire, Luc complète ses béatitudes par une seconde strophe. Particulièrement attentif à la pauvreté, il interpelle frontalement les riches. Ils sont déclarés malheureux parce que l'illusion qu'ils ont de pouvoir garantir leur vie par eux-mêmes les détourne de Dieu, seul fondement possible pour leur vie.

Consolation - [Clés de lecture]

20080825152523

Le terme traduit par " tenir " sa consolation vient du vocabulaire des affaires. Il signifie : " avoir signé la quittance d'un payement reçu ". Selon la représentation populaire qui veut que chacun a droit à une certaine quantité de biens et de maux, les riches ont eu leur pleine part. Ils n'ont plus rien à attendre. Et même s'ils sont insatiables, la vie ne leur doit plus rien.
Jésus s'adresse ici à ceux qui, comme le propriétaire dans la parabole du riche insensé, placent leur confiance dans ce qu'ils possèdent, en abondance. C'est pourquoi il peut leur dire : " Vous tenez votre consolation ". Contrairement au pauvre qui comprend immédiatement que les béatitudes parlent de lui, le riche a apparemment besoin d'être interpellé plus directement.
Le sens donné ci-dessus à l'expression " vous tenez votre consolation " semble confirmer la compréhension économique du terme de " récompense " (Luc 6,23) : il s'agit d'un salaire, d'une compensation de la souffrance endurée. Les riches ont déjà tout. Ils ne peuvent donc pas recevoir cette compensation. Ainsi, ils passent à côté de ce que Dieu offre.

Disent du bien - [Clés de lecture]

20080825152552

Luc est particulièrement attentif à l'opinion publique, aux honneurs rendus, à la bonne image des gens : " les hommes disent du bien ". L'approbation des hommes, vue positivement dans le Nouveau Testament (Matthieu 5,16 ; Philippiens 2,15), devient toutefois suspecte lorsqu'elle est unanime. Ceux dont " tous " les hommes s'emploient à dire du bien trouvent le sens de leur vie davantage dans la reconnaissance des autres que dans la relation avec Dieu. Ils risquent de vouloir se satisfaire des honneurs humains, d'en faire leur trésor et de passer à côté du bonheur dont Jésus parle.

Le bonheur dans les Béatitudes - [Contexte]

20080825152633

La " béatitude " est connue dans le monde antique. Dans la Bible, on en rencontre deux types. La béatitude liée à la sagesse traditionnelle, (dite " béatitude sapientiale ") : " Heureux l'homme qui ne prend pas le parti des méchants... " (Psaume 1,1) met en évidence les conséquences positives d'un comportement prescrit. Elle évoque sans surprise une morale convenue. La béatitude de révélation, (dite " béatitude apocalyptique ") : " Heureux celui qui attendra et qui parviendra à mille trois cent trente-cinq jours ! " (Daniel 12,12) met en évidence le bonheur accordé à une personne en raison d'un événement à venir. Elle crée un choc en affirmant la valeur et l'issue positives et heureuses d'une situation fragile ou douloureuse.
La béatitude était prononcée dans le cadre du culte, lors des cérémonies publiques et dans la vie familiale. Le Nouveau Testament contient des béatitudes isolées (Luc 14,15 ; Matthieu 13,16 ; Jean 20,29) ou en série (Matthieu 5,3-12 ; Luc 6,20-26). L'orientation fondamentale des béatitudes des évangiles est apocalyptique.

Béatitudes des évangiles - [Contexte]

20080825152655

Dans les évangiles, on rencontre des béatitudes " isolées " :
Luc 14,14 ; Matthieu 13,16 ; Jean 20,29. Matthieu et Luc proposent chacun une série de béatitudes. Dans leurs rédactions respectives, ils poursuivent manifestement deux buts différents. Dans l'évangile selon Matthieu, on présente Jésus qui rend ses auditeurs attentifs aux dispositions intérieures qui sont nécessaires pour entrer dans le Royaume. Dans l'évangile selon Luc, Jésus annonce le salut à ceux qui connaissent concrètement la pauvreté et l'affliction. Plusieurs situations objectives de malheur sont sanctionnées par un verdict paradoxal de bonheur. Luc est seul à rapporter des proclamations de malheur qui font, chez lui, écho aux béatitudes.
Les béatitudes tiennent une place importante dans la liturgie et font régulièrement l'objet de réécritures.

