Module Mon corps et moi*



Tout le corps



Psaume 63: Chant de David

Chant de David, pendant son séjour dans le désert de Juda.

Dieu, toi mon Dieu, je te cherche,
J'ai soif de toi, ma chair languit de toi
Dans une terre sèche et épuisée, sans eau.

Ainsi, dans ta sainteté, je te contemple pour voir ta puissance et ta gloire.
Parce que meilleure que la vie est ta grâce.
Mes lèvres te célébreront,
Ainsi je te bénirai dans ma vie. En ton nom j'élèverai mes paumes.

Comme avec graisse et moelle, je serai rassasié, et les lèvres pleines de cris de joie, ma bouche chantera des louanges.
Quand je me souviens de toi sur ma couche, pendant les veilles de la nuit, je murmure en toi.
Car tu es secours pour moi et à l'ombre de tes ailes, je crie de joie.

Je suis attaché à toi, ta droite me soutient.

Et ceux qui pour rien me cherchent iront dans les profondeurs de la terre.
Ils seront livrés à la main de l'épée. La proie des loups, ils seront.
Et le roi se réjouira en Dieu, et celui qui jure en son nom s'en glorifiera parce que la bouche des diseurs de mensonges sera fermée.

Traduction Service THEOVIE


  • Connaissiez-vous ce psaume ? Quelles expressions vous surprennent ?
  • Quelle image du corps propose ce texte ?

Cliquez sur les termes soulignés : les notices s’affichent en dessous de ce texte

Psaume 63: Chant de David

Chant de David, pendant son séjour dans le désert de Juda.

Dieu, toi mon Dieu, je te cherche,
J'ai soif de toi, ma chair languit de toi
Dans une terre sèche et épuisée, sans eau.

Ainsi, dans ta sainteté, je te contemple pour voir ta puissance et ta gloire.
Parce que meilleure que la vie est ta grâce.
Mes lèvres te célébreront,
Ainsi je te bénirai dans ma vie. En ton nom j'élèverai mes paumes.

Comme avec graisse et moelle, je serai rassasié, et les lèvres pleines de cris de joie, ma bouche chantera des louanges.
Quand je me souviens de toi sur ma couche, pendant les veilles de la nuit, je murmure en toi.
Car tu es secours pour moi et à l'ombre de tes ailes, je crie de joie.

Je suis attaché à toi, ta droite me soutient.

Et ceux qui pour rien me cherchent iront dans les profondeurs de la terre.
Ils seront livrés à la main de l'épée. La proie des loups, ils seront.
Et le roi se réjouira en Dieu, et celui qui jure en son nom s'en glorifiera parce que la bouche des diseurs de mensonges sera fermée.

Traduction Service THEOVIE


Après étude du texte, nous vous proposons une série de questions qui vous permettront d'actualiser le texte, et de faire de ce récit le vôtre
(nb : les visuels associés aux questions sont uniquement présents pour vous inspirer, mais ne constituent pas un élément de réponse)

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  • 20080618143458


    Quelle(s) expression(s) peut prendre le corps dans la spiritualité chrétienne ?

  • 20080618143544


    Pourquoi, selon vous, l'incarnation est-elle une notion aussi importante pour les chrétiens ? Et pour vous ?

  • 20080618143637


    "Le corps humain n'est ni sacré, ni honteux". Comment réagissez-vous à cette affirmation ?



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Soyez acteur de votre lecture


  • Relevez toutes les parties du corps qui sont mentionnées. Que constatez-vous ?
  • Quelles fonctions sont associées aux différentes parties du corps ?
  • Le texte s'adresse à un " tu ". Quelles caractéristiques peut-on retenir de ce partenaire invisible ?
  • Essayez de réécrire ce psaume avec des expressions d'aujourd'hui

Un peu de culture...

" Incarnation "

L'artiste lui-même commente son œuvre ainsi :
" Le concept de cette peinture est le processus de création à travers l'incarnation. Tout en bas, la couleur noire peut représenter l'obscurité avant que le monde ne connaisse la lumière, précédent la création. La croix signifie la source de toute vie (la couleur rouge représentant l'amour du cœur). La colonne qui commence dans l'orange et va dans le blanc représente la pureté. La figure marron symbolise l'Esprit Saint. Le cercle est le cercle de la lune, avec le rouge, figure phallique, indique la source de laquelle procède le spermatozoïde dans le processus de procréation. En somme, toute l'humanité a été créée comme arrière-pensée considérable de l'expression de l'univers. " Edward Longo (1943...)

20080618140857


Avec des cris de joie

Cantique d'après le psaume 63, du groupe Mission Timothée

Avec des cris de joie ma bouche chantera,
J'élèverai mes mains et Te célébrerai.

1. Ô Dieu, Tu es mon Dieu, mon âme Te recherche
Et soupire après Toi sur la terre desséchée.

2. Lorsque je pense à Toi, esseulé sur ma couche,
Je médite sur Toi les veilles de la nuit.

3. Je connais le bonheur à l'ombre de Tes ailes
Car Tu es mon secours, Ta droite me soutient.

4. J'aime Te contempler quand dans Ton sanctuaire
Ta gloire resplendit, Ta puissance se révèle.


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Son séjour dans le désert - [Clés de lecture]

20080618133626

Le premier verset de ce chant cherche à situer d'emblée le psaume dans son contexte : David est en fuite devant Saül qui le persécute pour empêcher David de devenir roi sur Israël (ce qui explique les derniers versets qui reprennent le thème de la royauté). Par ailleurs, le désert est un lieu ambigu pour l'être humain. Le mot hébreu (midbar) que l'on traduit par " désert " comporte dans sa racine le mot que l'on traduit par " parole " (dbar). Le désert comme un lieu où résonne la parole. Mais il n'est pas toujours facile de savoir laquelle : parole de Dieu ou parole des faux dieux ? Le désert est aussi un lieu inhospitalier où l'homme ne peut pas s'établir dans la durée. Le désert évoque l'aridité, la faim et la soif, l'hostilité de la nature face à l'homme. L'homme y expérimente ses limites de manière très concrète. Tout ce qui est important pour la vie humaine y fait défaut. Mais ce manque peut aussi -et le psaume le développe ainsi- faire naître le besoin, voire le désir.

