Module Les gros mots de la théologie



Dieu



L'inconnu

Dans la rue, la femme et l'homme ont été arrêtés. On les entend crier sous les coups. C'est insoutenable.
Freud se lève précipitamment pour aller à la fenêtre.
L'Inconnu s'interpose et lui en barre l'accès.
Non, s'il vous plaît.
FREUD : Et vous laissez faire !
L'INCONNU : J'ai fait l'homme libre.
FREUD : Libre pour le mal !
L'INCONNU (l'empêchant de passer, malgré les cris qui s'amplifient) : Libre pour le bien comme pour le mal, sinon la liberté n'est rien.
FREUD : Donc vous n'êtes pas responsable ?
Pour toute réponse, l'Inconnu cesse brusquement de retenir Freud. Celui-ci se précipite vers la fenêtre.
Les cris se calment. On entend seulement les bottes s'éloigner.
L'Inconnu s'est laissé tomber sur un siège.
Ils ont arrêté un couple. Ils l'emmènent... (Se tournant vers l'Inconnu.) Où ?
L'INCONNU (sans force) : dans des camps...
FREUD : Des camps ?
Freud est effaré par cette nouvelle. Il s'approche de l'Inconnu qui est bien plus défait que lui encore...
Empêchez-les ! Empêchez tout ça ! Comment voudriez-vous qu'on croit encore en vous après tout ça ! Arrêtez !
Il le secoue par le col.
L'INCONNU : Je ne peux pas.
FREUD (véhément) : Allez ! Intervenez ! Arrêtez ce cauchemar, vite !
L'INCONNU : Je ne peux pas. Je ne peux plus !
L'Inconnu se dégage, rassemble ses forces pour aller fermer la fenêtre. Au moins, le bruit des bottes a disparu...
Il s'appuie contre la vitre, épuisé.
FREUD : Tu es tout-puissant !
L'INCONNU : Faux. Le moment où j'ai fait les hommes libres, j'ai perdu la toute-puissance et l'omniscience. J'aurais pu tout contrôler et tout connaître d'avance si j'avais simplement construit des automates.
FREUD : Alors pourquoi l'avoir fait, ce monde ?
L'INCONNU : Pour la raison qui fait faire toutes les bêtises, pour la raison qui fait tout faire, sans quoi rien ne serait...par amour.
Il regarde Freud qui semble mal à l'aise.
Tu baisses les yeux, mon Freud, tu ne veux pas de ça, hein, toi, un Dieu qui aime ? Tu préfères un Dieu qui gronde, les sourcils vengeurs, le front plissé, la foudre entre les mains ? Vous préférez tous ça, les hommes, un Père terrible, au lieu d'un Père qui aime...
Il s'approche de Freud qui est assis, et s'agenouille devant lui.
Et pourquoi vous aurais-je faits si ce n'était par amour ? Mais vous n'en voulez pas, de la tendresse de Dieu, vous ne voulez pas d'un Dieu qui pleure...qui souffre...(Tendrement) Oh, oui, tu voudrais un Dieu devant qui on se prosterne mais pas un Dieu qui s'agenouille...

Eric-Emmanuel Schmitt


  • Vous sentez-vous proche de la réaction de Freud ?
  • Comment réagissez-vous face à l'attitude de l'Inconnu ?

Cliquez sur les termes soulignés : les notices s’affichent en dessous de ce texte

L'inconnu

Dans la rue, la femme et l'homme ont été arrêtés. On les entend crier sous les coups. C'est insoutenable.
Freud se lève précipitamment pour aller à la fenêtre.
L'Inconnu s'interpose et lui en barre l'accès.
Non, s'il vous plaît.
FREUD : Et vous laissez faire !
L'INCONNU : J'ai fait l'homme libre.
FREUD : Libre pour le mal !
L'INCONNU (l'empêchant de passer, malgré les cris qui s'amplifient) : Libre pour le bien comme pour le mal, sinon la liberté n'est rien.
FREUD : Donc vous n'êtes pas responsable ?
Pour toute réponse, l'Inconnu cesse brusquement de retenir Freud. Celui-ci se précipite vers la fenêtre.
Les cris se calment. On entend seulement les bottes s'éloigner.
L'Inconnu s'est laissé tomber sur un siège.
Ils ont arrêté un couple. Ils l'emmènent... (Se tournant vers l'Inconnu.) Où ?
L'INCONNU (sans force) : dans des camps...
FREUD : Des camps ?
Freud est effaré par cette nouvelle. Il s'approche de l'Inconnu qui est bien plus défait que lui encore...
Empêchez-les ! Empêchez tout ça ! Comment voudriez-vous qu'on croit encore en vous après tout ça ! Arrêtez !
Il le secoue par le col.
L'INCONNU : Je ne peux pas.
FREUD (véhément) : Allez ! Intervenez ! Arrêtez ce cauchemar, vite !
L'INCONNU : Je ne peux pas. Je ne peux plus !
L'Inconnu se dégage, rassemble ses forces pour aller fermer la fenêtre. Au moins, le bruit des bottes a disparu...
Il s'appuie contre la vitre, épuisé.
FREUD : Tu es tout-puissant !
L'INCONNU : Faux. Le moment où j'ai fait les hommes libres, j'ai perdu la toute-puissance et l'omniscience. J'aurais pu tout contrôler et tout connaître d'avance si j'avais simplement construit des automates.
FREUD : Alors pourquoi l'avoir fait, ce monde ?
L'INCONNU : Pour la raison qui fait faire toutes les bêtises, pour la raison qui fait tout faire, sans quoi rien ne serait...par amour.
Il regarde Freud qui semble mal à l'aise.
Tu baisses les yeux, mon Freud, tu ne veux pas de ça, hein, toi, un Dieu qui aime ? Tu préfères un Dieu qui gronde, les sourcils vengeurs, le front plissé, la foudre entre les mains ? Vous préférez tous ça, les hommes, un Père terrible, au lieu d'un Père qui aime...
Il s'approche de Freud qui est assis, et s'agenouille devant lui.
Et pourquoi vous aurais-je faits si ce n'était par amour ? Mais vous n'en voulez pas, de la tendresse de Dieu, vous ne voulez pas d'un Dieu qui pleure...qui souffre...(Tendrement) Oh, oui, tu voudrais un Dieu devant qui on se prosterne mais pas un Dieu qui s'agenouille...

Eric-Emmanuel Schmitt


Après étude du texte, nous vous proposons une série de questions qui vous permettront d'actualiser le texte, et de faire de ce récit le vôtre
(nb : les visuels associés aux questions sont uniquement présents pour vous inspirer, mais ne constituent pas un élément de réponse)

Partager avec l'équipe Théovie vos réflexions


  • 20070512165907


    Quelle image vous faites-vous de Dieu ? Pourquoi ?

  • 20070512170046


    Il existe différentes manières de se représenter Dieu et d'en parler. Selon vous, cette multiplicité est-elle une chance ou un risque ? Pourquoi ?

  • 20070512170247


    Comment articuleriez-vous l'existence du mal et de Dieu ?

  • 20070512170407


    Dieu donne-t-il "du" ou "des" sens à la vie ? Le ou lesquels ?

  • 20070512170528


    Pensez-vous que l'existence de Dieu met en question la liberté de l'être humain ?



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Soyez acteur de votre lecture


  • Relevez les différentes parties du texte et précisez l'évolution ?
  • Quel type de relation s'établit entre les deux personnages ? Comment évolue-t-elle ?
  • Précisez les deux logiques qui s'affrontent, celle de Freud et celle de l'Inconnu.
  • Qu'apporte l'écriture théâtrale aux propos tenus ?

Un peu de culture...

Le dialogue interreligieux

20070512162741

Dans l'article du Figaro intitulé Les 4 vérités de Dieu (publié le 30 juin 2006), le journaliste Olivier Michel interroge quatre représentants religieux de France : l'évêque Jean-Pierre Ricard, le président de la Fédération Protestante de France le pasteur Jean-Arnold de Clermont, le grand rabbin Joseph Sitruk et le recteur de la mosquée de Paris Dalil Boubakeur. Lors de cette interview, on peut déceler les orientations des trois grandes religions monothéistes.

"Une religion peut-elle vivre avec ses seuls livres saints ?
Mgr J.-P. R. - Contrairement à ce qu'on entend souvent, le christianisme n'est pas une religion du Livre. Elle est la religion de l'Incarnation : Dieu a pris chair et s'est fait homme. C'est à travers les hommes qui traduisent leur foi en actes, qui aiment leur prochain comme Jésus nous a aimés, que la religion reste vivante. Mais la méditation des Ecritures saintes est indispensable pour nourrir sa foi et suivre l'exemple du Christ.
Pasteur J.-A. de C. - Une religion est en dialogue permanent avec la culture de son temps ; elle se fonde sur ses textes saints mais en dialogue avec la philosophie, la science, les arts de son temps. Mais elle se vit aussi avec d'autres croyants dans le cadre d'une communauté, lors des offices ou de temps de réflexion et de partage."


Et si en plus y'a personne

Souchon, Alain, Et si en plus y'a personne
Paroles et musique d'Alain Souchon et Laurent Voulzy, 2005.

Cette chanson parle des trois grandes religions monothéistes (judaïsme, christianisme, islam). En pointant les excès de chacune d'entre elles, la chanson s'interroge sur leur fondement. Et si en plus y'a personne dénonce toutes sortes de fanatisme religieux, au nom desquels on tue. La chanson remet en question l'existence même d'un Dieu.

Abderhamane, Martin, David
Et si le ciel était vide
Tant de processions, tant de têtes inclinées
Tant de capuchons tant de peur souhaitées
Tant de démagogues de Temples de Synagogues
Tant de mains pressées, de prières empressées

Tant d'angélus
Ding
Qui résonne
Et si en plus
Ding
Y'a personne

Abderhamane, Martin, David
Et si le ciel était vide
Il y a tant de torpeurs
De musiques antalgiques
Tant d'anti-douleurs dans ces jolis cantiques
Il y a tant de questions et tant de mystères
Tant de compassions et tant de revolvers

Tant d'angélus
Ding
Qui résonne
Et si en plus
Ding
Y'a personne

Arour hachem, Inch Allah
Are Krishna, Alléluia

Abderhamane, Martin, David
Et si le ciel était vide
Si toutes les balles traçantes
Toutes les armes de poing
Toutes les femmes ignorantes
Ces enfants orphelins
Si ces vies qui chavirent
Ces yeux mouillés
Ce n'était que le vieux plaisir
De zigouiller.


Echangeons !

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L'INCONNU - [Clés de lecture]

20070512180234

Dans cette pièce de théâtre, Le Visiteur, un dialogue se noue entre deux personnages : Freud (psychiatre de la fin du 19e et du début du 20e siècle, fondateur de la psychanalyse) et celui qui ne sera désigné que par ce mot, " l'Inconnu ". De cet énigmatique visiteur, le spectateur ne sait rien d'autre que ce que Freud pressent : il serait une incarnation de Dieu. On comprend que pour le bon déroulement de l'intrigue, l'auteur n'ait pas souhaité préciser son identité. En dehors de cela, il est intéressant de noter qu'on qualifie Dieu d'" Inconnu " - avec majuscule - : il est avant tout celui qu'on ne connaît pas, dont on ne sait rien, qu'on ne peut pas nommer.
Il semble effectivement qu'aujourd'hui et essentiellement dans les pays occidentaux, le discours sur Dieu, la notion même de Dieu ne relèvent plus de l'évidence. Dieu ne s'impose plus dans la vie quotidienne ni même dans la pensée contemporaine, alors que son " existence " allait de soi aux siècles précédents. La théologie est traversée par cette crise et elle tente de plusieurs manières d'y faire face. Le Visiteur, pièce contemporaine, illustre cette difficulté à parler de Dieu : un Dieu devenu " l'Inconnu " par excellence.

Dieu selon deux registres - [Clés de lecture]

20070512154336

Le choix du nom "l'INCONNU" permet aussi de préciser qu'on peut parler de Dieu selon deux registres au moins. Le premier registre serait celui de l' objectivité : la philosophie ou la théologie ont par exemple souvent cherché à parler de Dieu objectivement, cherchant à le décrire dans son essence, sa nature propre. Le second registre serait plus subjectif : on peut parler de Dieu de manière plus existentielle. La foi privilégie un discours relationnel à Dieu : le croyant est en relation avec Dieu, c'est de là qu'il en parle. Le Visiteur joue sur ces deux registres : la pièce fait de Dieu un personnage qui sans cesse échappe à son interlocuteur. En même temps, il veut se laisser découvrir par lui.

J'ai fait l'homme libre - [Clés de lecture]

20070512154428

20070512154503

Freud demande à l'Inconnu d'intervenir : dans la rue, un couple est poursuivi par des nazis et finalement arrêté. Conscient de la monstruosité du régime nazi, Freud interpelle l'Inconnu : s'il est véritablement Dieu, alors pourquoi laisse-t-il faire ces atrocités ? L'Inconnu répond : " J'ai fait l'homme libre ". Cette réponse s'appuie sur deux affirmations.
La première est que Dieu est un Dieu créateur : il a créé le monde, les êtres humains. Dieu serait donc à l'origine de l'homme, affirmation qu'on trouve dans la Bible, notamment dans le livre de la Genèse (chapitres 1 et 2).
La seconde affirmation est que l'homme a été créé libre, c'est-à-dire qu'il est considéré comme un être responsable, capable de choix et de discernement. L'histoire de la théologie problématise la liberté de l'homme de différentes manières. Penser l'homme comme une créature de Dieu et en même temps libre, ne va pas de soi.

Vous n'êtes pas responsable ? - [Clés de lecture]

20070512154618

Lorsque l'Inconnu affirme qu'il a fait l'homme libre, Freud comprend qu'il en va de la responsabilité des hommes et de celle de Dieu. L'homme a été créé libre : il est responsable. Sa responsabilité annule-t-elle celle de Dieu ? Autrement dit, est-ce normal que Dieu n'intervienne pas dans le monde ? Cette question dépasse largement le cadre de cette pièce de théâtre. Elle traverse les courants de pensée et notamment ceux de la théologie. Peut-on imputer à Dieu une faute de " non-assistance à humanité en danger " ? Comment concevoir un Dieu passif et spectateur d'un monde à l'histoire continuellement tragique ? A ces questions, les théologiens tentent de répondre en réfléchissant sur le lien qui peut exister entre l'histoire et Dieu. Selon qu'on considère l'histoire comme le déroulement d'un destin ou d'une fatalité, ou bien selon qu'on considère Dieu comme un Dieu de providence, les réponses ne seront pas identiques. La Bible raconte un Dieu de l'histoire, qui intervient dans la vie de son peuple mais aussi dans le monde. L'histoire biblique est marquée par trois interventions majeures de Dieu: l'Exode (la libération du peuple hébreu, Exode 12-15), l'Exil (le peuple hébreu chassé de son pays, Jérémie 19-20) et enfin la venue de Jésus-Christ (les évangiles).

Qu'on croit encore en vous après tout ça - [Clés de lecture]

20070512154801

Les atrocités commises pendant la seconde guerre mondiale ont marqué profondément les esprits et notamment ceux des intellectuels. Le progrès de la morale, le développement de la culture et des sciences ont longtemps fait croire à un recul de la barbarie. La " foi dans le progrès " est, depuis cet événement mondial, bien vacillante. Ici, Freud fait état d'une question qui hante les hommes de tous les temps : comment croire en Dieu devant les réalités passées et actuelles du mal ? A cause du mal, il semble que de nombreuses personnes ne peuvent pas croire et s'approprient ces mots d'Albert Camus : " La seule excuse de Dieu, c'est qu'il n'existe pas ".
La question du mal traverse l'histoire de la théologie, tous les chrétiens sont confrontés - quelle que soit l'époque - à cette question lancinante. Elle reste fondamentale et ne saurait être évacuée en quelques mots. Devant la question du mal, la Bible ne donne d'ailleurs pas d'explication totale et définitive. En revanche, elle apporte le témoignage d'hommes et de femmes qui se sont heurtés à la souffrance, qui ont médité sur sa réalité et qui ont essayé de la vivre devant Dieu.

Les théologiens et le mal - [Clés de lecture]

20070512182412

20070512183000

Les théologiens, quant à eux, proposent différentes manières de comprendre la réalité du mal. Généralement, ces différences sont dues aux représentations qu'on se fait de Dieu. En fonction de ce qu'on suppose, de ce qu'on attend de lui, on ne comprend pas le mal de la même manière. Par exemple, Dieu, tel que les évangiles en parlent, se présente lui-même aux hommes comme un homme marqué par la souffrance et la douleur du monde. C'est en puisant dans ces récits que les théologiens cherchent souvent à rendre compte de la foi chrétienne malgré le mal.

La toute-puissance et l'omniscience - [Clés de lecture]

20070512154925

L'auteur fait se rencontrer deux représentations de Dieu. L'une, véhiculée par Freud, l'envisage comme un Dieu tout-puissant, omniscient (ce qui signifie qu'il est capable de tout savoir des choses passées, présentes et à venir). L'autre, représentée par l'Inconnu, présente un Dieu qui a renoncé à ses qualités divines au profit des hommes, afin qu'ils demeurent libres. L'image d'un Dieu à la puissance sans limite connaît un large succès, c'est sans doute l'attribut qu'on lui confère le plus. Cette puissance n'est pas propre au Dieu des chrétiens, on la retrouve dans les récits mythiques des plus grandes civilisations (comme chez Zeus à la période grecque classique), mais aussi dans toutes les plus grandes religions monothéistes. En théologie chrétienne, on ne cesse de s'interroger sur la puissance divine : quelle est sa nature, de quelle manière s'exerce-t-elle ? En schématisant, on pourrait dire que quatre sortes de réponses ont été apportées. Pour la première, Dieu exerce un pouvoir absolu - potestas absoluta - et sa puissance ne connaît aucune limite. Pour la deuxième, tout est possible à Dieu, c'est ce qu'on appelle l'omnipotentia, il peut imposer sa volonté à tout moment mais ne le fait pas par respect de la liberté humaine. Pour la troisième, Dieu possède une puissance indestructible mais limitée pour le moment car combattue par des forces antagonistes. Enfin pour la dernière réponse, Dieu n'a aucune puissance : il n'est, à l'image de Jésus, qu'humilité et faiblesse.

Pourquoi l'avoir fait, ce monde ? - [Clés de lecture]

20070512155012

L'Inconnu reconnaît son impuissance à intervenir dans le cours de l'histoire, à faire cesser ces " bruits de bottes ". Freud déploie alors sa logique jusqu'au bout et cherche à comprendre le sens d'un tel monde. Pourquoi l'avoir fait ? Pourquoi la vie ? Quel sens lui donner ?
En premier lieu, on appelle " sens " ce qui apporte la réponse aux " pourquoi ? ", ce qui marque l'aboutissement d'une quête, l'achèvement d'un parcours. Le sens procure la clef des énigmes de l'existence. Ainsi compris, le sens entraîne une saturation et marque un terminus. Il peut même installer dans un dogmatisme qui s'imagine savoir sinon tout, du moins l'essentiel. Dans cette scène, Freud cherche à obtenir le sens des événements dont il est le témoin : il n'aura finalement pas de réponse à son " pourquoi ? ".
En second lieu, le mot " sens " désigne une direction, comme le panneau de signalisation routière qui indique non pas qu'on a atteint le but, mais qu'il y a encore du chemin à parcourir. Il devient alors une sorte d'étape, de trajet qui se continue et qui s'ouvre. Il semblerait que l'Inconnu propose à Freud un tel sens : son personnage soulève plus de questions chez Freud qu'il ne lui apporte de réponses.
Cette scène illustre donc une ambivalence : elle montre un Dieu qui est tout à la fois dans la distance et la proximité avec les hommes. Il est à distance des événements qui se déroulent mais à proximité de l'homme qui les subit.
Dans la Bible, on retrouve cette conception d'un Dieu proche et lointain à la fois. Dieu fait alliance avec les hommes sans pour autant nier sa souveraineté.

Un Dieu qui aime - [Clés de lecture]

20070512155250

Depuis quelques répliques, les personnages se tutoient : l'auteur signale sans doute ainsi leur proximité grandissante. Leur échange s'intensifie et c'est à ce moment-là que, pour la première fois, il est question d'amour. L'Inconnu parle d'un Dieu qui aime, à l'opposé d'un Dieu maître du monde qui punit et récompense, dirige le monde et joue avec les êtres humains. Pour Freud, c'est une révélation, en ce sens que ce n'est pas un tel Dieu qu'il se représentait. L'Inconnu lui révèle une toute nouvelle image de Dieu.
Les chrétiens reconnaissent en Jésus-Christ la plus importante des révélations de Dieu aux hommes. Les chrétiens découvrent dans l' Ancien et le Nouveau Testament un Dieu d'amour. Le Dieu de Jésus-Christ révèle un Dieu solidaire qui témoigne de son amour en acceptant de vivre parmi eux.

Révélation - [Clés de lecture]

La révélation désigne la communication de Dieu avec les hommes. Les religions dites " de révélation " se fondent sur une action de Dieu. Selon elles, Dieu intervient à certains moments dans la vie des êtres humains et se manifeste à eux : il leur délivre des messages, se fait connaître. Le judaïsme, le christianisme et l'islam font partie des religions qui se réclament d'une révélation. Toutefois, elles se réfèrent à des événements et des discours révélateurs différents (même si elles en ont certains en commun).

Les hommes - [Clés de lecture]

20070512155328

L'Inconnu fait référence à ce que pensent les hommes de Dieu, ce qu'ils en disent. Selon lui, ils brossent le portrait d'un Dieu terrible qui détient l'autorité suprême et le pouvoir. On lui attribue alors toutes les " qualités " que l'homme n'a pas : l'homme est mortel, Dieu serait immortel ; l'homme est faible, Dieu serait fort ; l'homme est limité par sa condition physique, Dieu ne connaîtrait aucune limite, etc. Autrement dit, un tel Dieu réunirait tous les désirs de puissance de l'homme, deviendrait une véritable idole, une sorte de superstar.
Cette réplique pointe la difficulté et même les limites que rencontrent les hommes à parler de Dieu. Comment l'homme peut-il penser Dieu, l'étudier ? Si la théologie prétend - littéralement - traiter de Dieu, tenir un discours sur lui, elle ne saurait prétendre à dire le " tout " de Dieu, à épuiser ce qu'il est et le définir totalement. Ainsi, la tâche théologique consiste essentiellement à penser la croyance, la foi en Dieu : passer du ressenti au pensé, sans pour autant que l'un annule l'autre. Traversée par l'ensemble des sciences humaines (histoire, psychanalyse, économie, etc.), la théologie tente d'élaborer - pour ici et maintenant - une réflexion sur Dieu. L'histoire de la théologie montre de manière éclatante qu'il n'existe pas en la matière de consensus et que la pluralité reste de vigueur.

Un Père - [Clés de lecture]

20070512155425

Pour la première fois dans ce dialogue, l'Inconnu désigne Dieu comme un Père. Face à Freud, cette réplique ne manque pas de piment : d'un point de vue psychanalytique, Freud a beaucoup travaillé sur l'image du père avec ses enjeux d'autorité et de puissance. Il est question ici d'un Père qui aime, d'un Père tel que les évangiles en parlent (Luc 15,11-32).
C'est Jésus qui s'adresse à Dieu - son Père - avec une familiarité et une proximité nouvelles. Ainsi, c'est au travers du Fils, que les croyants découvrent Dieu comme étant leur Père. Cette paternité de Dieu a été différemment interprétée par les théologiens, mais tous s'accordent à y voir le cœur même de la relation qui unit Dieu aux hommes : une relation de responsabilité, d'adoption, d'amour.
Cette désignation de Dieu comme Père et Jésus comme Fils a incité l'Eglise à définir plus précisément les relations qui les unissent. Ainsi, le dogme de la Trinité a vu le jour afin de parler des différents modes de révélation que Dieu s'est donné : le Père, le Fils et l'Esprit. Cette conception d'un Dieu trinitaire est une des spécificités du christianisme. Cette particularité a longtemps valu au christianisme d'être accusé de polythéisme (confesser plusieurs dieux). Or, la Trinité est une manière de parler d'un seul Dieu qui se dit selon trois manières différentes.

Dieu qui pleure...qui souffre - [Clés de lecture]

20070512155504

L'Inconnu s'agenouille, il est comme un serviteur au pied de Freud, en situation d'humilité et de faiblesse. Il faut sans doute imaginer la scène pour aider la réplique à faire son plein effet : Dieu/L'Inconnu se révèle à Freud dans la simplicité, sans événement extraordinaire. Et l'auteur insiste en montrant la gêne, la déception sans doute, de Freud.
Ce décalage entre ce que les hommes attendent de Dieu et ce que Dieu offre aux hommes peut se lire dans les évangiles. A travers Jésus-Christ, c'est un Dieu humilié et bafoué qui se révèle aux hommes. Les récits de la Passion (l'ensemble des souffrances précédant la mort de Jésus) et de la crucifixion de Jésus ont été particulièrement décisifs pour la compréhension que les chrétiens ont de Dieu. C'est à travers ces événements que se construit l'image d'un Dieu faible qui assume sa solidarité envers les hommes jusqu'à traverser, comme eux, toutes les affres de leur condition. L'événement de la résurrectionVoir entrée Résurrection serait alors ce qui confirme Jésus comme le Fils, l'incarnation même de Dieu. La résurrection ne viendrait pas annuler la souffrance et la mort subies mais attesterait de la divinité du crucifié. Il existe quantité d'interprétationsvoir entrée Incarnation de la mort et de la résurrection de Jésus, les théologiens sont généralement d'accord pour donner à ces événements une grande importance : pour la plupart, c'est là que culmine la révélation de Dieu aux hommes.

Le Visiteur - [Contexte]

20070512155626

En 1993, Eric-Emmanuel Schmitt écrit une de ses premières pièces de théâtre : Le Visiteur. Elle est mise en scène et jouée à Paris où elle connaît rapidement un succès qui lui vaudra plusieurs récompenses. Le Visiteur est une pièce en un acte qui se déroule en temps réel, à Vienne, dans le cabinet du docteur Freud, le soir du 22 avril 1938, c'est-à-dire entre l'invasion de l'Autriche par les troupes hitlériennes (11 mars) et le départ de Freud pour Paris (4 juin). L'auteur précise le contexte : Freud est vieux, fatigué et malade. Sa fille Anna est arrêtée pour être interrogée par la Gestapo. Cette arrestation cherche à faire pression sur Freud et lui soutirer au passage quelque argent - d'origine juive, il est menacé par la politique nazie même si sa renommé internationale semble le protéger encore un peu -. Une fois sa fille emmenée, Freud voit pénétrer par la fenêtre un homme, étrangement élégant, qui se propose simplement de parler avec lui. S'ensuit alors un dialogue entre cet éminent docteur, scientifique acharné et athée, et cet Inconnu dont on suppose qu'il est une incarnation de Dieu (bien que son identité véritable ne sera jamais révélée). Leurs échanges abordent les thèmes de la nature de la conscience et de l'inconscience, la place de l'homme dans le monde, la raison du mal ou encore le conflit entre raison et intuition, la foi et l'athéisme. A chaque échange, ce sont deux conceptions qui s'affrontent, chacun laissant l'autre argumenter sa vision du monde, de Dieu et des autres. Le passage proposé ici est un extrait de la scène 10 : scène au cours de laquelle Freud commence à croire que cet Inconnu est Dieu et où ils débattent virulemment sur le mal qui ronge alors l'Autriche et bientôt l'Europe entière - des juifs sont arrêtés dans la rue et emmenés, on ne les reverra plus -. Si la fin de la pièce ne résout pas la question de l'identité de cet Inconnu, elle met un terme à une rencontre entre deux visions de l'homme qui ne cessent, aujourd'hui encore, de s'interpeller. Freud finit par réclamer un miracle pour preuve, il ne l'obtiendra pas et devra, selon l'Inconnu, apprendre que la vie est non pas " absurde, mais mystérieuse ".

Dieu en crise - [Contexte]

20070512155744

Qu'aujourd'hui, en tous cas dans les pays occidentaux, le discours sur Dieu, la notion de Dieu et la croyance en Dieu soient en crise ne fait guère de doute : les religions " traditionnelles " sont en perte de vitesse, Dieu ne " s'impose " plus dans la vie des contemporains et encore moins dans le domaine public. Les chrétiens (en particulier les théologiens et les gens d'Eglise) tentent de réagir. En simplifiant un peu, on pourrait distinguer parmi eux trois attitudes différentes.

  • La première consiste à s'en tenir à la tradition : le discours sur Dieu ne doit pas changer des siècles précédents.
  • Une deuxième attitude consiste à faire du message des évangiles, un message pour aujourd'hui avec les mots et les conceptions d'aujourd'hui : puisque Dieu a été évacué, il faut parler de l'évangile sans parler de Dieu.
  • La troisième attitude se fonde plutôt sur un travail de reformulation du discours chrétien

Une approche intellectuelle de Dieu - [Contexte]

20071003225038

On considère généralement qu'on peut parler des choses de deux manières : de manière objective (en la décrivant, en énumérant ses caractéristiques qui sont vérifiables ou tout du moins appréhendables), ou bien de manière " relationnelle " (en indiquant ce que cette chose représente ou signifie pour d'autres). Par exemple, on peut dire d'une personne qu'elle est brune (manière " objective ") et qu'elle est " mon amie " (manière " relationnelle "). On peut parler de Dieu selon ces deux registres. Souvent, la philosophie et la théologie ont cherché à parler de Dieu " objectivement ". Elles ont alors développé à son sujet des discours à la fois ontologiques (qui décrivent son être) et métaphysiques (parce que Dieu n'est pas un être physique en ce sens qu'il dépasse le monde du sensible et du visible). Ces discours traitent de la nature de Dieu, de son essence, des propriétés qui lui appartiennent en propre et le caractérisent.
Cette approche rationnelle, intellectuelle, a bien sûr sa légitimité. Toutefois, aucun de ces discours ne correspond jamais totalement à ce qu'est Dieu : il dépasse et déborde tout ce qu'on peut dire de lui. Sa réalité ou sa vérité ne se confond pas avec les mots qu'on emploie pour le désigner ou avec le discours qui parle de lui. Ces mots et ces discours ne sont pas entièrement faux ni mensongers : ils contiennent des vérités, mais ne sont pas la vérité. Si Dieu se dit à travers le langage, ce langage reste toujours imparfait et insuffisant pour le dire entièrement. C'est principalement pour cette raison que plusieurs doctrines de Dieu sont possibles et qu'aucune n'est parfaite.

Dieu, une relation - [Contexte]

20070512155916

Pour le croyant, " Dieu " est avant tout et principalement celui qu'on adore, celui à qui on se confie, en qui on espère, qui oriente et donne sens à l'existence. Dans ce cas, on parle de Dieu du point de vue de la foi, de manière " relationnelle ", c'est-à-dire qu'on dit ce qu'est Dieu au travers de la relation qu'on a avec lui. Certes, Dieu n'a pas besoin des croyants pour être ou exister objectivement. Cependant, en dehors de sa relation existentielle avec ses fidèles, il est " l'Etre Suprême ", la " Réalité Ultime ", la cause première, mais pas, à proprement parler, Dieu. Dans une perspective relationnelle, c'est le culte que les hommes lui rendent et l'importance qu'ils lui donnent dans leur vie qu'indique le nom de " Dieu ". Même des gens qui nient l'existence d'une transcendance, qui refusent toute idée de " Dieu " ont, en ce sens, un dieu : non pas parce qu'ils croiraient sans en avoir conscience, mais parce qu'il y a nécessairement un idéal, un principe, une cause, une personne ou une chose qui joue un rôle déterminant dans et pour leur existence. Dieu, ainsi compris, est ce qui pour chacun donne sens à sa vie.
Dans cette perspective, s'interroger sur Dieu ne consiste pas tant à débattre de son existence ou de sa nature, mais signifie surtout s'interroger sur le sens de son existence, du monde. A la question du sens de la vie, il n'y a pas de solution définitive à puiser dans un savoir absolu. Le croyant peut y répondre humblement, fragilement chaque jour à nouveau, dans des balbutiements qui renvoient au lien vivant qu'il entretient avec Dieu. Ce lien n'arrête pas la quête de sens en lui offrant des certitudes. Au contraire, il entretient la quête.

Le Dieu créateur - [Contexte]

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La Bible parle d'un Dieu créateur : elle raconte notamment comment celui-ci est à l'origine du monde et l'a créé avec tout ce qu'il contient ( Genèse 1). Cette affirmation n'entend pas décrire la réalité des événements qui sont à l'origine du monde (ce serait alors ce qu'on appelle le créationnisme), mais la vérité des relations qui unissent Dieu aux hommes. Selon les théologiens, la doctrine biblique de la création dirait plusieurs choses de Dieu (et donc du monde). Elle présenterait un Dieu " dynamique ", dont la création ne se limiterait pas à un événement lointain, mais serait une sorte de processus continu. La création serait également perçue comme la marque de l'amour de Dieu : Dieu n'a pas été contraint de créer, il l'a fait pour être un Dieu de relation qui ne veut pas exister pour lui seul. D'autres théologiens insistent sur le fait que la création témoigne de la puissance et de la sagesse de Dieu : à travers la création, l'homme pourrait contempler Dieu s'il n'était pas aussi aveugle.
Les récits de création précisent certains points. D'abord, qu'il ne s'agit pas de diviniser le monde : la doctrine implique une différence radicale entre le Créateur et la créature, entre Dieu et le monde. Elle rejette tout panthéisme, c'est-à-dire tout courant qui tend à diviniser soit le monde en son ensemble soit des éléments du monde. De plus, les textes bibliques qui parlent de la création insistent beaucoup sur la parole (Genèse 1,3 ou Jean 1,1). Ainsi, la primauté n'appartient ni à l'ordre du monde ni à la volonté humaine, mais à la parole de Dieu. A travers ces textes, le croyant peut découvrir qu'il n'est pas autonome, il n'a pas la maîtrise de son existence : parce qu'il est un être créé, il ne peut prétendre à l'autosuffisance. L'homme dépend primordialement de Dieu et plus précisément encore, de sa parole : en elle, se trouverait la vérité première et dernière de sa vie. Dans cette perspective, la création proclame la priorité et la valeur ultime de la parole de Dieu.

