Module Une nuée de témoins 2



Jean Sébastien Bach



La musique à la gloire de Dieu

" Le but de la musique ne devrait être que la gloire de Dieu et le repos des âmes. Si l'on ne tient pas compte de cela, il ne s'agit plus de musique mais de nasillements et beuglements diaboliques. "
Jean Sébastien Bach

Bach est issu d'une famille de musiciens et très vite il découvre les meilleurs artistes de son temps. Profondément luthérien mais aussi sensible aux revendications piétistes, ses compositions proposent une approche et une interprétation théologiques. En 1707, il épouse sa cousine Maria Barbara qui meurt 13 ans plus tard. Il se remariera avec Anna Magdalena Wilcken. Dans la famille de Jean Sébastien, tous sont musiciens ou le deviennent ! La carrière de Bach est marquée par des engagements successifs à la cour. Les œuvres de Bach couvrent tous les genres en vogue à l'époque, aussi bien dans la musique profane que religieuse. A côté de celles que l'on connaît habituellement, Oratorios et Passions, il compose des chorals, des préludes, des fugues, des concertos, des sonates, des suites. En 1728, il est nommé Cantor de St Thomas à Leipzig où il restera jusqu'à sa mort. Son caractère peu enclin aux compromis lui attire à plusieurs reprises des difficultés avec les autorités qui l'engagent. Devenu pratiquement aveugle, il meurt des suites d'une opération de la cataracte.

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  • Etes-vous surpris de trouver Jean Sébastien Bach dans ce module consacré aux témoins de la foi ?
  • Saviez-vous que Bach était un musicien protestant ?
  • Est-ce que le mot " piétiste " vous dit quelque chose ?

Cliquez sur les termes soulignés : les notices s’affichent en dessous de ce texte

La musique à la gloire de Dieu

" Le but de la musique ne devrait être que la gloire de Dieu et le repos des âmes. Si l'on ne tient pas compte de cela, il ne s'agit plus de musique mais de nasillements et beuglements diaboliques. "
Jean Sébastien Bach

Bach est issu d'une famille de musiciens et très vite il découvre les meilleurs artistes de son temps. Profondément luthérien mais aussi sensible aux revendications piétistes, ses compositions proposent une approche et une interprétation théologiques. En 1707, il épouse sa cousine Maria Barbara qui meurt 13 ans plus tard. Il se remariera avec Anna Magdalena Wilcken. Dans la famille de Jean Sébastien, tous sont musiciens ou le deviennent ! La carrière de Bach est marquée par des engagements successifs à la cour. Les œuvres de Bach couvrent tous les genres en vogue à l'époque, aussi bien dans la musique profane que religieuse. A côté de celles que l'on connaît habituellement, Oratorios et Passions, il compose des chorals, des préludes, des fugues, des concertos, des sonates, des suites. En 1728, il est nommé Cantor de St Thomas à Leipzig où il restera jusqu'à sa mort. Son caractère peu enclin aux compromis lui attire à plusieurs reprises des difficultés avec les autorités qui l'engagent. Devenu pratiquement aveugle, il meurt des suites d'une opération de la cataracte.

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Après étude du texte, nous vous proposons une série de questions qui vous permettront d'actualiser le texte, et de faire de ce récit le vôtre
(nb : les visuels associés aux questions sont uniquement présents pour vous inspirer, mais ne constituent pas un élément de réponse)

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  • 20060601174456


    Selon vous, la musique participe-t-elle au témoignage de la foi ? De quelle manière ?

  • 20060601174554


    Bach a accordé beaucoup d'importance à la composition. Connaissez-vous des compositeurs qui, après lui, ont composé de la musique religieuse ?

  • 20060601174647


    Quelle différence établissez-vous entre un concert où le public écoute une cantate et une célébration religieuse ? Est-ce la même chose ?

  • 20060601174731


    Quelle place, selon vous, devrait avoir la musique professionnelle (chant et/ou instruments) dans une célébration ? Quelle place pour le chant du peuple ?

  • 20060601204928


    Quels sont les atouts et les limites de l'expression verbale par rapport à l'expression musicale (et réciproquement) pour dire sa foi ?



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Soyez acteur de votre lecture


  • Quels autres musiciens connaissez-vous de l'époque de Bach ?
  • A l'époque de Bach, quels événements se déroulent en France ? Que découvrez-vous ?
  • En quoi la musique de Bach peut-elle être considérée comme religieuse ? Par son contenu ? Par sa forme ? Les deux ? Quelles œuvres connaissez-vous ?
  • Pensez-vous que Bach est un témoin de la foi ? Si oui, en quoi ? Pourquoi ? Sinon, pourquoi pas ?
  • La musique est-elle plus ou moins propice au témoignage et à l'expression de la foi que le langage verbal ? Faites-vous une différence entre les pièces pour expression vocale et celles qui sont instrumentales ?
  • Bach lui-même a donné leur première instruction musicale à ses enfants. Connaissez-vous certains d'entre eux ?

Un peu de culture...

Jean Sébastien Bach

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Ci-contre le seul portrait de Bach, fait de son vivant en 1746 par Elias Gottlob Haußmann.


" A toi la gloire "

Georg Friedrich Händel, alors en Angleterre, a composé la musique de ce cantique comme une marche de triomphe. Il l'a utilisée deux fois, dans l'Oratorio de Josué et dans l'Oratorio de Judas Maccabée. Ce dernier a été dédié au duc de Cumberland après que celui-ci ait combattu victorieusement les Ecossais en 1746. La mélodie s'est vite répandue. Le texte original disait See, the conquering hero comes. ("Voyez, le héros victorieux arrive !"). Certes, ce héros était d'abord Judas Maccabée (qui, avec quelques résistants, a chassé du pays les séleucides), mais le 1er mars 1747, à la première représentation de l'Oratorio, tout le monde identifiait évidemment le héros avec le duc de Cumberland.
En 1826, Heinrich Ranke (1798-1876), écrit sur la mélodie (chose rare) le texte de Fille de Sion, réjouis-toi. Il l'avait composé comme cantique de la Passion pour le dimanche des Rameaux et dans sa première version existait une quatrième strophe. Un autre roi entre, sur le dos d'une ânesse et non pas victorieux après la défaite des ennemis... Puis, après avoir perdu sa dernière strophe, le texte est devenu un cantique de l'Avent.

1. Fille de Sion, réjouis-toi! Jubile, fort, Jérusalem! Vois, ton roi vient vers toi ! Oui, il vient, le prince de la paix Fille de Sion, réjouis-toi! Jubile, fort, Jérusalem !

1. Tochter Zion, freue dich! Jauchze, laut, Jerusalem! Sieh, dein König kommt zu dir! Ja er kommt, der Friedenfürst. Tochter Zion, freue dich! Jauchze, laut, Jerusalem!

2. Hosanna, Fils de David, Sois béni pour ton peuple ! Fonde maintenant ton règne éternel, Hosanna dans les hauteurs ! Hosanna, Fils de David, Sois béni pour ton peuple !

2. Hosianna, Davids Sohn, Sei gesegnet deinem Volk! Gründe nun dein ewig' Reich, Hosianna in der Höh'! Hosianna, Davids Sohn, Sei gesegnet deinem Volk!

3. Hosanna, Fils de David, Sois salué, doux roi ! Ton trône de paix est pour l'éternité, Toi, l'enfant du père éternel, Hosanna, Fils de David, Sois salué, doux roi !

3. Hosianna, Davids Sohn, Sei gegrüßet, König mild! Ewig steht dein Friedensthron, Du, des ew'gen Vaters Kind. Hosianna, Davids Sohn, Sei gegrüßet, König mild!

Ce n'est qu'avec les paroles d'Edmond L.Budry, qui datent de la fin du 19e siècle (1885), que le cantique A toi la gloire devient un cantique de Pâques que tous les protestants français connaissent !


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Issu d'une famille de musiciens - [Clés de lecture]

20060601180545

Jean Sébastien naît le 21 mars 1685 à Eisenach. Dans sa famille, on compte depuis déjà trois générations beaucoup de musiciens. Ce sont des musiciens employés soit pour les cérémonies municipales, soir pour la musique à l'Eglise. Le père de Jean Sébastien avait appris à jouer de la viole et du violon et enseignera ces instruments à son fils. Sa mère, Elisabeth, fait partie des familles de conseillers municipaux. En 1671, quelques mois après la naissance de Johann Christophe, frère aîné de Jean Sébastien, la famille déménage à Eisenach où le père est appelé à occuper le poste de musicien à la cour du duc Johann Georg et celui de musicien " municipal ". Juste avant la naissance de Jean Sébastien, son père demande à retourner à Erfurt, son salaire ne lui permettant que difficilement de nourrir sa famille qui compte en avril 1684 déjà six enfants et qui en attend un septième. La ville d'Eisenach ne les laisse pas partir et la famille y reste.
On sait peu de choses de l'enfance de Bach à Eisenach. Il entre en 1692 ou 1693 à l'école. Il y apprend à lire et à écrire, mais découvre aussi le catéchisme, les histoires bibliques, et en particulier les évangiles et épîtres en allemand et en latin. En 1694, sa mère meurt et un an plus tard son père.

En 1694 meurt sa mère et un an plus tard son père - [Clés de lecture]

20060601180628

A la mort de ses parents, c'est son frère Jean Christophe, un organiste, qui accueille Jean Sébastien chez lui à Ohrdruf, une petite ville à 45 km au sud-est d'Eisenach. C'est là que son frère commence à lui enseigner le piano. Il va à l'école où il est en classe avec des camarades qui ont 2 ans de plus que lui. En juillet 1697, il est premier de sa classe. Il commence à apprendre le grec, fait des exercices de style par écrit. Il continue l'étude de textes bibliques et théologiques déjà difficiles, comme par exemple l'Aperçu théologique de l'orthodoxie luthérienne de Hutter. L'école latine d'Ohrdruf est connue pour son orientation luthérienne et ses accents antipiétistes. Bach finit son cursus scolaire plus rapidement que ses camarades. En 1700, il part à Lunebourg.

A Lunebourg - [Clés de lecture]

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Jean Sébastien quitte Ohrdruf, car il semble que son frère dont la famille s'agrandit ne puisse plus le loger. A son âge, ce départ n'est pas trop étonnant : à 14 ans, après sa confirmation, il a l'âge de partir dans le monde pour gagner sa vie. Seulement, il est trop jeune pour poursuivre des études à l'université. Plus tard, il aura à cœur d'offrir à ses enfants la possibilité d'aller à l'université.
A Lunebourg, la chorale du couvent Saint Michael, un ancien monastère bénédictin, transformé en institution scolaire par le duc Christian Ludwig en 1655, cherche des chanteurs. Appuyé par la recommandation du Cantor d'Ohrdruf, Bach se lance dans ce le long voyage pour s'engager au Mettenchor (manécanterie) avec son ami Erdmann. Cette chorale recrute parmi les enfants de la simple chorale d'école, repérés comme particulièrement doués. Elle est ouverte aux enfants pauvres, ceux qui " n'ont rien pour vivre, mais de belles voix ". En plus d'un argent de poche, ils sont nourris et logés gratuitement au couvent et l'enseignement qu'ils reçoivent est gratuit. En hiver, on leur donne du bois de chauffage et des lampes au carbure. Ils peuvent être engagés par les fils de nobles pour gagner un peu plus d'argent. Par exemple, ils nettoient les chaussures, mettent la table ou font des courses en ville. Bach chante aussi dans une autre chorale jusqu'à ce que sa voix mue. En 1702 vraisemblablement, il quitte l'école de saint Michael avec la possibilité de continuer une carrière universitaire.

Institution scolaire - [Clés de lecture]

Comme l'école latine à Ohrdruf, le couvent Saint Michael est dirigé par des luthériens stricts. Les élèves apprennent non seulement le latin et le grec, mais encore la théologie, la logique, la rhétorique, la philosophie et la poésie. En outre, Bach apprend la culture française dans une académie qui jouxte l'école. Ainsi, il apprend le français, l'art de la conversation, la danse et fait des exercices d'écriture de " lettres agréables ". Un apprentissage indispensable pour travailler à la cour et dont il aura besoin en maintes occasions.

Sa voix mue - [Clés de lecture]

Au moment où sa voix de soprano commence à ne plus être sûre, Bach arrête de chanter et accompagne désormais la chorale au violon ou au clavecin. En peu de temps, il apprend tout de la pratique musicale de l'Allemagne du Nord. Il découvre dans la bibliothèque musicale du couvent Saint Michael, l'une des plus grandes de l'Allemagne de l'époque, des compositions pour orgue de tous les grands maîtres du 17e siècle. Il a à sa disposition environ 1000 manuscrits de 200 compositeurs différents. Il ne se contente pas de les jouer, mais il se met à les copier. Depuis un moment déjà, un instrument le fascine particulièrement : l' orgue.

L'orgue - [Clés de lecture]

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A Lunebourg, deux organistes réputés exercent au moment où Bach s'y trouve. Il s'agit de Johann Jakob Löwe (1629-1703) à l'église Saint Nicolas, et de Georg Böhm (1661-1733) à l'église Saint Jean. L'influence que Böhm exercera sur Bach est importante. Bach l'admire beaucoup et c'est Böhm qui lui suggère de se rendre à Hambourg pour rencontrer son propre maître, le " génie de l'improvisation " : Johann Adam Reincken.
Plusieurs voyages vont conduire Bach à Hambourg et Lubeck pour fréquenter les maîtres de l'orgue de l'époque. Il part en cachette car l'école ne lui donne pas de congé. Bach s'intéresse alors à l'orgue dans son ensemble. Non seulement la musique mais aussi la technique de la facture d'orgue. Le facteur d'orgue Held vient à Lunebourg pour moderniser l'orgue du couvent, et transmet à Bach les premières bases de son savoir-faire. Bach deviendra par la suite très rapidement un des meilleurs connaisseurs de cet instrument.

Départ de Lunebourg - [Clés de lecture]

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On ne sait pas ce qu'il fait entre son départ de Lunebourg en été 1702 et le printemps 1703. Au printemps 1703, il obtient son premier poste à la cour du duc Ernst de Saxe-Weimar à Arnstadt. Il joue du violon ou de la viole dans l'orchestre de chambre du duc. De temps en temps, il remplace l'organiste de la cour. En juillet 1703, on l'appelle pour examiner le nouvel orgue. Il en profite pour jouer et le conseil de la ville est tellement enthousiasmé qu'on lui propose la place d'organiste de l'Eglise Neuve d' Arnstadt sans avoir fait appel auparavant à d'autres candidats ni même déclaré vacant le poste

A Arnstadt 1703-1707 - [Clés de lecture]

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A Arnstadt, Jean Sébastien aura pour la première fois du temps pour lui. En effet, il ne doit jouer de l'orgue que pendant les cultes du dimanche et des jours fériés, pour la prière du lundi, le culte du soir le mercredi et celui du matin le jeudi. Ainsi, il utilise le temps libre pour s'exercer et improviser, mais aussi pour composer des pièces musicales. Ses premières oeuvres, le Capriccio en Mi et certains fugues, datent de cette époque. Il introduit une nouvelle manière de jouer de la musique, peu connue alors dans le cadre de l'Eglise

Les meilleurs artistes de son temps - [Clés de lecture]

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Bach a l'occasion de rencontrer ou d'entendre parler des meilleurs musiciens de son temps. Il est contemporain de Georg Friedrich Händel (1685-1759). A Lunebourg il côtoie Georg Böhm (1661-1733), organiste à l'école Saint Jean à Lunebourg depuis 1698. En 1705, Bach se rend à Lubeck pour rencontrer Dietrich Buxtehude (1637-1707), un autre grand musicien de l'époque. A Dresde, il fait la connaissance du compositeur français Louis Marchand en 1717

Luthérien - [Clés de lecture]

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La famille de Bach est luthérienne. Dès son plus jeune âge, Jean Sébastien a été éduqué dans cette tradition. Bach lui-même s'intéressait à la théologie. L'inventaire de sa bibliothèque fait après sa mort révélait plus de 80 volumes de théologie. La présence des chorales dans toutes les écoles n'est qu'un exemple d'une tradition luthérienne dont s'imprègnent les élèves. Il est certain que la place faite à la musique dans la pensée du Réformateurvoir entrée Luther dans le module Nuée de témoins I Martin Luther a profondément marqué Bach. C'est dans ce courant spirituel qui donne à la musique la " deuxième place après la théologie " qu'un génie comme Bach pouvait se sentir à l'aise. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il n'a jamais quitté le luthéranisme, alors même qu'il était sensible au message de la religion du coeur qu'il avait trouvée dans les cercles piétistes. Mais le piétisme se méfiait de compositions qu'il jugeait trop " mondaines ", et il exigeait une simplicité en matière de musique, ce qui ne pouvait pas plaire à Bach

Revendications piétistes - [Clés de lecture]

L'époque de Bach est marquée par de grands conflits théologiques. La Réforme de Luther a commencé par se " confessionnaliser ", c'est-à-dire que depuis la séparation d'avec l'Eglise catholique romaine, les " luthériens " sont obligés de s'organiser en Eglises distinctes. Ce mouvement de structuration a parfois eu tendance à raidir les positions. A certaines d'entre elles est fait le reproche d'un certain dogmatisme qui privilégie la doctrine sur l'expérience de foi. Des voix s'élèvent contre cette évolution

Une approche et une interprétation théologiques - [Clés de lecture]

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Dans sa vie, Jean Sébastien Bach a dû accepter des postes de musicien à la cour qui ne correspondaient pas vraiment à l'idée qu'il se fait de sa vocation de musicien qu'il considère comme un ministère. En effet, pour lui, le but de toute musique est " la gloire de Dieu et la récréation de l'âme " comme il l'enseigne à ses élèves. Bach signait ses oeuvres en y ajoutant SDG, abréviation pour Soli Deo gloria (" A Dieu seul la gloire "), un mot d'ordre de l'autre Réformateurvoir entrée Calvin du module Nuée de témoins I Jean Calvin.
Ses œuvres pour l'Eglise qui paraphrasent des textes bibliques ou utilisent des textes de chorals déjà existants, sont portées par la conviction profonde d'un Dieu miséricordieux qui vient au devant de l'être humain pour lui pardonner. Le " salut par la foi seule ", par la seule grâce de Dieu, qui est le centre de la pensée de Luther, est au cœur de toutes ses compositions religieuses.

Sa cousine Maria Barbara - [Clés de lecture]

En 1707, la " jeune femme sur la tribune " devient l'épouse de Jean Sébastien. Alors qu'il est déjà organiste à l'église saint Blaise de Mühlhausen, il revient à Arnstadt, plus exactement au village de Dornheim, pour se marier avec sa cousine Maria Barbara (1707). Maria Barbara est la fille d'un cousin du père de Jean Sébastien. Elle a une très belle voix et est douée pour la musique.

Organiste à Mühlhausen - [Clés de lecture]

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Au début du 16e siècle, Mühlhausen fut le fief des anabaptistes et le point de départ de la Guerre des Paysans sous la direction de Thomas Müntzer. La ville est gagnée à la Réforme en 1557.
C'est ici que Bach compose ses premières cantates : " Dieu est mon roi " (BWV 71), " Des profondeurs, je crie vers toi, Seigneur " (BWV 131).
Chaque année à Mühlhausen, le renouvellement du conseil de ville était célébré liturgiquement au cours d'un culte. On demande à Bach de composer la musique pour cette cérémonie. Sa cantate " Dieu est mon roi " sera jouée le 4 février 1708. Le texte ainsi que les notes ont été conservés jusqu'à aujourd'hui (voir l'image ci-contre). La cantate écrite pour chorale, orgue, trompette, flûtes, hautbois, basson et instruments à cordes rencontre l'entière satisfaction des donneurs d'ordre et réjouit l'assistance.
En juin 1708, Bach se rend à Weimar pour y essayer un nouvel orgue devant le duc Guillaume Ernest. Sa prestation enthousiasme les auditeurs et on lui offre le poste d'organiste et de musicien de chambre à la cour. Le 25 juin 1708, Bach demande à quitter son poste. Le conseil de ville y consent avec regret. Mais il ne peut s'opposer à l'appel d'un duc si influent...
Bach reste toutefois en bons termes avec le pasteur Eilmar et il accepte même de composer en 1709 et en 1710 les cantates pour la célébration du renouvellement du conseil.

Organiste de la cour de Weimar 1708-1717 - [Clés de lecture]

Bach séjourne à Weimar à deux reprises. La première fois, en 1703 à son retour de Lunebourg pendant six mois. Puis, en 1708, il vient travailler à la cour du duc Guillaume Ernest. Il arrive avec sa femme qui est enceinte, avec sa belle sœur souffrante et un élève qui l'a suivi depuis Mühlhausen. En 1708, les deux frères, Guillaume Ernest et Johann Ernest, gouvernent. Quand Johann Ernest meurt, son fils reprend en partie les affaires courantes. L'oncle et le neveu ne s'entendent pas bien, mais aiment tous les deux la musique. On organise des concerts à la cour. Le neveu joue lui-même du violon et de la trompette et il cherche à faire une place toujours plus grande à la musique. L'oncle embauche jusqu'à 18 chanteurs professionnels pour la musique à l'Eglise. L'année du déménagement naît la première fille de Jean Sébastien, Catharina Dorothea. Au cours des années suivantes, la famille s'agrandit : deux ans après Catharina, c'est Wilhelm Friedemann, puis en février 1713 des jumeaux (Maria Sophia et Johann Christoph) mais qui ne vivent pas. En mars 1714, Maria Barbara donne naissance à Carl Philipp Emanuel et l'année suivante, en mai, à Johann Gottfried Bernhard.
Du point de vue musical, Weimar est pour Bach le point culminant en ce qui concerne les compositions pour orgue. Mais il prend aussi du temps pour voyager. Il expertise des orgues et pose sa candidature à un poste d'organiste à la Marienkirche à Halle (qu'il finit par refuser à cause d'un salaire trop bas). En 1714, il est nommé " maître de concert " à Weimar et doit désormais composer de nouvelles œuvres " tous les mois ". Ceci ne l'empêche pas de continuer à voyager : Erfurt, Halle, Leipzig, Gotha.

