Module Un verbe, des sens... Protester, sauver, réformer*



Protester



Alice aux pays des merveilles

- Que les jurés délibèrent pour rendre leur verdict, ordonna le Roi pour la vingtième fois de la journée.
- Non, non ! dit la Reine. La sentence d'abord, la délibération ensuite.
- C'est stupide ! protesta Alice d'une voix forte. En voilà une idée !
- Taisez-vous ! ordonna la Reine, pourpre de fureur.
- Je ne me tairai pas ! répliqua Alice.
- Qu'on lui coupe la tête ! hurla la Reine de toutes ses forces.
Personne ne bougea.
- Qui fait attention à vous ? demande Alice (qui avait maintenant retrouvé sa taille normale). Vous n'êtes qu'un jeu de cartes !
A ces mots, toutes les cartes montèrent dans l'air et lui retombèrent dessus. Elle poussa un petit cri de colère et de frayeur, essaya de les repousser avec ses mains, et se retrouva couchée sur le talus, la tête sur les genoux de sa sœur qui enlevait doucement de son visage quelques feuilles mortes tombées des arbres.
- Alice, ma chérie, réveille-toi ! lui dit sa sœur. Comme tu as dormi longtemps !
- Oh, quel rêve bizarre je viens de faire ! s'exclama Alice.

Lewis Carroll


  • Alice au pays des merveilles appartient à la littérature dite "enfantine". Quels sentiments vous inspire cette étrange histoire ? De l'amusement, de l'inquiétude, de la perplexité ?
  • Comment percevez-vous le comportement d'Alice dans ce rêve ? Comment imaginez-vous cette petite fille ?

Cliquez sur les termes soulignés : les notices s’affichent en dessous de ce texte

Alice aux pays des merveilles

- Que les jurés délibèrent pour rendre leur verdict, ordonna le Roi pour la vingtième fois de la journée.
- Non, non ! dit la Reine. La sentence d'abord, la délibération ensuite.
- C'est stupide ! protesta Alice d'une voix forte. En voilà une idée !
- Taisez-vous ! ordonna la Reine, pourpre de fureur.
- Je ne me tairai pas ! répliqua Alice.
- Qu'on lui coupe la tête ! hurla la Reine de toutes ses forces.
Personne ne bougea.
- Qui fait attention à vous ? demande Alice (qui avait maintenant retrouvé sa taille normale). Vous n'êtes qu'un jeu de cartes !
A ces mots, toutes les cartes montèrent dans l'air et lui retombèrent dessus. Elle poussa un petit cri de colère et de frayeur, essaya de les repousser avec ses mains, et se retrouva couchée sur le talus, la tête sur les genoux de sa sœur qui enlevait doucement de son visage quelques feuilles mortes tombées des arbres.
- Alice, ma chérie, réveille-toi ! lui dit sa sœur. Comme tu as dormi longtemps !
- Oh, quel rêve bizarre je viens de faire ! s'exclama Alice.

Lewis Carroll


Après étude du texte, nous vous proposons une série de questions qui vous permettront d'actualiser le texte, et de faire de ce récit le vôtre
(nb : les visuels associés aux questions sont uniquement présents pour vous inspirer, mais ne constituent pas un élément de réponse)

Partager avec l'équipe Théovie vos réflexions


  • 20080127224237


    "Protester" signifie à l'origine "attester, affirmer". C'est en sens positif que les "protestants" ont assimilés leur nom. Selon vous, quels enjeux cela suppose-t-il pour cette famille chrétienne ? Y voyez-vous une simple trace historique ou plutôt une attitude à préserver ? En quoi cette appellation les distingue-t-elle des autres familles chrétiennes ?

  • 20080127224336


    Selon vous, existe-t-il des limites à la protestation ? Au contraire, pensez-vous qu'il existe des "devoirs" de protestation ?

  • 20080127224428


    Victor Hugo a écrit : "Il vient une heure où protester ne suffit plus : après la philosophie, il faut l'action." Que vous inspire une telle déclaration ? Pensez-vous que la seule parole puisse être une force de protestation ? Si oui, à quoi pensez-vous ?

  • 20080127224526


    Selon vous, actuellement, le mot "protestataire" est-il connoté plutôt négativement ou positivement ? Pourquoi ? Et vous, à quoi (ou à qui) vous faitil penser ?

  • 20080127224629


    Au 16ème siècle, les quelques chrétiens qui ont "protesté" pour se rallier publiquement à la Réforme de Luther ont bouleversé les enjeux politiques de leur pays et au-delà, de l'Europe. Pensez-vous que des convictions religieuses puissent encore aujourd'hui interpeller le domaine public ? Y voyez-vous plutôt un danger pour le domaine politique ou, au contraire, une chance ?



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Soyez acteur de votre lecture


  • Avant qu'Alice ne se réveille, quels sont les indices qui laissent à penser au lecteur qu'il s'agit d'un rêve ?
  • Alice est censée se trouver "au pays des merveilles". Pourtant, la situation dans laquelle elle se trouve n'est guère enviable. Comment comprendre alors ce "pays des merveilles" ?
  • A quoi s'oppose exactement Alice lors de ce procès ? Diriez-vous qu'il s'agit ici d'un caprice de petite fille ?
  • Repérez les attitudes, les expressions que l'auteur attribue à la Reine. Comment l'imaginez-vous ? Selon vous, et puisqu'il s'agit d'un rêve, que représente ce personnage ?
  • Alice se réveille finalement après un long rêve au pays des merveilles. Il ne s'agit ni d'un conte ni d'une fable, mais d'un rêve. Selon vous, cette dimension onirique du récit change-t-il son propos ? Quels liens entre "ce pays des merveilles" et "le monde réel" ?

Un peu de culture...

