Module En quête de sagesse avec Job*



Le juste est mis à nu



Le juste mis à nu

Job, homme intègre et droit, vient de perdre tous ses biens et ses enfants.

 

Job, chapitre 1,20-22

 20 

Alors Job se leva. Il déchira son manteau et se rasa la tête. Puis il se jeta à terre, adora

 21 

et dit : " Sorti nu du ventre de ma mère, nu j'y retournerai. Le SEIGNEUR a donné, le SEIGNEUR a ôté: Que le nom du SEIGNEUR soit béni ! "

 22 

En tout cela, Job ne pécha pas. Il n'imputa rien d'injuste à Dieu.

 

Job, chapitre 2,7b-10b

 7 

Et il frappa Job d'un ulcère malin depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête.

 8 

Alors Job prit un tesson pour se gratter et il s'installa parmi les cendres.

 9 

Sa femme lui dit : " Vas-tu persister dans ton intégrité ? Maudis Dieu, et meurs ! "

 10 

Il lui dit : " Tu parles comme une folle. Nous acceptons le bonheur comme un don de Dieu. Et le malheur, pourquoi ne l'accepterions-nous pas aussi ? " En tout cela, Job ne pécha point par ses lèvres.

D'après la traduction œcuménique de la Bible (TOB)


  • Comment réagissez-vous à ce texte et à l'échange entre Job et sa femme ? Compréhension, étonnement, révolte, incompréhension,... ?
  • Avez-vous déjà entendu l'expression "Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté" ?

Cliquez sur les termes soulignés : les notices s’affichent en dessous de ce texte

Le juste mis à nu

Job, homme intègre et droit, vient de perdre tous ses biens et ses enfants.

 

Job, chapitre 1,20-22

 20 

Alors Job se leva. Il déchira son manteau et se rasa la tête. Puis il se jeta à terre, adora

 21 

et dit : " Sorti nu du ventre de ma mère, nu j'y retournerai. Le SEIGNEUR a donné, le SEIGNEUR a ôté: Que le nom du SEIGNEUR soit béni ! "

 22 

En tout cela, Job ne pécha pas. Il n'imputa rien d'injuste à Dieu.

 

Job, chapitre 2,7b-10b

 7 

Et il frappa Job d'un ulcère malin depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête.

 8 

Alors Job prit un tesson pour se gratter et il s'installa parmi les cendres.

 9 

Sa femme lui dit : " Vas-tu persister dans ton intégrité ? Maudis Dieu, et meurs ! "

 10 

Il lui dit : " Tu parles comme une folle. Nous acceptons le bonheur comme un don de Dieu. Et le malheur, pourquoi ne l'accepterions-nous pas aussi ? " En tout cela, Job ne pécha point par ses lèvres.

D'après la traduction œcuménique de la Bible (TOB)


Après étude du texte, nous vous proposons une série de questions qui vous permettront d'actualiser le texte, et de faire de ce récit le vôtre
(nb : les visuels associés aux questions sont uniquement présents pour vous inspirer, mais ne constituent pas un élément de réponse)

Partager avec l'équipe Théovie vos réflexions


  • 20070603224712


    Qu'est-ce qui relève selon vous de la "sagesse" dans la réaction de Job ?

  • 20070603224759


    "Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté" quel pourrait être l'usage de cette phrase dans des cérémonies religieuses ?

  • 20070603230529


    Connaissez-vous des situations où la réaction de Job vous semble adaptée ? Lesquelles ? Pourquoi ?



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Soyez acteur de votre lecture


  • En quoi ce récit s'apparente-t-il à un conte ? Cherchez quelques indices. Lisez pour cela aussi le début du chapitre 1.
  • Connaissez-vous des situations dans lesquelles on parle comme Job le fait ici ? Dans quelles circonstances et pourquoi ?
  • Pourquoi Job déchire-t-il son manteau ? Voir aussi Genèse 37,29-34, Genèse 44,13, Nombres 14,6, Esdras 9,3-5, Ezéchiel 26,16, Job 2,12 et dans le Nouveau Testament le livre des Actes 14,14.
  • Selon la réaction de Job, qui pense-t-il être à l'origine de ses malheurs ?
  • Pourquoi Job traite-t-il sa femme de "folle" ? Qu'est-ce qui pour Job est "fou" dans son raisonnement ?
  • D'après ce passage, qu'est-ce que "pécher" veut dire ?

Un peu de culture...

Le Chat

Dans la bande dessinée de Philippe Geluck, le Chat dit :

" C'est Dieu qui nous donne la vie, c'est aussi Dieu qui nous la reprend.
Et bien, moi je dis :
Donner c'est donner, reprendre c'est voler ! ".


" Il n'a pas du tout plu à Dieu... "

Le pasteur et écrivain suisse Kurt Marti proteste dans un de ses poèmes (in : Discours funéraires) contre l'expression qu'on peut lire dans beaucoup de faire part de décès : " Il a plu à Dieu de rappeler à Lui M.... ou Mme... "

Au Seigneur notre Dieu
Il n'a pas plu du tout que Gustave E. Lips
meure dans un accident de voiture

 

dem herrn unserem gott
hat es ganz und gar nicht gefallen
dass gustav e. lips
durch einen Verkehrsunfall starb

Premièrement, il était trop jeune
Deuxièmement, il était un tendre mari pour sa femme
Troisièmement, il était un père joyeux pour ses enfants
Quatrièmement, il était un bon ami pour ses amis
Cinquièmement, il était plein de bonnes idées...

 

erstens war er zu jung
zweitens seiner frau ein zärtlicher mann
drittens zwei kindern ein lustiger vater
viertens den freunden ein guter freund
fünftens erfüllt von guten ideen.....