" Maître de concert " à Weimar - [Clés de lecture]

20060601181522

A Weimar, Bach a pour la première fois, un orchestre et des chanteurs professionnels à sa disposition. Ainsi, plus de 20 nouvelles cantates voient le jour à Weimar. Mais il y commence aussi un projet nouveau.
A la mort du chef d'orchestre Johann Samuel Drese le 1er décembre 1716, Bach demande à prendre sa suite. Mais le duc Guillaume Ernest refuse. Celui-ci souhaite en effet engager un autre très grand compositeur : Georg Philipp Telemann, un contemporain de Bach, directeur musical à Francfort. Telemann qui connaissait bien Bach indique au duc qu'il a déjà avec Bach le plus grand talent qu'il puisse souhaiter avoir et il en informe Bach. Ce dernier pose alors sa candidature mais ne reçoit aucune réponse. Le conflit s'envenime : le duc va jusqu'à lui supprimer les livraisons de papier à musique ! Bach réagit... en refusant de composer encore quoi que ce soit pour le duc. C'est alors que le prince Léopold de Cöthen intervient.

Départ de Weimar pour Cöthen - [Clés de lecture]

Quand le prince Léopold de Cöthen apprend ce qui se passe en Thuringe, il est ravi et offre à Bach le poste de chef d'orchestre à sa cour. Outre un salaire plus important qu'à Weimar, le prince lui délègue la responsabilité exclusive de la musique à la cour, de la musique de chambre, de la musique à table, de l'accompagnement et aussi de l'éducation musicale du prince. Bach ne résiste pas à l'offre ! Il signe le contrat pour entrer en service le 1er août 1717. Mais le duc de Weimar ne veut pas le laisser partir. Selon la législation en vigueur, personne n'a le droit de quitter le pays sans l'accord du duc. Bach est donc piégé à Weimar. Pour lui apprendre la discipline, le duc le fait finalement emprisonner. Après quatre semaines passées au cachot, au pain sec et à l'eau, Bach peut enfin partir. Accompagné par sa femme Maria Barbara et ses quatre enfants, il part pour Cöthen.

Maître de chapelle à la cour de Cöthen - [Clés de lecture]

Quand Bach arrive à Cöthen avec sa femme Maria Barbara et ses quatre enfants, le prince Léopold se montre très généreux. Il donne à Bach l'équivalent de quatre mois de salaire pour le dédommager de son séjour au cachot à Weimar. Bach dirige à Cöthen un grand orchestre avec beaucoup de solistes renommés. Comme la cour de Cöthen est calviniste, on n'entend à l'Eglise que les mélodies des psaumes ; il n'y a pas d'orgue. Ainsi, Bach aura le temps de composer.
Bach entreprend beaucoup de voyages depuis Cöthen. Il va à Leipzig pour examiner un orgue. En 1719, il part à Berlin acheter un clavecin pour l'orchestre. De plus, le prince Léopold l'invite régulièrement, lui et son orchestre, à l'accompagner à Karlsbad pour des cures. A la maison naît en novembre 1718 un nouveau fils, Léopold Auguste, mais qui ne vivra pas. A son retour de Karlsbad en été 1720, Bach apprend une autre terrible nouvelle : sa femme Maria Barbara est morte pendant son absence et a déjà été ensevelie.

Anna Magdalena Wilcken - [Clés de lecture]

20060601181649

C'est dans le livre de baptême pour un filleul de Bach qu'est mentionnée la " demoiselle Magdalena Wilcken, profession : chanteuse à la cour du prince ici-même ". On ne sait pas où Bach a rencontré Anna Magdalena qui est devenu sa seconde épouse. Fille du trompettiste à la cour, Johann Caspar Wilcken, elle est une chanteuse professionnelle, autonome et financièrement indépendante. Anna Magdalena et Jean Sébastien se marient le 3 décembre 1721 à la maison, dans un cadre familial. Le prince Léopold de Cöthen engage Anna Magdalena comme chanteuse avec un salaire de 200 florins. Cela correspond à peu près à la moitié de celui de son mari. Les deux époux font de la musique ensemble, Anna Magdalena aide son mari à écrire les partitions. Les manuscrits montrent que leur manière d'écrire les notes finit par se ressembler beaucoup. En 1722, il lui dédie une collection très belle de morceaux musicaux : le Clavierbüchlein (Le Petit Livre d'orgue d'Anna Magdalena).

Anna Magdalena à Leipzig - [Clés de lecture]

Contrairement à ce qu'Anna Magdalena a pu vivre à Cöthen, engagée elle-même comme chanteuse par le prince Léopold, elle a à Leipzig le rôle de la femme au foyer et de la mère. Comme Bach est absent souvent pour examiner des orgues et pour donner des concerts, elle se retrouve seule pour accueillir et héberger les nombreux hôtes de passage. Pendant les cinq premières années à Leipzig, 5 enfants naissent (dont seulement deux vont survivre à leurs parents) :

  • Christiana Sophia Henrietta (26.02.1723, † 29.06.1726 à Leipzig),
  • Gottfried Heinrich (26.02.1724, † 26.02.1763 à Naumburg),
  • Christian Gottlieb (14.04.1725, † 21.09.1728 à Leipzig),
  • Elisabeth Juliana Friederica (05.04.1726, † 24.08.1781 à Leipzig),
  • Regina Johanna (10.10.1728, † 25.04.1733 à Leipzig). Les élèves qui viennent pour des cours de chants particuliers s'ajoutent à la table familiale. Anna Magdalena assume aussi une large part de l'importante correspondance de son mari. Entre les années 1730 et 1742, 7 enfants vont voir le jour dans la maison Bach :
  • Christiana Benedicta (01.01.1730, † 04.01.1730 à Leipzig),
  • Christiana Dorothea (18.03.1731, † 31.08.1732 à Leipzig),
  • Johann Christoph Friedrich (21.06.1732, † 26.01.1795 à Bückeburg),
  • Johann August Abraham (05.11.1733, † 06.11.1733 à Leipzig),
  • Johann Christian (05.09.1735, † 01.01.1782 à Londres),
  • Johanna Carolina (30.10.1737, † 18.08.1781 à Leipzig)
  • Regina Susanna (22.02.1742, † 14.12.1809 à Leipzig).

Tandis que les plus jeunes vont encore à quatre pattes dans la maison, les enfants du premier mariage sont déjà de jeunes adultes. Wilhelm Friedemann accepte déjà à cette époque, à 23 ans, son premier poste d'organiste dans l'Eglise sainte Sophie à Dresde. A Gottfried Bernhard, on offre à 20 ans le poste d'organiste à Mühlhausen.

Les dernières années de Bach - [Clés de lecture]

20060601181843

Au début de l'année 1738, Gottfried Bernhard quitte son deuxième poste : Sangershausen après s'être endetté une fois de plus. Bach s'attriste à plusieurs reprises de voir ce fils mener une vie désordonnée et surendettée. Il essaie de l'aider en payant ses dettes, en écrivant à ces créanciers mais il semble que rien ne change en profondeur. Les soucis ne mettent toutefois pas un frein aux compositions qui se succèdent. En 1739, Bach décide de donner au catéchisme luthérien une expression musicale. Les préludes pour orgue qu'il compose se basent sur les chorals de Luther traitant des Dix Commandements, de la foi, de la prière, du baptême, de la pénitence et de la Sainte Cène. Bach introduit son œuvre par un appel (répété à trois reprises) à la Trinité. L'œuvre est publiée en 1739 sous le titre : " Plusieurs préludes aux chorales concernant le catéchisme et autres, pour l'orgue ".
Bach invente aussi des instruments nouveaux : ainsi, en 1740, il donne l'ordre de construire un instrument selon ses instructions. Cet instrument devait réunir les capacités du luth et du clavecin.
Dans les dernières années de sa vie, Bach prend de plus en plus de liberté vis-à-vis de son engagement à Leipzig. Il n'informe pas toujours le Conseil quand il quitte la ville ! Et celui-ci semble avoir fait la paix avec ce cantor hors normes... Bach brille par des concerts à droite et à gauche, il donne des conseils pour la construction d'orgues et leur entretien, il rend visite à ses fils, il prépare pour la gravure les partitions d'orgue et de piano et se rend de plus en plus souvent à Dresde pour remplir sa fonction de " compositeur de la cour ".

Composer pour piano et orgue - [Clés de lecture]

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Les dix dernières années de sa vie, Bach ne crée pratiquement plus d'œuvre pour chœur. En 1740, il semble qu'une seule cantate ait vu le jour. En été 1741, il est à Berlin où son fils Carl Philipp Emanuel travaille auprès du nouveau souverain de Saxe, Frédéric le Grand, comme " accompagnateur musical ".
En 1742 voient le jour les " Variations ", écrites pour Goldberg (c'est pourquoi on les appellera par la suite " Les Variations Goldberg "), le pianiste du comte Keyserlingk.
Au printemps 1747, Bach se rend à nouveau à Berlin.

Bach chez Frédéric II à Berlin - [Clés de lecture]

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Carl Philipp Emanuel est le premier des fils de Bach à se marier. Bach vient rendre visite à sa belle-fille au printemps 1747. La légende veut que Bach, arrivé à Berlin, soit aussitôt invité par Frédéric II. Encore dans son vêtement poussiéreux du voyage, et fatigué du trajet, il arrive ainsi au château de Potsdam. Il semble plus vraisemblable que Carl Philipp Emanuel, travaillant comme " accompagnateur musical " auprès de Frédéric II, ait parlé à celui-ci de son père, et que le prince électeur l'ait invité par la suite à le rejoindre à Potsdam. Frédéric II est un souverain qui adore la musique et qui organise tous les soirs (à l'exception des soirées où l'Opéra ouvre ses portes) des concerts avant dîner. C'est le roi en personne qui décide du programme. Quand Bach arrive le 7 mai 1747, le roi fait interrompre le concert et demande à Bach de montrer son art sur les nouveaux pianos de Silbermann. Bach demande à Frédéric de lui donner un thème musical qu'il développera à l'étonnement de tous dans la forme de la fugue. Le lendemain, il donne un concert et le soir improvise une fugue à six voix. Puis, il retourne à Berlin, visite l'Opéra et commente la qualité acoustique des pièces.
Une fois rentré à Leipzig, Bach se met à écrire le thème de la fugue à six voix et les improvisations. Il y ajoute un trio pour flûte (le roi joue lui-même de la flûte), violon et piano et envoie le 7 juillet 1747 le manuscrit L'offrande musicale (BWV 1079) accompagné d'une lettre à Frédéric II.
La même année, et après avoir hésité longtemps, Bach rejoint la Société des sciences musicales, fondée en 1738. Telemann et Händel en étaient membres depuis quelque temps déjà. Le travail de cette société ne visait pas tant des rencontres régulières mais l'échange épistolaire de manuscrits de composition et la publication d'articles de théorie musicale dans la revue fondée en 1736 La nouvelle bibliothèque musicale.

Tous sont musiciens ou le deviennent ! - [Clés de lecture]

Bach a eu en tout 20 enfants, dont 10 ont vécu au-delà de quatre ans. Tous ses enfants apprennent la musique. Les deux épouses de Bach sont toutes les deux musiciennes. La famille peut à elle toute seule jouer les pièces que le père compose. Parmi ses enfants devenus à leur tour célèbres, on connaît surtout Wilhelm Friedemann, Carl Philipp Emmanuel, Johann Christian et Johann Christoph Friedrich.

Des engagements successifs à la cour - [Clés de lecture]

La carrière de Jean Sébastien Bach est très intimement liée à la société de son temps. Il évolue à la cour des ducs et des princes. De musicien à la cour de Weimar, il devient maître de chapelle à la cour de Cöthen (1717-1723). A son époque, en Allemagne, ce sont ou bien les conseils de la ville qui embauchent les musiciens, ou bien les souverains. L'Eglise et l'Etat ne sont pas séparés, et ce sont les conseillers municipaux et les souverains qui interviennent jusque dans le choix de la musique pour l'Eglise.

Oratorios et Passions - [Clés de lecture]

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L'expression " oratorio " vient du latin orare ce qui veut dire " prier ". Le mot désigne donc normalement un lieu de prière, souvent une salle juxtaposée à l'église.
Dans l'histoire de la musique, on parle d'oratorio pour définir une composition dramatique de plusieurs parties racontant une histoire généralement spirituelle (mais pas seulement) et chantée par plusieurs solistes et une chorale.
Contrairement à l'opéra, l'action de l'oratorio n'est pas représentée par une mise une scène théâtrale mais est racontée uniquement à travers les textes et la musique. En fait, il s'agit d'un point de vue formel d'une cantate à laquelle on ajoute un aspect dramatique.
Le plus ancien oratorio est probablement la Rappresentatione di Anima et di Corpo (Représentation de l'âme et du corps) d'Emilio de Cavalieri, joué pour la première fois en 1600.
Les oratorios de Bach les plus connus sont l'oratorio de Noël (joué pour la première fois du 25 décembre au 6 janvier en six parties), La passion selon saint Matthieu (BWV 244) et celle selon Jean (BWV 245, jouée pour la première fois le vendredi saint, 7 avril 1724 à l'Eglise Saint Nicolas). On compte donc ses Passions dans les oratorios.
D'autres musiciens ont composé des oratorios célèbres : Le Messie de Händel ; La Création de Haydn ; l'Elias et le Paulus de Félix Mendelssohn-Bartholdy. L'oratorio le plus connu parmi les non-spirituels est probablement Les Saisons de Haydn.

Cantor (maître de chapelle) de St Thomas à Leipzig - [Clés de lecture]

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" Je viens à Leipzig, le lieu où l'on voit le monde entier en minuscule " Gotthold Ephraïm Lessing, commentaire fait en 1749.
En 1723, le poste de Cantor de l'église Saint Thomas de Leipzig est vacant, son titulaire étant mort l'été 1722. La nomination d'un nouveau cantor relève de la responsabilité du Conseil de la ville. Celui-ci est composé de personnes compétentes pour beaucoup de choses, mais pas forcément pour la musique ! Ils aimeraient quelqu'un de Leipzig pour ce poste, ou au moins quelqu'un que l'on connaisse à Leipzig. Georg Philipp Telemann est le favori du Conseil " parce qu'il est à cause de sa musique connu dans le monde entier " (protocole du Conseil). Mais Telemann refuse et reste (avec une augmentation de salaire importante !) à Hambourg. On pense à un deuxième candidat, Johann Christoph Graupner, " on ne le connaît pas spécialement, mais il fait bonne figure et semble être un monsieur distingué, on croit aussi qu'il est bon musicien " (protocole du Conseil). Mais son employeur refuse de laisser partir le " monsieur distingué ". Restent trois candidats : Johann Friedrich Fasch, de Bohème, Georg Balthasar Schott, organiste de l'Eglise Neuve de Leipzig, et le maître de chapelle de Cöthen : Jean Sébastien Bach. Le Conseil n'est pas enthousiasmé par ces candidats et l'exprime ainsi : " Puisqu'on n'arrive pas à avoir les meilleurs, alors on doit prendre ceux qui sont moyens ".

" Prendre ceux qui sont moyens " - [Clés de lecture]

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Le 19 avril 1723, on fait signer à Bach un papier où il doit déclarer être prêt à prendre son poste dans l'école Saint Thomas, à donner des cours de chants si cela est désiré, à ne pas exiger de l'argent supplémentaire s'il se fait remplacer pour les cours de latin (c'est donc à lui de payer son remplaçant éventuel), à ne pas accepter un poste à l'université de Leipzig et à ne pas quitter Leipzig sans en avoir auparavant reçu la permission du Conseil. Le Conseil lui demande en plus " pour le maintien du bon ordre dans les églises, d'exercer la musique de telle manière qu'elle ne soit ni trop longue, ni qu'elle ressemble à de l'opéra, mais qu'elle entraîne ceux qui l'écoutent vers plus de recueillement. " Trois jours plus tard, le 22 avril, le Conseil vote unanimement pour Bach et le 5 mai, il est finalement engagé. Juste avant, Bach doit passer un examen pour prouver l'orthodoxie de sa théologie et son rejet de toute forme de calvinisme. Car pour ses futurs employeurs, calvinisme veut dire " foi erronée, hérésie, et [qui] mène à la perte du salut céleste ". Bach -quelques jours auparavant encore salarié d'une cour calviniste !- signe cette déclaration.

Le travail à l'école Saint Thomas - [Clés de lecture]

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La famille Bach déménage en mai 1723 et Jean Sébastien commence aussitôt son travail. Les élèves ont des cours de musique et de latin tous les matins de 7h à 10h et tous les après-midi de 12h à 15h. S'y ajoutent deux heures de cours de chant les lundis, mardis et mercredis. Le vendredi, les élèves et le cantor assistent au culte.
En plus de l'enseignement à l'école, Bach est responsable de la musique pour les quatre églises de Leipzig. Toutes les semaines, une cantate doit être étudiée pour le culte du dimanche. Bach est aussi chargé de fournir de la musique pour toutes les autres célébrations, baptêmes, mariages, enterrements. En outre, son contrat l'engage à jouer de la musique pour les membres du Conseil de la ville et les festivités municipales.
Il peut compter sur quelques musiciens de la ville et sur ses " préfets ", des élèves de l'école Saint Thomas qui le remplacent parfois pour diriger les musiciens. Toutefois, Bach trouve que ses engagements ne visent pas encore assez le centre même de sa conviction de compositeur, de musicien et de chrétien : créer de la musique pour la gloire de Dieu !

Créer de la musique pour la gloire de Dieu ! - [Clés de lecture]

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Au lieu de se borner à enseigner à l'école Saint Thomas et à jouer la musique existante, Bach commence à créer de la musique " pour la gloire de Dieu " pour reprendre ses propres termes. Dimanche après dimanche, il compose de nouvelles cantates. Ses prédécesseurs lui ont laissé tout un fond, mais il préfère renouveler totalement la composition.
De 1723 à 1725, environ 100 nouvelles compositions d'une qualité jusque-là inconnue voient le jour. Les textes des cantates sont rédigés par deux personnes en particulier : Christiane Marianne von Ziegler, une veuve d'une famille de juristes de Leipzig, et Christian Friedrich Henrici, qui travaille sous le pseudonyme de Picander. La famille de ce dernier est amie de la famille de Bach et les Bach choisissent la femme de Picander comme marraine pour leur fille Johanna Carolina, née en 1737.
" Je souhaiterais que vous entendiez une fois à l'orgue Monsieur Bach ; je n'ai pour ma part jamais rien entendu de tel, je dois complètement changer ma manière de jouer, qui doit être comptée pour rien. " Georg Heinrich Ludwig Schwanenberger (musicien à la cour de Wolfenbüttel).

Des ennuis avec les autorités - [Clés de lecture]

A plusieurs reprises, Bach va avoir des ennuis avec les autorités. En 1724 à Leipzig, Bach veut jouer, le vendredi saint, la Passion selon Jean, jusque-là son œuvre la plus complexe. Il envisage de le faire dans l'église Saint Thomas (depuis 1539, c'est une église luthérienne). Celle-ci a en effet le meilleur orgue et le plus de place pour chorale et orchestre. Seulement cette décision rompt la tradition qui veut que, lors des célébrations de la Semaine Sainte, la musique ait lieu alternativement dans l'église saint Thomas et dans l'église saint Nicolas. C'est cette dernière que Bach aurait dû choisir pour l'année 1724. Le surintendant Deyling voit par hasard cette annonce et Bach est cité devant le consortium, l'autorité spirituelle de la ville, quatre jours avant la représentation. Bach cède, mais insiste pour que l'orgue et le clavecin de l'église saint Nicolas soient rapidement mis en état.
L'année suivante, il se querelle avec l'université au sujet de son salaire. La musique des cultes qui se tiennent lors de grandes fêtes dans l'église dépendante de l'université (la Paulinerkirche) relève de la responsabilité du cantor de Saint Thomas, donc de Bach. Cela permet à Bach de montrer devant un public universitaire ce qu'il sait faire. Mais il ne reçoit pas de salaire pour ce travail car il ne figure nulle part dans son cahier de charges. Après plusieurs mois sans honoraires, Bach s'adresse à l'université pour réclamer un salaire, mais aucune réponse ne lui est faite. Une année plus tard, en septembre 1725, il se tourne directement vers le roi et prince électeur Frédéric Auguste II. Le salaire de base que Bach reçoit (100 thalers par an) est relativement faible et ne suffit que difficilement à nourrir sa grande famille. D'autant plus qu'il paie 50 thalers au sous-directeur Dresig pour que celui-ci donne à sa place les cours de latin, travail que Bach déteste. Quelques jours plus tard, l'université reçoit de Dresde l'ordre de donner suite à la plainte de Bach. Mais ce n'est qu'après deux autres lettres que Bach reçoit enfin un salaire pour sa musique lors des fêtes religieuses. Que le roi en personne s'engage en faveur de Bach montre combien ce dernier est estimé à la cour. Il est vrai que Bach entretient avec le souverain des relations chaleureuses, basées sur un attachement partagé à la musique. Il effectue plusieurs voyages à Dresde pour des concerts d'orgue qu'il dédie au roi.

