Prier - Culture

Le mur " des Lamentations "

Attias, Jean-Christophe et Benbassa, Esther, art. « Mur des Lamentations », in : Dictionnaire de Civilisation juive, Paris : Larousse, 1998 :
« Simple mur de soutènement du mont du Temple érigé sous le règne d’Hérode (1er siècle avant J.-C.), le « Mur occidental » n’est pas, à proprement parler, un vestige du sanctuaire détruit par les Romains en 70. Il ne commence à occuper une place centrale dans la tradition juive qu’à partir des années 1520, après la conquête ottomane de Jérusalem, en 1517, et quand y affluent les exilés juifs d’origine ibérique. Dès lors, les sources le présentent comme un lieu d’assemblée et de culte juif (ce sont les non-Juifs qui le nomment « mur des Lamentations », parce que c’est devant lui que les Juifs viennent pleurer la ruine du Temple). Sa popularité ne cesse de croître, il prend figure de symbole et devient même un enjeu dans les luttes nationalistes qui opposent Juifs et Arabes en Palestine mandataire (1917-1948). A partir de 1948, il passe sous souveraineté jordanienne et devient inaccessible aux Juifs. Sa « libération », pendant la guerre des Six-Jours (1967), est perçue comme un événement capital, tant sur le plan religieux que national. La vaste esplanade qu’il domine désormais est l’un des lieux d’Israël les plus visités par les touristes, les pèlerins ou les simples fidèles. Diverses croyances et légendes lui sont rattachées. Ainsi lui applique-t-on certaines traditions midrashiques (qui, à l’origine, concernaient vraisemblablement le mur occidental du Saint des saints) en vertu desquelles il est indestructible et habité par la Shekhina [« présence divine »]. Les prières prononcées devant lui jouiraient d’une efficacité toute particulière et il est d’usage de glisser entre ses pierres de petits bouts de papier où l’on a préalablement noté ses demandes. »

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" Prière à l'inconnu ", Jules Supervielle

Jules Supervielle (1884-1960) écrit un poème intitulé Prière à l’inconnu. Son texte est un appel, parfois un cri, lancé à un Dieu dont il doute profondément. Cette prière n’en demeure pas moins une recherche de dialogue « en vérité », instauré par le poète.

Prière à l’inconnu
Voilà que je me surprends à t’adresser la parole,

Mon Dieu, moi qui ne sais encore si tu existes
Et ne comprends pas la langue de tes églises chuchotantes.
Je regarde les autels, la voûte de ta maison,
Comme qui dit simplement: voilà du bois, de la pierre,
Voilà des colonnes romanes.
Il manque le nez à ce saint.
Et au-dedans comme au-dehors, il y a la détresse humaine.
Je baisse les yeux sans pouvoir m’agenouiller pendant la messe,
Comme si je laissais passer l’orage au-dessus de ma tête.
Et je ne puis m’empêcher de penser à autre chose.
[…]
Mon Dieu, je ne crois pas en toi, je voudrais te parler tout de même.
J’ai bien parlé aux étoiles, bien que je les sache sans vie,
Aux plus humbles des animaux, quand je les savais sans réponse,
Aux arbres qui, sans le vent, seraient muets comme la tombe.
Je me suis parlé à moi-même, quand je ne sais pas bien si j’existe.
Je ne sais si tu entends nos prières, à nous les hommes,
Je ne sais si tu as envie de les écouter.
Si tu as, comme nous, un cœur qui est toujours sur le qui-vive
Et des oreilles ouvertes aux nouvelles les plus différentes
Je ne sais pas si tu aimes à regarder par ici.
Pourtant je voudrais te remettre en mémoire la planète terre
Avec ses fleurs, ses cailloux, ses jardins et ses maisons
Avec tous les autres et nous qui savons bien que nous souffrons.
Je veux t’adresser sans tarder ces humbles paroles humaines
Parce qu’il faut que chacun tente à présent tout l’impossible.
[…]
Ah ! si tu existes, mon Dieu, regarde de notre côté.
Viens te délasser parmi nous.
La terre est belle, avec ses arbres, ses fleuves et ses étangs,
Si belle, que l’on dirait que tu la regrettes un peu
Mon Dieu, ne va pas faire la sourde oreille
Et ne va pas m’en vouloir si nous sommes à tu et à toi
Si je te parle avec tant d’abrupte simplicité.
Je croirais moins qu’en tout autre en un Dieu qui terrorise.
Plus que par la foudre, tu sais t’exprimer par les brins d’herbe
Et par les jeux des enfants et par les yeux des ruisseaux.
[…]
« in Jules Supervielle, La fable du monde, Paris : Poésie-Gallimard, 1987

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" Prière à Dieu ", Voltaire

Dans son Traité sur la tolérance, Voltaire (1694-1778) développe ses idées contre le fanatisme religieux et la persécution. Ce texte (extrait du chapitre 23) qui a la forme d’une prière s’adresse en réalité aux hommes et non à Dieu. C’est un appel à la tolérance entre les hommes et à la liberté des pratiques religieuses. Voltaire en appelle à la responsabilité des hommes : c’est à eux d’apaiser leurs relations.
Voltaire, Traité sur la tolérance, Paris : Garnier-Flammarion, 1993.

« Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui a tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un coeur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à tes yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supporte ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni envier, ni de quoi s’enorgueillir.
Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant. »

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