Module Un verbe, des sens... Aimer, libérer, choisir*



Aimer



Roméo et Juliette

JULIETTE
- Ô Roméo ! Roméo ! Pourquoi es-tu Roméo ?
Renie ton père et abdique ton nom ;
Ou, si tu ne le veux pas, jure de m'aimer ,
Et je ne serai plus une Capulet.

ROMEO (à part)
- Dois-je l'écouter encore ou lui répondre ?

JULIETTE
- Ton nom seul est mon ennemi.
Tu n'es pas un Montagüe, tu es toi-même .
Qu'est-ce qu'un Montagüe ?
Ce n'est ni une main, ni un pied, ni un bras, ni un visage
Ni rien qui fasse partie d'un homme...
Oh! Sois quelque autre nom !
Qu'y a-t-il dans un nom ?
Ce que nous appelons une rose embaumerait autant sous un autre nom.
Ainsi, quand Roméo ne s'appellerait plus Roméo
Il conserverait encore les chères perfections qu'il possède ...
Roméo, renonce à ton nom ; et à la place de ce nom
Qui ne fait pas partie de toi, prends-moi tout entière,

ROMEO
- Je te prends au mot !
Appelle-moi seulement ton amour,
Et je reçois un nouveau baptême :
Désormais je ne suis plus Roméo.

Shakespeare, Roméo et Juliette, Actes II, scène 2


  • Quels sentiments vous inspirent cet échange entre Roméo et Juliette ?
  • Qu'est-ce qui fait obstacle à l'amour de Roméo et Juliette ?

Cliquez sur les termes soulignés : les notices s’affichent en dessous de ce texte

Roméo et Juliette

JULIETTE
- Ô Roméo ! Roméo ! Pourquoi es-tu Roméo ?
Renie ton père et abdique ton nom ;
Ou, si tu ne le veux pas, jure de m'aimer ,
Et je ne serai plus une Capulet.

ROMEO (à part)
- Dois-je l'écouter encore ou lui répondre ?

JULIETTE
- Ton nom seul est mon ennemi.
Tu n'es pas un Montagüe, tu es toi-même .
Qu'est-ce qu'un Montagüe ?
Ce n'est ni une main, ni un pied, ni un bras, ni un visage
Ni rien qui fasse partie d'un homme...
Oh! Sois quelque autre nom !
Qu'y a-t-il dans un nom ?
Ce que nous appelons une rose embaumerait autant sous un autre nom.
Ainsi, quand Roméo ne s'appellerait plus Roméo
Il conserverait encore les chères perfections qu'il possède ...
Roméo, renonce à ton nom ; et à la place de ce nom
Qui ne fait pas partie de toi, prends-moi tout entière,

ROMEO
- Je te prends au mot !
Appelle-moi seulement ton amour,
Et je reçois un nouveau baptême :
Désormais je ne suis plus Roméo.

Shakespeare, Roméo et Juliette, Actes II, scène 2


Après étude du texte, nous vous proposons une série de questions qui vous permettront d'actualiser le texte, et de faire de ce récit le vôtre
(nb : les visuels associés aux questions sont uniquement présents pour vous inspirer, mais ne constituent pas un élément de réponse)

Partager avec l'équipe Théovie vos réflexions


  • 20080108222742


    Selon vous, Roméo et Juliette sont-ils un "modèle" de couple ? Pourquoi ?

  • 20080108222834


    Pour les chrétiens, l'amour n'est pas une initiative humaine, l'amour vient de Dieu qui en est l'origine. Cette conviction vous gène-t-elle ? Quelle origine attribuez-vous à l'amour ?

  • 20080108222921


    L'amour se décline sur plusieurs registres : on parle d'amour entre frères, entre amants, entre individus, entre Dieu et les croyants, etc... Selon vous, existe-t-il un lien entre ces différents registres ? Si oui, lequel ? Si non, quelle différence radicale faites- vous ?

  • 20080108223014


    Plusieurs études de type psychologique ont montré que pour se constituer en tant que personne, un enfant a besoin d'amour, d'affection, d'attention, de respect : il aimera à son tour d'autant plus facilement qu'il a été lui-même aimé. Selon vous, comment ces propos peuvent aider à comprendre l'amour de Dieu pour les hommes ? Comment peuvent-ils éclairer le commandement d'amour que Dieu fait aux hommes ?

  • 20080108223101


    Jacques Lacan, un grand psychanalyste, a écrit : " Aimer, c'est essentiellement vouloir être aimé." Comment comprenez-vous cette affirmation ? Vous semble-t-elle juste ? Selon vous, contre quoi met-elle en garde ?



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Soyez acteur de votre lecture


  • Les familles "Capulet" et "Montagüe" sont ennemies jurées, or, Roméo Montagüe et Juliette Capulet s'aiment. Relevez dans cette scène tout ce qui évoque les noms, l'identité, etc. Qu'en déduisez-vous ?
  • "Qu'y a-t-il dans un nom ? / Ce que nous appelons une rose embaumerait autant sous un autre nom". Pourquoi peut-on dire que ces mots résument la problématique de la pièce Roméo et Juliette ?
  • Cette scène est couramment appelée "la scène du balcon" : Roméo monte secrètement au balcon de sa belle. Selon vous, en quoi cette mise en scène ajoute aux propos tenus ?
  • L'amour que ressentent Roméo et Juliette l'un pour l'autre est voué au tragique. Comment expliqueriez-vous le succès universel de cet amour tragique ?
  • Juliette supplie Roméo de "renier", "abdiquer", "renoncer" pour l'aimer. Pensez-vous que l'amour implique nécessairement du "renoncement" ? Pourquoi ?

Un peu de culture...

On ne badine pas avec l'amour

On ne badine pas avec l'amour est un drame romantique d'Alfred de Musset, publiée en 1834. La pièce se déroule en Espagne au 16e siècle : Perdican aime sa cousine Camille (qui sort du couvent). Camille et Perdican refusent de s'avouer leurs sentiments. A force de " badiner " avec leur amour, ils se déchirent et finissent par se perdre l'un l'autre.
Dans la scène 5 de l'Acte 2, Camille préfère retourner au couvent plutôt que de s'abandonner à son amour pour Perdican. Des soeurs lui ont en effet appris à se méfier de l'amour et des hommes. Elles lui ont enseigné un amour si idéalisé qu'il est incapable de supporter la confrontation avec la réalité.