Encore des ennuis à Leipzig - [Clés de lecture]

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Quand Bach fait jouer la Passion selon Matthieu le vendredi saint de l'année 1729, les réactions de ses auditeurs ne se font pas attendre : " Beaucoup de hauts ministres et de dames nobles étaient rassemblés. Quand cette musique théâtrale débuta, toutes ces personnes se virent dans la plus grande consternation. Elles se regardaient les unes les autres et disaient : "Qu'est-ce que cela veut dire ?" Une vieille veuve s'exclama : "Que Dieu nous garde, mes enfants ! J'ai l'impression de me trouver dans un opéra-comédie !" ". En effet, cette grande et impressionnante œuvre ne correspond pas aux idées du Conseil. Cinq ans auparavant, on lui avait déjà reproché sa Passion selon Jean. Maintenant, on lui dit avoir dépassé les bornes. Quand Bach de son côté réclame un droit de regard sur les futurs élèves acceptés dans l'école Saint Thomas (en effet, il critique sévèrement la qualité de sa chorale), on lui dit : " Vous êtes incorrigible ! " Selon le Conseil, il demanderait trop de congés, lors des répétitions, il exigerait trop de travail des préfets (des élèves choisis pour le soutenir dans sa tâche) et même pour les cours de latin, il se fait remplacer. Le Conseil décide alors de diminuer son salaire. Personne ne reprend la remarque d'un membre du Conseil qui résume : " Le cantor ne fait rien ! " Au bout de six années à Leipzig, Bach a tout le monde contre lui : le consortium (l'autorité spirituelle de la ville), la direction de l'université et le Conseil. Bach pense alors sérieusement à quitter Leipzig.

Partir de Leipzig ? ou : les années 1730 à 1740 - [Clés de lecture]

Le 28 octobre 1730, Bach écrit à son ami Georg Erdmann pour lui exposer sa situation difficile. Il n'est pas évident de trouver un nouveau poste. Mais la chance lui sourit. En juillet 1730, l'école Saint Thomas a accueilli un nouveau directeur : Johann Matthias Gesner. Celui-ci, un pédagogue et philologue classique, a connu la musique de Bach à Weimar. Il l'admire et la confiance est vite établie. C'est Gesner qui fait bouger non seulement le programme des cours (désormais les mathématiques et les sciences naturelles seront enseignées), mais il réussit aussi à libérer Bach de ses obligations d'enseignement du latin. Cela veut dire que Bach n'a plus besoin de payer 50 thalers pour se faire remplacer. En outre Bach sera désormais directement responsable devant le directeur de l'école : plus besoin d'inquiéter le Conseil avec ses nouveautés musicales ! Enfin, Bach pourra s'occuper de sa musique !
Toutefois, la nouvelle situation ne va pas durer. En effet, Gesner part. Le nouveau directeur, Ernesti, et Bach n'ont pas la même vision des choses en ce qui concerne la place de la musique à l'école. Des conflits éclatent à la moindre occasion.

Sa mort en 1750 - [Clés de lecture]

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Depuis longtemps, les yeux de Bach le faisaient souffrir. Il les avait certainement trop usés. Vers la fin de l'année 1749, sa vision diminue tellement qu'il suit le conseil d'amis et consulte un spécialiste, un ophtalmologue anglais depuis deux ou trois ans en Allemagne. Si on en croit le récit de ce médecin, il a examiné les yeux de Bach et constaté qu'ils étaient abîmés par un infarctus et pas seulement par la cataracte. L'opération se situe probablement au début de 1750. Bach ne supporte que difficilement de rester dans sa chambre, les rideaux tirés. Quand ses yeux le lui permettent, il révise des compositions pour orgue. Il veut terminer la collection des 18 chorals en vue de leur publication. Début juillet, il dicte les premières mesures du prélude au dernier choral " Quand nous sommes dans les plus grandes détresses ". Il souhaite alors changer le titre de ce prélude en " Je viens devant ton trône, ô Dieu ". Au milieu de la 26e mesure, le manuscrit s'arrête. Ce sont les dernières notes de Bach. Le 18 juillet, il semble se rétablir, mais quelques heures plus tard, un nouvel infarctus le fait sombrer dans un état d'inconscience. Pendant dix jours encore il a une forte fièvre et le 28 juillet 1750, il meurt. Avec une rapidité étonnante, on déclare le poste de Bach vacant. Dans le protocole du Conseil de la ville, on ne trouve aucun mot de regret ou de reconnaissance. Il faudra attendre des années avant que le génie de Bach soit reconnu à sa juste valeur.

Contexte français, contexte allemand - [Contexte]

L'année 1685 est marquée par deux événements bien différents. En effet, en France, on vient de révoquervoir Espace-Temps Edit de Nantes dans entrée Marie Durand l'Edit de Nantes qui garantissait aux protestants une certaine liberté de culte et d'expression. Les persécutions vont s'amplifier. En Allemagne, la même année, naissent deux compositeurs protestants : Bach et Händel qui vont tous les deux évoluer à la cour de divers seigneurs du pays. Bach va faire la connaissance de huguenots chassés de leur pays à Celle où il se rend autour de l'année 1703 : la duchesse Eléonore est française, huguenote. Le duc de Celle entretient un orchestre célèbre à sa cour où ne sont embauchés presque que des Français. Bach, toujours avide de connaître le plus de styles musicaux possibles, s'initie donc au cours de sa vie à la musique française donc il intègre bien des éléments.

Réformés et luthériens du temps de Bach - [Contexte]

L'opposition entre les deux confessions est plutôt farouche. A Leipzig, proche de Cöthen, on exige des professeurs de l'université, lors de leur nomination, d'abjurer le calvinisme et de déclarer que " tous les calvinistes sont des hérétiques ", et qu'ils " méritent le feu de l'enfer ". Mais le prince Léopold de Cöthen, calviniste lui-même, fait exception à la règle. Il tolère la confession luthérienne. Il est instruit, et on le décrit comme " heureux de vivre ". Il apprécie beaucoup la musique. La collection d'oeuvres musicales du prince est impressionnante. Elle contient aussi des oeuvres modernes dans le style français ou italien. Le prince se rend régulièrement à des représentations d'opéra et joue lui-même du violon et du clavecin.

Le piétisme - [Contexte]

L'époque de Bach est marquée par de grands conflits théologiques. D'un côté le luthéranisme et son attachement à une organisation ecclésiale visible. De l'autre, une " religion du cœur ", pratiquée dans de petites assemblées qui ne revendiquent pas le statut d'Eglise. Les " piétistes ", appelés ainsi d'abord par leurs adversaires, prêchent un retour vers une foi vécue plutôt qu'une foi proclamée. Toutefois, les distinctions entre les deux courants ne sont pas toujours aisées à faire. D'autant que certains luthériens " orthodoxes " sont tout à fait ouverts aux interpellations que les piétistes leur adressent. Mais dans certaines paroisses, les positions divergent fortement, et toute une littérature de dispute théologique voit le jour. C'est le cas notamment à Mühlhausen où Bach a été organiste en 1707/1708. Les pasteurs des deux églises s'invectivent vigoureusement, et on a pensé que le départ de Bach de Mühlhausen pouvait être en lien avec cette situation.

Dietrich Buxtehude (1637-1707) - [Contexte]

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Organiste et compositeur, Buxtehude est le maître d'orgue le plus connu de son temps. Il lance les " musiques spirituelles du soir " (Geistliche Abendmusik) qui inaugureront une tradition ininterrompue jusqu'à aujourd'hui en Allemagne. Georg Friedrich Händel lui rend visite en 1703, et Jean Sébastien Bach part en octobre 1705 à pied d'Arnstadt (Thuringe) pour le rejoindre à Lubeck. Il restera avec lui pendant 4 mois environ.

Louis Marchand (1669-1732) - [Contexte]

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Marchand est l'un des organistes et pianistes les plus connus de son temps. Bach apprécie beaucoup ses compositions. A partir de 1708, Marchand est organiste à la cour de Versailles. Très doué, mais de caractère difficile et souvent arrogant, il a eu des problèmes avec le roi. Celui-ci lui reproche de ne pas s'occuper assez de sa femme. Du coup, la moitié de son salaire sera désormais versé à sa femme. Offusqué de cette décision, Marchand s'arrête au beau milieu du concert suivant et dit : " Si ma femme reçoit la moitié de mon salaire, alors qu'elle assume aussi la moitié de mon récital. " En automne 1717, pendant qu'il est en visite à la cour de l'Electeur de Saxe à Dresde, Marchand accepte de participer à un " concours d'improvisation " avec Bach. Mais après avoir entendu Bach la veille, il part précipitamment de Dresde et retourne à Paris.

Georg Philipp Telemann (1681-1767) - [Contexte]

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Georg Philipp Telemann est né le 14 mars 1681 à Magdeburg. Son père est diacre à l'église du Saint Esprit. A l'école, c'est le maître de chapelle Benedictus Christiani qui lui apprend les bases musicales. Mais Telemann est aussi autodidacte. Très tôt, il fait ses premiers essais de composition. A 12 ans, il compose un premier opéra, Sigismond, qui est joué vers 1693. En 1694 à Zellerfeld, il continue d'aller à l'école et compose pour l'église et pour les musiciens de la ville. Il déménage à Hildesheim, puis retourne à Magdebourg où il passe l'examen de fin d'études en 1701. A Leipzig, il commence des études de droit. En même temps, il fonde un Collège musical dont il prend la direction. Il dirige des opéras et a des engagements comme chanteur d'opéra. En 1704, il devient organiste, compose des cantates pour l'église Saint Thomas et des opéras pour Leipzig et Weissenfels. A Halle, il rencontre Händel. Tous deux entreprennent ensemble des études de composition. Leur amitié durera toute leur vie. Chef d'orchestre du comte Erdmann de Primnitz, Telemann compose des suites françaises. Il travaille à Eisenach pour la famille du duc et à partir de 1712 à Francfort comme directeur musical. En 1714, Telemann est choisi par Bach comme parrain pour son fils Carl Philipp Emanuel. A partir de 1721, il est à Hambourg. En 1737, invité par des amis, il passe huit mois à Paris. Le 25 juin 1767, il meurt à Hambourg.

Georg Friedrich Händel (1685-1759) - [Contexte]

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Né à Halle/Saale en Allemagne, il apprend très tôt à jouer de l'orgue et du violon. A 18 ans, il devient violoniste à l'Opéra de Hambourg. De 1706 à 1710, il est en Italie pour apprendre la composition italienne, puis il partage son temps entre Londres et Hanovre où il est engagé à la cour. En Angleterre, ses compositions sont accueillies avec un tel enthousiasme que la reine Anne lui verse un salaire annuel important. En 1727, il reçoit les droits de citoyen anglais.

Quel genre de musique pour l'Eglise ? - [Contexte]

Contrairement aux villes du nord de l'Allemagne (en particulier Lunebourg), le centre n'a pas encore été touché par la musique polyphonique. On considère que cette musique n'est pas assez " religieuse ". De plus, les chanteurs ont du mal avec l'harmonisation jugée difficile. C'est pourtant cette musique-là que Bach a découverte et qu'il admire. Quand il commence à Arnstadt à enseigner en tant que Cantor de l'école, il le fait gratuitement. Dans un premier temps, tout se passe bien. On accueille cette nouvelle manière de chanter plutôt favorablement. Mais très vite, la situation change. Bach est perfectionniste et exige la même perfection de ses élèves. Ceux-ci ne sont pas contents et se rebellent de plus en plus.
Après une rixe entre Bach et ses élèves, les familles riches et influentes de l'époque exigent que désormais Bach dispense " un enseignement musical qui vise la moyenne ". " La moyenne ", c'est ce que Bach ne peut supporter. En 1705, il part pour Lubeck, un voyage qui durera plus longtemps que prévu... A son retour, il est cité devant le conseil de la ville. On lui reproche alors aussi sa manière de jouer de l'orgue, les " variations multiples et bizarres qu'il fait dans les chorals, les tons étrangers qu'il y mêle ". Puis, on critique le fait qu'il ait une " jeune fille " avec lui sur la tribune (il s'agit de sa future femme Maria Barbara), et qu'il joue de toute façon trop longtemps ! Bach réagit à ces reproches de manière provocante comme il le fera toujours : il va désormais jouer des morceaux extrêmement courts, réaction qui n'arrange pas ses relations avec ses adversaires ! Quand il apprend le 2 décembre 1706 que l'organiste de Mühlhausen est décédé, il n'hésite pas longtemps et quitte Arnstadt.

Bach et le conseil de ville de Mühlhausen - [Contexte]

Rapidement après son installation à Mühlhausen, Bach demande à la ville de procéder à la transformation de l'orgue qui ne convient guère à ses exigences d'organiste. Mais les gens de Mühlhausen ont d'autres soucis que le soin porté à la musique d'Eglise. La ville, qui manque d'argent, vient de décider des impôts importants pour réparer les dégâts causés par l'incendie de 1707. Elle n'est guère prête à s'engager dans les transformations que Bach souhaite pour son orgue.
Les membres de l'Eglise sont aussi en désaccord profond sur la place de la musique dans les célébrations liturgiques. Le jeune mouvement piétiste réclame une restriction de cette place et une concentration sur la parole prêchée. Les luthériens orthodoxes voient au contraire dans la musique un élément indispensable au culte et à l'adoration. Le pasteur de l'église où Bach travaille, Johann Adolph Frohne fait partie du camp piétiste alors que son collègue à la Marienkirche, le pasteur Georg Christian Eilmar, se compte parmi les luthériens orthodoxes. Bach, pris entre les deux fronts, cherche à rester diplomate, d'autant plus que certains accents du piétisme l'interpellent et lui plaisent : en particulier la relation personnelle au Christ et une certaine intériorité. Mais l'orthodoxie luthérienne est la seule à avoir de la considération pour sa musique comme il l'estime nécessaire. Une amélioration des relations entre les camps ne semble guère se dessiner à l'horizon.
Ce qui décide finalement Bach à partir de Mühlhausen semble être aussi son désir d'être plus qu'un " simple organiste ". Peut-être inspiré en cela par Buxtehude à Lübeck, il aimerait avoir la responsabilité de toute la musique d'Eglise : tant le chant que l'orgue, tant la composition que l'exercice. Mais la ville ne répond pas à son souhait. Quand finalement la transformation de l'orgue voit le jour, Bach n'est déjà plus à Mühlhausen.

Cöthen - [Contexte]

En 1717, au moment où Bach rejoint cette ville, Cöthen est, avec ses 5000 habitants, numériquement plus petite que Weimar et son rayonnement est moins important. Y règne, depuis presque 3 ans, le jeune prince Léopold. La famille princière est plutôt ouverte et tolérante même en ce qui concerne les questions de religion. Ce qui est extrêmement rare à cette époque. Bien que la cour et avec elle tous ses sujets soient de confession réformée, il existe une Eglise luthérienne dans la ville. Il est vrai que la mère de Léopold est de confession luthérienne.

Leipzig - [Contexte]

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Leipzig est une ville très importante au 18e siècle. Deux voies de communication importantes la traversent. Beaucoup de monde s'y rencontre. C'est un lieu où on ne fait pas seulement du commerce, mais où on échange des idées nouvelles, de nouveaux styles. La culture du monde entier s'y donne rendez-vous. La ville est aussi le siège d'importantes imprimeries de livres et de partitions musicales. Sa richesse -deux tiers du commerce de la Saxe passent par les commerçants de Leipzig- s'exprime dans l'éclairage de la ville. Des lanternes ont été installées en 1701 le long des rues " comme à Paris ", le modèle que l'on s'est choisi.
Leipzig est aussi le centre de l'orthodoxie luthérienne. Le consortium (l'autorité spirituelle de la ville) veille sur quatre églises : Saint Thomas, Saint Nicolas, Saint Pierre et l'Eglise Neuve. Une cinquième église, la Paulinerkirche, dépend directement de l'université. L'université de Leipzig fait partie des plus grandes universités de l'Allemagne du 18e siècle. La faculté la plus importante est la faculté de théologie. L'université n'est pas régie par la ville mais directement par le gouvernement de Saxe. Les membres de l'université ne paient pas d'impôts à Leipzig. Les relations entre l'université et la ville ne sont pas des meilleures. On se surveille mutuellement...

L'école Saint Thomas - [Contexte]

L'école Saint Thomas est une école pour les pauvres. Au moment où Bach y commence son travail, son internat est dans un état lamentable. Le prédécesseur de Bach s'est déjà plaint à plusieurs reprises que tous les élèves souffrent de gale et que le chant choral en pâtit... Depuis 200 ans, en effet, aucune rénovation n'a été entreprise. Un collègue de Bach décrit l'école de la manière suivante : " Cette école est faite ainsi que même le précepteur le plus rigoureux court un danger imminent ; les escaliers sont très hauts, ils manquent à plusieurs endroits de rampes et [...] comme tout est bâti entremêlé, il faut monter parfois 4, voire 6 de ces escaliers pour aller d'un lieu à un autre... Il faut considérer aussi la vermine, dont des rats et des souris en telle quantité qu'ils sortent en plein jour. Oui, j'en ai rencontré à une heure de l'après-midi sur ces horribles escaliers. "
Le Conseil fait au moins réparer l'appartement de Bach. Les autres salles de l'école devront attendre quelques années encore.

Directeur du Collegium Musicum et bientôt " compositeur à la cour " - [Contexte]

Le Collegium Musicum est un ensemble d'étudiants musiciens. Il a été fondé par Telemann, mais, en mars 1729, Bach le reprend et lui fait jouer une quantité impressionnante de morceaux allemands et italiens. On se retrouve pour les répétitions une ou deux fois toutes les semaines. Les concerts sont appréciés par le public de Leipzig qui se déplace même pour assister aux répétitions. Bach compose exprès pour ce Collegium Musicum qui jouera devant le prince électeur en 1734.
Bach voyage beaucoup : des concerts à Dresde, à Kassel, à Cöthen. En 1733, il dépose sa candidature à la cour d'Auguste III, roi de Pologne et prince électeur de Saxe pour devenir " compositeur du roi " (Hofkomponist). Mais Bach devra encore attendre, et ce n'est qu'à la suite du renouvellement de sa demande une année plus tard, le 19 novembre 1734, qu'il reçoit le document tant attendu. En tant que " compositeur du roi ", Bach devient officiellement une personne de la cour. Il est placé sous protection directe de Sa majesté. C'est ce lien privilégié que Bach exploite quand les conflits avec le Conseil à Leipzig semblent ne pas tourner en sa faveur. Le 18 octobre 1737, il s'adresse directement à Auguste III, roi de Pologne et Prince électeur de Saxe. L'appel ne reste pas sans réponse : le roi adresse une lettre au consortium pour l'exhorter à mettre fin au conflit en restituant à Bach tout ce qu'on lui doit. On ne sait pas si cela a eu lieu comme Bach le souhaitait, mais en tout cas, à Leipzig, on faisait désormais attention à ne pas s'attaquer à lui.

La mort d'Auguste le Fort et la Messe en si mineur - [Contexte]

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Auguste II le Fort meurt le 1er février 1733. Son fils, Auguste III devient prince électeur de Saxe. Le nouveau prince s'est converti à la foi catholique en vue de sa reconnaissance comme souverain de Pologne. Il est très intéressé par l'art, en particulier par la musique.
Pendant le temps de deuil décrété après la mort d'Auguste II le Fort (jusqu'en juillet de la même année !), aucune musique ne doit être jouée dans les églises. Bach, libéré ainsi de l'exigence des cantates dominicales et du vendredi saint, utilise les premiers mois de l'année 1733 pour préparer une œuvre qui lui vaudra plus tard la reconnaissance de " compositeur de la cour ". Il décide d'utiliser une forme qui soit commune aux protestants et aux catholiques : la messe luthérienne. Bach termine la partition de base de la Messe en si-mineur au début de l'été 1733. En juin 1733, son fils, Wilhelm Friedemann, est nommé organiste de l'église Sainte Sophie à Dresde. Bach l'accompagne à Dresde et y termine les passages manquants de la Messe en si-mineur. Il l'envoie le 27 juillet au château du prince électeur de Saxe à Dresde. Mais il devra attendre longtemps avant de recevoir une réponse positive. Ce n'est que le 19 novembre 1736 qu'il est officiellement nommé " compositeur à la cour ".

