Dieu

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L’inconnu

Dans la rue, la femme et l’homme ont été arrêtés. On les entend crier sous les coups. C’est insoutenable. Freud se lève précipitamment pour aller à la fenêtre. L’Inconnu s’interpose et lui en barre l’accès.Non, s’il vous plaît. FREUD : Et vous laissez faire ! L’INCONNU : J’ai fait l’homme libre. FREUD : Libre pour le mal ! L’INCONNU (l’empêchant de passer, malgré les cris qui s’amplifient) : Libre pour le bien comme pour le mal, sinon la liberté n’est rien. FREUD : Donc vous n’êtes pas responsable ? Pour toute réponse, l’Inconnu cesse brusquement de retenir Freud. Celui-ci se précipite vers la fenêtre. Les cris se calment. On entend seulement les bottes s’éloigner. L’Inconnu s’est laissé tomber sur un siège.Ils ont arrêté un couple. Ils l’emmènent… (Se tournant vers l’Inconnu.) Où ? L’INCONNU (sans force) : dans des camps… FREUD : Des camps ? Freud est effaré par cette nouvelle. Il s’approche de l’Inconnu qui est bien plus défait que lui encore…Empêchez-les ! Empêchez tout ça ! Comment voudriez-vous qu’on croit encore en vous après tout ça ! Arrêtez ! Il le secoue par le col.L’INCONNU : Je ne peux pas. FREUD (véhément) : Allez ! Intervenez ! Arrêtez ce cauchemar, vite ! L’INCONNU : Je ne peux pas. Je ne peux plus ! L’Inconnu se dégage, rassemble ses forces pour aller fermer la fenêtre. Au moins, le bruit des bottes a disparu… Il s’appuie contre la vitre, épuisé.FREUD : Tu es tout-puissant ! L’INCONNU : Faux. Le moment où j’ai fait les hommes libres, j’ai perdu la toute-puissance et l’omniscience. J’aurais pu tout contrôler et tout connaître d’avance si j’avais simplement construit des automates. FREUD : Alors pourquoi l’avoir fait, ce monde ? L’INCONNU : Pour la raison qui fait faire toutes les bêtises, pour la raison qui fait tout faire, sans quoi rien ne serait…par amour. Il regarde Freud qui semble mal à l’aise.Tu baisses les yeux, mon Freud, tu ne veux pas de ça, hein, toi, un Dieu qui aime ? Tu préfères un Dieu qui gronde, les sourcils vengeurs, le front plissé, la foudre entre les mains ? Vous préférez tous ça, les hommes, un Père terrible, au lieu d’un Père qui aime… Il s’approche de Freud qui est assis, et s’agenouille devant lui.Et pourquoi vous aurais-je faits si ce n’était par amour ? Mais vous n’en voulez pas, de la tendresse de Dieu, vous ne voulez pas d’un Dieu qui pleure…qui souffre…(Tendrement) Oh, oui, tu voudrais un Dieu devant qui on se prosterne mais pas un Dieu qui s’agenouille…

Eric-Emmanuel Schmitt Né en 1960, normalien, agrégé de philosophie, docteur, Eric-Emmanuel Schmitt se fait d'abord connaître au théâtre avec Le Visiteur, cette rencontre hypothétique entre Freud et peut-être Dieu. Rapidement, d'autres succès suivent : Variations énigmatiques, Le Libertin, Mes Evangiles, etc. Ses pièces sont récompensées par plusieurs " Molière " et le " Grand Prix du théâtre de l'Académie française ". Son œuvre est désormais jouée dans plus de quarante pays. Les quatre récits du " Cycle de l'Invisible ", des contes sur l'enfance et la spiritualité, ont rencontré un immense succès aussi bien sur scène qu'en librairie : Milarepa, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Oscar et la dame rose et L'Enfant de Noé. Passionné de musique, Eric-Emmanuel Schmitt a également signé la traduction française des Noces de Figaro et de Don Giovanni. Il vit actuellement à Bruxelles.

