Une conviction et non un anniversaire

 

L’auteure explique dans cet extrait l’importance relative de la date de naissance de Jésus pour les premiers chrétiens :« Il faut d’ailleurs préciser que l’idée d’une fête n’a jamais dépendu de la recherche du jour exact de la naissance de Jésus. C’est pourquoi sa datation est toujours restée fort secondaire. On ne partait pas d’un anniversaire connu qu’il se serait agi de marquer spécialement. Tout au contraire, c’est une conviction de foi – l’importance de la venue de Jésus dans le monde – qui amena les chrétiens à célébrer une fête particulière. Ils ont alors choisi une date qui obéissait à d’autres considérations, en général la coïncidence avec une fête païenne dont les éléments symboliques pouvaient être repris sans trop de difficultés.Une autre constatation explique ce manque d’intérêt pour la date de la naissance de Jésus. Dans le christianisme primitif, comme le plus souvent dans le monde antique, il n’était pas d’usage de célébrer la naissance de quelqu’un. Ainsi, les fêtes consacrées aux apôtres et aux martyrs se rapportaient toujours à leur mort. […]Toutefois, par rapport au Christ, on ne pouvait s’en tenir rigoureusement à cette attitude. Certes le salut des hommes s’était accompli dans sa mort sur la croix. Mais son apparition dans le monde revêtait aussi un caractère essentiel qui pouvait la faire considérer comme un événement à marquer. La date historique importait peu : c’est le sens de cette naissance qui devait être célébrée ».Maillard, Anne, Dimanche et fêtes chrétiennes, Histoire de leurs origines, Aubonne (CH): éditions Du Moulin, 1984, pp.73-74.


Noël et Épiphanie

Les fêtes du 25 décembre et du 6 janvier ont chacune leur spécificité. Anne Maillard précise l’importance des mages en Occident et du baptême en Orient:

« Quand les fêtes du 25 décembre et du 6 janvier coexisteront, la seconde perdra de plus en plus son sens de commémoration de la naissance de Jésus. Elle apporte simplement un autre élément qui complète Noël. A ce sujet, deux traditions se développeront jusqu’à nos jours, l’une en Occident (les mages), l’autre en Orient (le baptême).
Les mages
A Rome, en Afrique du Nord, partout en Europe, le thème principal de l’ Épiphanie sera presque toujours celui des mages. Autant les bergers de Noël symbolisent le peuple juif témoin de la venue du Christ, autant dans l’adoration des mages ce sont les païens qui se trouvent associés à la manifestation de Dieu. C’est dire l’importance de cette fête pour l’ensemble du monde dont les mages sont comme les prémices. […]
Le baptême de Jésus
Les Églises orientales, pour leur part, centreront leur célébration de l'Épiphanie sur le baptême de Jésus.[…] L'introduction de Noël au 25 décembre permet désormais de donner toute son ampleur à l'événement du baptême. Cette commémoration rejoint d'ailleurs une pratique de ces Eglises d'Orient, en usage peut-être aussi en Europe, celle du baptême des fidèles le jour même de l'Épiphanie.» Maillard, Anne, Dimanche et fêtes chrétiennes, Histoire de leurs origines, Aubonne (CH): éditions Du Moulin, 1984, pp. 95-96.


Un réveillon

 

L’écrivain Guy de Maupassant décrit une scène de veillée de Noël dans la campagne normande du 19e siècle. Il insiste de manière quelque peu ironique sur la foi simple et naïve des paysans devant la crèche : « […] La lune à son déclin profilait au bord de l’horizon sa silhouette de faucille au milieu de cette semaille infinie de grains luisants jetés à poignée dans l’espace. Et par la campagne noire, des petits feux tremblants s’en venaient de partout vers le clocher pointu qui sonnait sans répit. Entre les cours des fermes plantées d’arbres, au milieu des plaines sombres, ils sautillaient, ces feux, en rasant la terre. C’étaient des lanternes de corne que portaient les paysans devant leurs femmes en bonnet blanc, enveloppées de longues mantes noires, et suivies de mioches mal éveillés, se tenant la main dans la nuit.Par la porte ouverte de l’église, on apercevait le chœur illuminé. Une guirlande de chandelles d’un sou faisait le tour de la nef ; et par terre, dans une chapelle à gauche, un gros Enfant Jésus étalait sur de la vraie paille, au milieu des branches de sapin, sa nudité rose et maniérée.L’office commençait. Les paysans courbés, les femmes à genoux priaient. Ces simples gens, relevés par la nuit froide, regardaient, tout remués, l’image grossièrement peinte, et ils joignaient les mains, naïvement convaincus autant qu’intimidés par l’humble splendeur de cette représentation puérile.L’air glacé faisait palpiter les flammes. […] »Guy de Maupassant, Mademoiselle Fifi, Paris:Albin Michel (livre de poche n° 583), 1979, pp. 123- 124.