La diète de Spire

Une diète est une assemblée politique. Deux ont eu lieu à Spire en Allemagne et ont fait date. La première (1526) contraint l'empereur allemand de laisser chaque prince librement choisir la religion sur son territoire. Quand, lors de la seconde (1529), l'empereur veut revenir sur cette concession et interdire toute propagation de la Réforme, 19 princes protestent, le 19 avril, en affirmant que les questions de foi ne peuvent se décider par un vote. Cette protestation, orchestrée par des laïcs, vaut aux adeptes de la Réforme le nom de " protestants ". A partir de cette décision, la division confessionnelle se superpose à la division politique.
Sur la toile de George Cattermole (peintre anglais, 1800-1868), les princes viennent " protester " publiquement devant l'empereur de ses dernières décisions.

20080123230939


Un protestataire : Martin Luther King

20080123232241

Martin Luther King (1929-1968) est un pasteur baptiste américain qui se fait connaître en 1955 lorsqu'il provoque le boycottage des autobus municipaux pour s'opposer à toute forme de ségrégation raciale (ce mouvement se crée à la suite de l'initiative d'une femme noire qui avait refusé de céder sa place à un homme blanc dans un autobus). Recommandant l'action non-violente, il organise en 1963 une marche sur Washington pour obtenir une loi sur les droits civiques. C'est là qu'il prononce un discours resté célèbre : I have a dream (" Je fais un rêve "). En 1964, il s'élève contre la guerre au Viêtnam et reçoit la même année le prix Nobel de la paix. Le 4 avril 1968, à Memphis, il meurt assassiné.

" Je vous dis aujourd'hui, mes amis, que malgré les difficultés et les frustrations du moment, j'ai quand même fait un rêve. C'est un rêve profondément enraciné dans le rêve américain. J'ai fait un rêve, qu'un jour, cette nation se lèvera et vivra la vraie signification de sa croyance : "Nous tenons ces vérités comme allant de soi, que les hommes naissent égaux." J'ai fait un rêve, qu'un jour, sur les collines de terre rouge de la Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d'esclaves pourront s'asseoir ensemble à la table de la fraternité.
J'ai fait un rêve, qu'un jour même l'état de Mississippi, un désert étouffant d'injustice et d'oppression, sera transformé en un oasis de liberté et de justice.
J'ai fait un rêve, que mes quatre enfants habiteront un jour une nation où ils seront jugés non pas par la couleur de leur peau, mais par le contenu de leur caractère. J'ai fait un rêve aujourd'hui.
J'ai fait un rêve, qu'un jour l'état de l'Alabama, dont le gouverneur actuel parle d'interposition et de nullification, sera transformé en un endroit où des petits enfants noirs pourront prendre la main des petits enfants blancs et marcher ensemble comme frères et sœurs.
J'ai fait un rêve aujourd'hui.
J'ai fait un rêve, qu'un jour, chaque vallée sera levée, chaque colline et montagne sera nivelée, les endroits rugueux seront lissés et les endroits tortueux seront faits droits, et la gloire du Seigneur sera révélée, et tous les hommes la verront ensemble. "

20080123232310


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Alice protesta d'une voix forte - [Clés de lecture]

20080123225948

Dans Alice au pays des merveilles, le personnage principal, Alice, rêve. Son rêve la conduit dans un pays merveilleux où elle finit par se retrouver dans un tribunal face à la reine et au roi de cœur, issus d'un jeu de cartes. Ici, Alice s'oppose à un ordre de la reine selon lequel les jurés doivent rendre leur verdict avant de délibérer. L'auteur précise : Alice " protesta ".
Le verbe " protester " est emprunté au latin protestari qui, dès le 14e siècle, signifie " affirmer ", " témoigner " ou encore " attester ". Ce n'est qu'à partir du 17e siècle, que le verbe " protester " se dote d'un second usage, plus courant aujourd'hui, qui signifie " s'opposer " ou " se plaindre ". Parfois, on a tendance à penser que les " protestants " sont ainsi appelés parce qu'ils se seraient " opposés " à l'Eglise catholique romaine. Or, cette dénomination vient du fait que des chrétiens, au 16e siècle, ont " affirmé ", " témoigné " de leur foi. Cette nuance permet de souligner qu'au départ, ces " protestants " ne cherchaient pas à se séparer de l'Eglise catholique romaine, mais à proclamer ouvertement ce qu'ils croyaient.

Je ne me tairai pas ! - [Clés de lecture]

20080123230015

Alice s'indigne face aux comportements abusifs du roi et de la reine de cœur. Malgré les menaces terribles de ce couple infernal, Alice ose parler publiquement. Au risque de se faire couper la tête, Alice tente de faire entendre sa manière de comprendre la justice. Elle ne cherche pas à contrer à tout prix ce tribunal, mais à exprimer ses convictions.
En Allemagne, vers 1529, c'est ainsi que des chrétiens choisissent de dire publiquement qu'ils soutiennent les idées " réformatrices " de Martin Luther. En effet, ce moine prône une théologie nouvelle, il finira par être exclu de l'Eglise catholique romaine. On appelle " protestantisme " l'ensemble des Eglises qui souscrivent aux idées réformatrices de Luther, même si elles ne le font pas toutes de la même manière. Le protestantisme est donc l'une des trois expressions fondamentales de la chrétienté contemporaine, à côté du catholicisme romain et de l'orthodoxie orientale.