Le monde créé - [Contexte]

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La doctrine de la création véhicule un enseignement sur le monde. Elle dit que le monde vient de Dieu, dépend de lui, par conséquent, on ne peut le considérer négativement. Son existence est en elle-même bonne (même si le monde est dégradé, détérioré). Cette position s'oppose à celle du gnosticisme pour qui le monde est par nature opposé à Dieu, intrinsèquement mauvais (on voit dans le corps une prison qui tient l'âme captive et on considère que le salut de l'homme consiste à lui échapper, à fuir le monde). La doctrine chrétienne de la création s'oppose aussi à une vision bouddhiste pour qui l'existence est misère, souffrance et douleur ; il s'agit là aussi de s'en extraire pour entrer dans le nirvana. Pour le christianisme, au contraire, la vie reste fondamentalement un don merveilleux et non une fatalité qui pèserait sur l'homme. Dans ce sens, elle s'oppose enfin à une vision dualiste du monde (vision pour laquelle il existe un dieu du bien et un dieu du mal en conflit dans l'univers).

La providence - [Contexte]

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Le mot " providence " n'apparaît pas dans la Bible. Si la Bible n'emploie jamais le mot, elle affirme par contre que Dieu s'occupe des êtres humains, en particulier de ceux qui l'aiment et qui le servent (Esaïe 45,1-3). On trouve, par exemple, des passages qui décrivent la bienveillance de Dieu : Psaume 121 ou Matthieu 6,25-34. Les chrétiens appellent " providence " cette sollicitude de Dieu qui veille sur les siens. Parler de providence en christianisme, signifie essentiellement que le croyant n'est pas seul dans l'existence. Il n'est pas abandonné à lui-même dans les problèmes et les difficultés qu'il rencontre. La présence aimante de Dieu l'accompagne et l'aide chaque instant. Dans cette perspective, la providence qualifie une relation personnelle et confiante qui se vit dans la foi et où l'homme est appelé à prendre ses responsabilités.
Cette idée d'un Dieu de providence rencontre deux grandes oppositions. La première (et la plus classique) se réfère aux catastrophes naturelles (tremblement de terre, raz-de-marée, ouragans, etc.) : certains théologiens et philosophes estiment que de tels événements sont le mal absolu qui met en cause le plus radicalement l'affirmation de la providence. Dans ce cas, on impute à Dieu une part de responsabilité. La seconde se réfère aux horreurs perpétrées par les hommes (la Shoah, la bombe atomique à Hiroshima, le génocide au Rwanda, etc.) : certains théologiens et philosophes estiment que même si ces événements sont directement imputables aux hommes, Dieu ne les a pas (ou n'a pas pu) les empêcher. Dieu porte, là aussi, une part de responsabilité.

Les représentations d'aujourd'hui - [Contexte]

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Dieu paraît absent du paysage actuel : il a été évacué de bien des domaines (science, culture, société, etc.). L'être humain s'instaure alors comme son propre fondement, sans autre vis-à-vis que lui-même. Inclure Dieu dans les représentations qu'on se fait de la vie, du monde, de ses relations aux autres est parfois perçu comme une faiblesse : l'homme ne devrait compter que sur lui-même et ne dépendant que de lui-même. Cette conception, menée à son extrême, fait de l'homme son propre dieu : l'homme devient sa propre référence, il prend la place de Dieu. Dans cette perspective, ce qui l'anime ou le dirige est décrit comme une force que l'homme posséderait " en lui ". L'homme se voit alors entraîné dans une course à la survalorisation de lui-même : son corps, ses performances, son pouvoir, son argent, etc. On retrouve cette " supervalorisation du moi " dans les slogans publicitaires : " La victoire est en nous " (pour une marque de sport), " actif à l'intérieur et ça se voit à l'extérieur " (pour une marque de yaourts), " parce que je le vaux bien " (pour une marque de cosmétique) ou encore " à vous d'inventer la vie qui va avec " (pour une marque de voiture).
Parallèlement, on constate une prolifération des croyances. En effet, derrière l'athéisme revendiqué, des dieux apparaissent, sous des masques les plus contradictoires : poussée des intégrismes, dérives sectaires, occultisme et superstitions en tous genres. Ces religiosités présentent souvent Dieu comme étant partout : en l'homme, autour de l'homme, au-dessus de l'homme. Omniprésent et envahissant, il ne laisse plus de place à l'individu pour se tenir debout, différent de lui et des autres. Ainsi, on peut penser que " évacuer Dieu " ne revient pas à " évacuer le divin ". L'homme investit du sacré, du divin, non plus nécessairement dans les religions traditionnelles (qui confessent un Dieu autre, différent et proche de l'homme) mais exactement là où sont ses limites, ses faiblesses.

Dieu malgré le mal - [Contexte]

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Dans la Bible, le malvoir parcours sur le mal n'est ni créé ni voulu par Dieu : il est présenté comme une conséquence du désordre introduit dans la création par l'orgueil de l'homme, par sa volonté de devenir " comme Dieu ". L'espérance chrétienne réside en grande partie dans l'attente d'un monde d'où le mal aura disparu ; un monde où Dieu, l'homme et la nature seront réconciliés. Dans le Nouveau Testament, Jésus parlera du " Royaume de Dieu ", de cette relation à Dieu qui se traduit par la justice, la paix et la fraternité. A l'image des combats que Jésus a menés contre toute forme de mal, les chrétiens ont aussi pour vocation de lutter contre la violence engendrée par le mal. La foi chrétienne porte l'espérance que Dieu n'est pas absent de ce combat, qu'il lutte contre le mal, aux côtés des hommes. En théologie protestante, il existe quantité de points de vue sur la question du mal. Afin d'en souligner les enjeux, on pourrait distinguer trois grandes manières de poser la question du mal.

  • Un premier courant théologique consisterait à réduire la question du mal, c'est-à-dire à affirmer que le mal est moins réel qu'on ne le pense. Le mal ne constituerait pas un problème devant Dieu, il serait comme le revers d'une médaille, une chose nécessaire (parfois même pour concourir au bien) voilà pourquoi Dieu l'a permis.
  • Un deuxième courant théologique consisterait à isoler le mal de Dieu, c'est-à-dire qu'on accorde au mal une totale indépendance. L'existence du mal échappe à Dieu, elle ne fait que souligner combien Dieu laisse les hommes libres de choisir entre le bien et le mal. Quant au mal subi, il signe le triomphe ponctuel du mal sur Dieu.
  • Un troisième courant consisterait à souligner fortement l'énigme qui règne face au mal, c'est-à-dire qu'on refuse de tenir un discours sur le mal tant il est inexcusable, injustifiable et inexplicable. Généralement, de telles positions font de l'espérance chrétienne le fil conducteur de leur réflexion sur le mal.

Toutes les religions ont-elles le même Dieu ? - [Contexte]

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Les grandes religions monothéistes (judaïsme, christianisme et islam) sont des religions de révélation : pour elles, l'homme n'a accès à Dieu que parce que celui-ci se révèle à eux. Chacune d'entre elles reconnaît des révélations différentes : Dieu ne s'est pas révélé de la même manière selon un chrétien que selon un musulman ou selon un juif. Les révélations ne sont pas identiques. Par exemple, les chrétiens reconnaissent en Jésus-Christ la révélation la plus importante de Dieu : c'est à travers lui qu'ils connaissent Dieu. Dans cette perspective, il est difficile d'affirmer que toutes les religions ont le même Dieu. La manière dont chacune d'elles témoigne de sa révélation diffère : le témoignage de Mahomet n'est pas le même que celui de Jésus qui n'est pas le même que celui de Moïse.
C'est le dialogue interreligieux qui aide à mesurer les enjeux de ce débat. Le but n'est pas que les hommes croient tous la même chose et en une même vérité, mais qu'ils puissent vivre, ensemble, leurs diverses convictions. Ainsi, le dialogue entre les différentes religions ne cherche pas à " gommer " les différences, mais à les connaître, les comprendre et donc les respecter. Dans ce cas, les religions ne défendent pas l'uniformité, souvent source d'amalgame, mais la diversité, source de richesses. On peut souligner également qu'à l'intérieur même de ces religions, existent différents courants, différentes pensées.

Proche et lointain - [Contexte]

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Le croyant peut percevoir Dieu à la fois comme familier et étranger, proche et lointain. Proche, parce que la Bible insiste beaucoup sur l' alliance, le lien qui unit Dieu et les hommes. Dieu n'est alors pas un être absolu qui se désintéresse de ses créatures, mais il se soucie d'eux et les accompagne. Cette proximité de Dieu se manifeste dans le nom même qu'à plusieurs reprises lui donne le prophète Esaïe 7,14 : Emmanuel, qui veut dire " Dieu avec nous ". Pour beaucoup de théologiens, cette solidarité culmine avec l' incarnation : en Jésus, Dieu rejoint les hommes et devient l'un d'eux. En même temps, le christianisme met aussi l'accent sur la majesté et la souveraineté de Dieu : Dieu ne se confond pas avec les hommes. Il les dépasse, les domine et se situe au-dessus d'eux. Le croyant n'est pas appelé à une relation d'égalité avec Dieu. La communion qui s'établit entre Dieu et le croyant n'abolit pas la distance et la différence qui les séparent.
Il ne s'agit pas forcément de choisir entre solidarité et souveraineté de Dieu. En reprenant un vers du poète Rilke, le théologien Rudolf Bultmann a écrit que Dieu est " le visiteur qui sans cesse va son chemin ". Il est " le visiteur " car il entre dans la vie des hommes et dans le monde, habite leur existence et se solidarise avec eux. " Il va son chemin " car constamment, il échappe aux hommes qui ne peuvent pas l'enfermer.

Où et comment Dieu se révèle-t-il ? - [Contexte]

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A la question " où et comment Dieu se révèle-t-il aux hommes ? ", le christianisme a donné quatre grandes réponses. Il ne s'agit pas de trancher entre ces quatre positions : elles ne sont pas toujours incompatibles. Il s'agit plus d'indiquer une dominante (Dieu se révèle surtout ainsi) et non pas d'établir un monopole (Dieu se révèle seulement ainsi).

  • Une première tendance consiste à dire que Dieu se révèle dans la nature (par des objets ou des êtres naturels).
  • Une deuxième tendance parle de révélation divine dans l'histoire.
  • Une troisième tendance affirme que Dieu se révèle par la parole.
  • Enfin, une dernière tendance pense que Dieu se révèle directement à l'homme, sans aucun intermédiaire

Qu'est-ce que Dieu révèle aux hommes ? - [Contexte]

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La théologie s'est interrogée également sur le contenu de la révélation divine : qu'est-ce que Dieu entend révéler aux hommes ? A cette question, on a proposé quatre grandes réponses.

  • Selon la première, Dieu révèle des doctrines, des dogmes.
  • Des théologiens ont également soutenu que dans la révélation, c'est Dieu qui se donne à connaître lui-même : il manifeste qui il est.
  • Une autre tendance affirme plutôt que Dieu révèle aux hommes la vie authentique, véritable.
  • Une dernière position voit dans la révélation essentiellement une promesse : elle annonce ce que le monde et l'être humain sont appelés à devenir par l'action de Dieu

Le Dieu de Jésus-Christ - [Contexte]

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Les chrétiens confessent un Dieu qui se révèle à eux. La Bible contient le récit de ces révélations. Dans l'Ancien Testament, on raconte comment Dieu s'est révélé à son peuple (par exemple, en le libérant de l'esclavage - Exode 12-13 - ou encore en l'aidant dans les épreuves - Ezéchiel 10-11 -), les prophètes sont alors tour à tour annonciateurs de la parole que Dieu veut adresser au peuple. Dans le Nouveau Testament, on rapporte les paroles et les faits de Jésus que les chrétiens reconnaissent comme le fils de Dieu, son incarnation. Ils considèrent Jésus comme la révélation la plus aboutievoir entrée Incarnation de Dieu. Que dit Jésus de Dieu ? On ne peut répondre à une telle question en quelques lignes (il faudrait en plus que tous les théologiens soient unanimes, ce qui est loin d'être le cas). Pourtant, on peut souligner au moins trois grandes caractéristiques du Dieu de Jésus-Christ, du Dieu des chrétiens:

Le Dieu de Jésus-Christ est un Père - [Contexte]

Il l'est déjà dans l'Ancien Testament, mais il le devient de manière particulière dans le Nouveau Testament. En effet, Jésus s'adresse à Dieu en disant Abba (en araméen, la langue que parlait Jésus, cela signifie " Père "). C'est un lien intime qui les unit et Jésus invite ses disciples à découvrir cette intimité : cette paternité de Dieu est étendue à tous les hommes. La nouveauté de cette relation à Dieu n'échappe pas à l'apôtre Paul qui s'émerveille de cette intimité que l'homme peut avoir avec Dieu (Romains 8,15).

Le Dieu de Jésus-Christ promet un Royaume à venir - [Contexte]

Jésus annonce que le Royaume de Dieu s'approche. Quand les hommes l'interrogent sur la date de sa venue, il répond : " Le Royaume de Dieu est au milieu de vous " (Luc 17,21). Ce Royaume n'est donc pas l'espoir d'un monde futur meilleur, il est présenté comme une réalité à accueillir aujourd'hui. A la différence du royaume impérial, le Royaume de Dieu se présente comme Jésus se présente aux hommes : telle une rencontre nouvelle entre l'homme et Dieu.

Le Dieu de Jésus-Christ parle d'amour - [Contexte]

Dans son enseignement, Jésus parle d'un Père qui aime et qui commande d'aimer (Jean 15,9-13). L'amour ne s'articule pas de manière évidente avec le commandement. Celui-ci présente plutôt l'amour comme le lien qui unit Dieu aux hommes et qui donc, unit les hommes entre eux. C'est notamment à travers la mort et la résurrection de Jésus que les théologiens découvrent un aspect éclatant de l'amour de Dieu pour les hommes : incarné en Jésus, il meurt tel un homme, solidaire des souffrances de ce monde, et ressuscite, comme pour manifester que cet amour ne peut être détruit par le mal que les hommes génèrent ou subissent.

La théologie - [Contexte]

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La théologie désigne, en son sens étymologique, un discours qui traite de Dieu. Une telle définition reste bien vaste. D'ailleurs, il serait sans doute plus juste de parler des théologies pour en souligner la pluralité. On peut tenter de relever quelques grandes caractéristiques. D'abord, le rôle de la théologie : la théologie élabore des concepts, des règles, des analyses qui permettent de tenir un discours sur Dieu, l'Eglise, Jésus-Christ, l'homme, l'avenir, le monde. La théologie a aussi pour tâche d'analyser et d'interroger les différents discours sur Dieu (qu'ils soient émis par la Bible, l'Eglise ou les croyants).
Ensuite, l'utilité de la théologie : son utilité ne consiste pas à réglementer, à dire ce qui est bien et mal, mais à proposer des outils qui permettent de s'interroger sur Dieu, le monde et l'existence humaine. En principe, les croyants n'ont pas besoin de théologie pour faire confiance à Dieu ou pour aimer leur prochain. Ainsi, on peut tout à fait imaginer que la foi chrétienne se débrouille sans théologie. Le risque encouru serait que la foi se détache complètement du savoir, du comprendre, de la raison ; il serait que le sentiment, l'expérience prévalent sur tout le reste.
La théologie reste un discours humain, elle est fondamentalement ancrée dans son temps, sa culture et son lieu d'origine. Ainsi, il existe des théologies dites " féministes " ou des théologies dites " africaines ". Toutes ces théologies, si variées et parfois même opposées entre elles, ne sauraient enfermer Dieu dans leurs discours : elles ne prétendent pas dire la vérité, mais user de la raison pour aborder la question de la vérité.

Les disciplines de la théologie - [Contexte]

Les disciplines de la théologie ont évolué avec le temps. On peut actuellement discerner quatre domaines dans la théologie chrétienne :

  • Les sciences bibliques (tout ce qui est en lien avec la Bible, par exemple l'étude du livre des psaumes),
  • La théologie historique (tout ce qui est en lien avec l'histoire, par exemple l'étude des guerres de religions),
  • La théologie systématique (tout ce qui relève du discours en lien avec les choses du monde, par exemple l'étude de la conception du bien aujourd'hui),
  • La théologie pratique (tout ce qui est en lien avec ce que fait l'Eglise, par exemple l'étude de l'enseignement religieux).

Le discours traditionnel - [Contexte]

Pour ceux qui s'en tiennent à la tradition le discours sur Dieu ne doit pas changer des siècles précédents. Cette réponse est actuellement très répandue dans les Eglises : on peut la qualifier de conservatrice. Ceux qui l'adoptent font un effort d'explication et d'actualisation : ils estiment qu'en étudiant en profondeur les formulations anciennes, on peut en comprendre la justesse et la nécessité. Ainsi, les chrétiens doivent faire un travail de reformulation pour rendre du sens à des doctrines qui apparaissent à beaucoup caduques : on souhaite revaloriser les propos et les pratiques des anciens.

la mort de Dieu - [Contexte]

Une attitude consiste à faire du message des évangiles un message pour aujourd'hui, avec les mots et les conceptions d'aujourd'hui : puisque Dieu a été évacué, il faut parler de l'évangile sans parler de Dieu. Ceux qui l'adoptent, estiment que les premiers disciples de Jésus ont compris et exprimé le message évangélique en des termes mythologiques qui correspondaient aux croyances du Proche-Orient antiques, c'est-à-dire à leur époque. Aujourd'hui, le raisonnement consisterait donc à annoncer le message des évangiles en s'adaptant à la culture sécularisée de ce temps. Ils font donc référence à Jésus comme à un homme qui appelait essentiellement à vivre dans le respect des autres en harmonie avec soi-même, sans faire référence à Dieu, à une transcendance. Cette sorte de théologie a beaucoup fait parler d'elle entre 1960 et 1980 : ces mouvements étaient dits de la " mort de Dieu " et préconisaient un " athéisme chrétien ". Ils sont aujourd'hui minoritaires dans les débats théologiques.

Reformulation du discours chrétien - [Contexte]

En réaction à la crise de la croyance en Dieu s'effectue un travail de reformulation du discours chrétien : si la doctrine est sans conteste critiquable, ce n'est pas pour autant qu'on peut éliminer Dieu. Ainsi, les théologiens cherchent à rendre compte autrement de Dieu. S'il y a des représentations de Dieu difficilement acceptables, il ne s'ensuit nullement qu'il n'y ait pas d'autres représentations possibles. Par exemple, la représentation du système solaire qu'on avait au 1er ou au 16e siècle n'est pas la même que celle d'aujourd'hui : personne n'en a conclu que le soleil n'existe pas. Cette recherche redécouvre et reprend des thèmes bibliques que les représentations classiques avaient souvent négligées ; par exemple, lorsque la Bible présente un Dieu bafoué, tenu en échec (Luc 23,33-43), loin d'une représentation d'un Dieu majestueux et glorieux. Cette position théologique n'entend pas aboutir à des doctrines immuables et intangibles : tous les discours sur Dieu sont des essais pour le dire, aucun n'est parfait.

Questionnement sur le sens de l'existence - [Contexte]

Les êtres humains ont toujours eu et ont encore des dieux très divers : ils ont différentes conceptions du sens de la vie. Comment distinguer le sens véritable des sens illusoires, trompeurs ? Comment distinguer le vrai Dieu des idoles ? Bien entendu, ces questions n'ont pas de réponses précises. Ainsi, contrairement à ce qu'on pense parfois, une foi sincère et vivante s'accompagne toujours d'un questionnement qui peut aller jusqu'à la rendre chancelante. La foi porte en elle un doute qui la fait parfois vaciller. Ces angoisses, ces perplexités tiennent à la nature même de la foi : elles l'empêchent de virer au fanatisme et à l'idéologie.

La nature - [Contexte]

Une tendance théologique consiste à dire que Dieu se révèle dans la nature (par des objets ou des êtres naturels). Par exemple, il se révèle à Moïse sous la forme d'un buisson qui brûle sans se consumer (Exode 3,1-10). Cette thèse n'est pas à confondre avec une " connaissance naturelle " de Dieu qui signifierait, elle, que celui qui sait observer la nature et en comprendre le mécanisme obtiendrait une connaissance de Dieu. A l'inverse, cette thèse souligne que l'homme ne peut pas par lui-même connaître Dieu : Dieu reste ici l'initiateur de sa révélation.

La révélation divine dans l'histoire - [Contexte]

Dieu agit et se révèle au travers d'événements que la Bible raconte. Par exemple, Dieu se révèle au peuple d'Israël en le faisant sortir du pays d'Egypte, en le faisant passer de l'esclavage à la liberté (Exode 12-13). Pour les chrétiens, Dieu se révèle essentiellement dans la crucifixion et la résurrection de Jésus qui constituent pour eux le centre de leur foi. Cette thèse ne signifie pas que Dieu se manifeste à chaque instant : il y a des temps forts. L'histoire prépare et annonce ces temps forts qui eux-mêmes marquent l'histoire qui en découle.

Dieu se révèle par la parole - [Contexte]

Dieu se révèle par la parole : tout doit passer par une parole qui annonce, raconte ou commente la révélation de Dieu. Cette thèse souligne que les grands événements - la crucifixion de Jésus, sa résurrection - n'auraient rien révélé s'ils n'avaient pas été accompagnés et suivis par des paroles : des paroles qui les annoncent, les racontent et les commentent. Si Dieu agissait de manière silencieuse, il n'y aurait pas de révélation. Dans cette perspective, la Bible prend une grande place : la révélation se trouve dans le discours, et non pas dans l'événement que relate le discours. La Bible n'est pas elle-même la révélation, mais elle est porteuse de la parole qui révèle Dieu.

La présence immédiate - [Contexte]

Une tendance théologique pense que Dieu se révèle directement à l'homme, sans aucun intermédiaire. On peut parler ici de mysticisme, au sens de présence immédiate de Dieu. Ce type de révélation ressemble à un tête-à-tête où le croyant entre en communication directement avec Dieu. Cette révélation survient souvent comme l'aboutissement d'un long travail : un travail que Dieu anime et que le croyant entreprend.

Les doctrines révélées - [Contexte]

Selon une certaine théologie, Dieu révèle des doctrines, des dogmes. Il révèle un enseignement et communique un savoir : l'homme découvre le secret de toutes choses. Dans l'Antiquité, les premiers théologiens se prévalaient ainsi de posséder la " vraie philosophie " qui expliquait le monde, l'être humain et Dieu. Au Moyen-Age, les scolastiques ont distingué deux éléments dans la révélation : l'acte de Dieu qui rencontre les hommes et le contenu de ses paroles. Le croyant n'a alors accès qu'au contenu, qu'à la parole consignée dans la Bible. Peu de théologiens soutiennent cette thèse aujourd'hui : elle favorise une conception très intellectualiste de la foi qu'elle limite à un contenu doctrinal ; elle entend posséder une vérité qu'aucune science humaine ne saurait remettre en cause et enfin elle tente de faire de la Bible un livre unifié, à la parole limpide (les théologiens sont généralement d'accord pour dire que la Bible est plurielle et pluraliste, pleine d'oppositions qui font sens sans qu'on ait besoin de les nier).

Dieu se donne à connaître - [Contexte]

Des théologiens ont soutenu que dans la révélation, c'est Dieu qui se donne à connaître lui-même : il manifeste qui il est. Dans sa révélation, c'est Dieu lui-même qui vient vers les hommes afin d'établir une relation vivante avec eux. Ici, la révélation s'identifie souvent à Jésus-Christ : elle se concentre en lui. La révélation devient donc un événement historique dont témoigne la Bible qui devient une sorte de document de la révélation.

Dieu révèle le salut - [Contexte]

Une tendance théologique affirme que Dieu révèle aux hommes la vie authentique, véritable. Ici, la révélation a pour objet le salut : elle dit comment l'homme est sauvé et ce que signifie " être sauvé ". Là encore, il s'agit plutôt d'une rencontre existentielle avec Dieu mais qui ne donne pas d'informations sur Dieu, la rencontre assure le croyant de la présence de Dieu à ses côtés. L'objet de la révélation n'a alors plus rien d'un " savoir sur Dieu ", mais plutôt d'un " vivre avec Dieu ".

Dieu promet - [Contexte]

Certains voient dans la révélation essentiellement une promesse : elle annonce ce que le monde et l'être humain sont appelés à devenir par l'action de Dieu. Ici, quand Dieu se révèle, c'est pour délivrer une promesse : Dieu met en marche vers le but qu'il annonce, vers lequel il conduit. Il ouvre le chemin vers son Royaume. La révélation évoque alors ce qui n'est pas encore, elle se situe en décalage, à distance de la réalité. Elle ne coupe pas du présent, mais incite le croyant à transformer ce présent et à agir pour la réalisation de cette promesse.

Dieu évacué - [Espace temps]

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Le thème de " l'absence de Dieu " traverse la tradition judéo-chrétienne. L'histoire de la théologie montre que ce thème a toujours interrogé et produit nombre de réflexions parmi les commentateurs des Ecritures. Pourtant, on peut noter que cette " absence de Dieu " a marqué d'autres champs de pensée que celui de la théologie, notamment les champs du savoir, de l'histoire et de la morale.
Le processus de marginalisation de Dieu, commencé en Occident à la fin du Moyen-Age, s'est amplifié jusqu'à évacuer Dieu d'une large partie de la pensée. Loin de se ralentir, ce phénomène semble même s'accélérer et s'approfondir. Ce qui ne veut pas dire que les hommes ne réinvestissent pas du sacré dans certains autres aspects de leur vie. En effet, parallèlement à cette " évacuation de Dieu ", on peut remarquer des " phénomènes de divinisation ". Par exemple, si Dieu n'est plus un concept communément partagé, d'autres dieux semblent l'avoir remplacé (la suprématie du corps, de la réussite, de l'argent, etc.).

Le savoir - [Espace temps]

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Jusqu'aux temps modernes (jusqu'aux 16e et 17e siècles), Dieu fondait le savoir : la théologie était la reine des sciences (les facultés de théologie dirigeaient d'ailleurs les universités) et l'Eglise veillait à cela. Le siècle des Lumières a fait voler en éclat définitivement cette mainmise. Ainsi, le 19e siècle a vu naître le positivisme et sa volonté de soumettre le Dieu des chrétiens à la raison des philosophes : la science est alors devenue l'ennemie de Dieu. C'est au 20e siècle que les rapports entre " savoir scientifique " et " conviction religieuse " se sont apaisés (notamment parce que la science et ses progrès ont aussi montré leurs limites). La grande majorité des chrétiens reconnaît désormais que la Bible n'a rien à dire sur le domaine de la physique ou de la biologie, de même que les théories scientifiques laissent la question de Dieu ouverte (indécidable). Dieu est donc évacué du " savoir " : le " croire " n'est plus une menace pour les sciences.

L'histoire - [Espace temps]

Dieu a été évacué de l'histoire humaine. Auschwitz, et tout ce que ce lieu représente, a balayé les conceptions traditionnelles sur Dieu (notamment Dieu en tant que maître de l'histoire). Sur un tout autre plan, et plus simplement, l'histoire immédiate (celle de la vie sociale) a largement mis Dieu au silence : il n'est plus " ce qui compte ", " ce qui a de l'importance ". Par exemple, les fêtes chrétiennes inscrites dans le calendrier (Ascension, Pentecôte, Noël, etc.) ont depuis longtemps perdu leur signification chrétienne.

La morale - [Espace temps]

La morale a évacué Dieu : il n'est plus possible aujourd'hui de proposer une morale fondée religieusement et universellement normative. En effet, les sciences humaines ont montré qu'il existait des invariants parmi les différentes cultures : nul besoin des " 10 commandements " pour que le meurtre soit interdit, cet interdit (comme d'autres) forme le socle de toute culture humaine. Les préceptes moraux fondamentaux traversent les cultures et les religions. De plus, la mondialisation des informations permet de relativiser les choix moraux : ce qui est bon " ici ", ne l'est pas nécessairement " là-bas ". La diversité des cultures, la complexité des situations interdisent de décréter des décisions morales valables pour tous et partout.

Le créationnisme - [Espace temps]

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La Bible s'ouvre par un grand récit de la création qu'on considère généralement comme un mythe. " Mythe " ne signifie pas " histoire fausse ", ou " mensongère ". Cela signifie que le récit n'entend pas raconter des événements mais faire entendre un message. La vérité d'un texte historique ou scientifique consiste dans sa conformité avec les faits. La vérité d'un mythe réside en ce qu'il parle du sens de l'existence au moyen d'une histoire fictive. Ainsi en va-t-il du récit biblique de la création : il cherche à dire une vérité des relations entre Dieu et le monde, entre Dieu et les hommes. On appelle " créationnistes " non pas ceux qui croient que Dieu est créateur, mais ceux qui défendent une interprétation littérale du récit de la création en six jours (Genèse 1). Ils estiment que ces passages bibliques racontent exactement ce qui s'est passé, qu'il faut voir dans ce chapitre le récit fidèle d'événements réels. Outre que cette position est taxée d'" absurde " et d'" obscurantiste " par la grande majorité des chrétiens - et théologiens -, elle disqualifie la recherche scientifique au nom d'une compréhension superstitieuse de la religion.

La liberté - [Espace temps]

Le protestantisme porte un regard sur la liberté tout à fait particulier. En effet, les Réformateurs, et particulièrement Luther, en ont fait un de leurs thèmes privilégiés dans leur compréhension de la foi chrétienne. Les textes bibliques ne thématisent pas la liberté et n'en font pas un concept philosophique. Par contre, ils parlent de la liberté comme une expérience : la libération que le croyant éprouve dans sa rencontre avec Dieu. Ainsi, si l'être humain peut faire l'expérience de la liberté, c'est d'abord par l'action de Dieu qui le libère en vue d'une transformation de sa vie. Forts de cette lecture biblique, les Réformateurs n'auront de cesse de penser la liberté comme un don, s'offrant dans la foi. Ils affirmeront la liberté de conscience irréductible du chrétien et de tout individu, position qui les détachera nettement de la conception de l'autorité de l'Eglise développée alors par l'autorité catholique romaine.
La liberté des philosophes modernes (et particulièrement à partir de Kant), se concevra sans Dieu. Ces concepts font alors de l'homme un être autonome qui ne reçoit pas sa liberté d'une transcendance mais de sa raison. Les théologiens reprendront ces conceptions pour articuler autrement " liberté " et " Dieu ". L'enjeu consiste alors essentiellement dans la manière dont on conçoit l'homme. Ou bien l'homme est un être à libérer, ou bien la liberté appartient à la nature humaine.

Dieu et l'histoire - [Espace temps]

Toutes les théologies chrétiennes s'interrogent sur les relations que Dieu entretient avec l'histoire, s'il s'y engage (ou non) et comment. Il existe de multiples positions. En théologie protestante, on tente cependant d'en distinguer trois :
Pour toute une famille théologique (notamment marquée par la pensée de Luther), l'histoire du monde manifeste avant tout l'ampleur du péché humain. Ici, Dieu ne gouverne pas le monde selon un plan préétabli. On insiste alors plus particulièrement sur l'histoire de l'individu croyant : l'histoire de ses espérances, de ses souffrances et de ses luttes. On parlera alors d'une vision existentielle de l'histoire.
Pour un autre courant de théologie protestante (notamment marquée par la pensée de Calvin), Dieu dirige le monde et le mène où il l'a décidé de toute éternité. Le temps historique devient alors le temps que sa providence contrôle, le plus souvent à l'insu des hommes. Dans cette perspective, Dieu est le maître de l'histoire et son jugement est l'instance régulatrice de ce monde.
Pour un troisième courant de théologie protestante (notamment marquée par les courants millénaristes), il s'agit de sortir de l'histoire. Convaincu de l'imminence de la fin de l'histoire, le rôle du croyant est de hâter la parousie en se projettent déjà dans le Royaume de Dieu. Dans cette perspective, Dieu détermine la fin de l'histoire.
Ces théologies ne font que tracer des repères. Cependant, chacune d'elles suscite des attitudes éthiques et détermine différentes visions de l'Eglise. Penser l'histoire a des conséquences sur la manière dont on vit l'histoire. Quand on la pense contrôlée et dirigée par Dieu, on n'a pas la même conception de la responsabilité (et de la liberté) que quand on pense l'histoire autonome.