Posséder - [Contexte]

20080825152723

La possession de biens, de richesses, d'argent peut isoler. L'absence de besoin, la peur de perdre en partageant, l'illusion de pouvoir garantir sa vie peuvent amener à l'enfermement sur soi-même et à l'oubli de Dieu. La peur de manquer et le désir d'avoir toujours plus peuvent conduire au non respect des lois et des personnes. Le malheur des riches est largement lié aux effets pervers de l'enfermement et de l'individualisme. Une des forces des béatitudes est de chercher à briser cet enfermement et cet individualisme en s'adressant à un " vous " communautaire.

Opium du peuple - [Espace temps]

20080825152840

Karl Marx (1818-1883) écrit en 1844 (Critique de " La philosophie du droit " de Hegel) : " La religion est le soupir de la créature opprimée, l'âme d'un monde sans cœur, comme elle est l'esprit des conditions sociales d'où l'esprit est exclu. Elle est l'opium du peuple. " Ainsi, Marx considère que le peuple se sert de la religion comme d'une drogue, pour échapper à une réalité inacceptable. Une lecture hâtive des béatitudes bibliques pourrait conduire à une compréhension qui irait dans le sens de Marx. Dans cette perspective, on pourrait lire et comprendre " Maintenant vous pleurez, mais plus tard, vous serez heureux ", alors que le texte de Luc déclare heureux dès maintenant : " Heureux vous qui pleurez maintenant " (Luc 6,21).

Martyrs chrétiens - [Espace temps]

Le mot " martyr " vient du grec et signifie " témoin ". Ce n'est que dans un deuxième temps qu'on y associe l'idée de la mort de ce témoin. L'important est le témoignage rendu à Jésus Christ, et non pas la mise à mort. Dans certaines situations, la mort du témoin ne peut pas être évitée, mais les responsables de l'Eglise mettent généralement en garde contre une " recherche du martyre ", compris comme le seul véritable témoignage chrétien. Voici un extrait d'un récit de la persécution à Lyon en 177 après J.-C. :
" Pendant ce temps, on arrêtait tout le jour les chrétiens dignes de ce nom ; ils comblaient les vides laissés par les défections. On réunit ainsi en prison les éléments les plus actifs des deux Eglises (de Lyon et de Vienne), ceux qui en étaient les piliers. On arrêta aussi quelques païens qui étaient au service des nôtres ; car le gouverneur, au nom de l'Etat, avait ordonné de nous rechercher tous. Ces serviteurs tombèrent dans le piège du démon. Epouvantés par les tortures qu'ils voyaient infliger aux saints, excités par-dessus le marché par les soldats, ils nous calomnièrent, nous accusant faussement de festins de Thyeste, d'incestes à la façon d'œdipe, et d'autres crimes tels qu'il nous est interdit d'en parler ou d'y songer, ou même de croire que pareille chose soit possible chez les hommes. Ces calomnies rendirent les gens féroces comme des fauves contre nous. "
Extrait de Dom H. LECLERCQ (trad. et éd.), Les martyrs, Recueil de pièces authentiques sur les martyrs depuis les origines du Christianisme jusqu'au XXe siècle, lieu d'édition : édition, 1903.

Les pauvres, c'est nous ! - [Espace temps]

20080825152921

Un théologien ayant travaillé en Amérique latine évoque ses expériences de lecture des Béatitudes avec des personnes des bidonvilles du Brésil ou du Mexique. A peine ces personnes ont-elles entendu prononcer les paroles " Heureux les pauvres... " qu'elles s'exclamaient : " C'est nous ! " Alors que, à l'écoute du même texte, tant de chrétiens occidentaux s'interrogent : " Qu'est-ce au juste que la pauvreté ? ".

Magnificat - [Textes bibliques]

Après avoir reçu la visite de l'ange lui annonçant la naissance du Sauveur, Marie adresse à Dieu un chant de louange. Elle loue Dieu qui regarde les pauvres et les faibles et établit une justice nouvelle ouvrant un horizon de vie.