Alfred de Musset, On ne badine pas avec l'amour, Paris : Flammarion, 1999, Acte 2, scène 5 :
" PERDICAN
Tu as dix-huit ans, et tu ne crois pas à l'amour ?
CAMILLE
Y croyez-vous, vous qui parlez ? Vous voilà courbé près de moi avec des genoux qui se sont usés sur les tapis de vos maîtresses, et vous n'en savez plus le nom. Vous avez pleuré des larmes de joie et des larmes de désespoir ; mais vous saviez que l'eau des sources est plus constante que vos larmes, et qu'elle serait toujours là pour laver vos paupières gonflées. Vous faites votre métier de jeune homme, et vous souriez quand on vous parle de femmes désolées ; vous ne croyez pas qu'on puisse mourir d'amour, vous qui vivez et qui avez aimé. Qu'est-ce donc que le monde ? Il me semble que vous devez cordialement mépriser les femmes qui vous prennent tel que vous êtes, et qui chassent leur dernier amant pour vous attirer dans leurs bras avec les baisers d'une autre sur les lèvres. Je vous demandais tout à l'heure si vous aviez aimé ; vous m'avez répondu comme un voyageur à qui l'on demanderait s'il a été en Italie ou en Allemagne, et qui dirait : Oui, j'y ai été ; puis qui penserait à aller en Suisse, ou dans le premier pays venu. Est-ce donc une monnaie que votre amour, pour qu'il puisse passer ainsi de mains en mains jusqu'à la mort ? Non, ce n'est pas même une monnaie ; car la plus mince pièce d'or vaut mieux que vous, et dans quelques mains qu'elle passe elle garde son effigie.

PERDICAN
Que tu es belle, Camille, lorsque tes yeux s'animent !
CAMILLE Oui, je suis belle, je le sais. Les complimenteurs ne m'apprendront rien ; la froide nonne qui coupera mes cheveux pâlira peut-être de sa mutilation ; mais ils ne se changeront pas en bagues et en chaînes pour courir les boudoirs ; il n'en manquera pas un seul sur ma tête lorsque le fer y passera ; je ne veux qu'un coup de ciseau, et quand le prêtre qui me bénira me mettra au doigt l'anneau d'or de mon époux céleste, la mèche de cheveux que je lui donnerai pourra lui servir de manteau.
[...]
PERDICAN
Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu'on te fera de ces récits hideux qui t'ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : "J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui." Il sort.


L'amour maternel

L'amour maternel est peut-être le sentiment que la société moderne a le plus " sacralisé " en ce sens qu'on en a fait un amour " parfait ", " inconditionnel ", de l'ordre du " divin ". On a parlé " d'instinct maternel ", de la force et du pouvoir de cet amour. Ce que ressent une mère pour son enfant est si complexe et mystérieux qu'il est sans doute difficile d'en faire " un amour comme les autres ". C'est aussi pour cette raison qu'à la sortie du roman d'Hervé Bazin, largement autobiographique, les lecteurs ont été choqués, bouleversés par son récit. Ce livre retrace l'enfance malheureuse de trois frères abandonnés à la méchanceté de leur mère. Ils la surnomment " Folcoche " (association de " folle " et " cochonne ") et mettront tout en œuvre pour échapper à ses humiliations, ses brimades et sa hargne.

Hervé Bazin, Vipère au poing, Paris : Grasset, 1948, p.33 et.65"
p.33 : " Agée, à la même époque, de trente-cinq ans, madame mère avait dix ans de moins que son mari et deux centimètres de plus. Née Pluvignec, je vous le rappelle, de cette riche, mais récente maison Pluvignec, elle était devenue totalement Rézeau et ne manquait pas d'allure. On m'a dit cent fois qu'elle avait été belle. Je vous autorise à le croire, malgré ses grandes oreilles, ses cheveux secs, sa bouche serrée et ce bas de visage agressif qui faisait dire à Frédie, toujours fertile en mots : "Dès qu'elle ouvre la bouche, j'ai l'impression de recevoir un coup de pied au cul. Ce n'est pas étonnant, avec ce menton en galoche.
Outre notre éducation, Mme Rézeau aura une grande passion : les timbres. Outre ses enfants, je ne lui connaîtrai que deux ennemis : les mites et les épinards. Je ne crois rien pouvoir ajouter à ce tableau, sinon qu'elle avait de larges mains et de larges pieds, dont elle savait se servir. Le nombre de kilogrammètres dépensés par ces extrémités en direction de mes joues et de mes fesses pose un intéressant problème de gaspillage de l'énergie. "
p.65 : " Allons, venez, les enfants, reprit-elle d'un ton neutre. Il faut aller vous laver les mains."
La manœuvre consistait à nous isoler des témoins. Mme Rézeau se contint jusqu'au palier. Mais là...les pieds, les mains, les cris, tout partit à la fois. Le premier qui lui tomba sous la patte fut Cropette et, dans sa fureur, elle ne l'épargna point. Notre benjamin protestait en se couvrant la tête :
"Mais, maman, moi, je n'y suis pour rien."
Petit salaud qui l'appelait maman ! Folcoche le lâcha pour se ruer sur nous. Remarquez que, d'ordinaire, elle ne nous battait jamais sans nous en donner les motifs. Ce soir-là, aucune explication. Elle réglait ses comptes. Frédie se laissa faire. Il avait un chic particulier pour lasser le bourreau en s'effaçant sous les coups, en le contraignant à frapper à bout de bras. Quant à moi, pour la première fois, je me rebiffai. Folcoche reçut dans les tibias quelques répliques du talon et j'enfonçai trois fois le coude dans le sein qui ne m'avait pas nourri. Evidemment, je payai très cher ces fantaisies. Elle abandonna tout à fait mes frères, qui se réfugièrent sous une console, et me battit durant un quart d'heure, sans un mot, jusqu'à épuisement. J'étais couvert de bleus en rentrant dans ma chambre, mais je ne pleurais pas. Ah ! non. Une immense fierté me remboursait au centuple. "


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Pourquoi es-tu Roméo ? - [Clés de lecture]

20080108203220

Cette pièce de Shakespeare raconte les amours tragiques de deux jeunes gens : Roméo et Juliette. Leur passion se heurte à la haine que leur famille se voue mutuellement. C'est pourquoi Juliette se lamente en se demandant pourquoi elle aime celui que précisément sa famille lui interdit d'aimer. Malgré tous les obstacles, la pièce célèbre le sentiment amoureux qui unit Roméo et Juliette.
Le sentiment amoureux est aussi célébré dans la Bible. Pour parler de l'amour de Dieu pour les hommes, la Bible compare même Dieu à un fiancé amoureux de sa fiancée Esaïe 62,5 En effet, comme le jeune homme épouse sa fiancée, tes enfants t'épouseront, et de l'enthousiasme du fiancé pour sa promise, ton Dieu sera enthousiasmé pour toi. Sur le plan humain, le sentiment amoureux y est décrit comme extrêmement beau, intense et riche, même s'il comprend de multiples facettes : spirituelle, intellectuelle, psychologique, physique, etc. Cette densité sert parfois à symboliser le lien qui unit Dieu aux hommes. Tel un amoureux transi, Dieu va jusqu'à déclarer à l'humanité : " Je t'aime d'un amour d'éternité " (Jérémie 31,3)

20080108203239

Jure de m'aimer - [Clés de lecture]

20080108203318

Juliette exprime à Roméo l'amour qu'elle ressent pour lui. Elle sait que cet amour lui est défendu. Pour s'y abandonner, elle veut être sûre que Roméo l'aime pareillement. " Jure de m'aimer " est un appel à la réciprocité. L'expression sous-entend qu'un individu serait capable d'aimer comme s'il pouvait le décider.
En christianisme, l'amour n'est pas perçu comme une initiative humaine, mais comme un don de Dieu.
D'ailleurs, la langue du Nouveau Testament (le grec), connaît trois usages du verbe " aimer " :
- philéô : aimer dans le sens d'être attaché à quelqu'un ou à quelque chose Matthieu 10,37 (Jésus dit) Qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi; qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi.
- éraô : aimer dans le sens de désirer passionnément (le verbe a donné le mot éros)
- agapaô : aimer inconditionnellement, sans rien exiger en retour Jean 14,21 (Jésus dit) Celui qui a mes commandements et qui les observe, celui-là m'aime: or celui qui m'aime sera aimé de mon Père et, à mon tour, moi je l'aimerai et je me manifesterai à lui.
La Bible reconnaît ces trois manières d'aimer. Elle utilise le dernier verbe (agapaô) pour parler de l'amour de Dieu. En effet, les croyants se reconnaissent aimés de Dieu inconditionnellement. Et c'est cet amour-là qui offre sans cesse la possibilité d'un amour inconditionnel entre les hommes.

