Module La vie dans l'évangile selon Jean



Nicodème



 

Évangile selon Jean, chapitre 3 versets 1 à 18

 

 1 

Or, il y avait, parmi les pharisiens, un homme du nom de Nicodème, un des notables juifs.

 2 

Il vint, de nuit, trouver Jésus et lui dit : « Rabbi, nous savons que tu es venu comme un maître de la part de Dieu, car personne ne peut opérer les signes que tu fais si Dieu n’est pas avec lui. »

 3 

Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis : à moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. »

 4 

Nicodème lui dit : « Comment un homme pourrait-il naître s’il est vieux ? Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître ? »

 5 

Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis : « Nul, s’il ne naît d’eau et d’esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu.

 6 

Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’esprit est esprit.

 7 

Ne t’étonne pas si je t’ai dit : « Il vous faut naître d’en haut ».

 8 

Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’esprit. »

 9 

Nicodème lui dit : « Comment cela peut-il se faire ? »

 10 

Jésus lui répondit : « Tu es maître en Israël et tu n’as pas la connaissance de ces choses !

 11 

En vérité, en vérité, je te le dis : nous parlons de ce que nous savons, nous témoignons de ce que nous avons vu et pourtant vous ne recevez pas notre témoignage.

 12 

Si vous ne croyez pas lorsque je vous dis les choses de la terre, comment croiriez-vous si je vous disais les choses du ciel ?

 13 

Car nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme.

 14 

Et comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut que le Fils de l’homme soit élevé

 15 

afin que tout croyant, en lui, ait la vie éternelle.

 16 

Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle.

 17 

Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.

 18 

Qui croit en lui n’est pas jugé; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.


  • Après une première lecture, pouvez-vous tracer un portrait de Nicodème ?
  • Quelles sont vos réactions face à ce personnage ?

Cliquez sur les termes soulignés : les notices s’affichent en dessous de ce texte

 

Évangile selon Jean, chapitre 3 versets 1 à 18

 

 1 

Or, il y avait, parmi les pharisiens, un homme du nom de Nicodème, un des notables juifs.

 2 

Il vint, de nuit, trouver Jésus et lui dit : « Rabbi, nous savons que tu es venu comme un maître de la part de Dieu, car personne ne peut opérer les signes que tu fais si Dieu n’est pas avec lui. »

 3 

Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis : à moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. »

 4 

Nicodème lui dit : « Comment un homme pourrait-il naître s’il est vieux ? Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître ? »

 5 

Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis : « Nul, s’il ne naît d’eau et d’esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu.

 6 

Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’esprit est esprit.

 7 

Ne t’étonne pas si je t’ai dit : « Il vous faut naître d’en haut ».

 8 

Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’esprit. »

 9 

Nicodème lui dit : « Comment cela peut-il se faire ? »

 10 

Jésus lui répondit : « Tu es maître en Israël et tu n’as pas la connaissance de ces choses !

 11 

En vérité, en vérité, je te le dis : nous parlons de ce que nous savons, nous témoignons de ce que nous avons vu et pourtant vous ne recevez pas notre témoignage.

 12 

Si vous ne croyez pas lorsque je vous dis les choses de la terre, comment croiriez-vous si je vous disais les choses du ciel ?

 13 

Car nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme.

 14 

Et comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut que le Fils de l’homme soit élevé

 15 

afin que tout croyant, en lui, ait la vie éternelle.

 16 

Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle.

 17 

Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.

 18 

Qui croit en lui n’est pas jugé; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.


Après étude du texte, nous vous proposons une série de questions qui vous permettront d'actualiser le texte, et de faire de ce récit le vôtre
(nb : les visuels associés aux questions sont uniquement présents pour vous inspirer, mais ne constituent pas un élément de réponse)

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  • 01 Q auj 1


    1. En quoi ce dialogue entre Jésus et Nicodème peut-il être un exemple pour les Eglises aujourd'hui dans le dialogue entre les tenants de la tradition et ceux de la nouveauté ?