Matthieu 1,46-55
Marie dit alors : " De tout mon être je veux dire la grandeur du Seigneur, mon cœur est plein de joie à cause de Dieu, mon Sauveur ; car il a bien voulu abaisser son regard sur moi, son humble servante. Oui, dès maintenant et en tous les temps, les humains me diront bienheureuse, car Dieu le Tout-Puissant a fait pour moi des choses magnifiques. Il est le Dieu saint, il est plein de bonté en tout temps pour ceux qui le respectent. Il a montré son pouvoir en déployant sa force : il a mis en déroute les hommes au cœur orgueilleux, il a renversé les rois de leurs trônes et il a placé les humbles au premier rang. Il a comblé de biens ceux qui avaient faim, et il a renvoyé les riches les mains vides. Il est venu en aide au peuple d'Israël, son serviteur : il n'a pas oublié de manifester sa bonté envers Abraham et ses descendants, pour toujours, comme il l'avait promis à nos ancêtres. "

Sermon sur la Montagne - [Textes bibliques]

Le Sermon sur la Montagne est probablement le plus connu des enseignements de Jésus. Sa forme est proche de celle d'un manifeste dans lequel Jésus présente le programme de vie qu'il propose à ses disciples. Le Sermon sur la Montagne débute par des Béatitudes.

Matthieu 5, 3-12
Heureux ceux qui se savent pauvres en eux-mêmes, car le Royaume des cieux est à eux ! Heureux ceux qui pleurent, car Dieu les consolera !
Heureux ceux qui sont doux, car ils recevront la terre que Dieu a promise !
Heureux ceux qui ont faim et soif de vivre comme Dieu le demande, car Dieu exaucera leur désir !
Heureux ceux qui ont de la compassion pour autrui, car Dieu aura de la compassion pour eux !
Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !
Heureux ceux qui créent la paix autour d'eux, car Dieu les appellera ses fils !
Heureux ceux qu'on persécute parce qu'ils agissent comme Dieu le demande, car le Royaume des cieux est à eux !
Heureux êtes-vous si les hommes vous insultent, vous persécutent et disent faussement toute sorte de mal contre vous parce que vous croyez en moi.
Réjouissez-vous, soyez heureux, car une grande récompense vous attend dans les cieux. C'est ainsi, en effet, qu'on a persécuté les prophètes qui ont vécu avant vous.

Parabole du riche insensé - [Textes bibliques]

Le fait d'être heureux ou malheureux, selon les béatitudes de Luc, est davantage une question de fondement ou d'enracinement que de comportement. L'exemple du riche insensé met cela en évidence. Jésus parle à la foule. Une question fait évoluer la discussion vers le thème de l'héritage, de l'argent. Dans sa réponse, Jésus va s'adresser d'abord à un interlocuteur anonyme, puis aux disciples et enfin à la foule. Il formule une recommandation générale développée dans une petite parabole.

Luc 12,13-21
Quelqu'un dans la foule dit à Jésus : " Maître, dis à mon frère de partager avec moi les biens que notre père nous a laissés. " Jésus lui répondit : " Mon ami, qui m'a établi pour juger vos affaires ou pour partager vos biens? " Puis il dit à tous : " Attention ! Gardez-vous de tout amour des richesses, car la vie d'un homme ne dépend pas de ses biens, même s'il est très riche. " Il leur raconta alors cette parabole : " Un homme riche avait des terres qui lui rapportèrent de bonnes récoltes. Il réfléchissait et se demandait : "Que vais-je faire ? Je n'ai pas de place où amasser toutes mes récoltes." Puis il ajouta : "Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j'en construirai de plus grands, j'y amasserai tout mon blé et mes autres biens. Ensuite, je me dirai à moi-même : Mon cher, tu as des biens en abondance pour de nombreuses années ; repose-toi, mange, bois et jouis de la vie." Mais Dieu lui dit : "Insensé ! Cette nuit même tu cesseras de vivre. Et alors, pour qui sera tout ce que tu as accumulé ?" " Jésus ajouta : " Ainsi en est-il de celui qui amasse des richesses pour lui-même, mais qui n'est pas riche aux yeux de Dieu. "

Présentation synoptique des béatitudes de Luc et de Matthieu - [Textes bibliques]

L'évangile de Luc et celui de Matthieu rapportent des discours adressés aux disciples et aux foules qui contiennent les éléments centraux de l'enseignement de Jésus. En fonction du lieu dans lequel Jésus dispense cet enseignement, on parle du " Sermon dans la plaine " pour Luc, et du " Sermon sur la montagne " pour Matthieu. Ces discours de Jésus commencent chacun par des béatitudes qui sont présentées ci-après de manière à mettre en évidence leurs similitudes et leurs différences. (TOB 1988)


Luc 6,20-23


Luc 6,24-26


Matthieu 5,1-12

 20a  Alors, levant les yeux sur ses disciples, Jésus dit :

 1  A la vue des foules, Jésus monta dans la montagne. Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent de lui.   
 2  Et, prenant la parole, il les enseignait :

 20b  Heureux, vous les pauvres : le Royaume de Dieu est à vous

 24  Mais malheureux, vous les riches : vous tenez votre consolation.

 3  Heureux les pauvres de coeur : le Royaume des cieux est à eux. 4 Heureux les doux : ils auront la terre en partage.

 21b  Heureux, vous qui pleurez maintenant : vous rirez.