Qu'on lui coupe la tête ! - [Clés de lecture]

20080123230041

Les propos d'Alice déclenchent la colère de la reine de cœur qui ordonne qu'on coupe la tête de cette " petite insolente ". Alice fait preuve de ténacité et de force de conviction : elle ose parler alors qu'elle sait très bien à quoi elle est exposée. Au pays des merveilles, les idées contraires à celle de la reine ne sont guère tolérées.
Aujourd'hui, on aurait tendance à se méfier de ceux qui " protestent ", qui " affirment " leurs convictions " d'une voix forte ". Surtout dans le domaine religieux où l'on cherche généralement à articuler le mot " conviction " à celui de " tolérance ". Les religions sont d'ailleurs régulièrement interpellées sur ce point : elles sont soupçonnées de véhiculer de l'intolérance, d'engendrer de la violence, car porteuses de convictions. L'enjeu éthique de ce débat repose essentiellement sur une compréhension de la tolérance qui allie force de conviction et respect de l'autre. Il ne s'agit alors pas seulement d'affirmer une vérité dans l'indifférence ou dans le mépris à l'égard des convictions d'autrui, mais d'argumenter avec l'autre dans le souci commun de rechercher ce qui est bien et ce qui est vrai.

Qui fait attention à vous ? - [Clés de lecture]

20080123230113

Dans son rêve, Alice boit une potion qui réduit considérablement sa taille ce qui lui permet d'être à la même hauteur que ces créatures étranges qu'elle rencontre. Au cours du procès, sa taille redevient normale : elle domine largement la reine de cœur, simple carte à jouer. C'est alors qu'elle défie ouvertement son autorité : " Qui fait attention à vous ? ". Jusque-là protestataire, Alice s'oppose maintenant plus directement au pouvoir que représente la reine.
La protestation n'engendre pas nécessairement une révolution. Si la protestation peut devenir synonyme de révolte, elle peut maintenir ouvert le débat avec l'autorité ou les institutions qui la représentent. C'est en ce sens qu'on peut aborder la question des liens qui unissent les religions à l'Etat. Par exemple en France, les protestants ont défendu le principe de la laïcitéVoir parcours Laïcité au nom du respect de la liberté de conscience, car ils confessent un Dieu de liberté.

Quel rêve bizarre - [Clés de lecture]

20080123232129

Quelques lignes avant la fin de l'histoire, Alice se réveille de son voyage au pays des merveilles. L'auteur raconte alors qu'Alice se met immédiatement à raconter son rêve. Elle témoigne à sa sœur aînée de ces aventures et des conclusions qu'elle en déduit.
On pourrait s'amuser ici à reprendre le sens littéral du verbe " protester " pour souligner qu'il désigne avant tout une affirmation, un témoignage public. En ce sens, un " protestant " signifie avant tout " un témoin ". En christianisme, cette dimension du témoignage est particulièrement importante : chaque chrétien est appelé à témoigné de sa foi au Dieu de Jésus-Christ. D'ailleurs, historiquement, c'est bien ainsi que les protestants se sont approprié leur propre nom : non pas comme des " opposants " à une autre tradition chrétienne, mais comme des " témoins " de leur propre foi.

Au pays de la contestation - [Contexte]

20080123230218

Lewis Carroll (de son vrai nom Charles Lutwidge Dodgson, 1832-1898) est issu d'une famille anglaise de 11 enfants, dont le père est pasteur. Il devient écrivain, photographe et mathématicien. Il fait éditer Alice au pays des merveilles en 1865. Réputée pour être une œuvre de littérature enfantine, il s'agit en vérité d'un récit de voyage initiatique qui permet de découvrir le monde et soi-même. C'est l'histoire d'un rêve qui se déroule dans un pays à la fois merveilleux et absurde, peuplé de personnages inquiétants et ambigus. D'où cette protestation permanente du personnage principal. Dans ce pays, Alice passe son temps à chercher de la logique, du bon sens. Elle proteste, s'oppose en affirmant sa conception de l'ordre ou encore de la justice.
Ce personnage illustre particulièrement bien les enjeux de la protestation. Alice est seule dans ce pays merveilleux, ne pouvant se fier qu'à sa raison et sa conscience pour prendre les décisions et oser une parole publique. Parce qu'il s'agit d'une enfant et d'un rêve, le lecteur découvre alors combien cette aventure est source d'apprentissages : apprentissage de la notion de responsabilité, de prise de décision, de la perception qu'on se fait du monde, de soi et des autres, le risque encouru aussi à prononcer une parole publique. A chaque nouvelle étape (si loufoque soit-elle), Alice doit décider seule, en conscience, de l'attitude à adopter. En ce sens, on pourrait dire qu'Alice est un personnage " protestataire ", non pas tant parce qu'elle s'oppose, mais parce qu'elle atteste publiquement de ses convictions.

20080123230250

Une conviction religieuse est-elle nécessairement intolérante ? - [Contexte]

20080123230430

Contrairement à quelques idées reçues, la conviction n'est pas forcément l'expression d'une position dominatrice sur le plan spirituel, moral ou intellectuel et la tolérance n'est pas l'indifférence, cette forme de " tolérance usée ", cette tolérance molle, qui tolère l'intolérable. On pourrait dire que la tolérance est une forme de respect d'autrui et d'intérêt pour autrui qui ne peut se vivre qu'entre des hommes et des femmes de conviction et de courage. Quant à la conviction, elle est un engagement de toute la personne envers une vérité qu'on ne cesse de chercher, d'interroger et, dans la foi, de recevoir comme un don. Etymologiquement convaincre ce n'est pas " vaincre " contre l'autre, mais " vaincre " avec lui.
Par exemple, dans les dialogues entre différentes religions, les peurs et les haines qui s'enracinent dans l'ignorance de l'autre peuvent se déconstruire. Dans un contexte économique et social qui exacerbe les différences culturelles et les transforme en occasion d'affrontements, ces dialogues peuvent aider la société tout entière à " passer de la peur de l'autre à la peur pour l'autre " (Olivier Mongin, écrivain). Il appartient notamment aux religions de puiser dans leurs propres traditions les ressources dont elles sont porteuses pour lutter contre toutes les formes d'intolérance, de fanatisme, de violence, d'exclusion et permettre de construire la paix dans la justice, deux réalités qui, pour la Bible, sont inséparables.