Le conflit des " préfets " - [Contexte]

Ernesti, le directeur de l'école St Thomas qui succède à Gesner, a du mal avec Bach. Un contemporain d'Ernesti dit à propos de ses cours : " Certes, ces cours se recommandaient par leur brièveté et leur netteté, mais ils manquaient totalement de vivacité ". Si on sait que cette dernière est bien une des caractéristique de l'œuvre de Bach, on peut imaginer que les deux ne partageaient pas vraiment la même vision de leur travail ni de leur engagement.
Très vite, des conflits vont éclater sur le dos des " préfets ", ces élèves qui donnent un coup de main dans l'enseignement mais qui sont aussi responsables de faire appliquer la discipline. En juillet 1736, le préfet général de Bach, du nom de Krause, intervient pour rappeler à l'ordre un élève de la chorale. Celui-ci se plaint auprès de son père qui, à son tour, se tourne vers le directeur Ernesti. Ce dernier saute sur l'occasion pour humilier le préfet général de Bach (des coups de bâtons devant toute l'école rassemblée). Krause s'enfuit de l'école et Bach perd ainsi un soutien important. Le directeur réagit aussitôt et choisit un nouveau préfet à sa convenance. Mais celui-ci s'avère paresseux et incapable. Il ne conduit pas les répétitions de chant comme il le devrait. Bach, après avoir mis les pendules à l'heure avec le préfet nommé par le directeur, nomme à son tour un préfet. Pendant les semaines qui suivent, la chorale ne répétera presque plus car Bach refuse de laisser diriger la chorale par le préfet qu'il n'a pas nommé. Et les autres élèves craignent autant la colère du directeur que celle de Bach pour assumer ce poste. Le Conseil qui reçoit plusieurs lettres de Bach se plaignant de la situation insoutenable, ne réagit pas. Bach décide alors de se retirer petit à petit de l'école Saint Thomas. Il fait venir des professeurs à domicile pour ses propres enfants et refuse d'exercer la charge de surveillance mensuelle qu'on lui demande à l'école. En mai 1737 apparaît dans une revue de musique spécialisée un article anonyme qui critique de manière véhémente le style de musique de Bach. Celui-ci réagit en démissionnant de la direction du Collegium Musicum et en restant tout simplement à la maison.

Le Livret pour orgue (Orgelbüchlein) - [Contexte]

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A Weimar, Bach entreprend un projet musical qui deviendra célèbre : le Orgelbüchlein (Le livret pour orgue). Ce livret devait servir à l'éducation musicale de son fils Wilhelm Friedemann. Bach pensait d'abord y réunir 164 chorals dans l'ordre de l'année liturgique (Avent, Noël, Pâques, Pentecôte). Mais Bach en compose seulement un peu plus d'un quart et le projet final ne comporte que 46 morceaux. Toutefois, ce " résumé " est tellement dense et varié que d'autres ajouts n'auraient fait que le diluer.

Bach et le texte biblique - [Contexte]

Dans un premier temps, comme tous les compositeurs de son époque, Bach utilise des textes poétiques existants. Mais ensuite, il travaillera quasi exclusivement sur des textes de chorals luthériens, sur des textes de poètes spirituels et, surtout, sur le texte biblique lui-même. Son respect pour le texte biblique est toujours plus marqué que celui qu'il réserve aux textes de commentaires, textes " profanes ". Ainsi, Bach ne fait accompagner les passages bibliques que très parcimonieusement par le violoncelle ou le clavecin. Il ne faut pas que la musique prime sur ce texte-là ! Bach utilise encore dans ses manuscrits une autre manière de faire ressortir le texte de l'Evangile par rapport aux autres textes chantés : il change de couleur d'encre !
Ainsi, pour Bach, la musique doit suivre et mettre en relief le texte, jamais le supplanter. On peut dire que Bach suit la maxime Prima la parola : la parole (surtout celle de l'Ecriture) reste toujours première, la musique la " sert ". Mais la musique se met aussi à parler. L'usage des répétitions, des intervalles, des harmonies et dissonances se révèlent être un langage à part entière.
Le choral Du ciel vient une légion d'anges utilise des gammes d'abord descendantes, puis ascendantes. L'auditeur habitué reconnaît ce langage. Il découvre aussi dans la Passion selon saint Matthieu le dialogue entre le violon et la voix mezzo-soprano. L'instrument comme la voix humaine parlent à l'auditeur. Le compositeur utilise aussi des chiffres : les trente pièces d'argent payées à Judas pour la trahison de Jésus sont " comptées " par trente notes du violoncelle. Le chef d'orchestre Nikolaus Harnoncourt cite encore comme exemple sidérant la mise en musique du tremblement de terre lors de la mort de Jésus en croix, souligné par des triples croches, constituées respectivement de 18, 68 et 104 notes. Or, dans la Bible, les psaumes 18, 68 et 104 évoquent justement des tremblements de terre !

Les concertos brandebourgeois - [Contexte]

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A Cöthen voient le jour différents morceaux pour orchestre, des suites et des sonates pour orchestre de chambre, des morceaux pour instruments seuls (violine, violoncelle, piano) et quelques rares cantates. En effet, la sobriété de la tradition réformée ne laisse pas de place pour la musique d'orgue. Le 21 mars 1721, quelques mois après la mort de sa première femme, Bach dédie au Marggraf Christian Ludwig de Brandebourg pour une occasion inconnue une collection de six concertos. Il les assemble à partir de différents morceaux déjà composés à Weimar. Il joint à l'adresse du Marggraf une dédicace en français, la langue de cour de l'époque :
" Six Concerts - Avec plusieurs Instruments.
Dediées A Son Altesse Royalle
Monseigneur CRETIEN LOUIS
Marggraf de Brandenbourg
par Son très-humble et très obéissant Serviteur
Jean Sébastien Bach,
Maitre de Chapelle de S.A.S: le
Prince régnant d'Anhalt-Coethen "

Les cantates - [Contexte]

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Les premières années de Bach à Leipzig sont les plus fructueuses de toute sa vie de compositeur. Voient ainsi le jour 8 grandes cantates, 3 motets, la première partie de l'Exercice pour piano, la deuxième partie du Clavier bien tempéré, la Passion selon Jean et la Passion selon Matthieu.

La Passion selon saint Matthieu - [Contexte]

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Depuis sa redécouverte par Félix Mendelssohn Bartholdy en 1829, cette œuvre fait partie des plus connues parmi les œuvres du compositeur.
Depuis 1717, la tradition voulait que l'on joue une œuvre en lien avec la Passion du Christ le vendredi saint pendant le moment de prière des vêpres qui commençait à 14h. Au centre de cette célébration, entre la première et la deuxième partie, figurait la prédication. Le fidèle qui était déjà au culte du matin (de 7h à 11h !) restait encore 4 à 5 heures de plus à l'église.
En 1725, les responsables de la ville de Leipzig demandent à leur Cantor de l'Eglise Saint Thomas de composer une musique pour la Passion de Jésus. " Pas de musique d'opéra ! " disent-ils, craignant que la parole biblique ne soit surchargée d'ornements poétiques et musicaux caractéristiques du baroque. Ils souhaitent quelque chose " Un peu dans le style de Telemann ". Pas une œuvre aussi inquiétante et compliquée que la Passion selon Jean à laquelle ils avaient assisté à Leipzig en 1724. Mais Bach ne se laisse pas impressionner. Habitué aux querelles avec les conseillers municipaux, il sait que d'autres apprécieront sa musique. C'est ainsi, qu'a vu le jour une œuvre unique et des plus complexes. La Passion est jouée pour la première fois le vendredi saint de l'année 1729. Trois heures de musique pour deux orgues, deux chorales et deux orchestres. Plus jamais Bach ne composera pour autant de monde. Mais cette musique ne plaît pas à tous ses auditeurs...

Les oratorios moins connus - [Contexte]

Les oratorios moins connus de Jean Sébastien Bach sont l'Oratorio de Pâques (BWV 249) et l'Oratorio de l'Ascension (BWV 11), mais aussi la Passion selon Marc et celle selon Luc. La Passion selon Marc a été donnée pour la première fois en 1731. Puis, en 1945, le dernier exemplaire complet brûle. En 1964, une reconstitution est faite par Diethard Hellmann. De nouveaux ajouts permettent en 1979 une nouvelle représentation de cette Passion.
La Passion selon Luc par contre ne semble pas de la main même de Bach, mais d'un de ses contemporains. Ce qui est sûr c'est que Bach, avec son fils Carl Philipp Emanuel, a retranscrit l'œuvre et l'a faite jouer plusieurs fois de suite à Leipzig. Surprenantes sont simplement les lettres qui figurent au-dessus du titre de l'œuvre : J.J. et qui signifient Jesu Juva (Jésus, viens au secours). Normalement, Bach ne fait précéder de ce sigle que ses propres œuvres. Sinon, jouer une œuvre qui n'est pas de sa main ne constituerait pas, à l'époque, une surprise. Bach a souvent fait jouer des morceaux de compositeurs qu'il admirait.

Wilhelm Friedemann Bach - [Contexte]

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Wilhelm Friedemann Bach est le fils aîné de Jean Sébastien Bach et de sa première épouse Maria Barbara Bach. Il naît à Weimar. Très tôt, son père lui donne une excellente éducation musicale. Il lui enseigne la théorie musicale et la composition et lui apprend à jouer de l'orgue et du clavecin.
Les morceaux que Bach compose exprès pour l'étude de son fils font partie des œuvres pour piano les plus connues : Le Clavier bien tempéré ou les Inventions. Après le déménagement à Leipzig, Wilhelm Friedemann y devient élève de l'école Saint Thomas. Plus tard, il étudiera à l'université de Leipzig. En 1733, il postule comme organiste à Dresde, où il est, après examen, engagé sur le champ. Il y reste jusqu'en 1746. C'est à Leipzig qu'il compose la plupart de ses œuvres pour instruments, qu'il enseigne et qu'il est introduit dans les cercles des musiciens de la cour. En 1746, il part pour Halle où il devient organiste à la Liebfrauenkirche. En 1751, il se marie avec Dorothea Elisabeth Georgi. Le père de celle-ci est inspecteur des impôts et avec le salaire de Wilhelm Friedemann, le couple gagne bien sa vie. Un an et trois ans après, naissent deux fils qui meurent en bas âge. Seule la fille, Frederike Sophie, née en 1757, atteindra l'âge adulte.

Carl Philipp Emanuel Bach - [Contexte]

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Carl Philipp Emanuel Bach est le deuxième fils de Jean Sébastien Bach. Il naît le 8 mars 1714 à Weimar. Comme pour tous les enfants de Bach, c'est le père qui donne le premier enseignement musical. En 1731, Carl Philipp Emanuel entre en faculté de droit à Leipzig, puis à Francfort. En 1738, il est appelé à la cour du prince héritier Frédéric de Prusse. Il y rencontre le flûtiste Joseph Joachim Quantz. En 1768, il devient le successeur de son parrain Georg Philipp Telemann, mort en 1767. C'est ainsi qu'il dirige en tant que directeur musical les cinq églises principales et remplit les fonctions de maître de chapelle du Johanneum à Hambourg.
Il développe un style musical propre qui est connu sous le nom d'" Ecole de Hambourg ". De son temps, dire " Bach ", c'était parler de Carl Philipp Emanuel et non pas de son père. Mozart et Beethoven s'expriment avec respect devant leur " grand collègue ". Son œuvre comporte 19 symphonies, 50 concertos pour piano, 200 compositions pour piano, plusieurs quartets et une série de compositions spirituelles. Carl Philipp Emanuel Bach meurt le 14 décembre 1788.

Johann Christoph Friedrich Bach - [Contexte]

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Johann Christoph Friedrich Bach, né le 21 juin 1732, est aussi appelé le " Bach de Bückeburg " car il a travaillé 45 ans dans cette ville. Comme ses frères, sa vie était dédiée à la musique. Après s'être inscrit en droit à Leipzig, il décide de travailler comme " musicien de chambre " à la cour de Bückeburg. On lui confie la direction de l'ensemble musical de la cour et à partir de 1759, il occupe officiellement le poste de chef d'orchestre de la cour. Sa seule tentative pour quitter ce travail fut sa candidature comme directeur musical à Hambourg en 1767. Mais finalement, c'est son frère Carl Philipp Emanuel qui a occupé ce poste.
A Bückeburg, sous la direction de Johann Christoph Friedrich, l'ensemble musical allait devenir l'un des meilleures parmi ceux des cours princières. Il s'en occupe jusqu'à sa mort, le 26 janvier 1795. En ce qui concerne sa production musicale, il reste jusqu'à aujourd'hui dans l'ombre de ses frères. Pourtant, les 45 années de son travail à Bückeburg ont vu la composition de plusieurs oratorios, cantates et, plus tard, de symphonies et de concerts pour piano.

Johann Christian Bach - [Contexte]

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Comme son père Jean Sébastien, Johann Christian est devenu un compositeur célèbre. Né le 5 septembre 1735, il est le fils cadet des Bach. Il suit ses premières leçons de piano dès l'âge de 9 ans. En mars 1750, après la mort du père, c'est Carl Philipp Emanuel qui s'occupe de son frère. Sous sa houlette, il devient le meilleur pianiste de son temps. En 1756, il part pour l'Italie où il continue ses études de piano. Il y compose aussi la plupart de ses oeuvres spirituelles. Il se convertit au catholicisme, ce qui lui permet en 1760 d'occuper le poste d'organiste à la cathédrale de Milan. Les années suivantes lui apportent beaucoup de succès dans le domaine de l'opéra. C'est une des raisons pour laquelle il devient maître de musique de la reine Sophie Charlotte d'Angleterre. Ce succès lui ouvre aussi un poste de choix au King's Theatre de Londres. Il y poursuit sa carrière de compositeur d'opéra. Parmi ses élèves, il compte les enfants de la reine ainsi que Wolfgang Amadeus Mozart. Mais le succès ne dure pas jusqu'à sa mort. En effet, il meurt dans l'indifférence du public le 1er janvier 1782.

Chronologie 1 - [Espace temps]

 

         

 

Evénements de portée générale

 

Jean-Sébastien Bach

 

Evénements liés à Bach

1618-
1648

Guerre de Trente Ans

       

1682-
1683

Peste à Erfurt

   

1646-
1716

Gottfried Wilhelm Leibniz

       

1675

Pia Desideria de Philipp Jakob Spener (1635-1705)

1685

Révocation de l'Edit de Nantes (1598) Arrivée des huguenots en Prusse Les Lumières en France

1685

Naissance à Eisenach le 21 mars

   
   

1694

Mort de sa mère

   
   

1695

Mort de son père. Départ pour Ohrdruf, chez son frère aîné

   
   

1700

Départ pour Lunebourg et rencontre avec Georg Böhm

   
   

1703

" Musicien " à la cour de Weimar

   
   

1703-
1707

Organiste de l'Eglise Neuve d'Arnstadt

   
   

1707

Mariage avec sa cousine Maria Barbara Bach

   
   

1707-
1708

Organiste de l'église Saint-Blaise de Mühlhausen, les premières cantates

   
   

1708-
1717

Organiste de la cour de Weimar

   
   

1710

Naissance le 22 novembre de Wilhelm Friedemann Bach, fils aîné de J.S.Bach

   

 

 

 

Suite

 

 

Chronologie 2 - [Espace temps]

       
 

Evénements de portée générale

 

Jean-Sébastien Bach

1712-
1786

Frédéric II le Grand, roi de Prusse de 1740 à 1786

   

1713

Les Traités d'Utrecht mettent fin à la Guerre de Succession d'Espagne : l'Electeur de Brandebourg est reconnu comme roi de Prusse

   
   

1717-
1723

Maître de chapelle à la cour de Cöthen (calviniste !)

   

1720

Sa femme Maria Barbara meurt le 7 juillet

   

1721

Mariage le 3 décembre avec Anna Magdalena Wilcken

   

1723-
1750

Directeur musical de la ville de Leipzig et Cantor à Saint Thomas

   

1736

Nommé " Compositeur du Roi de Pologne, Prince Electeur de Saxe "

1741

Guerre entre Frédéric II et la reine Marie Thérèse d'Autriche

   

1742

Paix de Berlin entre Frédéric II et Marie Thérèse d'Autriche, la Prusse sort de la coalition antiautrichienne, la Saxe suit contre son gré

   

1745

Les Prussiens envahissent Leipzig et Dresde, et une semaine plus tard on établit la paix, la Saxe est libérée.

   
   

1747

Séjour à Potsdam chez Frédéric II

   

1750

Deux opérations de la cataracte échouent. Bach meurt le 28 juillet

Réformés en Allemagne avant Bach - [Espace temps]

Contrairement à son évolution dans d'autres pays européens, le calvinisme n'a pu se développer que dans certains territoires et villes d'Allemagne. Toutefois, dans la deuxième partie du 16e siècle, le calvinisme s'étend vers l'Europe de l'Ouest, il pénètre dans le Palatinat qui devient, sous l'électeur Frédéric III, calviniste en 1560. L'université de Heidelberg en est le centre spirituel. En 1577/1578 s'ajoute Nassau-Dillenbourg, dont la Haute Ecole Herborn se mesure plus tard à l'université de Genève et aux universités néerlandaises. Différents comtés épars, surtout à l'ouest ou nord-ouest de l'Allemagne adoptent également le calvinisme. Plus regroupés sont les comtés calvinistes à la frontière néerlandaise, en Rhénanie et Westphalie. Autour de Emden, tout le territoire devient calviniste, ainsi qu'en Allemagne centrale, le territoire de Anhalt. En 1613, la dynastie brandebourgeoise des Hohenzollern adopte la foi réformée. Après la Guerre de Trente Ans (1618-1648), on trouve dans ce pays le pouvoir protestant le plus influent d'Allemagne. Mais quand Johann Sigismund de Brandebourg change de confession, il renonce au droit d'imposer sa nouvelle confession réformée à ses sujets. Ainsi, en Brandebourg-Prusse, le calvinisme reste limité à la classe dirigeante et aux fonctionnaires, tandis que la population reste luthérienne.
Comme les autres confessions chrétiennes, le calvinisme doit se soumettre à la Paix d'Augsbourg (1555), il n'a donc pas développé de confessions de foi propres contrairement à ce qui a été le cas dans d'autres pays de l'ouest de l'Europe. Le calvinisme allemand a produit des Ordonnances ecclésiastiques, comme en Palatinat (1563), dans lesquelles se trouve le Catéchisme de Heidelberg.

Les Réformateurs et la Bible - [Espace temps]

Pour les Réformateurs, la Bible redevient le livre de référence, qui a autorité en matière de foi. Contrairement à ce que l'on dit parfois, ils n'ont pas " redécouvert " la Bible. Elle n'a jamais été oubliée. Au Moyen Age, les clercs l'étudient, les prêtres la commentent dans les prédications, en lisent des passages dans les offices ; tableaux et sculptures en représentent des épisodes ; on la raconte et on en met en scène certains passages dans des représentations théâtrales (les " mystères "). Par contre, le texte est peu accessible : peu de gens savent lire, et les manuscrits sont rares et très coûteux. C'est donc l'Eglise qui la fait connaître et en même temps l'explique.
L'invention et le développement de l'imprimerie au 15e siècle permettent d'avoir accès à la Bible indépendamment d'une médiation ecclésiastique, et de confronter le message biblique à l'enseignement de l'Eglise : c'est ce que la Réforme préconise de faire. La Bible devient le bien commun de tous les chrétiens, elle n'est pas la propriété de l'institution ecclésiastique. Les croyants ne dépendent plus du prêtre pour leur connaissance de la Bible ; ils y ont accès directement.
Au 16e siècle, le développement du protestantisme rend le catholicisme méfiant envers la diffusion du texte biblique. A la suite du concile de Trente, on en restreint la lecture : elle est réservée à des gens instruits et soumise à l'autorisation du curé. Il ne s'agit pas, pour le catholicisme de cacher la Bible, mais d'en contrôler la lecture. Le catholicisme favorise une lecture communautaire et non individuelle, et une lecture religieuse (insérée dans un accompagnement spirituel ou une direction de conscience) et pas seulement intellectuelle. Il existe toutefois des exceptions où l'on souhaite une lecture plus indépendante par le fidèle.
La Bible tient une place importante dans la piété protestante : le culte personnel, familial, paroissial se centre sur la lecture et la méditation de la Bible. De même, pour l'essentiel, le catéchisme commente et explique des textes bibliques. Des musiciens protestants comme Bach composent ce que l'on peut appeler des commentaires musicaux.

La place de la musique dans le luthéranisme et le calvinisme - [Espace temps]

La question de la musique est loin de faire l'unanimité au moment de la Réforme. Les Réformateurs ont chacun avec elle une relation particulière.
Luther lui donne la deuxième place après la théologie et compose lui-même librement de nouveaux cantiques sur des airs populaires. Lui-même et toute la tradition luthérienne vont ainsi susciter une importante publication de cantiques qui sont des commentaires du texte biblique ou expriment des points centraux de la doctrine. La musique a ici un rôle théologique qui est de traduire le " joyeux cri de l'Evangile " par le chant, ou aussi à travers la musique instrumentale.
Par contre, Calvin et la tradition calviniste cultivent une certaine méfiance vis-à-vis de la musique. En fait, il craint qu'elle ne soit la porte ouverte à toutes sortes de " musiques diaboliques ". Calvin et la tradition calviniste en viendront même à ordonner de démonter les orgues dans les temples. Calvin décide finalement que seuls les textes bibliques peuvent être l'objet du chant des fidèles. Aussi demandera-t-il que les 150 psaumes soient mis en musique. Peuvent être également chantés des cantiques se trouvant dans la Bible comme le cantique de Siméon, le Magnificat, etc.

