Module Et si je faisais de la théologie?



La théologie, il faut qu’on en parle !



Le mot « théologie » fait peur. D’où vient-il ? Il est composé de deux mots grecs : theos qui veut dire Dieu et logos que l’on peut traduire en français par : discours, science et même raison… La théologie consiste donc fondamentalement à parler de Dieu, à partir de ce que d’autres ont dit de Dieu. La théologie n’est pas la foi, elle ne peut ni la susciter ni la remplacer. Sa tâche consiste à en rendre compte dans un discours public, logique, cohérent et audible.

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Le mot « théologie » fait peur. D’où vient-il ? Il est composé de deux mots grecs : theos qui veut dire Dieu et logos que l’on peut traduire en français par : discours, science et même raison… La théologie consiste donc fondamentalement à parler de Dieu, à partir de ce que d’autres ont dit de Dieu. La théologie n’est pas la foi, elle ne peut ni la susciter ni la remplacer. Sa tâche consiste à en rendre compte dans un discours public, logique, cohérent et audible.

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Un peu de culture...

La théologie selon Snoopy

 

01La théologie selon Snoopy

Traduction : 1. « J’entends que tu es en train d’écrire un livre de théologie »
2. « J’espère que tu as un bon titre »
3. « J’ai un titre parfait… »
4. T’as jamais pensé que tu pourrais avoir tort ?


La Bible, plusieurs lectures, plusieurs clés de lecture

01La Bible, plusieurs lectures...

Ce tableau de van Gogh (1885) met en scène une Bible ouverte au livre du prophète Esaïe. Le petit livre est La joie de vivre d’Emile Zola. Est-ce « la joie de vivre » qui sert de clé de lecture à la Bible ?


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La théologie fait peur - [Clés de lecture]

Le mot « théologie » apparaît souvent comme un mot chargé négativement. Pourquoi ? Il semble rimer avec dogme, voire dogmatisme. La théologie serait l’affirmation d’une vérité exclusive à défendre face à d’autres. Dans l’histoire, au nom d’une théologie, on exclut, on jette des anathèmes, on a même tué. L’exclamation « C’est de la théologie ! » revient à dire : c’est compliqué, c’est couper les cheveux en quatre. La théologie produirait des raisonnements impossibles à comprendre, éloignés du quotidien, inutiles pour le commun des mortels.

01La théologie fait peur

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Dieu - [Clés de lecture]

cl 2

Le mot « Dieu » (theos en grec) est un mot fourre-tout. Toutes les religions ainsi que l’athéisme l’utilisent mais ne l’identifient pas de la même manière. La théologie doit donc dire de quel « Dieu » elle parle. Non seulement entre les religions, mais encore à l’intérieur d’une même religion, différents discours sur Dieu existent. Même si les mots n’enferment jamais la réalité, ils ne sont pas indifférents. Quand la théologie chrétienne parle de Dieu, elle s’appuie sur des sources avec lesquelles elle entre en débat. Parmi ces sources, il y a les textes bibliques, les écrits de théologiens à travers l’histoire, les traditions des Eglises, mais aussi les expériences de foi individuelle. Toutes ces sources construisent une certaine image de Dieu.

Science, raison - [Clés de lecture]

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Comment la théologie pourrait-elle être une « science » ? Croire en « Dieu » n’est- ce pas aux antipodes de toute démarche scientifique ? Est-ce que la foi, la religion ne fait pas entrer dans le domaine de la pure subjectivité ? Les théologiens réfléchissent aux liens entre foi et raison. Quelle place réserver à l’une et à l’autre ? Faut-il que la raison se taise quand la foi parle ? Ou, au contraire, faut-il que la foi soit interrogée, critiquée par la raison ? En théologie, la raison est nécessaire : pour analyser un discours, pour étudier les textes bibliques, pour comprendre des témoignages de foi. Les sciences humaines sont souvent sollicitées en théologie comme dans d’autres domaines de recherche scientifique. En effet, la théologie est une science qui n’étudie pas Dieu, mais des discours sur Dieu.