20080108203333

Tu es toi-même - [Clés de lecture]

20080108203358

Ce qui fait obstacle à l'amour de Roméo et Juliette, c'est leur identité, leur nom. Juliette explique que le nom de Roméo n'est pas tout de lui : son identité, ce qu'il est réellement, ne se résume pas à son nom de famille. Elle aime Roméo pour ce qu'il est, en vérité.
Cette qualité de relation est souvent exprimée dans la Bible qui affirme que l'homme ne peut tisser des liens fidèles avec les autres, avec lui-même et avec Dieu qu'en vivant " en vérité ". Dans l'Ancien Testament, il y a un seul mot pour dire à la fois la vérité et la fidélité (èmèt). La vérité est comprise comme une relation vraie, fidèle, et non une vérité mathématique. Elle ne s'oppose donc pas à l'erreur, mais au rejet, à l'abandon, à l'hypocrisie.
Dans le Nouveau Testament, la vérité est une personne, Jésus, à écouter, à suivre Jean 14,6 Jésus lui dit: "Je suis le chemin et la vérité et la vie. Personne ne va au Père si ce n'est par moi". C'est donc une façon d'être, de vivre, pas un ensemble de dogmes figés. Au cœur de cette relation, le croyant peut se découvrir aimé de Dieu tel qu'il est, sans condition, et il peut aimer à son tour.

20080108203412

Les chères perfections qu'il possède - [Clés de lecture]

20080108203754

Juliette parle de Roméo en termes élogieux : il est celui qui lui correspond parfaitement. Cette " correspondance " entre deux êtres est souvent présentée comme un idéal de vie amoureuse. Ainsi, la manière dont les différences - souvent visibles - sont vécues dans la société montre que la tendance " naturelle " de l'être humain est plutôt caractérisée par une recherche du " même " et un rejet de la différence. La personne handicapée, celle qui est malade, vieille ou plus simplement, la personne qui ne correspond pas aux critères de beauté actuelle ressent souvent un rejet. L'autre fonctionne comme un miroir de soi-même : si l'image qu'il renvoie ne correspond pas à celle qu'on se fait de soi-même ou correspond à ce qu'on a peur de devenir, on a tendance à rejeter cette image et la personne qui la présente. Vivre la différence au quotidien est ainsi un vrai défi qui interroge l'image que l'être humain a de lui-même.

20080108203814

Je reçois un nouveau baptême - [Clés de lecture]

20080108203843

Roméo est prêt à renoncer à son nom : il consent à éliminer l'obstacle qui l'empêche d'aimer librement Juliette. " Recevoir un nouveau baptême " signifie ici recevoir une nouvelle identité, celle que lui donne l'amour de Juliette. Ainsi, Roméo se découvre non plus comme l'héritier d'un clan, d'une famille, mais comme celui qui est aimé de Juliette.
La réponse de Roméo est intéressante à plus d'un titre. D'abord, elle parle d'une nouvelle identité qui se reçoit et qui se donne par amour. Enfin, elle parle d'un amour qui se vit comme une réponse à un autre amour. Ce sont-là deux manières que la Bible utilise pour parler du lien d'amour entre Dieu et l'homme. Dieu accueille le croyant et lui offre une nouvelle identité, celle d'être " son enfant ", celui qu'il aime comme un Père. C'est l'amour de Dieu qui dit " qui je suis ".

20080108203904

Un amour idéal ? - [Contexte]

20080108203950

William Shakespeare (1564-1616) est considéré comme un des plus grands poètes, dramaturges et écrivains anglais. Roméo et Juliette est une de ses nombreuses tragédies : elle est jouée pour la première fois en 1595. Elle raconte l'histoire de Roméo Montaigu et de Juliette Capulet, deux enfants issus de familles ennemies de Vérone (Italie), qui tombent amoureux l'un de l'autre et meurent ensemble. Le succès de Roméo et Juliette est tel qu'on présente souvent ce couple comme l' idéal amoureux. En amour, chacun semble fonctionner avec de " l'idéal ".
- On projette généralement sur le conjoint un idéal de l'homme ou de la femme (véhiculé par l'éducation, les médias, etc.). On attend du conjoint qu'il calme les angoisses, apaise les blessures intimes. Les engagements pris entre conjoints le jour du mariage expriment parfois cette idéalisation du conjoint à qui on demande d'être " parfait ".
- On idéalise également la vie de couple. Aujourd'hui, la vie conjugale est censée apporter ce que la vie sociale et professionnelle n'offre pas : la sécurité, l'harmonie, l'absence de conflits, l'authenticité, etc. Ainsi, la " barque conjugale " est bien chargée, au risque de prendre l'eau. Dès que le quotidien montre les limites du rêve, il en résulte de la déception, et peut parfois naître le désir de " chercher ailleurs ". Au lieu d'abandonner le rêve, on abandonne le partenaire qui ne s'y conforme pas.
La vie conjugale ne peut être seulement un " Eden amoureux ", exempt de dysfonctionnements ou de désaccords. Le conjoint est aussi imparfait, limité et faillible que l'autre. Il serait risqué de perdre de vue cette réalité en idéalisant la relation amoureuse. D'ailleurs, la Bible présente de nombreux d'exemples d'alliances (entre un homme et une femme, un peuple et un autre, Dieu et son peuple), où chacun finit par accepter l'autre tel qu'il est, réellement.

20080108204020

Parler d'amour aujourd'hui - [Contexte]

20080108204052

Aujourd'hui, la société a tendance à parler d'amour en mettant en avant ses aspects émotionnels et irrationnels. On considère l'amour comme " véritable " et " bon " dès lors qu'il est sincère, authentique et émotionnellement fort. Certes, ces sensations peuvent procurer du plaisir, mais ne durent généralement que le temps du désir assouvi. Et, en suivant le principe de consommation (tout peut se vendre, s'acheter et se jeter), on privilégie l'immédiateté plutôt que l'inscription dans la durée.
En ce sens, on confond souvent l'amour tel que la société le présente et l'amour tel que le message chrétien le conçoit. D'abord, en christianisme, l'amour n'est pas primitivement une émotion ou un sentiment, mais, d'abord, une dynamique reçue de la part de Dieu qui entraîne vers les autres dans un souci de véritables relations. Enfin, l'amour est appelé à se construire dans la confiance : c'est un amour échangé, qui repose sur la parole de l'un et de l'autre. A l'image de la foi qui est un acte de confiance entre Dieu et le croyant, l'amour entre deux personnes repose sur la parole qu'elles se sont échangées. C'est cette confiance qui permet à l'amour de s'inscrire dans la durée ouverte aux changements, aux évolutions.

