La théologie fait peur

Le mot « théologie » apparaît souvent comme un mot chargé négativement. Pourquoi ? Il semble rimer avec dogme, voire dogmatisme. La théologie serait l’affirmation d’une vérité exclusive à défendre face à d’autres. Dans l’histoire, au nom d’une théologie, on exclut, on jette des anathèmes, on a même tué. L’exclamation « C’est de la théologie ! » revient à dire : c’est compliqué, c’est couper les cheveux en quatre. La théologie produirait des raisonnements impossibles à comprendre, éloignés du quotidien, inutiles pour le commun des mortels.

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Dieu

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Le mot « Dieu » (theos en grec) est un mot fourre-tout. Toutes les religions ainsi que l’athéisme l’utilisent mais ne l’identifient pas de la même manière. La théologie doit donc dire de quel « Dieu » elle parle. Non seulement entre les religions, mais encore à l’intérieur d’une même religion, différents discours sur Dieu existent. Même si les mots n’enferment jamais la réalité, ils ne sont pas indifférents. Quand la théologie chrétienne parle de Dieu, elle s’appuie sur des sources avec lesquelles elle entre en débat. Parmi ces sources, il y a les textes bibliques, les écrits de théologiens à travers l’histoire, les traditions des Eglises, mais aussi les expériences de foi individuelle. Toutes ces sources construisent une certaine image de Dieu.


Science, raison

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Comment la théologie pourrait-elle être une « science » ? Croire en « Dieu » n’est- ce pas aux antipodes de toute démarche scientifique ? Est-ce que la foi, la religion ne fait pas entrer dans le domaine de la pure subjectivité ? Les théologiens réfléchissent aux liens entre foi et raison. Quelle place réserver à l’une et à l’autre ? Faut-il que la raison se taise quand la foi parle ? Ou, au contraire, faut-il que la foi soit interrogée, critiquée par la raison ? En théologie, la raison est nécessaire : pour analyser un discours, pour étudier les textes bibliques, pour comprendre des témoignages de foi. Les sciences humaines sont souvent sollicitées en théologie comme dans d’autres domaines de recherche scientifique. En effet, la théologie est une science qui n’étudie pas Dieu, mais des discours sur Dieu.


Théologie, quelle théologie ?

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Au cours des siècles, le christianisme a produit différents discours sur Dieu, c’est-à-dire différentes théologies. On peut faire de la théologie de différentes manières. Par exemple, le protestantisme se réfère aux textes bibliques et s’y confronte. La Bible fonctionne comme instance critique : elle oriente, questionne, propose et contredit. La Bible est elle-même traversée de convictions, de positions, de réflexions et d’expériences différentes et même contradictoires. Face à des convictions qui se sont forgées au cours de l’histoire et qui se sont traduites dans une tradition, le recours à la Bible permet ainsi de questionner ces traditions. Ce n’est pas la tradition qui peut valider un discours théologique. De nouveaux contextes, de nouvelles expériences peuvent faire naître des discours nouveaux. Cette multiplicité des discours bibliques sur Dieu autorise la multiplicité des discours théologiques sur Dieu. L’enjeu de la théologie c’est d’attirer davantage l’attention sur les conséquences de tel ou tel discours.


Parler de Dieu

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Comment peut-on parler de Dieu ? Ne faut-il pas se taire devant l’inaccessible ? Certains disent qu’il vaut mieux se taire parce qu’on ne peut pas dire Dieu. Il est au-delà du langage. D’autres ont la conviction que parce que Dieu s’est fait connaître dans un homme, Jésus Christ, on peut parler de Dieu. Dieu s’est incarnévoir le module « Les gros mots de la théologie », entrée « Incarnation » . Il s’est fait homme. Et la théologie doit en rendre compte. Parler du Dieu de Jésus Christ, c’est nécessairement parler de l’être humain. La théologie, le discours sur Dieu, produit aussi un discours sur l’être humain, une anthropologie.
Il y a danger quand on croit que l’on peut accéder directement à Dieu sans intermédiaires. Si l’expérience de Dieu est intime et reste indicible, les chrétiens sont appelés à rendre compte de leur foi. Le langage fonctionne alors comme médiation.