Le pouvoir absolu - [Espace temps]

Certains théologiens affirment que la puissance divine se caractérise par une potestas absoluta, un pouvoir absolu. Dieu veut et fait tout ce qui se produit dans le monde. Rien n'existe, rien n'arrive en dehors de ce qu'il a décidé. Sa volonté ne se heurte à aucune résistance : il détient toute la puissance et en a le monopole. Il n'existe pas d'autre puissance que la sienne : les hommes lui doivent donc leurs bonheurs et leurs malheurs, leurs réussites et leurs échecs. Les plus petits incidents comme le plus grand des événements viennent de lui. Cette manière d'envisager la puissance divine se trouve notamment chez Calvin qui insiste particulièrement sur la souveraineté de Dieu : " Posons le cas qu'un marchand, étant entré dans une forêt avec bonne et sûre compagnie, s'égare et tombe en une briganderie où les voleurs lui coupent la gorge. Sa mort n'était point seulement prévue par Dieu, mais était décrétée en son vouloir " (Institution de la Religion chrétienne,1,16,9). Calvin ne fait pourtant pas de la volonté de Dieu une excuse des méchants. Les brigands en question agissent conformément à ce que Dieu a décidé, mais ça ne diminue en rien leur culpabilité car ils assassinent non pas pour obéir à Dieu mais par méchanceté. Dans cette perspective, puisque Dieu décide de tout, le croyant doit considérer et recevoir comme un bien ce qui arrive, y compris les catastrophes et les meurtres. Seule l'ignorance fait que des événements apparaissent négatifs. Les hommes les jugent tels parce qu'ils ne voient ou ne connaissent qu'un côté des choses : ils ne connaissent pas les raisons de Dieu. Quand le mal l'atteint, le calviniste déclarera donc : " Dieu me frappe, même si j'en souffre atrocement, même si je ne le comprends pas, ma foi me persuade qu'il le fait en vue de mon bien, par amour et sollicitude pour moi ".

Le " tout pouvoir " - [Espace temps]

Certains théologiens estiment que tout est possible à Dieu : il est omnipotent. Rien ne limite ni ne borne son pouvoir. Il peut imposer sa volonté en toutes circonstances, intervenir dans l'histoire et faire agir chacun selon son désir. Pourtant, Dieu a décidé de ne pas exercer ce pouvoir, parce qu'il tient à avoir affaire à des êtres libres, qui l'aiment et l'écoutent de leur propre chef et non par contrainte. Dans cette perspective, Dieu ne veut pas le mal, mais le permet : il tolère ce mal parce qu'il désire que ses créatures soient des personnes capables de prendre parti, de s'engager et non de vivre comme des marionnettes.
Cette thèse est très ancienne, elle a pourtant été reprise au 20e siècle par des théologiens comme Emil Brunner. Selon lui, pour que l'homme soit libre, Dieu accepte de ne pas exercer sa puissance. Dieu se vide d'une partie de lui-même, abandonne son infinité en faveur du monde et de l'être humain (c'est ce qu'on appelle une kénose, acte de se vider, de se dépouiller). Dans cette perspective, on affirme pourtant que Dieu intervient dans le monde. Il le ferait par des actes ponctuels : dans certains cas exceptionnels, Dieu opère des miracles et intervient directement. Il utiliserait aussi le mal : il s'en sert pour faire sortir un bien (comme à la Croix, vu comme un mal que Dieu utilise pour produire un bien). Nombreux théologiens se sont attaqués à cette thèse. Par exemple, Wilfred Monod montre qu'une telle omnipotentia de Dieu n'assure nullement la liberté des hommes. Pour illustrer, il cite le cas des catastrophes naturelles qui ne préservent en rien la liberté de choix des victimes.

La puissance indestructible - [Espace temps]

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Certains théologiens envisagent le monde comme un champ de bataille où s'affrontent des forces antagonistes. La Bible parle de toutes sortes de puissances, humaines ou démoniaques, qui s'opposent à Dieu et qui, pour le moment, le tiennent en échec (Ephésiens 6,10-20 ou Apocalypse 2,14-16). Par exemple, dans la parabole de l'ivraie (Matthieu 13,24-30), des théologiens y lisent un Dieu propriétaire qui ne dirige pas sa propriété et dont les employés ne respectent pas les ordres au point que Dieu en perd son autorité. Dans cette perspective, Dieu ne veut pas et ne permet pas tout ce qui se passe : quantité de choses existent et arrivent sans qu'il puisse les empêcher. Dieu se trouve pris dans une sorte de combat contre les forces démoniaques qui lui résistent et s'opposent à lui. Sa puissance est pour le moment limitée mais le croyant est assuré que rien ne parviendra à la vaincre ou à la détruire : Dieu finira par l'emporter. Le lien qui unit l'homme à Dieu - la foi - crée et suscite une force suffisante pour faire face, pour résister à tout ce qui agresse et fait souffrir. Selon cette thèse, la puissance de Dieu donne l'assurance que " ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l'avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, notre Seigneur " (Romains 8,38-39).

L'impuissance de Dieu - [Espace temps]

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Certains théologiens refusent l'idée même que Dieu détiendrait une quelconque puissance. Ils affirment une radicale impuissance de Dieu. Loin de parler d'un Dieu souverain, le Nouveau Testament insiste selon eux sur l'humilité et la faiblesse divines. La véritable image de Dieu est Jésus-Christ, condamné à mort, supplicié et crucifié et non la figure triomphante et majestueuse d'un Hérode ou d'un César. Dieu ne dispose d'aucune puissance. Pour qualifier cette position, on parle souvent de " théologie de la Croix " : la croix révèle l'être véritable de Dieu, alors que la théologie de la gloire spécule sur un Dieu philosophique qui a pour attribut principal la puissance.
Des théologiens comme Wilfred Monod (1867-1943) ou Dietrich Bonhoeffer (1906-1945) ont insisté sur cette idée d'un Dieu impuissant, souffrant. Par exemple, Dietrich Bonhoeffer réfléchit sur la place et la fonction de Dieu dans le monde et dans l'existence du croyant et selon lui, l'impuissance de Dieu comprend au moins deux aspects. D'abord, elle oblige à vivre dans le monde sans Dieu, c'est-à-dire sans compter sur des secours et des interventions surnaturelles, sans s'attendre qu'à chaque instant il intervienne. C'est une invitation à agir de manière responsable. Ensuite, Dieu aide précisément parce qu'il est faible et souffrant. Il apparaît non pas comme un magicien qui règlerait du dehors les problèmes, mais comme celui qui les partage, les vit et les porte. Son exemple aide le croyant à porter ses échecs et ses douleurs : Dieu se fait proche. Le Dieu faible et souffrant aide le croyant à renoncer à son rêve de toute puissance qui manifeste son refus d'accepter sa condition humaine.

Père, Fils, Esprit - [Espace temps]

La Bible parle de Dieu comme un Père, elle parle également de son Esprit, et de son Fils, mais ne dit pas grand chose de la nature des relations qui unissent ces trois personnes. Le dogme de la Trinité naît plus tard, au moment où différentes positions s'affrontent.
Dès les premiers temps de l'Eglise, les chrétiens sont critiqués par des juifs pour lesquels la foi au Fils de Dieu incarnévoir entrée Incarnation est une attaque directe contre le monothéisme. Ils reprochent aux chrétiens de confesser une foi en deux dieux (d'être di-théistes) : Dieu le Père et Jésus-Christ le Fils. D'un autre côté, à cette même époque, les Grecs, les païens, les philosophes trouvent que l'incarnation et la mort du Fils de Dieu est une absurdité par rapport à l'idée même de Dieu. Ils estiment être une folie qu'un Dieu se fasse homme non pour devenir un héros mais un serviteur qui subit la condamnation réservée aux esclaves (la crucifixion). De plus, les premiers chrétiens doivent gérer des oppositions internes : certains chrétiens pensent que Jésus-Christ n'avait rien d'humain, il n'aurait eu qu'un corps apparent comme celui d'un fantôme (cette position est appelée docétisme), d'autres chrétiens pensent que Jésus n'avait rien de divin et qu'il ne serait qu'un homme comme les autres (c'est la pensée d'Arius qui a donné naissance à ce qu'on appelle l'arianisme).
C'est pour trancher parmi ces positions que se tient le concile de Nicée en 325, puis celui de Constantinople en 381. Ces conciles vont rédiger une formulation trinitaire.

La Trinité - [Espace temps]

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Les conciles de Nicée en 325, puis de Constantinople en 381, vont affirmer que Dieu est un et trine (divisé en trois) à la fois : Dieu est trine dans ses personnes, et unique dans son essence. Entre le Père, le Fils, et l'Esprit, on parle " d'union sans confusion, de distinction sans séparation ". Ils sont tous les trois, dans l'unité et la distinction, l'unique vrai Dieu. Après Nicée-Constantinople, les Pères de l'Eglise se sont beaucoup penchés sur le sens exact des termes personnes ou hypostase, et essence ou nature, dans des débats qui semblent plus oubliés aujourd'hui.
Cela n'enlève rien à l'intérêt de la formulation trinitaire dont on peut souligner au moins deux aspects.

  • Le premier est que ce dogme affirme parfaitement ce que Dieu n'est pas : le Père n'est pas un créateur qui se serait retiré de sa création en laissant les hommes seuls. Le Fils n'est ni un homme qui aurait particulièrement bien compris qui est Dieu, ni un Dieu qui aurait fait semblant de devenir un homme. L'Espritvoir entrée Esprit n'est pas l'esprit religieux des hommes qui cherchent Dieu.
  • Le second aspect est que le symbole trinitaire rend compte de la continuité de l'action de Dieu parmi les hommes. L'unité trinitaire annonce que le Dieu créateur est le même que le Dieu qui s'implique dans la création en Jésus-Christ, et qu'il est le même que le Dieu qui s'adresse aux hommes aujourd'hui par son Esprit.

Luther et la liberté - [Espace temps]

Dans son Traité de la liberté chrétienne, Luther insiste sur la liberté comme un don, comme une liberté reçue et non pas conquise. Il expose ainsi une tension devenue célèbre : " Le chrétien est l'homme le plus libre ; maître de toutes choses, il n'est assujetti à personne. L'homme chrétien est en toutes choses le plus serviable des serviteurs ; il est assujetti à tous ". Dans cette perspective, la liberté véritable ne consiste pas à être autonome ni même à se détacher des contingences liées à la condition humaine. Il s'agit d'être libéré intérieurement et dans ce cas, la liberté consiste à placer le fondement de sa vie en dehors de toutes ces contraintes, en Dieu.

Dieu, ses noms - [Textes bibliques]

Dans la Bible, on trouve plusieurs manières de nommer Dieu. De plus, l'Ancien Testament ayant été écrit dans la langue hébraïque et le Nouveau Testament dans la langue grecque, les traductions en latin puis en français de ces noms ont donné une multitude de dénominations. On peut essayer de présenter ainsi les plus utilisés selon leurs correspondances. Dieu reçoit bien d'autres noms symboliques - notamment dans les Psaumes - comme " berger ", " rocher ", " Sauveur ", etc. :

Hébreu

Grec

Latin

Français

Yhwh

Kyrios

Dominus

Seigneur

Yhwh Sabaoth

Kyrios pantocratôr

Dominus exercituum

Dieu des armées

Elohim

Theos

Deus

Dieu

Adonaï

Kyrios

Dominus

Seigneur

Shaddaï

Pantocratôr

Omnipotens

Le Tout-Puissant

Elyôn

Hupsistos

Altissimus

Le Très-Haut

La création - [Textes bibliques]

La création est une notion fondamentale de la Bible. Elle soulève la question de l'origine du monde et de l'homme. La Bible n'élabore pas de discours scientifique mais théologique : pourquoi Dieu a-t-il créé l'univers et l'homme ? Les théologiens reconnaissent deux grandes affirmations bibliques.

La résurrection de Lazare - [Textes bibliques]

Dans le récit de la mort de Lazare, le récit dit à plusieurs reprises que Jésus " frémit en son esprit ". Cette expression est utilisée pour parler d'une émotion forte qui est généralement proche de la révolte. Les Evangiles témoignent donc d'un Jésus qui n'accepte pas le malheur, la maladie et la mort mais qui les combat là où il les rencontre. Lorsqu'il apprend la mort de son ami Lazare, Jésus ne tient pas de discours explicatifs sur le mal, mais ressent ce malheur. Jean 11,1-44

Le cri du malheureux - [Textes bibliques]

Psaume 22,2-12
Ce psaume est donc un chant qui exprime avec force le malheur d'un homme. Il s'agit littéralement d'un cri de douleur et de désespoir adressé à Dieu. Ce cri appelle au réconfort, à la justice mais surtout réclame la présence de Dieu. Au travers de cet appel, l'homme témoigne tout en même temps de sa profonde détresse et de sa confiance en ce Dieu qui lui restera, malgré tout, fidèle.

L'amour dans l'Ancien Testament - [Textes bibliques]

L'amour affection (en hébreu, ahaba) : c'est la tendresse, l'attachement - par exemple " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu " Deutéronome 6,5
L'amour bonté (en hébreu hèsèd) : c'est le désir de faire du bien à quelqu'un envers qui on est engagé, parent, enfant, ami. Or, l'amour de Dieu et d'Israël est caractérisé par l'alliance qui les unit. Comme dans un couple, cette alliance doit assurer l'identité et le bonheur de chacun, grâce aux engagements réciproques de fidélité. Dieu, qui a l'initiative de l'amour, promet à son peuple la bénédiction (la réussite) et le salut (la libération). En retour, celui-ci lui accorde sa confiance, à l'exclusion des autres dieux. Hèsèd peut se traduire par bonté, bienveillance, fidélité qui définit les bases de cette alliance.
L'amour compassion (en hébreu hanan ou raham) : ces deux verbes sont souvent appliqués à Dieu envers les hommes, " Dieu de tendresse (raham) et de pitié (hanan), lent à la colère " Exode 34,6. On n'hésite pas à attribuer à Dieu ce langage considéré comme plutôt maternel (Esaïe 49,15)

L'amour dans le Nouveau Testament - [Textes bibliques]

On ne retrouve pas la variété du vocabulaire de l'Ancien Testament. A partir de Jésus, Dieu veut ouvrir la relation d'alliance à tous les hommes. Pour traduire ce caractère exclusif d'un amour qui se donne, les évangiles utilisent le terme grec agapè, avec toute sa dimension affective (qui a donné dilectio ou caritas, " charité " en latin). Agapè traduit à la fois l'amour-affection et l'amour-bonté. Mais l'amour-compassion est rendu en grec par éléos (cf. Kyrié élèison : " Seigneur, prends pitié "). La mission de Jésus a consisté à montrer à ses disciples la force nouvelle de cet amour filial, union intime entre le Père et lui, désigné aussi par le mot agapè. C'est le même mot qu'on retrouve pour désigner l'union entre Jésus-Christ et les hommes (Jean 15,9), et entre les hommes eux-mêmes (Luc 10,27). Quant à la célèbre affirmation " Dieu est amour " qu'on trouve dans 1Jean 4,8, elle reprend ce mot, agapè, qui traverse donc l'ensemble du Nouveau Testament.

L'entrée à Jérusalem, le malentendu - [Textes bibliques]

Matthieu 21,1-11 Ce passage biblique inaugure la dernière période de la vie de Jésus : il entre à Jérusalem, ville où il sera crucifié. Matthieu raconte cette entrée dans la capitale religieuse comme l'accomplissement des prophéties qu'on trouve dans l'Ancien Testament (notamment celle en Zacharie 9,9). Il décrit un Jésus acclamé et reconnut comme " Seigneur " et " Fils de David ". Cette même foule criera pourtant " A mort ! " lors de son jugement. Une des lectures qu'on peut faire de ce passage relèverait l'ambiguïté de ce que la foule espérait de la venue du Messie. On pourrait ainsi relever que le peuple attendait un sauveur qui le libère concrètement de l'oppression romaine (à l'image de la libération de ses ancêtres lorsqu'ils étaient esclaves en Egypte). Leur déception l'aurait alors conduit à faire mourir Jésus pour ne pas avoir été ce sauveur glorieux et puissant qu'ils imaginaient.

La prière de Jésus - [Textes bibliques]

C'est dans l'évangile selon Jean que l'intimité qui unit Jésus à Dieu est racontée de la manière la plus frappante. Dans ce passage, Jésus prie son Père en associant ses disciples à cette filiation : le croyant entre dans la communion qui existe entre le Père et son Fils.
Jean 17,1-26

Le serviteur souffrant - [Textes bibliques]

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Esaïe 42,1-7 A plusieurs reprises dans le livre du prophète Esaïe, on trouve la description d'un serviteur qui serait pleinement et véritablement le porte-parole de Dieu. On ne sait pas exactement qui est ce serviteur, d'ailleurs son identité semble ne pas être la même selon les passages (il désigne même parfois le peuple d'Israël en son ensemble). Ces passages, au style poétique, ont longtemps été lus par les chrétiens comme l'annonce explicite de la venue de Jésus parmi les hommes. Il décrive en effet un serviteur faible et humilié qui obéira à la Parole de Dieu quitte à subir les pires châtiments de la part des hommes. On retrouvera également des versets issus de ces poèmes dans les évangiles (notamment celui selon Matthieu, par exemple en Matthieu 12,18-21)

" Je suis le Chemin " - [Textes bibliques]

Jean 14,6-10 A travers ces versets, Dieu est donné " à voir " par Jésus : Jésus est dans le Père et le Père est en lui. Cette proximité de Dieu par son Fils bouleverse les disciples mais les plonge aussi dans l'interrogation. La présence " physique " de Jésus ne semble pas combler leurs attentes ou tout du moins leurs questionnements. Ainsi, on pourrait lire dans cette parole de Jésus - " Je suis le chemin et la vérité et la vie " - une invitation non pas à " acquérir " une connaissance de Dieu, mais à " cheminer " à ses côtés.

Dieu le Père dans l'Ancien Testament - [Textes bibliques]

Toutes les religions transposent chez les dieux les réalités humaines et sociales essentielles, à commencer par la paternité et la maternité. Par exemple, le nom de Jupiter vient de Zeus-pater, " Zeus père " ; les idolâtres déclarent à leurs dieux : " Tu es mon père ! [...] C'est toi qui m'as enfanté " (Jérémie 2,27). La Bible présente le Dieu d'Israël comme père, mais avec des réserves. Dans l'Ancien Testament, le père (ab en hébreu) n'est pas seulement celui qui féconde la mère et donne la vie ; il est aussi le chef de la famille (la " maison du père " Genèse 12,1). Il est, avec la mère, l'éducateur des enfants et ceux-ci doivent respecter leurs parents, les honorer (Exode 20,12). Le nom de père est aussi donné à ceux qui ont autorité sur un groupe. Les " pères " sont les ancêtres, notamment les trois patriarches Abraham, Isaac et Jacob (Exode 3,15). Abraham est dit " père des croyants " (Romains 4,11), car les juifs et les chrétiens héritent de la promesse qu'il a reçue. Le roi est appelé " père " du peuple (Esaïe 9,5). Un prêtre juif (Juges 17,10) ou un rabbi peuvent recevoir ce titre (ce que refusera Jésus - Matthieu 23,9 -).
Parce qu'il l'a libéré d'Egypte, Dieu appelle son peuple " mon fils premier-né " (Exode 4,22-23). Tout l'exode peut être perçu comme l'éducation du peuple, comme celle d'un fils par son père (Deutéronome 8,5). Dieu se montre plein de tendresse (Osée 11,1-4) ; d'où sa souffrance devant l'ingratitude de ses enfants (Osée 11,8-9 ; Jérémie 3,19). Le titre de " fils de Dieu " est d'abord donné au roi (2Samuel 7,14), puis au peuple converti (Osée 2,1). Rares et tardives sont les prières qui appellent Dieu Père (Esaïe 63,16), car le judaïsme a résisté au langage des autres religions où dieux et déesses s'unissent et deviennent pères et mères. Pour parler de Dieu père d'Israël, on emploie aussi parfois des images maternelles (Nombres 11,11-15 ; Esaïe 49,15 et Esaïe 66,13)

Dieu le Père dans le Nouveau Testament - [Textes bibliques]

Dans le Nouveau Testament, Jésus révèle un Père plein de tendresse pour ses enfants, comme dans la parabole du père et de ses deux fils (Luc 15,11-32) ; on ne peut avoir Dieu pour Père sans traiter le prochain en frère. Il est paternel envers chacun (Matthieu 6,32 ; Matthieu 7,11). Jésus est pratiquement le seul, dans le judaïsme ancien, à oser appeler Dieu familièrement : " Père, mon Père " (en araméen : Abba - Marc 14, 36), révélant ainsi son intimité unique avec lui. Il parle aux disciples de " votre Père " et leur apprend à prier " Notre Père " (Luc 11,2). Lors de son baptême et de sa transfiguration, la voix du Père le nomme " mon fils bien-aimé " (Marc 1,11 ; Marc 9,7). C'est surtout dans l'évangile de Jean que Jésus parle de sa relation filiale totalement confiante (Jean 14,9-10). Jésus ouvre cependant cette relation aux disciples (Jean 14,23). Pour l'apôtre Paul, le Père de Jésus a fait des chrétiens des enfants d'adoption (Ephédiens 1,5-6) ; il a donné son Esprit aux croyants qui fait d'eux des fils et les fait prier en disant " Abba, Père ! " (Romains 8,14-17)

Yhwh - [Textes bibliques]

Dieu révèle son nom à Moïse lors de la vision du buisson ardent : " Je suis celui qui suis/est " (Exode 3,14). C'est un Dieu personnel qui se présente à lui, le Dieu des patriarches, qui veut intervenir pour libérer son peuple opprimé en Egypte et le mener vers la Terre promise. Par respect pour ce nom divin - peut-être Yahwéh ou Yahoh ? - le peuple juif ne le prononce plus. Les quatre consonnes YHWH (ou tétragramme), sont remplacées à la lecture par Adonaï. C'est le nom divin le plus employé dans l'Ancien Testament (6828 fois dans sa forme complète).

Yhwh Sabaoth - [Textes bibliques]

Le tétragramme Yhwh est parfois accompagné du complément de nom tsevaôt (qu'on transcrit Sabaoth), qui est le pluriel de tsava : armée : " Dieu des armées " (utilisé 484 fois dans la Bible). Quelles sont ces armées ? Anciennement les armées d'Israël (1Samuel 17,45), mais ensuite les armées célestes : les astres et les anges qui exécutent les ordres de Dieu (Psaume 103,20-21) et le chantent (Luc 2,13). Ce sens exprime sa maîtrise sur la création. C'est pourquoi on traduit " Dieu des armées " ou alors " Dieu de l'univers ".

Elohim - [Textes bibliques]

El désigne la divinité, en particulier le grand dieu, le père des dieux, chez les peuples voisins d'Israël. Son nom vient de la racine oul, " être puissant ". Dans la Bible, le pluriel Elohim sert à nommer le Dieu unique en disant sa grandeur, sa plénitude, son excellence. Après Yhwh, c'est le nom divin le plus employé dans la Bible (2600 fois).

Adonaï - [Textes bibliques]

A la place de Yhwh, par respect pour le nom propre de Dieu, on dit Adonaï, " Mon Seigneur " ou Adôn, " Seigneur " (773 fois dans la Bible). Ce mot est aussi employé au sens profane pour désigner un roi, ou le maître d'un domaine ou d'une maison avec des serviteurs.

Shaddaï - [Textes bibliques]

L'origine de ce nom ancien est incertaine : peut-être celui d'un dieu des montagnes ? Ce nom plus rare (51 fois dans la Bible), est surtout employé dans la Genèse 17,1 et dans Job 5,17. Sa traduction en grec est souvent Pantocratôr, " le Tout-Puissant ".

Elyôn - [Textes bibliques]

Cet adjectif (51 fois dans la Bible) est souvent précédé de Yhwh ou d'Elohim (ou de El). Il dérive du verbe 'alah, " élever " ; d'où la traduction en grec par hupsistos, " Très-Haut ". Ce nom évoque les hauteurs célestes où Dieu habite (Genèse 14,18-20), et d'où il domine tous les dieux (Psaume 97,9). Sa dimension royale permet de proclamer la royauté de Yhwh : " Le Seigneur est le Très-Haut, le redoutable, le grand roi sur toute la terre " (Psaume 47,3).

La création actuelle - [Textes bibliques]

" Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre " (Genèse 1,1) : ce verbe " créer " (bara en hébreu) n'a jamais d'autre sujet que Dieu, lui seul est créateur. L'univers et tous les êtres qui l'habitent sont l'oeuvre de Dieu. Pour la Bible, la création n'est pas seulement " au commencement ", mais elle continue, incessante : " Tu envoies ton souffle, ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre " (Psaume 104,30). Dans ce monde radicalement dépendant de Dieu, l'homme a reçu une mission particulière : continuer l'œuvre créatrice de Dieu. L'homme est en effet institué partenaire de Dieu : " Qu'est donc l'homme pour que tu penses à lui ? [...] Tu en as presque fait un dieu : tu le couronnes de gloire et d'éclats ; tu le fais régner sur les œuvres de tes mains ; tu as tout mis sous ses pieds " (Psaume 8,5-7).

La nouvelle création - [Textes bibliques]

Les prophètes annoncent que Dieu prépare une nouvelle création : " En effet, voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle ; ainsi le passé ne sera plus rappelé " (Esaïe 65,17). Les images grandioses des apocalypses rappellent aux croyants que ce monde n'est pas éternel et qu'il est appelé, comme tous les vivants, à connaître une fin (Apocalypse 21,1). Jésus l'annonce également : " Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas " (Marc 13,31). De plus, l'apôtre Paul explique que " [La création] est livrée au pouvoir du néant [...] elle garde l'espérance, car elle aussi sera libérée de l'esclavage de la corruption, pour avoir part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu " (Romains 8,20-21). C'est en ce sens que les théologiens pensent que Jésus a inauguré une création nouvelle : " Aussi, si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé, voici qu'une réalité nouvelle est là. " (2Corinthiens 5,17).

" Je crois en l'homme, dit Dieu " - [Aller plus loin]

Parmi les confessions de foi contemporaines, les chrétiens peuvent rencontrer celle-ci qui utilise l'expression " croire en l'homme ". Placée dans la bouche de Dieu, cette expression entend surtout rappeler combien Dieu ne désespère pas des hommes et entend, malgré tout, leur garder sa fidélité. Ici, les expressions utilisées sont volontairement exagérées, elles choquent.

Je crois en l'homme, dit Dieu, cette ordure,
Je crois en l'homme ce fumier,
Ce sable mouvant, cette eau morte.
Je crois en l'homme ce tordu,
Cette vessie de vanité.

Je crois en l'homme cette pommade,
Ce grelot, cette plume au vent,
Ce boute feu, ce fouille merde,
Je crois en l'homme, ce lèche sang.

Malgré tout ce qu'il a pu faire de mortel et d'irréparable.
Je crois en lui pour la sûreté de sa main,
Pour son goût de la liberté
Pour le jeu de sa fantaisie
Pour son vertige devant l'étoile.

Je crois en lui pour le sel de son amitié
Pour l'eau de ses yeux
Pour son rire
Pour son élan et ses faiblesses.

Je crois en lui à tout jamais
Pour une main qui s'est tendue
Pour un regard qui s'est offert.

Et puis surtout et avant tout
Pour le simple accueil d'un berger.

Les théologies féministes - [Aller plus loin]

Article d'Elisabeth Parmentier paru sur le site : http://www.protestants.org

" Les théologies féministes sont nées aux Etats-Unis dans le sillage des mouvements d'émancipation et des mouvements pour l'ordination des femmes des années 1965, et ont été importées en Europe 10 ans plus tard. Cette réflexion a également gagné les pays du Sud, où se développent des théologies féministes plus "contextuelles" ("womanistes" = Afro-Américaines, "mujerista" = femmes hispaniques aux Etats-Unis). La diversité des positions et des évolutions encourage à décliner ces théologies au pluriel. La cohérence interne du mouvement se noue au "point de souffrance" qu'est "l'oppression", ou le "sexisme" aux formes multiples : "Les femmes sont considérées comme opprimées, au moins au sens où leur vie est "déterminée par d'autres" (Halkes), qu'elles y jouent des rôles "fixés" (Moltmann-Wendel), qu'elles y sont les "autres" selon Simone de Beauvoir (Ruether), "exclues" (Ruether, Halkes, Russell) ou "marginales" (Daly) (1). Le qualificatif de "féministe" enlève à la théologie sa normalité, signalant par sa présence la protestation des femmes, leur "parti-pris pour les défavorisés", et leur solidarité ("sororité"). Leur expérience conduit à un processus de conscientisation et de déplacement des rôles et des normes fixés par l'éducation, la culture, la société, l'Eglise, pour une "contre-culture". Ces théologiennes interrogent la Bible, l'histoire de l'Eglise et l'histoire du salut sur leur capacité à être non seulement une his-story mais aussi une her-story, histoire au féminin. Ces théologies "des femmes pour les femmes" se sont caractérisées à leurs débuts comme un "mouvement de libération", un "atelier", une "expérience", refusant toute généralisation. Depuis, avec le travail académique et les publications multiples, une réflexion plus systématique et une autocritique féministe se développent (2).
La spécificité de ces théologies se dessine dans la déconstruction critique du langage, des modèles et des interprétations de la tradition chrétienne. Le système théologique tout entier, considéré comme "androcentrique", est "revisité": le caractère normatif de la Bible, son autorité, son inspiration divine, son canon sont remis en question. Dieu à l'image trop exclusivement masculine (Père, roi, Seigneur, etc.) est soupçonné d'injustice, d'oppression et de complicité avec le système androcentrique, ce qui entraîne une recherche pour dire le divin au féminin. Jésus Christ n'est plus considéré comme seul Sauveur, les croyant(e)s pouvant par leur engagement pour la paix, la justice et l'amour, contribuer à transformer les mentalités et le monde. L'Eglise et sa tradition, ses rituels et des structures hiérarchiques, sont repensées en termes de "tables rondes" ou "tables d'hospitalité" ouvertes aux marginalisés et aux défavorisés (3). "

1. Herlinde Pissarek-Hudelist, "Feministische Theologie. Eine Herausforderung?", Zeitschrift für katholische Theologie 103, 1981, p.289-308 et 400-425 (p.400).
2. Ouvrages majeurs traduits en français: Schüssler Fiorenza, Elisabeth, En mémoire d'elle. Essai de reconstruction des origines chrétiennes selon la théologie féministe, Paris : Cerf, 1984 ; Carr, Anne, La femme dans l'Eglise. Tradition chrétienne et théologie féministe, Paris : Cerf, 1993 ; Moltmann, Elisabeth et Jürgen, Dieu homme et femme, Paris : Cerf, 1984.
3. Pour une vision d'ensemble, cf. Wörterbuch der feministischen Theologie, Gütersloh, Gütersloher Verlagshaus, 1991, ou la revue Concilium ; Parmentier, Elisabeth, Les filles prodigues. Défis des théologies féministes, Genève : Labor et Fides, 1998

Théologie de la mort de Dieu - [Aller plus loin]

Philippe Aubert

"Les théologies dites de la 'Mort de Dieu', ont trouvé leur expression la plus originale dans les années 1960 aux Etats-Unis. Sans toujours s'en réclamer explicitement, elles sont souvent la transcription au plan théologique de problématiques déjà exprimées en philosophie, ou en littérature.
Feuerbach, Nietzsche, Marx et Sartre pour la philosophie, Heine, Dostoïevski, Camus et Bernanos pour la littérature. Malgré des analyses profondément différentes, ces œuvres se caractérisent par leur critique de Dieu, de la religion, ou parfois plus particulièrement du christianisme. En règle générale, l'expression "Dieu est mort", n'affecte pas la divinité - on se demande bien d'ailleurs comment l'homme pourrait être informé d'un tel événement - elle exprime que notre culture s'est maintenant émancipée des croyances traditionnelles. Cette émancipation s'explique par de multiples phénomènes: les progrès de la connaissance scientifique, la philosophie de l'Histoire, une nouvelle compréhension existentielle de l'individu etc.
Sur le plan théologique, c'est Gabriel Vahanian qui lança le mouvement par son livre: "La Mort de Dieu", publié en 1957 aux Etats-Unis. L'auteur se livre à une critique radicale de la religiosité américaine qui n'est que l'aboutissement d'un des travers du protestantisme. Dans ce cadre, le christianisme et ses valeurs se sont totalement confondus avec les valeurs du siècle. Alors que Dieu est toujours pour la Bible, le Tout Autre, il est devenu une sorte de gadget culturel qu'on utilise au même titre que d'autres concepts, "l'american dream" par exemple. Ce que stigmatise Vahanian, c'est le paradoxe dans lequel se trouve aujourd'hui le christianisme. On peut dire que sa réussite culturelle est responsable de la "Mort de Dieu", du Dieu de la Bible, qui s'il est toujours un Dieu pour le monde, ne se confond jamais avec le monde. A la suite du mouvement initié par Vahanian, William Hamilton a voulu radicaliser plus encore la théologie de la Mort de Dieu. Il critique le discours traditionnel de la foi, et montre que face aux souffrances humaines et aux catastrophes de l'Histoire, la doctrine classique reste inadaptée. Pour finir, Dieu s'éloigne de plus en plus de l'homme, il s'efface, disparaît, et meurt.
Dans une seconde étape, Hamilton glissera vers l'athéisme.
L'homme n'a plus besoin de Dieu, il est devenu un être majeur. Reste un attachement au Christ qui devient le maître spirituel par excellence, il incarne l'amour et la liberté à la perfection. Hamilton parle alors de christianisme athée qui doit être une véritable délivrance, et l'origine d'une nouvelle vie chrétienne. La "Mort de Dieu" est ici comprise comme une libération de Dieu. D'autres auteurs comme Van Buren, Cox, Altizer reprendront ce thème. Ces différentes critiques ne font que poser le problème de la signification du message chrétien dans le monde moderne. Certains auteurs ont emprunté des chemins qui les ont menés dans l'impasse. D'autres comme Vahanian ont développé toute une théologie sur cette base, incorporant à leur réflexion des phénomènes comme la sécularisation, la technique etc. "

http://www.protestants.org/index.php?id=32580

La folie de Dieu - [Aller plus loin]

