Evangile de Luc et Actes : deux textes en échos

Odile FLICHY, L’œuvre de Luc, Paris : Cerf (Cahier Evangile n° 114), décembre 2000, p. 54.

Odile Flichy attire l’attention sur la composition des deux tomes attribués à Luc. Elle souligne le souci de l’auteur de guider le lecteur, et une narration en « va-et-vient » des textes constamment en échos.« Tout au long de sa lecture des deux volumes de l’œuvre de Luc, le lecteur s’est trouvé sollicité par un narrateur très soucieux de le guider dans la compréhension de son récit. Tant au niveau de l’organisation de l’ensemble qu’à celui de l’écriture et de ses procédés. Lc-Ac [Luc-Actes] se présente comme une œuvre soigneusement construite. La prise en compte de cette construction apparaît aujourd’hui comme un élément indispensable dans une lecture qui entend honorer le projet lucanien dans toute sa portée.Constamment invité à relire, à aller et venir entre l’Evangile et les Actes, le lecteur est entraîné dans un processus dynamique d’élaboration du sens, au terme duquel la cohérence du projet de Luc pourra se dessiner pour lui. L’unité de Lc-Ac [Luc-Actes] est "une unité à construire" par le travail de lecture qu’il effectue. »


Prière de Pentecôte

L’Eglise Réformée de France (aujourd’hui Eglise Protestante Unie de France) a proposé dans sa liturgie pour la fête de Pentecôte une prière d’intercession dans laquelle l’Esprit Saint est caractérisé par un souffle puissant :

« Esprit-Saint, Esprit de Dieu, nous te rendons grâce d’avoir sans cesse renouvelé par ton souffle puissant la vie de ton Eglise, depuis la première Pentecôte.
Nous te rendons grâce, car tu as donné la force aux faibles, tu as délié la langue des muets et ils ont raconté tes œuvres magnifiques.
Nous te rendons grâce, car les pécheurs se sont repentis, le riche et le pauvre se sont rencontrés, ceux qui étaient séparés ont ensemble loué le Seigneur et le monde a vu leur amour.
Fais resplendir ta gloire et manifeste ta puissance comme aux jours d’autrefois. Esprit-Saint, donne-nous ta lumière et ta joie. Rends victorieuse notre jeunesse, enflamme les cœurs des catéchumènes qui, pour la première fois, sont invités à la Table du Seigneur.
Fortifie ceux qui chancellent, soutiens ceux qui souffrent, éclaire ceux qui cherchent.
Donne force et sagesse aux hommes chargés de gouverner les peuples et de rendre la justice.
Inspire ton Eglise ; accorde-lui la ferveur, le courage et l’amour, afin qu’elle rende un clair témoignage devant les hommes. »
(Eglise réformée de France, Liturgie, Paris : Berger-Levrault, 1963, p. 157).


Le symbole des langues de feu, selon Augustin

Comment expliquer la symbolique du don des langues ? Augustin en propose une explication dans une homélie. Il fait une lecture qui oppose Genèse 11 (le récit de la tour de Babel) à Actes 2, interprétation qui sera critiquée par la suite. Babel représente la division : Dieu punit l’orgueil des hommes, qui ont osé bâtir une tour atteignant le ciel, en brouillant leur langue unique. Les hommes sont maintenant incapables de se comprendre face à la multiplicité des langues. La Pentecôte représente l’unité retrouvée : l’unité de l’Eglise même si chacun parle une langue différente. L’Esprit Saint, en touchant chacune des personnes présentes avec une langue de feu, permet à chacun de transmettre la Bonne Nouvelle dans une langue que le destinataire comprend. Augustin évoque comme symbole d’unité : la colombe.

« C’est aux nations que les apôtres ont été envoyés, et si c’est aux nations, c’est à toutes les langues. Voilà ce qui est signifié par l’Esprit saint, divisé en langues, un dans la colombe. D’un côté les langues se partagent, de l’autre la colombe réunit. La colombe est le symbole de l’unité, les langues celui de la réunion des nations. Jadis, en effet, l’orgueil a mis pareillement le désaccord entre les langues, et alors, d’une seule langue il s’en est produit beaucoup. Car après le déluge, des hommes orgueilleux s’efforcèrent pour ainsi dire de se défendre contre Dieu […] Ils élevèrent une tour, comme pour échapper à la destruction d’un nouveau déluge […]. Si l’orgueil a fait la diversité des langues, l’humilité du Christ a réuni cette diversité des langues. Ce que la tour avait dispersé, l’Eglise maintenant le rassemble. D’une seule langue il s’en est produit plusieurs, ne t’en étonne pas, c’est le fait de l’orgueil ; des multiples langues il s’en est produit une seule, ne t’en étonne pas, c’est le fait de la charité, puisque bien que les langages soient différents, c’est le même Dieu qui est invoqué au fond du cœur. »
Augustin, Homélies sur l’Evangile de Jean VI, 10.