 25b  Malheureux, vous qui riez maintenant : vous serez dans le deuil et vous pleurerez.

 5  Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés.

 21  Heureux, vous qui avez faim maintenant : vous serez rassasiés.

 25  Malheureux, vous qui êtes repus maintenant : vous aurez faim.

 6  Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés.

Heureux, vous qui pleurez maintenant : vous rirez.

Malheureux, vous qui riez maintenant : vous serez dans le deuil et vous pleurerez.

 7 Heureux les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde.
 8  Heureux les coeurs purs : ils verront Dieu.
 9  Heureux ceux qui font oeuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu.
 10  Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux.

 22  Heureux êtes-vous lorsque les hommes vous haïssent, lorsqu'ils vous rejettent, et qu'ils insultent

 26  Malheureux êtes-vous

 11  Heureux êtes-vous lorsque l'on vous insulte,

et proscrivent votre nom comme infâme, à cause du Fils de l'homme

lorsque tous les hommes disent du bien de vous :

que l'on vous persécute et que l'on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi.

 23  Réjouissez-vous ce jour-là et bondissez de joie,

 12  Soyez dans la joie et l'allégresse,

car voici, votre récompense est grande dans le ciel ;

 

car votre récompense est grande dans les cieux ;

c'est en effet de la même manière que leurs pères traitaient les prophètes.

c'est en effet de la même manière que leurs pères traitaient les faux prophètes.

c'est ainsi en effet qu'on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.

Prédication sur Luc 6,12-46 - [Aller plus loin]

