Comment parler de Dieu après Auschwitz ?

Voici l’extrait d’un article de Sophie de Villeneuve, publié dans La Croix le 26 janvier 2015 :

« Qui est ce Dieu qui laisse exterminer plus de cinq millions de Juifs, hommes, femmes et enfants, qui permet la monstruosité sans intervenir, qui reste silencieux, comme absent, ou au moins indifférent ? Peut-on encore imaginer qu’il est un Dieu d’amour ?Le premier à poser la question en termes radicalement nouveaux est le philosophe juif Hans Jonas. Dans son petit livre "Le concept de Dieu après Auschwitz", il s’interroge sur ce Dieu qui « laissa faire » et conçoit plusieurs hypothèses qui ont beaucoup marqué la théologie de la seconde moitié du XXe siècle. Dieu, dit-il, a abandonné sa toute-puissance pour créer le monde. Et cet abandon a affecté son état. S’il n’est pas intervenu durant les atrocités de l’Holocauste, ce n’est pas qu’il ne le voulait pas mais qu’il ne le pouvait pas. Cette intuition d’un Dieu qui a renoncé à sa puissance pour faire advenir le monde, mais qui se soucie de l’homme, rejoint celles de théologiens protestants comme Dietrich Bonhoeffer : « Seul un Dieu faible peut nous venir en aide » ou Wilfred Monod (« Dieu s’efforce et ne réussit pas toujours. Quel soulagement de le croire ! ») Ce dernier précisait que Dieu n’avait pas encore réalisé sa toute-puissance, qu’il n’existait pas encore en plénitude, et que sa puissance était en puissance. Du coup, nous dit encore Hans Jonas, si Dieu, après s’être entièrement donné dans le monde en devenir, n’a plus rien à offrir, c’est maintenant à l’homme de donner.Cette idée selon laquelle c’est l’homme qui peut aider Dieu a été exprimée aussi de façon très émouvante par la jeune philosophe juive hollandaise Etty Hillesum, victime elle-même de la Shoah (Une vie bouleversée, Journal, 1941-43, Ed. du Seuil, 1985). Cette manière de considérer Dieu donne donc tout son poids à l’action et la responsabilité de l’homme, donc à la valeur de l’humanité. C’est à cette même conclusion que conduit le philosophe Paul Ricœur dans son livre intitulé Le mal. Il écrit, au terme d’un parcours qui l’a conduit à présenter les différentes formes de rationalité que la question du mal a suscitées dans l’histoire de la pensée : « Pour l’action, le mal est avant tout ce qui ne devrait pas être, mais doit être combattu. En ce sens, l’action renverse l’orientation du regard. Sous l’emprise du mythe, la pensée spéculative est tirée en arrière vers l’origine : d’où vient le mal ? demande-t-elle. La réponse – non la solution – de l’action, c’est : que faire contre le mal ? Le regard est ainsi tourné vers l’avenir, par l’idée d’une tâche à accomplir, qui réplique à celle d’une origine à découvrir. »


Erri de Luca, un auteur non croyant qui écrit à propos de la Bible

Erri de Luca est un auteur qui lit la Bible, quotidiennement. Et pourtant, sa connaissance et son admiration pour les textes bibliques chez lui ne naissent pas de la foi. Il se dit lui-même « non croyant, incapable de prier ou de pardonner ». A propos d’un de ses livres (Un nuage comme tapis, Paris: Rivages (Rivages Poche / Petite Bibliothèque), 1996), il écrit :

« A des signes manifestes un siècle s'avance qui dressera armes et versets. Avant que de nouveaux agitateurs du sacré ne mettent à rôtir l'humanité la Bible au poing, forçant ses pages pour dicter des massacres, je raconte ce que j'ai trouvé en lisant ce livre dans sa langue mère. Bientôt divers noms de Dieu seront hissés sur des drapeaux adverses et les peuples seront ennemis une fois encore au nom du ciel. Avant les règnes des fois armées, que chacun se hâte de lire la Bible à sa façon, avec ferveur et froideur, avec plus ou moins de chance. Car ce livre est beau, valeur qui a contribué à préserver ce sacré jusqu'à aujourd'hui. Le sacré dure au cœur des millénaires quand il se fixe dans des livres grandioses. La Bible en est pleine. Je ne l'ai pas lue en la dépouillant du divin. Ces récits qui sont des comptes rendus de découvertes, de lumières nouvelles sur d'antiques personnages, ne viennent pas d'une lecture profanée de la Bible. Le sacré est dans ces pages comme le courant apaisé d'un fleuve près de la mer, il guide le voyage mais il n'est ni source ni embouchure, il n'est pas un lieu mais une nécessité. Que chacun trouve les feuilles écrites pour lui dans le Livre des livres, renouvelant ainsi l'antique surprise de sentir que lui-même, par certaines de ces pages, a été trouvé. »


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