Violence, de quoi parle-t-on? - Textes bibliques

La femme adultère

Jean 8,1-11
Et Jésus gagna le mont des Oliviers. Dès le point du jour, il revint au temple et, comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner. Les scribes et les Pharisiens amenèrent alors une femme qu’on avait surprise en adultère et ils la placèrent au milieu du groupe. « Maître, lui dirent-ils, cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère. Dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu? » Ils parlaient ainsi dans l’intention de lui tendre un piège, pour avoir de quoi l’accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à tracer du doigt des traits sur le sol. Comme ils continuaient à lui poser des questions, Jésus se redressa et leur dit: « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. » Et s’inclinant à nouveau, il se remit à tracer des traits sur le sol. Après avoir entendu ces paroles, ils se retirèrent l’un après l’autre, à commencer par les plus âgés, et Jésus resta seul. Comme la femme était toujours là, au milieu du cercle, Jésus se redressa et lui dit: « Femme, où sont-ils donc? Personne ne t’a condamnée? » Elle répondit: « Personne, Seigneur », et Jésus lui dit: « Moi non plus, je ne te condamne pas: va, et désormais ne pèche plus. ».

Il y a plusieurs niveaux de violences dans ce récit.
Pour la femme, c’est une question de vie ou de mort puisqu’elle est menacée de lapidation. Cette violence physique se base sur une violence structurelle, une violence sociale, celle de la place de la femme dans la société de son temps : un être de seconde zone, propriété de son père puis de son mari ; ce dernier peut la répudier, mais l’inverse n’est pas vrai. D’ailleurs dans ce récit, elle se retrouve seule traînée vers la mort, alors que forcément un homme a été coupable avec elle… où est-il ?
Les scribes et les pharisiens ont certainement un sentiment de violence subie. Ce ne sont pas des hypocrites ou des méchants, mais des hommes qui reçoivent l’acte de cette femme comme une violence faite à tout leur système de pensée, un système basé sur la distinction entre pur et impur, où l’interdit joue un grand rôle. La femme a franchi un interdit, celui du mariage : propriété de son mari, elle s’est donnée à un autre, c’est un scandale. La punition d’un tel crime est celle que donne la Loi, la mise à mort par lapidation, ce qui permet de ne pas être en contact avec le coupable pour ne pas être contaminé par son impureté.
Du côté de Jésus, une violence s’exerce aussi. Entouré de la foule excitée et sanguinaire, assis devant la femme apeurée, le voilà sommé de se positionner : est-il pour ou contre ? Pour la femme, donc pour l’adultère, ou pour les scribes, donc pour la mise à mort ? C’est le piège de la violence qui est prêt à se fermer sur lui…
Ce piège ne se ferme pourtant pas. Jésus renvoie chacun à sa conscience. Il permet à chacun de s’en aller, la violence a été désamorcée.

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Jésus giflé

Jean 18,19-23 et 19,1-3
Le Grand Prêtre se mit à interroger Jésus sur ses disciples et sur son enseignement. Jésus lui répondit: « J’ai parlé ouvertement au monde, j’ai toujours enseigné dans les synagogues et dans le temple où tous les Juifs se rassemblent, et je n’ai rien dit en secret. Pourquoi est-ce moi que tu interroges? Ce que j’ai dit, demande-le à ceux qui m’ont écouté: ils savent bien ce que j’ai dit. » A ces mots, un des gardes qui se trouvait là gifla Jésus en disant: « C’est ainsi que tu réponds au Grand Prêtre? » Jésus lui répondit: « Si j’ai mal parlé, montre en quoi; si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu? » (….) Alors Pilate emmena Jésus et le fit fouetter. Les soldats, qui avaient tressé une couronne avec des épines, la lui mirent sur la tête et ils jetèrent sur lui un manteau de pourpre. Ils s’approchaient de lui et disaient: « Salut, le roi des Juifs! » et ils se mirent à lui donner des coups.

On retrouve différents niveaux de violence dans ce récit où Jésus est giflé, la nuit de son arrestation. Il y a la violence physique, la maltraitance que subit Jésus avant d’être supplicié. Cette violence physique en exprime une autre, symbolique, qui consiste à humilier, à nier l’autre. Ces deux violences sont dans le récit  » officielles « , puisque pratiquées par les autorités légales : le grand-prêtre, le garde, Pilate, les soldats romains..