Par Jean-François Roche, prédication donnée le 11 février 2007 à l'Eglise Réformée d'Orléans :
" A l'écoute attentive de ce texte nous avons perçu l'essentiel ; dans le désir toujours renouvelé d'être à l'écoute de la parole du " témoin fidèle ", Jésus..:
Tout a été dit ; et nous pourrions méditer dans le silence. Le silence de Dieu.. Vous aurez compris : retrouver le goût de la parole, notre désir de la parole, pour nous en nourrir : "Je m'avançai vers l'ange, dit Jean dans l'apocalypse, et le priai de me donner le petit livre. Il me dit prends le et mange le. Il sera amer à tes entrailles, mais dans ta bouche il aura la douceur du miel."
Ce ne sont pas des paroles faciles à entendre que celles de Luc. Prenons quelques instants le risque de goûter cette parole amère et douce à la fois et vivifiante. Descendu de la montagne où il a choisi les douze, Jésus est dans la plaine entouré par la foule qui le presse ; des malades dans leur corps, des malades mentaux, par la foule des juifs et des païens, ils se bousculent, veulent le toucher pour guérir. Jésus alors prend la parole, première prédication de l'évangile de Luc : "Heureux vous les pauvres" .
Question : Suis-je, sommes-nous bien à notre place pour annoncer une telle parole ?
François BOVON dans son commentaire fait dire à Luc : "Comment oserai je, exégète cossu, interpréter les béatitudes dans un monde déshérité ?". Comment donc pouvons nous reprendre à notre compte ces béatitudes ?
Dans un premier temps nous écouterons Luc nous parler des pauvres, de la misère des pauvres, face aux riches. Puis Luc insiste sur l' exclusion sociale sous toutes ses autres formes ; d'une brûlante actualité
Face à ces violences qu'est ce que les béatitudes ont à nous dire aujourd'hui, dans cette ville et dans ce monde ? Au terme de ce parcours, nous nous reposerons la question de la pertinence de notre démarche...
La première compréhension du mot "pauvre" renvoie à celui qui est courbé, abaissé, accablé ; nous y reviendrons. Quand Jésus parle des pauvres, pour Luc il parle des pauvres des vrais pauvres, ceux qui sont dans la misère ; sans domicile, sans boulot, seuls, sans ressources et sans vis à vis ; ceux qui viennent de sortir de prison, ou du centre de rétention. Et voilà qu'il scande "Heureux vous les pauvres".
Cela a de quoi nous faire mal aux oreilles. C'est dur à entendre, surtout si l'on se réfère à la morale basée sur la consommation d'une grande partie de notre société et pas seulement occidentale qui associe le bonheur aux réussites sociale et professionnelle assises sur de gros chèques ; selon l'adage connu "il vaut mieux être jeune, riche et en bonne santé que vieux, pauvre et malade" ; et qui crierai plutôt : heureux les riches, et malheur aux pauvres. BERNANOS lance dans "le journal d'un curé de campagne" ; curé qui pourrait être un pasteur : "la vérité elle délivre d'abord, elle console ensuite... La parole de Dieu c'est un fer rouge....lorsque le Seigneur tire de moi, par hasard, une parole utile aux âmes, je la sens au mal qu'elle me fait".
Eh bien voilà sans doute une parole utile à nos âmes. Voilà qui met le doigt où ça fait mal. Serait ce que ceux que nous côtoyons, sur les quais du métro, sur les trottoirs de nos villes, le plus possible de loin, souvent avec peine avec un certain recul, avec crainte peut être ; comme si la misère à l'égal de la maladie pouvait être contagieuse ; comme si les coups du sort nous menaçaient, à côtoyer de trop près ceux qui en sont les victimes, serait ce que ceux la nous font peur ? Ils sont les aimés de Dieu dit Luc.
Luc le médecin, au contact de la souffrance des femmes et des hommes qu'il côtoie, confronté à sa propre impuissance, celle aussi des connaissances rudimentaires de la médecine de son temps, témoigne du parti pris de Jésus en faveur des pauvres, et de la puissance de sa parole qui guérit et apaise. Dans cet évangile, dont Dante disait qu'il était celui de la tendresse de Dieu, Luc nous livre la dure vérité dont parlait Bernanos.
"Mais malheureux vous les riches vous tenez votre consolation". Les riches dominateurs et semble-t-il à l'abri de tout. Riches enfermés dans leurs cités fortifiées, outre atlantique, en Chine et chez nous, qui reconstituent de plus en plus ouvertement les anciens châteaux forts ; laissant dans la plaine, celle où les rejoint Jésus, les autres, dépendants. Sans parler des forteresses intérieures, inavouables et fragiles et dont chacun a tant de mal à s'extraire. Le Qohéleth nous en renvoie les échos : "Qui aime l'argent ne se rassasiera pas d'argent ni de revenu celui qui aime le luxe, et cela aussi est vanité... Il y a un mal affligeant que j'ai vu sous le soleil, la richesse conservée par son propriétaire pour son malheur...". Ainsi en est il des pauvres et des riches.
Mais Jésus, dans ses béatitudes et anti-béatitudes va au delà de la stricte opposition pauvreté richesse, quand il parle de la faim, quand il parle du malheur, quand il parle du rejet et de l'insulte.
Etre pauvre, souvent, c'est être insignifiant aux yeux des autres, transparent, et dans notre société c'est bien souvent le cas. Mais Jésus va plus loin quand il dit : "Lorsque les hommes vous haïssent, lorsqu'ils vous rejettent, et qu'ils insultent et proscrivent votre nom comme infâme, à cause du Fils de l'homme". Ces réalités la sont violentes, elles dégradent l'homme, lui déniant jusqu'à son existence même en tant qu'homme participant de la création ; "lumière du monde" dit Jean. George CASALIS parlant du pouvoir et de l'argent ne mâche pas ses mots quand il dit :