  • 01 Q auj 2


    2. Et dans le dialogue entre juifs et chrétiens ?

  • 01 Q auj 3


    3. Pensez-vous que l'utilisation de symboles parle dans le monde actuel ?



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Soyez acteur de votre lecture


  1. Dans ce dialogue, l’évangéliste utilise un langage symbolique. Relevez les expressions symboliques et expliquez ce qui fait sens pour vous dans le symbole choisi.
  2. En vous mettant à la place de Nicodème, comment auriez-vous réagi aux réponses données par Jésus ?
  3. Dans ce texte on relève des mots ou expressions comme « Royaume de Dieu », « Esprit », « vie éternelle » qui sont maintenant des expressions théologiques utilisées dans le christianisme, sans que l’on se pose la question de leur signification. Comment les expliqueriez-vous à une personne extérieure à cette tradition en partant du double sens, premier et symbolique, de ces mots ?

Un peu de culture...

Jésus et Nicodème

culture Jésus et Nico

 

Tableau de Crijn Hendricksz Volmarijn (1601–1645)


Nicodème associé à la mort de Jésus

culture Jésus mort


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Nicodème - [Clés de lecture]

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Cette rencontre de Jésus avec Nicodème se trouve au début de l’évangile selon Jean. Le fait de connaître le nom de cet homme montre son importance. Les deux indications qui qualifient Nicodème, pharisien et notable juif, permettent de dire qu’il est une personne publique et influente de Jérusalem. Comme pharisien, il connait la loi juive et fait partie du conseil qui a autorité pour l’interprétation et l’application de cette loi. Nicodème, dont le nom grec signifie soit « Peuple vainqueur », soit « Vainqueur du peuple » est ainsi au carrefour de la culture grecque et de la culture juive. Mais comme toutes les personnes importantes de l’évangile selon Jean, il représente plus que lui-même. Il personnifie l’élite intellectuelle et religieuse juive, et parmi cette élite ceux qui sont sensibles à la prédication de Jésus, bienveillants à son égard. Il caractérise une manière d’être disciple, discret et courageux, fidèle à la foi traditionnelle et ouvert à la nouveauté qu’amène Jésus. La rencontre entre Jésus et Nicodème est le premier tête à tête que rapporte cet évangile.Cette première rencontre éveille la curiosité du lecteur sur l’identité de Jésus, curiosité qui est maintenue à la fin du récit car la rencontre ne se termine pas de manière nette. Nicodème s’efface de la scène sans que l’on sache s’il a mieux compris qui est Jésus et si cette rencontre provoquera un changement dans sa vie. C’est une manière d’écrire l’Évangile qui garde en haleine l’attention du lecteur. Comprendre qui est Jésus prend du temps, le temps de lire tout un évangile !

La nuit - [Clés de lecture]

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Nicodème, ce savant, ce spécialiste de la loi juive, prend l’initiative de la rencontre avec Jésus mais rien n’est dit quant à ses motivations. Il choisit une heure calme et silencieuse pour rencontrer Jésus. Ainsi cette visite restera-t-elle secrète. Cela confère une note de vraisemblance au récit : il est probable qu’un notable juif ait préféré rencontrer Jésus incognito, alors que la ville de Jérusalem est remplie de pèlerins venus pour la fête de la Pâque juive. Et Jésus s’est déjà fait remarquer en chassant les marchands du temple, ce qui n’a pas été du goût des autorités juives (Jean 2,13-22). La nuit, selon cet évangile qui aime le langage symbolique, représente aussi la part obscure et ignorante que chacun a en soi. Nicodème le savant va se confronter à la limite de son savoir. Il vient vers Jésus avec une certaine idée de son identité et de son rôle : un envoyé de Dieu qui opère des actes miraculeux. Mais la suite de l’échange avec Jésus lui montrera son ignorance et l’emmènera loin de ses certitudes.

Les signes - [Clés de lecture]

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Nicodème ne vient pas vers Jésus avec une question, ni même avec une parole personnelle. Il exprime l’opinion que les pharisiens ont de Jésus : « nous savons… ». Et ce sont les signes, autrement dit les miracles, faits par Jésus qui éveillent la curiosité de Nicodème. Il a vu les signes ; sa connaissance des Écritures lui permet de voir la main de Dieu derrière ces signes. Mais il ne s’arrête pas à ces faits miraculeux. Il veut rencontrer Jésus. Il est impressionné par son pouvoir et veut en savoir plus sur celui qu’il reconnaît comme étant un envoyé de Dieu. Nicodème commence l’entretien en soulignant le savoir et le pouvoir de Jésus. Il salue en Jésus un faiseur de miracles, que l’on appelle aussi thaumaturge, et aussi un spécialiste de la Loi. C’est pour cela qu’il le nomme « Rabbi », terme hébreu pour « Maître ». Mais il pressent que Jésus n’est pas un maître comme les autres. Il lui reconnaît une autorité particulière, fondée dans sa relation à Dieu.