Il n'a pas plu du tout au Seigneur notre Dieu
que certains d'entre vous pensaient que cela lui aurait plu

 

dem herrn unserem gott
hat es ganz und gar nicht gefallen
dass einige von euch dachten
es habe ihm solches gefallen

Au nom de Celui qui ressuscite des morts
Au nom du Mort qui est ressuscité,
Nous protestons contre la mort de Gustave E.Lips

 

im namen dessen der tote erweckte
im namen des toten der auferstand:
wir protestieren gegen den tod von gustav e. lips


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Job - [Clés de lecture]

20070525221607

Qui est Job ? Son nom signifierait (d'après sa racine hébraïque) " celui qui est traité en ennemi " ou " celui qui est objet de persécution ". Job peut donc être tout un chacun qui vit l'expérience que décrit le livre...
Mais y a-t-il seulement une figure de Job ? Si on lit le livre à qui on a donné son nom, on trouve d'abord une histoire -tel un conte oriental- qui présente Job comme un très riche propriétaire à qui arrive toute sorte de malheurs. Oui, " il y avait une fois " au pays de Ouç (Job 1,1) un certain Job, exemple de piété et de justice. Un peu plus tard, ce même Job (est-ce bien le mêmevoir entrée Maudite naissance ?...) parle, hurle, crie pendant 39 chapitres son malheur.

Un homme intègre et droit - [Clés de lecture]

20070525221634

L'auteur du livre qualifie Job d'" intègre et droit " et de " craignant Dieu et évitant le mal " (Job chapitre 1,1). On décrit d'autres personnages de l'Ancien Testament (et du Nouveau) de manière proche. Job se trouve " en bonne compagnie " : Noé (Genèse 6,9), Abraham (Genèse 17,1) et Jacob (Genèse 25,27).
Le mot " intègre " vient d'une racine hébraïque qui évoque le fait d'être " entier ", la perfection, tant physique que morale. La " droiture " qui concerne les relations envers la loi et les autres en découle. Le texte ajoute encore " craignant Dieu et évitant le mal ". Cet ajout qui pourrait apparaître comme superflu, ne l'est pas quand on considère que l'auteur veut fortement insister sur l'irréprochabilité de Job, tant physique que sociale et religieuse. Pourquoi ? Le récit s'enracine dans la littérature de sagesse dont une idée principale est la logique de la rétribution.

Il déchira son manteau et se rasa la tête - [Clés de lecture]

On rencontre beaucoup de rites de deuil, de repentance ou de désespoir dans l'Ancien Testament : Déchirer ses vêtements (p.ex. en Genèse 37,34, 1Samuel 4,12, 1Rois 21,27, Esaïe 37,1), se couvrir la tête de poussière ou de cendre, se faire des incisions sur le corps, jeûner, porter des habits de deuil, ne pas mettre de parfum, se coucher sur de la cendre (Esther 4,3), chanter des chants de deuil, se raser la tête (Esaïe 22,12). Certains de ces rites se retrouvent d'ailleurs chez d'autres peuples. Ainsi, les incisions sur le corps sont parfois critiquées par les auteurs des textes bibliques (p.ex. Deutéronome 14,1).

J'y retournerai - [Clés de lecture]

20070525211230

La nudité dit la fragilité de la condition humaine, à la naissance comme à la mort. Ici, le mot " sein " est symbolique pour le séjour des morts (Voir aussi Jonas 2,3). L'être humain est créé à partir de la poussière et il redevient poussière une fois que le souffle de Dieu ne l'habite plus. La terre est vue comme une mère d'où vient l'être humain et à laquelle il retourne. On ne trouve pas ici l'espoir d'une résurrection. Tout se joue dans la vie ici-bas. C'est pourquoi d'ailleurs l'expérience du juste souffrant est aussi insupportable. Job constate ici simplement la fragilité de toute vie.

Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté - [Clés de lecture]

20070525211258

Dans un premier temps, Job ne met pas en question le rôle de Dieu dans ce qui lui arrive. Même si les événements restent incompréhensibles, Job demeure pleinement dans la théologie de l'époque : Dieu tout puissant est responsable de tout ce qui arrive. Cette conviction s'exprime aussi ailleurs dans l'Ancien Testament. Elle est la conséquence directe du développement du monothéisme en Israël. Dans le contexte de ce qui arrive à Job, elle résonne de manière particulièrement révoltante. Elle a parfois été interprétée comme une résignation devant les faits horribles qui l'affectent. Mais à côté de l'incompréhension que l'on peut éprouver face à une telle déclaration, il ne faut pas oublier qu'elle exprime aussi la confiance de Job (" Rien ne peut arriver dont Dieu n'ait connaissance "). C'est cette confiance qui lui permettra justement par la suite de contester ce Dieu qu'il regarde comme responsable de ses maux.

Rien d'injuste - [Clés de lecture]

Ce petit commentaire de l'auteur " En tout cela, Job ne pécha pas. Il n'imputa rien d'injuste à Dieu. " dit tout le scandale du récit. La justice de Job semble en quelque sorte dépasser celle de Dieu lui-même. Car Dieu apparaît bien comme injuste envers Job, si on considère le " pari " qu'il a lancé à Satan. En tout cas, l'auteur du texte pousse toujours plus le décalage entre d'un côté Job, exemple de justice en toute chose, et Dieu qui se montre comme étonnamment loin de ses propres prescriptions.

Il frappa - [Clés de lecture]

20070525211347

De qui s'agit-il ? Dans le texte de nos Bibles, il semble évident que ce soit l' Adversaire car nous lisons le " il " à la suite du dialogue au ciel (versets 6 à 12). Toutefois le texte de ces premiers chapitres a probablement été complété par un ou plusieurs rédacteurs. Si vous lisez par exemple le v. 13 comme suite du v.12, les " fils " dont il est question seraient ceux de Satan ce qui ne fait pas de sens. Il semble bien que le v.13 du premier chapitre était à l'origine la suite du v.5. et que le dialogue au ciel entre Dieu et l'Adversaire a été ajouté par la suite. C'est pourquoi nos traductions choisissent de préciser de quels fils il s'agit en mettant " les fils de Job ", alors que le texte hébreu n'a que " ses fils ".
Qu'est-ce que cela veut dire ? La conséquence est que ce " il " dans un premier temps se rapportait à Dieu. C'est d'ailleurs ainsi que Job comprend les événements. Ce n'est que dans un deuxième temps, quand il était devenu inaudible d'attribuer de telles actions à Dieu face à son serviteur Job qu'on a mis en scène une deuxième figure : l'Adversaire. Ce procédé se retrouve ailleurs dans l'Ancien Testament.

Un ulcère malin - [Clés de lecture]

Si cette maladie de la peau n'est pas mortelle, elle est pénible car elle produit des démangeaisons sur tout le corps. Comme maladie de la peau, elle est visible et coupe ainsi des autres. Le malheur ne concerne plus seulement l'entourage de Job, mais c'est lui-même qui est désormais concerné de manière visible et repoussant pour les autres.