20080108231705

" Tu aimeras ton prochain comme toi-même " - [Contexte]

20080108204215

Le Dieu de Jésus-Christ parle d'amour. Dans son enseignement, Jésus parle d'un Père qui aime et qui commande d'aimer.

Jean 15,9-13
Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés; demeurez dans mon amour. Si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme, en observant les commandements de mon Père, je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. Voici mon commandement: aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Nul n'a d'amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu'il aime.

L'amour ne s'articule pas de manière évidente avec le commandement. Jésus présente d'abord l'amour comme le lien indéfectible qui unit Dieu aux hommes. Cet amour de Dieu est proposé à l'humanité, il est offert gratuitement sans aucune condition à remplir et l'évangile promet que rien ne peut venir le détruire.

Romains 8,38-39
(Paul écrit :) Oui, j'en ai l'assurance: ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l'avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur.

Cet amour donné est présenté comme celui qui unit les hommes entre eux.
En mettant à la première place ce commandement d'amour (Jean 15 ci-dessus), Jésus n'en fait pourtant pas une loi qu'il faudrait respecter sous peine de ne plus être aimé de Dieu. Il en parle plutôt comme du plus grand commandement qui trouve son origine, sa raison d'être et sa fin dans l'amour de Dieu. Lorsqu'il dit que " Dieu aime " et que les croyants sont appelés à " s'aimer les uns les autres ", le sens du mot amour peut porter à confusion. Il ne s'agit pas là d'un sentiment ni d'une émotion, mais avant, d'une détermination, d'un dynamisme bienveillant.

20080108204318

L'amour de Dieu - [Espace temps]

20080122232657

La Bible présente Dieu comme celui qui aime, celui qui est aimé, plus encore, comme celui qui est l'amour 1 Jean 4/8 Qui n'aime pas n'a pas découvert Dieu, puisque Dieu est amour.
Dieu est en lui-même la plénitude et la vie qui n'est rien d'autre que la relation d'amour. Cet amour n'est pas refermé sur lui-même, mais créateur de vie. Tout amour entre humains en porte le reflet.
Le Nouveau Testament annonce la révélation définitive de l'amour de Dieu en Jésus-Christ. Cet amour signifie pour les hommes la réconciliation avec Dieu et la paix. L'homme réconcilié répond à cet amour de Dieu en aimant Dieu et son prochain.
Cette vision est reprise par la tradition protestante, en particulier par Luther (initiateur de la Réforme, 16e siècle) qui refuse de limiter l'amour à une simple vertu humaine. Tout amour est un don et présence de Dieu que le croyant reçoit dans la foi. Les œuvres d'amour ne rendent pas le croyant plus juste devant Dieu, mais sont elles-mêmes grâce, fruit de l'action de Dieu. Ainsi, dans les évangiles, Jésus appelle le croyant à répondre joyeusement à l'amour de Dieu.

Matthieu 22,36-40
"Maître, quel est le grand commandement dans la Loi?" Jésus lui déclara: "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C'est là le grand, le premier commandement. Un second est aussi important: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la Loi et les Prophètes."

Faire alliance - [Espace temps]

20080108204509

En lisant la Bible, on peut découvrir que les relations humaines (relation dans le couple, relation avec le prochain) s'inspirent de la relation entre Dieu et le croyant. Le respect que Dieu témoigne envers le croyant, sa manière de l'interpeller et de le soutenir inspirent les relations que l'être humain entretient avec son prochain, avec son conjoint, ses enfants, etc. Réciproquement, Dieu lui-même est souvent comparé à un époux en souci pour sa compagne. Les termes d'une relation de couple sont ainsi utilisés pour faire comprendre comment Dieu se comporte avec l'être humain : il fait alliance avec lui comme un couple fait alliance. Dans l'Ancien Testament, cette alliance est même parfois malmenée à cause de l'entêtement d'un partenaire ou d'une infidélité.
Mais Dieu ne cesse de faire alliance avec les hommes, de leur renouveler sa fidélité. Le message biblique redit que l'être humain ne peut vivre sans une parole de fidélité et de confiance. Dans un monde inquiet de l'avenir, où seul le présent immédiat semble compter, cette confiance en l'alliance permet d'envisager le temps non comme une succession d'instants décousus mais comme une durée ouverte sur l'avenir.
Dans une société où l'on est peu enclin à prendre un engagement, le message biblique souligne aussi qu'il n'est pas de " vivre ensemble ", sans alliance. Elle rappelle que la fragilité, la limite, la finitude, font partie de l'humain et que l'être humain ne peut vivre que de la parole d'un Autre qui l'accepte et l'appelle tel qu'il est. C'est en ce sens que l'alliance est un signe d'amour que Dieu offre aux hommes.

Et le plaisir ? - [Espace temps]

20080108204547

La tradition chrétienne s'est souvent méfiée du plaisir. Très tôt un lien a été posé entre le péché et la sexualité. Du coup la seule finalité acceptable de la sexualité était la procréation. Or, en protestantisme, la sexualité appartient d'abord à la vie du couple : elle est relation, plaisir, échange. Elle a sens et valeur en elle-même. Le protestantisme ne réduit donc pas la sexualité à la reproduction de la vie. L'enfant n'est pas un devoir ou une mission. Le couple existe en tant que tel (couple conjugal) et pas uniquement dans le but de procréer (couple parental). L'enfant est un don " en plus ", comme un cadeau, une conséquence et non la visée de la sexualité.
De plus, dans la Bible, le plaisir n'est pas dévalorisé. Il atteste même que l'être humain est appelé par Dieu à la vie, plus forte que la mort. Ainsi, on trouve dans l'Ancien Testament le livre du Cantique des cantiques, récit amoureux, voire érotique, qui célèbre l'amour d'un homme et d'une femme dans toutes ses dimensions. Dans le Nouveau Testament, le Royaume de Dieu est symbolisé par un repas abondant, généreux, où se manifeste la joie d'être ensemble. Ainsi, le plaisir avive et rend sensible l'être humain à la saveur de la vie.

L'amour dans la Bible - [Textes bibliques]

20080108204817

Dans l'Ancien Testament, on emploie les mêmes mots pour parler de l'amour humain et pour exprimer les relations entre Dieu et l'homme. On peut distinguer trois aspects dans ces relations.

