Le plan de la lettre aux Galates

L’exégète François Vouga propose le plan suivant pour la lettre aux Galates dans son Introduction au Nouveau Testament, Genève: Labor et Fides, 2001, p. 215-216):

  • Introduction

1,1-5

Adresse et salutation

1,6-9

Objet de la lettre : la distinction nécessaire entre l’Evangile et ce qui ne l’est pas.

1,10-12

Thèse de la lettre : l’Evangile paulinien est Evangile de Dieu.

 

  • Paul, apôtre de l’Evangile de Dieu pour les nations (1,13-2,21)

1,13-14

La vie passée de Paul dans le judaïsme

1,15-17

La vocation de l’apôtre des païens

1,18-20

Première visite à Jérusalem

1,21-24

La joie des Eglises de Judée devant le succès de la mission paulinienne

2,1-10

Seconde visite à Jérusalem

2,11-21

Conflit et discours de Paul à Antioche : conséquences et vérité de l’Evangile

 

  • L’appel de la liberté : mourir et vivre avec Jésus-Christ (3,1-5,12)

3,1-5

Rappel de l’expérience que les Galates ont faite de l’Esprit

3,6-29

Explications exégétiques et théologiques de l’Evangile
Première redéfinition de la Promesse : être enfants d’Abraham et bénis par la foi (3,6-9) ;
Seconde redéfinition de la Promesse : passer de la malédiction de la Loi à la foi, à la bénédiction
et à la promesse de l’Esprit (3,10-14) ;
Troisième redéfinition de la Promesse : passer de la Loi à la Promesse, à l’Alliance
et à l’héritage d’Abraham (3,15-18) ;
Quatrième redéfinition de la Promesse : fonction et subordination de la Loi
sous la Promesse (3,19-22) ;
Cinquième redéfinition de la Promesse : pour Paul et les croyants de la première génération,
le but du passé sous la Loi a été la justification par la foi (3,23-29)

4,1-20

Mise en garde des Galates contre un retour dans le temps ancien.
Les Galates ne sont plus esclaves, mais fils et héritiers (4,1-7) ;
tout progrès ne serait qu’un retour en arrière (4,8-11) ;
Première recommandation : les Galates doivent imiter l’apôtre (4,12-20)

4,21-5,1

La raison : la liberté eschatologique

5,2-12

Seconde recommandation : les Galates doivent rester dans la liberté

 

  • L’existence dans l’Esprit dans le temps nouveau (5,13-6,10)

5,13-15

Transition : liberté, existence sous la puissance de la chair et amour mutuel

5,16-24

Les chrétiens doivent vivre dans l’Esprit

5,25-6,6

Les chrétiens, qui vivent dans l’Esprit, doivent s’aimer les uns les autres

6,7-10

L’horizon eschatologique de la décision des Galates

 

  • Post-scriptum autographe : la création nouvelle (6,11-18).

On peut trouver d’autres découpages en particulier pour le chapitre 5 (cf Jean-Pierre Lémonon, Pour lire la lettre aux Galates, Paris: Cerf / Médiapaul, 2012, p. 15-17).


Junia, une femme apôtre

Céline Rohmer, théologienne, présente dans sa recension l’hypothèse soutenue par Eldon Jay EPP selon laquelle Junia serait une femme apôtre de l’entourage de Paul. Ce personnage apparaît dans la lettre aux Romains au chapitre 16, verset 7.

« […] Ce remarquable état des lieux de la critique textuelle contemporaine donne le ton de l’affaire Junia. L’histoire des manuscrits ne laisse aucun doute : le mot Junia a été traduit comme un nom féminin durant le 1er millénaire de l’Église et durant une bonne partie du deuxième. Origène, Jean Chrysostome ou encore Jérôme en ont même été les témoins. Le premier passage de Junia à Junias a lieu au 13e siècle, puis est repris par Luther dont la traduction de la Bible a tant influencé l’Europe. Une passionnante rétrospective historique s’ensuit et met au jour la manière dont les spécialistes favorisent – plus ou moins volontairement – Junias au détriment de Junia. Au 19e siècle, une improbable théorie de nom abrégé (Junias pour Junianus) achève le processus de transformation. En 1927, la 13e édition du texte grec par Nestle efface définitivement Junia et impose Junias, prénom masculin qui ne connaît aucune attestation ancienne : l’erreur perdurera jusqu’à la version NA de 1998…sans la moindre explication. Il faut bien se rendre à l’évidence, l’environnement socio-culturel des trois quarts du 20e siècle, imbu de l’idée que les femmes ne pouvaient avoir qu’un rôle limité dans l’Église, l’emporte sur la rigueur scientifique des chercheurs. Car enfin le véritable problème est là : Junia ne peut être femme puisque ce personnage est – incontestablement – désigné « apôtre éminent ayant appartenu au Christ » par Paul lui-même ! Une femme apôtre ? Voilà bien des soucis. Or, nous tenons entre nos mains cet ouvrage qui redit ensemble la force des a priori larvés et la fragilité de l’honnêteté intellectuelle. Ne vous en déplaise messieurs, dans la première génération chrétienne, il y eut – fait scientifiquement incontestable – une femme apôtre, désignée comme telle explicitement par Paul. Son nom était Junia. »