Théologie, quelle théologie ? - [Clés de lecture]

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Au cours des siècles, le christianisme a produit différents discours sur Dieu, c’est-à-dire différentes théologies. On peut faire de la théologie de différentes manières. Par exemple, le protestantisme se réfère aux textes bibliques et s’y confronte. La Bible fonctionne comme instance critique : elle oriente, questionne, propose et contredit. La Bible est elle-même traversée de convictions, de positions, de réflexions et d’expériences différentes et même contradictoires. Face à des convictions qui se sont forgées au cours de l’histoire et qui se sont traduites dans une tradition, le recours à la Bible permet ainsi de questionner ces traditions. Ce n’est pas la tradition qui peut valider un discours théologique. De nouveaux contextes, de nouvelles expériences peuvent faire naître des discours nouveaux. Cette multiplicité des discours bibliques sur Dieu autorise la multiplicité des discours théologiques sur Dieu. L’enjeu de la théologie c’est d’attirer davantage l’attention sur les conséquences de tel ou tel discours.

Parler de Dieu - [Clés de lecture]

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Comment peut-on parler de Dieu ? Ne faut-il pas se taire devant l’inaccessible ? Certains disent qu’il vaut mieux se taire parce qu’on ne peut pas dire Dieu. Il est au-delà du langage. D’autres ont la conviction que parce que Dieu s’est fait connaître dans un homme, Jésus Christ, on peut parler de Dieu. Dieu s’est incarnévoir le module « Les gros mots de la théologie », entrée « Incarnation » . Il s’est fait homme. Et la théologie doit en rendre compte. Parler du Dieu de Jésus Christ, c’est nécessairement parler de l’être humain. La théologie, le discours sur Dieu, produit aussi un discours sur l’être humain, une anthropologie.
Il y a danger quand on croit que l’on peut accéder directement à Dieu sans intermédiaires. Si l’expérience de Dieu est intime et reste indicible, les chrétiens sont appelés à rendre compte de leur foi. Le langage fonctionne alors comme médiation.

Plusieurs théologies à partir de la même Bible ? - [Clés de lecture]

Pour le croyant, il peut être déconcertant de découvrir différentes théologies qui se basent toutes sur la Bible. Comment expliquer cela ? Est-ce que les uns ont tort, les autres raison ? Les différences viennent de ce que les uns et les autres ne retiennent pas les mêmes éléments comme essentiels. Pour l’un, témoigner de Dieu comme créateur de l’univers est primordial, l’autre retient avant tout son incarnation en Jésus Christ, pour un autre encore, c’est le Saint Esprit qui rend compte de son expérience de Dieu. A partir de ces éléments jugés essentiels par les uns et les autres, un discours singulier s’élabore. Tous ont pour référence la Bible, et pourtant, leurs théologies se présentent différemment, entrent en discussion, s’interpellent, se « disputent ».

Ce que d’autres ont dit de Dieu - [Clés de lecture]

cl 6

Même à l’intérieur de la Bible, différents discours sur Dieu existent. Ainsi, en se basant sur la même Bible, différentes approches théologiques existent à l’intérieur du christianisme. Leurs différences viennent du fait que tous ne retiennent pas les mêmes éléments comme centraux. Par exemple, pour les uns, l’affirmation biblique que Dieu est le créateur de l’univers produit une certaine image de Dieu qui diffère d’une approche qui va insister surtout sur l’incarnation de Dieu en Jésus Christ. Les deux approches ne s’excluent pas, mais sont en tension. En théologie, un choix est à faire dans ce que l’on retient pour essentiel. Comment choisir ? Quel critère utiliser ? Qu’est-ce que « bien parler de Dieu » ? L’expérience personnelle de quelqu’un peut fonctionner comme critère : « Dieu, je ne peux en parler autrement, car je l’ai expérimenté ainsi. »