La Pentecôte aujourd’hui

Dans un article paru dans le journal Réforme du 12 mai 2016 l’exégète Daniel Marguerat s’adresse aux croyants du 21e siècle. Il s’écarte de la compréhension traditionnelle et admise des Pères de l’Eglise pour réactualiser la signification de cette fête placée sous le signe « d’un consentement à la diversité »:

« Le miracle de la Pentecôte n’est pas la restauration d’une langue unique, mais l’efflorescence d’une parole qui s’adresse à chacun dans sa langue singulière. En cela, elle marque une nouvelle étape dans l'histoire de Dieu et des croyants.
Que s’est-il passé à la fête des Semaines, de son nom hébraïque Shavouot, sept semaines après la Pâque ? Luc rejoint la conviction des premiers chrétiens que le mouvement de Jésus est né d’une impulsion qui n’était pas que la volonté de ses membres. Que ce soit Paul (1 Co 12,2-3) ou Jean (20,21-22), ils disent tous que l’impulsion fut divine, et nomment l’auteur : l’Esprit saint. Luc fait œuvre originale en datant l’acte fondateur de l’Église. La Pentecôte était à l’origine en Israël une fête agraire, la fête des moissons. Mais au tournant de l’ère chrétienne, elle se mue en commémoration de l’alliance de Dieu avec son peuple. Le livre des Jubilés, qui date du 1er siècle avant J.-C., témoigne de cette évolution. Les juifs y fêtent l’alliance de Dieu avec Noé, ainsi que le don de la Torah au Sinaï. On commémore le Dieu fondateur du peuple.En datant la naissance de l’Église à Pentecôte, Luc fait comprendre que l’envoi de l’Esprit saint marque une nouvelle étape dans l’histoire de Dieu et des croyants. Que s’est-il passé au juste ? Vraisemblablement, il y eut une explosion de paroles inspirées, un jaillissement d’« autres langues », comme dit le texte (2,4). Mais, insiste Luc, ce jaillissement n’est pas une explosion incontrôlée, mais un processus de communication.
Comment naît l’Église ? Elle naît comme un groupe de témoins, elle naît d’un don et se découvre diverse.
Un groupe de témoins
Les acteurs de la Pentecôte sont des croyants groupés autour des apôtres. L’Esprit qui les traverse leur fait proclamer les merveilles de Dieu en des langues que les assistants comprennent. En un raccourci symbolique, Actes 2 raconte non seulement comment est née un jour la chrétienté, mais comment naît toute Église, toujours et partout. La preuve est que les Actes raconteront deux autres Pentecôtes : à Césarée (10,44-45) et à Éphèse (19,6). Toute Église naît comme un groupe de témoins à la foi contagieuse, audible, compréhensible. Un groupe d’hommes et de femmes dont la vie respire un souffle venu d’ailleurs. Notre chrétienté fatiguée doit savoir que le succès missionnaire ne dépend ni de la construction d’une image médiatique séduisante, ni de la parole autoritaire de quelques leaders ; il dépend de la qualité de vie et de témoignage des croyants. Le lieu premier de l’évangélisation n’est pas la chaire pastorale, mais le contact de personne à personne. Comment une chrétienté qui ne sait plus dire de quoi elle vit peut-elle espérer survivre ?
L’Église naît d’un don qui la fonde. La communauté croyante n’est pas un club d’initiés heureux de partager des croyances communes. Elle ne surgit pas comme un groupe de pression, un parti religieux voué à la propagande et désireux d’imposer son programme. Quoi que nous pensions d’elle et de ses faiblesses (réelles), il nous est donné de croire que l’Église trouve son origine en dehors d’elle, dans une grâce qui la dépasse infiniment. Elle naît porteuse d’une Parole dont l’envergure universelle lui est donnée avant d’être le résultat de son labeur missionnaire.
Cela ne confère aucunement à l’Église le statut d’une institution de droit divin. Sa hiérarchie n’est aucunement en droit de décider du salut des uns et de la perdition des autres. Car justement, elle est redevable d’une Parole qui la fonde. Seule la fidélité à cette Parole assure sa légitimité. Pentecôte nous place face à ce paradoxe : l’Église est une institution humaine avec ses aléas et ses errances, mais il nous est demandé de respecter infiniment en elle ce geste divin qui la suscite et la maintient.
Babel et Pentecôte
Les Pères de l’Église ont interprété ce miracle de communication comme l’antitype et la réparation de Babel (Gn 11,1-9). À la diversité des langues installée à Babel, disent-ils, est opposée l’unité de la communication promue par l’Esprit. Il convenait que « l’Esprit saint vole vers eux sous la figure des langues de feu, afin de ramener l’unité sur la terre livrée à la division », commente Jean Chrysostome. Sa lecture est typique de l’exégèse patristique qui, dès le milieu du IVe siècle, applique la confusion de Babel à l’hérésie et identifie la Pentecôte avec l’avènement d’une orthodoxie une et harmonieuse.
Mais non. Actes 2 n’annule pas Genèse 11. Annoncée comme une décision de Dieu à Babel, la pluralité des langues est un frein opposé à toute idéologie totalitaire qui voudrait plier l’humanité à une pensée unique. Or, Pentecôte ne restaure pas un langage unique, mais tient pour miraculeux le fait que l’Esprit, au sein de l’humanité, parle tous les langages. Pentecôte appelle à discerner l’unité d’une même Parole dans l’irréductible pluralité des langues. L’événement ne fonde pas une communication fusionnelle, mais avance une promesse : l’Esprit peut transcender toute culture, ou plutôt habiter toute culture, pour faire entendre les merveilles de Dieu.
Retenons que l’Esprit de Pentecôte fonde l’Église comme une communauté diverse, plurielle, où la communication universelle est un don. On fera bien de s’en souvenir face à ceux qui imaginent l’œcuménisme à la manière d’une multinationale à doctrine unique. D’un bout à l’autre du Nouveau Testament, l’unité chrétienne n’est jamais pensée hors d’un consentement à la diversité. »
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L’épiclèse dans la tradition protestante