Les cendres - [Clés de lecture]

20070525211445

Comme conséquence de sa maladie Job quitte sa maison pour aller littéralement " parmi les cendres ". Cette expression désigne un endroit impur en dehors des villages où les malades devaient se réfugier pour éviter de contaminer les autres membres de la communauté.

Persister dans ton intégrité - [Clés de lecture]

20070525211516

La femme de Job entre en scène. Elle apparaît comme porte-parole de l'Adversaire. Le lecteur sait que c'est justement de cela qu'il s'agit : persister ou non dans l'intégrité qui consiste à servir Dieu " pour rien ". La femme de Job essaie de le faire entrer dans la logique du donnant-donnant : Si Dieu ne prend pas mieux soin de toi après tout ce que tu as fait pour lui, à quoi bon croire et rester juste ?

Maudis Dieu et meurs ! - [Clés de lecture]

20070525211549

Dans le texte hébreu, la femme dit littéralement " Bénis Dieu et meurs ! " Pourquoi alors traduit-on " Maudit Dieu " ? Les auteurs des textes de l'Ancien Testament ont toujours évité de mettre un verbe de malédiction à côté du nom de Dieu. C'est pourquoi, on ne va jamais trouver l'association de " maudire " avec le nom de Dieu alors que parfois c'est ce sens qu'il faut retenir.
Mais que dit la femme ? Peut-être bien qu'on peut ici retenir " Bénis Dieu et meurs ". C'est un peu pour dire " Bénis ce Dieu auquel tu tiens tant et meurs car c'est ce qu'Il te propose ! " Ce serait alors l'expression ou bien de l'ironie ou bien de la désillusion. Peut-on ajouter aussi que la phrase veut pousser à la révolte contre cette situation impossible et invivable ? Toutes ces différentes lectures existent.

Tu parles comme une folle - [Clés de lecture]

20070525211615

La folie dans l'Ancien Testament n'est pas la maladie mentale. Le fou ou l'insensé est celui qui ne se comporte pas selon les règles de la sagesse. Il est le contre-exemple du sage. Mais il est aussi celui qui ne connaît ou qui ne reconnaît pas la présence de Dieu. Dans le Psaume 14,1 l'insensé est celui qui dit en son cœur : " Il n'y a pas de Dieu ". C'est probablement dans ce sens que Job traite sa femme de " folle ". Elle ne reconnaît pas que Dieu est à l'œuvre alors même que tout semble prouver le contraire. La figure de Job ici est celle du sage qui va chercher à comprendre et qui ne va pas écarter d'un revers de la main la présence de Dieu dans ses malheurs.

Job, un étranger - [Contexte]

20070525211700

Job lui-même n'est pas un Israélite et ne vit pas sur le territoire d'Israël. L'histoire de Job se déroule en effet dans le pays d'Ouç, en dehors du territoire d'Israël, probablement dans le territoire édomite (Est de la Palestine). Ainsi, dès le début, le livre de Job et son message ne concerne pas seulement le peuple d'Israël, mais un univers plus large.

La sagesse et la rétribution - [Contexte]

20070525213215

La sagesse dans l'Orient Ancien recouvre ce que l'on appellerait aujourd'hui une " philosophie de la vie ". Il s'agit en effet de l'effort humain pour comprendre le monde et vivre en harmonie avec son ordre ou : ajuster son comportement à son ordre. Cette compréhension part de l'observation concrète des choses, elle en cherche le sens et une logique entre les événements. C'est une question de survie dans un monde précaire. Si l'on n'écoute pas les anciens, on risque de semer là où rien ne pousse ; si l'on ne fait pas de réserves, on risque de se trouver dans le besoin. Celui qui emprunte aux autres sans jamais rendre risque de se retrouver sans personne qui veuille encore l'aider, etc. Le livre des Proverbes est rempli de ces recommandations. Elles sont la quintessence de ce que l'homme a trouvé pour vivre, pour bien vivre. La sagesse cherche le bon sens, la logique, la cohérence, la pertinence de l'action humaine. Elle découvre des liens de cause à effet dans le comportement de l'être humain : Plus un personnage est sage ou avisé, mieux il réussit dans la vie. Plus un personnage se conduit mal, plus il risque punition et malheur. Ce qui est donc d'abord simplement un constat de bon sens devient petit à petit une conviction théologique. La sagesse développe ainsi une image de Dieu qui fonctionne à partir de cette conviction de base : la rétribution. Cette idée repose sur une conception religieuse du monde : Dieu a établi l'ordre du monde et, pour que cet ordre puisse durer, il doit exister un lien entre l'agir de l'être humain et ce qui lui arrive. Par conséquent, tout acte mauvais doit être sanctionné et tout acte bon récompensé. L'expérience de Job va battre en brèche cette compréhension de Dieu. Le livre de Job va contester cette idéevoir entrée Maudite naissance de la rétribution.

20070525213502

Monothéisme et mal - [Contexte]

Au moment où une religion admet l'existence de plusieurs dieux, la question de l'origine du mal est assez facilement résolue : généralement, c'est un dieu plus ou moins méchant qui en porte la responsabilité. Dans les religions monothéistes par contre (qui ne reconnaissent qu'un seul Dieu), la question est plus difficile. En effet, s'il n'y a qu'un seul Dieu, créateur de l'univers, il est forcément responsable de tout ce qui arrive. Dans l'Ancien Testament, à une époque où la foi en un seul Dieu se profile, on découvre des textes qui peuvent choquer quand on les extrait de leur contexte. Ainsi, dans le livre du Deutéronome, on lit :

Deutéronome 32,39
Sachez donc que c'est moi qui suis Dieu, et qu'il n'y a point de dieu près de moi. Je fais vivre et je fais mourir. Je blesse et je guéris. Et personne ne délivre de ma main.

Ou encore dans le livre du prophète Esaïe qui met dans la bouche de Dieu les paroles suivantes :

Esaïe 45,5-7
C'est moi qui suis le Seigneur, il n'y en a pas d'autre, moi excepté, nul n'est dieu! Je t'ai mis le ceinturon, sans que tu me connaisses, afin qu'on reconnaisse, au levant du soleil comme à son couchant, qu'en dehors de moi: néant! C'est moi qui suis le Seigneur, il n'y en a pas d'autre. Je forme la lumière et je crée les ténèbres, je fais le bonheur et je crée le malheur: c'est moi, le Seigneur, qui fais tout cela.