Pas la foi - [Clés de lecture]

cl 7

La théologie ne se confond pas avec la foi. Et cela peut être un souci pour celui qui entreprend des études de théologie : Est-ce que la théologie ne va pas m’éloigner de la foi ? La foi (pensée comme confiance en Dieu, comme relation avec Dieu) ne se confond pas avec la théologie. Celle-ci est davantage une exigence intellectuelle qui cherche à rendre compte de convictions. Le théologien doit produire des arguments pour convaincre. Pour cela, il doit connaître et chercher à comprendre d’autres convictions que la sienne. Il a à apprendre les présupposés philosophiques d’autres positions ce qui conduit nécessairement à se remettre en question soi-même. Cette mise en question, cette confrontation avec d’autres discours sur Dieu peut être source d’inquiétude. Cette démarche peut aussi permettre d’approfondir sa propre conviction, d’apprendre à en rendre compte. Afin de comprendre la personne qui ne croit pas ou qui croit autrement, le théologien doit adopter une attitude loin de tout dogmatisme et fondamentalisme. Il ne peut pas « camper sur ses positions ». Sa démarche lui interdit de simplement asséner ce qu’il pense « vrai » sans écouter le bien-fondé d’autres convictions.

Un discours public - [Clés de lecture]

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La théologie n’est pas réservée à un cercle d’initiés : elle s’adresse à un public non théologien dans l’Eglise mais aussi dans la société. Elle sait d’ailleurs qu’elle est tributaire d’autres discours : philosophique, social, culturel… Elle n’est pas atemporelle, mais elle prend naissance dans un contexte historique, culturel et philosophique donné. C’est sa manière de témoigner de l’incarnation. Ainsi, le théologien n’ignore pas que son discours est toujours « daté » et doit être repris, repensé, reformulé constamment pour rester pertinent. Si les théologiens veulent participer aux discours qui structurent une société, ils doivent aussi veiller à leur langage quand ils rendent compte leur expérience et de leurs convictions.

La théologie, avant d’être une affirmation, est un débat - [Contexte]

La théologie n’est pas une science solitaire. Le théologien cherche le débat avec d’autres théologiens, mais aussi avec d’autres chercheurs en histoire, en philosophie, en éthique. Il ne peut pas, tout seul à son bureau, élaborer des thèses, mais il doit être à l’écoute de ce que d’autres disent de Dieu, de l’être humain et du monde. Ses convictions s’éprouvent dans le débat, dans la discussion et parfois même dans la dispute. Ainsi, la dispute théologique fait partie intégrante du travail du théologien. La vérité n’est pas directement accessible, et le débat permet de le signifier.

L’importance de l’expérience pour la formulation théologique - [Contexte]

Comment se fait-il qu’une formulation théologique change au cours des siècles, alors que les textes bibliques de référence restent les mêmes ? Ce changement est bien souvent le fruit d’une expérience individuelle ou communautaire. Certains parleraient d’une expérience spirituelle, d’autres mettraient en avant une situation particulièrement heureuse ou malheureuse qui fait qu’il y un avant et un après : on ne peut plus parler de Dieu de la même manière qu’on le faisait auparavant. Dans la multiplicité des témoignages bibliques, certains textes prennent subitement du relief, parlent et indiquent un sens nouveau, alors qu’ils ne parlaient pas avec la même intensité auparavant. Il faut alors revoir sa théologie, reformuler à partir de ce changement.

Les conséquences de tel ou tel discours sur Dieu - [Contexte]

Parler de Dieu n’est pas anodin ! Le discours théologique, comme tout discours qui aborde des questions fondamentales de la vie, de son sens, de son orientation, a des conséquences. Il n’est pas indifférent d’affirmer que Dieu rencontre l’être humain comme le « tout-autre », le « tout-puissant » ou encore « incarné » dans l’homme Jésus de Nazareth. Les conséquences d’un certain discours sur Dieu varient certes d’un croyant à un autre, mais elles sont là. Dire que Dieu est « tout puissant » pose ainsi immédiatement la question du mal et du malheur dans le monde. Dire que Dieu est amour peut être libérateur pour l’un (qui enfin rencontre quelqu’un qui l’aime sans condition) comme il peut être culpabilisant pour l’autre (qui imagine devoir aimer « à l’image de » cet amour inconditionnel). Le théologien doit donc non seulement être attentif à ce qu’il dit de Dieu, mais encore aux conséquences que son discours peut avoir.