La théologie luthérienne - [Espace temps]

Le Réformateur Martin Luther est lui-même musicien et dans sa famille, on joue de la musique. Mais son amour pour la musique a des racines plus profondes. Il est en lien direct avec sa théologie qui définit l'Evangile même, le centre de toute théologie, comme " le cri joyeux " que le chant exprime de manière fidèle. La foi vient de ce que l'on entend, dit-il en reprenant une expression de Paul. Cette idée prévaut aussi chez Bach. Il considère son travail de compositeur, de chef de choeur et de musicien comme celui du témoin qui annonce ce dont il vit. Sa musique est une forme de prédication.

Les Passions - [Espace temps]

Jusqu'au 17e siècle, les " Passions ", c'est-à-dire des productions musicales qui racontent l'histoire de la mort de Jésus, sont composées a cappella (c'est-à-dire chantées sans accompagnement instrumental). Au cours du 17e siècle, on ajoute petit à petit des chorales représentant le peuple et un accompagnement par un orchestre ou quelques instruments. On ajoute aussi du texte. Normalement, le texte de base pour les Passions est l'histoire biblique de la souffrance de Jésus jusqu'à sa crucifixion. Mais d'autres textes peuvent être utilisés. Ainsi, la Passion selon Matthieu de Bach utilise un texte du poète Picander qui a beaucoup écrit pour les cantates et oratorios de Bach.

Eisenach - [Espace temps]

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La ville d'Eisenach est au cœur de la région de Thuringe qui depuis toujours est associée à la poésie, en particulier aux troubadours (Minne), et à la religion. Au sud de la ville se trouve la Wartburg, cette forteresse qui a abrité Luther quand celui-ci a dû chercher refuge. Il est fort probable que Jean Sébastien connaissait bien ce lieu qui a vu la première traduction de la Bible. Comme Luther 200 ans avant lui, Jean Sébastien participe au chant de la Schulkurrende. Cette tradition existait à Eisenach depuis le 15e siècle et consistait à chanter en groupe, allant de maison à maison pour recevoir une obole.
Avant Jean Sébastien, la ville d'Eisenach avait accueilli des musiciens connus. En 1677, Johann Pachelbel devient musicien à la cour avant de partir un an plus tard pour Erfurt. Johann Christoph, le frère aîné de Jean Sébastien y est devenu son élève et a transmis à Jean Sébastien ce que lui-même avait appris auprès du fameux compositeur.

Révocation de l'Edit de Nantes et arrivée de huguenots en Allemagne - [Espace temps]

Quand Louis XIV révoque l'Edit de Nantes en 1685, toute l'Europe réagit avec indignation. Aussitôt, la même année, Frédéric Guillaume, prince électeur de Brandebourg, publie l'Edit de Potsdam invitant tous les réfugiés protestants à venir dans son pays. Des milliers de français viennent alors s'installer en Prusse-Brandebourg. Leur savoir-faire dans l'artisanat et le commerce est d'un bénéfice inestimable pour le Brandebourg, en pleine expansion économique. A Berlin, autour de 1750, un habitant sur trois est français ! Dans la vie culturelle et scientifique de Prusse, les huguenots français jouent un rôle important. On vient même à recruter parmi eux des militaires et fonctionnaires.

La redécouverte de Bach en Allemagne et au-delà des frontières - [Espace temps]

En Allemagne, les contemporains de Bach apprécient surtout le génie et la virtuosité qu'il montre à l'orgue. Son oeuvre et son influence restent d'abord cantonnées autour de l'école Saint Thomas à Leipzig, et dans les régions où exercent ses élèves. C'est autour de l'an 1800 que la biographie très enthousiaste rédigée par N.Forkel a un certain retentissement dans la population. Mais ce n'est qu'en 1829, avec la représentation de la Passion selon Matthieu par Mendelssohn à Berlin, que l'attention générale se dirige vers le maître de chapelle de Leipzig. La Société Bach (Bachgesellschaft), fondée en 1850, édite toutes les oeuvres disponibles et rend donc possible une reconnaissance qui va très vite devenir internationale.

La foi vient de ce que l'on entend - [Textes bibliques]

Romains 10,13-14 En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Or, comment l'invoqueraient-ils, sans avoir cru en lui? Et comment croiraient-ils en lui, sans l'avoir entendu? Et comment l'entendraient-ils, si personne ne le proclame? 1Corinthiens 15,11 Bref, que ce soit moi, que ce soit eux, voilà ce que nous proclamons et voilà ce que vous avez cru.

" C'est par la prédication que Dieu a choisi de sauver " - [Textes bibliques]

1Corinthiens 1,21
En effet, puisque le monde, par le moyen de la sagesse, n'a pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, c'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient.

2Corinthiens 4,13
Pourtant, forts de ce même esprit de foi dont il est écrit: J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé, nous croyons, nous aussi, et c'est pourquoi nous parlons.

Les Passions - [Textes bibliques]

En ce qui concerne les passions composées par Bach:

  • Le texte de la Passion selon Matthieu est de 1729, son auteur est Christian Friedrich Henrici (Picander).
  • Le texte de la Passion selon Jean est d'un auteur inconnu.

Les deux Passions intègrent de la poésie et des cantiques de l'Eglise.

Comparez les textes des Passions aux textes bibliques. Que découvrez-vous ?

Les textes bibliques de la passion se trouvent en Matthieu 26,30 - 27,66 et Jean 18,1 - 19,42. Les voici :

Matthieu 26,30 - 27,66
Après avoir chanté les psaumes, ils sortirent pour aller au mont des Oliviers. Alors Jésus leur dit: "Cette nuit même, vous allez tous tomber à cause de moi. Il est écrit, en effet: Je frapperai le berger et les brebis du troupeau seront dispersées. Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée." Prenant la parole, Pierre lui dit: "Même si tous tombent à cause de toi, moi je ne tomberai jamais." Jésus lui dit: "En vérité, je te le déclare, cette nuit même, avant que le coq chante, tu m'auras renié trois fois." Pierre lui dit: "Même s'il faut que je meure avec toi, non, je ne te renierai pas." Et tous les disciples en dirent autant.
Alors Jésus arrive avec eux à un domaine appelé Gethsémani et il dit aux disciples: "Restez ici pendant que j'irai prier là-bas." Emmenant Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à ressentir tristesse et angoisse. Il leur dit alors: "Mon âme est triste à en mourir. Demeurez ici et veillez avec moi." Et allant un peu plus loin et tombant la face contre terre, il priait, disant: "Mon Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi! Pourtant, non pas comme je veux, mais comme tu veux!" Il vient vers les disciples et les trouve en train de dormir; il dit à Pierre: "Ainsi vous n'avez pas eu la force de veiller une heure avec moi! Veillez et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation. L'esprit est plein d'ardeur, mais la chair est faible." De nouveau, pour la deuxième fois, il s'éloigna et pria, disant: "Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté se réalise!" Puis, de nouveau, il vint et les trouva en train de dormir, car leurs yeux étaient appesantis. Il les laissa, il s'éloigna de nouveau et pria pour la troisième fois, en répétant les mêmes paroles. Alors il vient vers les disciples et leur dit: "Continuez à dormir et reposez-vous! Voici que l'heure s'est approchée où le Fils de l'homme est livré aux mains des pécheurs. Levez-vous! Allons! Voici qu'est arrivé celui qui me livre."
Il parlait encore quand arriva Judas, l'un des Douze, avec toute une troupe armée d'épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres et les anciens du peuple. Celui qui le livrait leur avait donné un signe: "Celui à qui je donnerai un baiser, avait-il dit, c'est lui, arrêtez-le!" Aussitôt il s'avança vers Jésus et dit: "Salut, rabbi!" Et il lui donna un baiser. Jésus lui dit: "Mon ami, fais ta besogne!" S'avançant alors, ils mirent la main sur Jésus et l'arrêtèrent.
Et voici, un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à son épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui emporta l'oreille. Alors Jésus lui dit: "Remets ton épée à sa place, car tous ceux qui prennent l'épée périront par l'épée. Penses-tu que je ne puisse faire appel à mon Père, qui mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d'anges? Comment s'accompliraient alors les Écritures selon lesquelles il faut qu'il en soit ainsi?"
En cette heure-là, Jésus dit aux foules: "Comme pour un hors-la-loi vous êtes partis avec des épées et des bâtons, pour vous saisir de moi! Chaque jour j'étais dans le temple assis à enseigner, et vous ne m'avez pas arrêté. Mais tout cela est arrivé pour que s'accomplissent les écrits des prophètes." Alors les disciples l'abandonnèrent tous et prirent la fuite.
Ceux qui avaient arrêté Jésus l'emmenèrent chez Caïphe, le Grand Prêtre, chez qui s'étaient réunis les scribes et les anciens. Quant à Pierre, il le suivait de loin jusqu'au palais du Grand Prêtre; il y entra et s'assit avec les serviteurs pour voir comment cela finirait.
Or les grands prêtres et tout le Sanhédrin cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire condamner à mort; ils n'en trouvèrent pas, bien que beaucoup de faux témoins se fussent présentés. Finalement il s'en présenta deux qui déclarèrent: "Cet homme a dit: Je peux détruire le sanctuaire de Dieu et le rebâtir en trois jours". Le Grand Prêtre se leva et lui dit: "Tu n'as rien à répondre? De quoi ces gens témoignent-ils contre toi?" Mais Jésus gardait le silence. Le Grand Prêtre lui dit: "Je t'adjure par le Dieu vivant de nous dire si tu es, toi, le Messie, le Fils de Dieu." Jésus lui répond: "Tu le dis. Seulement, je vous le déclare, désormais vous verrez le Fils de l'homme siégeant à la droite du Tout-Puissant et venant sur les nuées du ciel." Alors le Grand Prêtre déchira ses vêtements et dit: "Il a blasphémé. Qu'avons-nous encore besoin de témoins! Vous venez d'entendre le blasphème. Quel est votre avis?" Ils répondirent: "Il mérite la mort." Alors ils lui crachèrent au visage et lui donnèrent des coups; d'autres le giflèrent. "Pour nous, dirent-ils, fais le prophète, Messie: qui est-ce qui t'a frappé?"
Or Pierre était assis dehors dans la cour. Une servante s'approcha de lui en disant: "Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen!" Mais il nia devant tout le monde, en disant: "Je ne sais pas ce que tu veux dire." Comme il s'en allait vers le portail, une autre le vit et dit à ceux qui étaient là: "Celui-ci était avec Jésus le Nazôréen." De nouveau, il nia avec serment: "Je ne connais pas cet homme!" Peu après, ceux qui étaient là s'approchèrent et dirent à Pierre: "A coup sûr, toi aussi tu es des leurs! Et puis, ton accent te trahit." Alors il se mit à jurer avec des imprécations: "Je ne connais pas cet homme!" Et aussitôt un coq chanta. Et Pierre se rappela la parole que Jésus avait dite: "Avant que le coq chante, tu m'auras renié trois fois." Il sortit et pleura amèrement.
Le matin venu, tous les grands prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le faire condamner à mort. Puis ils le lièrent, ils l'emmenèrent et le livrèrent au gouverneur Pilate.
Alors Judas, qui l'avait livré, voyant que Jésus avait été condamné, fut pris de remords et rapporta les trente pièces d'argent aux grands prêtres et aux anciens, en disant: "J'ai péché en livrant un sang innocent." Mais ils dirent: "Que nous importe! C'est ton affaire!" Alors il se retira, en jetant l'argent du côté du sanctuaire, et alla se pendre. Les grands prêtres prirent l'argent et dirent: "Il n'est pas permis de le verser au trésor, puisque c'est le prix du sang." Après avoir tenu conseil, ils achetèrent avec cette somme le champ du potier pour la sépulture des étrangers. Voilà pourquoi jusqu'à maintenant ce champ est appelé: Champ du sang. Alors s'accomplit ce qui avait été dit par le prophète Jérémie: Et ils prirent les trente pièces d'argent: c'est le prix de celui qui fut évalué, de celui qu'ont évalué les fils d'Israël. Et ils les donnèrent pour le champ du potier, ainsi que le Seigneur me l'avait ordonné.
Jésus comparut devant le gouverneur. Le gouverneur l'interrogea: "Es-tu le roi des Juifs?" Jésus déclara: "C'est toi qui le dis"; mais aux accusations que les grands prêtres et les anciens portaient contre lui, il ne répondit rien. Alors Pilate lui dit: "Tu n'entends pas tous ces témoignages contre toi?" Il ne lui répondit sur aucun point, de sorte que le gouverneur était fort étonné.
A chaque fête, le gouverneur avait coutume de relâcher à la foule un prisonnier, celui qu'elle voulait. On avait alors un prisonnier fameux, qui s'appelait Jésus Barabbas. Pilate demanda donc à la foule rassemblée: "Qui voulez-vous que je vous relâche, Jésus Barabbas ou Jésus qu'on appelle Messie?" Car il savait qu'ils l'avaient livré par jalousie. Pendant qu'il siégeait sur l'estrade, sa femme lui fit dire: "Ne te mêle pas de l'affaire de ce juste! Car aujourd'hui j'ai été tourmentée en rêve à cause de lui." Les grands prêtres et les anciens persuadèrent les foules de demander Barabbas et de faire périr Jésus. Reprenant la parole, le gouverneur leur demanda: "Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche?" Ils répondirent: "Barabbas." Pilate leur demande: "Que ferai-je donc de Jésus, qu'on appelle Messie?" Ils répondirent tous: "Qu'il soit crucifié!" Il reprit: "Quel mal a-t-il donc fait?" Mais eux criaient de plus en plus fort: "Qu'il soit crucifié!" Voyant que cela ne servait à rien, mais que la situation tournait à la révolte, Pilate prit de l'eau et se lava les mains en présence de la foule, en disant: "Je suis innocent de ce sang. C'est votre affaire!" Tout le peuple répondit: "Nous prenons son sang sur nous et sur nos enfants!"
Alors il leur relâcha Barabbas. Quant à Jésus, après l'avoir fait flageller, il le livra pour qu'il soit crucifié. Alors les soldats du gouverneur, emmenant Jésus dans le prétoire, rassemblèrent autour de lui toute la cohorte. Ils le dévêtirent et lui mirent un manteau écarlate; avec des épines, ils tressèrent une couronne qu'ils lui mirent sur la tête, ainsi qu'un roseau dans la main droite; s'agenouillant devant lui, ils se moquèrent de lui en disant: "Salut, roi des Juifs!" Ils crachèrent sur lui, et, prenant le roseau, ils le frappaient à la tête. Après s'être moqués de lui ils lui enlevèrent le manteau et lui remirent ses vêtements. Puis ils l'emmenèrent pour le crucifier. Comme ils sortaient, ils trouvèrent un homme de Cyrène, nommé Simon; ils le requirent pour porter la croix de Jésus. Arrivés au lieu-dit Golgotha, ce qui veut dire lieu du Crâne, ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel. L'ayant goûté, il ne voulut pas boire.
Quand ils l'eurent crucifié, ils partagèrent ses vêtements en tirant au sort. Et ils étaient là, assis, à le garder.
Au-dessus de sa tête, ils avaient placé le motif de sa condamnation, ainsi libellé: "Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs." Deux bandits sont alors crucifiés avec lui, l'un à droite, l'autre à gauche.
Les passants l'insultaient, hochant la tête et disant: "Toi qui détruis le sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es le Fils de Dieu, et descends de la croix!" De même, avec les scribes et les anciens, les grands prêtres se moquaient: "Il en a sauvé d'autres et il ne peut pas se sauver lui-même! Il est Roi d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui! Il a mis en Dieu sa confiance, que Dieu le délivre maintenant, s'il l'aime, car il a dit: Je suis Fils de Dieu! Même les bandits crucifiés avec lui l'injuriaient de la même manière.
A partir de midi, il y eut des ténèbres sur toute la terre jusqu'à trois heures. Vers trois heures, Jésus s'écria d'une voix forte: "Éli, Éli, lema sabaqthani", c'est-à-dire Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? Certains de ceux qui étaient là disaient, en l'entendant: "Le voilà qui appelle Élie!" Aussitôt l'un d'eux courut prendre une éponge qu'il imbiba de vinaigre; et, la fixant au bout d'un roseau, il lui présenta à boire. Les autres dirent: "Attends! Voyons si Élie va venir le sauver." Mais Jésus, criant de nouveau d'une voix forte, rendit l'esprit. Et voici que le voile du sanctuaire se déchira en deux du haut en bas; la terre trembla, les rochers se fendirent; les tombeaux s'ouvrirent, les corps de nombreux saints défunts ressuscitèrent: sortis des tombeaux, après sa résurrection, ils entrèrent dans la ville sainte et apparurent à un grand nombre de gens. A la vue du tremblement de terre et de ce qui arrivait, le centurion et ceux qui avec lui gardaient Jésus furent saisis d'une grande crainte et dirent: "Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu."
Il y avait là plusieurs femmes qui regardaient à distance; elles avaient suivi Jésus depuis les jours de Galilée en le servant; parmi elles se trouvaient Marie de Magdala, Marie la mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.
Le soir venu, arriva un homme riche d'Arimathée, nommé Joseph, qui lui aussi était devenu disciple de Jésus. Cet homme alla trouver Pilate et demanda le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna de le lui remettre. Prenant le corps, Joseph l'enveloppa dans une pièce de lin pur et le déposa dans le tombeau tout neuf qu'il s'était fait creuser dans le rocher; puis il roula une grosse pierre à l'entrée du tombeau et s'en alla. Cependant Marie de Magdala et l'autre Marie étaient là, assises en face du sépulcre.
Le lendemain, jour qui suit la Préparation, les grands prêtres et les Pharisiens se rendirent ensemble chez Pilate. "Seigneur, lui dirent-ils, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit de son vivant: Après trois jours, je ressusciterai. Donne donc l'ordre que l'on s'assure du sépulcre jusqu'au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent le dérober et ne disent au peuple: Il est ressuscité des morts. Et cette dernière imposture serait pire que la première." Pilate leur déclara: "Vous avez une garde. Allez! Assurez-vous du sépulcre, comme vous l'entendez." Ils allèrent donc s'assurer du sépulcre en scellant la pierre et en y postant une garde.