Etudes Théologiques et Religieuses (ETR), Montpellier, Tome 91, 2016/2, p. 305-306 : Recension de Céline Rohmer de l'ouvrage de Eldon Jay EPP, Junia. Une femme apôtre ressuscitée par l'exégèse, trad. de l'anglais (Etats-Unis) par Gabrielle Rivier et John E. Jackson, Genève, Labor et Fides, coll. "Le Monde de la Bible 67", 2014.


La proposition 21 de Luther

Lors de la controverse de Heidelberg en 1518, Luther écrit un certain nombre de propositions qui constituent les bases de sa pensée théologique. La proposition 21 jette les grandes lignes de sa théologie de la croix : l’opposition entre les œuvres et la foi, entre la théologie de la gloire et la théologie de la croix. Il cite également dans cette même logique (proposition 23) l’épître aux Galates :

Galates 3,13 Christ nous a libérés de la malédiction de la loi.Martin LUTHER, Œuvres, Tome I, Genève: Labor et Fides, 1957, p. 136-137, traduction de Pierre Jundt:

« Proposition 21 Le théologien de la gloire dit que le mal est bien et le bien mal. Le théologien de la croix dit les choses telles qu’elles sont véritablement.
Cela est évident, car, en ignorant Christ, il ignore le Dieu caché dans ses souffrances. Ainsi, il préfère les œuvres aux souffrances, et la gloire à la croix, la sagesse à la folie, et, d’une façon générale, le bien au mal. Tels sont ceux que l’apôtre appelle ennemis de la croix du Christ. Ceci surtout parce qu’ils haïssent la croix et les souffrances, mais aiment les œuvres et leur gloire. Mais ainsi, ils disent que le bien de la croix est mal et que le mal de l’œuvre est bon. Or, l’on ne trouve pas Dieu, sinon dans les souffrances et la croix, nous l’avons déjà dit. Au contraire, les amis de la croix disent que la croix est bonne et que les œuvres sont mauvaises, car, par la croix, détruites sont les œuvres et crucifié Adam, lequel est bien plutôt édifié par les œuvres. Il est en effet impossible qu’il ne soit pas plein de ses bonnes œuvres, celui qui n’est pas d’abord anéanti et détruit par les souffrances et les maux, au point de savoir qu’il n’est lui-même rien et que ses œuvres ne sont pas les siennes, mais celles de Dieu. »


Les actions des adversaires de Paul

L’exégète François Vouga liste les actions néfastes des faux missionnaires dans les Eglises de Galatie. On comprend alors mieux la réaction vive de Paul face au danger qu’ils représentent.

VOUGA François, Introduction au Nouveau Testament, Genève: Labor et Fides, 2001, p. 220:« Paul ne les désigne que par des jugements de valeur négatifs sur ce qu’ils font, sur ce qu’ils ont fait et ce qu’ils veulent (4,17 ; 5,10.12 ; 6,12-13) : ils retournent l’Evangile en son contraire (1,7) ; ils séduisent les Galates (3,1) ; ils prennent soin d’eux, mais afin de se les attacher et de les isoler d’autres influences extérieures (4,17-18) ; ils empêchent qu’ils suivent la vérité (5,10). La plaisanterie de 5,12 (« Qu’ils aillent donc jusqu’à se mutiler tout à fait [i.e se castrer], ceux qui sèment le désordre parmi vous ! ») établit le premier lien entre l’activité de ces gens et le problème de la circoncision. Celui-ci réapparaît en 6,12 : ils s’efforcent de contraindre les Galates à se faire circoncire pour éviter d’être persécutés eux-mêmes à cause de la croix du Christ. Cette dernière remarque est intéressante : elle montre que ces missionnaires ne sont pas libres, mais subissent eux-mêmes des pressions extérieures.Les résultats du travail entrepris par les nouveaux missionnaires en Galatie sont évidents : les Galates sont prêts à tourner le dos à l’Evangile paulinien (3,1-5), à se soumettre à de nouvelles observances (4,8-11), à trahir leur loyauté envers l’apôtre (4,12-20), et pour certains à se faire circoncire (5,2-4) et à exercer des pressions sur les autres membres des communautés (6,13). »


Les destinataires de la lettre

F.Vouga présente les deux hypothèses « nord-galatique » et « sud-galatique » sur l’origine des Galates et sur la situation géographique de la Galatie.