Contexte du récit - [Contexte]

20070525213312

La structure de ce récit en prose est facilement identifiable ; six grandes parties ressortent d'une lecture attentive. Le début introduit des indications géographiques, la figure et les caractéristiques de Job (1,1-5). Ensuite, le cadre géographique change, l'action se situe à la cour céleste entre l' Adversaire (Satan) et Dieu (1,6-12). De retour sur terre, quatre catastrophes touchent Job de plein fouet lui faisant perdre toute sa fortune et sa descendance (1,13-19). Pourtant, Job ne succombe pas à ses malheurs et ne maudit pas Dieu (1,20-22). L'adversaire insatisfait, demande alors à Dieu de pouvoir également attenter à l'intégrité physique de Job (2/1-6), mais cette deuxième mise à l'épreuve ne réussit pas mieux et Job, malgré l'insistance de son épouse, reste inébranlable (2,7-10).
Il est à noter que la cohérence littéraire de ces deux premiers chapitres est problématique ; en effet, les deux dialogues à la cour céleste (1,6-12 et 2,1-6) interviennent brutalement dans le récit sans avoir été introduits et semblent couper une suite logique d'abord entre le verset 5 et le v.13 puis entre le v.22 et le v.7 du deuxième chapitre (même si dans ce cas, le lien est moins évident). En effet, il est probable qu'un rédacteur plus tardif ait pris soin d'ajouter ces deux scènes à la cour céleste pour éviter de faire reposer entièrement la responsabilité des malheurs de Job sur Dieu lui-même.

Job, un conte oriental ? - [Contexte]

20070525213423

Quand on étudie l'histoire de Job d'un point de vue littéraire, on remarque plusieurs aspects qui la rapprochent d'un conte : la richesse extraordinaire du héros, les malheurs qui arrivent coup sur coup et le mettent à l'épreuve. Finalement, sa " victoire " : malgré tout ce qui arrive, il tient bon. On s'attendrait alors à une formule du genre : " et la morale de l'histoire est la suivante... ". La trame initiale de ce livre de la Bible pourrait en effet reposer sur un récit oral qui célèbre l'homme capable de résister devant les malheurs de la vie avec un certain détachement. Même si cette interprétation ne rend pas compte de l'ensemble du livre, une lecture des premiers chapitres la suggère souvent. Ce n'est que dans un deuxième temps qu'une critique de ce conte est formulée. Elle trouve son expression dans les chapitres qui vont suivre et qui insistent non pas sur l'inébranlabilité de Job, mais bien sur sa révolte.

La pensée de la rétribution aujourd'hui - [Espace temps]

Au moment où l'être humain est exposé à un malheur ou une souffrance qui le dépassent, on peut régulièrement entendre des paroles qui rappellent l'idée de la rétribution : " Qu'est-ce que j'ai fait au bon Dieu (ou dieu !) pour mériter cela ? " Même des personnes qui ne se disent pas croyantes peuvent avoir ce genre de réflexes. C'est que la logique du lien de cause à effet habite en profondeur l'humanité. L'absence de lien est souvent vécue comme un non-sens insupportable. Il vaut mieux trouver un sens même discutable que de rester sans explication pour l'événement qui est survenu.

Intègre et droit - [Espace temps]

Le croyant dans la pensée de la sagesse s'efforce à vivre en juste. Cette justice se concrétise dans la relation avec Dieu, le Juste par excellence, mais aussi dans la relation avec les autres. La justice qui est l'objectif de la vie croyante n'est pas d'abord une obéissance servile aux lois divines et humaines, mais une attitude intérieure qui se manifeste dans la vie de tous les jours, dans la considération et le respect des autres, en particulier des plus démunis.

Job, ô Job, n'as tu vraiment dit que ces belles paroles ? - [Espace temps]

Kierkegaard, Soeren, La répétition (1843), in : Editions complètes, tome 5, Paris : Dolorantes, 1972, p.64.
Dans la " Lettre du 19 septembre ", le philosophe Kierkegaard s'adresse à Job et lui dit :
" Job ! Job ! ô Job ! N'as-tu vraiment prononcé que ces belles paroles : "Eternel a donné, l'Eternel a ôté, que le nom de l'Eternel soit béni !" ? N'as tu rien dit de plus ? As-tu passé tout le temps de ta détresse à les répéter uniquement ? Pourquoi gardes-tu le silence sept jours et sept nuits ? Que se passe-t-il alors dans ton âme ? Quand le monde entier s'écroule sur ta tête et ne laisse autour de toi que des débris, reçois-tu aussitôt le calme surhumain, l'explication de l'amour, le robuste courage de la confiance et de la foi ? Ta porte est-elle aussi fermée à l'affligé, ne peut-il attendre de toi d'autre consolation que celle de la pitoyable sagesse du monde, quand elle débite un paragraphe sur la perfection de la vie ? N'as-tu rien de plus à dire, n'oses-tu rien dire de plus que les consolateurs officiels mesurant leurs paroles au malheureux, que ces consolateurs de métier, raides comme des maîtres de cérémonie, prescrivant à l'affligé qu'à l'heure de la détresse, il convient de dire : "Eternel a donné, l'Eternel a ôté, que le nom de l'Eternel soit béni !" ni plus ni moins que si l'on disait : "A vos souhaits ! " à celui qui éternue ! Non. "

Le juste qui souffre - [Espace temps]

La question du juste qui souffre est une question universellement connue et débattue. Ainsi, dans un texte mésopotamien contemporain du livre de Job, le sage reconnaît jusque dans la souffrance endurée la main de Dieu :
" Je veux louer Marduk, le Seigneur de sagesse, le dieu [avisé] ; il s'irrite la nuit, mais pardonne le jour. [...] ; lui dont la colère, telle une tempête, (ne laisse que) steppe, mais dont le souffle est agréable comme la brise du matin. Irrésistible est sa fureur, et sa rage est un ouragan ; mais son penchant est secourable et son cœur prêt au pardon. Les cieux ne peuvent porter le poids de ses mains, [...] Ses coups pénètrent, ils transpercent le corps ; mais doux sont ses bandages, ils sauvent de la mort. [...] Si lourd que (pèse) sa main, son cœur est miséricordieux ; si terribles que soient ses armes, sa volonté opère la guérison. "
Cité dans Sagesses de Mésopotamie, (Supplément au Cahier Evangile 85), Paris: Cerf, septembre 1993, p. 61s.