  • Vous sentez-vous proche de la réaction de Freud ?

  • Comment réagissez-vous face à l’attitude de l’Inconnu ?

L’inconnu

Dans la rue, la femme et l’homme ont été arrêtés. On les entend crier sous les coups. C’est insoutenable.
Freud se lève précipitamment pour aller à la fenêtre.
L’Inconnu s’interpose et lui en barre l’accès.
Non, s’il vous plaît.
FREUD : Et vous laissez faire !
L’INCONNU : J’ai fait l’homme libre.
FREUD : Libre pour le mal !
L’INCONNU (l’empêchant de passer, malgré les cris qui s’amplifient) : Libre pour le bien comme pour le mal, sinon la liberté n’est rien.
FREUD : Donc vous n’êtes pas responsable ?
Pour toute réponse, l’Inconnu cesse brusquement de retenir Freud. Celui-ci se précipite vers la fenêtre.
Les cris se calment. On entend seulement les bottes s’éloigner.
L’Inconnu s’est laissé tomber sur un siège.
Ils ont arrêté un couple. Ils l’emmènent… (Se tournant vers l’Inconnu.) Où ?
L’INCONNU (sans force) : dans des camps…
FREUD : Des camps ?
Freud est effaré par cette nouvelle. Il s’approche de l’Inconnu qui est bien plus défait que lui encore…
Empêchez-les ! Empêchez tout ça ! Comment voudriez-vous qu’on croit encore en vous après tout ça ! Arrêtez !
Il le secoue par le col.
L’INCONNU : Je ne peux pas.
FREUD (véhément) : Allez ! Intervenez ! Arrêtez ce cauchemar, vite !
L’INCONNU : Je ne peux pas. Je ne peux plus !
L’Inconnu se dégage, rassemble ses forces pour aller fermer la fenêtre. Au moins, le bruit des bottes a disparu…
Il s’appuie contre la vitre, épuisé.
FREUD : Tu es tout-puissant !
L’INCONNU : Faux. Le moment où j’ai fait les hommes libres, j’ai perdu la toute-puissance et l’omniscience. J’aurais pu tout contrôler et tout connaître d’avance si j’avais simplement construit des automates.
FREUD : Alors pourquoi l’avoir fait, ce monde ?
L’INCONNU : Pour la raison qui fait faire toutes les bêtises, pour la raison qui fait tout faire, sans quoi rien ne serait…par amour.
Il regarde Freud qui semble mal à l’aise.
Tu baisses les yeux, mon Freud, tu ne veux pas de ça, hein, toi, un Dieu qui aime ? Tu préfères un Dieu qui gronde, les sourcils vengeurs, le front plissé, la foudre entre les mains ? Vous préférez tous ça, les hommes, un Père terrible, au lieu d’un Père qui aime…
Il s’approche de Freud qui est assis, et s’agenouille devant lui.
Et pourquoi vous aurais-je faits si ce n’était par amour ? Mais vous n’en voulez pas, de la tendresse de Dieu, vous ne voulez pas d’un Dieu qui pleure…qui souffre…(Tendrement) Oh, oui, tu voudrais un Dieu devant qui on se prosterne mais pas un Dieu qui s’agenouille…

Eric-Emmanuel Schmitt Né en 1960, normalien, agrégé de philosophie, docteur, Eric-Emmanuel Schmitt se fait d'abord connaître au théâtre avec Le Visiteur, cette rencontre hypothétique entre Freud et peut-être Dieu. Rapidement, d'autres succès suivent : Variations énigmatiques, Le Libertin, Mes Evangiles, etc. Ses pièces sont récompensées par plusieurs " Molière " et le " Grand Prix du théâtre de l'Académie française ". Son œuvre est désormais jouée dans plus de quarante pays. Les quatre récits du " Cycle de l'Invisible ", des contes sur l'enfance et la spiritualité, ont rencontré un immense succès aussi bien sur scène qu'en librairie : Milarepa, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Oscar et la dame rose et L'Enfant de Noé. Passionné de musique, Eric-Emmanuel Schmitt a également signé la traduction française des Noces de Figaro et de Don Giovanni. Il vit actuellement à Bruxelles.