  • L'amour affection (en hébreu, ahaba) : c'est la tendresse, l'attachement - par exemple " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu " Deutéronome 6,5
  • L'amour bonté (en hébreu hèsèd) : c'est le désir de faire du bien à quelqu'un envers qui on est engagé, parent, enfant, ami. Or, l'amour de Dieu et d'Israël est caractérisé par l'alliance qui les unit. Comme dans un couple, cette alliance doit assurer l'identité et le bonheur de chacun, grâce aux engagements réciproques de fidélité. Dieu, qui a l'initiative de l'amour, promet à son peuple la bénédiction (la réussite) et le salut (la libération). En retour, celui-ci lui accorde sa confiance, à l'exclusion des autres dieux. Hèsèd peut se traduire par " bonté ", " bienveillance ", " fidélité " : le mot définit les bases de cette alliance.
  • L'amour compassion (en hébreu hanan ou raham) : ces deux verbes sont souvent appliqués à Dieu envers les hommes, " Dieu de tendresse (raham) et de pitié (hanan), lent à la colère "

Exode 34,6
Le SEIGNEUR passa devant lui et proclama: "Le SEIGNEUR, le SEIGNEUR, Dieu miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté".

On n'hésite pas à utiliser un langage maternel pour parler de l'amour de Dieu:

Esaïe 49,15
(Dieu dit :) La femme oublie-t-elle son nourrisson, oublie-t-elle de montrer sa tendresse à l'enfant de sa chair? Même si celles-là oubliaient, moi, je ne t'oublierai pas!

Dans le Nouveau Testament, on ne retrouve pas la variété du vocabulaire de l'Ancien Testament.

De l'amour - [Textes bibliques]

Première épître de Paul aux Corinthiens 13,1-7
Quand je parlerais en langues, celle des hommes et celle des anges, s'il me manque l'amour, je suis un métal qui résonne, une cymbale retentissante. Quand j'aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et de toute la connaissance, quand j'aurais la foi la plus totale, celle qui transporte les montagnes, s'il me manque l'amour, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens aux affamés, quand je livrerais mon corps aux flammes, s'il me manque l'amour, je n'y gagne rien. L'amour prend patience, l'amour rend service, il ne jalouse pas, il ne plastronne pas, il ne s'enfle pas d'orgueil, il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt, il ne s'irrite pas, il n'entretient pas de rancune, il ne se réjouit pas de l'injustice, mais il trouve sa joie dans la vérité. Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout.

Ce passage de la lettre de Paul aux Corinthiens est un véritable hymne à l'amour. Souvent lu lors des célébrations de mariage, il prête souvent à confusion. En effet, on lit généralement cet hymne comme une sorte de future loi pour le couple : on sous-entendrait que le couple devra " tout excuser", " ne pas s'irriter ", " tout endurer ". Or, Paul rédige un hymne à l'amour de Dieu, celui que Dieu ressent pour chaque être humain. C'est en ce sens que Paul affirme : cet amour qui trouve sa source en Dieu ne connaît aucune limite : il dépasse tout ce que l'homme peut " naturellement " ressentir ou exprimer.

Un chant d'amour - [Textes bibliques]

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Cantique des Cantiques 3,1-2
Sur mon lit, au long de la nuit, je cherche celui que j'aime Je le cherche mais ne le rencontre pas. Il faut que je me lève et que je fasse le tour de la ville; dans les rues et les places, que je cherche celui que j'aime. Je le cherche mais ne le rencontre pas.

Le Cantique des cantiques met en scène une rencontre, ou plutôt une recherche de rencontre entre " elle " et " lui ". Il s'agit d'un recueil de poèmes d'amour. Un homme et une femme chantent les sentiments qu'ils ont l'un pour l'autre, l'élan du désir, la quête du plaisir : ils se cherchent, se trouvent, puis se perdent à nouveau, se recherchent.
La présence de cet écrit dans la Bible a parfois gêné, au point que certains n'ont voulu y voir qu'une représentation purement imagée de la relation entre Dieu et son peuple ou entre Christ et l'Eglise. D'autres, au contraire, ont parlé d'un véritable cantique érotique. Aujourd'hui, on soutient plutôt que ces deux lectures ne s'excluent pas, mais se combinent. En effet, le lien qui unit Dieu au croyant (la foi) et le lien qui unit deux amoureux expriment tous deux une forme de désir. Ce qui est essentiel à souligner, c'est que le désir de l'autre est exalté dans ce poème, mais n'est pas comblé dans le sens qu'il continue à " chercher l'autre " sans cesse.

Amour comme réconciliation et paix - [Textes bibliques]

Romains 5,5-11
Et l'espérance ne trompe pas, car l'amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné. Oui, quand nous étions encore sans force, Christ, au temps fixé, est mort pour des impies. C'est à peine si quelqu'un voudrait mourir pour un juste; peut-être pour un homme de bien accepterait-on de mourir. Mais en ceci Dieu prouve son amour envers nous: Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs. Et puisque maintenant nous sommes justifiés par son sang, à plus forte raison serons-nous sauvés par lui de la colère. Si en effet, quand nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils, à plus forte raison, réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie. Bien plus, nous mettons notre orgueil en Dieu par notre Seigneur Jésus Christ par qui, maintenant, nous avons reçu la réconciliation.

Ephésiens 2,14-18
C'est lui, en effet, qui est notre paix: de ce qui était divisé, il a fait une unité. Dans sa chair, il a détruit le mur de séparation: la haine. Il a aboli la loi et ses commandements avec leurs observances. Il a voulu ainsi, à partir du Juif et du païen, créer en lui un seul homme nouveau, en établissant la paix, et les réconcilier avec Dieu tous les deux en un seul corps, au moyen de la croix: là, il a tué la haine. Il est venu annoncer la paix à vous qui étiez loin, et la paix à ceux qui étaient proches. Et c'est grâce à lui que les uns et les autres, dans un seul Esprit, nous avons l'accès auprès du Père.

Alliance - [Textes bibliques]

Dieu fait alliance avec l'être humain :

Genèse 9,9-17
(Dieu dit :) "Je vais établir mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous: oiseaux, bestiaux, toutes les bêtes sauvages qui sont avec vous, bref tout ce qui est sorti de l'arche avec vous, même les bêtes sauvages. J'établirai mon alliance avec vous: aucune chair ne sera plus exterminée par les eaux du Déluge, il n'y aura plus de Déluge pour ravager la terre." Dieu dit: "Voici le signe de l'alliance que je mets entre moi, vous et tout être vivant avec vous, pour toutes les générations futures. J'ai mis mon arc dans la nuée pour qu'il devienne un signe d'alliance entre moi et la terre. Quand je ferai apparaître des nuages sur la terre et qu'on verra l'arc dans la nuée, je me souviendrai de mon alliance entre moi, vous et tout être vivant quel qu'il soit; les eaux ne deviendront plus jamais un Déluge qui détruirait toute chair. L'arc sera dans la nuée et je le regarderai pour me souvenir de l'alliance perpétuelle entre Dieu et tout être vivant, toute chair qui est sur la terre." Dieu dit à Noé: "C'est le signe de l'alliance que j'ai établie entre moi et toute chair qui est sur la terre."

Esaïe 54,10
Quand les montagnes feraient un écart et que les collines seraient branlantes, mon amitié loin de toi jamais ne s'écartera et mon alliance de paix jamais ne sera branlante, dit celui qui te manifeste sa tendresse, le SEIGNEUR.