J'ai soif de toi - [Clés de lecture]

20080618133656

Le motif de la soif n'étonne pas dans le contexte où se place le psaume : le désert, l'absence d'eau. Toutefois, ici, la soif n'est pas seulement une soif d'eau, mais bien une soif de présence, la soif d'un vis-à-vis. Le " tu " dont le psalmiste a soif est celui de Dieu, qu'il cherche dès le matin, mot-à-mot " de bonne heure ".
Le désir de Dieu et de sa présence se dit d'emblée dans un langage enraciné dans le concret, le corporel. Aussi vitale qu'est l'eau à la vie est la présence de Dieu pour le psalmiste.

Ma chair - [Clés de lecture]

20080618133722

Le mot " chair " nécessite quelques explications. L'Ancien Testament ne connaît pas de mot spécifique pour dire le " corps ". Les auteurs utilisent alors le mot " chair ". Le mot hébreu basar peut se traduire en effet par " l'individu tout entier " ou encore par " corps vivant ". Ici, la chair languit après Dieu. Le lecteur comprend que la chair par conséquent ne peut se réduire à la matérialité de l'être humain. La notion de " chair " dans la Bible ne désigne donc ni exclusivement le physique, ni évoque-t-elle la sexualité. La " chair " est créée par Dieu à partir de la poussière. C'est pourquoi, elle est considérée comme vulnérable et fragile. Elle ne peut durer sans que Dieu intervienne continuellement pour la vivifier de son souffle.
C'est pourquoi on n'utilise jamais la notion de " chair " pour parler de Dieu. Le langage biblique lui prête toutefois des aspects corporels (" Dieu étend sa main ", " Dieu regarde du haut des cieux ",...). On parle alors de langage " anthropomorphique " (du grec : anthropos= l'homme et morphè= la forme), c'est-à-dire évoquant les apparences ou les attitudes d'un être humain.

Meilleure que la vie est ta grâce - [Clés de lecture]

20080618133750

Les psaumes célèbrent la vie. La vie de tout être vivant a une grande valeur. Toutefois, on ne rend pas un culte à la vie. Elle n'est pas sacrée en soi. Le psalmiste le constate dans un contexte qui pourrait réduire son désir au seul désir de survivre, de n'importe quelle manière. Il s'écrie en effet : " Meilleure que la vie est ta grâce ! ". C'est une manière de dire " la vie sans ta grâce ne vaut rien ". Pour le psalmiste, sans la présence de Dieu, la vie reste une " terre aride et sans eau ".
Le texte avance sur une lame de rasoir entre deux extrêmes à éviter : ne pas déprécier la vie physique et en même temps ne pas sacraliser pour autant cette vie. Le corps a une grande importance (le corps a été créé par Dieu), mais il n'est pas sacré.

Mes lèvres - [Clés de lecture]

20080618133915

Au moment où le psalmiste déclare que la vie n'est pas un but en soi, le corps devient à nouveau central. Au début du chant, il a servi à exprimer désir et soif de Dieu, maintenant, il trouve sa fonction dans la célébration. Remarquons qu'à la bouche revient une place de choix dans les deux cas. Elle est au centre de la célébration. De la bouche sort la parole, la prière, les cris de louange et ceux de la plainte. C'est par la parole que Dieu lui-même crée dans le récit de la Genèse. La parole de Dieu est intimement liée à l'acte qu'elle désigne. Au moment où Dieu parle, la chose existe : " Que la lumière soit et la lumière fut. " ! Ainsi, la parole de Dieu a une " consistance " différente de celle de l'être humain. Cette dernière ne porte pas toujours à conséquence. Elle n'est pas toujours " incarnée ". C'est cette attitude de l'être humain que les prophètes dénoncent comme mensongère : une parole qui dit mais qui ne fait pas ce qu'elle dit

J'élèverai mes paumes en ton nom - [Clés de lecture]

20080618133852

La prière du psaume s'exprime dans une attitude corporelle, dans la position du corps dans l'espace. Ici, le psalmiste parle de ses mains -plus exactement de ses paumes- levées. La paume levée, la main ouverte est le geste de la louange et de l'intercession, mais aussi celui du serment (ainsi Genèse 14,22). Dans l'Ancien Testament, les mains levées font souvent référence à la présentation des sacrifices d'animaux offerts à Dieu au temple de Jérusalem,. Ainsi, le psaume 141,2 dit : " Que ma prière soit l'encens placé devant toi, et mes mains levées l'offrande du soir. " La compréhension du geste de l'offrande à Dieu devient symbolique avec l'expérience de l'exil à Babylone (597-538 avant JC).
Cette attitude de prière apparaît aussi sur les fresques des catacombes (p.ex. dans la catacombe Priscilla à Rome qui date de la deuxième moitié du 3e siècle) ou sur des sarcophages.
L'expression " en ton nom " signifie " vers toi " ou encore " pour célébrer ton nom ". Au moment même où l'être humain reconnaît sa position de créature de Dieu, son geste n'est pas signe d'abaissement servile. Au contraire, être créature de Dieu est pour le croyant un sujet d'honneur et de fierté.