Naître d’en haut - [Clés de lecture]

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Jésus introduit sa réponse par l’affirmation solennelle : « en vérité, en vérité, je te le dis », ce qui est une façon d’insister sur l’importance de sa parole. Nicodème a reconnu en lui un « maître qui vient de Dieu » et Jésus donne à sa parole le poids d’une révélation divine. Il pose d’abord la condition « naître d’en haut » avant de dire que sans cette condition, personne n’a accès à la connaissance de Dieu. Il prend au dépourvu Nicodème qui vient avec tout son savoir sur Dieu. Le discours change de perspective : non plus les faits observables mais ce qui touche à l’existence, non plus les déductions raisonnables mais le langage imagé. Ce changement de registre va être source de malentendus pour Nicodème. Jésus associe la naissance, ce sur quoi l’être humain n’a aucune prise, à la possibilité de voir la présence de Dieu. Or, Nicodème soulève avec justesse qu’on ne peut retourner à la vie utérine, à l’origine, ni physiquement ni même en faisant appel aux souvenirs. Le malentendu réside là dans le double sens du mot « d’en haut » qui, en grec, signifie aussi « de nouveau ». Nicodème comprend « naître de nouveau » pris dans un sens physiologique sans passer au sens symbolique. Mais en même temps il met bien le doigt sur le fait que cette nouvelle naissance est un don. Le texte joue sur ce double sens pour dire que l’existence de toute personne n’est pas jouée définitivement à la naissance. Dieu peut donner une autre origine à notre vie et un nouveau départ.

Le malentendu dans l’évangile selon Jean - [Clés de lecture]

01 jean cl4bis  le malentendu

Le malentendu est un procédé employé fréquemment dans l’évangile selon Jean. L’évangéliste rapporte des dialogues initiés par une parole de Jésus qui peut être entendue de différentes façons. Le malentendu nait du décalage entre ce qu’entend l’interlocuteur de Jésus et le message que l’évangéliste met dans la bouche de Jésus. Le malentendu peut être une impasse, le vis-à-vis de Jésus restant embourbé dans son incompréhension (Jean 2,19 ; Jean 11,11). Ou bien le plus souvent, comme dans ce texte, le malentendu permet de rendre possible une démarche de compréhension. Nicodème relance le dialogue en posant une nouvelle question. Ses interrogations témoignent de sa perplexité et de son souci de comprendre ce que Jésus dit. Par ce jeu de questions/réponses, le lecteur est intégré dans la conversation. Contrairement à la personne qui fait face à Jésus dans le récit, il perçoit le décalage ou le changement de registre. Il peut alors se questionner sur sa propre compréhension des mots employés par Jésus. Ces dialogues avec malentendus permettent au lecteur de s’interroger sur sa façon d’exprimer la foi en Jésus Christ.

Le Royaume de Dieu - [Clés de lecture]

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Nicodème vient s’assurer qu’il a bien vu la puissance de Dieu à l’œuvre dans les actes de Jésus. Jésus lui répond que la naissance d’en haut est la condition nécessaire pour « voir le royaume de Dieu ». L’expression « Royaume de Dieu » est une image qui symbolise la proximité de Dieu dans le monde. Dans l’évangile selon Jean c’est la seule et unique fois où cette expression apparaît. Et c’est la seule fois dans les évangiles où il est question de « voir » le Royaume de Dieu (entrer dans le Royaume est plus fréquent). Ici l’accent est mis sur le fait que ce Royaume est vu et qu’on y entre à condition de naître d’en haut, de naître d’eau et d’Esprit. Nicodème est encore une fois décentré. Il a vu des signes ; il y a lu la puissance de Dieu mais pas plus. Jésus l’invite à voir plus et même à entrer dans cet espace de proximité avec Dieu. Et le fait que Nicodème interroge Jésus sur comment faire pour « voir le Royaume de Dieu » montre bien que le Royaume est une de ses attentes.