Dans l'Ancien Testament, cette alliance est parfois malmenée à cause de l'infidélité ou d'une trahison:

Osée 6,7
Mais eux, comme Adam, ont transgressé l'alliance, voici où ils m'ont trahi.

Le Royaume symbolisé par un repas festif - [Textes bibliques]

Dans le Nouveau Testament, le Royaume de Dieu est symbolisé par un repas abondant, généreux, où se manifeste la joie d'être ensemble.

Luc 13,29
Alors il en viendra du levant et du couchant, du nord et du midi, pour prendre place au festin dans le Royaume de Dieu.

Luc 22,29-30
"Et moi (Jésus), je dispose pour vous du Royaume comme mon Père en a disposé pour moi : ainsi vous mangerez et boirez à ma table dans mon royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël."

Le festin manifeste aussi la joie d'avoir vaincu les forces hostiles. Le langage utilisé ne craint pas d'exprimer le plaisir et de célébrer les saveurs de la vie.

Apocalypse 19,9;17-18
Un ange me dit: Écris! Heureux ceux qui sont invités au festin des noces de l'agneau! Puis il me dit: Ce sont les paroles mêmes de Dieu. (...)
Alors je vis un ange debout dans le soleil. Il cria d'une voix forte à tous les oiseaux qui volaient au zénith: Venez, rassemblez-vous pour le grand festin de Dieu, pour manger la chair des rois, la chair des chefs, la chair des puissants, la chair des chevaux et de ceux qui les montent, la chair de tous les hommes, libres et esclaves, petits et grands.

Amour dans le Nouveau Testament - [Textes bibliques]

En matière d'amour, on ne retrouve pas dans le Nouveau Testament la variété du vocabulaire de l'Ancien Testament. A partir de Jésus, Dieu veut ouvrir une relation d'alliance à tous les hommes. Pour traduire ce caractère exclusif d'un amour qui se donne, les évangiles utilisent le terme grec agapè, avec toute sa dimension affective (qui a donné dilectio ou caritas, " charité " en latin). Agapè traduit à la fois l'amour-affection et l'amour-bonté. Mais l'amour-compassion est rendu en grec par éléos. La mission de Jésus a consisté à montrer à ses disciples la force nouvelle de cet amour filial, union intime entre le Père et lui, désigné aussi par le mot agapè. C'est le même mot qu'on retrouve pour désigner l'union entre Jésus-Christ et les hommes.

Jean 15,9
(Jésus dit :) Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés; demeurez dans mon amour

et entre les hommes eux-mêmes

Luc 10,27
Il (un légiste) lui répondit: "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée, et ton prochain comme toi-même."

Quant à la célèbre affirmation " Dieu est amour " :

1Jean 4,8
Qui n'aime pas n'a pas découvert Dieu, puisque Dieu est amour.

elle reprend ce mot, agapè, qui traverse donc l'ensemble du Nouveau Testament.

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Lettres à un jeune poète - [Aller plus loin]

Ces lettres ont été écrites entre 1903 et 1908 par Rilke (1875-1926), un grand poète autrichien. Il s'adresse à un jeune poète (Franz Kappus) qui lui avait demandé un avis sur ce qu'il écrivait. Rilke endosse à l'égard de Kappus le rôle de guide, cherchant à clarifier les enjeux essentiels de la poésie. Il lui fait part de la solitude nécessaire à toute entreprise littéraire, de la confrontation vitale avec la réalité crue, et lui fait pressentir, malgré la douleur de l'écriture, le bonheur de la création poétique. Rilke médite sur la solitude, la création, " l'accomplissement intérieur ". Selon lui, l'aventure poétique n'est pas limitée à la seule création, elle recèle également une réflexion sur l'acte littéraire. C'est dans ce contexte, que Rilke parle d' " aimer " comme d'un long apprentissage :

Rainer Maria Rilke Lettres à un jeune poète Paris Grasset 1937 p.75-78.
" Il est bon aussi d'aimer ; car l'amour est difficile. L'amour d'un être humain pour un autre, c'est peut-être l'épreuve la plus difficile pour chacun de nous, c'est le plus haut témoignage de nous-mêmes ; l'œuvre suprême dont toutes les autres ne sont que les préparations. C'est pour cela que les êtres jeunes, neufs en toutes choses, ne savent pas encore aimer ; ils doivent apprendre. De toutes les forces de leur être, concentrées dans leur cœur qui bat anxieux et solitaire, ils apprennent à aimer. Tout apprentissage est un temps de clôture. Ainsi pour celui qui aime, l'amour n'est longtemps, et jusqu'au large de la vie, que solitude, solitude toujours plus intense et plus profonde. L'amour ce n'est pas d'abord se donner, s'unir à un autre. (Que serait l'union de deux êtres encore imprécis, inachevés, dépendants ?) L'amour, c'est l'occasion unique de mûrir, de prendre forme, de devenir soi-même un monde pour l'amour de l'être aimé. C'est une haute exigence, une ambition sans limite, qui fait de celui qui aime un élu qu'appelle le large. Dans l'amour, quand il se présente, ce n'est que l'obligation de travailler à eux-mêmes que les êtres jeunes devraient voir (zu horchen und zu hämmern Tag und Nacht). Se perdre dans un autre, se donner à un autre, toutes les façons de s'unir ne sont pas encore pour eux. Il leur faut d'abord thésauriser longtemps, accumuler beaucoup. Le don de soi-même est un achèvement : l'homme en est peut-être encore incapable. "

La famille - [Aller plus loin]

France Quéré (1936-1995), théologienne et journaliste, était membre du Comité national d'éthique. Elle a beaucoup écrit sur la situation des femmes dans la société et dans les Eglises, sur la foi et les origines du christianisme. Dans La famille, elle interroge, analyse et met en perspective ce qu'on appelle " famille ". Ici, plus particulièrement, elle explique la position courante désormais qui oppose " amour " et " contrat de mariage ".