Dans la tradition protestante, l’épiclèse, c’est-à-dire la prière qui appelle la présence de l’Esprit, se trouve à deux moments du culte : avant la lecture biblique et lors de la liturgie de la Cène. Voici un exemple de liturgie de Sainte Cène lors du culte de Pentecôte :

Viens, Esprit créateur !
Par toi, toutes choses sont faites nouvelles,
Par toi, les hommes prophétisent,
Par toi, les disciples deviennent apôtres.

Viens, Esprit de vérité !
Par toi, nous voyons la lumière,
Par toi, nous comprenons la Parole,
Par toi, nous apprenons à prier.

Viens, Esprit de sainteté !
Tu rends témoignage en nous,
Tu intercèdes en nous,
Tu nous assistes et nous guéris.

Viens, Esprit de force et de puissance !
Esprit de flamme et de feu,
Esprit de sagesse et d’espérance.

Viens, Saint-Esprit,
Esprit de Dieu !

Liturgie ERF pour cultes de fêtes, culte de Pentecôte avec célébration de la Cène, Paris : Olivétan, 2007.


L’Esprit Saint selon Luther

Dans une prédication de 1544 sur le chapitre 2 des Actes des Apôtres, le réformateur Martin Luther explique en quoi consiste l’action de l’Esprit Saint et comment les croyants peuvent accéder au don de l’Esprit Saint.

« Vous avez entendu plusieurs fois comment l’Esprit saint fait cela. Dieu accorde l’Esprit saint dans la prière seule, et il l’accorde à ceux qui le demandent et soupirent après un tel don. C’est pourquoi, si ton cœur lui aussi s’ouvre maintenant, persévère dans ces pensées et cette prière, et ne doute point. C’est là le chemin le plus proche et le meilleur qui puisse te conduire à l’Esprit saint. Car Christ lui-même enseigne de faire ainsi et d’en prier le Père céleste.Cependant, la prière seule ne suffit pas. Car si tu voulais t’asseoir dans un coin et prier l’Esprit saint sans être assidu à la Parole et aux sacrements, ta prière porterait difficilement du fruit. C’est pourquoi, si tu veux accéder au don de l’Esprit saint, il faut surtout que tu en fasses la demande auprès du Père au nom de Jésus, qu’ensuite tu te tiennes fidèlement à la Parole et que, chaque fois que tu t’approches de la Cène du Seigneur, tu te souviennes avec sérieux de ton baptême et de ce que Dieu t’a accordé par là et quelle alliance il a conclue avec toi à travers ce baptême. Car à travers la Parole et le sacrement, l’Esprit saint veut rallumer nos cœurs par la nouvelle lumière de la foi, afin que nous n’écoutions pas seulement la Parole mais que nous la comprenions et devenions ainsi des hommes nouveaux, aux cœurs nouveaux. »

Texte cité dans Le récit de la Pentecôte, Paris : Cerf (Cahiers Evangile N° 124 supplément), 2003, p. 86.