20080618133956

Avec graisse et moelle - [Clés de lecture]

20080618140417

La graisse et la moelle (parfois traduit par " huile ") évoquent tout d'abord l'offrande faite à Dieu (en Genèse 4/4 par exemple, Abel apporte des bêtes et leur graisse en offrande). Toujours dans l'Ancien Testament, dans le livre du Lévitique 3/16, on précise même que " toute graisse revient au Seigneur " et un peu plus loin, il est dit :

Lévitique 7,23
" Parle aux fils d'Israël: Tout ce qui est graisse, de boeuf, de mouton ou de chèvre, vous n'en mangerez pas ".

En effet, lors de l'offrande, la graisse est brûlée sur l'autel (Exode 29,13).
Mais d'autres textes citent la graisse d'animaux comme un indice de surabondance et de prospérité confirmant la sollicitude de Dieu à l'égard de son peuple. Ainsi:
Deutéronome 32,12-14a
Le Seigneur est seul à conduire son peuple, sans aucun dieu étranger auprès de lui. Il lui fait enfourcher les hauteurs du pays pour qu'il se nourrisse des produits des champs : il lui fait sucer le miel dans le creux des pierres, il lui donne l'huile mûrie sur le granit des rochers, le beurre des vaches et le lait des brebis, avec la graisse des agneaux, des béliers de Bashân et des boucs, ainsi que la fleur du froment ; le sang du raisin, tu le bois fermenté.

Le psalmiste évoque ici de cette même manière la surabondance de nourriture. Le rassasiement du corps est pour lui directement lié à la présence de Dieu. Ou pour le dire autrement : la présence de Dieu a des répercutions directes sur son corps et sa vie toute entière.

Ma bouche - [Clés de lecture]

20080618140446

La bouche a une place centrale dans ce psaume. La phrase allie d'une manière étonnante nourriture et chants de louange. On pourrait presque dire que la louange se chante ici la bouche encore pleine ! Une illustration intéressante du lien étroit entre le pain quotidien et la prière quotidienne, du lien indissociable entre spirituel et matériel. L'un et l'autre sont indispensables à la vie du psalmiste

A l'ombre de tes ailes - [Clés de lecture]

20080618140512

Dieu a-t-il des ailes !? Le langage biblique utilise des anthropomorphismes, c'est-à-dire un langage figuré qui associe à Dieu des attributs, des sentiments et réactions humaines (et parfois animales). Ainsi, on parle de ses yeux, de ses oreilles, de son sommeil, d'une promenade dans le jardin... Ou encore de Dieu qui se repent, qui se met en colère,... A d'autres moments, les textes rappellent pourtant qu'il est interdit de se forger une image de Dieu. Le nom même de Dieu doit rester imprononçable. Comment comprendre que ces deux réalités se côtoient au sein des Ecritures ? On peut dire que c'est une manière de signifier que Dieu est à la fois le Tout Autre, le Créateur de l'univers, et en même temps, il est aussi celui qui se penche avec sollicitude vers sa créature. C'est par ailleurs la multiplicité des images utilisées qui empêche qu'une seule s'impose et devienne pas la même occasion une idole, c'est-à-dire une image figée

Ta droite me soutient - [Clés de lecture]

20080618140544

Le mot hébreu utilisé signifie plus généralement " le côté droit ". Selon le contexte, on peut traduire " la main droite ". Dans les textes bibliques, droite et gauche ont souvent une portée symbolique. Par exemple, la bénédiction que Jacob donne à ses petits-enfants dans le livre de la Genèse (chapitre 48,13-19) se révèle moindre quand elle donnée par " la gauche " (pour Manassé) que quand elle est donnée par " la droite " (pour Ephraïm). On place à la droite quelqu'un d'important. C'est encore la place du défenseur (" Je garde sans cesse le Seigneur devant moi, comme il est à ma droite, je suis inébranlable ", Psaume 16/8). La droite de Dieu est d'une manière plus générale signe de soutien et d'appui (" Tu me donnes ton bouclier vainqueur, ta droite me soutient, ta sollicitude me grandit. " Psaume 18,36).
Le verset ici débute en décrivant le croyant comme " attaché " à Dieu. L'image est parlante : le psalmiste se trouve en effet attaché à et soutenu par Dieu. Cette expérience le rassure et le fortifie. La suite du psaume évoque en effet les ennemis qui ne pourront plus lui faire du mal, Dieu lui-même s'étant engagé à ses côtés.
Le langage " au ras du corps " utilisé par le psalmiste pour décrire sa propre situation l'amène à décrire Dieu dans les mêmes termes.

La bouche des diseurs de mensonges - [Clés de lecture]

Une dernière fois, il est question de la bouche. Mais cette fois-ci, il s'agit de celle des adversaires du psalmiste. Ils ne parlent plus ni contre lui ni contre Dieu

L'hébreu, c'est du concret ! - [Contexte]

L'hébreu, la langue dans laquelle est écrite l'Ancien Testament, est un langage qui ne connaît pas l'abstraction. Les notions abstraites se disent à travers des expressions concrètes. Ainsi, pour dire que Dieu est en colère, on dira que " ses narines fument ". Très attaché à une traduction littérale, Jacques Saurin cite dans son livre Sermons sur divers textes de l'Ecriture Sainte de 1748 le Psaume 74 ainsi : " Oh Dieu, pourquoi nous as-tu rejetez à jamais ? Et pourquoi fume ta narine contre le troupeau de ta pâture ? "
La peur se dit en hébreu avec le mot halhalla. Ce substantif est construit sur la racine du verbe " trembler, se tordre ". Au lieu de dire " cette personne a peur ", on dira en hébreu " cette personne est saisie de tremblement ".
Pour dire " le destin ", on utilise le mot dérèk qui veut dire littéralement " chemin, là où l'on marche ". Un des mots qui désigne " l'espérance " se dit en hébreu tikva dont la première signification est " une corde dont les fils sont solidement assemblés "...