Le langage fonctionne comme médiation - [Contexte]

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La théologie est un discours humain, et donc du langage humain. S’il est incontournable pour transmettre des expériences, des convictions sur Dieu, il est évident que le langage, que les mots ne peuvent pas « tout dire ». Dieu, même incarné en Jésus Christ, dépasse ce que les croyants peuvent en dire. Le théologien est conscient de cette tension : ses mots sont à la fois nécessaires, mais insuffisants pour dire la réalité de Dieu. Ainsi, la théologie reste une approche de Dieu mais ne peut pas prétendre en avoir « fait le tour ».

Le pape parle au parlement européen - [Contexte]

En France, il n’est pas habituel que l’Etat fasse appel aux religions pour connaître leurs idées ou positions à propos de questions de société. Dans d’autres pays, cet appel aux théologiens est bien plus habituel. Ainsi, en Allemagne, des politiques s’invitent très naturellement dans la journée nationale des Eglises protestantes (ou/et catholiques), le Kirchentag, pour participer aux débats et contribuer aux tables rondes qui ont lieu à propos de questions diverses, souvent éthiques. En novembre 2014, le pape a été invité au parlement européen pour parler aux délégués des différents pays. Il n’a pas parlé en tant que représentant de l’Etat du Vatican, mais en tant que pasteur : « En m’adressant à vous aujourd’hui, à partir de ma vocation de pasteur, je désire adresser à tous les citoyens européens un message d’espérance et d’encouragement. »

Quand la théologie devient idéologie - [Espace temps]

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Le discours théologique peut se refermer sur lui-même. A ce moment-là, il ne se laisse plus interpeller par la diversité des témoignages et d’approches qui coexistent dans la Bible, ni par l’expérience des croyants. La théologie cesse d’être au service de la réflexion, elle cherche à prendre le pouvoir et devient ainsi une idole, une idéologie. Au nom de cette idéologie, il ne faut plus chercher, mais répéter des convictions préétablies. Une sorte de pensée unique se fraie son chemin. Tous ceux qui pensent autrement ou questionnent les convictions sont alors montré du doigt et/ou exclus. Selon les moments de l’histoire et du pouvoir des Eglises dans l’Etat, ceux qui proposent une autre manière de parler de Dieu représentent alors un danger et sont persécutés au nom de cette pensée unique. Les textes bibliques eux-mêmes critiquent une telle recherche de maîtrise de Dieu et de l’être humain (cf. la tour de Babel).

Comment rendre compte d’une expérience spirituelle ? - [Espace temps]