Naître d’eau et d’esprit - [Clés de lecture]

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Dans la réponse de Jésus à Nicodème, l’évangéliste développe l’image de la naissance en utilisant un langage symbolique. En parlant de « naître d’eau et d’esprit » on pourrait presque dire qu’il joue sur les mots. En effet, en grec, le même mot désigne le souffle, la respiration, et le vent. De ces sens concrets découlent le sens abstrait de souffle de vie, d’où l’esprit humain, et le sens religieux d’esprit divin qui insuffle la vie à l’être humain. Au début et à la fin du verset 8 se trouve le même mot grec, traduit ici en français au début par « esprit » et à la fin par « vent ». La personne née de l’esprit est comparée au vent libre et imprévisible que l’on ne voit pas, mais que l’on entend. La vie de la personne née de l’esprit trouve sa source en Dieu, au-delà de tout savoir humain.Ainsi au début du dialogue, Nicodème voulait en savoir plus sur la relation entre Jésus et Dieu. La réponse de Jésus porte sur la relation que Dieu tisse avec toute personne. Mais cette proximité avec Dieu reste incompréhensible pour Nicodème. Il veut des explications et pose encore la question du « comment » : « comment toutes ces choses peuvent-elles advenir ? ». Question immense dans son imprécision qui laisse voir son désarroi et amène ainsi le lecteur à remettre en cause tout ce qu’il croit déjà savoir.

Du souffle créateur au baptême - [Clés de lecture]

Pour les lecteurs de l’évangile selon Jean au premier siècle comme pour le lecteur d’aujourd’hui, l’expression « naître d’eau et d’esprit » évoque le baptême.

Dans le cadre du dialogue entre Nicodème et Jésus, la double signification de l’expression « naître d’en haut » ou « naître de nouveau » (versets 3 et 7) va résonner avec « naître d’eau et d’esprit ». Le malentendu est alors fécond : la seconde naissance envisagée par Nicodème au verset 4 va s’appliquer au baptême. Cette seconde naissance vient rappeler que l’existence de chaque personne dépend aussi de Dieu. La distinction entre chair et esprit qui est faite au verset 6 est une autre manière de symboliser les deux origines de l’être humain. Distinguer ne signifie pas opposer. Chair et esprit sont, dans la langue de la Bible, comme les deux versants de la condition humaine. L’être humain est mortel, limité, vulnérable, capable de faire le mal. C’est sa part charnelle. L’esprit, c’est le souffle de Dieu porteur de vie : « je mettrai mon souffle en vous pour que vous viviez. » (Ézéchiel 37,14). L’image de la naissance « d’eau et d’esprit » permet à l’évangéliste de souligner la nouveauté qui est signifiée dans le baptême. Il est le signe d’une vie toujours renouvelée donnée par Dieu sans contrepartie. Cette nouvelle relation à Dieu ouvre la conscience du croyant sur sa propre identité et sa place dans le monde. Cette possibilité de nouvelle naissance relativise tous les déterminismes liés aux conditions de la naissance.

Tu es maître en Israël - [Clés de lecture]

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Le dialogue entre Jésus et Nicodème se termine sur une note ironique. A la question de Nicodème qui veut en savoir plus sur la naissance d’eau et d’esprit, Jésus répond en mettant en évidence qu’un maître tel que Nicodème ne sait donc pas tout. Un maître en Israël, au sens d’enseignant, est un spécialiste de la Loi (ou Torah). Il a le souci de conformer sa vie aux préceptes édictés dans cette loi donnée par Dieu. Il est reconnu comme une autorité et les débats auxquels il prend part et les décisions qui en résultent constituent la loi orale. Nicodème est donc rompu aux discussions portant sur l’interprétation des textes. Jésus précise même que Nicodème est « le » maître en Israël, l’enseignant d’Israël, article qui a disparu dans les traductions en français. Or, par cet article, le ton change : la parole de Jésus est teintée d’ironie. Nicodème avait qualifié Jésus de « maître venant de Dieu ». Jésus appelle Nicodème « le maître d’Israël ». Le maître, personnifié en Nicodème, peut enseigner Israël mais il est incapable de comprendre ce dont parle Jésus. On trouve ici une critique du savoir doctoral des pharisiens qui fait passer à côté de l’évènement Jésus Christ.