Jean 18,1 - 19,42
Ayant ainsi parlé, Jésus s'en alla, avec ses disciples, au-delà du torrent du Cédron; il y avait là un jardin où il entra avec ses disciples. Or Judas, qui le livrait, connaissait l'endroit, car Jésus s'y était maintes fois réuni avec ses disciples. Il prit la tête de la cohorte et des gardes fournis par les grands prêtres et les Pharisiens, il gagna le jardin avec torches, lampes et armes.
Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s'avança et leur dit: "Qui cherchez-vous?" Ils lui répondirent: "Jésus le Nazôréen." Il leur dit: "C'est moi." Or, parmi eux, se tenait Judas qui le livrait. Dès que Jésus leur eut dit c'est moi, ils eurent un mouvement de recul et tombèrent. A nouveau, Jésus leur demanda: "Qui cherchez-vous?" Ils répondirent: "Jésus le Nazôréen." Jésus leur répondit: "Je vous l'ai dit, c'est moi. Si donc c'est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci." C'est ainsi que devait s'accomplir la parole que Jésus avait dite: "Je n'ai perdu aucun de ceux que tu m'as donnés."
Alors Simon-Pierre, qui portait un glaive, dégaina et frappa le serviteur du grand prêtre, auquel il trancha l'oreille droite; le nom de ce serviteur était Malchus. Mais Jésus dit à Pierre: "Remets ton glaive au fourreau! La coupe que le Père m'a donnée, ne la boirai-je pas?"
La cohorte avec son commandant et les gardes des Juifs saisirent donc Jésus, et ils le ligotèrent. Ils le conduisirent tout d'abord chez Hanne. Celui-ci était le beau-père de Caïphe, qui était le Grand Prêtre cette année-là; c'est ce même Caïphe qui avait suggéré aux Juifs: il est avantageux qu'un seul homme meure pour le peuple. Simon-Pierre et un autre disciple avaient suivi Jésus. Comme ce disciple était connu du Grand Prêtre, il entra avec Jésus dans le palais du Grand Prêtre. Pierre se tenait à l'extérieur, près de la porte; l'autre disciple, celui qui était connu du Grand Prêtre, sortit, s'adressa à la femme qui gardait la porte et fit entrer Pierre. La servante qui gardait la porte lui dit: "N'es-tu pas, toi aussi, un des disciples de cet homme?" Pierre répondit: "Je n'en suis pas!" Les serviteurs et les gardes avaient fait un feu de braise car il faisait froid et ils se chauffaient; Pierre se tenait avec eux et se chauffait aussi.
Le Grand Prêtre se mit à interroger Jésus sur ses disciples et sur son enseignement. Jésus lui répondit: "J'ai parlé ouvertement au monde, j'ai toujours enseigné dans les synagogues et dans le temple où tous les Juifs se rassemblent, et je n'ai rien dit en secret. Pourquoi est-ce moi que tu interroges? Ce que j'ai dit, demande-le à ceux qui m'ont écouté: ils savent bien ce que j'ai dit." A ces mots, un des gardes qui se trouvait là gifla Jésus en disant: "C'est ainsi que tu réponds au Grand Prêtre?" Jésus lui répondit: "Si j'ai mal parlé, montre en quoi; si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu?" Là-dessus, Hanne envoya Jésus ligoté à Caïphe, le Grand Prêtre. Cependant Simon-Pierre était là qui se chauffait. On lui dit: "N'es-tu pas, toi aussi, l'un de ses disciples?" Pierre nia en disant: "Je n'en suis pas!" Un des serviteurs du Grand Prêtre, parent de celui auquel Pierre avait tranché l'oreille, lui dit: "Ne t'ai-je pas vu dans le jardin avec lui?" A nouveau Pierre le nia, et au même moment un coq chanta.
Cependant on avait emmené Jésus de chez Caïphe à la résidence du gouverneur. C'était le point du jour. Ceux qui l'avaient amené n'entrèrent pas dans la résidence pour ne pas se souiller et pouvoir manger la Pâque. Pilate vint donc les trouver à l'extérieur et dit: "Quelle accusation portez-vous contre cet homme?" Ils répondirent: "Si cet individu n'avait pas fait le mal, te l'aurions-nous livré?" Pilate leur dit alors: "Prenez-le et jugez-le vous-mêmes suivant votre loi. Les Juifs lui dirent: ""Il ne nous est pas permis de mettre quelqu'un à mort!" C'est ainsi que devait s'accomplir la parole par laquelle Jésus avait signifié de quelle mort il devait mourir.
Pilate rentra donc dans la résidence. Il appela Jésus et lui dit: "Es-tu le roi des Juifs?" Jésus lui répondit: "Dis-tu cela de toi-même ou d'autres te l'ont-ils dit de moi?" Pilate lui répondit: "Est-ce que je suis Juif, moi? Ta propre nation, les grands prêtres t'ont livré à moi! Qu'as-tu fait?" Jésus répondit: "Ma royauté n'est pas de ce monde. Si ma royauté était de ce monde, les miens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais ma royauté, maintenant, n'est pas d'ici." Pilate lui dit alors: "Tu es donc roi?" Jésus lui répondit: "C'est toi qui dis que je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix"." Pilate lui dit: "Qu'est-ce que la vérité?"
Sur ce mot, il alla de nouveau trouver les Juifs au-dehors et leur dit: "Pour ma part, je ne trouve contre lui aucun chef d'accusation. Mais comme il est d'usage chez vous que je vous relâche quelqu'un au moment de la Pâque, voulez-vous donc que je vous relâche le roi des Juifs?" Alors ils se mirent à crier: "Pas celui-là, mais Barabbas!" Or ce Barabbas était un brigand.
Alors Pilate emmena Jésus et le fit fouetter. Les soldats, qui avaient tressé une couronne avec des épines, la lui mirent sur la tête et ils jetèrent sur lui un manteau de pourpre. Ils s'approchaient de lui et disaient: "Salut, le roi des Juifs!" et ils se mirent à lui donner des coups.
Pilate retourna à l'extérieur et dit aux Juifs: "Voyez, je vais vous l'amener dehors: vous devez savoir que je ne trouve aucun chef d'accusation contre lui." Jésus vint alors à l'extérieur; il portait la couronne d'épines et le manteau de pourpre. Pilate leur dit: "Voici l'homme!"
Mais dès que les grands prêtres et leurs gens le virent, ils se mirent à crier: "Crucifie-le! Crucifie-le!" Pilate leur dit: "Prenez-le vous-mêmes et crucifiez-le; quant à moi, je ne trouve pas de chef d'accusation contre lui." Les Juifs lui répliquèrent: "Nous avons une loi, et selon cette loi il doit mourir parce qu'il s'est fait Fils de Dieu!" Lorsque Pilate entendit ce propos, il fut de plus en plus effrayé. Il regagna la résidence et dit à Jésus: "D'où es-tu, toi?" Mais Jésus ne lui fit aucune réponse. Pilate lui dit alors: "C'est à moi que tu refuses de parler! Ne sais-tu pas que j'ai le pouvoir de te relâcher comme j'ai le pouvoir de te faire crucifier?" Mais Jésus lui répondit: "Tu n'aurais sur moi aucun pouvoir s'il ne t'avait été donné d'en haut; et c'est bien pourquoi celui qui m'a livré à toi porte un plus grand péché."
Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher, mais les Juifs se mirent à crier et ils disaient: "Si tu le relâchais, tu ne te conduirais pas comme l'ami de César! Car quiconque se fait roi, se déclare contre César." Dès qu'il entendit ces paroles, Pilate fit sortir Jésus et le fit asseoir sur l'estrade, à la place qu'on appelle Lithostrôtos - en hébreu Gabbatha. C'était le jour de la Préparation de la Pâque, vers la sixième heure. Pilate dit aux Juifs: "Voici votre roi!" Mais ils se mirent à crier: "A mort! A mort! Crucifie-le!" Pilate reprit: "Me faut-il crucifier votre roi?" Les grands prêtres répondirent: "Nous n'avons pas d'autre roi que César." C'est alors qu'il le leur livra pour être crucifié. Ils se saisirent donc de Jésus.
Portant lui-même sa croix, Jésus sortit et gagna le lieu dit du Crâne, qu'en hébreu on nomme Golgotha. C'est là qu'ils le crucifièrent ainsi que deux autres, un de chaque côté et, au milieu, Jésus. Pilate avait rédigé un écriteau qu'il fit placer sur la croix: il portait cette inscription: "Jésus le Nazôréen, le roi des Juifs." Cet écriteau, bien des Juifs le lurent, car l'endroit où Jésus avait été crucifié était proche de la ville, et le texte était écrit en hébreu, en latin et en grec. Les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate: "N'écris pas le roi des Juifs, mais bien cet individu a prétendu qu'il était le roi des Juifs." Pilate répondit: "Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit." Lorsque les soldats eurent achevé de crucifier Jésus, ils prirent ses vêtements et en firent quatre parts, une pour chacun. Restait la tunique: elle était sans couture, tissée d'une seule pièce depuis le haut. Les soldats se dirent entre eux: "Ne la déchirons pas, tirons plutôt au sort à qui elle ira", en sorte que soit accomplie l'Écriture: Ils se sont partagé mes vêtements, et ma tunique, ils l'ont tirée au sort. Voilà donc ce que firent les soldats.
Près de la croix de Jésus se tenaient debout sa mère, la soeur de sa mère, Marie, femme de Clopas et Marie de Magdala. Voyant ainsi sa mère et près d'elle le disciple qu'il aimait, Jésus dit à sa mère: "Femme, voici ton fils." Il dit ensuite au disciple: "Voici ta mère." Et depuis cette heure-là, le disciple la prit chez lui.
Après quoi, sachant que dès lors tout était achevé, pour que l'Écriture soit accomplie jusqu'au bout, Jésus dit: "J'ai soif"; il y avait là une cruche remplie de vinaigre, on fixa une éponge imbibée de ce vinaigre au bout d'une branche d'hysope et on l'approcha de sa bouche. Dès qu'il eut pris le vinaigre, Jésus dit: "Tout est achevé" et, inclinant la tête, il remit l'esprit. Cependant, comme c'était le jour de la Préparation, les Juifs, de crainte que les corps ne restent en croix durant le sabbat - ce sabbat était un jour particulièrement solennel -, demandèrent à Pilate de leur faire briser les jambes et de les faire enlever. Les soldats vinrent donc, ils brisèrent les jambes du premier, puis du second de ceux qui avaient été crucifiés avec lui. Arrivés à Jésus, ils constatèrent qu'il était déjà mort et ils ne lui brisèrent pas les jambes. Mais un des soldats, d'un coup de lance, le frappa au côté, et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau. Celui qui a vu a rendu témoignage, et son témoignage est conforme à la vérité, et d'ailleurs celui-là sait qu'il dit ce qui est vrai afin que vous aussi vous croyiez. En effet, tout cela est arrivé pour que s'accomplisse l'Écriture: Pas un de ses os ne sera brisé; il y a aussi un autre passage de l'Écriture qui dit: Ils verront celui qu'ils ont transpercé.
Après ces événements, Joseph d'Arimathée, qui était un disciple de Jésus mais s'en cachait par crainte des Juifs, demanda à Pilate l'autorisation d'enlever le corps de Jésus. Pilate acquiesça, et Joseph vint enlever le corps. Nicodème vint aussi, lui qui naguère était allé trouver Jésus au cours de la nuit. Il apportait un mélange de myrrhe et d'aloès d'environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus et l'entourèrent de bandelettes, avec des aromates, suivant la manière d'ensevelir des Juifs. A l'endroit où Jésus avait été crucifié il y avait un jardin, et dans ce jardin un tombeau tout neuf où jamais personne n'avait été déposé. En raison de la Préparation des Juifs, et comme ce tombeau était proche, c'est là qu'ils déposèrent Jésus.

Catéchisme de Heidelberg - [Aller plus loin]

La diffusion du Catéchisme de Heidelberg dépasse largement les frontières allemandes. Il a été commandé par l'électeur du Palatinat comme un " catéchisme d'union " entre luthériens et réformés et contient donc la doctrine calvinienne de manière moins affirmée. La doctrine de la prédestination par exemple ne s'y trouve pas. Les décisions du synode réformé de Dordrecht (1618/1619) ne sont pas non plus reçues par les Eglises réformées d'Allemagne. Ainsi, le calvinisme des Eglises réformées d'Allemagne se distingue de celui des autres Eglises européennes et se considère proche du luthéranisme. Dans le calvinisme allemand manque aussi le régime synodal. Ce n'est pas par un synode, mais par les électeurs que les Ordonnances ecclésiastiques du Palatinat ont été rédigées. Ce sont encore les mêmes électeurs qui ont introduit en Nassau et en Anhalt le calvinisme. Seuls la région du Bas-Rhin, le Jülich-Kleve-Berg et la Frise Orientale se sont donnés une constitution ecclésiale de régime presbytérien-synodal, indépendante du régime des souverains. C'est de ces régions-là qu'au 19e siècle est partie l'initiative de faire adopter par toutes les Eglises protestantes régionales d'Allemagne une constitution de type synodal.

Lettre du 28 octobre 1730 à son ami Erdmann - [Aller plus loin]

" Vous connaissez les heurs et malheurs de ma vie depuis ma jeunesse, du moins jusqu'au changement qui m'amena à Cöthen où je trouvai un Prince gracieux, aimant la musique aussi bien qu'il la connaissait et auprès duquel je croyais d'ailleurs pouvoir terminer ma vie. Le destin voulut cependant que ce Prince épousât une Princesse de Berenburg, et tout parut alors manifester que l'inclination du Prince pour la musique devenait de plus en plus tiède, d'autant plus que la nouvelle Princesse semblait être une amusa [c'est-à-dire une ennemie des Muses]. "

" Comme si l'on chantait " - [Aller plus loin]

Extrait de l'article Comme si l'on chantait, Réforme no. 3139, consacré au personnage de J-S. Bach ; propos de Marie Louise Girod recueillis pas Frédérick Casadesus, p.12 :
" Jean-Sébastien Bach était un homme de foi qui a donné à la liturgie luthérienne une place prépondérante. Créateur désormais indispensable à l'organisation de nos cultes, il était jadis rejeté par les catholiques. Sa musique paraphrase le sens du choral chanté, le sens des mots. Il a apporté des éléments essentiels, construisant par la musique une authentique prédication. Grâce à ses maîtres, il a reçu l'influence de plus de 4000 chorals et il a porté le genre à un degré jamais atteint. [...]
Avant de jouer l'une de ses œuvres, j'analyse à fond la partition. Presque toujours, je remarque que Bach aime signer son travail en faisant jouer les notes qui composent son nom (B A C H) et cela me le rend plus proche. Quoi qu'il en soit, il est impossible d'interpréter deux fois l'une de ses pièces de la même façon. Pour ma part, je ressens à chaque fois une très forte émotion. Par l'enfoncement du toucher - le poids que l'on donne au doigt -, l'importance de chaque note, qui signifie toujours quelque chose. Mais cette musique est difficile. Elle impose de constamment réussir, par la dextérité technique, l'agencement des pieds et des mains. [...]
Nous ne devons pas oublier que Bach a joué sur des orgues plus riches que les nôtres - dans les pays allemands, le pédalier était beaucoup plus développé et l'équilibre sonore parfait. La basse de la pédale est une ligne musicale, contrapontique, que l'on doit jouer comme les autres. Il faut donner à cette partie des œuvres pour orgue du lyrisme, comme si l'on chantait, savoir associer la ligne mélodique, le chant et les cordes, sans jamais perdre de vue que l'on joue de l'orgue.
On ne pourra jamais se hisser à son niveau. César Frank et Olivier Messiaen ont certes bâti une œuvre considérable mais rien ne saurait faire oublier l'immense Bach. "

Méditation - [Aller plus loin]

Prédication du pasteur Pierre Magne de la Croix sur France Culture le 11 mars 2007. http://www.protestants.org/

Jean Sébastien Bach - [Culture]

20060601191836

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ci-contre le seul portrait de Bach, fait de son vivant en 1746 par Elias Gottlob Haußmann.

" A toi la gloire " - [Culture]

Georg Friedrich Händel, alors en Angleterre, a composé la musique de ce cantique comme une marche de triomphe. Il l'a utilisée deux fois, dans l'Oratorio de Josué et dans l'Oratorio de Judas Maccabée. Ce dernier a été dédié au duc de Cumberland après que celui-ci ait combattu victorieusement les Ecossais en 1746. La mélodie s'est vite répandue. Le texte original disait See, the conquering hero comes. ("Voyez, le héros victorieux arrive !"). Certes, ce héros était d'abord Judas Maccabée (qui, avec quelques résistants, a chassé du pays les séleucides), mais le 1er mars 1747, à la première représentation de l'Oratorio, tout le monde identifiait évidemment le héros avec le duc de Cumberland.
En 1826, Heinrich Ranke (1798-1876), écrit sur la mélodie (chose rare) le texte de Fille de Sion, réjouis-toi. Il l'avait composé comme cantique de la Passion pour le dimanche des Rameaux et dans sa première version existait une quatrième strophe. Un autre roi entre, sur le dos d'une ânesse et non pas victorieux après la défaite des ennemis... Puis, après avoir perdu sa dernière strophe, le texte est devenu un cantique de l'Avent.

1. Fille de Sion, réjouis-toi! Jubile, fort, Jérusalem! Vois, ton roi vient vers toi ! Oui, il vient, le prince de la paix Fille de Sion, réjouis-toi! Jubile, fort, Jérusalem !

1. Tochter Zion, freue dich! Jauchze, laut, Jerusalem! Sieh, dein König kommt zu dir! Ja er kommt, der Friedenfürst. Tochter Zion, freue dich! Jauchze, laut, Jerusalem!

2. Hosanna, Fils de David, Sois béni pour ton peuple ! Fonde maintenant ton règne éternel, Hosanna dans les hauteurs ! Hosanna, Fils de David, Sois béni pour ton peuple !

2. Hosianna, Davids Sohn, Sei gesegnet deinem Volk! Gründe nun dein ewig' Reich, Hosianna in der Höh'! Hosianna, Davids Sohn, Sei gesegnet deinem Volk!

3. Hosanna, Fils de David, Sois salué, doux roi ! Ton trône de paix est pour l'éternité, Toi, l'enfant du père éternel, Hosanna, Fils de David, Sois salué, doux roi !

3. Hosianna, Davids Sohn, Sei gegrüßet, König mild! Ewig steht dein Friedensthron, Du, des ew'gen Vaters Kind. Hosianna, Davids Sohn, Sei gegrüßet, König mild!

Ce n'est qu'avec les paroles d'Edmond L.Budry, qui datent de la fin du 19e siècle (1885), que le cantique A toi la gloire devient un cantique de Pâques que tous les protestants français connaissent !

Luther, Martin (1483-1546)

Réformateurvoir entrée Luther allemand né et mort à Eisleben. Moine, prêtre, docteur en théologie, professeur d'exégèse biblique, il était habité par une intense quête spirituelle concernant le salut. En travaillant l'épître aux Romains il découvre ce qui sera le coeur de son oeuvre et de la Réforme protestante au 16e siècle, le message du salut par la seule grâce de Dieu, en dehors des mérites de l'homme. En 1517 il rédige " 95 thèses " où il développe cette affirmation et dénonce la vente des indulgences. Déclaré hérétique en 1518, il est excommunié et mis au ban de l'Empire à la Diète de Worms en 1521. Il trouve alors un appui auprès des princes allemands. Auteur d'une oeuvre théologique considérable et traducteur de la Bible en allemand, il a pris part aux débats de son temps (controverse avec Erasme, attitude lors de la Guerre des Paysans...). Il a résisté à toute forme de désordre ecclésial et a commencé à poser les bases d'une Eglise " luthérienne "

Cantor

Chantre chargé du chant liturgique ou de la direction des musiciens, dans certaines grandes églises ou écoles allemandes

Ministère

Etymologiquement, le mot " ministre " signifie " serviteur " et " ministère " " service " (avec, au départ, une notion d'infériorité : la même racine a donné " moins " ou " mineur " !). La Réforme, reconnaît des ministères divers que tout membre de l'Eglise peut théoriquement exercer, mais qui sont confiés durablement ou temporairement à ceux qui sont aptes à les accomplir. Le ministère de la Parole est confié à des " ministres " formés et reconnus par la communauté. Au 16e siècle, le terme de " ministre " ou de " serviteur " désigne les pasteurs (terme qui ne deviendra courant qu'au 19e siècle). Aujourd'hui encore, ce terme est l'appellation officielle pour les pasteurs de l'Eglise réformée de France

Paix d'Augsbourg

Lors de la paix d'Augsbourg, en 1555, l'Allemagne est partagée entre luthériens et catholiques. Au nom du principe selon lequel les sujets doivent adopter la religion du prince (cuius regio, eius religio), les deux tiers du pays sont luthériens. Les sujets qui refusent de changer de confession, doivent émigrer vers un territoire qui corresponde à leur conviction religieuse. Mais cela ne concerne que les couches sociales qui ont la possibilité matérielle de se déplacer : classe aisée, artisans, commerçants, employés... Les paysans propriétaires sont contraints à la sédentarité

Désert

Le " Désert " est à la fois une réalité physique et une réalité spirituelle. La réalité physique désigne l'ensemble des lieux cachés (grottes, ravins, forêts,...) où les protestants vont célébrer leur culte dans la clandestinité à la suite de la Révocation de l'Edit de Nantes. La réalité spirituelle est en lien étroit avec l'évocation du désert dans la Bible. En effet, suite à la sortie d'Egypte (livre de l'Exode dans la Bible), les Hébreux ont traversé pendant quarante ans le désert, lieu de tribulations, de tentations et de désespoirs, mais aussi lieu où se fait entendre la Parole de Dieu

Huguenots

Ce mot, qui est utilisé parfois pour désigner les protestants, a une étymologie controversée. Il apparaît à Genève en 1536 et vient vraisemblablement d'une déformation de l'allemand Eidgenossen, les fédérés. Des Genevois voulaient en effet s'allier aux Bernois pour défendre le protestantisme. En France, le mot a pu s'amalgamer avec d'autres sobriquets, au point d'être employé péjorativement par les catholiques. Au 16e siècle, les protestants se l'approprièrent, et il prit alors une coloration politique (le " parti huguenot "). Après la Révocation de l'Edit de Nantes (1685) le terme désigna, jusqu'à aujourd'hui, les protestants qui trouvèrent asile dans les pays dits du Refuge (Suisse, Allemagne, Angleterre, Pays-Bas...). En France, certains protestants sont attachés à ce mot pour exprimer leur fidélité au protestantisme historique

Martyr

Le mot martyr, en grec martus, veut d'abord dire simplement " témoin ". Mais il a ensuite été associé à la réalité de la persécution. Dès les premiers siècles, les chrétiens qui mourraient pour ne pas avoir renié leur foi étaient appelés martyrs car il s'agissait pour eux d'un " témoignage " de leur foi face au pouvoir de l'empereur. On désigne aussi de ce mot tous les chrétiens qui au long des siècles ont été victimes des pouvoirs religieux ou politiques, à cause de leurs convictions de croyants. Ainsi les Réformés français, persécutés, pourchassés et exécutés pour avoir voulu témoigné jusqu'au bout de leur foi face à l'absolutisme du pouvoir royal

Prédicant

Après la Révocation de l'Edit de Nantes, quand les Eglises protestantes ont été contraintes à la clandestinité et que le corps pastoral formé en théologie était dispersé, des hommes non reconnus officiellement comme pasteurs, portaient spontanément la Parole de Dieu aux assemblées clandestines du Désert, soit en lisant des textes interdits édités à l'étranger, soit en commentant des versets bibliques selon leur inspiration. Ces prédicants, courageux mais souvent exaltés, persuadés d'être conduits par l'Esprit Saint, n'hésitaient pas, dans leurs pérégrinations pour entretenir " la flamme de la vraie foi " au péril de leur vie (et au péril de la vie de ceux qui les écoutaient), à exagérer le côté apocalyptique (annonçant la fin des temps) d'un temps de réelle persécution

Prophète

Le mot " prophète " vient du grec prophètès, qui signifie " celui qui s'avance (pro) pour parler (phèmi) ". Dans certains textes bibliques, il est parfois nommé " voyant " ou " visionnaire ". Son rôle consiste moins à prédire l'avenir qu'à interpréter les événements qui lui sont contemporains à la lumière de la volonté divine

Religionnaire

Adepte de la " Religion prétendue réformée " qui désigne le Calvinisme français entre le 16e et le 18e siècle. Le terme est usité par les huguenots dès 1562, mais trouve un nouvel emploi, accolé à " fugitif " après la Révocation de l'Edit de Nantes. Il qualifie alors les fuyards échappés du Royaume, qui risquent la prison s'ils sont repris, ou du moins la saisie de leurs biens au profit de la " Caisse de la régie des biens des religionnaires fugitifs ". Il faut noter que cette expression péjorative disparaît à la fin du 18e siècle, remplacée par " sujets qui ne professent point la religion catholique "

Synode

Mot grec, sunodos, qui veut dire " route commune ". Il désigne une assemblée de représentants légitimes d'Eglise. La synodalité, sous différentes formes, a connu dans les Eglises protestantes un développement important et spécifique, en réaction contre l'exercice centralisé et hiérarchique du pouvoir dans l'Eglise romaine. Dans le protestantisme luthérien et réformé français, les synodes sont des assemblées où ministres et laïcs, délégués par les Eglises locales, décident des orientations à donner à la vie de l'Eglise dans les domaines théologique, liturgique, financier, éthique... Le synode manifeste le lien de communion qui unit les Eglises locales entre elles. Il rend visible la réalité de l'Eglise sur le plan régional et national. Le premier synode des Eglises réformées en France s'est tenu en 1559 à Paris

Assemblée

Avant la Révocation de l'Edit de Nantes (1685), on appelait assemblée la réunion " politique " des délégués des Eglises réformées discutant des affaires publiques concernant " ceux de la Religion " avec les représentants du pouvoir royal. Après la Révocation et pendant les persécutions, ce mot désigne la réunion clandestine de protestants, hommes, femmes, enfants, dans un lieu naturel isolé (carrière, clairière) où étaient écoutés pasteurs ou prédicants, et où était célébré le culte interdit

Bayle, Pierre (1647-1706)

Ecrivain et érudit né au Carla (aujourd'hui Le Carla-Bayle, Ariège) en 1647, mort à Rotterdam en 1706. Formé à Genève, il est professeur d'histoire et de philosophie à l'Académie protestante de Sedan jusqu'en 1681, puis s'établit à Rotterdam où il enseigne la philosophie. En 1693 Jurieu le fait destituer de sa chaire. Il se consacre alors à l'écriture de son Dictionnaire historique et critique (1696-97) qui connaît 10 éditions avant 1760. Esprit libre et critique, il s'attaque à tout, en particulier au dogme et à l'autorité, et recherche les faits et l'authenticité

Arminianisme

Initié par Jacobus Arminius (1560-1609), d'abord pasteur à Amsterdam puis professeur de théologie à Leyde, l'arminianisme est une position théologique hostile à une certaine compréhension de la doctrine calvinienne de la prédestination. Arminius s'oppose à l'idée d'un décret éternel de réprobation. Il estime une telle prédestination sans fondement biblique et contraire à l'universalité de la proclamation de grâce de Dieu.