Depuis toujours, les hommes et les femmes ont parlé de ce qu’ils ont expérimenté. C’est ainsi que les textes bibliques relatent des témoignages. Dans l’histoire de l’Eglise, rendre compte d’une expérience spirituelle a donné lieu à un véritable « genre littéraire » qui a été le fondement au 17e siècle du roman autobiographique. Le pasteur et piétiste August Hermann Francke s’exprime ainsi en 1692:« Le jour suivant, qui était un dimanche, je pensai me mettre au lit dans la même inquiétude que précédemment, en réfléchissant aussi que, si aucun changement ne se produisait, je renoncerais à prononcer ce prêche, parce que je ne pourrais pas prêcher dans l'incroyance et contre mon propre cœur, et donc tromper les gens. Je ne sais pas non plus si cela m'aurait été possible. Car je sentais par trop cruellement ce que c'était que de ne pas avoir de Dieu auquel le cœur puisse se tenir; de pleurer sur ses péchés sans savoir pourquoi, ou qui était celui qui arrachait ces larmes, et s'il y avait véritablement un Dieu que l'on avait ainsi courroucé; de voir quotidiennement sa misère et sa grande détresse sans savoir ni connaître nul salut ou refuge. Dans cette grande angoisse, le soir de ce même dimanche, je me mis encore une fois à genoux et invoquai le Dieu que je ne connaissais pas, auquel je ne croyais pas encore, en l'implorant de me sauver de cet état misérable, s'il était vrai qu'il y eût un Dieu. Et voilà que le Seigneur m'exauça, le Dieu vivant sur son trône sacré, alors que j'étais encore à genoux. Son amour de père était si grand qu'il ne voulut pas m'ôter progressivement ces doutes et cette inquiétude du cœur, ce dont je me serais bien contenté, mais pour que je fusse d'autant plus convaincu et que ma raison égarée fût retenue par un frein de rien objecter à sa force et à sa fidélité, il m'exauça soudainement. Car comme en un tournemain, tout mon doute s'envola, je fus assuré en mon cœur de la grâce de Dieu en le Christ Jésus, je pus appeler Dieu non seulement Dieu, mais aussi mon père, toute la tristesse et l'inquiétude de mon cœur me furent ôtées d'un seul coup, et à la place, je fus soudain inondé d'un fleuve de joie, de sorte que je mis tout mon courage à louer et célébrer Dieu qui m'avait témoigné cette grâce. Je me levai dans une autre disposition d'esprit que lorsque je m'étais agenouillé; Car c'était dans un souci et un doute extrêmes que j'avais ployé le genou, et voilà que je me relevai empli d'une joie inexprimable et d'une certitude immense. En m'agenouillant, je ne croyais pas qu'il y avait un Dieu, en me levant, affranchi de la crainte et du doute, je n'aurais pas hésité à verser mon sang pour soutenir garder ma foi. Sur ce, je me mis au lit, mais dans l'immensité de ma joie, je ne pus trouver le sommeil, et à peine mes yeux s'étaient-ils fermés que je m'éveillai et recommençai de louer et de célébrer le Dieu vivant qui s'était donné à connaître à mon âme. Car c'était comme si, durant toute ma vie, j'avais été plongé dans une sorte de sommeil profond, comme si je n'avais agi que dans un rêve dont je ne m'éveillais que maintenant. »Francke, August Hermann: Récit de la Conversion, 1692. Introduction par Dominique Bourel. Trad. par Anne Lagny, in: Revue de Synthèse 1997, 413-424.Le texte autobiographique à partir duquel a été effectuée cette traduction figure dans le recueil : August Hermann Francke, Werke in Auswahl, Erhard Peschke (éd.), Luther-Verlag, 1969, pp. 5-29.

Denis Diderot dans Addition aux Pensées philosophiques - [Espace temps]

Pour parler du renoncement à la raison, Diderot (1713-1784) utilise la métaphore de la nuit, de l’absence de lumière. Dans son texte, le théologien est celui qui, pour trouver son chemin, doit renoncer à la moindre petite chandelle de lumière. L’auteur écrit « Si je renonce à ma raison, je n'ai plus de guide : il faut que j'adopte en aveugle un principe secondaire, et que je suppose ce qui est en question. Egaré dans une forêt immense pendant la nuit, je n'ai qu'une petite lumière pour me conduire. Survient un inconnu qui me dit: "Mon ami, souffle la chandelle pour mieux trouver ton chemin." Cet inconnu est un théologien. »

Un exemple de disputatio entre Zwingli et Luther à propos de la compréhension de la Cène - [Espace temps]

Les Réformateurs Martin Luther et Huldrych Zwingli s’opposent à propos de la question de la présence du Christ dans la Cène. Luther affirme que puisque le Christ a dit « prenez et mangez, ceci est mon corps », le pain, au moment de la Cène, est bel et bien le corps du Christ. Pour lui, il ne faut pas mettre en question cette parole centrale de Jésus. Il ne voit pas pourquoi il faut la comprendre autrement que ce qu’il lit dans les Ecritures. Zwingli se base aussi sur la Bible, mais en citant Jean 6,63 (« C’est l’Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien ») pour défendre une lecture spirituelle et symbolique du récit de l’institution de la Cène. Pour lui, lorsque Jésus dit « ceci est mon corps », le lecteur doit entendre et comprendre « ceci signifie mon corps ». Deux manières de lire les mêmes Ecritures ne les conduisent pas au même résultat. Et au colloque de Marbourg en 1529, ils n’arriveront pas à s’entendre. Deux traditions naîtront de ces deux compréhensions.