Texte de la théodicée - [Espace temps]

Devant le drame de la peste qui s'abat sur la ville, la question du pourquoi de la souffrance se pose. Albert Camus met en scène le père Paneloux. Dans un premier prêche, celui-ci défend l'idée selon laquelle la peste -comme tout mal- est d'origine divine. Elle est une punition et il faut trouver une manière de " convertir ce mal en bien ".
Devant la souffrance devenue intolérable, surtout celle des enfants, il va dans un deuxième temps infléchir complètement sa position : " [Le père] parla d'un ton plus doux et plus réfléchi que la première fois et, à plusieurs reprises, les assistants remarquèrent une certaine hésitation dans son débit. Chose curieuse encore, il ne disait plus "vous", mais "nous". " Et, un peu plus loin dans le texte : " [Le père] disait à peu près qu'il ne fallait pas essayer de s'expliquer le spectacle de la peste, mais tenter d'apprendre ce qu'on pouvait en apprendre. Rieux comprit confusément que, selon le père, il n'y avait rien à expliquer. Son intérêt se fixa quand Paneloux dit fortement qu'il y avait des choses qu'on pouvait expliquer au regard de Dieu et d'autres qu'on ne pouvait pas. "
A.Camus, La Peste, in : Camus, Albert, Théâtre, Récits, Nouvelles, Paris: Gallimard-NRF, (La Pléiade, vol.61), 1967, p.1296-1299

Comment expliquer la présence de Dieu et la souffrance ? - [Espace temps]

Face à la souffrance et au malheur, l'effort humain consiste à comprendre, à expliquer ou à intégrer ce qui arrive dans un système philosophique ou théologique. Différentes lectures de ce qui arrive existent et se côtoient. Toutes peuvent avoir de la valeur aussi longtemps que c'est celui ou celle qui souffre qui prend la parole sur sa propre situation. Ce qui est particulièrement irrecevable c'est quand un tiers explique à celui qui souffre le sens de sa souffrance.
Un monsieur est allé voir un ami à l'hôpital. Il était très malade et très inquiet. Le monsieur cherche à lui dire des paroles de consolation. Rien n'y fait. Un jour, il vient le voir et trouve son ami paisible et tranquille dans son lit. Il lui demande ce qui lui arrive. Celui-ci lui répond : " C'est parce qu'enfin, j'ai compris que c'était Dieu qui m'envoyait cette maladie ! " Le monsieur en question reste bouche bée devant ce qu'il juge être une explication affreuse et horrible de la maladie. Toutefois, il reconnaît que c'est l'explication de son ami et qu'elle semble l'apaiser. Son ami lui dit : " Tu comprends, je sais maintenant que ma maladie n'est pas la conséquence d'un pouvoir maléfique. Dieu, je le connais, je vais pouvoir me disputer avec lui ! "
Cette histoire traduit bien la difficulté qu'on a parfois de ne pas parler à la place de celui ou de celle qui souffre mais de respecter l'expérience de l'autre. La réponse à la maladie, au malheur est toujours une réponse individuelle. On ne peut pas la donner " une fois pour toutes ", et surtout ce n'est pas un tiers qui peut l'imposer, alors qu'il ne se trouve pas concerné.

La seule phrase à retenir ? - [Espace temps]

Une lecture populaire de l'histoire de la figure de Job au Congo
Extrait d'une conférence du professeur André Kabasele Mukenge, Facultés Catholiques de Kinshasa :
" Il faut dire que le personnage même de Job est fascinant, et ses malheurs accumulés rendent sa figure disponible pour tenter un rapprochement par similitude ou par analogie avec la situation de la plupart des Africains aujourd'hui. Comme dit le proverbe, "le malheur ne vient jamais seul" : on a parfois l'impression que toutes les souffrances se sont données rendez-vous en Afrique. Il n'est pas rare d'entendre des gens, au pire de leurs épreuves, oser cette comparaison et se désigner comme "Job". Dans une telle auto-désignation, ce qui est mis en avant, ce sont les malheurs de Job. La Bible les décrit en effet de manière à frapper les esprits et l'imagination.
Toutefois, c'est l'attitude de Job au milieu de ces souffrances qui a retenu l'attention des milieux chrétiens populaires. Cette attitude est résumée dans une formule lapidaire : Le Seigneur avait donné, le Seigneur a repris : que le nom du Seigneur soit béni ! (Job 1,21b). Une enquête dans les milieux populaires à Kinshasa a révélé que c'est la seule phrase du livre retenue par coeur. [...] Cependant, il convient, me semble-t-il, de se demander si ce recours à Job ne participe pas de l'esprit général de résignation et de fatalisme qui a élu domicile dans notre société. Cet esprit est entretenu par certaines prédications à succès, issues surtout des Eglises dites de réveil. Ces Eglises tiennent un discours simple, voire simpliste dont l'essentiel peut être ramassé en quelques mots : "Dieu seul est le Tout-Puissant. Quelle que soit ma souffrance actuelle, il me donnera la prospérité (matérielle), du moment que je continue à lui faire confiance et à le prier". Ce qui dérange dans un tel discours, c'est l'absence d'un appel à la responsabilité humaine et à l'engagement concret. Le seul engagement exigé, c'est de prier.
Dans ce contexte, dire Le Seigneur avait donné, le Seigneur a repris, que son nom soit béni, peut devenir irresponsable dès lors qu'on n'a pas pris toutes les dispositions pour éviter ou combattre un tel malheur. Si les conditions hygiéniques, le système de santé publique, la sécurité sociale, la paix étaient garantis, que de morts on aurait épargné dans notre société ! Et ce n'est pas de la seule responsabilité du "Seigneur". C'est pourquoi, une lecture plus attentive de Job invite à ne pas tomber dans une religion de résignation. A bien voir, Job n'est pas un croyant résigné, mais bien un croyant révolté. "

" Sorti nu du ventre de ma mère, nu j'y retournerai... " - [Textes bibliques]

D'autres endroits dans l'Ancien Testament mentionnent la fragilité de l'être humain. Cette fragilité est liée à la représentation que l'on se fait de l'être humain : il est façonné de poussière, et à la mort, il redevient poussière.