 


L’Esprit Saint est au cœur des relations humaines

Augustin affirme que l’Esprit Saint s’est manifesté par le « don des langues ». Depuis, la présence de l’Esprit Saint est au cœur des relations entre les humains. Augustin associe cette présence au commandement d’amour « aimez-vous les uns les autres » :

« Dans les premiers temps, l'Esprit-Saint descendait sur les croyants et ils se mettaient à parler en langues qu'ils n'avaient point apprises, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer. Ces signes avaient alors leur raison d'être. Il convenait en effet que l'Esprit-Saint fût figuré par ce don de toutes les langues, puisque l'Evangile de Dieu, par le moyen de toutes ces langues, devait se répandre sur toute la terre. Le signe a été donné, puis il est passé. Attend-on maintenant, de ceux auxquels on impose les mains afin qu'ils reçoivent le Saint-Esprit, qu'ils se mettent à parler en langues ? Et lorsque nous imposons les mains à ces baptisés, chacun d'entre vous s'attend-il à ce qu'ils se mettent à parler en langues ? Faute de voir s'accomplir ce prodige, lequel d'entre vous aurait l'esprit assez mal tourné pour dire : Ils n'ont pas reçu le Saint-Esprit, car, s'ils l'avaient reçu, ils parleraient en langues comme cela s'est vu jadis ? Si donc la présence du Saint-Esprit n'est plus attestée aujourd'hui par des miracles, que faire, à quoi reconnaître qu'on a reçu le Saint-Esprit ? Que chacun interroge son coeur ! S'il aime son frère, l'Esprit-Saint demeure en lui... »
Commentaire de la Première Epitre de S. Jean, Paris : Cerf (Sources Chrétiennes n° 75), 1974, VI, 10, p. 299.


La liste de Luc

Dans son commentaire des Actes des Apôtres Daniel Marguerat donne quelques explications sur l’origine et la composition de la liste de Luc.

Daniel MARGUERAT, Les Actes des Apôtres (1-12), commentaire du Nouveau Testament deuxième série, deuxième édition revue et corrigée, Genève : Labor et Fides, 2015, p. 77-79 :

La liste des peuples (Ac 2, 9-11)

« Luc, à l’évidence, n’est pas l’auteur de ce répertoire ; il l’aurait conformé aux limites de l’empire romain (or, la liste est centrée sur sa partie orientale) ou à la géographie des Actes (mais il ne reproduit pas l’itinéraire de la mission paulinienne, sauf la destination finale, Rome). D’où vient cet emprunt ? La recherche se perd en conjecture sur son origine. On a pensé à une carte astrologique, ou à un répertoire linguistique, ou à la cartographie de la diaspora dans l’Empire, ou encore à l’itinéraire de la mission antiochienne. Rechercher le modèle de Luc dans la table des nations de Gn [Genèse] 10 ou dans l’inventaire des peuples au sein de la propagande impériale s’avère, en revanche, plus fructueux. […]

Comme le met en évidence la carte ci-dessus, la logique du catalogue est circulaire : elle trace une série d’arcs de cercle qui vont de l’est vers l’ouest. 1) Du territoire des Parthes à la Mésopotamie. 2) De la Judée à la province d’Asie. 3) De la Phrygie à la Lybie cyrénaïque, à quoi s’ajoute l’appendice romain. 4) Le couple final « Crétois et Arabes » occupe une position récapitulative et boucle cette géographie par une ligne nord-ouest / sud-est. L’axe de rayonnement se situe au Proche-Orient, en Judée ou en Syrie. Le catalogue déploie donc l’univers circulaire, le tour du monde tel qu’il se dessine pour l’homme du Proche-Orient. Autrement dit, Luc a voulu inculturer la représentation d’universalité que pouvait avoir la foule de la Pentecôte. Il a recomposé l’image du monde vu de Jérusalem. »


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