Les discours sur Dieu sont interrogés par les événements historiques - [Espace temps]

Les théologiens n’évoluent pas dans un lieu qui ne serait pas touché par ce qui se passe dans le monde. La manière dont ils parlent de Dieu n’est pas atemporelle. Les bouleversements que connaît l’histoire questionnent aussi le langage théologique. Ainsi, après la Deuxième Guerre mondiale, et les horreurs commises et subies dans les camps de concentration, des théologiens juifs se sont demandé comment on pouvait encore parler de Dieu après Auschwitz. Le philosophe Hans Jonas aborde cette question dans un discours célèbre tenu à Munich en 1984 au Rassemblement des jeunes catholiques. Comment évoquer un Dieu sauveur de son peuple, libérateur de l’Egypte alors qu’il y a eu l’extermination dans les camps nazis. Est-ce que cette expérience ne met pas fin à une certaine manière de parler de Dieu dans l’histoire ?

Différents discours sur Dieu dans la Bible - [Textes bibliques]

Les textes bibliques présentent une multiplicité d’images de Dieu. Dieu est père, amant, mais aussi parent, voire mère ou femme qui se donne de la peine pour ses enfants…

Deutéronome 32,11 Pareil à l'aigle qui éveille sa couvée, voltige sur ses petits, déploie ses ailes, les prend, les porte sur ses plumes.

Esaïe 31,5 Comme des oiseaux déploient les ailes sur leur couvée, ainsi le Seigneur des armées étendra sa protection sur Jérusalem; Il protégera et délivrera, il épargnera et sauvera.

Luc 13,34 « Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, que de fois j'ai voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble sa couvée sous ses ailes, et vous n'avez pas voulu. »

Dans la parabole de la drachme perdue (Luc 15,8-9), Dieu est encore comparé à une femme qui fait le ménage dans sa maison à la recherche d’une pièce d’argent perdue.

Seulement Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié - [Textes bibliques]

L’apôtre Paul a fait un choix. Son expérience de rencontre avec le Christ le conduit à affirmer à plusieurs reprises ce qu’il a reçu et compris comme centre de toute l’Ecriture. C’est à partir de ce centre qu’il va penser sa théologie.

1Corinthiens 1,23 mais nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens.

1Corinthiens 2,2 Car j’ai décidé de ne rien savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié.

Galates 2,20 Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi. Car ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi.

 

Chemin:

 

Les textes discutent à l’intérieur de la Bible - [Textes bibliques]

Les textes à l’intérieur de la Bible sont parfois « en discussion » : les auteurs peuvent reprendre certaines affirmations pour les corriger, les modifier, ajouter un autre aspect. Un exemple étonnant de « relecture et correction » se trouve dans le 2e livre de Samuel (chapitre 24,1) et dans le 1er livre des Chroniques (chapitre 21,1). Si les deux textes parlent de la même recension du peuple par David, pour l’un, c’est Dieu qui inspire à David ce recensement (interdit par la loi et puni par Dieu par la suite) pour l’autre, cela ne peut pas être Dieu, et on change donc en « Satan » :

2Samuel 24,1 La colère du SEIGNEUR s'enflamma encore contre les Israélites, et il excita David contre eux en disant: "Va, dénombre Israël et Juda."

1Chroniques 21,1 Satan se dressa contre Israël et il incita David à dénombrer Israël.

Qu’est-ce que « bien parler de Dieu » ? - [Textes bibliques]

Dans le livre de Job, la question qui se pose dans les discussions entre Job et ses amis, c’est de savoir comment parler de Dieu, qui est Dieu ? Tandis que ces amis récitent ce qu’ils savent, Job met leur discours en question. A la fin du livre, l’auteur fait parler Dieu qui prend position pour la manière dont Job s’est adressé à lui et contre les convictions de ses amis.

