Jean ZUMSTEIN, « Visages de la communauté johannique », in: Miettes exégétiques, Genève: Labor et Fides, 1991, pp. 291-293:

« Il convient tout d’abord de rappeler la visée rhétorique de l’évangile. La thèse historique que nous avons posée –les destinataires sont les chrétiens johanniques exclus de la synagogue– implique que l’écrit n’est pas missionnaire, mais qu’il est destiné au cercle des croyants. Ce jugement est soutenu par les moyens rhétoriques qui sont mis en œuvre par le texte. Le langage symbolique avec ses doubles sens, ses allusions et ses renvois n’est accessible qu’à un public d’initiés. Semblablement l’ironie qui traverse le récit suppose une connivence entre l’auteur et ses destinataires. Adressé à des croyants, l’évangile l’est pour les appeler à croire, comme le souligne la conclusion de Jean 20,30-31. Le paradoxe n’est qu’apparent : toute la construction de l’évangile est articulée autour de ce croire ou de ce « mieux croire ».

Si le quatrième évangile est la médiation d’une structuration de la foi, l’instrument permettant de passer d’une foi insuffisante à une foi accomplie (…) quel est l’objet de cette structuration, de cet approfondissement ? La conclusion de Jean 20,30-31 montre clairement qu’il y va de l’identité christologique. La recherche récente, qui a abondamment mis en exergue la « haute christologie » dans le quatrième évangile par opposition à la « basse christologie », a certainement vu juste à condition de ne pas immédiatement voir dans la haute christologie un aboutissement historique.

Cette haute christologie est formulée de façon programmatique dans le prologue où s’annonce le point de vue du narrateur sur la narration : dans le Christ méconnu, refusé et rejeté par le monde, il s’agit de discerner le logos pré-existant, médiateur de la création, source de toute grâce et exclusive narration de Dieu. La connaissance de cette pleine identité christologique est évidemment porteuse de la « vie éternelle » au sens johannique.

L’organisation du récit, qui n’est pas d’abord dramatique (la courbe dramatique est faible dans l’évangile) mais thématique, soutient la thèse posée. Les récits de la première partie de l’évangile [chapitres 1 à 12] s’efforcent toujours de saisir le lecteur à un premier niveau d’affirmation pour l’emporter vers la pleine connaissance du Révélateur. Et l’on pourrait même ajouter que dans ces parcours de foi sans cesse repris se produit un processus de gradation, particulièrement perceptible dans l’enchaînement des signes johanniques [les 7 signes opérés par Jésus et rapportés dans l’évangile]. La deuxième partie de l’évangile qui figure la révélation de Jésus devant les siens ajoute une nouvelle dimension à cette élucidation de la pertinence de la foi en abordant la question post-pascale par excellence : comment celui qui part nous est-il rendu ? Comment l’absent est-il présent ?

Les malentendus et les séquences ironiques qui ponctuent le récit sont là pour orienter le lecteur, pour lui faire prendre distance par rapport au déroulement de l’intrigue et l’instruire du sens des évènements et des paroles qui sont en train d’être portés au langage. (…) [Ces] deux procédés (…) sont investis pour dire l’identité du Christ (la plupart des malentendus portent sur la mort, la résurrection et la glorification du Fils tandis que la plupart des passages ironiques concernent l’origine, l’identité, la pratique et la passion de Jésus). Enfin, toujours d’un point de vue narratologique, rappelons que les personnages de l’évangile sont autant d’expressions de l’éventail des réponses possibles face à Jésus et, à ce titre, des postes ouverts au lecteur dans le déroulement du récit. »


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