Lumière divine dans nos vies?

E. Winstein explique en quoi Noël nous interroge sur la présence de Dieu dans notre vie :« Noël fournit donc une bonne occasion pour poser ou reposer la question du sens de notre existence. Dieu y est-il présent, comme il l’a été en Jésus, ou en d’autres ? Cette lumière divine, n’a-t-elle pas été toujours dans le monde ? Où la chercherons-nous, sinon dans la vie, notre vie, la vie de chacun ? Cette présence de Dieu n’est-elle pas là, dès lors que la vie paraît ?Comme le confessent les évangélistes Matthieu et Luc à leur manière, en utilisant le symbole de l’Esprit Saint, Dieu est en l’homme Jésus. Il est en Marie, la douce porteuse de la vie en gestation. Il est en l’homme souffle de vie. Il est en l’homme lorsque celui-ci reconnaît en lui cette force venue d’ailleurs. » Winstein, Ernest, "Les temps changent, Noël reste", Évangile et liberté, décembre 2004, n° 184 (nlle série), p. 3.


Le Magnificat

Ce texte a été écrit de 1520 à 1521, peu avant l’excommunication de Luther par le pape. Dans ce passage, Martin Luther explique en quoi la personnalité de Marie est exceptionnelle par sa modestie et son obéissance à Dieu :« La douce mère de Dieu agit de même ici ; elle nous enseigne, par l’exemple de son expérience et par des paroles, comment on doit reconnaître, aimer et louer Dieu : lorsque nous la voyons, ici, l’esprit tressaillant de joie, se faire gloire et louer Dieu d’avoir jeté les regards sur sa bassesse et sur son néant, nous sommes, en effet, obligés de croire qu’elle avait des parents pauvres, méprisés et de petite condition. […] Ne trouves-tu pas merveilleux ce cœur de Marie ? Elle se sait mère de Dieu, élevée au-dessus de tous les hommes, et elle demeure pourtant si simple et si calme que tout cela ne lui aurait pas fait considérer une humble domestique comme son inférieure. […] Mais ce cœur de Marie demeure ferme et égal en tout temps ; il laisse Dieu faire son œuvre en elle selon qu’il le veut, et il n’y puise rien d’autre pour lui-même qu’une bonne consolation, de la joie et de la confiance en Dieu. Nous devrions faire de même ; ce serait là chanter un véritable magnificat. » Luther, Martin, Oeuvres, Genève (CH):Labor et Fides, 1964, tome 3, pp. 19 et 27.


Matthieu 1 et 2, un récit « mythique »

