Apocalypse, mode d’emploi - Contexte
En Ap 1,8, Jean est interpellé par celui qui se présente ainsi : « Je suis l’Alpha et l’Oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était et qui vient, (…) » qui se traduit littéralement par l’étant, l’était, le venant.
Les sources de cette expression sont dans les écrits juifs. Dans le livre de l’Exode 3,14, Dieu révèle son nom à Moïse :
13 Moïse dit à Dieu : Supposons que j’aille vers les Israélites et que je leur dise : « Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous ». S’ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je ? 14 Dieu dit à Moïse : « Je serai qui je serai ».
Les targumim Le mot hébreu targum signifie annoncer, expliquer, traduire. Les Targumin (pluriel de Targum) sont donc des traductions en principe dans toute langue, mais la plupart du temps en araméen, de textes bibliques hébreux.* commentent en utilisant l’expression : « je suis celui qui est, celui qui était et celui qui sera ».
Ces références à la tradition juive imposent de reconnaître le Dieu d’Israël qui s’est manifesté à Moïse et qui a libéré son peuple de l’esclavage en Égypte. Il est le Dieu qui a libéré Israël par le passé. Les Églises du Ier siècle peuvent alors fonder en Lui leur espérance : une autre libération au cœur de leur épreuve est possible.
Par rapport à la formule juive, il y a une nouveauté : celui qui sera est devenu celui qui vient. C’est une spécificité chrétienne que l’on retrouve 4 fois dans l’Apocalypse et particulièrement au dernier chapitre dans la bouche du Christ voici je viens bientôt (Ap 22,7.12) et à l’impératif dans la prière finale de l’Esprit et de l’Église (Ap 22,17.20). Il est important d’approfondir ce que ce « vient » sous-entend.
On appelle le genre littéraire de l’Apocalypse « apocalyptique ». Ce genre a vu le jour dans le judaïsme deux siècles avant notre ère et s’est développé jusqu’au IIe siècle. Le christianisme se l’est approprié. C’est une littérature abondante dont il reste de nombreux témoignages, juifs et chrétiens, bibliques et en dehors de la Bible (extra-bibliques).
Les apocalypses procèdent d’une vision déterministe de l’histoire : tout est fixé et va inexorablement vers l’achèvement. Le temps se déploie d’une origine (la création) vers un accomplissement : le jour du Seigneur. Les auteurs discernent l’action de Dieu dans l’histoire de son peuple. À travers leur expérience, les prophètes développent une eschatologie Du grec eschatos, dernier, et logos, discours. Il s'agit de la compréhension des « choses dernières », « des derniers temps », de « la fin du monde ».* dont le contenu peut se résumer ainsi : « Tout s’accomplira au jour du Seigneur ! ». Si l’expérience des lecteurs contredit cette espérance à vues humaines, sa réalisation est certaine dans un autre lieu et un autre temps. Un nouveau commencement est annoncé, un total renouveau dans la victoire définitive de Dieu.
La BH La Bible Hébraïque (abréviation : BH), appelée Ancien Testament ou 1er Testament dans la culture chrétienne. Au 21è siècle, l’usage des termes Bible Hébraïque ou 1er Testament, est préféré au terme Ancien Testament pour ne pas déprécier les écrits religieux juifs.* contient de nombreux textes apocalyptiques, en particulier chez Daniel ainsi que nombres de prophètes. Le Nouveau Testament (NT Le Nouveau Testament (NT) est l'ensemble des écrits relatifs à la vie de Jésus et à l'enseignement de ses premiers disciples, écrits reconnus comme « canoniques » par les autorités chrétiennes au terme d'un processus de plusieurs siècles. Ils sont dès l’origine rédigés en grec ancien.) contient plusieurs passages apocalyptiques qu’Elian Cuvillier Auteur(s) : Cuvillier, Élian Éditeur : éditions du Moulin Ville d'édition : Poliez-le-Grand Publication : 1996détaille.
Avec le Nouveau Testament apparaît la spécificité chrétienne. L’ère nouvelle, annoncée et attendue dans l’apocalyptique juive, a été inaugurée par la Résurrection du Christ : les derniers temps sont déjà commencés et les bienfaits messianiques sont déjà communiqués. L’Esprit est répandu sur toute chair et le chrétien est déjà ressuscité avec le Christ (Col 3,1-3). Mais cet avènement du Royaume est toujours objet de transmission et ne peut être perçu que par la foi. Ainsi, le jour du Seigneur est comme dédoublé : d’une part, il désigne l’événement glorieux de la Résurrection du Christ ; d’autre part, il est attendu dans la Parousie Le mot parousie vient du grec " parousia " qui signifie " présence, arrivée, venue ". Il se dit principalement du dernier avènement du Christ.*, la manifestation universelle et éclatante du Règne de Dieu par son Christ. Momentanément, il y a coïncidence du temps présent et de l’ère nouvelle. L’Église vit dans le présent et en même temps, elle appartient à l’ère future : elle est une réalité « eschatologique », à la fois accomplissement des prophéties et prémices prophétiques de l’accomplissement.