VOUGA François, Introduction au Nouveau Testament, Genève: Labor et Fides, 2001, p. 218-219:

« 3.2 Les destinataires
La difficulté que présente l’identification précise des destinataires de l’épître tient au fait que la « Galatie » désigne, au temps de Paul, deux aires géographiques différentes. La Galatie est tout d’abord une région, dont le nom vient de l’origine celte de ses habitants. Mais cette région, dont le centre est Ancyre (aujourd’hui Ankara) et qui s’étend des plateaux d’Anatolie à la Mer Noire, a donné son nom à une province romaine qui inclut plusieurs provinces au sud de la Galatie proprement dite. On parle pour cette raison d’hypothèse "nord-galatique" si l’on entend que Ga [la lettre aux Galates] a été envoyée à des Galates de la région de Galatie ; on parle d’hypothèse "sud-galatique" si l’on pense que les destinataires de l’épître étaient des habitants de la province romaine de Galatie, située plus au sud.

La Galatie et les Galates
La Galatie est la région qui entoure le bassin du Halys, entre la Cappadoce et le Pont ; elle comprenait entre autres les villes d’Ancyre (Ankara), Tavium et Pessinonte. Elle fut occupée en 277 av. J.-C. par trois tribus gauloises, les Tolistoboges, les Trocmes et les Tectosages (Pausanias 10,23 ; Strabon 12,5,1-3 ; Tite-Live 38,16). Vaincus en 189 av. J.-C. par le consul Manlius (Polybe, 21,37-41 ; Tite-Live 38,17-27 ; Strabon 13,1,27), ils s’hellénisèrent progressivement, conservèrent leur liberté sous protectorat romain, jusqu’à ce qu’ils soient intégrés à l’empire sous Auguste en 25 av. J.-C. Les Actes des Apôtres mentionnent deux voyages de Paul à travers la région galate : Ac 16,6 et 18,23. Depuis l’Antiquité patristique jusqu’au XVIIe siècle, identifier les Galatie de Ga 1,2 et les Galates de Ga 3,1 avec la région galate et ses habitants n’a fait aucun doute. L’histoire de l’hypothèse dite "sud-galatique"L’évidence a été ébranlée par J.J. Schmidt en 1748, puis par J.-P. Mynster (connu grâce à Kierkegaard), et en français par Ernest Renan (1869). Selon Schmidt, Ga 2,5 implique que les Galates s’étaient déjà convertis à l’Evangile paulinien avant le second voyage de l’apôtre à Jérusalem, ce qui suppose que les Galates sont à chercher dans les régions désignées en Ga 1,21. Il s’ensuit que la Galatie ne désigne ici pas la région galate, mais la province romaine de Galatie qui comprenait effectivement la Lycaonie, l’Isaurie, le district sud-est de la Phrygie et une portion de la Pisidie. En 6/5 av. J.-C. lui fut encore adjointe la Paphlagonie et en 3/2 av. J.-C. le Pont galate.Si la Galatie de Ga 1,2 désigne la province et si ses habitants sont prêts à prendre pour eux l’insulte de Ga 3,1, ce qui est peu probable, alors l’évangélisation de Galatie pourrait correspondre au récit d’Ac 14,6-24. L’avantage de l’hypothèse sud-galatique résiderait dans le fait que la présence de colonies juives dans la province est bien attestée. Mais rien n’indique que les missionnaires à l’œuvre en Galatie aient agi en lien avec la Synagogue, et le manque de contact des églises de Galatie avec le judaïsme explique qu’elles aient été désarmées par leur argumentation. »

 


La faiblesse de l’hypothèse classique

François Vouga attire ici l’attention sur la faiblesse de l’hypothèse classique visant à identifier les missionnaires, adversaires de Paul. L’hypothèse classique propose de voir dans ses missionnaires soit des judéo-chrétiens conservateurs proches de Jacques, soit des judéo-chrétiens à tendance gnostique. L’exégète propose une autre hypothèse.

VOUGA François, Introduction au Nouveau Testament, Genève, Labor et Fides, 2001, p. 221:« La faiblesse de l’hypothèse classique réside dans le fait que les missionnaires ne s’opposent en aucune manière à la mission des païens, à la différence des tendances judéo-chrétiennes conservatrices qui s’expriment en Mt 10,5-6 ; ils tiennent pour nécessaire la circoncision des païens convertis. D’autre part, il est surprenant de constater qu’ils ne sont pas intéressés à promouvoir auprès des Galates l’observance de l’ensemble de la Loi (Ga 5,3), mais seulement ces commandements marquant l’identité juive : circoncision, sabbat et fêtes annuelles (Ga 5,3 et 4,10). L’hypothèse la plus probable est par conséquent la suivante : les missionnaires défendent le point de vue juif classique selon lequel la fin des temps coïncidera avec l’ouverture de l’Alliance aux païens. Leur point d’accord avec Paul réside dans la reconnaissance de la proclamation pascale comme événement eschatologique inaugurant le nouvel éon. Leur point de désaccord réside dans le fait que leur eschatologie implique l’entrée des païens dans le peuple de l’Alliance, et donc leur circoncision. Or cette exigence, pour Paul, est caractéristique de l’ancien éon. »


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