Non-conformiste

Terme emprunté de l'anglais non-conformist, admis par l'Académie Française en 1688. Il signifie, historiquement, celui qui n'appartient pas à l'Eglise établie, l'Eglise anglicane, qui est donc un dissident. Couramment, le non-conformiste est une personne faisant preuve de liberté vis-à-vis des usages communs dans tous les domaines (éthique, esthétique, philosophique, etc.)

Diacre

Le mot diacre vient du grec diakonos qui veut dire serviteur. On les mentionne dans le Nouveau Testament, dans les Actes des Apôtres (chapitre 6 et suivants). Ultérieurement dans l'Eglise, il s'agit d'hommes mariés qui sont là pour le service des plus démunis dans la communauté. Aujourd'hui, dans les différentes confessions chrétiennes, le ministère du diacre recouvre différentes tâches concrètes (tâches diaconales, travail avec les jeunes, participations à la liturgie, célébrations variées,)

Confession de foi / Symbole

La confession de foi est un texte de référence qui exprime la doctrine de l'Eglise. Elle a pour but de maintenir une prédication fidèle de l'Evangile. Elle reformule la foi dans un temps et des circonstances précises. Les confessions de foi classiques de l'Eglise ancienne sont intitulées " symboles " et ont souvent une fonction liturgique

Bucer, Martin (1491-1551)

Né en 1491 à Sélestat en Alsace, Martin Bucer entre dans l'ordre des Dominicains à l'âge de quinze ans. Il est gagné à la Réforme par Luther au cours de la dispute de Heidelberg (1518). Excommunié, il s'enfuit à Wissembourg en Alsace où il prêche l'Evangile. Pourchassé à nouveau, il trouve refuge à Strasbourg (1523). Il y est nommé prédicateur en 1524. En 1529, la ville passe à la Réforme. Quand Calvin arrive dans cette ville (1538), Bucer y travaille depuis quatorze ans déjà : il a eu le temps d'organiser une Eglise selon les idées réformatrices dont maints caractères seront repris à Genève quand Calvin y retournera. Ce qui caractérise Bucer, c'est son sens de l'unité. Il travaillera en vain à des compromis entre les positions de Luther et de Zwingli sur la cène, ou à des accords avec les anabaptistes et même avec les théologiens catholiques (colloques de 1540-1541). Sur ordre de Charles-Quint, il doit quitter Strasbourg (1549). Il se réfugie à Cambridge où il enseignera jusqu'à sa mort. Il contribuera à réviser le Prayer Book.

Anabaptisme

On désigne de ce nom un mouvement réformateur du 16e siècle, appelé aussi " Réforme radicale " ou " aile gauche de la Réformation ". Poussant à l'extrême les principes réformateurs, les anabaptistes prônent une rupture totale avec l'Eglise de leur temps et un retour au christianisme primitif. Ils seront appelés " rebaptiseurs " (c'est l'étymologie du mot " ana-baptistes ") par leurs adversaires car refusant le baptême des enfants, ils baptisent à nouveau les adultes qui se convertissent. Ils récusent également toute forme d'alliance entre l'Eglise et les autorités politiques. Plusieurs formes différentes d'anabaptisme apparaissent presque simultanément au 16e siècle. En Suisse, c'est un mouvement non-violent. En Autriche, il prend une forme communautaire. En Allemagne, on les appelle (illuminés). Pour ceux-ci, il existe une révélation qui dépasse l'Ecriture, une " illumination " directe par des visions et des songes. Ils croient que le temps du jugement est arrivé et que le Royaume de Dieu va bientôt devenir une réalité visible. En Allemagne (1525) et en Hollande (1535) les anabaptistes élaborent une utopie socio-politique révolutionnaire qui sera réprimée dans le sang

Calvin, Jean (1509-1564)

Réformateur français né à Noyon. Il a une formation d'humaniste, étudiant les lettres, la philosophie, le droit, l'hébreu, le grec, la théologie en divers lieux universitaires (Paris, Orléans, Bourges). En 1533, il adhère aux idées de la Réforme qu'il va, dès lors, inlassablement et de toutes sortes de manières, diffuser. En 1534 il est obligé de quitter la France pour Bâle où il rédige la première édition de l'un de ses ouvrages majeurs l'Institution de la Religion Chrétienne. Il ira ensuite à Genève (1536), à Strasbourg (1538), puis à nouveau Genève (1541) où il jouera un rôle théologique et politique très important. Exégète, enseignant, prédicateur, sa pensée rigoureuse fut largement diffusée en France dans les années 1540-1550. Elle va contribuer à l'édification d'une Eglise réformée en France, dont le premier synode se tient en 1559 à Paris. La confession de foi et la discipline ecclésiastique qui y furent adoptées sont l'une et l'autre directement inspirées par lui

Baptiste

Les baptistes pratiquent uniquement le baptême d'adulte. Car, selon eux, ce n'est que celui ou celle qui confesse personnellement sa foi à Jésus-Christ qui peut être accueilli dans la communauté des croyants. Ce qui exclut les nourrissons et petits enfants. Parce qu'il est intimement lié à une éthique, l'engagement de la foi se traduit par des actes concrets au quotidien. Ainsi, les baptistes sont par exemple souvent membres de mouvements pacifistes et refusent le service militaire. Martin Luther King faisait partie de l'Eglise baptiste

Discipline

Au sens large, ce terme désigne la règle de conduite commune aux membres d'une collectivité permettant de vivre dans l'ordre et l'harmonie. Dans l'Eglise, ce mot évoque " la règle de vie des disciples ". Elle est constituée par les lois qui régissent l'organisation et le fonctionnement internes de l'Eglise ainsi que la correction des moeurs. Elle ne fut pas d'emblée acceptée sans discussion dans l'Eglise réformée de France. Ses 40 articles, déclarés modifiables, lors du 1er synode de 1559, sont déjà 222 en 1661 ! Ils posent l'égalité entre toutes les Eglises locales, la hiérarchie des ministères (pasteurs, anciens, diacres, maîtres d'école...) la liste des sacrements (baptême, cène), et définissent les compétences des consistoires, colloques, synodes provinciaux, et synode national. On l'appelle aussi droit ecclésial. Elle permet aux chrétiens de vivre ensemble en fidélité à la volonté de Dieu. C'est dire que les dispositions de la discipline ne sont pas simplement des règlements administratifs. Ils sont en fait la traduction concrète des convictions théologiques qui fondent la vie communautaire. Calvin écrit : " Comme la doctrine de notre Seigneur Jésus est l'âme de l'Eglise, ainsi la discipline est en elle comme les nerfs sont en un corps, pour unir les membres et les tenir chacun en son lieu et ordre ". Pour les Eglises protestantes, en particulier les Eglises réformées, la discipline est une réalité importante et nécessaire, même si elle est toujours seconde et subordonnée à la Parole de Dieu. C'est pourquoi une discipline ne doit pas être figée, ni sacralisée, mais elle appelle constamment des adaptations et des révisions

Knox, John (vers 1505-1572)

Il a implanté en Ecosse une Réforme très influencée par la pensée de Calvin. Après des études universitaires à Glasgow, il se destine à la prêtrise. Mais les idées de la Réforme sont déjà connues en Ecosse. Il y adhère après l'étude de la Bible et des textes d'Augustin. Fait prisonnier au siège de Saint-André, il est condamné aux galères du roi de France, allié du roi d'Angleterre. Libéré au bout d'un an, il retourne en Angleterre (1549). Mais sous le règne de la très catholique Marie Tudor, il est obligé de s'exiler. Il fait trois séjours à Genève où il se lie avec Calvin. Knox est dans cette ville le pasteur de l'Eglise anglaise. Il la dote d'une liturgie directement inspirée de la Forme des prières de Calvin, qui sera plus tard la liturgie de l'Eglise écossaise. De retour en Ecosse (1559), il y établit la Réforme. Quand Marie Stuart devient reine, il tient tête à la souveraine catholique. Peu à peu se met en place ce qui allait devenir l'Eglise presbytérienne d'Ecosse

Jurieu, Pierre (1637-1713)

Il étudie la théologie à l'Académie de Sedan. A partir de 1658, il poursuit ses études en Hollande puis en Angleterre où il est ordonné dans l'Eglise anglicane. Il est ensuite ordonné pasteur en France. Il est nommé professeur à l'Académie de Sedan en 1674. Lorsque celle-ci est fermée, il s'exile en Hollande où il est à la fois professeur de théologie et pasteur. Après la Révocation de l'Edit de Nantes, il va se brouiller avec Pierre Bayle. En effet, ce dernier demeure attaché au loyalisme des protestants à l'égard du pouvoir politique. Jurieu, au contraire, s'allie avec l'Angleterre protestante contre le roi de France qui, selon lui, a trahi le contrat passé avec son peuple. Il s'attachera à soutenir le moral des Réformés persécutés en France, notamment par ses Lettres pastorales adressées aux fidèles de France qui gémissent sous la captivité de Babylone

Ordonné

L'ordination est un rite liturgique par lequel on affecte une personne au service de Dieu. Le mot " ordonné " signifie que la personne rejoint un " ordre ", celui des prêtres par exemple

Prédestination

Ce terme vient d'Augustin. Mais c'est surtout au Réformateur Jean Calvin qu'on associe ce mot par lequel est désigné un des points essentiels de sa théologie. La doctrine de la prédestination affirme que c'est Dieu qui décide d'avance qui sera sauvé, et il ajoute : qui sera perdu ! Ce qui pour un esprit du 21e siècle est ressenti comme une injustice et une négation de la liberté de l'être humain, ne fonctionne pas de la même manière pour l'être humain du 16e siècle. Au contraire : l'idée que tout est joué d'avance fait tomber l'angoisse. Tout d'un coup, la question : " Qu'est-ce que je dois encore faire pour être sauvé ?" n'a plus de sens. La doctrine de la prédestination dit donc d'abord : tout est fait, on n'y revient plus. Elle s'oppose au système des mérites qui fait croire que l'être humain coopère à son salut, qu'il y est pour quelque chose

Puritain

Le mot " puritain " (vient du verbe purifier) désigne un mouvement protestant de la fin du 16e siècle et au début du 17e siècle. Purifier constamment l'anglicanisme de ses restes de catholicisme, telle pourrait être la définition de base du puritanisme. Il surgit pour tenter de dépasser le compromis entre réformés et catholiques. Il réaffirme la seule souveraineté de Dieu sur les individus et la société. Ainsi il crée l'Eglise des purs dans l'Eglise de la multitude. Cette exigence de pureté les mène à rejeter tout ce qui ne se laisse pas directement déduire de la Bible. Les puritains refusent ainsi la plupart des caractéristiques du cérémonial anglican : vêtements de cérémonie, surplis, orgues, génuflexions...qualifiés de popish pomp and rags (splendeurs et chiffons papistes). Ils insistent sur l'importance de sermons simples, tirant leur inspiration des images de la Bible et de la vie quotidienne

Secte

Ce terme a deux étymologies possibles : couper ou suivre. Une secte est ainsi soit un groupe dissident qui se serait coupé d'un autre, soit un groupe que forment les suiveurs d'un leader particulier. L'emploi courant vise à déprécier les groupes auxquels on l'applique. On appelle généralement " sectes " les groupes dont on désapprouve les croyances, les attitudes ou les pratiques, et qui exigent de leurs membres un engagement précis et vérifié dans la réalité quotidienne

Société religieuse

Une société religieuse est un groupement de chrétiens confessants réunis autour d'un objectif (spirituel, diaconal, éducatif, etc.). Elle renvoie aux regroupements des quakers (Société des Amis), des piétistes (Fraternités moraves), des méthodistes qui ont utilisé ce terme plutôt que celui d'Eglise se référant à la multitude

Schisme

Du verbe grec schizein qui veut dire " déchirer ", " fendre " et du substantif schisma " division " " séparation ". Aujourd'hui, dans son usage profane, ce mot s'apparente à celui de division, de dissidence. C'est quitter seul ou avec d'autres un groupe organisé auquel on appartenait. En contexte chrétien, un schisme est une brisure de l'unité de la communauté chrétienne

Transsubstantiation

Ce mot signifie qu'après leur consécration, et tout en gardant leur aspect extérieur, les espèces eucharistiques (pain ou hosties et vin) sont transformées en corps et sang du Christ de sorte que le Christ est réellement présent dans les espèces. D'où la notion de " présence réelle " que les théologiens vont utiliser pour qualifier le type de présence du Christ dans la cène. La transsubstantiation est la doctrine catholique officielle depuis le 4e Concile du Latran de 1215

Zinzendorf Nikolaus Ludwig Comte de (1700-1760)

Le comte Zinzendorf fait partie des personnages les plus originaux du piétisme du 18e siècle. Il accueille sur son domaine en 1722 des frères moraves, persécutés. Ces derniers y fondent la colonie de Herrnhut qui attire des personnes de Bohême et de Moravie, mais aussi d'Allemagne. Sous la direction de Zinzendorf, des chrétiens engagés de différentes confessions se réunissent et fondent la confrérie de Herrnhut. En 1732, ils envoient les premiers missionnaires aux Caraïbes (l'île St Thomas). C'est le début d'un immense travail mondial de mission. Le comte Zinzendorf choisit de se mettre sur un pied d'égalité avec les paysans et les artisans. Il voulait dépasser les limites imposées par le niveau social et les confessions. Il s'engage pour l'égalité entre homme et femme. Ses pensées assez révolutionnaires lui causent de plus en plus d'ennuis. Sur ordre des autorités, en 1736, Zinzendorf est banni de la Saxe. Il comprend cet exil forcé comme " signe de la part de Dieu " et part en " prédicateur de l'Evangile " à travers l'Europe et même en Amérique. Pendant son exil, qui a duré 11 ans, il fonde partout des " communautés des frères ". En 1760, il meurt à Herrnhut

Hus, Jan (vers 1370-1415)

Jan Hus naît vers 1370 à Husinec en Bohême méridionale dans une famille rurale pauvre. Doué pour les études et avide de promotion sociale, il se rend à Prague, où il étudie les lettres puis la théologie. En 1398, il obtient sa licence d'enseignement en théologie. Nommé professeur à l'Université, il entre en contact avec le mouvement de réforme et subit l'influence de Wyclif. En 1400, il est ordonné prêtre. L'année suivante, il est nommé doyen de la Faculté des Arts et Lettres de Prague. En 1402, il devient curé, sans charge de communauté, à la chapelle de Bethléem. Il s'illustre par une prédication évangélique et sociale, dénonçant les vices des laïcs et les profits du clergé. En 1409, il commence à être accusé de ne pas dénoncer Wyclif et de contester l'autorité du pape. Élu recteur de l'Université, il participe à sa réorganisation, et devient le chef du mouvement réformateur. En 1411, il subit l'interdit du pape qui s'étend sur toute la ville. Dans des disputes universitaires, des prédications, des publications, il se lance dans la controverse contre les indulgences. En 1412, alors que des émeutes éclatent à Prague et qu'il est menacé d'excommunication, Hus s'exile en Bohême du sud où il développe une intense activité littéraire. En 1413, il publie son grand ouvrage De ecclesia censuré à Prague, Paris et Constance. En 1414, il se rend au concile de Constance pour y défendre sa cause. Il poursuit une correspondance avec les fidèles de la chapelle de Bethléem et approuve la communion sous les deux espèces. En juillet 1415 il refuse d'abjurer devant le concile qui le condamne, le dégrade de ses titres sacerdotaux et le remet à l'autorité civile pour être exécuté sur le bûcher (6 juillet).

Morave

Le mouvement des Frères Moraves, fondé en 1457 à Kunwald en Bohême et organisé en " Union des Frères " vers 1470, doit beaucoup à Jan Hus (1368-1415). Les Frères Moraves pratiquent la mise en commun des biens, élisent leur clergé et rejettent la hiérarchie officielle. Exilés en Bohême en 1548, ces précurseurs de la Réforme du 16e siècle s'installent en Moravie et jouent dès lors un rôle important dans la culture nationale tchèque, surtout en traduisant la Bible en langue vulgaire (" Bible de Kraslice ").
Parmi les figures illustres du moravisme, on trouve le comte de Zinzendorf.