"L'évangile en cette affaire ne peut être confondu avec la neutralité, ou une impossible impartialité, car Dieu, une fois pour toutes a pris parti pour l'homme, c'est à dire pour les pauvres contre les grands, pour la liberté contre toutes les aliénations, pour la paix contre toute course aux armements et à la puissance, et contre tous les intérêts et privilèges, pour la justice". Cela aussi nous devons l'entendre, et le faire nôtre. Non, il n'y a pas de vertu dans la pauvreté, la faim, les pleurs, les persécutions. Non la souffrance, l'humiliation ne sont pas rédemptrices.
Cela aussi doit être dit. Car il y a une manière plus subtile dans ce monde, et démoniaque, de mettre l'autre, le pauvre, le publicain, le mendiant, l'infirme, la prostituée, le prisonnier de remettre l'autre à sa place, pas la sienne justement, mais celle qu'on lui assigne ; pour avoir la paix ; une manière de le dé-posséder de lui même, à l'insu de lui même. Ecoutons, William JAMES , un philosophe américain :
"Aucun châtiment plus terrible ne pourrait être infligé, si une telle chose était possible, que d'être introduit dans une société et rester délibérément et complètement ignoré de tous ses membres. Si personne ne se retournait quand nous entrons dans une pièce, ni ne répondait quand nous parlons, ni ne prêtait attention à ce que nous faisons, mais si chaque personne que nous rencontrons feignait de ne pas nous voir et se comportait comme si nous n'existions pas, une sorte de rage et de désespoir impuissant nous envahirait bientôt en comparaison desquels la plus cruelle torture corporelle semblerait douce" .
Quelle autre issue parfois, que la mort qu'on se donne ; ultime effort pour se séparer de l'autre, qui vous ignore et vous étouffe et finit par vous écraser. Est ce la marque d'une fatalité à laquelle le genre humain ne saurait échapper ?
Eh bien Non.
"Mon premier désir, mon premier souhait, mon premier projet fut de prier. Dire le kaddish (que son nom soit magnifié et sanctifié !). Dire le kaddish fut ma première pensée d'homme libre. La première impulsion, la première parole". Premières pensées d'Elie WIESEL au sortir de l'enfer de Buchenwald. Reconnaissance d'une dette ? Dette de la survie au sortir de l'abîme ? N'est ce pas plutôt le sentiment de parenté, de proximité de l'autre, d'être avec l'Autre, qui transfigure le mal ; sentiment du lien retrouvé, expression de la réalité d'une relation vivante ? S'extraire du mal subi, et déjà d'une dette à payer, culpabilité sournoise, aussitôt remise, se redresser dans son dénuement, dénudé, hagard, mais debout. Eh bien, Oui. "Heureux vous les pauvres car le Royaume de Dieu est à vous". Vous, chacun de vous. Jésus s'est laissé toucher par le lépreux, il a guéri le jour du sabbat ; il a écouté le centurion romain ; une prostituée l'a couvert de parfum dans la maison d'un religieux ; il a prêté attention à la femme étrangère. Jésus bouleverse les codes sociaux : "La béatitude n'est pas une loi qui désigne le bien et le mal". Elle annonce un royaume où les pauvres sont rois. Non il n'y a pas de vertu dans la misère, mais la béatitude est un chemin qui mène à l'appauvrissement intérieur", souligne Antoine NOUIS .
Par ce renversement complet de perspective, Jésus nous invite à la pauvreté : c'est à dire à une vraie liberté vis à vis de l'argent. Comme le rappelle à nouveau le Qohéleth : "Doux est le sommeil de l'ouvrier qu'il ai mangé peu ou beaucoup, mais la satiété du riche ne le laissera pas dormir" : vivre les mains ouvertes, dans la seule grâce de Dieu, c'est s'inscrire dans la gratitude du don. Se libérer du pouvoir pervers de l'argent, c'est s'ouvrir le chemin de la pauvreté intérieure, qui conduit au partage et au don gratuit. Gratitude et générosité. Etre pauvre au sens de la béatitude, ce n'est pas être "béat" mais être avec les pauvres, ici et maintenant..
Marie le redit avec force, au début de l'évangile de Luc "Il est intervenu de toute la force de son bras ; il a dispersé les hommes à la pensée orgueilleuse ; il a jeté les puissants à bas de leurs trônes, et il a élevé les humbles ; les affamés, il les a comblé de biens, et les riches il les a renvoyés les mains vides".
Jésus par sa parole, nous libère. Par la promesse du salut, il nous ouvre à la joie. C'est notre joie, d'être avec l'autre tous les autres dans une alliance de justice et d'amour ; celle la même, qui réalise ici et maintenant le royaume de Dieu.
Accepter notre pauvreté intérieure c'est tout à la fois reconnaître nos suffisances et nos insuffisances, nos abus et nos manques et faire confiance à l'Autre. Nous voilà parvenus au terme de ce court moment de méditation . Comment répondre à la question posée : "Suis je, sommes nous à notre place pour prendre à notre compte les béatitudes de Luc dans un monde de déshérités, et d'exclus ?". Non. Non si repus de nos richesses, de nos avoirs, de nos pouvoirs, si riches de nos savoirs et de nos certitudes, nous sommes incapables de descendre dans la plaine, de nous arrêter dans nos rues, à la rencontre des autres et d'accepter l'aide de ceux que nous regardons de haut. Nous sommes les malheureux des béatitudes.
Oui. Oui si pauvres de cœur, les yeux ouverts sur le monde, confiants et enracinés dans la parole des béatitudes, nous trouvons en Jésus le fondement de notre vie, et la joie du royaume"Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tous petits. Oui Père c'est ainsi que tu en as disposé dans ta bienveillance".
Alors oui ou non ?
Ce serait trop simple, n'est ce pas. Toute la Bible, Ancien et Nouveau Testaments réunis, est là pour témoigner de ce combat incessant entre le oui et le non. Nous sommes, ce oui et ce non. Le reconnaître, c'est reconnaître notre condition d'homme. Alors, sortir de nous mêmes, faire confiance à l'Autre, c'est à cela que nous sommes appelés. "Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez... Votre Père sait que vous en avez besoin. Cherchez plutôt son Royaume, et cela vous sera donné par surcroît".
Amen. "