France Quéré La famille Paris Editions de La Table Ronde 2007 p.161-162.
" A l'amour revient une telle préséance que tout le reste semble superflu, et d'abord le mariage. Qui aime peut et doit s'en passer. Stupeur chez les aînés : que reprochez-vous donc à des dispositions qui favorisent les sentiments, les fortifient et les protègent ? Justement, répondent leurs enfants, notre amour est si vif qu'il nous dispense de vos faveurs, de vos protections et de vos fortifications. Que ferait notre liberté de ces chaînes, nos élans de cette prudence ?
Ou bien ceux qui contractent mariage, ne s'aimant pas assez, ont besoin de s'encorder à la loi qui fait ainsi l'aveu de leur faiblesse, et ils sont fidèles parce qu'ils se sont obligés à l'être ; ou bien ils signent, et la garantie à laquelle ils ont souscrit les rend négligents, ils n'entretiennent plus des sentiments qu'ils ont confiés à des registres et ils glissent doucement vers l'indifférence.
Qu'y a-t-il d'ailleurs de commun entre l'austérité d'un contrat et l'ardeur d'une passion ? L'amour, s'il est grand, doit porter tout ce dont un vain peuple se décharge sur des rites. C'est lui qui tous les jours resserrera une affection qui tient par sa propre vertu. Il a seul noué l'homme et la femme, les retient seul l'un auprès de l'autre et les dénouera s'il périclite. Ainsi les amants se jettent-ils nus dans sa houle, aimant le risque que prend en haute mer leur équipée solitaire.
Il faut saluer la grandeur de ces visions, qui entendent sauver les passions les plus généreuses de la vie. Mais d'emblée relevons un anachronisme, une contradiction et une erreur. L'anachronisme est que l'on se révolte contre un usage dont les caractères sordides de marché ont disparu depuis longtemps. La contradiction est que l'amour du risque devrait, plutôt que de les dérober au lien nuptial, les engager résolument dans l'avenir, ce qu'ils n'ont garde de faire, justement parce qu'ils ont peur. L'erreur est de ne pas vouloir associer loi et amour, sous prétexte qu'ils ne se ressemblent pas. C'est vrai. Un notaire n'est pas payé pour chanter le madrigal et la passion se moque des paraphes. Mais nous saluons comme une paire très naturelle des contrastes que nous ne tolérons pas dans l'amour : nul ne conteste que pour être poète, il faut des émotions mais aussi de la syntaxe ou que l'architecture demande à la fois du rêve et des notions en résistance des matériaux. Cette alliance d'instincts et de contrats, avant d'être dénoncée comme indigne de l'amour, invite à une réflexion élargie : et si l'amour était, avec l'embrasement des sens, une passion qui a besoin de symboles et d'abstractions ? "

" Sur la parole de l'autre " - [Aller plus loin]

Article de Jean-Daniel Causse (Institut Protestant de Théologie, Faculté de Théologie de Montpellier) paru dans La Voix Protestante juin -juillet - août 1999:

" Aimer c'est engager sa vie et celle de l'autre sur un échange de paroles. La fidélité c'est croire, dans la durée, à la parole de l'autre.
Le terme fidélité a une consonance religieuse certaine. Dans le mariage civil, il est également mis en tête du texte qui rappelle les droits et les devoirs respectifs des mariés : Les époux se doivent mutuellement fidélité, secours, assistance. Et pourtant, à considérer la donne sociale et culturelle, il est difficile d'accorder un sens à une notion qui semble avoir beaucoup perdue de son évidence. Nos promesses de fidélité ont bien du mal à vivre l'usure du temps. Nos engagements s'inscrivent difficilement dans la durée et sont sans doute marqués par une plus grande précarité. Comment alors retrouver et (re)vivre le sens de ce mot fragile ? L'étymologie est ici particulièrement éclairante, elle délivre l'essentiel : en effet, le mot fidélité trouve sa racine dans le latin fides, c'est-à­-dire dans la foi. D'ailleurs, ajoutons-le, fides se traduit par le vieux mot français fiance qui donne aussi fiancé, fiançailles, confiance, confidence, fiable, se fier à, etc.
La foi sans garantie
Ainsi, la fidélité n'est rien d'autre que l'expérience même de la foi. Elle est un "croire" constitutif de la relation à l'autre aimé. Quelle que soit la forme que prend la conjugalité, la foi est toujours ce qui fonde le lien à l'autre. Or d'un point de vue théologique, la foi ne se définit pas comme un sentiment ou une émotion. Elle n'est pas non plus assimilable à un simple savoir. Ce n'est pas que les sentiments éprouvés soient sans importance, loin s'en faut. Ce n'est pas non plus que la connaissance de l'autre soit indifférente, même si une part de mystère demeure à jamais en chacun. Mais la foi ou la fidélité relève d'une autre logique : elle tient uniquement à une parole échangée qui ne supporte aucune preuve ou aucune vérification. Elle est un événement de parole que rien ne vient garantir ou vérifier ultimement et qui pourtant peut devenir une certitude sur laquelle chacun peut construire sa propre existence. Ce qui vient dans l'absence des raisons est toujours de l'ordre de la foi. Ne pas avoir d'autre certitude que les mots d'un autre, s'en remettre à sa parole, la tenir pour certaine au point d'y faire reposer sa vie, tel est le sens de la fidélité.
On comprend bien sûr que si la fidélité comme la foi est une parole échangée, alors elle est tout à la fois d'une grande fragilité et d'une étonnante solidité. C'est fragile évidemment, puisque tout repose sur une parole qui réclame la foi. C'est pourquoi, nul n'est à l'abri de l'échec, du lien rompu, de la mort à une relation qui pourtant semblait si forte. Et les Eglises de la Réforme s'efforcent d'accompagner celles et ceux qui, au-delà des échecs, veulent reconstruire leur vie. Mais la foi dans la parole donnée est aussi ce qu'un être humain peut avoir de plus solide, de plus précieux, de plus certain. Elle est alors comparable à la promesse d'Esaïe : quand les montagnes s'effondreraient, quand les collines chancelleraient, moi, je serai avec toi. Pourquoi ? C'est sans raison, par amour. Quelle preuve avons-nous ? Aucune, sauf de croire que cela est vrai. Le peuple d'Israël, comme le disciple du Christ, sait que la présence de Dieu n'a pas d'évidence. Elle n'est que pour celui qui l'accueille par la foi.
Ainsi, aujourd'hui, retrouver le sens du mot fidélité n'est rien d'autre que de renouer avec la notion même de foi. La vie d'un couple est une histoire avec ses hauts et ses bas, ses pleins et ses pointillés, ses joies et ses difficultés. Il arrive, au moment où l'on ne ressent plus la même chose, que naisse le doute sur son amour pour l'autre ou sur l'amour de l'autre. Il arrive aussi que l'autre aimé se révèle différent de ce que nous avions perçu ou imaginé. Nous pensons que tout se joue dans l'instant du sentiment, sans laisser le temps aux possibles retrouvailles et aux maturations. Nous habitons une époque où le temps fait cruellement défaut et où la lenteur est contraire à notre logique. Nous avons du mal à consentir à l'attente. Or la fidélité signe la permanence du couple, dans le temps et dans l'espace. Elle est une parole donnée où chacun dit "oui" à l'autre, un "oui" qui engage et qui libère parce qu'il ouvre sur une durée où l'autre aimé ne cesse plus d'être celui que l'on retrouve. "

On ne badine pas avec l'amour - [Culture]

On ne badine pas avec l'amour est un drame romantique d'Alfred de Musset, publiée en 1834. La pièce se déroule en Espagne au 16e siècle : Perdican aime sa cousine Camille (qui sort du couvent). Camille et Perdican refusent de s'avouer leurs sentiments. A force de " badiner " avec leur amour, ils se déchirent et finissent par se perdre l'un l'autre.
Dans la scène 5 de l'Acte 2, Camille préfère retourner au couvent plutôt que de s'abandonner à son amour pour Perdican. Des soeurs lui ont en effet appris à se méfier de l'amour et des hommes. Elles lui ont enseigné un amour si idéalisé qu'il est incapable de supporter la confrontation avec la réalité.