Recevoir le témoignage - [Clés de lecture]

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Le dialogue avec Nicodème se clôt sur une deuxième affirmation solennelle de Jésus : « En vérité, en vérité, je te le dis ». A partir de là, il y a un changement de ton dans le dialogue. Le cercle des participants est maintenant élargi. Jésus associe d’autres personnes à son acte de témoignage : « nous témoignons ». Qui sont-elles ? D’abord Jésus, puis le cercle des disciples et enfin ceux qui ont reçu le témoignage des disciples, comme l’évangéliste, et qui témoignent à leur tour. Quel est ce témoignage ? Ce qui a été vu, les signes opérés par Jésus, mais aussi ce qui sera « vu » et « cru », après la croix et la résurrection, avec la venue de l’Esprit. Ainsi l’évangile dans sa totalité se présente comme un témoignage. Dans ce texte, il est dit que ce témoignage n’est pas reçu par tous. L’évangéliste met ainsi en évidence le fait que la réception du témoignage ne tient pas à son contenu, mais aux conditions dans lesquelles il est entendu. Ce témoignage ne peut être reçu que si l’on a foi en celui qui témoigne. Or maintenant, les paroles mises dans la bouche de Jésus sont destinées non plus seulement à Nicodème mais à un ensemble de personnes. Dans le cadre du dialogue, il s’agit de Nicodème et ses semblables. Mais ces paroles sont aussi adressées à tous les lecteurs. Chacun est alors placé devant le choix de recevoir ou non le témoignage. Le lecteur est ainsi mis en condition d’écoute pour la suite du discours.

Croire en une autre réalité - [Clés de lecture]

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Le verset 12 est le dernier du dialogue. Une dernière fois Jésus parle en son nom propre. Ces paroles servent de transition pour une nouvelle étape dans le discours. A partir du verset 13 celui-ci devient impersonnel. C’est l’évangéliste qui tire les conclusions du dialogue qu’il a rapporté précédemment. Un autre vocabulaire émerge pour mettre en mots et faire comprendre la relation qui existe entre Dieu et Jésus et les conséquences que cela a pour l’humanité. Les « choses terrestres » se rapportent au début du dialogue et concernent le passage de la vie ancienne à la vie nouvelle, autrement dit le salut de l’être humain. Ceux qui ne croient pas en la possibilité d’une nouvelle naissance, d’une vie nouvelle, sont tous ceux qui s’estiment justes devant Dieu, ou qui n’ont pas besoin de Dieu. Ceux-là ne peuvent pas croire à ce qui va être dit ensuite : « les choses du ciel », qui sont la réponse à la question de Nicodème « comment est-ce possible ? ». La foi naît d’un manque, d’un désir qui conduit à questionner sans cesse et à se remettre en question.

Le Fils de l’homme - [Clés de lecture]

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Pour la deuxième fois dans l’évangile selon Jean, il est question du « Fils de l’homme ». Comme dans les évangiles synoptiques, ce titre est mis dans la bouche de Jésus quand il parle de lui. Il parle alors de sa mission et de sa relation à Dieu à la troisième personne. C’est à l’interlocuteur et au lecteur de l’évangile d’identifier Jésus au Fils de l’homme. Cette figure est dans la tradition juive une figure de la fin des temps. Le Fils de l’homme annonce le jour du jugement du monde par Dieu et de la révélation définitive. Si Jésus est le Fils de l’homme, alors ses paroles et ses actes permettent d’ « ouvrir » le ciel (Jean 1,51) c’est-à-dire de révéler ce que Dieu veut pour le monde. L’évangéliste dit ici que le Fils de l’homme descend du ciel, ce qui signifie qu’il est proche de Dieu, le ciel définissant symboliquement le lieu de la présence de Dieu. Jésus, le Fils de l’homme est le médiateur entre le ciel et la terre, l’envoyé de Dieu.