Wyclif, John (entre 1320 et 1330-1384)

Après des études à Oxford, il devient professeur en 1361. Il prend position contre le pape pour défendre les intérêts nationaux. Il déclare que l'Eglise n'est pas la propriétaire de ses biens mais simplement l'intendante. Il réclame la sécularisation des biens du clergé. Il est appelé à comparaître en 1377 devant un tribunal d'évêques à la cathédrale Saint Paul de Londres. Grâce au duc de Lancastre et malgré une audience houleuse et un début d'émeute populaire, il est acquitté. Il continue à réclamer une réforme de l'Eglise : il attaque la confession obligatoire, les pénitences, les indulgences, le système de gouvernement dont le pape est le chef. Mais surtout Wyclif veut mettre la parole de Dieu à la portée de tous. Il traduit donc la Bible en langue anglaise, multiplie les sermons et les traités et organise un corps de prédicateurs itinérants. Il a pour devise : " Je crois que la vérité finira par triompher "

Congrégationaliste

Les congrégationalistes sont attachés à une organisation de l'Eglise en communautés locales autonomes les unes vis-à-vis des autres. Attachés à l'autonomie de l'organisation religieuse, ils refusent une Eglise d'Etat ou une structure nationale de l'Eglise imposant ses décisions aux Eglises locales

Eglise anglicane

L'Eglise d'Angleterre est née de la rupture d'Henri VIII avec le pape Clément VII qui lui avait refusé l'annulation de son mariage. Mais c'est son successeur, Edouard VI, qui va amener l'Eglise d'Angleterre vers la Réforme. Une nouvelle liturgie, le Prayer Book (Livre de prière), est adoptée en 1549. Sa 2e édition (1552) est fortement marquée d'une empreinte protestante, sous l'influence notamment de Bucer. Mais l'anglicanisme ne s'installe véritablement que sous le long règne d'Elisabeth 1e (1558-1603) qui fut excommuniée en 1570. Un exposé de la foi, les Trente-Neuf Articles, d'inspiration protestante, paraît en 1571. C'est aujourd'hui encore la base doctrinale de l'anglicanisme : affirmation de l'autorité des Ecritures, reconnaissance de deux seuls sacrements : le baptême et la cène, possibilité de mariage pour les ministres du culte. Aujourd'hui les femmes peuvent être ordonnées prêtres et évêques, ce qui a suscité des tensions vives au sein de la Communion anglicane et avec l'Eglise romaine. La tradition anglicane garde toutefois encore bien des aspects du catholicisme : hiérarchie, formes liturgiques, succession apostolique historique.
L'anglicanisme ce n'est pas seulement l'Eglise d'Angleterre, c'est 70 millions de fidèles partout dans le monde

Succession apostolique

L'expression " succession apostolique " désigne, de manière large, la continuité de l'apostolicité de l'Eglise c'est-à-dire sa fidélité à l'enseignement originel posé par les apôtres. Mais cette expression s'entend souvent, de manière plus étroite, d'une succession historique d'évêques remontant sans interruption jusqu'aux apôtres. Dans la doctrine officielle de plusieurs Eglises (Eglise catholique romaine, Eglises orthodoxes, Eglise anglicane...), l'ordination d'un évêque, pour être valide, nécessite l'imposition des mains par un autre évêque, inscrit lui-même dans cette succession historique par l'imposition des mains reçue lors de sa propre ordination. Par contre, pour les Eglises luthériennes et réformées, l'apostolicité de l'Eglise n'est pas garantie par la continuité historique de la succession à travers le ministère épiscopal de l'Eglise, mais par la fidélité au message des apôtres

Zwingli, Huldrych (1484-1531)

C'est le principal Réformateur de la Suisse Alémanique. Après des études latines à Berne, il fréquente les universités de Vienne et de Bâle. Il est influencé d'abord par la pensée d'Erasme. Ordonné prêtre en 1506, il étudie avec ferveur le Nouveau Testament. En 1519 il est curé de Zurich et amorce en 1522 la réforme de cette ville. Il fait triompher les idées évangéliques. On les trouve exposées dans la Brève instruction chrétienne. Il abolit la messe en 1525. Ayant réformé l'Eglise de Zurich, il contribue à l'expansion de la Réforme en Suisse alémanique. Les Bernois touchés par ses arguments décident d'adopter la Réforme. Ce qui entraîne le rattachement au protestantisme du pays de Vaud et de plusieurs villes romandes situées dans la zone d'influence bernoise. Accompagnant comme aumônier les troupes zurichoises qui se battent contre les troupes des cantons restés attachés au catholicisme, il est tué à la bataille de Cappel. Ce sera la fin de l'expansion évangélique dans les cantons alémaniques. Tout au long de sa vie, Zwingli va mener trois combats. D'abord contre l'Eglise romaine dont il conteste les enseignements au nom d'une étude savante et approfondie des Ecritures bibliques. Contre Luther auquel il s'oppose vivement à Marbourg en 1529 à propos de la cène où pour lui le Christ est présent dans les coeurs par son Esprit. Contre les anabaptistes, il maintient le baptême des petits enfants en relation avec le thème biblique de l'alliance. Zwingli "apparaît comme le véritable père du courant réformé. On trouve chez lui la plupart des thèmes essentiels que reprendra et développera ensuite Calvin : la souveraineté absolue de Dieu, la prédestination, la différence radicale entre le Créateur et les créatures, l'alliance, l'importance de l'Esprit, la théologie comprise comme connaissance de Dieu et de l'homme, la nécessité d'une lecture savante de la Bible selon les méthodes humanistes, l'organisation ministérielle de l'Eglise, la critique de l'anabaptisme." (André Gounelle)

Eschatologie

Du grec eschatos, dernier, et logos, discours. Il s'agit de la compréhension des " choses dernières ", " des derniers temps ", de " la fin du monde ". Israël a toujours été tourné vers l'avenir, et l'Ancien Testament parle de ce temps où Dieu rétablira la justice et la paix. Dans le Nouveau Testament, Jésus annonce que le Royaume de Dieu est déjà là. Mais ce Royaume ne sera réalisé qu'à la fin des temps quand le Christ reviendra

Ethique

Ce mot est souvent confondu avec celui de morale dont il est proche. L'un et l'autre désignent ce qui permet de déterminer les finalités de la vie humaine, ce qui est bien et mal, bon et mauvais, juste et injuste. On peut toutefois les distinguer en désignant du terme " morale " les dispositions et prescriptions concrètes (dont le moralisme est la forme extrême) et du terme " éthique " les orientations ou convictions générales permettant à chacun de s'orienter dans ses comportements

Mystique

Ce mot peut désigner des expériences spirituelles variées. Il est souvent utilisé de manière abusive. Il recouvre au sens strict tous les courants et méthodes qui visent à une rencontre directe entre l'être humain et le divin/Dieu. Cette rencontre peut avoir les traits d'une union, voire d'une fusion. La tradition chrétienne souligne l'importance d'une telle expérience personnelle avec Dieu. Elle met toutefois en garde contre tout ce qui tendrait à effacer la dimension d'altérité et fusionnerait l'être humain et Dieu en une seule réalité

Piété/Piétisme

La piété désigne la dévotion, l'attachement aux devoirs et pratiques religieuses, avec une nuance de ferveur dans le langage courant. Ce mot a donné son nom à un courant important qui a touché et marqué fortement le protestantisme : le piétisme. Il vaudrait d'ailleurs mieux parler des piétismes car il y a une grande diversité à l'intérieur de ce mouvement. Dès les 17e et 18e siècles, s'opposant à un christianisme de routine et au dogmatisme théologique, il insiste sur un " Réveil ", une " conversion " de chaque croyant, sur une vivification spirituelle de la vie de l'Eglise et sur une transformation du monde en vue du Royaume du Christ. Il développe la vie communautaire (" communautés de réveillés ") mais tend aussi à développer une pratique centrée sur l'individu (introspection, insistance sur la conversion personnelle et la régénération). Il a suscité de nombreuses productions artistiques et littéraires, et marque encore une partie de la piété protestante. Certaines formes du piétisme ont aussi donné naissance à des oeuvres diaconales

Presbytérien

Ce terme (du grec presbuteros, ancien) désigne un mode d'organisation et de fonctionnement des Eglises réformées, dans lequel des laïcs (c'est-à-dire des fidèles non-pasteurs) appelés Anciens participent au gouvernement de l'Eglise. A la suite de John Knox, dans les pays anglo-saxons, les Eglises de tradition réformée sont appelées " presbytériennes "

SMEP

La Société des missions Evangéliques de Paris (SMEP) prend naissance en 1822 avec pour objectif de former des évangélistes et des missionnaires, en particulier dans le domaine des langues étrangères. D'autres sociétés sont créées à partir des années 1830 pour l'évangélisation en France (La Société biblique protestante de Paris en 1818, La société évangélique de France en 1833, la Société chrétienne protestante de France en 1835). La SMEP envoie ses premiers missionnaires en Afrique australe en 1832. Le premier champ de mission est ouvert au Lesotho l'année suivante. Cette société représente le protestantisme dans sa tradition luthéro-réformée et celle du " Réveil ". Elle regroupe le protestantisme francophone de France, d'Italie et de Suisse

Unitariens

Le mouvement des unitariens naît au moment des grands débats de l'Antiquité autour de la de la Trinité sur la double nature, divine et humaine, de Jésus. Les unitariens sont des antitrinitaires qui ne reconnaissent pas en Jésus le sauveur (ou le rédempteur), mais un prophète, un modèle d'humanité. Ce courant réactivé dans l'aile radicale de la Réforme, puis à l'époque des Lumières a initié l'esprit de tolérance. Aujourd'hui, l'unitarisme déborde le cadre chrétien et désigne un mouvement attaché au dialogue des religions, à une spiritualité de l'ouverture à l'autre

Harnack, Adolf von (1851-1930)

Théologien protestant, historien, philologue et éditeur des Pères de l'Eglise, Adolf von Harnack est successivement professeur de théologie à Leipzig, Giessen, Marbourg et Berlin. Il cherche à montrer l'unité entre christianisme et culture et pose " l'Evangile comme seule base de toute culture morale ". Comme historien de l'Eglise, il donne beaucoup d'impulsion à la recherche. Il est l'auteur d'une oeuvre monumentale concernant l'histoire du christianisme ancien. Il publie en trois volumes l'Histoire de la littérature du christianisme primitif et, surtout, l'Histoire des dogmes en trois volumes (1886-1890)

ERF

Eglise réformée de France

FPF

Fédération protestante de France

Union de Jarnac

De jeunes pasteurs, soucieux de la gravité de la division de l'Eglise réformée intervenue en 1872 et de ses conséquences spirituelles, créent l'Union des Eglises réformées, appelée Union de Jarnac. Il ne s'agit pas d'une troisième Eglise puisque chaque association cultuelle a la possibilité de rester membre d'une des deux autres unions. L'Union de Jarnac travaillera au rapprochement des Eglises réformées, mais il faudra attendre 1938 pour retrouver l'unité

Théologies politiques - théologies de la libération

Ces théologies (p.ex. la théologie de la libération en Amérique Latine) sont issues du Christianisme social. Elles s'engagent à élaborer une théologie à partir d'une situation particulière et pour une situation particulière. Ainsi, elles sont amenées à prendre en considération d'une manière forte les contextes politique, social, culturel. Leur critique des pouvoirs politiques en place s'enracine dans une lecture actualisante de la Bible et se veut une critique théologique

Tillich, Paul (1886-1965)

Paul Tillich, né en Prusse orientale, effectue une carrière universitaire en Allemagne. Il est professeur de philosophie et de sociologie à Francfort-sur-le-Main à partir de 1929. En 1933, il est le premier professeur d'université allemand non juif à être révoqué par Hitler. En effet, le point de départ de sa réflexion théologique, à savoir le principe protestant de la justification par la grâce seule, le conduit à une désacralisation radicale de toute oeuvre humaine. Tillich critiquera fortement les bases de la pensée nazie qui exalte l'idée de la race aryenne quasi divinisée qui règnerait en maître sur toute chose. Contraint de s'exiler aux Etats-Unis, il devient professeur de philosophie théologique à l'Union Theological Seminary de New York. Il anime dès le début de sa carrière en Allemagne le mouvement des Socialistes religieux. Il rejoint Barth sur la nécessité de critiquer la théologie libérale, mais considère que la théologie dialectique aboutit à une impasse en opposant la révélation et le monde. Il développe sa pensée dans une troisième voie, la théologie de la culture. Pour lui la théologie est dépendante du monde culturel dans lequel elle est élaborée. Il est donc nécessaire de trouver ce qu'il appelle des " corrélations " entre question et réponse, situation et message, existence humaine et manifestation divine. Dieu ne dépend pas de l'être humain dans sa nature, par contre, quand Il se manifeste, Il est dépendant de la façon dont l'être humain reçoit cette manifestation

Mouvement international de la Réconciliation

L'objectif fondamental du MIR est de contribuer à la mise en oeuvre d'une résolution non-violente des conflits interpersonnels, intercommunautaires et internationaux. Cette non-violence active s'inspire de l'Evangile et s'enrichit de la pensée et de l'expérience de grands acteurs de paix tels que Gandhi et Martin Luther King, qui était lui-même membre du MIR

Dogme

Vient d'un verbe grec dokein qui signifie croire, décider et qui a donné dogma : opinion ou décision. Dans l'usage théologique actuel, le dogme désigne une vérité que l'Eglise pose comme devant être crue. Mais cette notion ne s'est imposée qu'à partir du siècle des Lumières, remplaçant les expressions " articles de foi " ou " vérités de foi "

YMCA

Young Men's Christian Association, dont la branche française est l'UCJG, Union Chrétienne de Jeunes Gens

Barth, Karl (1886-1968)

Karl Barth est né à Bâle le 18 mai 1886. Il fait des études de théologie en Suisse et en Allemagne. D'abord proche de la théologie libérale, sa pensée et sa théologie vont ensuite se développer en opposition à cette pensée. Son Commentaire de l'Epître aux Romains, publié en 1922, dans lequel il insiste sur la distance entre l'homme et Dieu, manifeste ce changement radical. A partir de là, Barth va situer Dieu résolument en dehors de l'être humain, comme le " Tout Autre ". Sa Dogmatique, rédigée de 1932 à 1967, est emblématique de la théologie dialectique. Depuis toujours engagé dans la politique, proche des Socialistes religieux, puis membre du Parti social-démocrate allemand, il est conduit dans les années 30 à s'opposer aux " Chrétiens allemands " qui se soumettent à la doctrine nazie de la pureté de la race. Sous son influence, l'Eglise confessante (qui résiste à la falsification de la doctrine chrétienne par l'idéologie raciste du nazisme) organise la résistance. En 1934, c'est lui qui est le principal rédacteur de la Déclaration de Barmen qui prend ses distances vis-à-vis des autorités national-socialistes de l'Eglise du Reich. En 1935, Barth est licencié de son poste à Bonn pour avoir refusé de prêter serment à Hitler. Il est expulsé d'Allemagne, se réfugie à Bâle où il enseigne. Il retrouve son poste à Bonn en 1946/47. En 1948, il participe à la première Assemblée mondiale du Conseil Oecuménique des Eglises à Amsterdam. A la fin de sa vie, Barth collabore aux mouvements qui luttent contre la prolifération des armes atomiques. Il meurt à Bâle en 1968. Il est l'un des théologiens les plus marquants du 20e siècle

Concordat

Un concordat est un traité de droit international passé entre le Saint-Siège et un Etat. Il réglemente toutes les questions touchant aux activités et aux intérêts de l'Eglise catholique dans cet Etat. Historiquement, les concordats sont devenus nécessaires dès que le pouvoir temporel s'est distingué du pouvoir spirituel, à la fin de la chrétienté médiévale. Le 19e siècle marque une nouvelle ère concordataire, les Etats étant pour la plupart autonomes vis-à-vis de l'Eglise catholique et pour beaucoup d'entre eux laïques ou déconfessionnalisés. Le concordat de 1801 conclu entre Bonaparte et Pie VII est caractéristique de cette époque. Il est associé aux Articles organiques de 1802 qui concernent tous les cultes en France, ce qui explique l'existence d'Eglises protestantes dites " concordataires ". Il a été dénoncé par le gouvernement français en 1904 mais il subsiste en Alsace-Moselle, qui était sous autorité allemande en 1904

Dialectique, théologie

La théologie dialectique se construit dans une tension jamais résolue entre la promesse de Dieu et la faiblesse humaine. On dit de la théologie dialectique qu'elle est une théologie de la crise (étymologiquement, crise veut dire " jugement ") car la révélation de Dieu en Christ met en jugement l'humanité, qui ne peut recevoir son salut que d'un Autre qu'elle-même. La théologie dialectique s'oppose à la théologie libérale qui insiste au contraire sur la possibilité pour l'homme, par ses capacités propres, de progresser dans tous les domaines et de s'approcher de Dieu

Gounelle, Elie (1865-1950)

Né dans une famille méthodiste du Gard, Elie Gounelle fait preuve dès ses études de théologie à Montauban d'un souci d'ouverture au monde ouvrier. Après avoir rencontré le pasteur Tommy Fallot (1844-1904), il adhère au Mouvement du christianisme social. Pasteur à Alès puis à Roubaix, Gounelle ouvre en plein quartier ouvrier une Solidarité, première de toute une série, lieu d'expérimentation d'action sociale et de théologie. Il adhère à l'Union des socialistes chrétiens, aile gauche du christianisme social. Il est chargé de la direction de la revue du Mouvement : le Christianisme Social. Pendant la première guerre mondiale, il est aumônier, puis pasteur de paroisse à Saint Etienne jusqu'en 1935. Pendant cette période, il participe à la conférence oecuménique du Christianisme pratique, et met tout en oeuvre pour donner de la cohérence au Mouvement du christianisme social en France, divisé en tendances parfois divergentes. Outre de nombreux articles parus dans le Christianisme social, il écrit plusieurs ouvrages définissant la pensée sociale chrétienne. Cette pensée repose sur la notion de " salut intégral de l'humanité ", où le salut individuel ne peut se dissocier du salut social, et sur la notion de Royaume de Dieu, caché par le péché mais en devenir.

Libéral

On désigne par ce terme le courant théologique qui relativise l'importance du dogme et met en avant l'aspect existentiel et éthique de la foi. Issu de la pensée des Lumières, il insiste sur l'importance du libre examen de la raison et sur la libre adhésion du coeur. Il s'appuie sur une lecture historico-critique de la Bible. Il s'oppose à tout autoritarisme dans le domaine de la foi, au cléricalisme et au dogmatisme. En France au 19e et au début du 20e siècles, il est très proche de la Libre Pensée. Il agit dans le sens de la séparation de l'Eglise et de l'Etat et lutte pour la liberté des consciences

Monod, Wilfred (1867-1943)

Né dans une famille de pasteurs, Wilfred Monod fait des études de philosophie, puis de théologie. Il voyage beaucoup pendant ses études. Il découvre les questions sociales dans ses premières paroisses : dans le Calvados, puis à Rouen. Il obtient son doctorat en théologie en 1901, sa thèse s'intitulant : Le Royaume. Il est pasteur à l'Oratoire (Paris) en 1907, au coeur des débats entre orthodoxes et libéraux et il devient le président de l'Union dite de Jarnac. Il est titulaire de la chaire de Théologie pratique à la faculté protestante de théologie de Paris jusqu'en 1937. W.Monod est une personnalité contradictoire, piétiste mais socialiste. Pour lui, le seul christianisme authentique est à la fois spirituel et social. Sa pensée traduit la difficulté qu'il y a à tenir l'équilibre entre les exigences de la piété et celles du social. Comme pour Elie Gounelle, le Royaume de Dieu est la notion centrale qui doit commander et la réflexion théologique et l'action sociale

Orthodoxie

On désigne ainsi au 19e siècle et au début du 20e le courant théologique (opposé au courant libéral) qui anime les Eglises protestantes attachées à la doctrine telle qu'elle est confessée dans le Symbole des apôtres, la Confession de foi de La Rochelle et les Confessions successives de l'Eglise réformée, d'où le nom d'orthodoxe. La nécessité d'une rédaction nouvelle de la Confession de foi peut être reconnue, mais de toutes façons l'adhésion personnelle de chaque fidèle à la confession de foi est exigée. A l'extrême elle devient même condition de salut

Quakers

Les Quakers, ou la Société des Amis, est un mouvement religieux issu de la Réforme, très minoritaire aujourd'hui. Pour eux l'inspiration directe est l'unique canal de la grâce divine. Ce mouvement se caractérise ainsi par l'absence de structure ecclésiale, le rejet de tous les sacrements, et la place importante de la mystique. Mais cette mystique est vécue dans le monde. En effet tout acte du chrétien doit être un signe de la grâce de Dieu. Les Quakers sont des pacifistes absolus. Ils refusent d'effectuer le service militaire et de prêter serment. Malgré leur petit nombre, ils sont très connus pour l'aide qu'ils ont apportée aux victimes des deux guerres mondiales. Actuellement, ils se distinguent par leurs oeuvres sociales et leurs convictions pacifistes

COE

Conseil oecuménique des Eglises : titre officiel de l'organisme que les anglophones nomment World Council of Churches (WCC). Créé en 1948 à Amsterdam, il regroupe aujourd'hui près de 350 Eglises anglicanes, orthodoxes et protestantes, soit plus de 500 millions de chrétiens

Orthodoxe (au sens théologie)

De deux mots grecs orthos : " ce qui est droit " et doxa : " l'opinion, l'enseignement, la doctrine ". C'est l'ensemble des idées ou conceptions traditionnellement admises dans une discipline (art, science, morale...) ou une institution (parti, école, Eglise...). Le terme " orthodoxie " peut donc être traduit par " la droite doctrine ". On appelle " orthodoxie " l'ensemble des opinions, considérées comme " droites et vraies " par la fraction dominante d'une Eglise (et par extension de toute organisation) et enseignée officiellement

Réveil

Le Réveil ou les réveils désignent divers mouvements qui se sont manifestés dans le protestantisme, surtout anglo-saxon, à partir du 18e siècle et jusqu'au début du 20e siècle, qui se proposaient de " réveiller " une foi jugée " endormie ". La conversion de la personne interpellée par une prédication de type émotionnel est centrale. Les réveils se manifestèrent par des mouvements spectaculaires de conversions et un dynamisme dans le domaine de l'évangélisation. Cherchant à réveiller les Eglises existantes, ces mouvements aboutirent plusieurs fois à la formation de nouvelles Eglises

Royaume

Le mot grec utilisé dans le Nouveau Testament peut être traduit par royaume, règne ou royauté. Le Royaume de Dieu est là où Dieu règne. Ce n'est pas un lieu spécifique mais plutôt une relation particulière entre Dieu et les hommes qui se traduit dans des relations de paix, de justice et de fraternité entre les hommes. Jésus annonce qu'il est déjà présent, de manière non éclatante, comme une semence. Il est appelé à une plénitude à la fin des temps quand le Christ reviendra

Historico-critique

La lecture et l'étude historico-critiques de la Bible visent une approche rigoureuse des textes bibliques. Ainsi, elle met en oeuvre plusieurs méthodes scientifiques : la critique textuelle vise à l'établissement des textes ; la critique littéraire s'intéresse à la formation des textes et de leur origine ; la critique des formes analyse les genres littéraires, la critique de la rédaction s'intéresse à la composition des textes et aux traditions (écrites ou orales) qu'ils transmettent

Païen

La TOB a choisi de traduire le mot grec qui signifie « nation » (ethne, racine que l’on retrouve dans « ethnique ») par « païens ». Certaines traductions parlent de « gentils » du latin gens signifiant « nation ». Dans les lettres de Paul, ces mots « gentils » ou « païens » désignent tous les non juifs. Il ne faut donc pas prendre le terme « païens » dans le sens, souvent péjoratif, de non chrétien ou idolâtre.