Piguet Henri La folie de Dieu - Lettre de Paul aux chrétiens d'aujourd'hui 1Corinthiens 1-4 Lausanne Moulin 1991 p : 58-59.
Dans cet ouvrage, l'auteur propose une lecture des quatre premiers chapitres de la première épître de Paul aux corinthiens. Il s'appuie alors sur le langage de l'apôtre pour décrypter ce qu'il entend réellement par " folie et faiblesse de Dieu ". L'auteur entend réaffirmer la pertinence de ce discours auprès de ses contemporains qui, à l'image des corinthiens, ont bien du mal à envisager Dieu en termes de faiblesse.
" Moïse, Jérémie et les Psaumes témoignent à l'égard du Dieu tout-puissant d'une étonnante liberté de langage. Jamais, cependant, les auteurs bibliques n'avaient laissé entendre que Dieu puisse être sujet à la faiblesse. C'est dire à quel point Paul a dû choquer ses lecteurs en faisant état de la faiblesse de Dieu (1/25). Choquante pour les Grecs autant que pour les Juifs de l'époque, cette expression l'est aussi pour le lecteur moderne. Preuve en soit la traduction en Français courant, qui en atténue l'impact en interprétant : "Ce qui paraît être la faiblesse de Dieu". Rien pourtant, dans le texte, ne nous autorise à penser que cette faiblesse de Dieu ne serait qu'une apparence. Paul aurait sans doute protesté vigoureusement contre cette interprétation minimisante, comme il l'aurait fait pour la même raison contre ceux qui, plus tard, ont insinué que Jésus, sur la croix, n'était qu'en état de mort apparente. [...] Cependant Paul, visiblement, veut choquer. Il veut choquer parce que le message de la croix est choquant. Le messie crucifié est compris par les Juifs comme un scandale (1/23). Scandale que le messie ait été mis au rang des pires criminels ? Scandale, plutôt, que l'on ose appeler messie un blasphémateur, un condamné à mort, un crucifié voué à la malédiction (cf. Deutéronome 27,26 et Galates 3,13). Or, Paul veut démontrer que si la crucifixion du Christ a pour cause le péché de l'homme, elle n'en fait pas moins partie du plan de Dieu, en raison même de ce qui est faible en Dieu. Paul affirme d'ailleurs tout aussitôt que ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes (1/25). Dieu est le plus fort jusque dans sa faiblesse. Sur la croix se révèle la faiblesse du Père dans l'extrême faiblesse du Fils. Elle ne marque pas pour autant le triomphe de Caïphe et de Pilate ; elle indique au contraire l'accomplissement du plan de Dieu, car Dieu demeure le tout-puissant. Paul n'en a jamais douté : le messie crucifié qu'il prêche est, pour ceux qui sont appelés..., le Christ, puissance de Dieu (1/24). Il ne faudrait pas cependant que cette conscience de la puissance victorieuse de Dieu fasse oublier trop tôt sa surprenante faiblesse. Si la faiblesse de Dieu, pour parler comme nos versions traditionnelles, peut dérouter l'homme moderne, le confirmer dans son mépris pour un dieu inopérant ou le décevoir dans son attente d'une divinité qui le serve dans son propre désir de puissance, elle peut aussi l'émouvoir. "

La foi - [Aller plus loin]

Luther Brève explication de la foi, (La Pléiade) Paris Gallimard 1999 p. 417 :
" La foi se divise en trois points principaux selon lesquels sont énumérées les trois personnes de la sainte et divine Trinité, le premier se rapportant au Père, le second au Fils, le troisième au Saint-Esprit, car c'est là le plus haut article dans la foi, en lequel sont contenus les autres.
Il faut noter ici qu'il existe deux manières de croire. D'une part, croire au sujet de Dieu : c'est le cas lorsque je crois que ce que l'on dit de Dieu est vrai, de la même façon que lorsque je crois qu'est vrai ce que l'on dit du Turc, du diable, de l'enfer. Cette foi-là est davantage un savoir ou une connaissance qu'une foi. D'autre part, croire en Dieu : c'est le cas lorsque je ne me contente pas de croire que ce que l'on dit de Dieu est vrai, mais lorsque je place en lui ma confiance, que j'entreprends et décide de traiter avec lui et que je crois sans le moindre doute qu'il sera pour moi et agira avec moi conformément à ce que l'on dit de lui.
Jamais je ne croirais de cette manière-là au Turc ni à un homme, même si on me faisait de lui le plus éminent éloge. En effet, si je crois volontiers qu'un homme est honorable, cela ne suffit pas pour que je lui fasse confiance. Cette foi, qui, dans la vie et dans la mort, mise sur un Dieu conforme à ce qu'on dit de lui -, cette foi-là seule fait le chrétien et obtient de Dieu tout ce qu'elle veut. Nul cœur méchant et faut ne peut la posséder, car elle est une foi vivante, et c'est elle qui est prescrite dans le premier commandement qui dit : "Je suis ton Dieu, tu n'auras pas d'autres dieux".
C'est pourquoi le petit mot "en" se trouve tout à fait à sa place et doit être noté avec soin, afin que nous ne disions pas : "Je crois Dieu le Père", ou "au sujet du Père", mais "en Dieu le Père, en Jésus-Christ, en l'Esprit saint". Cette foi-là, il ne faut l'accorder à personne, sinon à Dieu seul ; c'est pourquoi, la divinité de Jésus-Christ et du Saint-Esprit est confessée par le fait que nous croyons en lui de la même manière que nous croyons au Père. Et de même qu'il s'agit d'une même foi en les trois personnes, de même les trois personnes sont un seul Dieu. "

Un Dieu de relation - [Aller plus loin]

Barth Karl Esquisse d'une dogmatique, (Traditions chrétiennes) Paris/Genève Cerf/Labor et Fides 1984:
" La doctrine de la création affirme que "Dieu n'existe pas pour lui-même, mais qu'il fait surgir une réalité distincte et différente de lui, le monde". Dieu "a appelé le monde à une existence indépendante, de telle sorte que nous existons comme des êtres à côté et en dehors de lui. [...] Celui qui cherche tant soit peu à connaître Dieu, à le comprendre, à le contempler [...] ne peut que s'étonner de constater que nous existons et que le monde existe en dehors et à côté de lui. Dieu 'na nul besoin de nous, il n'a nul besoin de l'univers, du ciel et de la terre. Il est lui-même sa propre richesse. Il possède la plénitude de la vie, il détient toute gloire, toute beauté, toute bonté et toute sainteté. Il se suffit à lui-même. Il vit de sa propre béatitude.
Pourquoi donc le monde ? [...] Comment peut-il y avoir quelque chose à côté de lui, quelque chose dont il n'a pas besoin ? Telle est l'énigme. [...] Et voici la réponse [...] : Dieu, qui n'a nul besoin de nous, a créé le ciel et la terre, m'a créé moi-même "sans que j'en sois digne, par sa pure bonté et miséricorde paternelle" (Luther). Saisissez-vous à travers ces paroles, l'étonnement du croyant en face de la création, cet émerveillement devant la bonté de Dieu qui ne veut pas rester solitaire, mais qui désire qu'à côté de lui une autre réalité existe ? "

Le concept de Dieu après Auschwitz - [Aller plus loin]

Jonas Hans Le concept de Dieu après Auschwitz Paris Payot et Rivages 1994 p. 12-13 :
" Quel est ce Dieu qui a pu laisser faire ?
Il y a lieu d'intercaler ici que, dans cette question, le juif connaît une situation plus difficile, théologiquement, que le chrétien. Car pour le chrétien, qui attend de l'au-delà le véritable salut, ce monde-ci, en tout état de cause, relève amplement du diable, et demeure toujours un objet de méfiance, spécialement le monde des hommes à cause du péché originel. Mais pour le juif, qui voit dans l'immanence le lieu de la création, de la justice et de la rédemption divines, Dieu est éminemment le seigneur de l'Histoire, et c'est là qu' "Auschwitz" met en question, y compris pour le croyant, tout le concept traditionnel de Dieu. A l'expérience juive de l'Histoire, Auschwitz ajoute en effet, comme déjà mentionné, un inédit, dont ne sauraient venir à bout les vieilles catégories théologiques. Et quand on ne veut pas se séparer du concept de Dieu - comme le philosophe lui-même en a le droit -, on est obligé, pour ne pas l'abandonner, de le repenser à neuf et de chercher une réponse, neuve elle aussi, à la vieille question de Job. Dès lors, on devra certainement donner congé au "seigneur de l'Histoire". "

Comme Hans Jonas (philosophe allemand et juif, 1903-1993) le précise lui-même dès les premières lignes, ce texte constitue un " morceau de théologie franchement spéculative ". Autrement dit, Jonas se livre à une réflexion sur le concept de Dieu, sur la façon dont on doit concevoir Dieu après l'holocauste : en quoi cette tragédie nous oblige-t-elle particulièrement à modifier le concept que l'on a habituellement de Dieu ? Se livrant à de telles réflexions théologiques, Jonas, comme il le remarque lui-même, s'oppose par exemple à Kant pour qui nulle théologie rationnelle n'est possible (on ne peut pas connaître Dieu, ce n'est qu'une Idée de la raison) ou encore au positivisme (les énoncés métaphysiques ne sont que des simili-énoncés qui ne font qu'exprimer un sentiment).
Il faut noter que ce n'est pas d'une manière générale qu'il va examiner le concept de Dieu, mais circonstancié : c'est après Auschwitz. La question est donc de savoir ce que ce sommet de l'horreur humaine peut nous apprendre sur le concept de Dieu. Comment rendre compte du mal ? Comment concilier le concept de Dieu avec le constat de l'inhumanité, de la violence, de l'horreur extrême sans précédent que constitue l'extermination massive de juifs par les nazis ? On ne peut plus attribuer l'existence du mal à l'infidélité ou à la fidélité du peuple juif, à la croyance ou à l'impiété, à la faute et à son châtiment. Pourquoi Auschwitz ? Quel est le sens de ce massacre ? La question centrale est en fait celle-ci : " Quel est ce Dieu qui a pu laisser faire ? ". Fidèle à sa conviction religieuse (juive) Jonas de dire " Dieu laissa faire ". D'où, encore une fois : " Quel est ce Dieu qui a pu laisser faire ? ". L'idée essentielle qu'il développe est celle du renoncement de la puissance divine au moment de la création mondaine. Ce Dieu qui a " laissé faire " est en fait un Dieu qui ne pouvait pas faire autrement, car il a abandonné toute sa puissance pour créer le monde. Il revient désormais à l'homme d'accéder au divin, et de réaliser le bonheur et la paix ici-bas. Cette conception de Dieu comme un être qui s'est dépouillé de sa toute-puissance pour faire advenir le monde a le mérite de chercher à concilier sans trop de compromis l'existence du mal et celle de Dieu (comme être bon).

Le dialogue interreligieux - [Culture]

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Dans l'article du Figaro intitulé Les 4 vérités de Dieu (publié le 30 juin 2006), le journaliste Olivier Michel interroge quatre représentants religieux de France : l'évêque Jean-Pierre Ricard, le président de la Fédération Protestante de France le pasteur Jean-Arnold de Clermont, le grand rabbin Joseph Sitruk et le recteur de la mosquée de Paris Dalil Boubakeur. Lors de cette interview, on peut déceler les orientations des trois grandes religions monothéistes.

"Une religion peut-elle vivre avec ses seuls livres saints ?
Mgr J.-P. R. - Contrairement à ce qu'on entend souvent, le christianisme n'est pas une religion du Livre. Elle est la religion de l'Incarnation : Dieu a pris chair et s'est fait homme. C'est à travers les hommes qui traduisent leur foi en actes, qui aiment leur prochain comme Jésus nous a aimés, que la religion reste vivante. Mais la méditation des Ecritures saintes est indispensable pour nourrir sa foi et suivre l'exemple du Christ.
Pasteur J.-A. de C. - Une religion est en dialogue permanent avec la culture de son temps ; elle se fonde sur ses textes saints mais en dialogue avec la philosophie, la science, les arts de son temps. Mais elle se vit aussi avec d'autres croyants dans le cadre d'une communauté, lors des offices ou de temps de réflexion et de partage."

Et si en plus y'a personne - [Culture]

Souchon, Alain, Et si en plus y'a personne
Paroles et musique d'Alain Souchon et Laurent Voulzy, 2005.

Cette chanson parle des trois grandes religions monothéistes (judaïsme, christianisme, islam). En pointant les excès de chacune d'entre elles, la chanson s'interroge sur leur fondement. Et si en plus y'a personne dénonce toutes sortes de fanatisme religieux, au nom desquels on tue. La chanson remet en question l'existence même d'un Dieu.

Abderhamane, Martin, David
Et si le ciel était vide
Tant de processions, tant de têtes inclinées
Tant de capuchons tant de peur souhaitées
Tant de démagogues de Temples de Synagogues
Tant de mains pressées, de prières empressées

Tant d'angélus
Ding
Qui résonne
Et si en plus
Ding
Y'a personne

Abderhamane, Martin, David
Et si le ciel était vide
Il y a tant de torpeurs
De musiques antalgiques
Tant d'anti-douleurs dans ces jolis cantiques
Il y a tant de questions et tant de mystères
Tant de compassions et tant de revolvers

Tant d'angélus
Ding
Qui résonne
Et si en plus
Ding
Y'a personne

Arour hachem, Inch Allah
Are Krishna, Alléluia

Abderhamane, Martin, David
Et si le ciel était vide
Si toutes les balles traçantes
Toutes les armes de poing
Toutes les femmes ignorantes
Ces enfants orphelins
Si ces vies qui chavirent
Ces yeux mouillés
Ce n'était que le vieux plaisir
De zigouiller.

Dieu - [Culture]

de Lamartine, Alphonse, Dieu
Alphonse de Lamartine (1790-1869) est un grand poète romantique français. Dans ce poème (particulièrement long et dont il ne s'agit ici que d'extraits), le lecteur appréciera la description d'un Dieu de la toute-puissance qui ne souffre aucune faiblesse. Une telle représentation est assez typique du mouvement romantique qui célèbre Dieu au travers de grands élans du cœur et le présente comme une immensité devant laquelle l'homme doit se situer.

Dieu
(A M. de la Mennais)

C'est Dieu, c'est ce grand tout, qui soi-même s'adore !
Il est ; tout est en lui : l'immensité, les temps,
De son être infini sont les purs éléments ;
L'espace est son séjour, l'éternité son âge ;
Le jour est son regard, le monde est son image ;
Tout l'univers subsiste à l'ombre de sa main ;
L'être à flots éternels découlant de son sein,
Comme un fleuve nourri par cette source immense,
S'en échappe, et revient finir où tout commence.
Sans bornes comme lui ses ouvrages parfaits
Bénissent en naissant la main qui les a faits !
Il peuple l'infini chaque fois qu'il respire ;
Pour lui, vouloir c'est faire, exister c'est produire !
Tirant tout de soi seul, rapportant tout à soi,
Sa volonté suprême est sa suprême loi !

Ce Dieu défiguré par la main des faux prêtres,
Qu'adoraient en tremblant nos crédules ancêtres.
Il est seul, il est un, il est juste, il est bon ;
La terre voit son œuvre, et le ciel sait son nom !
Heureux qui le connaît ! plus heureux qui l'adore !

Réveille-nous, grand Dieu ! parle et change le monde ;
Fais entendre au néant ta parole féconde.
Il est temps ! lève-toi ! sors de ce long repos ;
Tire un autre univers de cet autre chaos.
A nos yeux assoupis il faut d'autres spectacles !
A nos esprits flottants il faut d'autres miracles !
Change l'ordre des cieux qui ne nous parle plus !
Lance un nouveau soleil à nos yeux éperdus !
Détruis ce vieux palais, indigne de ta gloire ;
Viens ! montre-toi toi-même et force-nous de croire !
Mais peut-être, avant l'heure où dans les cieux déserts
Le soleil cessera d'éclairer l'univers,

Alors tu briseras ton inutile ouvrage :
Ses débris foudroyés rediront d'âge en âge :
Seul je suis ! hors de moi rien ne peut subsister !
L'homme cessa de croire, il cessa d'exister !

http://poesie.webnet.fr/poemes/France/lamartine/11.html

Le langage secret - [Culture]

La littérature des 19e et 20e siècles est marquée par le désinvestissement du Dieu traditionnel chrétien. Le patriarche barbu et lointain disparu, l'idée de Dieu ne se dissout pas pour autant : elle devient à réinventer. Au Dieu " barbare et cruel " de Baudelaire (1821-1867) répond le Dieu " simple et absolu " de Julien Green (1900-1998). Dans ce texte extrait de son autobiographie, Julien Green évoque le " langage secret " qui seul permettrait de communiquer avec le divin. Dieu ne parlerait qu'à ceux qui ont un cœur d'enfant, dans le silence d'une expérience indicible.

Julien Green, Partir avant le jour, Paris : Seuil, 1963.
" A parler de ces choses, il me semble que le temps se détruit et que de nouveau je suis là-bas, dans ce jardin qui n'existe plus. Je sentais l'air frais sur mes joues et une pensée que je n'arrivais pas à formuler se logeait dans ma tête. Le bruit d'un tapis qu'on battait et cette musique alerte qui rendait malgré tout un peu triste et qui résonnait au loin, comme tout cela m'est présent aujourd'hui et comme il était étrange - oui, c'était bien cela que j'éprouvais et ne pouvais dire -, comme il était étrange d'être dans ce jardin, avec la terre sous les pieds et cette fraîcheur sur le visage, et dans le cœur quelque chose de secret, le bonheur de vivre, alors qu'on ne savait pas encore ce que vivre voulait dire.
Dans les cellules de carmélites, une inscription porte ces mots : "Ma fille, qu'êtes-vous venue faire ici ?". Cette question que Dieu pose à l'âme des religieuses, il la posait à sa manière, avec toute la douceur et la délicatesse de l'amour, à l'âme d'un enfant qui ne devait la comprendre que plus tard et dont la cellule était le monde.
Dieu parle avec une extrême douceur aux enfants et, ce qu'il a à leur dire, il le leur dit souvent sans paroles. La création lui fournit le vocabulaire dont il a besoin, les feuilles, les nuages, l'eau qui coule, une tache de lumière. C'est le langage secret qui ne s'apprend pas dans les livres et que les enfants connaissent bien. A cause de cela, on les voit s'arrêter tout d'un coup au milieu de leurs occupations. On dit alors qu'ils sont distraits ou rêveurs. L'éducation corrige tout cela en nous le faisant désapprendre. On peut comparer les enfants à un vaste peuple qui aurait reçu un secret incommunicable et qui peu à peu l'oublie, sa destinée ayant été prise en main par des nations prétendues civilisées. Tel homme chargé d'honneurs ridicules meurt écrasé sous le poids des jours et la tête pleine d'un savoir futile, ayant oublié l'essentiel dont il avait l'intuition à l'âge de cinq ans. Pour ma part, j'ai su ce que savent les enfants et tous les raisonnements du monde n'ont pu m'arracher complètement ce quelque chose d'inexprimable. Les mots ne peuvent le décrire. Il se cache sous le seuil du langage, et sur cette terre il reste muet. "

Penser après Auschwitz - [Culture]

Philosophe du langage, critique littéraire et romancier, Georges Steiner fait partie des grands intellectuels du 20e siècle qui ont cherché à " penser après Auschwitz ". Touché personnellement par ce génocide, il élabore dans cet ouvrage une réflexion - qui fera référence - sur l'appréhension que les philosophes peuvent avoir de ces événements. Il problématise et tente de redéfinir, après l'optimisme du siècle des Lumières, le concept - devenu tragique - de culture.
Steiner, Georges, Dans le château de Barbe-Bleue, Paris : Gallimard/Folio, 1973, p. 44-45 :
" Il me paraît incontestable qu'il faut replacer l'holocauste dans le cadre d'une psychologie de la religion, et qu'une connaissance de ce cadre est indispensable à un débat sur la culture. C'est le point de vue de la minorité.
On ne s'étonne guère que, dans leur effort pour rendre ce matériau dément accessible à la raison et tolérable, sociologues, économistes et spécialistes des sciences politiques se soient appliqués à localiser le sujet selon des coordonnées rationnelles et profanes. Ils ont établi les données conjoncturelles des thèses raciales nazies ; la longue tradition de rancœur petite-bourgeoise à l'égard d'une minorité prospère, apparemment distante. Ils ont souligné à juste titre tout ce qui rabattait psychologiquement la crise financière sur une minorité juive qui avait toujours entretenu des rapports étroits avec le monde de l'argent. On a analysé de très près l'assimilation imparfaite, peut-être précipitée, des juifs non croyants au monde des Gentils, assimilation à laquelle l'Europe contemporaine doit beaucoup de son génie intellectuel, mais qui a aussi, notamment en Allemagne, revêtu les formes conjuguées de l'amour et de la haine. Les socio-historiens ont attiré l'attention sur la multiplication des signes d'hystérie entre l'affaire Dreyfus et la " solution finale ". On laissait à dessein circuler les poisons. Certains soutiennent, de façon convaincante, que l'antisémitisme nazi et stalinien, tout meurtrir qu'il était, obéissait en dernier ressort à des objectifs rationnels : ce serait là une tentative pour se débarrasser d'une minorité que son héritage et sa sensibilité prédisposaient naturellement à l'opposition, à toutes les subversions.
Aucune de ces approches n'est négligeable. Rassemblées, elles composent un faisceau inestimable d'intuitions historiques et sociologiques. Cependant, le phénomène, si tant est qu'on puisse en avoir une vue cohérente, se situe à un niveau plus profond. Aucun modèle historique ou psychosociologique élaboré jusqu'à ce jour, aucune psychopathologie du comportement des foules ou des aberrations mentales de certains leaders, de certains tueurs pris séparément, aucun diagnostic d'hystérie délibérée ne rend compte de certains traits marquants du problème. Au nombre de ceux-ci, l'indifférence active - la collaboration de l'indifférence - des neuf dixièmes de la population européenne. Ou encore la décision calculée du gouvernement national-socialiste, à la pire période de la guerre économique, de liquider les juifs plutôt que de les exploiter à des fins commerciales et industrielles bien évidentes. Peut-être plus inexplicable encore est la survivance d'un antisémitisme virulent là où il ne subsiste plus qu'une poignée de juifs, comme dans l'Europe de l'Est aujourd'hui. Le mystère, au sens théologique du terme, est celui d'une haine qui survit à son objet.
Nous n'avons pas affaire, j'en suis persuadé, à un monstrueux accident de l'histoire de la société moderne. L'holocauste n'est pas la conséquence d'un état morbide individuel ou des névroses d'une seule nation. En fait, des observateurs compétents s'attendaient à voir le cancer s'installer d'abord, et sans rémission possible, en France. Nous ne sommes pas, bien qu'on s'y trompe souvent, en face d'un cas de massacre parmi d'autres, comme celui des Gitans ou, précédemment, des Arméniens. La technique, le langage de la haine présentent des similitudes, mais ni ontologiquement ni au niveau de l'intention philosophique. Cette intention nous conduit droit au coeur de certaines failles de la culture occidentale, aux points où convergent la vie religieuse et celle de l'instinct. Le mot de Hitler : "La conscience est une invention juive", fournit un indice. "

La création - [Culture]

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Michel-Ange est né le 6 mars 1475 en Toscane. Peintre, sculpteur, artiste éminent, il est reconnu comme l'un des plus grands génies de la Renaissance. Parmi ses œuvres les plus célèbres, on peut citer une Pietà ou encore le David de marbre.
Rome lui commande aussi de peindre le plafond de la chapelle Sixtine, ce qui lui prendra quatre années (1508-1512). C'est à ce plafond, qu'on peut admirer le détail de ce Dieu créateur, le doigt tendu vers celui d'Adam.
Michel-Ange meurt à Rome le 18 février 1564 à l'âge de 89 ans.

Luther, Martin (1483-1546)

Réformateurvoir entrée Luther allemand né et mort à Eisleben. Moine, prêtre, docteur en théologie, professeur d'exégèse biblique, il était habité par une intense quête spirituelle concernant le salut. En travaillant l'épître aux Romains il découvre ce qui sera le coeur de son oeuvre et de la Réforme protestante au 16e siècle, le message du salut par la seule grâce de Dieu, en dehors des mérites de l'homme. En 1517 il rédige " 95 thèses " où il développe cette affirmation et dénonce la vente des indulgences. Déclaré hérétique en 1518, il est excommunié et mis au ban de l'Empire à la Diète de Worms en 1521. Il trouve alors un appui auprès des princes allemands. Auteur d'une oeuvre théologique considérable et traducteur de la Bible en allemand, il a pris part aux débats de son temps (controverse avec Erasme, attitude lors de la Guerre des Paysans...). Il a résisté à toute forme de désordre ecclésial et a commencé à poser les bases d'une Eglise " luthérienne "

Passion

Du verbe latin "patior" souffrir. La passion de Jésus recouvre le temps de ses souffrances : son arrestation, son jugement, sa condamnation, sa crucifixion et son ensevelissement. Matthieu, Marc, Luc et Jean insistent tous sur ce temps de souffrances, chacun à sa manière. Le lecteur attentif découvre des différences dues à l'auteur et à sa compréhension de cet événement. Dans les Actes, l'auteur Luc insiste sur la passion et la résurrection. Pour Paul, la passion est un immense signe d'amour de Dieu en Jésus Christ pour l'humanité. Si la passion n'était pas suivie de la résurrection de Jésus Christ, elle serait signe d'un lamentable échec ; les évangélistes insistent sur la passion parce qu'elle est suivie de la résurrection du Christ. Il a vaincu la mort.

Saint

Dans l'Ancien Testament, le mot hébreu kadosh que l'on traduit par saint n'évoque pas d'abord la perfection morale, mais le fait que Dieu est tout autre que l'être humain. S'il est dit " Soyez saints comme moi je suis saint " (Lévitique 19,2 et 20,26) c'est pour inviter le peuple élu à vivre son appartenance à Dieu et sa différence d'avec les autres peuples.
Dans le Nouveau Testament, saint se dit de Dieu, de son nom, se dit du Christ qui appartient à Dieu et qui a été envoyé par lui. Ainsi en est-il des chrétiens qui appartiennent au Christ. Dans le Nouveau Testament, le mot " saint " désigne le croyant.

Freud, Sigmund (1856-1939)

Il naît en Moravie en 1856. Docteur en médecine, spécialisé en neurologie, Freud s'installe comme praticien à Vienne. Sous l'influence des célèbres médecins français Charcot et Bernheim, Freud élabore des travaux sur l'hystérie en utilisant l'hypnose. Il pose ainsi les premiers jalons d'une méthode originale d'exploration de l'inconscient. Dès 1895, il substitue à l'hypnose la technique " psycho-analytique " de la libre association des images, souvenirs et idées. Les rêves (" voie royale qui conduit à l'inconscient "), les symptômes névrotiques (obsessions, angoisses) ou encore les actes manqués (lapsus, oublis) lui permettent ainsi de mettre à jour une partie du fonctionnement de l'inconscient, régissant la partie consciente de l'individu. La psychanalyse est donc d'abord une thérapeutique des névroses visant à rendre conscients les conflits qui en sont la cause. Plus tard, Freud applique ses découvertes à l'étude de certains phénomènes de la psychologie collective (par exemple, la question de l'inceste). Il est amené également à reconsidérer les valeurs culturelles comme la religion et l'art au travers sa lecture psychanalytique. Malgré les résistances rencontrées par la psychanalyse et le scandale qu'elle provoque à cette époque, les découvertes de Freud font de nombreux adeptes. Le régime nazi condamne les théories de Freud qui, en raison de ses origines juives, est contraint de quitter Vienne pour Londres en 1938. Il y meurt en 1939. Parmi ses ouvrages fondateurs, on peut citer : L'interprétation des rêves (1899-1900), Totem et Tabou (1913), Introduction à la psychanalyse (1916), Moïse et le monothéisme (posthume, 1939).

Schmitt, Eric-Emmanuel (1960- )

Né en 1960, normalien, agrégé de philosophie, docteur, Eric-Emmanuel Schmitt se fait d'abord connaître au théâtre avec Le Visiteur, cette rencontre hypothétique entre Freud et peut-être Dieu. Rapidement, d'autres succès suivent : Variations énigmatiques, Le Libertin, Mes Evangiles, etc. Ses pièces sont récompensées par plusieurs " Molière " et le " Grand Prix du théâtre de l'Académie française ". Son œuvre est désormais jouée dans plus de quarante pays. Les quatre récits du " Cycle de l'Invisible ", des contes sur l'enfance et la spiritualité, ont rencontré un immense succès aussi bien sur scène qu'en librairie : Milarepa, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Oscar et la dame rose et L'Enfant de Noé. Passionné de musique, Eric-Emmanuel Schmitt a également signé la traduction française des Noces de Figaro et de Don Giovanni. Il vit actuellement à Bruxelles.

Calvin, Jean (1509-1564)

Réformateur français né à Noyon. Il a une formation d'humaniste, étudiant les lettres, la philosophie, le droit, l'hébreu, le grec, la théologie en divers lieux universitaires (Paris, Orléans, Bourges). En 1533, il adhère aux idées de la Réforme qu'il va dès lors inlassablement et de toutes sortes de manières diffuser. En 1534 il est obligé de quitter la France pour Bâle où il rédige la première édition de l'un de ses ouvrages majeurs l'Institution de la Religion Chrétienne. Il ira ensuite à Genève (1536), à Strasbourg (1538), puis à nouveau Genève (1541) où il jouera un rôle théologique et politique très important. Exégète, enseignant, prédicateur, sa pensée rigoureuse fut largement diffusée en France dans les années 1540-1550. Elle va contribuer à l'édification d'une Eglise réformée en France, dont le premier synode se tient en 1559 à Paris. La confession de foi et la discipline ecclésiastique qui y furent adoptées sont l'une et l'autre directement inspirées par Calvin

Bonhoeffer, Dietrich (1906-1945)

Théologien protestant. Il devient pasteur et aumônier auprès des étudiants. Il enseigne à Berlin. En 1935, il dirige le séminaire de prédicateurs (illégal aux yeux des nazis) de Finkenwalde. Il n'a plus le droit d'enseigner ni de publier sous les nazis, il entre dans la résistance. En 1943, il est arrêté et meurt pendu dans le camp de concentration de Flossenbürg les derniers jours de la guerre. C'est dans ses années d'emprisonnement qu'il rédige entre autres le poème Qui suis-je. Ses œuvres les plus connues sont Suivance [Nachfolge], son Ethique et Résistance et Soumission [Widerstand und Ergebung].

Camus, Albert (1913-1960)

Albert Camus, né le 7 novembre 1913 à Mondovi en Algérie, est un écrivain et philosophe français. Il développe dans son œuvre très diverse un humanisme fondé sur la prise de conscience de l'absurde de la condition humaine. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1957.
C'est dans le département de Constantine que l'écrivain voit le jour dans une famille très modeste. Lucien Camus, son père, est mobilisé en septembre 1914. Blessé à la bataille de la Marne, il meurt à l'hôpital militaire de Saint-Brieuc le 17 octobre 1914. La famille s'installe à Alger. Camus y fait ses études, soutenu par ses professeurs. Il commence à écrire très jeune, dès 1932. Il s'installe à Paris et travaille comme secrétaire de rédaction à Paris-Soir. C'est durant cette période qu'il fait paraître le roman L'Étranger (1942) et l'essai Le Mythe de Sisyphe (1942) dans lesquels il expose sa philosophie. Selon sa propre classification, ces œuvres appartiennent au " cycle de l'absurde " - cycle qu'il complète par les pièces de théâtre Le Malentendu et Caligula (1944). Le 8 août 1945, il est le seul intellectuel occidental à dénoncer l'usage de la bombe atomique deux jours avant l'attaque sur Hiroshima dans un éditorial resté célèbre. Son œuvre littéraire se poursuit avec la production du " cycle de la révolte ", qui comprend un de ses romans les plus connus, La Peste (1947). En 1956, à Alger, il lance son Appel pour la trêve civile, alors que dehors, on hurle des menaces de mort. Il publie alors La Chute, livre pessimiste dans lequel il s'en prend à l'existentialisme. En marge des courants philosophiques, Camus poursuit une réflexion sur la condition humaine. Refusant de formuler un acte de foi en Dieu, en l'histoire ou en la raison, il s'oppose simultanément au christianisme, au marxisme et à l'existentialisme. Le 4 janvier 1960, Albert Camus trouve la mort dans un accident de voiture.

Tillich, Paul Johannes (1886-1965)

Tillich adhère au socialisme sous l'effet d'une quasi-conversion, à la suite de la Première Guerre mondiale et de la révolution allemande de novembre 1918. Il commence son enseignement universitaire à Berlin. Dans ses écrits, il s'adresse d'abord aux Églises, pour les inviter à reconsidérer leur refus du socialisme. Il s'applique à montrer les affinités entre le christianisme et le socialisme, l'inspiration prophétique et les conséquences sociales de l'annonce du Royaume de Dieu. Dans le cadre du cercle Kairos de Berlin, en collaboration avec des collègues de sciences économiques et politiques et des théologiens de diverses disciplines, il se consacre à repenser le socialisme pour faire ressortir les fondements religieux de celui-ci et montrer comment il constitue un nouveau projet de société et de culture.
Les années de Berlin (1919-1929) sont pour Tillich une période intense de pensée et d'écriture. Il développe une philosophie de l'histoire fortement inspirée de l'événement socialiste et centrée sur l'idée du Kairos. Puis, pendant la période de Francfort (1929-1933), ses écrits manifestent un caractère plus strictement marxiste et politique. Il y expose aussi une théorie de l'État et du pouvoir. Le dialogue avec les collègues du nouvel Institut de recherche sociale (Ecole de Francfort) est particulièrement soutenu à cette époque. La liste des écrits de ce volume se termine en 1931, car un nouvel interlocuteur s'impose alors, qui forcera Tillich à réorienter son débat socialiste. Il s'agit du national-socialisme (nazisme), auquel s'attaquera le théologien à partir de 1932.
À la veille de la prise du pouvoir par les nazis, en janvier 1933, Tillich publie un grand texte de philosophie politique, La Décision socialiste, qui lui vaut d'être démis de son poste à l'université de Francfort. Le mouvement nazi y fait l'objet d'une analyse critique et d'une évaluation par comparaison avec le principe de la société bourgeoise et le principe socialiste. Dans d'autres articles, Tillich étend sa critique aux Églises dans la mesure où elles se sont compromises avec le nazisme. Il est chassé de l'Université parce qu'il prend la défense d'étudiants juifs molestés par les nazis, et s'exile alors aux États-Unis. Paul Tillich est l'un des plus grands théologiens de notre siècle. Sa Théologie systématique est son œuvre maîtresse.