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Caïn et Abel

Genèse 4
L’homme connut Ève sa femme. Elle devint enceinte, enfanta Caïn et dit: « J’ai procréé un homme, avec le SEIGNEUR. » Elle enfanta encore son frère Abel. Abel faisait paître les moutons, Caïn cultivait le sol. A la fin de la saison, Caïn apporta au SEIGNEUR une offrande de fruits de la terre; Abel apporta lui aussi des prémices de ses bêtes et leur graisse. Le SEIGNEUR tourna son regard vers Abel et son offrande, mais il détourna son regard de Caïn et de son offrande. Caïn en fut très irrité et son visage fut abattu. Le SEIGNEUR dit à Caïn: « Pourquoi t’irrites-tu? Et pourquoi ton visage est-il abattu? Si tu agis bien, ne le relèveras-tu pas? Si tu n’agis pas bien, le péché, tapi à ta porte, te désire. Mais toi, domine-le. » Caïn parla à son frère Abel et, lorsqu’ils furent aux champs, Caïn attaqua son frère Abel et le tua. Le SEIGNEUR dit à Caïn: « Où est ton frère Abel? » – « Je ne sais, répondit-il. Suis-je le gardien de mon frère? » – « Qu’as-tu fait? reprit-il. La voix du sang de ton frère crie du sol vers moi. Tu es maintenant maudit du sol qui a ouvert la bouche pour recueillir de ta main le sang de ton frère. Quand tu cultiveras le sol, il ne te donnera plus sa force. Tu seras errant et vagabond sur la terre. » Caïn dit au SEIGNEUR: « Ma faute est trop lourde à porter. Si tu me chasses aujourd’hui de l’étendue de ce sol, je serai caché à ta face, je serai errant et vagabond sur la terre, et quiconque me trouvera me tuera. » Le SEIGNEUR lui dit: « Eh bien! Si l’on tue Caïn, il sera vengé sept fois. » Le SEIGNEUR mit un signe sur Caïn pour que personne en le rencontrant ne le frappe. Caïn s’éloigna de la présence du SEIGNEUR et habita dans le pays de Nod à l’orient d’Éden. Caïn connut sa femme, elle devint enceinte et enfanta Hénok. Caïn se mit à construire une ville et appela la ville du nom de son fils Hénok. Irad naquit à Hénok et Irad engendra Mehouyaël; Mehiyyaël engendra Metoushaël et Metoushaël engendra Lamek. Lamek prit deux femmes; l’une s’appelait Ada et l’autre Cilla. Ada enfanta Yabal; ce fut lui le père de ceux qui habitent des tentes avec des troupeaux. Son frère s’appelait Youbal; ce fut lui le père de tous ceux qui jouent de la cithare et du chalumeau. Cilla, quant à elle, enfanta Toubal-Caïn qui aiguisait tout soc de bronze et de fer; la soeur de Toubal-Caïn était Naama. Lamek dit à ses femmes: « Ada et Cilla, écoutez ma voix! Femmes de Lamek, tendez l’oreille à mon dire! Oui, j’ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure. Oui, Caïn sera vengé sept fois, mais Lamek soixante-dix-sept fois. » Adam connut encore sa femme, elle enfanta un fils et le nomma Seth, « car Dieu m’a suscité une autre descendance à la place d’Abel, puisque Caïn l’a tué ». A Seth, lui aussi, naquit un fils qu’il appela du nom d’Énosh. On commença dès lors à invoquer Dieu sous le nom de SEIGNEUR.

Différentes violences se croisent dans le récit du premier meurtre de l’humanité.
Violences sur Abel, symbolique car il n’est pas nommé par sa mère, contrairement à Caïn, puis physique quand il est tué par son frère Caïn, jaloux de l’accueil de l’offrande d’Abel.
La violence est puissante comme le serpent de la tentation au chapitre 3, elle est  » tapie à ta porte, elle te désire « , mais  » toi, domine-la « .
Puis il y a la violence du silence, violence du mensonge de Caïn qui nie le crime.
Les conséquences de la violence sont dramatiques. Caïn va devenir errant et vagabond, éventuellement tué par vengeance. On voit l’amplification de la violence : si Caïn est tué, il sera vengé 7 fois ; puis, quelques versets plus loin (4,24) :  » Oui, Caïn sera vengé sept fois, mais Lamek soixante-dix-sept fois. « 

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Les vendeurs chassés du temple

Marc 11,15-18
Ils arrivent à Jérusalem. Entrant dans le temple, Jésus se mit à chasser ceux qui vendaient et achetaient dans le temple; il renversa les tables des changeurs et les sièges des marchands de colombes, et il ne laissait personne traverser le temple en portant quoi que ce soit. Et il les enseignait et leur disait: « N’est-il pas écrit: Ma maison sera appelée maison de prière pour toutes les nations? Mais vous, vous en avez fait une caverne de bandits. » Les grands prêtres et les scribes l’apprirent et ils cherchaient comment ils le feraient périr. Car ils le redoutaient, parce que la foule était frappée de son enseignement.

Les commentateurs ne sont pas d’accord sur la violence dans ce texte. Jésus est-il violent parce qu’il frappe les animaux et renverse les tables ? Ou bien s’agit-il d’un acte simplement symbolique, comme les prophètes autrefois, pour purifier le temple devenu un repaire de voleurs ? Un geste qui, alors, est un langage clair pour les marchands.
Ce texte met aussi en scène la violence des autorités qui décident de mettre Jésus à mort. Il se comprend dans le cadre de la violence du système sacrificiel, dont le Temple est le lieu central.

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Détruire et bâtir

Jérémie 1,10
« Sache que je te donne aujourd’hui autorité sur les nations et sur les royaumes, pour déraciner et renverser, pour ruiner et démolir, pour bâtir et planter. »

La mission du prophète est une mission de construction et de destruction. Détruire est-il toujours violent ? Pour vivre, qu’est-il nécessaire de détruire, que faut-il construire ? A quoi dire  » non  » et à quoi dire  » oui  » ?

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L'esclavage

Galates 3,28
Il n’y a plus ni Juif, ni Grec; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre; il n’y a plus l’homme et la femme; car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus Christ.

Paul dans ce passage ne se prononce pas sur l’esclavage en tant que tel. Il s’agit d’un élément structurel de la société de son temps, une catégorie sociale parmi d’autres. Mais il met sur le même plan, en Christ, l’esclave et l’homme libre. La fraternité chrétienne est plus grande que les catégories humaines.
Est-ce une violence symbolique de mettre ainsi sur le même pied  » esclave et homme libre « , en niant la souffrance du premier ? Ou est-ce une subversion, en Christ, des catégories humaines, un  » au-delà  » de la violence structurelle ?

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