L’élévation du Fils de l’homme - [Clés de lecture]

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En ce tout début de l’évangile, les propos de Jésus restent encore très énigmatiques. Il compare l’élévation du Fils de l’homme au serpent d’airain dressé au désert par Moïse (Nombres 21,4-9). Dans cet épisode les israélites malades qui regardent le serpent d’airain fixé sur une poutre sont guéris. Ce serpent est un signe et non un objet magique. Seul un regard de foi, de confiance en Dieu à travers Moïse, donne la guérison. Ce récit est bien connu de Nicodème et ses contemporains. Par contre, le destin du Fils de l’homme élevé sur une poutre en bois n’a aucune signification pour eux puisque le Fils de l’homme est une figure divine de la fin des temps. Le lecteur de l’évangile, lui, peut y lire l’annonce de la mort de Jésus, d’autant plus que l’évangéliste a déjà anticipé sur ce destin précédemment (Jean 2,19-22). Ici l’image de l’élévation permet de donner un sens à la mort de Jésus sur la croix. Tout comme le serpent dressé était le lieu du salut pour le peuple d’Israël empoisonné par le venin, ainsi la mort de Jésus sur la croix est-elle paradoxalement l’évènement décisif du salut. La mort de Jésus comme élévation ou glorification est une caractéristique de l’évangile selon Jean. La crucifixion, supplice infamant, est interprétée comme un sujet de gloire, un retour au Père, ce qui ne va pas sans questionnements. L’évangile selon Jean se donne pour but d’interpréter théologiquement cet évènement paradoxal de la croix.

La vie éternelle - [Clés de lecture]

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La comparaison avec le signe du serpent d’airain prend tout son sens ici. Tout comme le regard de la foi rendait la vie aux Israélites, ainsi toute personne pour qui Jésus crucifié (élevé sur la croix) est victorieux de la mort (élevé vers le Père) reçoit la vie éternelle. Cette vie éternelle est donnée à toute personne qui appartient à Christ parce que Jésus est l’envoyé du Père qui apporte la vie dans le monde. La vie éternelle désigne le passage à une existence nouvelle, existence qui ne s’achèvera pas avec la mort. Cette possibilité de vie nouvelle est donnée à l’instant de la rencontre avec la présence de Dieu incarnée en Jésus Christ. Elle est offerte sans condition à quiconque croit en cet évènement de l’incarnation.

L’amour de Dieu pour le monde - [Clés de lecture]

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A partir du verset 16 et jusqu’à la fin de ce passage au verset 21, le ton change à nouveau. Il s’agit du commentaire théologique de l’évangéliste qui expose le fondement de l’évènement paradoxal décrit dans les versets 14-15. C’est l’expression de l’amour de Dieu pour le monde qui conduit au don de la vie éternelle. L’évangéliste introduit la dénomination « Fils unique de Dieu » pour désigner Jésus, expression qui lui est propre. Le fils unique est de fait le fils bien aimé, le bien le plus précieux. En donnant ce qu’il a de plus cher, Dieu veut se révéler comme un Dieu qui s’offre au monde dans un acte d’amour illimité. L’amour de Dieu a une portée universelle, et le Fils a été envoyé pour sauver le monde. L’amour de Dieu n’est pas un sentiment, une empathie, mais bien un acte créateur qui culmine dans le don du Fils. Comme dans le verset précédent, la réponse à ce don pour le monde, pour tous, ne peut être qu’individuelle. Et la seule réponse possible pour recevoir la vie (être sauvé) est de croire en ce don du Fils de Dieu et de l’accepter. Autrement dit de confesser qu’en Jésus Christ, Dieu est présent et son amour agissant.

Jugement et salut - [Clés de lecture]

Après avoir parlé du salut individuel, recevoir la vie éternelle, l’évangéliste envisage les conséquences de l’envoi du Fils pour le monde. Dire que le Fils est l’envoyé de Dieu signifie qu’il est son représentant dans le monde, qu’il révèle son visage. Or ce visage est celui d’un Dieu qui sauve et non pas d’ un Dieu qui juge. Le monde s’est détourné de Dieu (Jean 1,10), mais Dieu reste présent. Le Fils révèle au monde que Dieu est un Dieu qui veut renouveler la vie sans cesse abimée ou détruite. En Jésus Christ, Dieu n’est pas du côté de la mort et de la condamnation mais du côté de la vie.

En donnant à Jésus à la fois les noms de « Fils de l’homme » et de « Fils unique », l’évangéliste signifie que la fin des temps advient avec la venue de Jésus dans le monde. Il n’y a pas à attendre le salut dans un futur inconnu.L’évangéliste met en relief ensuite cette priorité du salut sur la condamnation en opposant deux attitudes humaines. Celui qui ne croit pas est déjà jugé parce qu’en refusant de croire au Fils il s’enferme dans sa perdition. Le jugement relève donc de la responsabilité de l’être humain. Le croyant est sauvé, préservé du jugement et le non-croyant s’est jugé lui-même dans son refus de croire.