Qu'en est-il de l'incarnation ? - [Contexte]

20080618140631

Si les textes de l'Ancien Testament utilisent parfois des anthropomorphismes pour parler de Dieu, le Nouveau Testament ira beaucoup plus loin. Il affirme en effet que non seulement l'action et le ressenti de Dieu peuvent se dire en utilisant des anthropomorphismes, mais que Dieu lui-même choisit de prendre un corps humain dans la personne de Jésus de Nazareth. Les théologiens parleront d'" incarnation ", une notion qui provoquera beaucoup de discussions dans l'histoire de la théologie, notamment sur la nature exacte de Jésus-Christ.
L'incarnation, notion centrale pour le christianisme, a aussi des conséquences très concrètes pour les croyants : si Dieu ne refuse pas de vivre dans un corps humain et a pu pleinement assumer et vivre la condition humaine (le fait d'être un homme, de chair et de sang, soumis à des nécessités, à des besoins et dont la mort est une réalité), alors le corps n'est pas une chose secondaire à mépriser et dont il faudrait absolument se débarrasser. Contrairement à l'idée de " réincarnation " où le but est justement de fuir son enveloppe charnelle pour accéder à une vie spirituelle parfaite, et contrairement à l'idée que le corps est objet de culte et de valorisation de soi, l'incarnation de Dieu se positionne comme une prise au sérieux de la condition humaine et comme l'affirmation que Dieu n'est pas absent de cette même condition.

Célébrer Dieu avec tout son corps - [Espace temps]

20080618140702

L'expression plus ou moins spontanée du corps fait indissociablement partie d'une célébration. Toutefois, la place que l'on donne au corps varie beaucoup selon les époques et les sociétés. Ces différences sont aussi liées à des convictions théologiques particulières. Ainsi, et pour rester dans le cadre de la célébration chrétienne, le culte protestant réformé en cherchant à éviter tout ce qui peut ressembler à " se donner en spectacle ", le corps du croyant est présent par le chant et par l'alternance entre la station debout (pour le chant) et assise (pour la prière et l'écoute de la prédication). S'ajoutent certains gestes du pasteur (ou celui qui préside la célébration) : les mains levées et écartées en signe de bénédiction, élévation du pain et de la coupe de vin lors de la Cène. Dans une célébration catholique (et parfois luthérienne), on rencontre le geste de l'agenouillement des fidèles à certains moments de la liturgie. Dans les Eglises orthodoxes, les fidèles s'avancent pour embrasser l'icône. Dans les célébrations des Eglises évangéliques, on prie et chante parfois les mains levées. Dans des Eglises malgaches ou africaines, le geste de l'offrande que l'on dépose ressemble parfois à une véritable danse.
Mais en l'absence de traditions qui seraient acceptées par tout le monde et cadreraient cette place du corps, les débats sont souvent vifs pour savoir comment trouver une place juste du corps dans la célébration. Ces débats peuvent facilement diviser une communauté, car ils touchent à la " chair " dans tous les sens du terme. Les sensibilités sont souvent à vif et il faut en tenir compte pour ne pas bousculer et scandaliser. Toutefois, la notion centrale de l'incarnation et la conséquence qui en résulte pour le croyant (le croyant n'est pas qu'un " esprit ") devrait toujours à nouveau mettre en débat la place du corps dans la célébration chrétienne.

A qui appartient mon corps ? - [Espace temps]

20080618150329

Dans les sociétés traditionnelles, les marques sur le corps ne sont jamais une fin en soi. Elles ont des valeurs identitaires et disent au cœur même de la chair l'appartenance du sujet au groupe, à un système social, le franchissement d'un seuil dans l'évolution personnelle, le passage à l'âge d'homme, l'accession à un autre statut social, l'entrée dans un groupe particulier, etc. Elles accompagnent des cérémonies collectives ou des rites d'initiation. Elles s'inscrivent dans le processus de transmission et d'intégration dans le cosmos, dans une société donnée et un clan particulier.
Par contre, les marques sur le corps (tatouage, piercing, implants sous-cutanés, etc.) occidentales contemporaines prennent une signification exactement inverse en constituant l'expression strictement personnelle, n'ayant généralement de signification que pour soi, à travers l'invention d'un signe propre. On exprime ainsi un contrôle sur le corps qui apparaît comme un objet à portée de main sur lequel la souveraineté personnelle est presque sans entraves.
Quand, dans la société grecque antique, le stigmate symbolisait l'alliance voire l'aliénation à l'autre, la marque corporelle est aujourd'hui strictement individualisante. Le corps ainsi marqué n'a plus fonction de relier à la communauté et au cosmos, mais d'affirmer une irréductible individualité. Les marques corporelles, que ce soit le tatouage ou l'incision, relèvent d'ailleurs de l'initiative propre de l'individu et non pas d'une exigence de la société auquel il appartient.

20080618140801

Quelques exemples pour l'emploi de la notion de " chair " dans d'autres textes bibliques de l'Ancien Testament - [Textes bibliques]

L'expression " chair " est utilisée dans l'Ancien Testament avec des accents variés :
Elle désigne l'être vivant.
Elle désigne l'individu.
Elle évoque la vulnérabilité de l'être humain.
On trouve les expressions " la chair et le sang " et " l'os et la chair ".
La " chair " peut encore signifier la parenté ou l'union entre l'homme et la femme:

Lévitique 18,6
Nul d'entre vous ne s'approchera de quelqu'un de sa parenté, pour en découvrir la nudité. C'est moi, le SEIGNEUR..