Genèse 2,7-8
Le SEIGNEUR Dieu modela l'homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l'haleine de vie, et l'homme devint un être vivant. Le SEIGNEUR Dieu planta un jardin en Éden, à l'orient, et il y plaça l'homme qu'il avait formé.

Ecclésiaste 12,1-8
Et souviens-toi de ton Créateur aux jours de ton adolescence,
- avant que ne viennent les mauvais jours et que n'arrivent les années dont tu diras: "Je n'y ai aucun plaisir",
- avant que ne s'assombrissent le soleil et la lumière et la lune et les étoiles, et que les nuages ne reviennent, puis la pluie, au jour où tremblent les gardiens de la maison, où se courbent les hommes vigoureux, où s'arrêtent celles qui meulent, trop peu nombreuses, où perdent leur éclat celles qui regardent par la fenêtre, quand les battants se ferment sur la rue, tandis que tombe la voix de la meule, quand on se lève au chant de l'oiseau et que les vocalises s'éteignent; alors, on a peur de la montée, on a des frayeurs en chemin, tandis que l'amandier est en fleur, que la sauterelle s'alourdit et que le fruit du câprier éclate; alors que l'homme s'en va vers sa maison d'éternité, et que déjà les pleureuses rôdent dans la rue;
- avant que ne se détache le fil argenté et que la coupe d'or ne se brise, que la jarre ne se casse à la fontaine et qu'à la citerne la poulie ne se brise,
- avant que la poussière ne retourne à la terre, selon ce qu'elle était, et que le souffle ne retourne à Dieu qui l'avait donné.
Vanité des vanités, a dit le Qohéleth, tout est vanité.

Dieu ou Satan ? - [Textes bibliques]

Les textes de l'Ancien Testament reflètent des théologies diverses. Selon l'époque et le milieu, l'image de Dieu change. Certaines affirmations théologiques peuvent devenir inacceptables, ce qui conduit parfois à modifier les textes. En 2 Samuel, on lit que c'est Dieu qui inspire à David l'idée du recensement du peuple ce qui représente une désobéissance à la loi. David sera puni pour cette action :

2 Samuel 24, 1
La colère du SEIGNEUR s'enflamma encore contre les Israélites, et il excita David contre eux en disant: "Va, 1dénombre Israël et Juda."

Apparemment, cette manière d'exposer les choses est insupportable à l'auteur des Chroniques :

1Chroniques 21, 1
Satan se dressa contre Israël et il incita David à dénombrer Israël.

Ce texte par ailleurs totalement parallèle au premier remplace Dieu par Satan..

Elisabeth et Zacharie - [Textes bibliques]

Elisabeth et Zacharie, juste et pourtant, pas d'enfant...
Dans le Nouveau Testament (Luc 1,5-7), le couple d'Elisabeth et de Zacharie est présenté d'une manière comparable à Job en ce qui concerne leur irréprochabilité : " Il y avait au temps d'Hérode, roi de Judée, un prêtre nommé Zacharie, de la classe d'Abia; sa femme appartenait à la descendance d'Aaron et s'appelait Elisabeth. Tous deux étaient justes devant Dieu et ils suivaient tous les commandements et observances du Seigneur d'une manière irréprochable. " Si l'on suivait la logique de la rétribution, les deux auraient dû avoir beaucoup d'enfants et vivre heureux tous les jours. Mais tel n'est pas le cas : " Ils n'avaient pas d'enfant parce qu'Elisabeth était stérile et ils étaient tous deux avancés en âge. " La stérilité était longtemps regardée comme une punition de la part de Dieu. Le récit va faire comprendre que cette logique prend définitivement fin avec la venue de Jésus-Christ. La naissance de Jean-Baptiste en est en quelque sorte le prélude.

La question du mal dans les monothéismes - [Aller plus loin]

Pierre Gisel Les monothéismes. Judaïsme, christianisme, islam, 145 propositions Genève Labor et Fides 2006 p.15-16 :
" Le monothéisme se confronte congénitalement à la question du mal et de la souffrance (cf., dans la Bible, juive ou chrétienne, Job et Qohéleth, deux livres tardifs et tous deux contemporains de l'avènement d'un monothéisme sur fond universalisant) : le mal et la souffrance ne peuvent plus être sans autre renvoyés à un principe du mal, à des démons ou autre Satan, mais doivent être finalement rapportés à Dieu même 1 (pouvant ouvrir sur un paradoxe, ainsi en christianisme où l'on parlera d'une expérience de Dieu sub contrario). "
1Esaïe ira jusqu'à dire que Dieu crée le mal (45, 7; cf. aussi 54, 16)

Le prêche du Père Paneloux - [Aller plus loin]