Job 42,7-8 Après que le SEIGNEUR eut adressé ces paroles à Job, il dit à Eliphaz de Théman: Ma colère est enflammée contre toi et contre tes deux amis, parce que vous n'avez pas parlé de moi avec droiture comme l'a fait mon serviteur Job. Prenez maintenant sept taureaux et sept béliers, allez auprès de mon serviteur Job, et offrez pour vous un holocauste. Job, mon serviteur, priera pour vous, et c'est par égard pour lui seul que je ne vous traiterai pas selon votre folie; car vous n'avez pas parlé de moi avec droiture, comme l'a fait mon serviteur Job.

 

Comment parler de Dieu après Auschwitz ? - [Aller plus loin]

Voici l’extrait d’un article de Sophie de Villeneuve, publié dans La Croix le 26 janvier 2015 :

« Qui est ce Dieu qui laisse exterminer plus de cinq millions de Juifs, hommes, femmes et enfants, qui permet la monstruosité sans intervenir, qui reste silencieux, comme absent, ou au moins indifférent ? Peut-on encore imaginer qu’il est un Dieu d’amour ?Le premier à poser la question en termes radicalement nouveaux est le philosophe juif Hans Jonas. Dans son petit livre "Le concept de Dieu après Auschwitz", il s’interroge sur ce Dieu qui « laissa faire » et conçoit plusieurs hypothèses qui ont beaucoup marqué la théologie de la seconde moitié du XXe siècle. Dieu, dit-il, a abandonné sa toute-puissance pour créer le monde. Et cet abandon a affecté son état. S’il n’est pas intervenu durant les atrocités de l’Holocauste, ce n’est pas qu’il ne le voulait pas mais qu’il ne le pouvait pas. Cette intuition d’un Dieu qui a renoncé à sa puissance pour faire advenir le monde, mais qui se soucie de l’homme, rejoint celles de théologiens protestants comme Dietrich Bonhoeffer : « Seul un Dieu faible peut nous venir en aide » ou Wilfred Monod (« Dieu s’efforce et ne réussit pas toujours. Quel soulagement de le croire ! ») Ce dernier précisait que Dieu n’avait pas encore réalisé sa toute-puissance, qu’il n’existait pas encore en plénitude, et que sa puissance était en puissance. Du coup, nous dit encore Hans Jonas, si Dieu, après s’être entièrement donné dans le monde en devenir, n’a plus rien à offrir, c’est maintenant à l’homme de donner.Cette idée selon laquelle c’est l’homme qui peut aider Dieu a été exprimée aussi de façon très émouvante par la jeune philosophe juive hollandaise Etty Hillesum, victime elle-même de la Shoah (Une vie bouleversée, Journal, 1941-43, Ed. du Seuil, 1985). Cette manière de considérer Dieu donne donc tout son poids à l’action et la responsabilité de l’homme, donc à la valeur de l’humanité. C’est à cette même conclusion que conduit le philosophe Paul Ricœur dans son livre intitulé Le mal. Il écrit, au terme d’un parcours qui l’a conduit à présenter les différentes formes de rationalité que la question du mal a suscitées dans l’histoire de la pensée : « Pour l’action, le mal est avant tout ce qui ne devrait pas être, mais doit être combattu. En ce sens, l’action renverse l’orientation du regard. Sous l’emprise du mythe, la pensée spéculative est tirée en arrière vers l’origine : d’où vient le mal ? demande-t-elle. La réponse – non la solution – de l’action, c’est : que faire contre le mal ? Le regard est ainsi tourné vers l’avenir, par l’idée d’une tâche à accomplir, qui réplique à celle d’une origine à découvrir. »

Erri de Luca, un auteur non croyant qui écrit à propos de la Bible - [Aller plus loin]