Genèse 2,24
Aussi l'homme laisse-t-il son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et ils deviennent une seule chair.

L'expression " toute chair " peut désigner l'humanité

Joël 3,1
Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair ; vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens auront des songes, et vos jeunes gens des visions(version de la Colombe).

ou toute la création animale

Genèse 6,19
De tout être vivant, de toute chair, tu (NoéVoir entrée Noé dans le module Grandes figures Ancien Testament) introduiras un couple dans l'arche pour les faire survivre avec toi; qu'il y ait un mâle et une femelle!

La chair synonyme d'être vivant - [Textes bibliques]

La chair désigne l'être vivant :

Genèse 6,17
" Et moi (Dieu), je vais faire venir le déluge d'eaux sur la terre, pour détruire toute chair ayant souffle de vie sous le ciel; tout ce qui est sur la terre périra. " (traduction Segond)

Genèse 9,17
Dieu dit à Noé: "C'est le signe de l'alliance que j'ai établie entre moi et toute chair qui est sur la terre".

La chair synonyme d'individu - [Textes bibliques]

La chair désigne l'individu :

Psaume 38,4
Rien d'intact dans ma (David) chair, et cela par ta colère, rien de sain dans mes os, et cela par mon péché!

Psaume 38,8
car mes reins sont envahis par la fièvre, plus rien n'est intact dans ma chair.

La chair synonyme de vulnérabilité - [Textes bibliques]

La chair évoque la vulnérabilité de l'être humain :

Psaume 78,39
Se souvenant qu'ils (les Israélites) n'étaient que chair, un souffle qui s'en va sans retour.

Esaïe 40,6-8
Une voix dit: "Proclame!", l'autre dit: "Que proclamerai-je?" - "Tous les êtres de chair sont de l'herbe et toute leur constance est comme la fleur des champs: l'herbe sèche, la fleur se fane quand le souffle du SEIGNEUR vient sur elles en rafale. Oui, le peuple, c'est de l'herbe: l'herbe sèche, la fleur se fane, mais la parole de notre Dieu subsistera toujours!"

La chair et le sang - [Textes bibliques]

L'expression " la chair et le sang " se trouve dans le livre du Siracide (un livre qui n'est pas retenu dans toutes les Bibles)

Siracide 14,18
Comme le feuillage verdoyant sur un arbre touffu tantôt tombe et tantôt repousse, ainsi les générations de chair et de sang: l'une meurt et une autre apparaît.

L'os et la chair - [Textes bibliques]

L'expression " l'os et la chair " est utilisée par le livre de la Genèse:

Genèse 2,23
L'homme s'écria: "Voici cette fois l'os de mes os et la chair de ma chair, celle-ci, on l'appellera femme car c'est de l'homme qu'elle a été prise."

Genèse 29,14
Laban lui (Jacob) dit: "Tu es sûrement mes os et ma chair", et Jacob habita pendant un mois avec lui.

dans le livre des Juges Abimélek dit aux hommes de son clan :

Juges 9,2
"Parlez donc ainsi à tous les propriétaires de Sichem: Que vaut-il mieux pour vous? Être dominés par soixante-dix hommes, tous fils de Yeroubbaal, ou être dominés par un seul homme? Souvenez-vous que je suis, moi, de vos os et de votre chair."

et en

2Samuel 5,1
Toutes les tribus d'Israël vinrent trouver David à Hébron et lui dirent: "Nous voici, nous sommes tes os et ta chair."

Le prologue de l'Evangile selon Jean - [Textes bibliques]

L'évangile selon Jean a sans doute été rédigé à la fin du 1er siècle. Son style est bien différent de celui des autres évangiles. Le message qui est développé trouve son ancrage dans l'affirmation centrale du prologue : " La Parole a été faite chair " (Jean 1,14 version Segond).

Jean 1,14
Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, cette gloire que, Fils unique plein de grâce et de vérité, il tient du Père.

C'est la révélation paradoxale d'un Dieu qui se donne à rencontrer dans la personne historique de l'homme Jésus de Nazareth. A la différence des autres évangiles, c'est la personne même de Jésus qui est le contenu du message et c'est par la foi en lui que l'être humain passe de la mort à la vie. Cette révélation est tellement inouïe qu'elle ne cesse de confronter l'auditeur et le lecteur à cette question : ce Jésus peut-il vraiment être l'incarnation de Dieu ? Tout au long de l'Evangile, il s'agit de décider de l'identité de Jésus et de le confesser quand, après Pâques, il montre encore à ses disciples les marques de son humanité :

Jean 20,20
Tout en parlant, il (Jésus) leur montra ses mains et son côté. En voyant le Seigneur, les disciples furent tout à la joie.

" Et vous ne vous ferez point d'incisions " - [Textes bibliques]

La conviction que le corps de l'être humain est création de Dieu interdit en principe le tatouage ou d'autres marques corporelles. Seul Dieu dispose du privilège de modifier le corps des hommes.
La circoncision fait exception à la règle car elle représente dans l'Ancien Testament la marque par excellence de l'alliance entre Dieu et son peuple :

Genèse 17,7-14
"J'établirai mon alliance entre moi, toi, et après toi les générations qui descendront de toi; cette alliance perpétuelle fera de moi ton Dieu et Celui de ta descendance après toi. Je donnerai en propriété perpétuelle à toi et à ta descendance après toi le pays de tes migrations, tout le pays de Canaan. Je serai leur Dieu." Dieu dit à Abraham: "Toi, tu garderas mon alliance, et après toi, les générations qui descendront de toi. Voici mon alliance que vous garderez entre moi et vous, c'est-à-dire ta descendance après toi: tous vos mâles seront circoncis: vous aurez la chair de votre prépuce circoncise, ce qui deviendra le signe de l'alliance entre moi et vous. Seront circoncis à l'âge de huit jours tous vos mâles de chaque génération ainsi que les esclaves nés dans la maison ou acquis à prix d'argent d'origine étrangère quelle qu'elle soit, qui ne sont pas de ta descendance. L'esclave né dans la maison ou acquis à prix d'argent devra être circoncis. Mon alliance deviendra dans votre chair une alliance perpétuelle, mais l'incirconcis, le mâle qui n'aura pas été circoncis de la chair de son prépuce, celui-ci sera retranché d'entre les siens. Il a rompu mon alliance."