Brunner, Emil (1889-1966)

D'origine zurichoise, Emil Brunner fait ses études de théologie à Zurich, puis à Berlin. Il devient professeur de théologie systématique et de théologie pratique à Zurich en 1924. Il est l'un des fondateurs de la " théologie dialectique ", en collaboration notamment avec Karl Barth. Son souci principal repose sur l'étude des structures permettant à l'homme d'accueillir l'Evangile. Dans ce cadre, il développe sa théorie de l'homme " image de Dieu ", comme point d'ancrage de l'Evangile en l'homme naturel. Un vif conflit théologique l'oppose finalement à Barth. Brunner se consacre ensuite à l'élaboration de sa dogmatique et à des travaux oecuméniques, ecclésiologiques et missiologiques, déployant une intense activité d'enseignement dans le monde entier, surtout dans le monde anglo-saxon et en Extrême Orient (Japon)

Monod, Wilfred (1867-1943)

Né dans une famille de pasteurs, Wilfred Monod fait des études de philosophie, puis de théologie. Il voyage beaucoup pendant ses études. Il découvre les questions sociales dans ses premières paroisses : dans le Calvados, puis à Rouen. Il obtient son doctorat en théologie en 1901, sa thèse s'intitulant : Le Royaume. Il est pasteur à l'Oratoire (Paris) en 1907 et se place au coeur des débats entre orthodoxes (membres d'Eglise dont l'ensemble des opinions est considérée comme " droite et vraie ") et libéraux (membres d'Eglise qui relativise l'importance du dogme et met en avant l'aspect existentiel de la foi). Il devient le président de l'Union dite de Jarnac (c'est une association, " Union des Eglises Réformées ", qui cherche à favoriser le rapprochement des différentes Eglises réformées, cette union ne se fera qu'en 1938). Il est titulaire de la chaire de Théologie pratique à la faculté protestante de théologie de Paris jusqu'en 1937. Wilfred Monod est une personnalité contradictoire, piétiste mais socialiste. Pour lui, le seul christianisme authentique est à la fois spirituel et social. Sa pensée traduit la difficulté qu'il y a à tenir l'équilibre entre les exigences de la piété et celles du social. Le Royaume de Dieu est la notion centrale qui doit commander et la réflexion théologique et l'action sociale

Bultmann, Rudolf (1884-1976)

Originaire du Nord de l'Allemagne, Bultmann fait ses études de théologie à Tübingen, Berlin et Marbourg. IL devient professeur de Nouveau Testament à Breslau, puis à Giessen et enfin à Marbourg où il enseigne jusqu'à sa retraite en 1951. Il est considéré comme l'un des fondateurs de " la théologie dialectique ", (notamment avec Karl Barth). Il définit sa conception de l'interprétation existentiale, conçue comme prolongement indispensable de la méthode historico-critique : le texte doit être lu du point de vue de son kérygme (son message existentiel), appelant le destinataire à une nouvelle compréhension de soi. Croire et comprendre, foi et compréhension sont pour lui indissolublement liés. Son travail suscite beaucoup de débats mais ouvre également un champ nouveau du travail théologique : toute une école théologique lui fait suite, animée notamment par la question de la place du Jésus historique

Eglise luthérienne

Eglise protestante se référant à la théologie de Luther

Kant, Emmanuel (1724-1804)

Emmanuel Kant naît en 1724 à Königsberg en Prusse orientale (actuellement Kaliningrad, en Russie) dans un milieu modeste et particulièrement pieux. Il fréquente tout d'abord un collège dirigé par un pasteur piétiste puis entame des études universitaires. Il étudie la physique, les sciences naturelles, les mathématiques et la philosophie. En 1747, la mort de son père l'oblige à interrompre ses études pour s'engager comme précepteur. Dès 1755, il commence à enseigner à l'université de Königsberg, tout d'abord en tant que " Privatdozent " (enseignant payé par ses élèves), puis, à partir de 1770, en tant que professeur titulaire. Kant fut le premier grand philosophe à donner un enseignement universitaire régulier. Ses cours, tout comme ses publications à cette période, sont très diversifiés : mathématiques, logique, géographie, théologie, pédagogie, droit, anthropologie, métaphysique. Il consacre sa vie entière à l'étude et à l'enseignement. En 1781, paraît la première édition de la Critique de la raison pure. En 1788, est publiée la Critique de la raison pratique et, en 1790, la Critique de la faculté de juger. Toutes ses autres œuvres majeures (Fondation de la métaphysique des mœurs, Vers la paix perpétuelle) sont écrites à cette période.
Son œuvre philosophique marque l'ensemble de la philosophie : Kant est sans doute l'un des plus grands philosophes de ces derniers siècles. Les trois grandes branches de la philosophie kantienne sont établies de la manière suivante : philosophie théorique (développée surtout dans la Critique de la raison pure), philosophie pratique (exposée dans la Critique de la raison pratique et la Fondation de la métaphysique des mœurs) et esthétique (dans la Critique de la faculté de juger).
La philosophie théorique a pour but de répondre à la question " que puis-je savoir ? ". Elle ne tente donc pas de connaître un objet particulier (comme la Nature pour la physique ou le vivant pour la biologie) mais de limiter et de déterminer la portée de nos facultés cognitives c'est-à-dire de la raison en langage kantien. La philosophie pratique a pour objet la question " que dois-je faire ? " et elle comporte aussi bien la philosophie morale que la philosophie du droit ou que la philosophie politique. La philosophie pratique s'intéresse quant à elle à la question " que puis-je espérer ? ". Elle déploie une nécessaire pensée de l'objet de la croyance, de Dieu. L'esthétique a pour objet de déterminer la nature et la portée exacte de la faculté de juger qui est au fondement du jugement esthétique et qui a une fonction médiatrice entre philosophie théorique et pratique.

Réformateur

Promoteur de la Réforme religieuse du 16e siècle

Réforme

Il s'agit du mouvement de réforme religieuse qui, au 16e siècle, a contesté les positions traditionnelles de l'Eglise et donné naissance au protestantisme. Les Eglises luthériennes sont issues de l'oeuvre théologique du Réformateur allemand Martin Luther, et les Eglises réformées de l'oeuvre théologique du Réformateur français Jean Calvin

Millénarisme

Croyance dans un règne terrestre à la fin des temps, inauguré par le Messie et ses élus, qui durera pendant 1000 ans. La pensée millénariste s'appuie en particulier sur des textes du livre de l'Apocalypse . On y trouve souvent un rejet radical de l'ordre social et politique existant.

Parousie

Le mot parousie vient du grec " parousia " qui signifie " présence, arrivée, venue ". Il se dit principalement du dernier avènement du Christ. En terme théologique, il désigne le retour glorieux du Christ sur terre à la fin des temps

Monophysisme

Ce terme vient de deux mots grecs : monos, " seul " et phusis, nature. Il désigne les chrétiens ou Eglises qui attribuent au Christ une seule nature. Il convient toutefois de distinguer deux formes de monophysisme. La première a pour principal représentant le moine Eutychès (milieu du 5e siècle). Pour lui, il y a assimilation entre la nature humaine et la nature divine du Christ en sorte que l'humain, absorbé par le divin, n'a plus de consistance propre. Cette position fut condamnée en 451 par le concile de Chalcédoine qui déclara que le Christ est " reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement ". La deuxième forme de monophysisme est postérieure à Chalcédoine. C'est la position de ceux qui refusent la formulation de Chalcédoine sur les deux natures, mais qui, pour autant reconnaissent à l'humanité du Christ tous les caractères spécifiques de la nature humaine. La première forme de monophysisme est considérée comme contraire à l' orthodoxie chrétienne. La seconde ne l'est pas. Aujourd'hui encore, il existe des Eglises chrétiennes appelées monophysites ou " préchalcédoniennes " : l'Eglise copte orthodoxe, l'Eglise éthiopienne, l'Eglise arménienne orthodoxe ou " grégorienne ", l'Eglise orthodoxe syrienne ou " jacobite "

Incarnation

Il s'agit d'un mot qui vient du latin et veut dire "prendre chair". Le mot ne fait pas partie du vocabulaire du Nouveau Testament bien que ce soit son message central : Dieu s'est fait homme en Jésus Christ. Il a ainsi accepté tout ce que comporte une vie humaine jusque dans sa fragilité et sa mort.

Destin

Le mot vient du verbe latin destinare qui signifie "destiner quelque chose à quelqu'un". Selon certaines croyances, il s'agit surtout d'une puissance autonome qui fixerait de façon irrévocable le cours des événements. Cette conception a été particulièrement développée dans la mythologie grecque qui faisait du destin une puissance supérieure aux dieux.

En théologie chrétienne, le mot "destin" se trouve parfois associé, quoique bien différent, au terme de "providence".

Fatalité

Le mot provient du latin fatum qui signifie " destin ". Il désigne, comme le destin, une force surnaturelle par laquelle tout ce qui arrive est déterminé d'avance d'une manière inévitable. A la différence du destin, on n'attribue généralement à la fatalité que les événements tragiques ou désagréables. La conception chrétienne du déroulement du temps et du monde ignore cette conception

Providence

Du latin providentia qui signifie " prévision " et " prévoyance ", le mot n'a pourtant pas gardé ces deux significations. A partir du 13e siècle, le mot se spécialise dans le vocabulaire religieux pour désigner la suprême sagesse par laquelle Dieu conduit tout et prend soin de ses fidèles. D'un point de vue philosophique, le terme " providence " appartient au vocabulaire du stoïcisme. Les philosophes stoïciens pensent qu'une nécessité ou un déterminisme universel dirige, détermine le monde dans les plus petits détails. Selon eux, rien de ce qui arrive n'est l'effet du hasard, ni ne résulte d'une décision des êtres humains. Ils estiment qu'une puissance surnaturelle règle totalement les choses et les événements. Dans le stoïcisme, la providence désigne ce gouvernement divin (d'un divin plutôt impersonnel et indifférent) du monde. D'un point de vue chrétien, et même si le mot n'est jamais employé dans la Bible, il désigne la sollicitude de Dieu qui veille sur les siens

Dogme

Vient d'un verbe grec dokein qui signifie " croire ", " décider " et qui a donné dogma : " opinion " ou " décision ". Dans l'usage théologique actuel, le dogme désigne une vérité que l'Eglise pose comme devant être crue. Mais cette notion ne s'est imposée qu'à partir du siècle des Lumières, remplaçant les expressions " articles de foi " ou " vérités de foi ".

Doctrine

Mot emprunté au latin classique, doctrina, qui signifie " enseignement, théorie, méthode ". Le mot désigne généralement un ensemble de principes, d'énoncés, érigés ou non en système, traduisant une certaine conception de la foi chrétienne.

Révélation

Ce terme veut dire " manifestation " et désigne la communication de Dieu avec les hommes. Pour le chrétien, les Ecritures bibliques sont le moyen par lequel Dieu parle et se révèle aux hommes et aux femmes. Pour les protestants, c'est à travers la Bible seule, lue, étudiée, méditée, interprétée, que l'être humain peut connaître et rencontrer Dieu

Idole

Une idole est une image (statue ou peinture) qui représente la divinité. L'idolâtrie est le culte rendu à cette image : elle divinise une réalité terrestre. On parle d'idole aujourd'hui pour désigner une star ou un personnage que des gens vénèrent et qui prend pour eux une importance démesurée

Théologie

La théologie désigne l'ensemble des études tentant de tenir un discours sur Dieu. Elle comprend plusieurs disciples (dont l'étude de la Bible et celle de l'histoire) et a pour principale tâche de rendre compte d'une pensée articulant Dieu au monde, à l'Eglise, aux hommes, au temps, etc

Mythe

Du grec "muthos" qui signifie "récit", le mythe est un récit fabuleux transmis par la tradition et qui met en scène des êtres qui incarnent sous une forme symbolique des forces de la nature, des aspects de la condition humaine. En cela, les mythes participent à la compréhension du fonctionnement du monde et de la condition humaine.

Fanatisme

Le fanatisme désigne un comportement lié à une foi exclusive en une doctrine, une religion ou une cause qui s'accompagne souvent d'un zèle absolu pour la défendre

Judéo-christianisme

L'expression regroupant " judaïsme " et " christianisme " n'apparaît qu'au 19e siècle (période de l'émergence de l'histoire telle qu'on la conçoit aujourd'hui) : elle entend désigner l'ensemble des dogmes et préceptes communs à ces deux religions. Elle souligne également le fait que le christianisme est issu du judaïsme, que leur histoire est intimement liée

Ethique / Morale

Ces deux mots sont souvent confondus. L'un et l'autre désignent ce qui permet de déterminer les finalités de la vie humaine, ce qui est bien et mal, bon et mauvais, juste et injuste. On peut toutefois les distinguer en précisant que la morale s'intéresse plutôt aux dispositions et prescriptions concrètes et l'éthique aux orientations ou convictions générales permettant à chacun de s'orienter dans ses comportements. La Bible n'établit ni l'une ni l'autre qui serait directement transposable pour aujourd'hui. Mais en essayant de comprendre comment les auteurs bibliques ont affronté les questions éthiques de leur temps, on peut tenter de répondre aux défis de notre époque

Sacré

L'adjectif " sacré " s'applique à ce qui est consacré à Dieu. Largement diffusé par l'Eglise jusqu'au 16e siècle, il qualifie ce qui appartient à un domaine interdit et inviolable (par opposition à profane) et qui fait même l'objet d'un sentiment de révérence religieuse. L'adjectif sera alors souvent associé à tous les éléments qui appartiennent au culte : vase sacré, Ecriture sacrée, etc

Scolastique

Du latin schola qui veut dire " école ". La théologie scolastique est l'enseignement théologique donné au Moyen-Age par les écoles et universités, qui étaient des institutions ecclésiastiques. Elle ne cherche pas à trouver des vérités religieuses, mais à les prouver, à les défendre, à les fonder de manière rationnelle.
La méthode scolastique a été développée de manière déterminante par Pierre Abélard (1079-1142). La scolastique du 13e siècle, en particulier avec Thomas d'Aquin, va devoir prendre en compte des données nouvelles. En effet, on a accès désormais aux écrits d'Aristote concernant les sciences naturelles, à ceux des savants juifs et arabes (Averroès) ; la fondation d'universités ouvre l'enseignement au public laïc ; les franciscains et les dominicains commencent à enseigner en dehors des murs de leurs monastères. Ces trois facteurs mettent la scolastique devant un défi nouveau : " réconcilier " les idées philosophiques et scientifiques avec les dogmes religieux.
Ainsi la scolastique est une forme d'intelligence de la foi qui s'efforce de prendre en compte les différents savoirs humains, en particulier la philosophie, et de les organiser par la raison. Cette expression qui recouvre un important courant de la théologie est parfois utilisée de manière péjorative pour désigner une démarche et une pensée très " scolaires ", pour en dénoncer le formalisme ou en critiquer les subtilités intellectuelles.

Royaume

Le mot grec utilisé dans le Nouveau Testament peut être traduit par royaume, règne ou royauté. Le Royaume de Dieu est là où Dieu règne. Ce n'est pas un lieu spécifique mais plutôt une relation particulière entre Dieu et les hommes qui se traduit dans des relations de paix, de justice et de fraternité entre les hommes. Jésus annonce qu'il est déjà présent, de manière non éclatante, comme une semence. Il est appelé à une plénitude à la fin des temps quand le Christ reviendra.

Hérésie/Hérétique

Vient d'un verbe grec (haireo) qui veut dire " choisir ". Dans le monde grec, il décrit un choix opéré dans le domaine scientifique, religieux ou politique. Par la suite, on désigne par " hérésie " un mode de penser ou de croire qui est différent de la doctrine officielle. Le reproche d'hérésie peut concerner des points de doctrine variés : la manière de comprendre l'Eglise, la conception de la figure du Christ, les critères pour accéder au salut, etc. Il est toutefois toujours nécessaire de considérer le contexte précis d'une hérésie. Car au moment où la doctrine officielle change, ce qui était déclaré " hérétique " peut devenir " orthodoxe ", c'est-à-dire considéré comme la " doctrine droite et juste ", et réciproquement. Le protestantisme a été ainsi traité d'hérésie par rapport à la doctrine officielle de l'Eglise catholique ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.

Orthodoxie

L'étymologie grecque de ce mot signifie l'opinion (doxa) droite (orthè). C'est l'ensemble des idées ou conceptions traditionnellement admises dans une discipline (art, science, morale) ou une institution (parti, école, Eglise...).
En théologie, ce terme désigne la conformité aux opinions, croyances et doctrines reconnues comme officielles par l'Eglise. Il s'oppose à hétérodoxie (qui s'écarte de la doctrine reçue) et à hérésie. On considère que l'ensemble des Eglises reconnaît dans les formulations des quatre premiers conciles œcuméniques l'expression orthodoxe de la foi chrétienne. Mais le mot orthodoxie (ou le qualificatif orthodoxe) a aussi un sens plus précis. Il désigne les Eglises d'Orient, appelées encore Eglises orthodoxes, qui se sont séparées de l'Eglise romaine en 1054 lors du schisme d'Orient. Les Eglises orthodoxes n'acceptent pas l'autorité universelle du pape, ni son infaillibilité.

Marguerat, Daniel

L'homme qui venait de Nazareth, Lausanne : Moulin, 1995. Lecture pour tout un chacun.

Mystère

Le mot " mystère " vient du grec mystérion qui signifie littéralement " ce qui est fermé, caché ". Ce mot prend un sens particulier dans la littérature chrétienne. On parle des réalités cachées (mystérieuses) liées aux événements du salut que Dieu offre aux hommes. Ainsi, dans le Nouveau Testament, on trouve ce mot associé au Royaume de Dieu (Marc 4,11) ou encore au dessein de Dieu (Romains 16,25). Plus généralement, on parlera du mystère de Dieu (Colossiens 2,2), du mystère du Christ (Ephésiens 3,4) ou encore du mystère de l'Evangile (Ephésiens 6,19) pour souligner les moyens que Dieu met en oeuvre pour se révéler aux hommes. La théologie catholique garde ce terme de " mystère " pour qualifier trois dogmes qui ne sont pas considérés comme directement accessibles à la raison humaine : l'Incarnation, la Trinité et l'Immaculée Conception. En protestantisme, le mot " mystère " s'emploie en son sens commun : il révèle surtout la difficulté pour la raison humaine de rendre compte totalement (et de manière suffisante) de Dieu.

Trinité

La Bible parle de Dieuvoir entrée Dieu comme un Père, elle parle également de son Esprit, et de son Fils, mais ne dit pas grand chose de la nature des relations qui unissent ces trois " personnes ".
Le dogme de la Trinité entend définir ces relations.
C'est au cours du concile de Nicée en 325, puis celui de Constantinople en 381 que ce dogme sera établi. Ces conciles vont affirmer que Dieu est un et trine (divisé en trois) à la fois : Dieu est trine dans ses manifestations, et unique dans son essence. Entre le Père, le Fils, et l'Esprit, on parle d'union sans confusion, de distinction sans séparation. Ils sont tous les trois, dans l'unité et la distinction, l'unique vrai Dieu.

Calvaire

Du latin cauvaire qui signifie "crâne". Le mot latin a servi aux chrétiens pour traduire "Golgotha" qui signifie "lieu du crâne" (Matthieu 27,33). Par extension, le calvaire désigne la crucifixion et même l'ensemble des souffrances subies par Jésus-Christ. Dans le langage courant, le calvaire devient synonyme de toute épreuve endurée.

Réveil

Le Réveil ou les réveils désignent divers mouvements qui se sont manifestés dans le protestantisme, surtout anglo-saxon, à partir du 18e siècle et jusqu'au début du 20e siècle, qui se proposaient de " réveiller " une foi jugée " endormie ". La conversion de la personne interpellée par une prédication de type émotionnel est centrale. Les réveils se manifestèrent par des mouvements spectaculaires de conversions et un dynamisme dans le domaine de l'évangélisation. Cherchant à réveiller les Eglises existantes, ces mouvements aboutirent plusieurs fois à la formation de nouvelles Eglises (ainsi les Eglises libres et le pentecôtisme)

Parole

Au premier siècle imprégné de philosophie stoïcienne, ce terme (logos), en tant que nom propre, désigne la Raison, le Principe qui gouverne le monde. Dans la culture juive de ce temps, cette notion trouve son pendant dans la figure de la Sagesse (sophia) personnifiée, comme " messagère " de Dieu à travers la loi de Moïse mais aussi, dans une certaine mesure, à travers la raison universelle. Jean préfère le terme logos (verbe, parole) qui renvoie plus directement à la tradition biblique (notamment prophétique : cf. Esaïe 55), et qui évoque mieux le processus de communication en lequel consiste la venue de Dieu dans le monde.
Car la rupture catégorique (et dans une certaine mesure scandaleuse) de Jean avec les idées de son temps, consiste à dire que " le Verbe a été fait chair " (Jean 1,14a). Autrement dit, Dieu est devenu un homme, plus précisément cet homme-là : Jésus de Nazareth. Ce paradoxe est inadmissible pour la sagesse humaine, et Jean le sait : " les ténèbres ne l'ont point comprise " (1,5b).

Sacrement

Il s'agit d'un acte, geste ou signe accompli par les Eglises chrétiennes au cours du culte dans la fidélité à leur Seigneur. Un texte luthérien les définit comme " les rites qui font l'objet d'un commandement de Dieu et auxquels est jointe la promesse de la grâce ". Augustin disait qu'ils sont des " signes visibles de la grâce invisible ". Le protestantisme connaît les deux sacrements qui ont été institués par Jésus-Christ d'après le Nouveau Testament : le baptême et la cène. Les catholiques et les orthodoxes en reconnaissent sept : le baptême, la cène ou eucharistie, la confirmation (conférée par l'évêque), l'ordination des prêtres (conférée par l'évêque), l'extrême-onction ou sacrement des malades, la pénitence et le mariage

Mélanchthon, Philippe (1497-1560)

C'est un des grands Réformateurs allemands. Il fit ses études à Heidelberg et Tübingen. Nommé magistrat à Wittenberg en 1518, il y demeurera jusqu'à sa mort. C'est là qu'il rencontre Luther dont il devient le disciple et l'ami fidèle. Il y étudie la théologie sans abandonner ses tâches de professeur de grec. Son œuvre la plus importante, les Loci communes (1521), fut plusieurs fois remaniée. C'est lui qui a rédigé la Confession d'Augsbourg (1530) et l'Apologie de la Confession d'Augsbourg (1531) qui font partie des " livres symboliques " où les Eglises luthériennes reconnaissent l'expression autorisée de leur foi. C'était un homme cultivé et conciliant qui s'efforcera toujours d'aplanir les divergences entre les différents courants de la Réforme, comme entre protestants et catholiques. C'est lui qui, à la mort de Luther, poursuivra l'organisation de l'Eglise évangélique avec toujours un souci particulier de l'éducation.

Immaculée Conception

L'immaculée conception de Marie est un dogme de l'Eglise catholique, décrété le 8 décembre 1854 par le pape Pie IX dans sa bulle Ineffabilis Deus. Le dogme signifie que Marie, mère de Jésus-Christ, fut conçue exempte du péché originel. La bulle déclare :
" Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine, qui tient que la bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception par une grâce et une faveur singulière du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel, est une doctrine révélée de Dieu, et qu'ainsi elle doit être crue fermement, et constamment par tous les fidèles. "

Quéré, France (1936-1995)

Théologienne protestante, écrivain, conférencière, France Quéré s'est attachée à faire dialoguer les textes bibliques et les défis de la situation présente, en priorité éthiques (conditions de la femme, du couple, de la famille, respect de l'altérité, amour des ennemis...). En 1983, elle devint membre du Comité national d'éthique

Sacrifice

Dans le monde du Moyen Orient, le sacrifice était le moyen privilégié de relation entre les hommes et Dieu. Les sacrifices étaient signes de reconnaissance (Psaume 107,22), de purification (Lévitique 14,19-22), de rite de passage (Nombres 6,13-17) ou encore de fêtes (Nombres 28,26-31). Plus généralement encore, les sacrifices pour le péché étaient offerts pour réparer les fautes commises. Le coupable posait la main sur la tête de l'animal avant qu'il ne soit abattu afin de lui transmettre sa culpabilité (Lévitique 4-5). C'était un véritable mode d'expression de la foi.

Concorde de Leuenberg

Par la Concorde de Leuenberg les Eglises luthériennes, réformées et unies européennes se sont déclarées, au printemps 1973, en communion ecclésiale. Cette communion quant à la prédication et à l'administration des sacrements inclut la reconnaissance mutuelle du ministère des pasteurs

Moltmann, Jürgen (1926-)

Théologien allemand de tradition réformée, né à Hambourg, pasteur à Brême, professeur à Wuppertal, à Bonn, puis à Tübingen, célèbre par son ouvrage Théologie de l'espérance (1964). Il affirme la force de protestation du témoignage chrétien : parole d'espérance, combat et passion de Jésus-Christ, refus des idolâtries politico-culturelles, vision du Royaume pacifique de Dieu. Ses ouvrages de théologie expriment et développent cela en y appliquant des moyens de réflexion contemporains. " Théologien politique " dans les années soixante-dix, ayant profondément influencé les théologies de la libération, Moltmann est devenu à partir des années quatre-vingts, le porte-parole d'une " théologie écologique " respectant l'égalité entre les êtres vivants, notamment aussi celle de la femme avec l'homme. L'ensemble de ses réflexions s'inscrit dans une pensée résolument trinitaire

Erasme (1469-1536)

Né à Rotterdam, il fut appelé " le prince des humanistes ". Il entra au couvent des Augustins. Il poursuivit ses études à Paris au Collège Montaigu où, quelques années plus tard, étudia Calvin. Il s'efforça d'appliquer les règles philologiques -mises au point par les humanistes- aux Ecritures bibliques avec le souci de les rendre accessibles aux plus humbles. Il voyagea dans toute l'Europe où il diffusa des idées qui seront reprises par les Réformateurs. Lié d'amitié avec plusieurs d'entre eux et malgré la sympathie qu'il avait pour nombre de leurs thèses, il refusa toujours de rompre avec l'Eglise romaine. Il pensait possible une réforme de l'Eglise de l'intérieur. Erasme refusait la violence, notamment en matière religieuse. Sa pensée était faite de mesure et de pondération. Luther lui a reproché sa tiédeur. En 1521, à Bâle, il écrit son Essai sur le libre-arbitre. Luther lui répondra dans son Traité du serf arbitre.

Transfiguration

La transfiguration est un épisode du ministère de Jésus, rapporté dans trois des quatre évangiles (Matthieu 17,1-9 ; Marc 9,2-9 ; Luc 9,28-36). Le mot " transfiguration " signifie littéralement " changer d'apparence " : Jésus se trouve métamorphosé, l'aspect de son visage change et ses vêtements deviennent d'une blancheur éclatante. Cette métamorphose entend révéler essentiellement à ses trois disciples présents, sa nature divine. L'épisode rappelle avec force que Jésus est bien l'incarnation de Dieu, c'est-à-dire vraiment homme et vraiment Dieu. Aux côtés de Jésus se tiennent également deux grandes figures bibliques : Élie et Moïse. Plusieurs hypothèses sont soulevées quant à leur présence. Par exemple : Moïse représenterait la loi et Élie l'ensemble des prophètes. Cet épisode s'accompagne également d'une voix qui se fait entendre (comme dans le récit du baptême de Jésus), elle réaffirme la filiation divine de Jésus-Christ et exhorte à écouter sa Parole. La tradition de l'Eglise orthodoxe a particulièrement retenu cette fête de la Transfiguration : elle célèbre le mystère de l'incarnation.

Athanase d'Alexandrie (vers 298 - 373)

Athanase naît à Damanhour près d'Alexandrie d'Egypte en 298. Il est consacré évêque en 328. Il prend une part décisive lors des grands débats christologiques du 4e siècle. Défenseur du Concile de Nicée, son intransigeance envers les ariens lui vaut d'être exilé cinq fois de son siège épiscopal au profit du patriarche Georges. Alexandrie est plongée dans la guerre civile entre chrétiens. Il meurt auréolé de gloire en 373.
Patriarche d'Alexandrie, l'Eglise copte orthodoxe le considère comme l'un de ses " papes " et, dans sa liturgie, l'appelle l'" apostolique ", " phare de l'Orient " et " colonne de la foi ". Les autres Eglises orthodoxes le comptent parmi les quatre grands docteurs de l'Eglise. L'Eglise catholique fait de lui un Docteurs et un Père de l'Eglise. Au 16e siècle, les Réformateurs ont souvent cité sa réflexion théologique.
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Irénée de Lyon (2e siècle)

Irénée est originaire d'Asie Mineure. Il rapporte qu'encore jeune il a entendu le vieux Polycarpe, évêque de Smyrne, ce qui, en conséquence, situe sa naissance entre 130 et 140. Il se rattache ainsi très haut dans la transmission de la doctrine, puisque Polycarpe était contemporain d'Ignace d'Antioche, lui-même contemporain de la rédaction des écrits les plus tardifs du Nouveau Testament. Cette familiarité revendiquée avec Polycarpe est importante, elle permet de comprendre son action et sa pensée. On sait qu'Irénée était à Lyon en 177 parce que la communauté de cette ville l'envoie à Rome pour qu'il porte la Lettre des martyrs de Lyon. A son retour, il succède à Pothin comme évêque. Le dernier acte ecclésial que l'on connaît de lui est une intervention auprès de Victor, évêque de Rome entre 189 et 198. Il est mort martyr à une date inconnue. Deux ouvrages d'Irénée nous sont parvenus : Contre les Hérésies (Adversus haereses) et une traduction arménienne d'un court ouvrage De la Démonstration de la prédication apostolique, résumé de la foi chrétienne de nature catéchétique.

Déification

Terme orthodoxe qui désigne l'union entre l'homme et Dieu à laquelle l'homme est appelé. On parle encore de " participation à la nature divine ", citée par Pierre (2Pierre 1,4), par la grâce et non par l'essence. Dans la théologie orthodoxe, il s'agit de la vocation même de l'être humain de coopérer librement avec la grâce divine.

Pères de l'Eglise

Dans l'Antiquité, le maître était souvent désigné comme " Père ". De ce fait, ce nom revient aux évêques, mais on étend ce sens de Père à des écrivains reconnus comme témoins de la tradition authentique de l'Eglise. Sont donc appelés Pères de l'Eglise les théologiens des premiers siècles, jusqu'aux 7e/8e siècles. En patristique (recherche sur les textes des Pères de l'Eglise), on appelle " Pères Apostoliques " ceux qui succèdent directement aux apôtres. Pour les suivants, on distingue entre " Pères latins " et " Pères grecs " selon la langue dans laquelle ils rédigeaient leurs écrits. Par exemple, Jean Chrysostome est un " Père grec ", Augustin un " Père latin "

Conciles œcuméniques

Conciles considérés comme " universels ". Ceux du premier millénaire se sont tous tenus en Orient, sur le territoire de la Turquie actuelle. Les quatre premiers (Nicée 325, Constantinople 381, Ephèse 431 et Chalcédoine 451) qui ont " défini " la foi sur les trois personnes de la Trinité et sur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, sont reconnus par une large majorité d'Eglises. Les trois conciles suivants (Constantinople 553 et 681, Nicée 787) sont reconnus par l'Eglise catholique et l'Eglise orthodoxe. Au 2e millénaire, l'Eglise catholique a continué de qualifier les conciles tenus par elle en Occident d'" œcuméniques " jusqu'à Vatican II compris (1962-1965). Mais ces conciles occidentaux ne peuvent avoir la même importance que ceux de l'Eglise ancienne dite (au sens large) " indivise "

Pâques/Pâque

Le mot dérive d'une racine hébraïque qui signifie "passage". Au pluriel, Pâques désigne le jour de la résurrection du Christ. D'après Matthieu, Marc et Luc, Jésus a célébré la Pâque (au singulier: fête juive qui commémore la fin de l'esclavage en Egypte du peuple hébreu : le passage de l'esclavage à la liberté) avec ses disciples, il a été arrêté après le repas, jugé, condamné, crucifié et il a été ressuscité le premier jour de la semaine. Pâques est une fête chrétienne qui célèbre la victoire de la vie sur la mort.