20080123230446

Qu'est-ce qu'un protestant ? Un témoin ? - [Contexte]

20080123230522

Le témoignage est une manière de transmettre quelque chose à quelqu'un. Dans sa grande diversité, le protestantisme conçoit de différentes manières le témoignage. Le témoin peut parler d'une expérience avec Dieu qui lui est propre, transmettre la connaissance de la Bible, transmettre des valeurs ou une doctrine théologique. Son rôle est donc important car on ne saurait rien de Dieu si des hommes et des femmes n'en avaient pas parlé ! Mais le témoin mesure également les limites de sa tâche. Il réalise qu'il peut certes parler de Dieu aux hommes, mais qu'il est incapable de faire naître en eux la foi. L'essentiel lui échappe. Le témoin doit s'effacer à un moment donné pour rendre possible la rencontre entre l'être humain et Dieu. Sinon, il devient obstacle. Le témoin peut " attester ", " protester ", " affirmer " devant l'autre où et comment il a rencontré le Christ, mais l'autre doit faire l'expérience lui-même. Ainsi les protestants ne sont pas maîtres du message qui leur est confié, ni de sa transmission, ni de ses résultats. L'essentiel de la transmission peut se produire quand ils ne l'attendent pas, quand ils ont le sentiment d'être démunis ou inefficaces, quand ils pensent n'avoir rien fait. C'est " l'instant de grâce " qui est, à bien des égards, inexplicable et non maîtrisable. Ainsi on peut avoir regardé des centaines de fois une œuvre d'art, entendu des centaines de fois un morceau de musique, et, puis soudain, on y découvre quelque chose qui suscite une émotion et une joie inattendues. De même on peut avoir lu de multiples fois un texte de la Bible, on peut avoir entendu de nombreuses prédications sur ce texte, et puis un jour la parole du prédicateur rejoint l'auditeur au plus intime de lui-même et ouvre à la rencontre avec le Christ.

Pourquoi ce nom de " protestant " ? - [Espace temps]

20080123230612

C'est en Allemagne, en 1529, qu'on parle pour la première fois de " protestants ". Ce qualificatif est, dans un premier temps, utilisé par les adversaires de la Réforme pour désigner les adeptes de cette dernière. A cette époque, un moine allemand, Martin Luther, commence à repenser l'Eglise et à lui proposer des changements profonds (une véritable " RéformeVoir module Découverte du protestantisme "). La plupart des princes électeurs (ceux qui élisaient l'empereur allemand) le suivent. L'empereur, Charles Quint, est pourtant un fervent catholique. Après avoir toléré pendant trois ans le mouvement de la Réforme, il convoque une assemblée politique où il ordonne le ralliement inconditionnel à l'Eglise catholique romaine. Les princes s'y refusent, ils " protestent devant Dieu [...] ainsi que devant tous les hommes " de leur refus d'admettre un décret qu'ils jugent contraire " à Dieu, à sa sainte Parole, à [leur] bonne conscience et au salut de [leur] âme ". D'où ce titre de " princes protestants ", donné à des non-religieux.
Ce quolibet " protestant " comporte aussi le sens littéral de l'adjectif (et plus courant à l'époque) : " proclamer, attester, faire profession ". D'ailleurs, aujourd'hui, certains protestants (de tendance évangélique) reprennent volontiers cette origine du mot en se définissant comme étant des " professants ". Plus d'un siècle après ces événements de 1529, les adeptes de la Réforme tentent de provoquer des changements au sein de l'Eglise catholique romaine. Ils ne cherchent pas la rupture. Pourtant, la rénovation étant impossible à mettre en place, les " protestants " vont se retrouver hors de l'Eglise catholique romaine. C'est alors qu'on parle de protestantisme.

Réforme et protestantisme - [Espace temps]

20080123230649

En histoire du christianisme, on parle généralement de Réforme, ou de Réformation, pour désigner le courant religieux suscité par Martin Luther (1483-1546) en Allemagne et, presque simultanément, par Huldrych Zwingli (1484-1581) en Suisse. En fait, ce mouvement s'enracine dans un profond désir de réforme qui se fait déjà sentir depuis quelques temps dans plusieurs pays. Cependant, le terme " Réforme " désigne plus spécifiquement le mouvement qui passe par la rupture avec l'Eglise de Rome et qui reçoit l'aval des autorités politiques des villes ou des Etats impliqués. Les promoteurs de cette Réforme (Luther, ou encore Calvin en France) sont appelés " Réformateurs ".
C'est une découverte de Luther qui est à l'origine du déclenchement de la Réforme : la justification par la foi seule, c'est-à-dire la conviction que Dieu accepte l'être humain tel qu'il est, que Dieu l'aime gratuitement et non en fonction de ce qu'il fait. De cette idée fondamentale (que Luther redécouvre dans la Bible : Romains 3/22-26), découle quantité de nouvelles propositions pour réformer l'Eglise. C'est ainsi que Luther fait débat à l'intérieur de l'Eglise, puis en est excommunié (1520) et enfin banni (1521). Ce n'est que quelques années plus tard que quelques chrétiens se rangeront du côté de Luther en protestant ouvertement.
Aujourd'hui, le protestantismeVoir module Découverte du protestantisme ne se limite pas aux Eglises directement issues de la Réforme du 16e siècle. Le protestantisme est une appellation plus large.

La pluralité du protestantisme - [Espace temps]

20080123230743

Le protestantisme est une famille théologique et spirituelle du christianisme, issue de la Réforme du 16e siècle. Les courants composant cette famille sont multiples et se sont, chacun de son côté, séparés de l'Eglise catholique romaine. De ce fait, le protestantismeVoir module Découverte du protestantisme n'est pas lui-même une Eglise, mais un ensemble d'Eglises. Au cours des siècles, les termes " protestant " et " protestantisme " ne se sont pas limités aux Eglises directement issues de la Réforme (luthériens, zwingliens, calvinistes, etc.). Ils ont servi à désigner des Eglises pré-réformatrices (vaudois, hussites) et des Eglises ultérieures (baptistes, méthodistes, pentecôtistes, etc.). L'Eglise anglicane appartient aussi à ce courant, même si elle se comprend comme une forme médiane entre catholicisme et Réforme.
Aujourd'hui, dans la famille protestante, on pourrait dénombrer environs une quarantaine d'Eglises plus ou moins importantes qui tentent de garder une base commune. Le protestantisme reste l'une des trois expressions fondamentales de la chrétienté contemporaine à côté du catholicisme romain et de l'orthodoxie orientale.