Plusieurs théologies à partir de la même Bible ?

Pour le croyant, il peut être déconcertant de découvrir différentes théologies qui se basent toutes sur la Bible. Comment expliquer cela ? Est-ce que les uns ont tort, les autres raison ? Les différences viennent de ce que les uns et les autres ne retiennent pas les mêmes éléments comme essentiels. Pour l’un, témoigner de Dieu comme créateur de l’univers est primordial, l’autre retient avant tout son incarnation en Jésus Christ, pour un autre encore, c’est le Saint Esprit qui rend compte de son expérience de Dieu. A partir de ces éléments jugés essentiels par les uns et les autres, un discours singulier s’élabore. Tous ont pour référence la Bible, et pourtant, leurs théologies se présentent différemment, entrent en discussion, s’interpellent, se « disputent ».


Ce que d’autres ont dit de Dieu

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Même à l’intérieur de la Bible, différents discours sur Dieu existent. Ainsi, en se basant sur la même Bible, différentes approches théologiques existent à l’intérieur du christianisme. Leurs différences viennent du fait que tous ne retiennent pas les mêmes éléments comme centraux. Par exemple, pour les uns, l’affirmation biblique que Dieu est le créateur de l’univers produit une certaine image de Dieu qui diffère d’une approche qui va insister surtout sur l’incarnation de Dieu en Jésus Christ. Les deux approches ne s’excluent pas, mais sont en tension. En théologie, un choix est à faire dans ce que l’on retient pour essentiel. Comment choisir ? Quel critère utiliser ? Qu’est-ce que « bien parler de Dieu » ? L’expérience personnelle de quelqu’un peut fonctionner comme critère : « Dieu, je ne peux en parler autrement, car je l’ai expérimenté ainsi. »


Pas la foi

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La théologie ne se confond pas avec la foi. Et cela peut être un souci pour celui qui entreprend des études de théologie : Est-ce que la théologie ne va pas m’éloigner de la foi ? La foi (pensée comme confiance en Dieu, comme relation avec Dieu) ne se confond pas avec la théologie. Celle-ci est davantage une exigence intellectuelle qui cherche à rendre compte de convictions. Le théologien doit produire des arguments pour convaincre. Pour cela, il doit connaître et chercher à comprendre d’autres convictions que la sienne. Il a à apprendre les présupposés philosophiques d’autres positions ce qui conduit nécessairement à se remettre en question soi-même. Cette mise en question, cette confrontation avec d’autres discours sur Dieu peut être source d’inquiétude. Cette démarche peut aussi permettre d’approfondir sa propre conviction, d’apprendre à en rendre compte. Afin de comprendre la personne qui ne croit pas ou qui croit autrement, le théologien doit adopter une attitude loin de tout dogmatisme et fondamentalisme. Il ne peut pas « camper sur ses positions ». Sa démarche lui interdit de simplement asséner ce qu’il pense « vrai » sans écouter le bien-fondé d’autres convictions.


Un discours public

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La théologie n’est pas réservée à un cercle d’initiés : elle s’adresse à un public non théologien dans l’Eglise mais aussi dans la société. Elle sait d’ailleurs qu’elle est tributaire d’autres discours : philosophique, social, culturel… Elle n’est pas atemporelle, mais elle prend naissance dans un contexte historique, culturel et philosophique donné. C’est sa manière de témoigner de l’incarnation. Ainsi, le théologien n’ignore pas que son discours est toujours « daté » et doit être repris, repensé, reformulé constamment pour rester pertinent. Si les théologiens veulent participer aux discours qui structurent une société, ils doivent aussi veiller à leur langage quand ils rendent compte leur expérience et de leurs convictions.


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