Crèche

D'après l'évangile selon Luc, Marie dépose son enfant, Jésus, dans une mangeoire (Luc 2,7). En latin, " mangeoire " se dit cripia, qui a donné le mot " crèche ". La crèche désigne donc la mangeoire, puis par la suite le lieu de la nativité, et enfin la scène de la nativité. Les deux plus anciennes représentations de la nativité qui soient connues datent du 4e siècle. La première consiste en une peinture murale ornant la chambre mortuaire d'une famille chrétienne ayant vécu aux environs de 380. Cette œuvre picturale a été découverte en 1877 dans les Catacombes de Saint Sébastien, à Rome. L'autre mention fait référence à une scène peinte sur un sarcophage de la basilique de Saint Maximin représentant l'adoration de Jésus par les mages.
Le terme de crèche est couramment utilisé dès le 12e siècle. On la fait remonter à François d'Assise : il a fait célébrer en 1223, avec une autorisation pontificale, la messe de minuit à Greccio, en Italie, devant une étable où hommes et bêtes revivent les circonstances de la nativité. Au Moyen Âge, les drames liturgiques, les mystères et les jeux qui se jouaient primitivement dans les églises, puis sur les parvis sont à l'origine des crèches spectacles. Les premières crèches d'église apparaissent quant à elles au 16e siècle et remplacent de manière statique et théâtrale les jeux scéniques des liturgies médiévales. Au 18e siècle, la mode des crèches familiales se répand.

Augustin (354 - 430)

Augustin est sans doute le plus célèbre des Pères de l'Eglise. C'est lui qui a laissé l'œuvre la plus abondante, la mieux conservée et qui a produit un héritage important, même si ses héritiers n'ont pas toujours été fidèles à la pensée du maître. Il est aussi connu à cause de son livre Les Confessions, où il parle de sa vie à la première personne. Augustin est né en Afrique à Thagaste, dans une famille de la classe moyenne. Seule sa mère Monique était chrétienne. Brillant élève, il peut continuer ses études de rhétorique grâce à l'appui financier d'un ami de son père. Il est très ambitieux et voudrait gravir les échelons de la société romaine. Il fait remonter lui-même le tournant majeur de sa vie à la lecture de l'Hortensius de Cicéron. Commence alors pour Augustin une quête de la vérité qui aboutira quatorze ans plus tard au baptême, puis à la prêtrise et à sa charge d'évêque d'Hippone. Entre temps, il découvre la philosophie, tout en lisant la Bible qui le déçoit beaucoup. Nommé rhéteur à Milan en 384, il rencontre Ambroise dont la qualité de la prédication lui permet de se faire une autre idée de la foi chrétienne. En même temps il découvre, sans doute à partir de la philosophie de Plotin, la voie de l'intériorité. A la suite d'une expérience spirituelle, il renonce à son métier. Il mène pendant quelque temps une vie monastique en communauté.
De retour en Afrique, après la mort de sa mère et de son fils Adéodatus, sa vie se confond avec sa double tâche d'évêque et de théologien. Il a contribué au maintien de l'unité de l'Eglise en Afrique, fortement menacée par des hérésies et isolée après la chute de Rome. Il meurt le 28 août 430 dans Hippone assiégée par les Vandales, laissant 800 sermons, 300 lettres, et une centaine de traités. La Cité de Dieu, ouvrage apologétique rédigé à la fin de sa vie, reste son chef d'œuvre. Son traité dogmatique La Trinité a exercé une influence décisive sur la doctrine trinitaire occidentale.

Parabole

La parabole est une comparaison développée sous forme d'histoire. Elle ne veut pas d'abord enseigner, mais faire réfléchir les auditeurs sur leur comportement

Assomption

L'Assomption est un dogme catholique selon lequel, au terme de sa vie terrestre, Marie a été " enlevée corps et âme " au ciel. C'est aussi le nom de la fête catholique célébrant cet événement. Le terme vient du latin assumptio qui signifie " prendre, enlever, assumer ". Les Eglises orthodoxes parlent de " dormition " de la Vierge. Les protestants n'y souscrivent pas parce qu'il ne repose sur aucun fondement biblique

Zwingli, Huldrych (1484-1531)

C'est le principal Réformateur de la Suisse Alémanique. Après des études latines à Berne, il fréquente les universités de Vienne et de Bâle. Il est influencé d'abord par la pensée d'Erasme. Ordonné prêtre en 1506, il étudie avec ferveur le Nouveau Testament. En 1519 il est curé de Zurich et amorce en 1522 la réforme de cette ville. Il fait triompher les idées évangéliques. On les trouve exposées dans la Brève instruction chrétienne. Il abolit la messe en 1525. Ayant réformé l'Eglise de Zurich, il contribue à l'expansion de la Réforme en Suisse alémanique. Les Bernois touchés par ses arguments décident d'adopter la Réforme. Ce qui entraîne le rattachement au protestantisme du pays de Vaud et de plusieurs villes romandes situées dans la zone d'influence bernoise. Accompagnant comme aumônier les troupes zurichoises qui se battent contre les troupes des cantons restés attachés au catholicisme, il est tué à la bataille de Cappel. Ce sera la fin de l'expansion évangélique dans les cantons alémaniques.
Tout au long de sa vie, Zwingli va mener trois combats. D'abord contre l'Eglise romaine dont il conteste les enseignements au nom d'une étude savante et approfondie des Ecritures bibliques. Contre Luther auquel il s'oppose vivement à Marbourg en 1529 à propos de la cène où pour lui le Christ est présent dans les cœurs par son Esprit. Contre les anabaptistes, il maintient le baptême des petits enfants en relation avec le thème biblique de l'alliance. Zwingli " apparaît comme le véritable père du courant réformé. On trouve chez lui la plupart des thèmes essentiels que reprendra et développera ensuite Calvin : la souveraineté absolue de Dieu, la prédestination, la différence radicale entre le Créateur et les créatures, l'alliance, l'importance de l'Esprit, la théologie comprise comme connaissance de Dieu et de l'homme, la nécessité d'une lecture savante de la Bible selon les méthodes humanistes, l'organisation ministérielle de l'Eglise, la critique de l'anabaptisme. " (André Gounelle)

Ascension

L'Ascension désigne le moment où Jésus est élevé au ciel à la vue de ses disciples (voir Luc 24,50-53 ; Marc 16,19). L'Ascension est fêtée quarante jours après Pâques. Elle marque la fin de la présence physique de Jésus sur la Terre, après sa mort et sa résurrection et est porteuse de la promesse de l'envoi du Saint Esprit (promesse racontée dans le récit de Pentecôte en Actes 2,1-12)

Barth, Karl (1886 - 1968)

Karl Barth, né à Bâle, fait des études de théologie en Suisse et en Allemagne. D'abord proche de la théologie libérale, sa pensée et sa théologie vont ensuite se développer en opposition à cette pensée. Son Commentaire de l'Epître aux Romains, publié en 1922, dans lequel il insiste sur la distance entre l'homme et Dieu, manifeste ce changement radical. A partir de là, Barth va situer Dieu résolument en dehors de l'être humain, comme le " Tout Autre ". Sa Dogmatique, rédigée de 1932 à 1967, est emblématique de la théologie dialectique. Depuis toujours engagé dans la politique, proche des Socialistes religieux, puis membre du Parti social-démocrate allemand, il est conduit dans les années 30 à s'opposer aux " Chrétiens allemands " qui se soumettent à la doctrine nazie de la pureté de la race. Sous son influence, l'Eglise confessante (qui résiste à la falsification de la doctrine chrétienne par l'idéologie raciste du nazisme) organise la résistance. En 1934, c'est lui qui est le principal rédacteur de la Déclaration de Barmen qui prend ses distances vis-à-vis des autorités national-socialistes de l'Eglise du Reich. En 1935, Barth est licencié de son poste à Bonn pour avoir refusé de prêter serment à Hitler. Il est expulsé d'Allemagne, se réfugie à Bâle où il enseigne. Il retrouve son poste à Bonn en 1946/47. En 1948, il participe à la première Assemblée mondiale du Conseil OEcuménique des Eglises à Amsterdam. A la fin de sa vie, Barth collabore aux mouvements qui luttent contre la prolifération des armes atomiques. Il meurt à Bâle en 1968. Il est l'un des théologiens les plus marquants du 20e siècle

Galilée/Galiléen

Région du nord de la Palestine au temps de Jésus. Les évangiles selon Matthieu, Marc et Luc s'accordent à dirent que Jésus aurait vécu et commencé son ministère dans cette région (même si d'après Matthieu et Luc , il serait né à Bethléem, en Judée région du sud de la Palestine). Ainsi on peut lire à l'ouverture de l'évangile selon Marc : " Or, en ces jours là, Jésus vient de Nazareth en Galilée et se fit baptiser par Jean dans le Jourdin " (1,9). Plus généralement, dans les évangiles, Jésus est appelé quelques fois " le Galiléen " (Matthieu 26,69).

Sacraliser

Les catégories de " sacré " et de " profane " relèvent d'une conception du monde où les lieux, les objets et les êtres sont définis en fonction de leur nature propre, de leur essence. Dans le Nouveau Testament aussi bien que dans l'Ancien Testament, ces catégories s'effacent devant celles de " saint " et de " pécheur " qui définissent l'être humain non pas en fonction de sa nature, mais de sa relation à Dieu. Le verbe " sacraliser " signifie dans cette perspective, " rendre divin ce qui par nature ne l'est pas "

Thomas d'Aquin (1225 ou 1226-1274)

Philosophe et théologien scolastique. De naissance noble (sa famille fait partie de l'aristocratie napolitaine), il est oblat de 1230 à 1235 à l'abbaye bénédictine du Mont-Cassin. A partir de 1239 il fait ses études à Naples et entre en 1243 chez les dominicains malgré le désaccord de sa famille. En 1245, il devient disciple d'Albert le Grand à Paris. Ses études vont l'amener aussi, de 1248 à 1252, à Cologne. Il enseigne à Paris, Orvieto, Viterbe et Rome. De 1269 à 1272, il est à nouveau à Paris et à partir de 1272 à Naples. Il meurt pendant son voyage pour le Concile de Lyon.
Alors qu'à la suite des croisades, l'Occident retrouve les œuvres perdues d'Aristote qu'avait conservées la civilisation arabe, Thomas d'Aquin va tenter de faire la synthèse de la philosophie d'Aristote et du christianisme. Thomas d'Aquin développe ainsi l'orientation d'Albert le Grand : une synthèse globale entre foi et savoir, révélation et raison, théologie et philosophie. Son œuvre culmine dans la Somme théologique, écrite entre 1266 et 1273 et non achevée. Sa doctrine est critiquée par l'école des franciscains. La critique va aboutir en 1277 à la condamnation de sa doctrine. Mais dès 1309, elle est réintégrée comme doctrine officielle de l'ordre des dominicains. La canonisation de Thomas d'Aquin en 1323 et sa promotion comme " Docteur de l'Eglise " en 1567 ont garanti, du point de vue institutionnel, l'influence de sa doctrine.

Anselme de Cantorbéry (1033 ou 1034 - 1109)

Anselme de Cantorbéry devient abbé en 1073 et entreprend en même temps une intense réflexion théologique. Selon lui, puisque Dieu est le créateur de la raison, celle-ci, loin de s'opposer aux vérités de la foi, doit pouvoir en rendre compte. Philosophe, moine et théologien, il propose un lien fort entre foi et connaissance dans la phrase suivante : Credo ut intelligam (" Je crois pour connaître "). Dans son oeuvre théologique centrale, le Cur Deus homo (Pourquoi Dieu devint homme ?) écrite entre 1097 et 1099, il reprend la formulation de la Trinité telle que les Eglises occidentales l'ont gardée

Ellul, Jacques (1912-1994)

Théologien protestant, historien et sociologue français, Jacques Ellul a enseigné le Droit à divers universités françaises. Il entreprend des travaux de recherche sur l'évolution de la société contemporaine où la technocratie de la société moderne va de pair avec la disparition du monde rural traditionnel. En résulte ce qu'il appelle la " société technicienne " qui impose ses valeurs d'efficacité et de progrès technique en niant l'être humain, ses besoins, mais aussi en détruisant sa culture et la nature.

" Ce n'est pas la technique qui nous asservit mais le sacré transféré à la technique (...) Ce n'est pas l'Etat qui nous asservit (...), c'est sa transfiguration sacrale. " Jacques Ellul

Butte, Antoinette (1898-1986)

Antoinette Butte est une grande figure du scoutisme français. Après la Première Guerre mondiale, elle entrevoit ce que le scoutisme peut apporter à des enfants dépourvus de soutien. Fille d'un officier de cavalerie et pédagogue catholique et d'une mère protestante, elle a à coeur de rassembler les différentes familles chrétiennes dans un mouvement oecuménique. En 1920, elle reprend des études de droit et s'inscrit comme avocat stagiaire au barreau de Nancy. En 1923, elle rencontre le Tiers-Ordre des Veilleurs, un mouvement de spiritualité protestante, du pasteur Wilfred Monod. En 1950, Antoinette Butte fonde la Communauté religieuse de Pomeyrol dans le sud de la France, près de Beaucaire/Tarascon, consacrée à la prière, à la retraite et à l'accueil de jeunes. Elle fait des études de théologie, s'engage dans un travail oecuménique. Jusqu'en 1975, elle est responsable de la Communauté de Pomeyrol

Jugement dernier

La Bible fait plusieurs fois référence à un jugement de Dieu qui surviendra à la fin des temps. Ce jugement fait l'objet de différentes images dont celle qui avance qu'un tri se fera selon que l'homme sera déclaré juste ou non par Dieu. Ce thème s'inscrit dans une réflexion plus large sur la fin du monde, du temps, bref des choses dernières. C'est ce qu'on appelle en théologie, l'eschatologie -littéralement : discours sur les choses dernières-

Danse macabre

La Danse macabre est un élément, le plus achevé, de l'art macabre du Moyen-Age, du 14e au 16e siècle. Elle représente, dans la littérature, la peinture ou la sculpture, l'entraînement inexorable de tous les humains, quelle que soit leur position sociale, dans un cortège solidaire vers un destin commun, la mort. On y voit à la suite un pape, un évêque, un moine, un empereur, un roi, un seigneur, un soldat, un bourgeois...La Danse macabre est décrite dans plusieurs poèmes latins, français, allemands ou italiens, le plus souvent anonymes. Tout au long du 15e siècle et au début du 16e, ce thème est peint sur les murs des églises et dans les cimetières d'Europe du Nord. Cette forme d'expression est le résultat d'une prise de conscience et d'une réflexion sur la vie et la mort, dans une période où celle-ci est devenue plus présente et plus traumatisante, depuis la guerre de Cent Ans, à cause de la peste, des famines...Elle entend souligner la vanité des distinctions sociales, dont la mort se moque, fauchant le pape comme le pauvre prêtre, l'empereur comme le paysan

Grâce

Emprunté au latin gratia, le mot signifie d'abord "reconnaissance", "ce que l'on accorde à quelqu'un". Au sens religieux, la grâce désigne le don de Dieu, ce qu'il offre aux hommes gratuitement. Dans l'épître aux
Ephésiens (2, 8), Paul écrivait : "vous êtes sauvés par la grâce, par le moyen de la foi, cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu". Il exprime ainsi une des affirmations centrales du Nouveau Testament : celle du salut gratuit, ou de la justification par grâce (les deux expressions équivalent ici). Avec les Réformateurs, cette notion de don est intimement liée à celle de salut. Luther insistera sur le caractère totalement gratuit du salut : la justification ne vient pas de l'être humain, elle se passe extra nos, littéralement "en dehors de nous". On retrouve là l'affirmation du Sola Gratia (la grâce seule) issus du message de la Réforme. En l'articulant à la foi (dont la notion est très proche), Calvin distinguera d'une part "la grâce générale" dont bénéficient tous les êtres humains sans qu'elle les conduise à la foi (Dieu offre la vie, la nature, les liens familiaux, etc.) et d'autre part "la grâce particulière" qui touche les seuls croyants et fait surgir en eux la foi en Christ.

Pélage

Comme pour beaucoup de courants hérétiques, on ne connaît la pensée de Pélage que par ses détracteurs, principalement Augustin. Pélage se trouve à Rome à partir de 380 jusqu'à la prise de la ville par Alaric en 410, date à laquelle il part en Afrique puis en Palestine. C'est un de ses disciples, Célestius, qui met en forme ses idées, tout en les radicalisant. Pélage affirme que l'homme, créature libre, participe à la grâce du Créateur. Il peut ainsi devenir véritable image de Dieu, sans péché, par ses propres forces. Par conséquent, Pélage rejette l'idée de péché originel. Les chrétiens sont donc appelés à devenir des purs au plan moral. La doctrine de Pélage, reprise par ses disciples, reçoit un écho favorable parmi les aristocrates, mais aussi dans les milieux monastiques d'Afrique. L'évêque Julien d'Eclane reprend ses idées. C'est surtout avec ce dernier qu'Augustin entre en discussion polémique.

Loi

La Loi est l'ensemble des prescriptions données par Dieu à son peuple pour l'aider à vivre. Les principales, " dix commandements " ou " dix paroles " se trouvent en Exode 20,1-17 et en Deutéronome 5,6-22. Le livre du Deutéronome (terme qui vient du grec et signifie " seconde loi ") est le livre de la loi qui permet au peuple de vivre devant Dieu. La loi n'a sa raison d'être que par le rappel de la libération du peuple par Dieu et par l'affirmation par Dieu qu'il est un Dieu qui libère. C'est bien entendu à cette Loi que les auteurs du Nouveau Testament se réfèrent.

Péché/pécheur

Dans le langage biblique, le péché est ce qui empêche la relation entre Dieu et l'être humain soit par idolâtrie, soit par transgression, soit par opposition soit encore par l'omission d'un acte. On parle de " péché " au singulier pour signifier cette relation coupée entre l'être humain et Dieu. On parle de " péchés " au pluriel pour désigner l'ensemble de ce qui est contraire à la loi enseignée par Dieu : le mot devient alors plutôt synonyme de " fautes " et se situe sur un plan moral

Colloque de Poissy

En 1559 se tient à Paris le premier synode de l'Eglise réformée en France. Les nobles réformés, proches de la cour, espèrent infléchir la politique en faveur de la Réforme. Ils décident de soustraire le jeune roi François II à l'influence de ses oncles, les Guise, qui mènent une lutte implacable contre les protestants. Ils fomentent alors la conjuration d'Amboise (1560) qui échoue et qui est durement réprimée. Cependant la mère du roi, Catherine de Médicis, est soucieuse de renforcer la cohésion de l'Etat. Conseillée par Michel de l'Hospital, un homme de conciliation, elle organise le Colloque de Poissy (1561) où Théodore de Bèze prononce un discours célèbre. Mais l'espoir de faire l'unité religieuse du royaume débouche sur un échec. En 1562, par l'édit de Janvier, la reine reconnaît la " nouvelle religion " et accorde aux réformés la liberté de culte hors des villes. Le parti catholique ne l'accepte pas. Deux mois plus tard des réformés sont massacrés à Wassy. C'est le début des guerres de religion

Bèze, Théodore de (1519-1605)

Né à Vézelay, il reçoit une formation humaniste, notamment de Melchior Wolmar qui avait déjà initié Calvin aux idées de la Réforme. Doué pour les lettres, il écrit des poèmes, une tragédie biblique Abraham sacrifiant, traduit les Psaumes en français. Il réalise une édition du Nouveau Testament avec commentaires et annotations qui fut rééditée plus de cent cinquante fois. Condamné en 1548 par le Parlement de Paris, il va à Genève puis s'installe à Lausanne. Il rejoint Calvin à Genève en 1558 et en devient un proche disciple. En 1559, il est le premier Recteur de l'Académie. Ses qualités de théologien, de débatteur et de diplomate vont l'amener à intervenir pour conduire des négociations. Ainsi, entre 1557 et 1558, il va trois fois en Allemagne pour un rapprochement avec les luthériens. Il conduit aussi la délégation réformée au Colloque de Poissy en 1561. Après la mort de Calvin, il poursuit son œuvre à Genève et maintient l'influence de l'Eglise de Genève en France. Il veille à l'unité des réformés français contre les tentatives de repli et préside plusieurs synodes dont celui de la Rochelle (1571). Cette assemblée établit le texte définitif de la Confession de Foi dite de la Rochelle. Elaborée par le Synode clandestin de Paris en 1559, elle est inspirée dans une large mesure par Calvin. Théodore de Bèze est considéré comme une figure et un défenseur de la théologie réformée.

Farel, Guillaume (1489-1565)

Né à Gap dans le Dauphiné, son itinéraire est étroitement lié à celui de Calvin dont il est le compagnon et l'ami. C'est en 1509 qu'il vient à Paris pour ses études. Il y fréquente des humanistes comme Guillaume Budé. Il raconte sa conversion (qu'on situe en 1521) en des termes analogues à ceux de Calvin. Désormais il se met au service des idées de la Réforme, à Meaux, dans le Dauphiné, en Guyenne, à Bâle, Zurich, Montbéliard, Strasbourg, Berne, Aigle, Neuchâtel, Lausanne, Genève. On considère qu'il a écrit la première dogmatique réformée de langue française intitulée Sommaire et brève déclaration (1525). A cause de sa fougue, il est souvent obligé de passer d'un lieu à l'autre. Au cours de ses nombreux déplacements, il rencontre d'autres Réformateurs. Il participe au Synode de Chanforan en 1532. C'est cette année là qu'il arrive à Genève. Il en est rapidement chassé, mais y revient en 1533. En 1536, sous son impulsion, la ville passe à la Réforme. C'est lui qui y retient Calvin afin qu'il organise l'Eglise et la ville selon les principes de la Réforme. Cette même année, il participe avec Calvin à la Dispute (discussion publique sur un thème philosophique ou théologique) de Lausanne. Chassé de Genève avec Calvin en 1538, il va à Neuchâtel où il pose les bases d'une Eglise réformée dans la ligne théologique de Calvin. Il y meurt en 1565

Profane

"Profane" est un mot emprunté au latin profanus, formé de pro "devant" et de fanum "lieu consacré, temple". Profanus signifie proprement "qui est devant, hors du temple", d'où "non consacré, qui n'est plus sacré". Par extension, on l'associe au mot "impie" et désigne même en langage courant celui qui se tient hors toute référence religieuse. Par opposition à "sacré", est profane ce qui est étranger à la religion : c'est une opposition généralement d'ordre symbolique.

Christologie

La théologie désigne par christologie l'étude de la personne et de la doctrine du Christ. Elle s'attache essentiellement à rendre compte de son enseignement, de son ministère, de sa mort et de sa résurrection (à la différence, par exemple, des études qui portent sur le Jésus historique).

Indulgences

Au Moyen-Age, les indulgences sont des attestations officielles qu'on peut acquérir à prix d'argent pour soi-même ou des parents défunts et qui garantissent la remise de certaines peines temporelles imposées au purgatoire pour la purification de l'âme. Elles donnaient alors lieu à de multiples trafics financiers et permettaient aux percepteurs de financer de grands projets ecclésiaux.

Concile de Trente

Il a été convoqué en 1542 par le pape Paul III pour répondre à une demande d'un concile général formulée par Luther en 1518, mais ce fut trop tard pour permettre une réunion entre protestants et catholiques. Dans le domaine de la doctrine et de la discipline, le concile accomplit un travail capital, il donne une ferme direction à tous les efforts qui s'épanouiront dans la Réforme catholique et laisse jusqu'à nos jours une empreinte profonde.

Sanctification

La théologie réformée rassemble sous le terme de sanctification, les diverses manières de répondre effectivement à l'Evangile. Si la spiritualité protestante est fondamentalement une rencontre, elle est aussi un chemin où s'inscrit dans le temps la réponse du croyant en paroles et en actes. Ce chemin commence par la rencontre avec le Christ, quand le croyant se découvre aimé et pardonné gratuitement par Dieu sans condition. En réponse, le croyant s'engage à servir Dieu en se consacrant à lui tout entier. Ce n'est pas un événement ponctuel, une expérience forcément spectaculaire qui se produirait un jour, une fois pour toutes, mais c'est un processus permanent, un chemin pour accueillir la grâce et lui faire toujours plus de place dans sa vie. On touche là le coeur de l'existence croyante où s'articulent quotidiennement l'initiative de Dieu et la réponse du fidèle. La question qui fait débat tourne autour du degré de participation de l'homme à cette sanctification. L'histoire de la théologie révèle que bien souvent la sanctification redevient un moyen d'accéder à Dieu.

Conseil œcuménique des Eglises

C'est le titre officiel de l'organisme que les anglophones nomment World Council of Churches (W.C.C.). Créé en 1948 à Amsterdam, il regroupe aujourd'hui près de 350 Eglises anglicanes, orthodoxes et protestantes, soit plus de 500 millions de chrétiens. L'Eglise catholique n'en est pas membre mais collabore à la commission Foi et Constitution dans le domaine de la mission, de la formation (Institut de Bossey) et au Groupe Mixte de Travail. Le G.M.T. a été fondé en 1965 par l'Eglise catholique et le C.O.E. C'est une sorte de commission paritaire assurant la concertation entre les deux entités, rendue utile par le fait que l'Eglise catholique n'est pas membre du C.O.E. Il publie un rapport pour chacune des assemblées mondiales du C.O.E.

Piétisme

La piété désigne la dévotion, l'attachement aux devoirs et pratiques religieuses, avec une nuance de ferveur dans le langage courant. Ce mot a donné son nom à un courant important qui a touché et marqué fortement le protestantisme : le piétisme. Il vaudrait d'ailleurs mieux parler des piétismes car il y a une grande diversité à l'intérieur de ce mouvement. Dès les 17e et 18e siècles, s'opposant à un christianisme de routine et au dogmatisme théologique, il insiste sur un " Réveil ", une " conversion " de chaque croyant, sur une vivification spirituelle de la vie de l'Eglise et sur une transformation du monde en vue du Royaume du Christ. Il développe la vie communautaire (" communautés de réveillés ") mais tend aussi à développer une pratique centrée sur l'individu (introspection, insistance sur la conversion personnelle et la régénération). Il a suscité de nombreuses productions artistiques et littéraires, et marque encore une partie de la piété protestante. Certaines formes du piétisme ont aussi donné naissance à des oeuvres diaconales.

Eschatologie

Ce terme désigne, littéralement, la doctrine de la chose dernière (du grec eschatos, dernier, et logos, discours), ce qui touche à la fin du monde. Israël a toujours été tourné vers l'avenir, et l'Ancien Testament parle de ce temps où Dieu rétablira la justice et la paix. Dans le Nouveau Testament, Jésus annonce que le Royaume de Dieu est déjà là. Mais ce Royaume ne sera réalisé qu'à la fin des temps quand le Christ reviendra. Par extension, est aussi appelé eschatologique un événement attendu pour la fin des temps et qui s'est déjà produit (la venue du Christ : 1Corinthiens 10,11 ; Hébreux 1,2 ; 1Pierre 1,20), ou une réalité future dont on vit déjà même si elle n'a pas encore entièrement déployé ses effets (le salut reçu et encore espéré : Romains 8,24). Ainsi, en théologie, le terme " eschatologie " rassemble tout ce qui concerne l'espérance chrétienne dans sa plénitude présente et à venir, l'accomplissement, l'achèvement dans le temps et l'espace de l'œuvre de salut de Dieu. La théologie des Réformateurs accentuera une approche plus existentielle de cette notion, centrée sur l'œuvre du Christ pour le croyant. Ainsi pour Luther, la foi qui justifie est une réalité réellement eschatologique.

Serf arbitre

Le serf arbitre est une notion rendue célèbre par le débat intervenu entre Erasme (Essai sur le libre arbitre, 1524) et Luther (Du serf arbitre, 1525). Le libre arbitre est la capacité de choisir, de vouloir : il représente en quelque sorte l'absolu de la liberté. Il faut préciser que le libre arbitre dont il est question ici ne concerne pas les choix face à la nature ou au monde, mais face à la grâce de Dieu : l'homme choisit ou non d'accueillir le salut de Dieu.
Le libre arbitre est alors considéré comme un attribut divin : on ne peut affirmer simultanément son propre libre arbitre et celui de Dieu, sauf à refuser à Dieu sa seigneurie. Par opposition au libre arbitre, Luther parle du serf arbitre. Il désigne ainsi la dépendance totale de la volonté humaine à l'égard de la grâce de Dieu. La véritable liberté du chrétien ne peut découler que de cette grâce : elle est offerte et non conquise. Cette conception se distingue radicalement de la notion philosophique de la liberté. Pour le Réformateur, la liberté n'est pas autonome, mais liberté reçue, donnée, constituée par un Autre, en l'occurrence par Dieu.

Accomplissement

Qu'il s'agisse de la Parole de Dieu, des prophéties ou des temps, on dit qu'ils s'accomplissent. Accomplir dit plus que " faire " puisque le verbe contient l'idée d'une plénitude, d'un achèvement parfait. Pour le christianisme, le Nouveau Testament est par excellence le temps de l'accomplissement. Jésus accomplit les prophéties selon lesquelles un Messie arriverait. Ici, il accomplit la Loi : il en approfondit les préceptes, pousse l'exigence jusqu'à l'intention, la renouvelle en en révélant l'exigence centrale de l'amour (cf. Matthieu 5,17). Cet accomplissement ne se fait pas dans le discours, il est incarné jusqu'à la mort. En cela, on parle aussi d'accomplissement parfait et définitif.

Baptême de Repentance

Le mot " baptême " vient du grec qui signifie " plonger, laver ". Le mot " repentance " est plus récent et désignait au bas moyen-âge le regret douloureux que l'on a de ses fautes et de ses péchés. Ainsi, le baptême de repentance pratiqué par Jean au début des évangiles est proposé à tout juif en vue de marquer leur abandon des péchés pour accueillir le Messie qui vient. La repentance inclut non seulement une reconnaissance de la faute mais une volonté de réorienter sa vie pour la tourner vers Dieu. Il est, selon Jean le baptiste, annonciateur d'un baptême dit " d'esprit ", qui marquera, lui, une conversion à la vie nouvelle offerte par le Christ

Bèze, Théodore de (1519-1605)

Né à Vézelay en 1519, il reçoit une formation humaniste, notamment de Melchior Wolmar qui avait déjà initié Calvin aux idées de la Réforme. Doué pour les lettres, il écrit des poèmes, une tragédie biblique Abraham sacrifiant, traduit les Psaumes en français. Il réalise une édition du Nouveau Testament avec commentaires et annotations qui fut rééditée plus de cent cinquante fois. Condamné en 1548 par le Parlement de Paris, il va à Genève puis s'installe à Lausanne. Il rejoint Calvin à Genève en 1558 et en devient un proche disciple. En 1559, il est le premier Recteur de l'Académie. Ses qualités de théologien, de débatteur et de diplomate vont l'amener à intervenir pour conduire des négociations. Ainsi, entre 1557 et 1558, il va trois fois en Allemagne pour un rapprochement avec les luthériens. Il conduit aussi la délégation réformée au Colloque de Poissy en 1561. Après la mort de Calvin, il poursuit son oeuvre à Genève et maintient l'influence de l'Eglise de Genève en France. Il veille à l'unité des réformés français contre les tentatives de repli et préside plusieurs synodes dont celui de la Rochelle (1571). Cette assemblée établit le texte définitif de la Confession de Foi dite de la Rochelle. Elaborée par le Synode clandestin de Paris en 1559, elle est inspirée dans une large mesure par Calvin. Théodore de Bèze meurt à Genève en 1605. Il est considéré comme une figure et un défenseur de la théologie réformée.

Kierkegaard, Søren-Aabye (1813-1855)

Né et mort à Copenhague, Kierkegaard a reçu de son père, luthérien piétiste, une éducation sévère. Après des études de théologie, il n'est pas ordonné pasteur, mais il prononce quelques prédications et il publiera tout au long de sa vie des Discours édifiants (une centaine). Lecteur assidu de la Bible, il reconnaît son vécu dans l'histoire d'Abraham. " Poète du religieux ", il se met à composer une oeuvre littéraire qui s'ordonne autour de " l'Unique ", c'est-à-dire la personne originale, seule " devant Dieu ". Une série de personnages y apparaissent, chargés d'illustrer chaque stade parcouru par l'homme en marche sur le chemin de la vie (Stades sur le chemin de la vie, 1845). Il décrit le stade esthétique, éthique puis le stade religieux qui nécessite d'accomplir " le saut décisif " de la foi en suivant Abraham. A chaque étape, Kierkegaard évacue les diverses personnalités qu'il aurait pu devenir jusqu'à ce qu'il puisse, enfin libéré, se dire " je " à lui-même. Usant de l'ironie et de l'humour, Kierkegaard se propose de répondre à la question " Qu'est-ce qu'un chrétien ? " en mettant en place une échelle de concepts dont la foi occupe le sommet (Miettes philosophiques, 1844). Ces concepts relèvent tous de l'existence et c'est pourquoi Kierkegaard a pu être considéré comme le père de l'existentialisme. Au cœur de l'angoisse, (Le concept d'angoisse, 1844), il n'oublie pas la joie primordiale dont il fait l'expérience personnellement. Une autre expérience privilégiée lui permet de prendre conscience que le pardon annoncé par le Sauveur est bien pour lui en personne. Son œuvre enseigne alors que " l'Unique " est tout entier pénétré par l'amour divin (Les œuvres de l'amour, 1847). Une autre série d'écrits ouvre la voie d'une réconciliation avec l'autre, le prochain. Par exemple, dans La maladie à la mort (1849), la foi devient formellement " l'unique nécessaire ". Vers la fin de sa vie, Kierkegaard s'en prend à l'Eglise luthérienne établie, Eglise d'Etat qui trahit selon lui la foi en se conformant à l'ordre social. Epuisé par ses travaux et ces débats, il meurt en s'effondrant dans la rue le 11 novembre 1855.