Quand la Parole se fait chair et parle... - [Textes bibliques]

20080123230841

Matthieu 21,12-17
Puis Jésus entra dans le temple et chassa tous ceux qui vendaient et achetaient dans le temple; il renversa les tables des changeurs et les sièges des marchands de colombes. Et il leur dit: "Il est écrit: Ma maison sera appelée maison de prière; mais vous, vous en faites une caverne de bandits!" Des aveugles et des boiteux s'avancèrent vers lui dans le temple, et il les guérit. Voyant les choses étonnantes qu'il venait de faire et ces enfants qui criaient dans le temple: "Hosanna au Fils de David!", les grands prêtres et les scribes furent indignés et ils lui dirent: "Tu entends ce qu'ils disent?" Mais Jésus leur dit: "Oui; n'avez-vous jamais lu ce texte: Par la bouche des tout-petits et des nourrissons, tu t'es préparé une louange?" Puis il les planta là et sortit de la ville pour se rendre à Béthanie, où il passa la nuit.

Cet épisode, appelé souvent " Les vendeurs chassés du Temple ", se trouve dans les 4 évangiles (Matthieu 21,12-17 ; Marc 11,15-19 ; Luc 19,45-48 ; Jean 2,13-16). Ici, Jésus est décrit selon un caractère bien loin des idées reçues : il " chasse " des gens, " renverse " des tables et s'en prend publiquement aux " changeurs " et aux " marchands ". Les " changeurs " permettaient aux juifs venus de l'étranger de changer leur argent, soit pour acheter leur offrande (par exemple une colombe), soit pour payer l'impôt du Temple. Changeurs et vendeurs devaient se tenir dans les portiques du parvis des païens.
Les gestes de colère de Jésus peuvent être compris de plusieurs manières. Soit, comme un acte d'autorité abolissant les sacrifices qui avaient lieu au Temple, soit comme un geste symbolique de purification du Temple (purification attendue par les juifs depuis les profanations de païens qu'avait subies le Temple), soit encore comme une protestation contre l'abus du trafic des changeurs et des marchands.
Durant son ministère, Jésus a eu des paroles et des gestes exprimant la révolte. Ce n'était pas pour rejeter les personnes, mais pour rendre au Temple sa véritable fonction (une " maison de prière "). Jésus " proteste " publiquement contre la présence de marchands, et " affirme " devant tous qu'il entend parler non pas selon sa propre autorité, mais selon celle de Dieu, son Père. Cet épisode " protestataire " participe à l'animosité grandissante des autorités religieuses à son égard. Animosité qui se transformera vite en volonté de le tuer.

Jésus se tait, la violence se déchaîne pourtant - [Textes bibliques]

20080123230905

Luc 23,8-12
A la vue de Jésus, Hérode se réjouit fort, car depuis longtemps il désirait le voir, à cause de ce qu'il entendait dire de lui, et il espérait lui voir faire quelque miracle. Il l'interrogeait avec force paroles, mais Jésus ne lui répondit rien. Les grands prêtres et les scribes étaient là qui l'accusaient avec violence. Hérode en compagnie de ses gardes le traita avec mépris et se moqua de lui; il le revêtit d'un vêtement éclatant et le renvoya à Pilate. Ce jour-là, Hérode et Pilate devinrent amis, eux qui auparavant étaient ennemis.

La plupart des théologiens s'accordent pour dire que le ministère de Jésus n'a duré que quelques années (environs trois). C'est alors qu'il s'est mis à prêcher, enseigner, parler publiquement. A partir du moment où il est arrêté, Jésus ne prendra que très peu la parole : il se tait. Ici, l'évangéliste Luc raconte son entrevue avec Hérode. Autant Hérode est décrit comme un personnage excité par cette rencontre (il " se réjouit fort ", " il désirait le voir ", " il l'interrogeait avec force "), autant Jésus est décrit dans un mutisme complet (il " ne lui répondit rien "). C'est alors que la violence se déchaîne à son encontre : on " se moque de lui ", on le traite " avec mépris ". Le parallèle de ces deux attitudes est souvent relevé. Plusieurs interprétations sont proposées. Une d'entre elles souligne que Jésus n'entretient pas la violence qui s'abat sur lui : il ne l'a pas souhaitée ni même provoquée volontairement. Cette violence est alors perçue comme faisant partie intégrante de l'humanité : elle s'exprime à l'égard de Jésus, à l'image d'une humanité qui se rebelle contre Dieu, le rejette et décide de " s'en passer ".

Devenir témoin - [Textes bibliques]

Matthieu 28,16-20
Quant aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais quelques-uns eurent des doutes. Jésus s'approcha d'eux et leur adressa ces paroles: "Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc: de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps."

En christianisme, la dimension du témoignage est particulièrement importante : chaque chrétien est appelé à témoigner de sa foi au Dieu de Jésus-Christ. Ces derniers versets de l'évangile selon Matthieu soulignent fortement cette importance du témoignage. Matthieu consacre ce dernier chapitre à témoigner de sa foi en la résurrection de Jésus. Ceux-là même qui étaient accablés par sa mort rencontrent Jésus ressuscité. L'événement de la résurrection fonde l'envoi en mission. En effet, par sa résurrection, Jésus les envoie : l'envoi comporte l'annonce de l'Evangile, mais aussi l'invitation à devenir disciple. Cet envoi est accompagné d'une réalité nouvelle : la présence divine, promise pour " tous les jours ".
Ainsi missionnés, les disciples de Jésus (littéralement des " élèves ") deviennent des apôtres (littéralement des " envoyés ") de Jésus, c'est-à-dire " envoyés " pour parler, témoigner de leur foi devant tous.