Le rite de se faire des incisions en signe de deuil existe aussi en Israël :

Jérémie 16,6
Dans ce pays, les grands comme les petits mourront; ils ne seront pas ensevelis; pour eux on n'entonnera pas l'élégie, on ne fera ni incisions ni tonsure.

Jérémie 41,5
arrivèrent des hommes de Sichem, de Silo et de Samarie, ils étaient quatre-vingts; barbe rasée, vêtements déchirés, couverts d'incisions, ils portaient des offrandes et de l'encens destinés au Temple.

On appelle cette tradition " se faire des incisions pour un mort ", mais elle est souvent critiquée par les prophètes.

Lévitique 19,28
Ne vous faites pas d'incisions sur le corps à cause d'un défunt et ne vous faites pas dessiner de tatouage. C'est moi, le SEIGNEUR.

Osée 7,14
Ce n'est pas du fond du cœur qu'ils crient vers moi: quand ils se lamentent sur leurs couches, qu'ils se font des incisions pour du blé et du vin nouveau, c'est contre moi qu'ils se montrent récalcitrants.

La prière enracinée dans le concret - [Aller plus loin]

K. Schächl Extrait d'une conférence donnée en Belgique dans le cadre d'une retraite :
" Le mot "prière" en soi n'a pas seulement une signification religieuse. Les racines de la prière humaine plongent dans la nuit des temps. Avant d'être dialogue, la prière est interpellation, interpellation qui s'adresse à quelqu'un, de manière plus ou moins confiante, de manière plus ou moins articulée. Et la prière naît au moment où l'être humain réalise plus ou moins clairement qu'il a besoin de quelqu'un, qu'il a besoin de quelque chose. C'est concret. La prière commence toujours et reste toujours attachée aux choses concrètes. Notre tendance à séparer prière pour des choses concrètes et une soi-disant " prière spirituelle " n'est probablement qu'une construction... abstraite. L'une n'est pas meilleure que l'autre, l'une et l'autre sont expression d'une recherche, d'une prise de conscience des limites de la vie. Le Nouveau Testament nous le rappelle avec force. Les gens que Jésus rencontre, le prient d'intervenir concrètement ; leur prière a rarement des aspects uniquement spirituels. Et pourtant, Jésus ne critique pas leur prière ! Il ne dit pas : "Eh bien, parce que vous me demandez de rétablir la santé de quelqu'un, ce n'est pas assez spirituel, du coup, je ne vous exaucerai pas !" Arrêtons donc de juger ce que nous considérons comme trop "terre à terre". Jésus ne juge pas, il accueille car il sait de quoi l'être humain est fait ! Et nous le savons trop bien : celui qui se met à surveiller sa prière pour que celle-ci ressemble le plus possible à une prière "spirituelle", purgée de tous les éléments un peu magiques, risque de trier tellement dans tous ses mots que finalement, il ne reste pas grand chose à dire. Et surtout, il est dans une perspective où il ne peut que juger la prière des autres. Non, la prière n'est pas un exercice spirituel de haut niveau. Elle est enracinée dans le quotidien de ceux et celles qui prient. C'est dans ce monde-ci et non dans un autre monde que me projette ma prière. C'est au moment où l'être humain réalise ses limites, sa finitude, sa dépendance, qu'il commence à prier, à crier, à exprimer son besoin, sa faim et sa soif. La prière est donc liée intimement à l'humanité de l'être humain. Oui, la prière est l'expression de notre humanité. "

" Il a vécu, Lui, sur notre globe, en chair et en os ! " - [Aller plus loin]

Monod Wilfred Jésus La nuée de témoins vol.I Paris Fischbacher 1929 p.54-55 :
" Le même soleil qui nous éclaire, vous et moi, projeta l'ombre du Galiléen sur la poussière blanche de la Palestine, et se refléta sur sa rétine. Exercez-vous à méditer cette pensée : il a vécu, lui, sur notre globe, en chair et en os. [...] Le Christ a donc marché sur notre Terre ! Si l'on nous annonçait qu'un être tel que celui-là vécut jadis ailleurs, dans le système solaire, y prononça les mêmes paraboles, y souffrit de la même Passion, y remporta la même victoire sur la mort, - le globe, ainsi honoré par sa présence, nous apparaîtrait, dans les cieux, comme un monde sacré, nimbé chaque nuit d'une mystique auréole. Eh bien ! tout ce merveilleux poème, toute cette merveilleuse épopée, appartiennent à notre pauvre petite planète ; et rien, jamais, ne lui arrachera sa décoration tragique ; elle porte la Croix en pleine poitrine ! Les événements du Calvaire sont incrustés dans son écorce. "

Le corps, entre le honteux et le sacré - [Aller plus loin]