Cure d'âme

Appelée encore " conseil " ou " dialogue pastoral ", la cure d'âme met face à face le pasteur et la personne généralement en situation de crise difficile. Ce face à face repose sur un travail d'écoute. Le secret professionnel rend possible la confiance nécessaire à l'aveu, à la confession des péchés. On peut dire aujourd'hui qu'il n'est guère possible de pratiquer la cure d'âme en dehors d'une bonne formation à l'écoute et d'un minimum de savoir psychologique. Pour ce qui est des buts, on se rappellera que les termes originels, grec ou latin, portaient un pluriel : psychôn epimélaïa et cura animorum (soin des âmes). Il s'agissait donc de mettre en évidence les conditions d'une vie commune apaisée et féconde. Son enjeu spécifique (par rapport à un entretien psychologique) consiste à annoncer l'Evangile, c'est-à-dire à redire de façon chaque fois nouvelle, dans les termes de la vie de chacun, combien, en Jésus-Christ, Dieu accueille et aime cette personne-là. Au cours de ces entretiens, peut advenir ou non la délivrance du poids du passé et se dessiner un avenir

Religion

Quand on parle de religion, des religions, de religieux ou de religiosité, il est difficile de parvenir à une définition. C'est un phénomène dont les chercheurs s'accordent à reconnaître aussi bien l'extraordinaire diversité des manifestations particulières que l'universalité. En effet, on ne connaît pas de société humaine dépourvue de toute dimension religieuse. Cette réalité dépasse le cadre des religions (christianisme, judaïsme, islam, hindouisme, etc.) et désigne toute référence que l'être humain revendique comme ultime, guidant sa vie, ses décisions, ses choix. On peut par exemple avoir un sentiment religieux en contemplant la nature. Pour d'autres, des convictions politiques revêtent un caractère religieux.
L'étymologie du mot religion est incertaine. La plupart des Anciens (Lactance, Augustin...) le tirent du verbe religare, " lier ", " attacher " et y voient donc l'idée d'un lien : soit un lien d'obligation à l'égard de certaines pratiques, soit un lien d'union entre les humains, ou entre les humains et les dieux. Cicéron fait venir le mot religion du verbe relegere qui peut signifier " recueillir ", " rassembler ", mais aussi " lire de nouveau ", " lire à plusieurs reprises ", d'où le sens d'observance scrupuleuse (l'adverbe " religieusement " l'a conservé).
On peut caractériser la religion comme la relation (individuelle ou communautaire) à Dieu, à l'Absolu, comme un système de croyances et de pratiques (cultuelles ou comportementales) en lien avec une divinité. Dans la théologie protestante on distingue généralement la religion de la foi. Si le mot religion est absent de la Bible, la réalité qu'il recouvre y est fréquente.

Rédempteur

Le mot provient du latin redemptor qui désignait en droit romain " la personne qui rachète un esclave de la servitude ". Il sert à rendre compte de l'oeuvre du Christ pour l'homme. Par extension, la rédemption désigne la libération de l'esclavage que le Christ donne par la foi, la délivrance du péché par sa mort (acte rédempteur).

Pharisien

D'un mot hébreu qui signifie " séparé ", il désigne un des courants religieux juifs. Celui-ci met l'accent sur l'étude et le respect de la loi divine écrite. Les pharisiens sont des hommes pieux, vertueux, très soucieux d'appliquer la loi de Dieu et de se garder des impuretés rituelles. Pour vivre la sainteté de Dieu, il fallait être " séparé " des autres. Il s'est trouvé en forte opposition avec le christianisme naissant notamment autour de la question du respect de la Loi comme condition d'accès à Dieu. Au fil des ans, le terme " pharisien " a pris une connotation péjorative pour désigner tout comportement hypocrite. On parle même de " pharisaïsme ".

Vie nouvelle

L'expression désigne le changement radical que peut procurer une rencontre avec le Christ dans la foi. Paul décrit cette vie nouvelle en Christ (Colossiens 3,1-17) comme une véritable participation à sa mort et à sa résurrection. La vie nouvelle fait participer l'homme à cette mort (l'homme peut mourir à son péché) et à cette résurrection (l'homme peut ressusciter à l'amour). Cette vie nouvelle est présentée comme un don de chaque instant à vivre chaque jour dans la foi de l'Evangile.

Concile Vatican II

Le 2e concile œcuménique du Vatican, plus couramment appelé Vatican II, est le 22e Concile œcuménique de l'Église catholique romaine ; il a été ouvert par le pape Jean XXIII en 1962 et clos sous le pontificat de Paul VI en 1965. On le considère généralement comme l'événement le plus marquant de l'histoire de l'Église catholique au 20e siècle, symbolisant son ouverture au monde moderne. On y a débattu notamment des célébrations liturgiques, du rapport que devait entretenir l'Église catholique avec les autres Églises chrétiennes, avec les autres confessions religieuses, et la société en général, mais aussi de problèmes plus spécifiquement théologiques, comme la liberté religieuse et la révélation. Les résultats du Concile Vatican II sont rassemblés dans les Actes du Concile, assez volumineux ; cependant, les documents les plus marquants qui en sont issus sont les constitutions Dei Verbum (sur la révélation), Gaudium et Spes (sur les rapports de l'Église avec le monde moderne), et Lumen Gentium (sur la mission de l'Église).

Zen

Le " zen " est un mot romanisé, d'un mot japonais qui signifie " méditation silencieuse ". Il s'agit d'une forme de bouddhisme qui insiste particulièrement sur la méditation, ou " l'illumination intérieure ". En français, le mot " zen " est aussi utilisé pour signifier un état de tranquillité, d'indifférence à l'agitation du monde. Dans le langage courant, l'adjectif est synonyme de " serein " et ne véhicule alors plus sa dimension spirituelle.

Charismatique (Mouvement)

Le mouvement charismatique, appelé aussi " le renouveau charismatique ", ne désigne pas une Eglise institutionnalisée et bien définie, mais plutôt un mouvement qui pénètre à l'heure actuelle la plupart des Eglises chrétiennes, aussi bien le catholicisme que le protestantisme. Dans les années 1950, la nécessité d'un renouveau se fit sentir dans de nombreuses Eglises américaines. En automne 1966, il atteint le catholicisme. De nombreuses Eglises protestantes en sont également imprégnées. Signalons en particulier les communautés tziganes françaises. Tandis que le mouvement charismatique, au sein du catholicisme, se maintient dans le cadre de l'institution romaine et reste soumis aux autorités ecclésiastiques, il a dans le protestantisme une tendance sectaire nettement plus prononcée. L'accent est mis partout sur l' " effusion de l'Esprit " ou le " baptême dans l'Esprit " et on retrouve dans le renouveau charismatique tous les ingrédients du pentecôtisme classique. L'une des caractéristiques du mouvement charismatique est sa dimension œcuménique.

Concile

Assemblée de représentants autorisés de plusieurs ou de toutes les Eglises particulières. Il prend des décisions en matière de doctrine et de vie chrétienne. L'assemblée de Jérusalem (Actes 15 ; Galates 2,1-10) en est le modèle néotestamentaire.

Conversion

Le terme " conversion " (en grec metanoia, littéralement " changer de regard, de pensée ") désigne à la fois l'action de " se tourner vers " et une modification de la personne dans son être. La Bible considère que le second aspect dépend du premier.
Dans l'Ancien Testament, le terme le plus employé (shouv) traduit l'idée de changer de route, de rebrousser chemin. Dans le Nouveau Testament, la conversion est l'expression du renoncement à la vie ancienne et de l'appropriation de la vie nouvelle offerte par Dieu. Par exemple, Jean-Baptiste appelle les hommes à changer de vie et Jésus appelle à la conversion dès le début de son ministère.
Luther considère la conversion comme un mouvement à refaire durant toute une vie et que la piété ou la volonté ne sauraient provoquer. Ainsi, l'expression " se convertir " si couramment employée, peut induire en erreur : on est converti plus qu'on ne se convertit.

Diable

Le mot "diable" vient du grec diabolos qui signifie "celui qui désunit", "qui divise". Il traduit le mot hébreu "Satan" qui signifie "adversaire", souvent dans le contexte juridique d'un procureur (ou accusateur public). La Bible présente Satan comme étant l'adversaire par excellence de Dieu et des hommes. Il personnifie généralement celui qui usurpe les pouvoirs donnés par Dieu et s'oppose à sa volonté. La Bible déploie également un langage du combat contre Satan et contre les puissances spirituelles du mal : ce combat exprime souvent la manière par laquelle les auteurs ont eux-mêmes fait l'expérience du mal (quelque soit la forme de ce mal).

Dogmatique

La dogmatique désigne la discipline théologique qui travaille sur le dogme : l'histoire des dogmes, ses fondements théologiques, scripturaires, etc.

Enthousiaste

Ce terme qui littéralement veut dire " en Dieu " (du grec : en-theou) est utilisé par les Réformateurs, notamment Luther, pour désigner les exaltés (en allemand Schwärmer) qui, au 16e siècle, se laissaient aller à leur subjectivité. Sous l'influence supposée du Saint Esprit, ils prétendaient apporter des révélations particulières et menaçaient le mouvement réformateur par des excès dans les domaines religieux, ecclésial et politique. Pour les combattre, les Réformateurs ramèneront à la lecture des Ecritures bibliques. Elles seules peuvent empêcher les croyants de flotter au gré de leurs idées personnelles, voire de leurs illuminations dont sont si friandes les religiosités contemporaines. On peut parler d'enthousiasme, chaque fois que l'être humain, au lieu de s'en tenir à la Parole de Dieu (extérieure à lui), recherche des fantaisies personnelles, des expériences spirituelles permettant de trouver en lui-même, un accès direct à Dieu.

Eglise

Le mot Eglise veut dire assemblée et vient d'un verbe qui se traduit littéralement par "appeler hors de", d'où "convoquer". Le mot "Eglise" s'utilise dans différents sens, voisins mais souvent mal distincts. Il peut désigner :

  • Le bâtiment où se rassemblent les fidèles et où on célèbre le culte (dans ce cas on met une minuscule).
  • Les personnes qui se rassemblent, l'assemblée qui se réunit.
  • L'ensemble des chrétiens : en ce sens, on parle de l'Eglise au singulier (elle regroupe tous les fidèles, à travers le temps et l'espace).
  • Une institution ou une organisation religieuse chrétienne : on parle de l'Église protestante unie de France, de l'Eglise orthodoxe grecque, de l'Eglise catholique romaine. Dans ce cas, on parle des Eglises au pluriel.

La compréhension de l'Eglise (on parle alors d'ecclésiologie) est aujourd'hui l'un des enjeux principaux du dialogue œcuménique. C'est en effet ce point qui demeure l'une des différences fondamentales entre les grandes confessions chrétiennes.
Pour les protestants, l'Eglise du Christ, Eglise invisible, ne coïncide pas avec les formes visibles des Eglises particulières. C'est une réalité spirituelle que Dieu seul connaît. Pour la tradition catholique, par contre, l'Eglise du Christ s'identifie à l'Eglise catholique romaine.

Eglise libre

Les Eglises dites " libres " sont des Eglises issues de la Réforme. En Europe, elles apparaissent au milieu du 19e siècle dans la suite d'un mouvement de Réveil. Généralement de tendance évangélique, elles se séparent des Eglises réformées traditionnelles et de tous liens avec l'Etat, d'où cette appellation de " libre ".

Evangélique

Originellement, le mot " évangélique " est synonyme de protestant (c'est toujours le cas en allemand par exemple). Pourtant, de plus en plus, l'adjectif " évangélique " est accepté dans son sens anglo-saxon et caractérise une aile particulière du protestantisme. On peut ainsi distinguer une sensibilité " évangélique ". Les Eglises ayant cette sensibilité sont caractérisées par une théologie protestante stricte qui souligne l'autorité de l'Ecriture et l'importance de l'adhésion à une confession de foi. Elles soulignent le caractère central de la piété et de l'importance de la conversion. Ce courant est principalement composé par les Eglises de professants (baptistes, etc.) qui n'acceptent comme membres que des croyants qui confessent personnellement leur foi et accordent une importance relativement faible aux structures institutionnelles. Autour d'un noyau de convictions et de pratiques communes, ces Eglises peuvent toutefois manifester de grandes diversités. Certaines, fondamentalistes, se gardent de tout contact avec d'autres Eglises, alors que d'autres sont engagées avec leurs spécificités dans le mouvement œcuménique. Actuellement, les Eglises évangéliques se développent partout, tout particulièrement en Amérique latine ou dans les pays en voie de développement.

Evangile / évangile

Etymologiquement le mot vient du grec et signifie " bonne nouvelle ". On distingue deux compréhensions. Ce mot correspond premièrement à un genre littéraire et désigne les 4 premiers livres du Nouveau Testament : évangile selon Matthieu, selon Marc, selon Luc et selon Jean (on l'écrit alors avec une minuscule). Enfin, il désigne un contenu. L'Evangile (avec une majuscule) est alors la bonne nouvelle dont témoigne Jésus de la part de Dieu. Ce message de salut n'est pas indépendant de celui qui l'apporte. On peut dire que c'est Jésus lui-même qui est en quelque sorte la bonne nouvelle que Dieu envoie aux hommes.

Esprit (Saint)

Pour le Nouveau Testament, le Saint Esprit (ou Paraclet) est la présence de Dieu parmi les hommes et en l'homme. Il est une puissance transformatrice, toujours liée à l'événement du salut en Jésus-Christ. Il rend le Christ présent, il permet de comprendre les Ecritures qui lui rendent témoignage, il rappelle son enseignement, il pousse les chrétiens à annoncer la bonne nouvelle, il les unit dans la foi, dans l'espérance et dans l'amour, il leur donne les aptitudes au témoignage.

Exode

Au cœur de l'histoire du peuple d'Israël, il y a la mémoire de la sortie d'Egypte que raconte le livre de l'Exode. Le nom du livre est tiré d'un mot grec qui signifie la sortie, le départ. En hébreu le livre s'appelle shemôt " noms ". Le livre raconte l'événement fondateur par excellence par lequel le peuple d'Israël dit comment il est advenu comme peuple de Dieu. Lorsqu'il résume son histoire, Israël peut omettre de mentionner les patriarches, mais il n'oublie jamais la tradition de l'Exode, la libération d'Egypte, Deutéronome 4,32-40, 6,20-24.

Glossolalie

Ce mot désigne le "parler en langues", il vient du grec glossa (langue) et lalia (parole). C'est un phénomène extatique, constaté dans de nombreuses religions et sectes religieuses anciennes et modernes, dans lequel une personne émet une série de sons ou de mots dont les auditeurs ne peuvent saisir le sens sans le concours d'une personne possédant le don de l'interprétation. Le "parler en langues" constituait un des éléments du culte dans l'Eglise primitive (Actes 2,3-4). Il est alors présenté comme une manifestation de la présence de l'Esprit Saint qui cherche à communiquer un message de la part de Dieu aux auditeurs.

Illuminisme

Les termes " illuminisme " et " illuministes " sont des concepts polémiques développés durant la Réforme, notamment chez Calvin, pour désigner des mouvements privilégiant l'illumination intérieure du Saint Esprit au détriment de la Parole contenue dans la Bible. Différents mouvements mystiques de l'époque sont accusés d'illuminisme, notamment les anabaptistes

Amen

Terme hébreu conservé tel quel dans le Nouveau Testament et signifiant "vraiment", "assurément", "ainsi soit-il". Dans les liturgies juive chrétienne, ce terme sert de conclusion à une prière.

Anabaptisme

L'anabaptisme naît d'une dissidence protestante du 16e siècle. On l'appelle aussi la Réforme radicale. Divers courants naissent à peu près en même temps dans différentes régions d'Europe. Appelés " rebaptiseurs " par leurs adversaires, les anabaptistes refusent le baptême des enfants et l'intervention de l'Etat dans l'Eglise. L'anabaptisme suisse est très bibliciste et non violent ; l'anabaptisme néerlandais est lui aussi marqué par le pacifisme de Menno Simons (qui a donné son nom aux communautés " mennonites ") ; enfin, l'anabaptisme autrichien prend une forme plus communautaire en Moravie. Au 16e siècle, ces différents groupes sont rejetés et persécutés par les catholiques comme par les réformés. Leurs descendants se trouvent aujourd'hui dans le monde entier, dans les Eglises mennonites, chez les amish et les houttériens. On compte environ 900 000 membres adultes dans ces communautés

Liturgie

Le mot liturgie vient du grec leitourgia qui signifie " service public, service du culte ". En christianisme, la liturgie désigne le culte public et officiel institué par une Eglise. Ainsi, la liturgie désigne le déroulement d'un culte rendu à Dieu, en donne son ordre, son sens et son contenu

Messie

Le mot " Messie " est un mot d'origine hébraïque qui apparaît dans l'Ancien Testament, alors que le mot " Christ " est d'origine grecque. Les deux mots veulent dire en français : " celui qui est oint ". A l'origine celui qui reçoit l'onction est le roi qui était considéré comme le fils de Dieu parce que responsable et médiateur du peuple devant Dieu. D'autres personnes ont pu recevoir une onction : les grands prêtres plus tardivement alors qu'il n'y avait plus de roi. Déjà à l'époque des rois plus ou moins fidèles et aussi au temps de Jésus, les juifs attendaient le Messie qui devait être de la lignée de David, pour rétablir la véritable royauté en Israël : " le Messie qui vient ". Le Messie précède dans d'autres textes la venue de Dieu lui-même.
L'image qu'on se fait de ce Messie n'est pas uniforme : les uns attendent de lui un rétablissement politique, le Messie est un roi puissant ; les autres pensent que s'ils restent fidèles à la loi, Dieu va finir par envoyer le Messie ; d'autres prennent l'image du Messie dans les textes du serviteur souffrant d'Esaïe (Esaïe 52,13;53,12) ; d'autres encore attendent un nouveau Moïse. Jésus va être confronté à ces différentes aspirations et en décevra certaines.

Mystique

Le mot " mystique " est emprunté au latin mysticus, " relatif aux mystères ", c'est-à-dire " relatif à tout ce qui est caché, secret ". La mystique désigne la connaissance, l'étude du mysticisme, ce qui a trait à l'expérience directe de Dieu

New Age

Le New Age est un vaste courant spirituel occidental des 20e et 21e siècles, caractérisé par une approche individuelle et éclectique de la spiritualité. La traduction française en " Nouvel Age ", courante au Canada, est rarement rencontrée en France où on lui préfère la dénomination anglaise. Un ensemble hétéroclite d'auteurs indépendants mais aussi de groupes se revendiquent de cette pensée, partageant la vocation de transformer les individus par l'éveil de l'esprit et l'élargissement de la conscience. Le New Age pense ainsi préparer l'humanité à l'avènement d'un " nouvel âge " d'harmonie universelle (concept parfois rencontré sous la dénomination d'" ère du Verseau "). Il ne constitue pas une association et encore moins une Eglise : c'est un mouvement de pensée qui reprend plusieurs concepts de nombres de religions et croyances occidentales comme orientales. Ainsi, on peut entendre parler " d'extraterrestres " comme " d'hindouisme ", " d'énergie positive " comme de " dieu intérieur "

Paraclet

Le Paraclet, du grec paracletos, décrit celui qui "est appelé aux côtés de quelqu'un" pour l'aider. Le sens premier de ce mot est celui d'"avocat", de défenseur. Le mot appartient au vocabulaire juridique. Il peut ainsi aussi prendre le sens de "consolateur" ou encore d'"enseignant" et de "médiateur". Dans l'évangile selon Jean, Jésus promet la venue d'un autre "Paraclet", le Saint Esprit (14,26). Ainsi nommé, le mot désigne la mission de l'Esprit Saint auprès des chrétiens : une aide, une défense et une consolation. Parfois, le mot "paraclet" s'applique directement à Jésus (1Jean 2,1).

Pentecôte

Mot d'origine grecque signifiant " cinquante ". Fête juive des moissons, le cinquantième jour après la Pâque, au cours de laquelle les fruits des premières récoltes étaient présentés au Temple. Dans le Nouveau Testament, le Saint Esprit est descendu pour les croyants le jour de la Pentecôte (Actes 2,1-12).

Pentecôtisme

Le pentecôtisme est issu d'un mouvement qui a démarré au début du 19e siècle aux Etats-Unis. Les Eglise pentecôtistes sont aujourd'hui nombreuses de par le monde. Elles se caractérisent par une lecture volontairement simple et directe de l'Ecriture, une expression démonstrative émotionnelle de la foi, une importance accordée à la guérison. Le baptême du Saint Esprit constitue la condition d'appartenance à l'Eglise. La tendance " pentecôtisante " se trouve aussi dans bien des Eglises qui ne portent pas cette étiquette.

Piété

La piété désigne la dévotion, l'attachement aux devoirs et pratiques religieuses, avec une nuance de ferveur dans le langage courant

Pur / impur - Pureté / impureté

Dans l'Ancien et le Nouveau Testament, pur et impur ne font pas partie d'un registre moral mais éthique. Il s'agit de prescriptions nécessaires au culte adressé à Dieu. Les lois de pureté (et d'impureté) se trouvent dans le livre du Lévitique qui définit également les lois de sainteté. Il faut que les prêtres enseignent au peuple la distinction entre le sacré et le profane, le pur et l'impur pour s'approcher de Dieu.

Lévitique 11,44
Je suis l'Éternel, votre Dieu ; vous vous sanctifierez et vous serez saints, car je suis saint ; et vous ne vous rendrez pas impurs par toutes ces petites bêtes qui rampent sur la terre.

Réforme radicale

On peut distinguer la Réforme magistérielle, introduite et établie avec l'aide des princes ou des Conseils des villes, de sa dissidence du 16e siècle, la Réforme radicale.
" S'inspirant des principes réformateurs (sola scriptura, sola fide), d'Erasme, de Luther, de Zwingli et de la mystique médiévale, la dissidence apparaît dès les premières années de la Réforme. Son histoire est marquée par des personnages et des événements multiformes [...] L'Eglise romaine verra dans la Réforme radicale l'aboutissement logique de la Réforme. [...] Les Réformateurs prendront leurs distances. [...] Les thèmes théologiques varient selon les cas : refus du baptême des enfants, accent sur le sacerdoce universel, vie communautaire, non-violence, intériorisation de la foi, millénarisme. On retrouve néanmoins des thèmes constants : le rejet de la symbiose Eglise/Etat, l'importance de l'engagement de l'individu, un accent sur l'éthique et les implications concrètes de la foi chrétienne. " (Extrait de l'article " Réforme radicale " de Neal Blough, in : Jean Baubérot / Hubert Bost, Protestantisme, Genève : Labor et Fides, 2000).

Salut

L'Ancien Testament comprend le salut comme l'action de Dieu qui libère. Le texte de référence est la sortie d'Egypte, la libération de l'esclavage, de l'oppression. Cette idée de libération est reprise par le Nouveau Testament. La guérison d'une maladie, la relation rétablie avec Dieu et les autres, l'accueil de celui qui se considère perdu...sont signes du salut que Dieu donne. Le verbe " sauver " s'emploie au passif ce qui souligne le fait que Dieu est l'auteur du salut. L'être humain est sauvé, il ne se sauve pas lui-même : Dieu lui offre son salut

Symbole / Credo

Aussi appelé credo, son premier mot en latin (je crois). Profession de foi chrétienne résumant l'essentiel des points sur lesquels les Pères sont tombés d'accord (c'est le sens du mot Symbole dans ce cas) lors des deux premiers conciles oecuméniques (Nicée 325 et Constantinople 381)

Talmud de Babylone

Le Talmud est une œuvre religieuse juive considérable contenant un commentaire détaillé et l'interprétation de la Torah (la Loi contenue dans les 5 premiers livres de la Bible). Il constitue la source principale à partir de laquelle s'est développée le reste de la loi religieuse juive. Il existe différentes versions du Talmud, le Talmud de Babylone est une version rédigée aux alentours de 500 ap. JC.

Théophanie

Le mot comme tel ne fait pas partie du vocabulaire biblique. Il désigne littéralement une apparition de Dieu (de theo, dieu et phaineo, apparaitre). Les apparitions dans la Bible constituent un des modes de la révélation de Dieu. On peut parler de théophanie lorsque Dieu lui-même se manifeste (Exode 3,1-6) ou lorsqu'il se rend présent par un ange (un messager). Dieu « se fait voir » et les visions dépassent toujours les capacités ordinaires de l’homme. Dans le Nouveau Testament, c’est en Jésus que Dieu se manifeste d’une manière décisive. On retrouve comme dans l’Ancien Testament des apparitions d'anges pour manifester la volonté de Dieu (annonces de la naissance de Jésus en Luc 1,26,38 de sa résurrection en Matthieu 28,2). La résurrection de Jésus manifestée par ses apparitions (par exemple en 1Corinthiens 15,5-9) est l’élément nouveau du Nouveau Testament. Les récits de vision d’Etienne (Actes 7,55 ss) et de Paul (Actes 9,1-19) intègrent cet élément dans le schéma classique de la théophanie.

Cantique

Le mot " cantique " est emprunté au latin canticum, de cantus qui signifie " le chant ". Au Moyen-Age, l'Eglise a réservé ce mot pour désigner le chant religieux, plus particulièrement dans le sens de " chant d'action de grâces ", de louange. Par exemple, dans la Bible, se trouve le livre du " Cantique des cantiques ", traduction de l'expression hébraïque " Le grand poème ", " le chant suprême ". Aujourd'hui encore, les chrétiens utilisent le mot " cantique " lorsqu'il s'agit de chanter à la gloire de Dieu.

Potter, Philip Alford (1921 -)

Troisième secrétaire général du Conseil OEcuménique des Eglises (C.O.E.), né à Roseau dans l'île de la Dominique (Petites Antilles), de père catholique romain et de mère méthodiste. Il doit quitter l'école à seize ans pour travailler dans une étude d'avocat. Il suit des cours de droit mais se fait surtout connaître comme prédicateur laïc. En 1944, il commence des études à Kingston en Jamaïque. Très actif dans les mouvements de jeunesse et d'étudiants, il continue ses études de théologie à Londres. Il milite au sein de l'Association chrétienne d'étudiants britannique. En 1950, son Eglise l'envoie en Haïti où, pendant quatre ans, il exerce le ministère pastoral au service d'une population pauvre et décimée par la maladie. En 1967, il est appelé par le C.O.E. à prendre la direction de la division " Mission et Evangélisation ". Il devient le secrétaire général du C.O.E. en 1972. Sous sa direction, le mouvement œcuménique acquiert une vision plus affirmée de l'unité entre témoignage et service, entre foi chrétienne et engagement concret au service des pauvres, des opprimés et des exclus. La cinquième assemblée de Vancouver (1983) marque le point culminant de son oeuvre oecuménique avec la décision de toutes les Eglises membres du C.O.E. d'entrer dans " un processus conciliaire d'engagement mutuel pour la justice, la paix et la sauvegarde de la création ". A sa retraite, l'année suivante, il retourne aux Caraïbes comme aumônier d'étudiants

Concile Vatican I

Le 1er concile œcuménique du Vatican se tient du 8 décembre 1869 au 20 octobre 1870. Convoqué par Pie IX, il condamne le modernisme et définit l'infaillibilité pontificale. Pie IX a déjà publié en 1864 le Syllabus, texte officiel dans lequel il condamne entre autres le modernisme et la " liberté de la Foi et de la conscience ". Pie IX revendique aussi dans le Syllabus la suprématie de l'Église sur l'État. Lorsque la doctrine médiévale sur la papauté doit être définie comme dogme, 380 des 778 évêques présents appuient cette proposition, 136 évêques s'y opposent. Entre les deux partis les débats sont tumultueux, mais la majorité l'emporte. Le 20 septembre, les troupes italiennes pénètrent dans Rome. Le 9 octobre, les États pontificaux sont réunis au reste de l'Italie par plébiscite. Le concile est matériellement empêché de se poursuivre. Le 20 octobre, Pie IX le suspend sine die.

Cène

C'est le nom donné au dernier repas de Jésus avec ses disciples. Il leur demande de partager après sa mort un tel repas en mémoire de lui. Pour désigner ce repas de communion, la tradition protestante parle plutôt de Cène ou Sainte Cène, la tradition catholique d'Eucharistie

Schleiermacher, Friedrich Daniel Ernst (1768-1834)

Fils d'un aumônier militaire protestant, il naît à Breslau où il fait d'abord ses études dans une école appartenant aux Frères moraves. Très vite, l'enseignement qu'il reçoit ne le satisfait plus, et il obtient alors de son père la permission d'entrer à l'université de Halle (Allemagne), anciennement piétiste, désormais haut lieu du courant rationaliste. Schleiermacher y poursuit des études de théologie et d'exégèse. Il lit Platon, Aristote, Spinoza, Kant, Fichte et Jacobi. A la fin de ses études à Halle, il devient précepteur dans une famille aristocratique puis, en 1796, chapelain de l'Hôpital de la Charité à Berlin. Il complète ses connaissances en s'intéressant aux arts, aux sciences et à la littérature. Il est profondément influencé par le romantisme allemand, en particulier par Schlegel, qui est son ami. De cette période d'enrichissement intellectuel viennent les Discours sur la religion (1799) et les Monologues (1800). Schleiermacher introduit dans ses Discours l'idée que la doctrine n'est pas une vérité révélée par Dieu, mais une formulation humaine. Pour lui, le sentiment religieux n'est ni savoir ni morale, mais la conscience intuitive et immédiate de l'infini vis-à-vis de laquelle l'homme a une dépendance absolue. En 1802, il devient pasteur dans une ville de Poméranie, avant d'obtenir une chaire à Halle en 1807. Il déménage alors à Berlin, où il devient en 1809 pasteur de l'église de la Trinité. Enfin, en 1810, alors que Wilhelm von Humboldt vient de fonder son université, il y obtient une chaire de théologie. Jusqu'à la fin de sa vie, en 1834, il mène de front activité d'enseignement et de pastorale.

Libéralisme

On désigne par ce terme le courant théologique qui relativise l'importance du dogme et met en avant l'aspect existentiel et éthique de la foi. Issu de la pensée des Lumières, il insiste sur l'importance du libre examen de la raison et sur la libre adhésion du coeur. Il s'appuie sur une lecture historico-critique de la Bible. Il s'oppose à tout autoritarisme dans le domaine de la foi, au cléricalisme et au dogmatisme. En France au 19e et au début du 20e siècle, il est très proche de la Libre Pensée. Il agit dans le sens de la séparation de l'Eglise et de l'Etat et lutte pour la liberté des consciences

Bucer, Martin (1491-1551)

Né en 1491 à Sélestat en Alsace, Martin Bucer entre dans l'ordre des Dominicains à l'âge de quinze ans. Il est gagné à la Réforme par Luther au cours de la dispute de Heidelberg (1518). Excommunié, il s'enfuit à Wissembourg en Alsace où il prêche l'Evangile. Pourchassé à nouveau, il trouve refuge à Strasbourg (1523). Il y est nommé prédicateur en 1524. En 1529, la ville passe à la Réforme. Quand Calvin arrive dans cette ville (1538), Bucer y travaille depuis quatorze ans déjà : il a eu le temps d'organiser une Eglise selon les idées réformatrices dont maints caractères seront repris à Genève quand Calvin y retournera. Ce qui caractérise Bucer, c'est son sens de l'unité. Il travaille en vain à des compromis entre les positions de Luther et de Zwingli sur la cène, ou avec les théologiens catholiques (colloques de 1540-1541). Sur ordre de Charles-Quint, il doit quitter Strasbourg (1549). Il se réfugie à Cambridge où il enseigne jusqu'à sa mort.

Prédestination

Ce terme vient d' Augustin. Mais c'est surtout au Réformateur Jean Calvin qu'on associe ce mot par lequel est désigné un des points essentiels de sa théologie. La doctrine de la prédestination affirme que c'est Dieu qui décide d'avance qui sera sauvé, et il ajoute : qui sera perdu ! Ce qui pour un esprit du 21e siècle est ressenti comme une injustice et une négation de la liberté de l'être humain, ne fonctionne pas de la même manière pour l'être humain du 16e siècle. Au contraire : l'idée que tout est joué d'avance fait tomber l'angoisse. Tout d'un coup, la question : " Qu'est-ce que je dois encore faire pour être sauvé ?" n'a plus de sens. La doctrine de la prédestination dit donc d'abord : tout est fait, on n'y revient plus. Elle s'oppose au système des mérites qui fait croire que l'être humain coopère à son salut, qu'il y est pour quelque chose. La prédestination dit encore autre chose. Elle est en effet souvent liée à un autre terme de la pensée calvinienne : la providence de Dieu. Etymologiquement le mot " providence " vient du latin providere, il exprime la sollicitude de Dieu qui pourvoit au bien de sa création et de ses créatures. Il les protège et les dirige. La foi en la providence permet au croyant d'assumer les défis de sa vie en toute liberté, dans une sérénité lucide, conscient des limites qui lui sont imparties, en sachant que l'ultime, y compris ce qu'il ignore est dans la main bienveillante de Dieu.

Confession / Profession / Déclaration de foi

La confession de foi est un texte de référence qui exprime la doctrine de l'Eglise. Elle a pour but de maintenir une prédication fidèle de l'Evangile. Elle reformule la foi dans un temps et des circonstances précises. Les confessions de foi classiques de l'Eglise ancienne sont intitulées " symboles " et ont souvent une fonction liturgique, c'est pourquoi elles sont rédigées à la première personne du singulier (" je ").
La profession de foi consiste à dire publiquement son désir de vivre dans la relation à Dieu, par Jésus-Christ. Elle comprend donc la confession de foi qui rassemble tous les chrétiens " Jésus-Christ est le Seigneur " complétée par une expression plus personnelle de sa propre foi. La bénédiction de Dieu sur cette personne peut être rappelée par un geste et une parole. La déclaration de foi se rapproche essentiellement de l'objectif d'une confession de foi. Le fait que cette confession soit plutôt " déclarée " souligne simplement qu'elle vise un public, un auditoire. Ce peut être les membres de son Eglise ou ceux d'une autre, mais aussi la société ou toute autre instance a priori extérieure à l'Eglise. Les déclarations sont généralement marquées par leur contexte historique et leur lieu de formulation, elles sont écrites à la première personne du pluriel (" nous ").