Six affirmations protestantes - [Aller plus loin]

La Fédération Protestante de France (F.P.F.) met en avant six affirmations fondamentales issues des convictions des premiers Réformateurs. Il ne s'agit pas ici de doctrines (d'éléments devant être crus), mais plutôt de principes qui constituent les points de repères d'une théologie protestante.

  • 1) A Dieu seul la gloire (Soli Deo gloria)
    Rien n'est sacré ou absolu en dehors de Dieu. Les Protestants contestent le caractère absolu de toute entreprise humaine. Au nom d'un Dieu de liberté, ils proclament la liberté de conscience de tous les êtres.
  • 2) La grâce seule (Sola gratia)
    La grâce est l'amour gratuit et originel de Dieu pour l'humanité. Indépendamment de ses mérites et autres " œuvres ", l'être humain est déjà sauvé. Cette confiance de Dieu le rend responsable. Ainsi aimé, l'homme est apte à aimer son prochain.
  • 3) La Foi seule (Sola fide)
    La foi naît de la rencontre de l'être humain avec Dieu, elle est relation. La foi justifie l'être humain devant Dieu : elle le rend juste aux yeux de Dieu, même s'il est pécheur. La foi est un don de Dieu et non un mérite ou un bien à conquérir par soi-même.
  • 4) La Bible seule (Sola scriptura)
    La Bible est la seule autorité reconnue des protestants qui y voient le livre d'une humanité juive et chrétienne se voulant reliée à Dieu. Par le témoignage intérieur du Saint Esprit, la lecture de la Bible peut conduire à la révélation de Dieu. La Bible contient la parole de Dieu : le croyant est appelé à la lire, la méditer et l'annoncer.
  • 5) Eglise réformée, toujours à réformer (Ecclesia reformata semper reformanda) Les Églises rassemblent tous ceux qui se reconnaissent dans le Dieu de Jésus-Christ, notamment par le baptême et la Cène. En tant qu'institutions, elles n'exercent pas de médiation entre les fidèles et Dieu. Communautés humaines, elles évoluent sans cesse au rythme de l'humanité.
  • 6) Le Sacerdoce Universel (Solus Christus) Chaque baptisé a une place identique dans l'Eglise. Tous sont laïques. Le ministère pastoral ne constitue pas un clergé : le pasteur est celui ou celle dont la formation théologique permet d'animer la communauté. Le témoignage de la foi et de l'engagement dans le monde est donc le devoir de tous les protestants membres des Eglises.

Le protestant n'est pas un révolutionnaire - [Aller plus loin]

Denimal Eric " Oui, nous sommes protestants ", Paris : Presses du Châtelet 2002.
Dans le premier chapitre de ce livre, l'auteur tente de définir ce que signifie " Etre protestant ". Dans cet extrait (p.23-26), il présente le premier trait qui lui semble caractéristique, celui de la relation que les protestants entretiennent avec l'autorité, le pouvoir :
" Le combat qui a consisté à séparer l'Eglise de l'Etat à la fin du 19e siècle et qui a abouti à la loi de 1905, a été largement encouragé par le protestantisme qui avait déjà, au temps de la Réforme et des guerres de Religion, lutté contre le principe synthétique : un roi, une religion.
Le protestantisme est donc obstinément laïque, au nom même de son engagement religieux. Par là, il faut aussi entendre le souci de l'égalité spirituelle entre le clergé et les simples croyants ; c'est ce que l'on nomme "le sacerdoce universel". Longtemps, le protestantisme s'est élevé contre une Eglise dominatrice et un clergé qui détenait tous les pouvoirs (spirituels et temporels) ; c'est pourquoi il tient tant à briser les hiérarchies ecclésiales.
Cet esprit frondeur fait parfois dire qu'il est anarchiste et indiscipliné. C'est faire peu de cas d'une autre particularité du protestantisme : son sens de la discipline. Parce qu'il est attaché à la Bible, le protestant sait que la soumission au pouvoir est un ordre. Par ailleurs, il rappelle, toujours Bible en main, que le pouvoir est lui-même soumis à Dieu !
Interrogé par Pilate, Jésus lui lança : "Tu n'aurais pas l'autorité que tu as, si elle ne t'avait été donnée par mon Père !" (Jean 19,11)
Le protestant n'est pas un révolutionnaire, même lorsqu'il est en opposition de pensée avec le pouvoir. Calvin, l'un de ses fondateurs, tenta de l'expliquer à François Ier. Par ailleurs, le synode national des réformés de 1659 avait adressé à Louis XIV un message où il disait en substance : "Votre Majesté étant à l'image de Dieu, notre religion qui nous commande de le craindre, nous ordonne aussi de nous soumettre à votre souveraine autorité."
Il est arrivé toutefois que les protestants revendiquent une autre parole du Nouveau Testament : "Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes." Ce fut le cas du pasteur Dietrich Bonhoeffer, de l'Eglise protestante d'Allemagne, qui participa à l'attentat contre Hitler et qui fut pendu pour cela. On pourrait aussi évoquer la figure du pasteur Martin Luther King qui, aux Etats-Unis, s'opposa avec force, mais de façon pacifique, au pouvoir soutenant la ségrégation raciale.
Globalement, le protestant aime la discipline, l'ordre, l'autorité et est généralement loyal à l'égard du pouvoir, dans la mesure où ce dernier n'oublie pas les règles élémentaires de la démocratie. Il est à noter qu'en France, le protestantisme s'est distingué par les hauts fonctionnaires qu'il a donnés à l'Etat. Loyauté à l'égard du pouvoir donc, mais le protestantisme aime aussi la liberté ! Lorsqu'il a réclamé la liberté de conscience et la liberté de culte, il ouvrait la porte à toutes les autres libertés et, par incidence, au libéralisme des sociétés modernes. C'est ce que nous trouvons parfaitement synthétisé par cette remarque importante : "La réforme ne s'est pas faite sur la question de la liberté, mais sur celle de la fidélité à l'Evangile. Cependant, la revendication par la Réforme du libre droit pour chacun de vivre, en conformité avec l'Evangile librement examiné par lui, en dehors de l'autorité de l'Eglise, devait inévitablement faire naître toutes les autres libertés." La liberté politique en découle. Elle porte en elle l'esquisse de la démocratie et du libéralisme, peut-être même de la république. C'est sans doute l'analyse de Montesquieu lorsqu'il écrit : "La religion catholique convient mieux à une monarchie ; la protestante s'accommode mieux d'une république."