Extrait d'une conférence d'Alain Houziaux Le corps, un plaisir ou un poids ?, donnée le 17 juin 2006 :
" Pour découvrir les liens complexes et fantasmatiques entre le corps, le honteux et le sacré, rien n'est plus éclairant que l'étude des hérésies religieuses. En effet, celles-ci, bien souvent, dévoilent l'inconscient et le refoulé de la relation que nous avons avec le corps et la sexualité. Ce qu'elles montrent c'est que, comme l'a dit Milosz "on se venge de son âme en polluant son corps" (Milosz Maximes et pensées Silvaire 1967). Les relations bien souvent infectées que l'on a avec son corps procèdent d'une forme de dépit d'avoir une âme et aussi de ne pas être seulement une âme.
Chez les gnostiques il y a un net refus du corps, de la sexualité et de l'engendrement, mais aussi, du moins chez certains, une pratique effrénée de l'"amour libre". "L'attitude radicale adoptée à l'égard de la chair permet, indifféremment, de pratiquer une ascèse rigoureuse ou une débauche non moins rigoureuse car l'une et l'autre de ces voies est chacune libératrice" (Jacques Lacarrière Les gnostiques Idées Gallimard 1973 page 59). En effet, puisque le corps est le mal, on peut l'épuiser en s'y adonnant sans réserve, on peut le consumer en le consommant jusqu'à la lie. Il vaut mieux accéder à son désir pour s'en immuniser que le refouler au risque d'en devenir obsédé (Odon Vallet Le honteux et le sacré Albin Michel 1998 page 18).
Dans l'Antiquité, on considérait que les désordres sexuels généraient une désorganisation de la société et aussi de l'ordre du monde (Les alliances contre nature des fils des dieux et des filles des hommes relatées dans la Genèse le montrent bien). La frénésie sexuelle est une forme de mise en pièces de l'ordre régnant, qu'il soit moral, religieux ou politique. Et à ce titre, elle est à la fois révolutionnaire, iconoclaste et purificatrice. Elle suscite un retour au chaos. Mais elle est aussi une manière de "se plonger dans le néant pour atteindre l'absolu" (Georges Bataille Préface à Madame Edwarda). L'extase sexuelle est à la fois postulation vers Satan et vers Dieu. Elle est sacrifice, c'est-à-dire, au sens strict, production de sacré (Cf. Georges Bataille Mon coeur mis à nu).
Chez Verlaine, Baudelaire et surtout Antonin Artaud, le corps est également "démonisé" et sacralisé. D'ailleurs Antonin Artaud a été considéré comme un héritier du gnosticisme et du catharisme.
Pour ce dernier, c'est Dieu lui-même qui, en lui donnant son corps et en le livrant "au conditionnement de ses organes si mal ajustés à son moi" (Antonin Artaud Bilboquet) l'empêche de rejoindre ce qu'il est, à savoir le "carrefour irréductible de toutes choses". Le corps est de trop. Il l'empêche d'être transparent, sans résistance ni opacité, dans le flux du monde. L'obsession d'Artaud, c'est de se livrer à un travail de "râpe" sur ce corps pourri et obscène pour enfin parvenir à la pureté, la fluide transparence du néant (Danièle André-Carroz L'expérience intérieure d'Antonin Artaud Librairie St-Germain des Prés 1973 pages 119 et 164).
Pour lui, la souffrance doit ronger le corps pour en exhumer, intact, la pureté intégrale. Il faut extirper Dieu de son corps par une intense mortification de celui-ci. C'est pourquoi Jésus-Christ ne rejoint Dieu et ne devient Dieu que par sa crucifixion. Cette crucifixion le défait de sa chair et lui permet de s'en délivrer.
Artaud s'écrie : "Il n'est plus possible que le miracle n'éclate pas. J'ai été trop supplicié. Je me suis trop ennuyé au monde. J'ai trop travaillé à être pur et fort. J'ai trop pourchassé le mal. J'ai trop cherché à avoir un corps propre" (Antonin Artaud Lettre à Pierre Loeb du 23 avril 1947).
Bien sûr l'expérience d'Artaud est pathologique, mais elle pose de vrais problèmes.
Pour lui, comme pour Platon d'ailleurs, le problème n'est pas que nous soyons corporels : le corps n'est pas mauvais en soi, il est neutre. Le problème, c'est que Dieu ne le laisse pas être lui-même. Il veut faire du corps son temple. Pour Artaud, Dieu, en se faisant chair, rend la chair insupportable. Il est comme un cancer qui le ronge de l'intérieur. De même pour Platon et pour la tradition platonicienne, le problème est que l'âme soit séduite par le corps et s'en rende captive (Phédon 79c). Ce faisant, elle perturbe le fonctionnement neutre du corps, elle crée des exigences morales, ascétiques et masochistes.
Chez Simone Weil, il y a aussi une forme d'obsession de la "dé-corporation" pour devenir transparente à Dieu et en Dieu. On a pu la considérer (sans doute à tort) comme une héritière du gnosticisme.
Pour elle, il faut épuiser l'énergie du corps. Par la discipline et par l'ascèse, par le dressage et la douleur, il faut faire en sorte que le corps se détache de moi et devienne transparent, fluide, sans désir, pleinement obéissant à la "nécessité", quasiment végétatif, dépourvu d'instinct de conservation.
"Etre rien pour être à sa vraie place dans le Tout" (Cahiers II). "Mon Dieu, accorde-moi de devenir rien. A mesure que je deviens rien, Dieu sème à travers moi". Il y a union avec Dieu là où l'être propre n'existe plus.
Il est certes tentant de faire une interprétation psychanalytique de cette relation au corps chez les gnostiques, Artaud et Simone Weil. Mais il me semble que le problème n'est pas à poser en ces termes. Ce qu'il y a de pathologique chez eux est aussi significatif d'une vérité plus ou moins occultée chez beaucoup.
La vraie question, c'est celle-ci : une religion peut-elle être autre chose qu'un dualisme entre le corps et l'esprit ? Peut-elle être autre chose qu'une forme de platonisme ?
Chez Platon, le corps est la prison de l'âme et son tombeau (Le Gorgias 47) et le salut de l'homme est indissolublement lié à la libération de sa complicité avec la matière. Le philosophe musulman Avicenne le dit aussi à sa manière. Pour lui "l'âme descend d'un lieu sublime, rare colombe jamais captivée. Elle vient au monde contre sa volonté. Elle se remet à la faiblesse d'un corps charnel. Elle verse des larmes qui ne s'arrêteront pas de couler avant qu'approche le temps où elle partira pour l'ailleurs" (Citation donnée par Van der Leeuw La religion dans son essence et ses manifestations Payot 1955 page 258.)
Tous les peuples ont tenté, par des transes en particulier, de se libérer de leur corps pour atteindre l'au-delà, le ciel, le "pays sans mal". "La destination de l'âme consiste à se libérer du corps pour aller vivre dans l'autre monde, allégée de tout poids terrestre" (Van der Leeuw op cit page 302).
On trouve d'ailleurs des traces de cette manière de voir même dans le Nouveau Testament. Paul parle d'un homme (vraisemblablement lui-même) qui fut ravi dans le troisième ciel "fusse avec ou sans son corps, il ne sait, Dieu le sait" (2Corinthiens 12,2).
Cependant, il est incontestable que la conception chrétienne du corps est aux antipodes du platonisme et du gnosticisme. Elle se rapprocherait plutôt de celle de l'animisme et aussi de l'aristotélisme. En effet, pour ceux-ci, l'homme n'est pas une âme établie dans un corps, il est un corps-âme.
Pour le christianisme, le corps et le souffle de vie viennent l'un et l'autre de Dieu et il est impossible de les dissocier. L'esprit est l'unité cachée du corps et le corps est l'expression intégrale de l'esprit. Le corps devient le sacrement de Dieu. Et c'est pourquoi Paul ne peut envisager de résurrection que corporelle (1Corinthiens 15,39-49) même si le corps ressuscité est non plus charnel mais spirituel.
La philosophie et la théologie d'aujourd'hui retrouvent les intuitions de la pensée biblique et scolastique sur l'importance du "cœur" pour dépasser la distinction entre esprit et corps. Elle insiste sur l'importance primordiale de l'affect et de ce qui est de l'ordre de l'amour pour fonder l'unité de la personne.
Et pourtant, même si le christianisme d'aujourd'hui encense souvent le corps pour en faire le temple de l'Esprit, il n'en reste pas moins que dans sa liturgie et ses rituels, on peut trouver, refoulées, les traces d'un désir de briser et crucifier le corps et de faire de la souffrance une forme de sacrifice et de sanctification. L'eucharistie rappelle et répète le sacrifice du corps écartelé et du sang versé par Jésus-Christ sur la croix. La liturgie de la messe rappelle que le chrétien est appelé à "s'offrir en sacrifice vivant et saint". Tout ceci est significatif.
Ce qui montre également que, pour le christianisme, le corps est toujours de fait, le lieu du péché, c'est la promulgation récente par l'Eglise catholique des dogmes de l'Immaculée Conception et de l'Assomption de la Vierge Marie.
Le corps de Marie, pour qu'il soit digne d'engendrer le Christ doit ne pas avoir été maculé par le péché et donc avoir été conçu de manière immaculée (c'est le dogme de l'Immaculée Conception). Et, parce qu'il a porté le Christ, il doit échapper à la souillure de redevenir poussière (c'est le dogme de l'Assomption qui affirme que Marie, immédiatement après son décès, "fut reçue avec son corps et son âme dans la gloire céleste".
Ces deux dogmes montrent que, fondamentalement, le christianisme ne peut pas vraiment admettre que le fils de Dieu puisse s'incarner dans une chair qui soit celle du commun des mortels. Ainsi ils montrent que le corps est toujours considéré comme infecté par le péché. Dans les faits, le christianisme continue à refuser que "la Parole puisse être faite chair" (Evangile de Jean 1,14). "