Fondamentalisme

Courant né dans les Eglises évangéliques aux Etats-Unis au début du 20e siècle. C'est une réaction à l'avancée des idées modernistes dans le protestantisme, principalement sur trois points : l'acceptation des idées de Darwin sur l'évolution, l'introduction de l'exégèse scientifique dans les séminaires et facultés, et la vision progressiste de l'histoire qui contredisait la vision apocalyptique des conservateurs évangéliques. En 1920, un mouvement fondamentaliste se crée autour de quatre fondamentaux (d'où le terme de fondamentalisme) chacun étant une conséquence directe du dogme de l'inerrance de la lettre de la Bible : la naissance virginale de Jésus, la croix interprétée comme châtiment expiatoire nécessaire au salut, la résurrection physique des corps et le second avènement de Jésus Christ. Depuis les années 1980, ce courant a acquis une influence politique importante aux Etats-Unis en s'appuyant sur les conservateurs Républicains.
Le fondamentalisme touche peu le catholicisme qui ne considère pas la Bible comme la seule et unique autorité. Il y a dans le catholicisme quelques mouvements conservateurs qui s'appuient sur des traditions et des documents anciens pour contester Vatican II, comme le courant de Mgr Lefebvre. Ils sont qualifiés d'intégristes puisqu'il s'agit plus de conserver l'intégrité de la religion catholique que de retourner à des fondamentaux.

Sacerdoce universel

Le " sacerdoce " est la fonction du prêtre ; elle consiste à être l'intermédiaire entre Dieu et les hommes. C'est à partir de la Réforme que l'on affirme que le rôle du prêtre n'est pas réservé à quelques-uns, mais " universel " ce qui veut dire que tous les chrétiens sont concernés. Séparément et ensemble ils sont appelés à représenter Dieu pour les autres et pour le monde et à présenter le monde à Dieu dans la louange et la prière. Cela n'exclut pas que certain(e)s soient appelés à exercer un service particulier au sein de l'Eglise, par exemple celui de pasteur pour interpréter les Ecritures. Mais même dans la fonction d'interprétation des Ecritures, le pasteur peut à tout moment être remplacé par des membres de la communauté appelés et dûment formés par elle

Confession d'Augsbourg

La Confession d'Augsbourg écrite en 1555 (par le Réformateur Mélanchthon) est la confession de foi fondamentale du luthéranisme. Elle constitue aujourd'hui la référence pour toutes les Eglises luthériennes. En 1540 à Strasbourg, Calvin en a signé une version latine, la Confessio Augustana variata, dans le cadre des tentatives d'accord entre les différents courants issus de la Réforme

Prosélytisme

Le mot " prosélytisme " vient du grec prosèlutos qui est lui-même la traduction de l'hébreu ger qui désigne l'étranger installé dans le pays et naturalisé. Le terme prosélyte est utilisé dans le Nouveau Testament pour désigner le païen qui est venu s'ajouter au peuple juif en pratiquant sa religion (Actes 13,16), mais aussi en acceptant la circoncision (Actes 2,10). Aujourd'hui on appelle prosélyte le nouveau converti à une religion, le nouvel adepte d'une Eglise.
Le mot prosélytisme a souvent aujourd'hui une connotation négative. Il désigne alors l'attitude de personnes, d'Eglises ou de religions qui font preuve d'un zèle intempestif et parfois de méthodes critiquables pour rallier à tout prix les autres à leurs propres convictions. Cela a pu être et est encore en certains lieux une source de tensions et de conflits.

Inquisition

Jusqu'à la fin du Moyen-Age, c'est l'institution ecclésiale qui se chargeait de l'enquête concernant les hérétiques, le bras séculier mettant en œuvre leur éventuelle condamnation. A partir de ce moment-là, c'est une institution particulière soumise à l'évêque qui va en être chargée : l'Inquisition. En 1231/1232, à l'instigation du pape Grégoire IX, l'Inquisition est centralisée sous l'autorité papale. Elle met au point un processus particulier :

  • exigence adressée aux hérétiques de pratiquer l'auto-accusation ;
  • exhortation des fidèles à la dénonciation ;
  • convocation de l'accusé ;
  • éventuellement arrestation pour comparution devant le tribunal ;
  • enquête en vue de l'aveu (pas de révélation des noms des dénonciateurs et témoins ; pas de défense acceptée).

A partir de 1252, le pape Innocent IV permet l'usage de la torture. En 1542, le pape Paul III établit à la place de l'Inquisition la " Congrégation romaine et universelle de l'Inquisition " (le " Saint Office "). Au Concile de Vatican II, sur proposition du pape Paul VI, le " Saint Office " devient la " Congrégation pour la doctrine de la foi ". Aujourd'hui, selon l'article 48 de la Constitution apostolique sur la Curie romaine Pastor bonus, promulguée par le pape Jean Paul II en 1988, " la tâche propre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi est de promouvoir et de protéger la doctrine et les moeurs conformes à la foi dans tout le monde catholique : tout ce qui, de quelque manière, concerne ce domaine relève donc de sa compétence "

François de Sales (1567-1622)

François de Sales naît au château de Sales au nord d'Annecy, le 21 août 1567. Sa famille est de petite noblesse rurale. Il est envoyé à Paris pour suivre des études de droit, puis à Padoue. A son retour son père l'inscrit au barreau de Chambéry en tant qu'avocat, mais après une révélation, François décide de devenir prêtre. Il est ordonné en 1593. Prédicateur de grand talent, il est attiré par l'ascèse et la prière. Il fait imprimer ses écrits pour les distribuer à la population, ce qui à l'époque est une innovation majeure. Pour cette raison, il est considéré par l'Eglise catholique comme le patron des journalistes et des écrivains. Le 8 décembre 1602, il accède au siège épiscopal de Genève, alors en exil à Annecy à cause du passage de Genève aux idées de la Réforme. Plus tard, il conquiert le cœur des Parisiens alors sous l'égide d'une vague mystique née de la Contre-Réforme. C'est le premier écrivain à utiliser le français contemporain afin de se rapprocher de ses lecteurs. En 1607, il fonde l'Académie florimontane qui regroupe depuis l'élite intellectuelle et artistique de la région, 28 ans avant d'inspirer la création de l'Académie française. Renonçant à tous ses titres de noblesse, il fonde, le 6 juin 1610, l'Ordre de la Visitation. Il choisit alors une minuscule maison édifiée sur le premier contrefort du Semnoz. Cet ordre consacré à la contemplation comportera à son apogée 87 monastères dans toute l'Europe. Son œuvre spirituelle connaît un impact extrêmement important sur les chrétiens de l'époque. Il reste aujourd'hui une référence spirituelle, notamment à travers deux œuvres : Introduction à la vie dévote (1609), qui fournit des conseils de vie spirituelle aux hommes et aux femmes de son temps, et Le Traité de l'Amour de Dieu (1616). Le " salésianisme " est une spiritualité adaptée aux laïcs de toutes conditions qui ont le souci d'être " tout à tous ". A plusieurs reprises, on lui confie des missions diplomatiques, devenant un ambassadeur de la paix reconnu par le bras séculier notamment en tant qu'évêque de la Contre-Réforme. C'est lors d'un de ces déplacements, qu'il meurt à Lyon, le 18 décembre 1622. Il est proclamé saint dès 1665. Sa dépouille funéraire est aujourd'hui conservée dans la basilique de la Visitation à Annecy. En 1877, il est fait Docteur de l'Eglise par le pape Pie IX.

Contre-Réforme

Le terme " Contre-Réforme ", forgé au 18e siècle, indique ordinairement la période où l'Eglise de Rome réagit contre les " hérésies " luthérienne, zwinglienne et calviniste : environs de 1550 à 1650. Le Colloque de Ratisbonne, où le cardinal Contarini s'efforce de réunir les forces réformatrices modérées de la chrétienté, et qui, selon la volonté de Charles Quint, devait recomposer l'unité religieuse de son Empire, échoue en 1541. Le pape prend l'initiative de réunir un concile sans " les hérétiques " : le Concile de Trente (1545-1563) s'attache avant tout à ruiner les fondements dogmatiques de la Réforme. Le concile marque pour l'Eglise romaine la défaite des courants jugés hérétiques ou pernicieux. Ainsi, sur les plans dogmatique et doctrinal, la Contre-Réforme est réalisée. Avant de se dissoudre en janvier 1564, le concile donne des directives d'une immense portée pratique (confirmation de l'existence du purgatoire, de l'intercession des saints et de l'utilité de la prière des vivants pour les morts). Enfin, il confie au pape le soin d'en tirer les conséquences sur le plan ecclésial. Un esprit missionnaire sans précédent anime le clergé régulier, héros d'une Eglise organisée parfaitement dans sa contre-attaque. Les membres des ordres religieux essaiment dans le monde à la suite des grands voyageurs, ils convertissent des populations entières et établissent partout des églises

François d'Assise (1182-1226)

Il est né en 1182, dans la famille Bernardone, à Assise. Son père Pietro, un riche marchand, le prénomme Francesco (François). Pietro Bernardone faisait du commerce avec la France et son épouse, Pica, était d'origine provençale. François connaît une enfance comblée, sans soucis matériels et entourés d'amis. Il s'est tout naturellement préparé à prendre la succession de son père. Mais il rêvait de devenir chevalier. Sa première expérience fut désastreuse : après une guerre contre la ville voisine de Pérouse, il s'est retrouvé pendant un an en prison. Puis il tombe malade.
En 1205, à vingt-trois ans, il vit une révélation dans l'église Saint-Damien. Il entend le Christ lui demander de réparer son église. Comme celle-ci est en effet en train de tomber en ruines, il s'attaque aux travaux de rénovation. Bientôt, il comprend que l'appel concerne l'église d'une manière plus large.
L'année suivante, il rompt avec sa famille et renonce à ses biens. Pendant deux ans, il soigne des lépreux et réparé des chapelles. Et, en 1208 - à vingt-six ans - il découvre, en entendant l'Evangile à la messe, que sa vocation est de le vivre à la lettre.
Très vite, des hommes viennent le rejoindre. Ils vont à Rome demander au pape son accord pour cette forme nouvelle de vie dans l'Eglise. Puis des femmes adoptent le même style de vie : on les appellent " Clarisses ", du nom de la première d'entre elles, Claire, une jeune fille d'Assise. Des laïcs ensuite demandent à mener cette forme de vie évangélique, tout en restant avec leur famille et leur métier. Ce fut le Troisième Ordre, qui complète la Fraternité.
Des frères partent pour les autres pays d'Europe. En 1219, François lui-même va en Egypte pour convertir le sultan. Les deux hommes se quittent dans l'estime mutuelle. Il a alors abandonné la direction de son ordre et s'est retiré pour écrire un projet de vie, une règle pour ses frères. En 1223, il reçoit l'approbation du pape. Il fête Noël à Greccio, où il réalise la première crèche vivante.
Cherchant de plus en plus une relation proche avec le Christ, François se retire dans la montagne de l'Alverne. C'est là, où il reçoit les traces de la Passion de Jésus (stigmates) qui se manifestent visiblement dans son corps. Malade, souffrant des yeux et presque aveugle, il se retire à Saint-Damien, compose le Cantique des Créatures et son Testament. Et le 3 octobre 1226, à 44 ans, il meurt. En 1228, il est canonisé, et le pape fait construire en son honneur une basilique à Assise.

Tribulation

En perspective chrétienne, les tribulations désignent généralement un ensemble de signes censés annoncer l'imminence de la fin des temps. Matthieu décrit ces derniers jours:

Matthieu 24,21
Il y aura alors en effet une grande détresse, telle qu'il n'y en a pas eu depuis le commencement du monde jusqu'à maintenant et qu'il n'y en aura jamais plus.

Apocalypse (Livre de l')

Ce livre est attribué par la tradition à Jean, l'évangéliste, car l'auteur se présente avec le nom de Jean. Le texte a probablement été écrit autour de l'an 95 après JC. Le langage est pétri de symboles, de visions et de citations de l'Ancien Testament. Selon certains commentateurs, il est écrit dans un but de consolation des communautés persécutées, selon d'autres, il met en garde contre un affadissement de la foi des chrétiens qui commencent à s'arranger avec les réalités politiques de leur temps (le culte de l'Empereur en particulier). Les deux interprétations ne s'excluent pas mais mettent des accents différents

Littérature apocalyptique

La littérature apocalyptique est un genre d'écriture qui répond à plusieurs critères. Les plus importants le caractérisent comme un discours sous forme de vision, exhortant les lecteurs à tenir ferme dans une période périlleuse et leur réaffirmant l'horizon d'un jour dernier qui verra la victoire de Dieu sur le monde. Présent dans plusieurs littératures, il l'est également dans la Bible : on en recense notamment dans le livre de Daniel, certains chapitres de livres prophétiques (comme Esaïe ou Ezéchiel), certains chapitres des trois premiers évangiles ainsi que le livre de l'Apocalypse

Canon / canonique

Le mot est d'origine grec et signifie à l'origine " baguette " ou " règle de charpentier " et par extension a pris le sens de " règle " . Finalement ce mot a désigné une liste ou un catalogue de livres, représentant la règle qui délimitait les Ecritures reconnues, et faisant autorité pour la foi juive puis chrétienne. Dans le christianisme, on appelle " canon biblique " la liste des livres qui constituent la Bible.

Moyen-Age

Le Moyen Age occidental est l'époque de l'histoire située entre l'Antiquité et l'Époque moderne, donc grossièrement entre 500 et 1500 après Jésus Christ. Elle s'étend donc sur une période de 1000 ans. Traditionnellement, on fait commencer le Moyen Âge à la déposition du dernier empereur romain d'Occident Romulus Augustule par Odoacre en 476. Cependant, beaucoup d'historiens contemporains font perdurer l'Antiquité au-delà de cette date traditionnelle. La fin du Moyen Âge est généralement située vers 1500 ; plusieurs dates symboliques ont été proposées par les historiens : 1492 qui marque la fin de la Reconquista espagnole et voit Christophe Colomb débarquer en Amérique ou encore 1453, au cours de laquelle Constantinople, l'ancienne Byzance, capitale de l'Empire Romain d'Orient, tombe aux mains des Ottomans, et qui voit la fin de la guerre de cent ans, avec la victoire française sur l'Angleterre. Les limites exactes du Moyen Âge font l'objet de nombre débats entre historiens. A l'intérieur de cette époque médiévale, les historiens français distinguent encore deux périodes : le Haut Moyen-Age et le Bas Moyen-Age. Les datations sont encore une fois largement discutées, on pourrait retenir la plus répandue qui situe le Haut Moyen-Age du 6e au 11e siècle et le Bas Moyen Age du 12e au 16e siècle. Il est à noter ici que la Réforme se situe donc aux marges de la fin du Bas Moyen-Age

Ange

Le mot "ange" vient du grec angelos qui signifie "messager". Les anges sont ceux qui transmettent la parole ou les signes de Dieu. Ils apparaissent dans l'ensemble des livres bibliques. Reprenant un trait courant dans les mythologies orientales (en l'adaptant à la révélation du Dieu unique), l'Ancien Testament représente souvent Dieu comme un souverain (1Rois 22,19). Les membres de sa cour sont aussi ses serviteurs (Job 4,18) : toute une armée céleste (Psaume 148,2) rehausse ainsi sa gloire et reste à sa disposition pour gouverner le monde et exécuter ses ordres (Psaume 103,20). Cette cour établit en quelque sorte un lien entre le ciel et la terre (Genèse 28,12). Le Nouveau Testament recours au même langage qu'il puise à la fois dans l'Ecriture et dans la tradition juive contemporaine. C'est ainsi que le monde angélique occupe une place dans les écrits des évangélistes. Jésus mentionne les anges et bien qu'ils ignorent la date du jugement dernier (Matthieu 24,36), ils sont présentés comme en étant les exécuteurs. Dans les épîtres de l'apôtre Paul, le mot ange/messager s'applique aussi aux croyants.

Puritanisme

Le puritanisme est un mouvement religieux qui naît en Angleterre sous le règne d'Elisabeth Ière (1558-1603). A l'origine, le puritanisme se proposait de " purifier " l'Eglise anglicane de ses résidus catholiques encore persistants dans les rituels, et de placer la conversion personnelle au centre de la vie commune des croyants. Ce projet suscita l'hostilité du politique comme du religieux. L'entreprise puritaine subit les changements politiques de l'Angleterre : d'abord mise en échec par ses divisions internes, enfin par la restauration de la monarchie (1660). Son combat mené de longue date contre l'Eglise épiscopalienne (jugée trop emprunte de catholicisme) fut voué à l'échec en Angleterre mais se développa outre-Atlantique, en exerçant une influence décisive sur la formation morale et politique de la Nouvelle Angleterre, et enfin, sur la constitution républicaine et fédérale des Etats-Unis

Nietzsche, Friedrich (1844-1900)

Fils de pasteur luthérien, philologue classique de formation, Nietzsche se tourne vers la philosophie pour tenter de formuler les problèmes et de définir de nouvelles valeurs dans le cadre d'un questionnement sur la civilisation. C'est de ce point de vue que, durant la majeure partie de sa carrière philosophique, il met en cause et attaque violemment le christianisme, avec une véhémence toujours plus grande. Devenu très tôt athée, il ne s'en prend pourtant pas à la croyance en Dieu selon les canons classiques qui en dénonceraient l'erreur et il ignore toute la problématique des preuves de l'existence de Dieu. Il ne conteste qu'accessoirement les données historiques et ne participe en rien à la querelle du modernisme, enfin, il semble même épargner la personne ou la doctrine de Jésus lui-même. Ce que Nietzsche attaque, c'est d'abord le christianisme comme croyance, comme créance : être chrétien, c'est vouloir croire, c'est donc substituer ses désirs à la réalité. En ce sens, il fait du christianisme une des formes de l'idéalisme et en conclut que le monde irréel du chrétien traduit en fait la faiblesse ou la décadence d'une volonté incapable d'assumer la réalité, préférant " l'éluder par un mensonge ". Ce développement se retrouve de manière éclatante dans son ouvrage philosophique : L'Antéchrist, 1888

Matthys, Jan ( ? -1534)

Ce boulanger de Haarlem fut rebaptisé en 1532, se déclara le nouvel Enoch et s'imposa comme chef des anabaptistes millénaristes aux Pays-Bas où il envoya douze apôtres dans les provinces. Parmi ces apôtres, deux se rendirent à Münster en janvier 1534 et vu le succès de leur prédication, Jan Matthys décida d'y établir la Nouvelle Jérusalem. Il y arriva le 24 février pour y assumer son rôle de prophète. La ville fut purifiée : les opposants furent chassés et les tièdes obligés à se faire rebaptiser, tandis que les anabaptistes affluaient de partout. L'évêque de Münster ayant ordonné le siège de sa ville, Jan Matthys fit une sortie " hors les murs " un dimanche de Pâques, le 4 avril 1534, au cours de laquelle il fut tué.

Jean de Leyde, Jan Beuckelzoon, dit (vers 1510-1536)

Il est né à Leyde. Il devient tailleur et membre d'une Chambre de rhétorique. Il est rebaptisé par Jan Matthys en 1533, devient prédicateur et se rend l'année suivante à Münster. Après la mort de Matthys, il devient le chef puis le roi messianique de la Nouvelle Jérusalem où il introduit la polygamie. Son règne de terreur prend fin lors de la prise de la ville, le 24 juin 1535, par les troupes de l'évêque Franz Waldeck. Fait prisonnier, il tente de sauver sa vie en abjurant. Le 22 janvier 1536, il est tenaillé au fer rouge, puis poignardé, sans proférer une plainte. Son cadavre est suspendu dans une cage de fer hissée dans la tour de l'église Saint Lambert.

Amish

Le mouvement amish est issu de l'anabaptisme européen, mais s'est développée surtout dans l'Est des Etats-Unis. Il doit son nom à un mennonite d'origine bernoise du 17e siècle, Jacob Ammann (1644 ?-1730 ?), actif en Suisse et en Alsace. Ce théologien s'était attaché à radicaliser la discipline ecclésiologique et les règles de vie religieuse. Le mouvement amish se distingue comme une branche conservatrice du mennonisme, car il applique à la lettre les règles d'Ammann (refus du service armé et de toute fonction publique, costume austère et port de la barbe, maintien du dialecte bernois, refus de toute innovation technique moderne comme l'électricité ou l'automobile). Au milieu du 19e siècle, plusieurs centaines d'amish suisses et alsaciens émigrent aux Etats-Unis, où le mouvement s'organise en communautés rurales relativement autarciques, maintenant toutes leurs spécificités (langue, vêtement, architecture, etc.)

Géhenne

La géhenne désigne un ravin de Jérusalem où se firent en l'honneur de Moloch des holocaustes d'enfants (2Chroniques 28,3 ; 33,6), profané par Josias (2Rois 23,10), il fut peut-être transformé en décharge publique ; Il devient en tous cas un symbole de malédiction (Jérémie 7,31 ; 19,6) et même de malédiction éternelle dans la littérature apocalyptique. C'est en ce dernier sens que l'emploie le Nouveau Testament et plus particulièrement encore l'évangile selon Matthieu.

Menno Simmons (1494-1561)

Théologien d'origine hollandaise, il est l'une des figures emblématiques de l'anabaptisme au 16e siècle. Curé catholique, il quitte l'Eglise romaine et se fait rebaptiser. C'est le début d'une vie d'itinérance au cours de laquelle il prêche et baptise. A partir de 1535 et la fin dramatique du " Royaume de Münster ", il s'efforce de réunifier les groupes anabaptistes et de leur donner un caractère pacifique. Il a donné son nom à l'une de leurs expressions : les Mennonites. Ils se caractérisent par la pratique du baptême des adultes, le refus de porter les armes et de prêter serment. Aujourd'hui des Eglises mennonites existent dans tous les continents. Ils comptaient environ 857 000 membres en 1990. Les Amishs, rendus célèbres par le film de Peter Weir Witness (1984), en sont issus.

Müntzer, Thomas (1490 ?-1525)

C'est un prêtre de l'ordre des Augustins. Il étudie la mystique médiévale et reçoit également une formation humaniste. En 1519, il rencontre Luther et adhère aux idées de la Réforme. Mais il va s'en séparer à la fois sur le plan théologique et le plan politique. Prédicateur à Zwickau (1520) et Allstedt (1523), il sera chassé de chacune de ces villes. En 1524, il rédige son Sermon aux princes où il présente son programme de réforme, très marqué par le millénarisme. Il devient le chef anabaptiste de la Guerre des Paysans, prêchant une sorte de communisme évangélique. Engels verra en lui un des premiers révolutionnaires. Capturé lors de la bataille de Frankenhausen (1525), il sera torturé puis exécuté

Christianisme social

A la fin du 19e siècle, naît parmi les protestants ce nouveau mouvement théologique qu'est le Christianisme social. La révolution industrielle provoque de telles misères dans les quartiers ouvriers des villes que des pasteurs sont émus et amorcent une réflexion théologique sur la question sociale. À partir de 1878, le pasteur Tommy Fallot, issu d'une famille d'industriels et pasteur de la chapelle du Nord de Paris (ancienne Chapelle Taitbout), plaide pour un socialisme chrétien. Pour lui, il ne s'agit plus seulement d'assistance, de charité ou de morale mais de justice sociale. En 1896 est créée la Revue du Christianisme social. Le relais de Tommy Fallot est pris par les pasteurs Elie Gounelle à Roubaix et Wilfred Monod à Rouen. Ils oeuvrent dans des paroisses ouvrières et créent des associations appelées " solidarités ", sortes de maisons chrétiennes du peuple, où se côtoient protestants, catholiques et agnostiques. Si le socialisme n'accueille pas ce mouvement à cause de sa dimension chrétienne, l'Église protestante du début du 20e siècle est fortement marquée par la dimension sociale chrétienne.

Frères moraves

À la suite de l'excommunication (1412) et de la condamnation au bûcher (1415) de Jean Huss (un précurseur tchèque de la Réforme) par l'Eglise catholique, un mouvement prend naissance : il revendique la liberté de prêcher et s'oppose à la richesse du clergé catholique. Lors de la Réforme, ce mouvement (l'Union des Frères) se rallie au protestantisme. Le comte von Zinzendorf (1700-1760) accueille cette Eglise, persécutée en Moravie (d'où les Frères moraves). Elle s'installe en Saxe en 1722. Plus tard, des congrégations de cette Eglise s'installent aux États-Unis. Cette Eglise développe sa propre doctrine, voulant retrouver la fraternité des premiers chrétiens. Elle élit son clergé et rejette la hiérarchie, traduit la Bible en langue vulgaire. L'éducation et la tolérance religieuse marquent leur enseignement. Des écoles secondaires et supérieures (de bon niveau) sont ainsi créées dans toute l'Europe (notamment à Neuwied, en Allemagne)

Mésopotamie

Pays qui s'étend entre le Tigre et l'Euphrate, foyer d'une des premières civilisations, avec les fameuses cités de Babylone, Our et Ninive. Harân et l'Aram-des-deux-fleuves, où s'étaient installés certains membres de la famille d'Abraham, se trouvaient aussi en Mésopotamie. Elle se situe actuellement sur le territoire est de la Syrie et ouest de l'Irak

Ministère de Jésus

Etymologiquement, le mot " ministre " signifie " serviteur " et " ministère " " service " (avec, au départ, une notion d'infériorité : la même racine a donné " moins " ou " mineur " !). Le ministère de Jésus désigne la courte période de sa vie (on l'estime environs à 3 ans) où il a " servi " publiquement Dieu, c'est-à-dire la période où il a prêché publiquement, accompli des miracles, enseigné, etc. Son ministère public prend fin au moment de son arrestation, puisqu'à partir de ce moment-là, il n'a plus la possibilité de parler et d'agir

Païen

La TOB a choisi de traduire le mot grec qui signifie « nation » (ethne, racine que l’on retrouve dans « ethnique ») par « païens ». Certaines traductions parlent de « gentils » du latin gens signifiant « nation ». Dans les lettres de Paul, ces mots « gentils » ou « païens » désignent tous les non juifs. Il ne faut donc pas prendre le terme « païens » dans le sens, souvent péjoratif, de non chrétien ou idolâtre.

Pentateuque

Le Pentateuque (le mot signifie les cinq rouleaux) comprend les cinq premiers livres de l'Ancien Testament, soit Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome. Dans la tradition juive, ces cinq livres sont désignés comme " la Loi ". Ce sont en effet des livres qui contiennent beaucoup de règles et de commandements. Cependant, le mot " loi " traduit le mot hébreu torah formé sur le verbe " enseigner ". La loi enseigne comment vivre en obéissant à ce que Dieu veut. Dans les cinq premiers livres de la Bible, les récits et les lois sont liés. Les récits enseignent eux aussi ce qu'est la vie en relation avec Dieu et avec les autres.
Genèse 1-11 qui parle des commencements du monde et de l'humanité peut être considéré comme la préface du Pentateuque. Du chapitre 12 de la Genèse jusqu'à la fin du Deutéronome , un grand récit se développe. Après avoir choisi Abraham, Dieu va choisir un peuple et faire alliance avec lui. Le livre de la Genèse situe cette alliance dans le cadre plus large des relations entre Dieu et tous les peuples (chapitres 12-50).

Sadducéen

Parti religieux contemporain de l'époque du Nouveau Testament et dont les membres se recrutent principalement parmi les prêtres. Seuls les cinq premiers livres de la Bible (Pentateuque) font autorité pour eux. Contrairement aux pharisiens, ils rejettent la tradition orale, la résurrection des morts et l'existence des anges. Ils acceptent la domination romaine et ont une politique conservatrice.

Théologien

Le mot désigne toute personne pratiquant la théologie

Transcendance

Mot philosophique qui désigne des concepts si universels qu'ils dépassent toutes les catégories. Par exemple : Vrai, Etre, Un, etc. Lorsqu'on parle de " la transcendance de Dieu ", on désigne ce qui relève de l'idée de Dieu : Dieu tel qu'il dépasse toute chose, tout temps et tout lieu

Apôtre

Du grec apostolos, " envoyé de Dieu ". Nom donné à chacun des 12 disciples que Jésus charge particulièrement de prêcher son Evangile. Paul prend aussi rang et prérogatives d'apôtre

Crainte de Dieu

Dans la Bible, la " crainte de Dieu " est l'attitude de l'homme qui fait l'expérience de la présence de Dieu : il se sent dépassé et éprouve une certaine peur. C'est une manière d'exprimer le sens du sacré, de la transcendance de Dieu. C'est donc autre chose que la peur devant un danger, devant la souffrance ou la mort. Cette notion a pourtant évolué au fil du temps, on peut distinguer trois étapes :

  • Dans l'expérience religieuse, le sacré est à la fois terrifiant et fascinant, d'où les deux genres d'expérience qui désigne au départ la " crainte de Dieu ". Soit la crainte " servile ", celle de l'esclave qui a peur de son maître dont il redoute la colère et le châtiment ; soit la crainte " émerveillement " devant la présence et l'action de Dieu reconnues dans un événement extraordinaire qui stupéfie l'homme et lui fait sentir sa petitesse (comme en Exode 14,31). Dans les textes bibliques anciens, les Israélites connaissent aussi la criante " servile " : Moïse devant le buisson ardent par exemple (Exode 3,6).
  • Mais au fil des siècles, grâce aux prophètes et aux sages, la " crainte de Dieu " va devenir une expérience positive, synonyme de religion, de foi : craindre Dieu signifie alors l'adorer et lui obéir (Psaume 112,1). L'expression " craignant-Dieu " prend d'ailleurs un sens précis aux abords de l'ère chrétienne : elle désigne un païen converti, devenu " adorateur " du Dieu d'Israël, mais non circoncis (comme dans Actes 10,2,22).
  • On retrouve les mêmes expressions dans le Nouveau Testament. Lorsque Jésus ressuscité apparaît aux disciples, ils sont " saisis de frayeur et de crainte " (Luc 24,37). Mais la crainte " servile " n'a pas sa place dans une vie de foi (1Jean 4,18). En effet, être chrétien implique la liberté de répondre à l'appel de Dieu non comme un esclave mais comme un fils (Romains 8,15). La crainte de Dieu est le sentiment légitime que tout chrétien peut ressentir devant la distance qui le sépare de Dieu : elle devient alors synonyme d'attachement et de respect.

Marc (évangile selon)

L' évangile selon Marc se présente comme le récit d'une " bonne nouvelle " (1/1) concernant Jésus de Nazareth. A travers ses actes et ses paroles, Marc reconnaît la manifestation du " Christ ", l'envoyé de Dieu promis par les prophètes dans les Ecritures (Esaïe 11,1-3). Il ne s'agit ici que de donner quelques points de repères non exhaustifs sur cet évangile :

  • Le contenu - Il existe quantité d'interprétations, cependant, on peut dégager quelques éléments qui font de cet évangile une " bonne nouvelle " pour les hommes. Par exemple : Jésus révèle la miséricorde inconditionnelle de Dieu (2,17), il instaure un nouveau rapport à la Loi (ce n'est plus la Loi qui est au centre de la relation à Dieu mais la foi et la confiance de l'individu), Jésus annonce la venue du Règne de Dieu dans la rencontre véritable entre Dieu et l'individu (4,10-13).
  • L'auteur - L'évangile dit " selon Marc " est pourtant un écrit anonyme (il ne contient aucune indication sur son auteur). Des manuscrits anciens à partir desquels est reconstitué le texte de cet évangile l'attribuent à un dénommé Marc. L'Eglise lui attribue ce nom au 2e siècle (nom déjà connu du Nouveau Testament : Actes 12,12 ; Colossiens 4,10).
  • La date de rédaction - Il est généralement admis que cet évangile a été écrit entre 64 (date de la 1ère persécution des chrétiens) et 70 (date de la destruction du temple de Jérusalem). Cette période connaît la disparition progressive des témoins oculaires de Jésus : se pose donc la question de la conservation de la tradition jusqu'alors orale, qu'il convient maintenant de fixer par écrit.
  • Histoire de l'interprétation - Pendant très longtemps, l'évangile très court de Marc a peu retenu l'attention. Pratiquement tout son contenu se retrouve déjà chez Matthieu et Luc (sur 661 versets, Marc en possède en propre moins d'une trentaine !). Cet évangile connaît un regain d'intérêt avec l'arrivée de l'histoire de la rédaction des évangiles (19e siècle) car il est attesté comme le plus ancien des quatre.

Alliance

L'alliance est un motif central dans l’Ancien Testament. Dieu est présenté comme un Dieu de l'alliance. Deux compréhensions de cette alliance se trouvent dans les textes.
La première est celle d’un contrat passé entre Dieu et le peuple. Cette conception est celle des traités entre les états du Proche Orient Ancien et renvoie à l'idée générale d'une relation entre partenaires le plus souvent inégaux unis par un contrat. L’alliance fixe un certain nombre d'obligations, d'engagements réciproques qui lient les partenaires. On parle alors d’alliance conditionnelle. L'Ancien Testament souligne la fidélité de Dieu face à l'infidélité toujours répétée du peuple.
La seconde compréhension est celle de l’alliance inconditionnelle. L’alliance est alors un don gratuit offert à l'être humain. Après la mort et la résurrection de Jésus-Christ, les chrétiens ont parlé de "seconde alliance" ou de "nouvelle alliance" : ils ont vu en Jésus-Christ le signe de cette alliance que Dieu offre à tout homme.