Béatitudes pour aujourd'hui - [Culture]

Heureux ceux qui vont à la rencontre
de ceux dont l'Eglise est loin :
non-croyants, croyants d'autres traditions religieuses,
pauvres et étrangers,
hommes et femmes d'autres cultures.
Heureux ceux qui acceptent d'aimer
même ceux qui refusent de les aimer.
Heureux ceux qui acceptent d'exposer leurs idées
tout en acceptant que les autres n'y adhèrent pas.
Heureux ceux qui suscitent dans l'Eglise et la société
des lieux et des temps où chacun
puisse être reconnu et prendre la parole.
Heureux ceux qui, sans craindre les épreuves,
s'enracinent dans la durée et la patience,
sans jamais se lasser de faire des petits pas
pour rencontrer enfin les autres.
Heureux ceux qui ont un souci de cohérence
entre leur propre vie et les combats qu'ils mènent.
Heureux ceux qui s'en remettent à Dieu
chaque jour dans la prière.
Heureux ceux qui espèrent toujours :
ils trouveront la route qui conduit
au cœur des autres et de Dieu.

Texte attribué à Mgr Jean-Charles Thomas " Eglise de Corse 1985 "

Lazare et le riche - [Culture]

Le mauvais riche et le pauvre Lazare, vers 1875-1878, Aquarelle 27 x 15 cm, Paris, Musée Gustave Morea.
Partie du portail de l'abbaye de Moissac : Contrefort du portail. A gauche de la scène, on découvre le pauvre Lazare dans le sein d'Abraham, puis l'histoire du pauvre Lazare et de l'homme riche.

20080825153240

20080825153258

 

La ballade des gens heureux - [Culture]

1975
Paroles : Pierre Delanoë
Musique : Gérard Lenorman.

Notre vieille Terre est une étoile
Où toi aussi et tu brilles un peu
Je viens te chanter la ballade
La ballade des gens heureux
Je viens te chanter la ballade
La ballade des gens heureux

Tu n'a pas de titre ni de grade
Mais tu dis "tu" quand tu parles à dieu
Je viens te chanter le ballade
La ballade des gens heureux
Je viens te chanter la ballade
La ballade des gens heureux

Journaliste pour ta première page
Tu peux écrire tout ce que tu veux
Je t'offre un titre formidable
La ballade des gens heureux
Je t'offre un titre formidable
La ballade des gens heureux

Toi qui a planté un arbre
Dans ton petit jardin de banlieue
Je viens te chanter le ballade
La ballade des gens heureux
Je viens te chanter la ballade
La ballade des gens heureux

Il s'endort et tu le regardes
C'est ton enfant il te ressemble un peu
On vient lui chanter la ballade
La ballade des gens heureux
On vient lui chanter la ballade
La ballade des gens heureux

Toi la star du haut de ta vague
Descends vers nous, tu verras mieux
On vient te chanter la ballade
La ballade des gens heureux
On vient te chanter la ballade
La ballade des gens heureux

Roi de la drague et de la rigolade
Rouleur flambeur ou gentil petit vieux
On vient te chanter la ballade
La ballade des gens heureux
On vient te chanter la ballade
La ballade des gens heureux

Comme un chœur dans une cathédrale
Comme un oiseau qui fait ce qu'il peut
Tu viens de chanter la ballade
La ballade des gens heureux
Tu viens de chanter la ballade
La ballade des gens heureux.