Élian Cuvillier, théologien et exégète du Nouveau Testament, explique dans cet extrait le rôle mythique du récit de la naissance de Jésus dans l’évangile selon Matthieu :
« Dire d’un texte évangélique qu’il est « mythique » signifie que le récit renvoie à des réalités plus profondes que le simple établissement chronologique et exact des faits. La narration mythique raconte, une fois pour toutes, ce qu’il en est de la réalité profonde des événements rapportés dans le récit. Ainsi, les récits de l’enfance racontent ce qu’il en est de l’identité de Jésus, le Messie, et ce que cela signifie pour la communauté croyante réceptrice de ces textes. Il s’ensuit que, si « mythique » signifie « non historique » au sens de l’établissement des faits bruts, le récit « mythique » est cependant « historique » dans l’exacte mesure où il réfléchit au sens de l’existence humaine dans le monde et devant Dieu. Parce qu’ils sont mythiques, ces récits disent donc des choses essentielles à l’existence. Ils parlent de généalogie, de conjugalité, de sexualité, d’engendrement, de mort, de haine et d’amour : bref, tout ce qui fait la vie humaine. Plus encore, nous aimerions montrer que ces récits « mythiques » peuvent aussi être dits « symboliques » au sens précis que la psychanalyse donne à ce terme : notre hypothèse est en effet que ces récits parlent de ce qui fonde le sujet humain comme être de langage, en deçà et au-delà mais sans jamais les ignorer, des images et des représentations dans lesquelles chacun est inscrit ici-bas. Ils se proposent de montrer que, dans la personne de l’homme Jésus, le Dieu de la Bible se révèle dans tout ce qui constitue l’existence d’un sujet humain : la société dans laquelle il voit le jour, l’histoire de la nation à laquelle il appartient, le désir de ceux qui l’ont précédé, leurs grandeurs et leurs misères. Mais, au-delà, ils disent qu’une autre origine est aussi possible qui permet au sujet d’échapper aux enfermements que génèrent les généalogies humaines. En un mot, ils affirment que le Dieu de Jésus s’est impliqué dans l’histoire des hommes. En cela ils sont tout sauf « folkloriques ».
Cuvillier, Élian, Naissance et enfance d’un Dieu. Jésus Christ dans l’évangile de Matthieu, Paris:Bayard, 2005, pp 18-19.


Le rôle des mages

É.Cuvillier propose une explication sur le rôle des mages dans le récit de la naissance de Jésus dans l’évangile selon Matthieu :
« 1. Le contraste entre la démarche positive des Mages étrangers et l’opposition ou l’indifférence des autorités politiques et religieuses juives est le moteur principal de l’intrigue. On peut insister sur le fait que l’épisode porte les germes du conflit à venir entre Jésus et son peuple (sous l’aspect de ses responsables politiques et religieux) et qui aboutira à la Passion. On peut aussi souligner qu’il préfigure l’universalisme matthéen (sous le signe du déplacement des savants païens vers Jésus et de leur adoration). De cet universalisme les Mages sont les témoins privilégiés et leur fonction si particulière dans l’univers biblique contient peut-être une portée polémique dans la mesure où la foi qui les pousse à se déplacer à la suite de l’étoile contraste avec l’immobilisme des théologiens officiels immobiles à Jérusalem.
2. L’épisode ébauche également une réflexion sur l’intervention de Dieu dans l’histoire. Matthieu ne dit pas que Dieu dirige l’histoire – ni le contraire – mais qu’il intervient par des signes spécifiques, des révélations particulières ou encore dans les Écritures. C’est la réaction des individus à ces interventions qui provoque les événements dont ils ne sont cependant pas maîtres. Pour les uns (les Mages) c’est une mise en marche dans la confiance ; pour les autres (Hérode), l’intervention de Dieu est une contestation de leur pouvoir et ainsi l’occasion d’une opposition. »
Cuvillier, Élian, "La visite des Mages dans l’évangile de Matthieu (Mt 2,1-12). Approche narrative d’une fiction théologique" in: Vercruysse, Jean-Marc (Dir.), (Les (Rois) Mages, Arras: Artois Presses Université (coll. Graphé, N° 20), 2011, p. 23.


La dispersion évangélique

« La dissémination du christianisme dans toutes les régions du monde a aussi conduit l'Église à reconnaître chez ses fidèles une plus grande autonomie dans leurs croyances et dans leurs rites. Le caractère pluraliste de l'humanité, la multiplicité de ses cultures n'apparaissent plus comme les preuves d'une incohérence pitoyable. Elles dénotent au contraire l'émerveillante richesse de l'humanité, le foisonnement de ses énergies créatrices. Ces différences, il ne faut pas les réduire. Il faut les défendre contre la normalisation désastreuse que leur inflige l'idéologie des peuples dominants (...) La foi sera revigorée d'être moins européenne. »
France Quéré, « Les chemins de la vie », Lumière et Vie, janvier-mars 1979, p. 285-286


Echangeons !

?Questions?       !Découvertes!       ...Hésitations... Participez aux forums de discussion sur les différentes formations
Carte des groupes Trouvez un groupe près de chez vous
Livre d'or Partagez vos impressions sur le livre d'or Théovie
Soutenir Théovie