Soyez acteur de votre lecture

  • Relevez les différentes parties du texte et précisez l’évolution ?

  • Quel type de relation s’établit entre les deux personnages ? Comment évolue-t-elle ?

  • Précisez les deux logiques qui s’affrontent, celle de Freud et celle de l’Inconnu.

  • Qu’apporte l’écriture théâtrale aux propos tenus ?

Quelle image vous faites-vous de Dieu ? Pourquoi ?
Il existe différentes manières de se représenter Dieu et d'en parler. Selon vous, cette multiplicité est-elle une chance ou un risque ? Pourquoi ?
Comment articuleriez-vous l'existence du mal et de Dieu ?
Dieu donne-t-il "du" ou "des" sens à la vie ? Le ou lesquels ?
Pensez-vous que l'existence de Dieu met en question la liberté de l'être humain ?

Un peu de culture...

Le dialogue interreligieux



Dans l’article du Figaro intitulé Les 4 vérités de Dieu (publié le 30 juin 2006), le journaliste Olivier Michel interroge quatre représentants religieux de France : l’évêque Jean-Pierre Ricard, le président de la Fédération Protestante de France le pasteur Jean-Arnold de Clermont, le grand rabbin Joseph Sitruk et le recteur de la mosquée de Paris Dalil Boubakeur. Lors de cette interview, on peut déceler les orientations des trois grandes religions monothéistes.

« Une religion peut-elle vivre avec ses seuls livres saints ?
Mgr J.-P. R. – Contrairement à ce qu’on entend souvent, le christianisme n’est pas une religion du Livre. Elle est la religion de l’Incarnation : Dieu a pris chair et s’est fait homme. C’est à travers les hommes qui traduisent leur foi en actes, qui aiment leur prochain comme Jésus nous a aimés, que la religion reste vivante. Mais la méditation des Ecritures saintes est indispensable pour nourrir sa foi et suivre l’exemple du Christ.
Pasteur J.-A. de C. – Une religion est en dialogue permanent avec la culture de son temps ; elle se fonde sur ses textes saints mais en dialogue avec la philosophie, la science, les arts de son temps. Mais elle se vit aussi avec d’autres croyants dans le cadre d’une communauté, lors des offices ou de temps de réflexion et de partage. »



Et si en plus y'a personne


Souchon, Alain, Et si en plus y’a personne
Paroles et musique d’Alain Souchon et Laurent Voulzy, 2005.

Cette chanson parle des trois grandes religions monothéistes (judaïsme, christianisme, islam). En pointant les excès de chacune d’entre elles, la chanson s’interroge sur leur fondement. Et si en plus y’a personne dénonce toutes sortes de fanatisme religieux, au nom desquels on tue. La chanson remet en question l’existence même d’un Dieu.

Abderhamane, Martin, David
Et si le ciel était vide
Tant de processions, tant de têtes inclinées
Tant de capuchons tant de peur souhaitées
Tant de démagogues de Temples de Synagogues
Tant de mains pressées, de prières empressées

Tant d’angélus
Ding
Qui résonne
Et si en plus
Ding
Y’a personne

Abderhamane, Martin, David
Et si le ciel était vide
Il y a tant de torpeurs
De musiques antalgiques
Tant d’anti-douleurs dans ces jolis cantiques
Il y a tant de questions et tant de mystères
Tant de compassions et tant de revolvers

Tant d’angélus
Ding
Qui résonne
Et si en plus
Ding
Y’a personne

Arour hachem, Inch Allah
Are Krishna, Alléluia

Abderhamane, Martin, David
Et si le ciel était vide
Si toutes les balles traçantes
Toutes les armes de poing
Toutes les femmes ignorantes
Ces enfants orphelins
Si ces vies qui chavirent
Ces yeux mouillés
Ce n’était que le vieux plaisir
De zigouiller.