Erri de Luca est un auteur qui lit la Bible, quotidiennement. Et pourtant, sa connaissance et son admiration pour les textes bibliques chez lui ne naissent pas de la foi. Il se dit lui-même « non croyant, incapable de prier ou de pardonner ». A propos d’un de ses livres (Un nuage comme tapis, Paris: Rivages (Rivages Poche / Petite Bibliothèque), 1996), il écrit :

« A des signes manifestes un siècle s'avance qui dressera armes et versets. Avant que de nouveaux agitateurs du sacré ne mettent à rôtir l'humanité la Bible au poing, forçant ses pages pour dicter des massacres, je raconte ce que j'ai trouvé en lisant ce livre dans sa langue mère. Bientôt divers noms de Dieu seront hissés sur des drapeaux adverses et les peuples seront ennemis une fois encore au nom du ciel. Avant les règnes des fois armées, que chacun se hâte de lire la Bible à sa façon, avec ferveur et froideur, avec plus ou moins de chance. Car ce livre est beau, valeur qui a contribué à préserver ce sacré jusqu'à aujourd'hui. Le sacré dure au cœur des millénaires quand il se fixe dans des livres grandioses. La Bible en est pleine. Je ne l'ai pas lue en la dépouillant du divin. Ces récits qui sont des comptes rendus de découvertes, de lumières nouvelles sur d'antiques personnages, ne viennent pas d'une lecture profanée de la Bible. Le sacré est dans ces pages comme le courant apaisé d'un fleuve près de la mer, il guide le voyage mais il n'est ni source ni embouchure, il n'est pas un lieu mais une nécessité. Que chacun trouve les feuilles écrites pour lui dans le Livre des livres, renouvelant ainsi l'antique surprise de sentir que lui-même, par certaines de ces pages, a été trouvé. »

La théologie selon Snoopy - [Culture]

 

01La théologie selon Snoopy

Traduction : 1. « J’entends que tu es en train d’écrire un livre de théologie »
2. « J’espère que tu as un bon titre »
3. « J’ai un titre parfait… »
4. T’as jamais pensé que tu pourrais avoir tort ?

La Bible, plusieurs lectures, plusieurs clés de lecture - [Culture]

01La Bible, plusieurs lectures...

Ce tableau de van Gogh (1885) met en scène une Bible ouverte au livre du prophète Esaïe. Le petit livre est La joie de vivre d’Emile Zola. Est-ce « la joie de vivre » qui sert de clé de lecture à la Bible ?

Pères de l'Eglise

Dans l'Antiquité, le maître était souvent désigné comme " Père ". De ce fait, ce nom revient aux évêques, mais on étend ce sens de Père à des écrivains reconnus comme témoins de la tradition authentique de l'Eglise. Sont donc appelés Pères de l'Eglise les théologiens des premiers siècles, jusqu'aux 7e/8e siècles. En patristique (recherche sur les textes des Pères de l'Eglise), on appelle " Pères Apostoliques " ceux qui succèdent directement aux apôtres. Pour les suivants, on distingue entre " Pères latins " et " Pères grecs " selon la langue dans laquelle ils rédigeaient leurs écrits. Par exemple, Jean Chrysostome est un " Père grec ", Augustin un " Père latin "

Concordance

Table alphabétique des mots employés dans la Bible, avec indication des textes qui les contiennent. Il existe une concordance pour le texte original (hébreu et grec) ainsi que pour chaque traduction en français. Du coup, si l'on travaille sur une traduction, la concordance est liée à cette traduction. Par exemple, on ne va pas trouver dans une concordance française toutes les occurrences d'un même mot grec, si ce mot n'est pas toujours traduit par le même mot français (ce qui arrive très fréquemment). On trouve des concordances en ligne.

Commentaire biblique

Un commentaire biblique est un ouvrage qui commente verset par verset le texte biblique. Il en existe pour tous les livres de la Bible. La plupart d'entre eux sont rédigés par des théologiens. Certains s'adressent à un public académique, d'autres sont accessibles au lecteur non-théologien.