Alfred de Musset, On ne badine pas avec l'amour, Paris : Flammarion, 1999, Acte 2, scène 5 :
" PERDICAN
Tu as dix-huit ans, et tu ne crois pas à l'amour ?
CAMILLE
Y croyez-vous, vous qui parlez ? Vous voilà courbé près de moi avec des genoux qui se sont usés sur les tapis de vos maîtresses, et vous n'en savez plus le nom. Vous avez pleuré des larmes de joie et des larmes de désespoir ; mais vous saviez que l'eau des sources est plus constante que vos larmes, et qu'elle serait toujours là pour laver vos paupières gonflées. Vous faites votre métier de jeune homme, et vous souriez quand on vous parle de femmes désolées ; vous ne croyez pas qu'on puisse mourir d'amour, vous qui vivez et qui avez aimé. Qu'est-ce donc que le monde ? Il me semble que vous devez cordialement mépriser les femmes qui vous prennent tel que vous êtes, et qui chassent leur dernier amant pour vous attirer dans leurs bras avec les baisers d'une autre sur les lèvres. Je vous demandais tout à l'heure si vous aviez aimé ; vous m'avez répondu comme un voyageur à qui l'on demanderait s'il a été en Italie ou en Allemagne, et qui dirait : Oui, j'y ai été ; puis qui penserait à aller en Suisse, ou dans le premier pays venu. Est-ce donc une monnaie que votre amour, pour qu'il puisse passer ainsi de mains en mains jusqu'à la mort ? Non, ce n'est pas même une monnaie ; car la plus mince pièce d'or vaut mieux que vous, et dans quelques mains qu'elle passe elle garde son effigie.

PERDICAN
Que tu es belle, Camille, lorsque tes yeux s'animent !
CAMILLE Oui, je suis belle, je le sais. Les complimenteurs ne m'apprendront rien ; la froide nonne qui coupera mes cheveux pâlira peut-être de sa mutilation ; mais ils ne se changeront pas en bagues et en chaînes pour courir les boudoirs ; il n'en manquera pas un seul sur ma tête lorsque le fer y passera ; je ne veux qu'un coup de ciseau, et quand le prêtre qui me bénira me mettra au doigt l'anneau d'or de mon époux céleste, la mèche de cheveux que je lui donnerai pourra lui servir de manteau.
[...]
PERDICAN
Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu'on te fera de ces récits hideux qui t'ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : "J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui." Il sort.

L'amour maternel - [Culture]

L'amour maternel est peut-être le sentiment que la société moderne a le plus " sacralisé " en ce sens qu'on en a fait un amour " parfait ", " inconditionnel ", de l'ordre du " divin ". On a parlé " d'instinct maternel ", de la force et du pouvoir de cet amour. Ce que ressent une mère pour son enfant est si complexe et mystérieux qu'il est sans doute difficile d'en faire " un amour comme les autres ". C'est aussi pour cette raison qu'à la sortie du roman d'Hervé Bazin, largement autobiographique, les lecteurs ont été choqués, bouleversés par son récit. Ce livre retrace l'enfance malheureuse de trois frères abandonnés à la méchanceté de leur mère. Ils la surnomment " Folcoche " (association de " folle " et " cochonne ") et mettront tout en œuvre pour échapper à ses humiliations, ses brimades et sa hargne.

Hervé Bazin, Vipère au poing, Paris : Grasset, 1948, p.33 et.65"
p.33 : " Agée, à la même époque, de trente-cinq ans, madame mère avait dix ans de moins que son mari et deux centimètres de plus. Née Pluvignec, je vous le rappelle, de cette riche, mais récente maison Pluvignec, elle était devenue totalement Rézeau et ne manquait pas d'allure. On m'a dit cent fois qu'elle avait été belle. Je vous autorise à le croire, malgré ses grandes oreilles, ses cheveux secs, sa bouche serrée et ce bas de visage agressif qui faisait dire à Frédie, toujours fertile en mots : "Dès qu'elle ouvre la bouche, j'ai l'impression de recevoir un coup de pied au cul. Ce n'est pas étonnant, avec ce menton en galoche.
Outre notre éducation, Mme Rézeau aura une grande passion : les timbres. Outre ses enfants, je ne lui connaîtrai que deux ennemis : les mites et les épinards. Je ne crois rien pouvoir ajouter à ce tableau, sinon qu'elle avait de larges mains et de larges pieds, dont elle savait se servir. Le nombre de kilogrammètres dépensés par ces extrémités en direction de mes joues et de mes fesses pose un intéressant problème de gaspillage de l'énergie. "
p.65 : " Allons, venez, les enfants, reprit-elle d'un ton neutre. Il faut aller vous laver les mains."
La manœuvre consistait à nous isoler des témoins. Mme Rézeau se contint jusqu'au palier. Mais là...les pieds, les mains, les cris, tout partit à la fois. Le premier qui lui tomba sous la patte fut Cropette et, dans sa fureur, elle ne l'épargna point. Notre benjamin protestait en se couvrant la tête :
"Mais, maman, moi, je n'y suis pour rien."
Petit salaud qui l'appelait maman ! Folcoche le lâcha pour se ruer sur nous. Remarquez que, d'ordinaire, elle ne nous battait jamais sans nous en donner les motifs. Ce soir-là, aucune explication. Elle réglait ses comptes. Frédie se laissa faire. Il avait un chic particulier pour lasser le bourreau en s'effaçant sous les coups, en le contraignant à frapper à bout de bras. Quant à moi, pour la première fois, je me rebiffai. Folcoche reçut dans les tibias quelques répliques du talon et j'enfonçai trois fois le coude dans le sein qui ne m'avait pas nourri. Evidemment, je payai très cher ces fantaisies. Elle abandonna tout à fait mes frères, qui se réfugièrent sous une console, et me battit durant un quart d'heure, sans un mot, jusqu'à épuisement. J'étais couvert de bleus en rentrant dans ma chambre, mais je ne pleurais pas. Ah ! non. Une immense fierté me remboursait au centuple. "

" Le Baiser " - [Culture]

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Avec ce " baiser " de Rodin, le désir se donne à voir de manière sublimé, comme un geste, comme une présence à l'autre. L'être humain est un être de désir : il ne vit pas seulement d'un objet à consommer mais des mots et des gestes qui disent la présence de quelqu'un d'autre.
On estime que lorsque le petit enfant crie, c'est parce qu'il a faim, il a un besoin élémentaire de nourriture. Mais en réalité le besoin n'est jamais pur besoin. Il est la marque d'autre chose. Quand l'enfant, par ses cris, appelle sa mère, il lui adresse en fait une demande qui ne se réduit pas au seul besoin. Il a certes besoin de nourriture pour calmer sa faim, mais sa demande va au-delà de l'apaisement de la faim. Ce qu'il appelle, ce n'est pas seulement sa mère en tant qu'elle lui donne quelque chose, mais c'est aussi sa mère en tant qu'elle est une présence. Il y a ainsi une faim d'amour qui est aussi demande d'être aimé et qui est tout aussi vitale.
On pense à la parole de Jésus :

Matthieu 4,4
Ce n'est pas seulement de pain que l'homme vivra, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu.

C'est dire que cette approche peut être appliquée au domaine de la foi. Qu'il s'agisse d'aimer Dieu ou un autre, il est toujours question du désir.