A. Camus La Peste Camus, Albert, Théâtre, Récits, Nouvelles, (La Pléiade, vol.61) Paris Gallimard-NRF 1967 p.1296-1299.
Voici un extrait du premier prêche du père Paneloux (nous avons mis en italique les passages les plus explicites) :
" Peu à peu, l'exemple aidant, les mêmes auditeurs se décidèrent à entrer et à mêler une voix timide aux répons de l'assistance. Et le dimanche, un peuple considérable envahit la nef, débordant jusque sur le parvis et les derniers escaliers. Depuis la veille, le ciel s'était assombri, la pluie tombait à verse. Ceux qui se tenaient dehors avaient ouvert leurs parapluies. Une odeur d'encens et d'étoffes mouillées flottait dans la cathédrale quand le père Paneloux monta en chaire.
Il était de taille moyenne, mais trapu. Quand il s'appuya sur le rebord de la chaire, serrant le bois entre ses grosses mains, on ne vit de lui qu'une forme épaisse et noire surmontée des deux taches de ses joues, rubicondes sous les lunettes d'acier. Il avait une voix forte, passionnée, qui portait loin, et lorsqu'il attaqua l'assistance d'une seule phrase véhémente et martelée : "Mes frères, vous êtes dans le malheur, mes frères, vous l'avez mérité", un remous parcourut l'assistance jusqu'au parvis.
Logiquement, ce qui suivit ne semblait pas se raccorder à cet exorde pathétique. Ce fut la suite du discours qui fit seulement comprendre à nos concitoyens que, par un procédé oratoire habile, le père avait donné en une seule fois, comme on assène un coup, le thème de son prêche entier. Paneloux, tout de suite après cette phrase, en effet, cita le texte de l'Exode relatif à la peste en Egypte et dit : "La première fois que ce fléau apparaît dans l'histoire, c'est pour frapper les ennemis de Dieu. Pharaon s'oppose aux desseins éternels et la peste le fait alors tomber à genoux.
Depuis le début de toute l'histoire, le fléau de Dieu met à ses pieds les orgueilleux et les aveugles. Méditez cela et tombez à genoux."
La pluie redoublait au-dehors et cette dernière phrase, prononcée au milieu d'un silence absolu, rendu plus profond encore par le crépitement de l'averse sur les vitraux, retentit avec un tel accent que quelques auditeurs, après une seconde d'hésitation, se laissèrent glisser de leur chaise sur le prie-Dieu. D'autres crurent qu'il fallait suivre leur exemple si bien que, de proche en proche, sans un autre bruit que le craquement de quelques chaises, tout l'auditoire se trouva bientôt à genoux. Paneloux se redressa alors, reprit sur un ton de plus en plus accentué : "Si, aujourd'hui, la peste vous regarde, c'est que le moment de réfléchir est venu. Les justes ne peuvent craindre cela, mais les méchants ont raison de trembler. Dans l'immense grange de l'univers, le fléau implacable battra le blé humain jusqu'à ce que la paille soit séparée du grain. Il y aura plus de paille que de grain, plus d'appelés que d'élus, et ce malheur n'a pas été voulu par Dieu. Trop longtemps, ce monde a composé avec le mal, trop longtemps il s'est reposé sur la miséricorde divine. Il suffisait du repentir, tout était permis. Et pour le repentir, chacun se sentait fort. Le moment venu, on l'éprouverait assurément. D'ici là, le plus facile était de se laisser aller, la miséricorde divine ferait le reste. Eh bien, cela ne pouvait durer. Dieu qui, pendant si longtemps, a penché sur les hommes de cette ville son visage de pitié, lassé d'attendre, déçu dans son éternel espoir, vient de détourner son regard. Privés de la lumière de Dieu, nous voici pour longtemps dans les ténèbres de la peste !" [...]
Au bout de sa longue période, le père Paneloux s'arrêta, les cheveux sur le front, le corps agité d'un tremblement que ses mains communiquaient à la chaire et reprit, plus sourdement, mais sur un ton accusateur : "Oui, l'heure est venue de réfléchir. Vous avez cru qu'il vous suffirait de visiter Dieu le dimanche pour être libres de vos journées. Vous avez pensé que quelques génuflexions le paieraient bien assez de votre insouciance criminelle. Mais Dieu n'est pas tiède. Ces rapports espacés ne suffisaient pas à sa dévorante tendresse. Il voulait vous voir plus longtemps, c'est sa manière de vous aimer et, à vrai dire, c'est la seule manière d'aimer. Voilà pourquoi, fatigué d'attendre votre venue, il a laissé le fléau vous visiter comme il a visité toutes les villes du péché depuis que les hommes ont une histoire. Vous savez maintenant ce qu'est le péché, comme l'ont su Caïn et ses fils, ceux d'avant le déluge, ceux de Sodome et de Gomorrhe, Pharaon et Job et aussi tous les maudits. Et comme tous ceux-là l'ont fait, c'est un regard neuf que vous portez sur les êtres et sur les choses, depuis le jour où cette ville a refermé ses murs autour de vous et du fléau. Vous savez maintenant, et enfin, qu'il faut venir à l'essentiel."
Un vent humide s'engouffrait à présent sous la nef et les flammes des cierges se courbèrent en grésillant. Une odeur épaisse de cire, des toux, un éternuement montèrent vers le père Paneloux qui, revenant sur son exposé avec une subtilité qui fut très appréciée, reprit d'une voix calme : "Beaucoup d'entre vous, je le sais, se demandent justement où je veux en venir. Je veux vous faire venir à la vérité et vous apprendre à vous réjouir, malgré tout ce que j'ai dit. Le temps n'est plus où des conseils, une main fraternelle étaient les moyens de vous pousser vers le bien. Aujourd'hui, la vérité est un ordre. Et le chemin du salut, c'est un épieu rouge qui vous le montre et vous y pousse. C'est ici, mes frères que se manifeste enfin la miséricorde divine qui a mis en toute chose le bien et le mal, la colère et la pitié, la peste et le salut. Ce fléau même qui vous meurtrit, il vous élève et vous montre la voie." [...]
"A nos esprits plus clairvoyants, [l'exemple des chrétiens d'Abyssinie] fait valoir seulement cette lueur exquise d'éternité qui gît au fond de toute souffrance. Elle éclaire, cette lueur, les chemins crépusculaires qui mènent vers la délivrance. Elle manifeste la volonté divine qui, sans défaillance, transforme le mal en bien. Aujourd'hui encore, à travers ce cheminement de mort, d'angoisses et de clameurs, elle nous guide vers le silence essentiel et vers le principe de toute vie. Voilà, mes frères, l'immense consolation que je voulais vous apporter pour que ce ne soient pas seulement des paroles qui châtient que vous emportiez d'ici, mais aussi un verbe qui apaise."
On sentait que Paneloux avait fini. Au-dehors, la pluie avait cessé. Un ciel mêlé d'eau et de soleil déversait sur la place une lumière plus jeune. De la rue montaient des bruits de voix, des glissements de véhicules, tout le langage d'une ville qui s'éveille. Les auditeurs réunissaient discrètement leurs affaires dans un remue-ménage assourdi. Le père reprit cependant la parole et dit qu'après avoir montré l'origine divine de la peste et le caractère punitif de ce fléau, il en avait terminé et qu'il ne ferait pas appel pour sa conclusion à une éloquence qui serait déplacée, touchant une matière si tragique. Il lui semblait que tout devait être clair à tous. "

Le Chat - [Culture]

Dans la bande dessinée de Philippe Geluck, le Chat dit :

" C'est Dieu qui nous donne la vie, c'est aussi Dieu qui nous la reprend.
Et bien, moi je dis :
Donner c'est donner, reprendre c'est voler ! ".