" Incarnation " - [Culture]

L'artiste lui-même commente son œuvre ainsi :
" Le concept de cette peinture est le processus de création à travers l'incarnation. Tout en bas, la couleur noire peut représenter l'obscurité avant que le monde ne connaisse la lumière, précédent la création. La croix signifie la source de toute vie (la couleur rouge représentant l'amour du cœur). La colonne qui commence dans l'orange et va dans le blanc représente la pureté. La figure marron symbolise l'Esprit Saint. Le cercle est le cercle de la lune, avec le rouge, figure phallique, indique la source de laquelle procède le spermatozoïde dans le processus de procréation. En somme, toute l'humanité a été créée comme arrière-pensée considérable de l'expression de l'univers. " Edward Longo (1943...)

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Avec des cris de joie - [Culture]

Cantique d'après le psaume 63, du groupe Mission Timothée

Avec des cris de joie ma bouche chantera,
J'élèverai mes mains et Te célébrerai.

1. Ô Dieu, Tu es mon Dieu, mon âme Te recherche
Et soupire après Toi sur la terre desséchée.

2. Lorsque je pense à Toi, esseulé sur ma couche,
Je médite sur Toi les veilles de la nuit.

3. Je connais le bonheur à l'ombre de Tes ailes
Car Tu es mon secours, Ta droite me soutient.

4. J'aime Te contempler quand dans Ton sanctuaire
Ta gloire resplendit, Ta puissance se révèle.

Illustration de la prière de Jacob - [Culture]

Gustave Doré

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