A quoi sert le protestantisme ? - [Aller plus loin]

SCHLUMBERGER Laurent, Dieu, l'absence et la clarté, Lyon Olivétan 2004 p. 13-16 :

" A quoi sert le protestantisme ?
Le protestantisme n'est pas avant tout une tradition confessionnelle. Il ne se définit d'abord ni par une histoire, ni par une généalogie, ni par un corps de doctrine, ni par une appartenance ecclésiastique - même s'il est devenu tout cela aussi et il ne pouvait pas en être autrement. Le protestantisme est d'abord, à sa racine, un mouvement. Mieux : une attitude.
Le mot orthodoxe suggère la soumission droite (c'est ce que signifie sa racine grecque) et donc l'adhésion à une tradition immuable. Le mot catholique suggère une extension universelle (c'est ce que signifie sa racine grecque) et donc une attitude d'englobement. Le mot protestant, lui, se situe d'une certaine manière en opposition fondatrice à la fois à la tradition et à l'universel. Son nom même évoque le refus et l'individu, le refus de ce qui semble aller de soi et donc en même temps l'affirmation de la primauté individuelle. Car si une attitude de refus peut, bien sûr, être partagée par de nombreuses personnes, elle renvoie pourtant nécessairement à un non-conformisme, à un choix personnel, au sens étymologique : à une hérésie. [...]
Ce mouvement de refus individuel qu'est le protestantisme, à toutes ses époques, s'appuie en amont sur une conviction affirmative, sur une expérience positive qui fait socle, qui fonde l'expression protestatrice. Quelle est cette expérience ? Je la définirais comme la redécouverte percutante de la pertinence de l'Evangile au coeur du monde présent. Précisons brièvement chaque mot.
Redécouverte. Ni Luther, ni Zwingli, ni Farel, ni les autres Réformateurs n'ont au fond rien inventé. Ce qu'on appelle la découverte réformatrice de Luther n'est qu'une nouvelle compréhension de l'expression : "la justice de Dieu". Pendant longtemps, Luther avait pensé que cette expression désignait la justice que Dieu fixe comme objectif aux efforts des chrétiens et dont il fallait donc pouvoir se montrer digne. Soudain, il comprit que la justice de Dieu est celle qui est donnée par Dieu au croyant, comme une sorte de préalable gratuit à sa vie nouvelle. Le point de départ de Luther ne fut donc aucunement une idée originale ; il n'a fait que relire autrement ce qu'il lisait depuis des années. Ce qui est vrai de Luther l'est aussi de bien des personnes qui aujourd'hui encore se reconnaissent comme protestantes. Souvent, celles-ci disent avoir découvert qu'en fait elles étaient protestantes depuis longtemps, mais qu'elles l'ignoraient. Le protestantisme n'est donc pas une découverte originale, inédite ; il est de l'ordre de la redécouverte. [...]
Redécouverte percutante de la pertinence de l'Evangile. L'Evangile, c'est-à-dire la bonne nouvelle. Le protestantisme, dont on dit qu'il est écrasant de responsabilité et d'austérité, ce qui a été parfois historiquement vrai, est théologiquement et historiquement un message, une attitude ou encore un mouvement joyeux, heureux, libérateur. Et cette joie modifie tout ce qu'elle touche. Reprenons le passage dans lequel Luther explique sa nouvelle compréhension de l'expression "justice de Dieu" : "Alors, je me sentis un homme né de nouveau et entré, par les portes grandes ouvertes, dans le paradis même. A l'instant même, l'Ecriture m'apparut sous un autre visage. [...]". Si l'Evangile de Jésus-Christ est pertinent, c'est par la puissance de transformation qu'il contient. [...]
Enfin, j'ai dit que l'expérience qui fonde l'expression protestante était la redécouverte percutante de la pertinence de l'Evangile au cœur du monde présent. [...] Cette insistance sur la pertinence dans le monde présent est notre véritable défi aujourd'hui. La Réforme fut pertinente au 16e siècle, mais nous ne sommes plus au 16e siècle. Le monde a changé. Les protestants sont-ils condamnés à répéter, amplifier, affiner un corps de doctrine ? S'en tenir là, ce serait précisément la trahison du protestantisme. Puisqu'à la racine de l'expression protestante il y a d'une part la découverte révolutionnaire d'un nouveau rapport entre l'Evangile et le monde présent, et puisque d'autre part l'Evangile en lui-même n'a rien de plus aujourd'hui qu'hier, il nous faut nous interroger sur l'autre pôle, c'est-à-dire sur les questions, les angoisses, les attentes du monde présent.
Au 16e siècle, la Réforme a redonné sa pertinence à l'Evangile en affirmant que cet Evangile renversait l'angoissante question du salut. Ce fut une extraordinaire libération non pas par la réponse apportée mais par le fait de considérer autrement la question elle-même. Quelle est aujourd'hui la question théologique centrale que nous lisons dans notre monde ? Où se situe le défi le plus grave lancé à la foi chrétienne, qui pourrait simultanément être le lieu de sa pertinence renouvelée ? En quoi l'Evangile nous paraît-il tomber à point, comme il ne l'avait jamais fait auparavant ? Répondre à ces questions, voilà notre tâche et tout particulièrement notre tâche de chrétiens protestants. "