" Il n'a pas du tout plu à Dieu... " - [Culture]

Le pasteur et écrivain suisse Kurt Marti proteste dans un de ses poèmes (in : Discours funéraires) contre l'expression qu'on peut lire dans beaucoup de faire part de décès : " Il a plu à Dieu de rappeler à Lui M.... ou Mme... "

Au Seigneur notre Dieu
Il n'a pas plu du tout que Gustave E. Lips
meure dans un accident de voiture

 

dem herrn unserem gott
hat es ganz und gar nicht gefallen
dass gustav e. lips
durch einen Verkehrsunfall starb

Premièrement, il était trop jeune
Deuxièmement, il était un tendre mari pour sa femme
Troisièmement, il était un père joyeux pour ses enfants
Quatrièmement, il était un bon ami pour ses amis
Cinquièmement, il était plein de bonnes idées...

 

erstens war er zu jung
zweitens seiner frau ein zärtlicher mann
drittens zwei kindern ein lustiger vater
viertens den freunden ein guter freund
fünftens erfüllt von guten ideen.....

Il n'a pas plu du tout au Seigneur notre Dieu
que certains d'entre vous pensaient que cela lui aurait plu

 

dem herrn unserem gott
hat es ganz und gar nicht gefallen
dass einige von euch dachten
es habe ihm solches gefallen

Au nom de Celui qui ressuscite des morts
Au nom du Mort qui est ressuscité,
Nous protestons contre la mort de Gustave E.Lips

 

im namen dessen der tote erweckte
im namen des toten der auferstand:
wir protestieren gegen den tod von gustav e. lips

Une interprétation science fiction de l'histoire de Job - [Culture]

Heinlein, Robert, Job : une comédie de justice (Job, a comedy of justice, 1984)
Traduit par Michel Demuth, Paris: Flammarion, (J'ai Lu, n° 2135), 1987.
Qui donc bouleverse ainsi la vie du pasteur Alex Hergensheimer alors qu'il regagne son Kansas après un long voyage ? Dieu ou Satan ? Tout commence par un épisode de magie lors d'une escale en Polynésie... Et quand il se retrouve à bord, l'honorable pasteur découvre que tout a changé, y compris lui-même. Quant au temps historique, là, c'est le chamboulement total. Dans quel passé... ou quel futur est-il ? Sentant perdre son identité et son âme, Alex s'affole...

20070525215959

Dieu et l'Adversaire, Job et sa femme - [Culture]

Gravure du 15e siècle, Italie, qui représente Dieu et Satan à gauche ; la femme de Job et Job sur son tas de fumier à droite.

20070525220033

William Blake et le livre de Job - [Culture]

William Blake a illustré à partir de 1780 et pendant les années suivantes jusqu'en 1826 le livre de Job avec de multiples gravures.Voici comment il représente l'envoi de l'ulcère malin par l'Adversaire.

20070525220101

Adversaire/Satan

Dans la Bible, on désigne ainsi, avec une majuscule, celui qui s'oppose à Dieu. On trouve encore les noms de diable (en grec : " celui qui divise "), de Satan (traduction de l'hébreu : " celui qui accuse "), de Malin (celui qui fait le mal), etc. Selon les récits, il peut s'agir tantôt d'un principe, d'une force ou d'une personnification du mal

Genre littéraire

Le genre littéraire est une catégorie qui permet de classer un texte selon des critères précis quant à sa forme. Par exemple, un rapport scientifique n'obéit pas aux mêmes critères qu'un roman ou un conte. Les textes bibliques aussi représentent des genres littéraires variés : le mythe, la généalogie, le conte, la parabole, le récit de vocation, etc. Pour éviter des contresens dans la lecture et dans l'interprétation d'un texte, il est important de connaître son genre littéraire

Providence

Etymologiquement le mot " providence " vient du latin providere, il exprime la sollicitude de Dieu qui pourvoit au bien de sa création et de ses créatures. Il les protège et les dirige. La foi en la providence permet au croyant d'assumer les défis de sa vie en toute liberté, dans une sérénité lucide, conscient des limites qui lui sont imparties, en sachant que l'ultime, y compris ce qu'il ignore est dans la main bienveillante de Dieu

Impur/pur

Dans l'Ancien et le Nouveau Testament, impur et pur ne font pas partie d'un registre moral mais éthique. Il s'agit de prescriptions nécessaires au culte adressé à Dieu. Les lois de pureté (et d'impureté) se trouvent dans le livre du Lévitique qui définit également les lois de sainteté. Il faut que les prêtres enseignent au peuple la distinction entre le sacré et le profane, le pur et l'impur pour s'approcher de Dieu.

Lévitique 11,44
Je suis l'Eternel, votre Dieu ; vous vous sanctifierez et vous serez saints, car je suis saint ; et vous ne vous rendrez pas impurs par toutes ces petites bêtes qui rampent sur la terre.

Anthropomorphique

Ce terme vient de deux mots grecs anthrôpos qui signifie l'homme (homme et femme) et morphê qui signifie la forme. Ce terme désigne en théologie une manière de parler de Dieu comme si c'était un homme, tant au niveau des sentiments que des actions

Holocauste

L'Ancien Testament connaît divers sacrifices. L'holocauste est le sacrifice d'animal le plus hautement considéré. Il s'agit d'un sacrifice " entier ", c'est-à-dire que l'animal est brûlé entièrement. Dans les sacrifices d'action de grâces, on n'offrait sur l'autel que le sang et la graisse (plus certaines parties) de la bête. Aux prêtres revenait une part et le reste était mangé par ceux qui l'avaient offert

Mystique

Ce mot peut désigner des expériences spirituelles variées. Il est souvent utilisé de manière abusive. Il recouvre au sens strict tous les courants et méthodes qui visent à une rencontre directe entre l'être humain et le divin/Dieu. Cette rencontre peut avoir les traits d'une union, voire d'une fusion. La tradition chrétienne souligne l'importance d'une telle expérience personnelle avec Dieu. Elle met toutefois en garde contre tout ce qui tendrait à effacer la dimension d'altérité (l'être humain et Dieu fusionnant en une seule réalité). Le risque de la mystique est aussi de conduire parfois à un détachement des réalités matérielles et sociales