La diète de Spire - [Culture]

Une diète est une assemblée politique. Deux ont eu lieu à Spire en Allemagne et ont fait date. La première (1526) contraint l'empereur allemand de laisser chaque prince librement choisir la religion sur son territoire. Quand, lors de la seconde (1529), l'empereur veut revenir sur cette concession et interdire toute propagation de la Réforme, 19 princes protestent, le 19 avril, en affirmant que les questions de foi ne peuvent se décider par un vote. Cette protestation, orchestrée par des laïcs, vaut aux adeptes de la Réforme le nom de " protestants ". A partir de cette décision, la division confessionnelle se superpose à la division politique.
Sur la toile de George Cattermole (peintre anglais, 1800-1868), les princes viennent " protester " publiquement devant l'empereur de ses dernières décisions.

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Un protestataire : Martin Luther King - [Culture]

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Martin Luther King (1929-1968) est un pasteur baptiste américain qui se fait connaître en 1955 lorsqu'il provoque le boycottage des autobus municipaux pour s'opposer à toute forme de ségrégation raciale (ce mouvement se crée à la suite de l'initiative d'une femme noire qui avait refusé de céder sa place à un homme blanc dans un autobus). Recommandant l'action non-violente, il organise en 1963 une marche sur Washington pour obtenir une loi sur les droits civiques. C'est là qu'il prononce un discours resté célèbre : I have a dream (" Je fais un rêve "). En 1964, il s'élève contre la guerre au Viêtnam et reçoit la même année le prix Nobel de la paix. Le 4 avril 1968, à Memphis, il meurt assassiné.

" Je vous dis aujourd'hui, mes amis, que malgré les difficultés et les frustrations du moment, j'ai quand même fait un rêve. C'est un rêve profondément enraciné dans le rêve américain. J'ai fait un rêve, qu'un jour, cette nation se lèvera et vivra la vraie signification de sa croyance : "Nous tenons ces vérités comme allant de soi, que les hommes naissent égaux." J'ai fait un rêve, qu'un jour, sur les collines de terre rouge de la Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d'esclaves pourront s'asseoir ensemble à la table de la fraternité.
J'ai fait un rêve, qu'un jour même l'état de Mississippi, un désert étouffant d'injustice et d'oppression, sera transformé en un oasis de liberté et de justice.
J'ai fait un rêve, que mes quatre enfants habiteront un jour une nation où ils seront jugés non pas par la couleur de leur peau, mais par le contenu de leur caractère. J'ai fait un rêve aujourd'hui.
J'ai fait un rêve, qu'un jour l'état de l'Alabama, dont le gouverneur actuel parle d'interposition et de nullification, sera transformé en un endroit où des petits enfants noirs pourront prendre la main des petits enfants blancs et marcher ensemble comme frères et sœurs.
J'ai fait un rêve aujourd'hui.
J'ai fait un rêve, qu'un jour, chaque vallée sera levée, chaque colline et montagne sera nivelée, les endroits rugueux seront lissés et les endroits tortueux seront faits droits, et la gloire du Seigneur sera révélée, et tous les hommes la verront ensemble. "

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"Bella ciao", un chant protestataire - [Culture]

"Bella ciao" est une chanson anonyme de protestation piémontaise (Italie). Elle exprime la protestation des "mondine", ces femmes qui travaillaient dans les rizières d'Italie du Nord, dans des conditions de travail épouvantables. Leur travail consistait à ramasser le riz dans les plantations, de juin à juillet. Elles restaient courbées toute la journée, les pieds dans l'eau, sous le regard et les brimades des surveillants.
Sur l'air de cette chanson traditionnelle des "mondine", les paroles ont été écrites pour la lutte antifasciste. "Bella ciao" est alors devenu le "chant des partisans italiens".

Una mattina mi son alzato

Un matin, je me suis levé

O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao

O bella ciao (bis), o bella ciao ciao ciao (Oh la belle, au revoir Oh la belle au revoir; Oh la belle au revoir, au revoir, au revoir)

Una mattina mi son alzato

Un matin, je me suis levé

E ho trovato l'invasor

Et j'ai trouvé l'ennemi

O partigiano portami via

Oh partisan emmène-moi

O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao

O bella ciao (bis), o bella ciao ciao ciao

O partigiano portami via

Oh partisan emmène-moi

Che mi sento di morir

Je me sens prêt à mourir

E se io muoio da partigiano

Et si je meurs en partisan

O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao

O bella ciao (bis), o bella ciao ciao ciao

E se io muoio da partigiano

Et si je meurs en partisan

Tu mi devi seppellir

Tu m'enterreras

E me seppellirai lassù in montagna

Tu m'enterreras sur la montagne

O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao

O bella ciao (bis), o bella ciao ciao ciao

E me seppellirai lassù in montagna

Tu m'enterreras sur la montagne

Sotto l'ombra d'un bel fior

Sous l'ombre d'une belle fleur

E la gente che passera

Et les gens qui passeront

O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao

O bella ciao (bis), o bella ciao ciao ciao

E la gente che passera

Et les gens qui passeront

Mi dira " O che bel fior "

Me diront " Quelle belle fleur "

E quest'è'l fiore del partigiano

Car c'est la fleur du partisan

O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao

O bella ciao (bis), o bella ciao ciao ciao

E quest'è'l fiore del partigiano

Car c'est la fleur du partisan

Morto per la libertà.

Mort pour la liberté.