Venir à la lumière - [Clés de lecture]

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Comment la personne qui ne croit pas en Jésus Christ se soumet-elle elle-même au jugement ? Pour expliquer cela l’évangéliste recours à l’opposition entre lumière et ténèbres à la fin de ce discours. La venue du Fils, et donc le jour du jugement, est ici symbolisée (comme dans le prologue) par la venue de la lumière. A l’amour du Père pour le monde, répond l’amour de l’humanité pour les ténèbres : « les humains aimèrent plus les ténèbres que la lumière » (Jean 3,19). Rester dans les ténèbres signifie pour l’individu vivre dans un monde sans Dieu, à l’abri de tout jugement de vérité sur sa vie et sa conduite. Les « œuvres mauvaises » s’opposent aux « œuvres de vérité ». Il n’y a donc pas ici constat de déficience morale mais un refus de se confronter à l’Autre, un refus d’être au bénéfice de l’amour inconditionnel de Dieu. Au contraire, mises en pleine lumière les « œuvres de vérité » se révèlent être des œuvres qui ont leur origine en Dieu, faites par celui/celle qui est né/e d’en haut.

L’évangile selon Jean - [Contexte]

L’évangile selon Jean, le quatrième évangile, est tout à fait original par rapport aux évangiles dits synoptiques, Matthieu, Marc et Luc. Il ne suit pas la même trame chronologique du ministère public de Jésus et rapporte peu de paroles et gestes en commun avec les évangiles synoptiques. Il se présente comme un livre rapportant les paroles prononcées et les signes opérés par Jésus. Ce livre est destiné à une communauté qui confesse sa foi dans le Prologue : « personne n’a jamais vu Dieu ; Dieu Fils unique qui est dans le sein du Père nous l’a dévoilé. » (Jean 1,18). Cet évangile se donne pour but d’affermir la foi de cette communauté qui trouve son identité dans l’affirmation qu’en Jésus Christ Dieu s’est totalement donné et dit. On appelle cette communauté la communauté johannique.

L’évangile selon Jean se caractérise par un langage original. En dehors d’un vocabulaire spécifique, le trait essentiel est l’utilisation d’un langage symbolique. Il s’agit souvent de couples de termes opposés, comme lumière/ténèbres, vie/mort… Cela permet à l’auteur d’exprimer sa vision dualiste de la réalité. Les titres donnés à Jésus sont nouveaux par rapport aux évangiles synoptiques : le Fils, l’envoyé du Père. Le Fils se présente dans des affirmations introduites par « je suis » suivies généralement d’images symboliques. La mort et la résurrection de Jésus sont présentées comme un seul évènement. Il est dit que Jésus est « élevé » ou « glorifié ». Le salut se dit aussi avec des images nouvelles. Se présentant délibérément comme un écrit qui part de la foi d’après Pâques, de la foi en Jésus glorifié, l’évangile selon Jean est écrit dans un style spécifique. Le temps du récit n’est jamais le même que celui de l’écriture et il y a souvent des anticipations qui expliquent une situation du récit par ce qui est advenu après. Il utilise aussi le malentendu et l’ironie, le lecteur étant toujours supposé en savoir plus que le personnage du récit. Les séquences sont toujours très longues et représentent un lent cheminement de la pensée. Cela rend d’autant plus problématiques les affirmations théologiques faites à partir de sélections de versets pris hors de leur contexte.

Jésus à Jérusalem - [Contexte]

Dans l’évangile selon Jean, Jésus se rend plusieurs fois à Jérusalem alors que dans les évangiles synoptiques il monte à Jérusalem pour la Passion. Il ne faut pas s’en étonner. En effet, les évangiles sont des constructions théologiques et les évènements historiques vécus par Jésus et ses disciples sont rapportés en fonction du sens de l’ensemble de l’ouvrage. Dans l’évangile selon Jean, le ministère de Jésus est marqué par ses séjours à Jérusalem lors des grandes fêtes juives : la Pâque (Jean 2,13-3,21), une fête (Jean 5), la fête des tentes (Jean 7,1-10,21), la fête de la Dédicace (Jean 10,22-39), la Pâque (Jean 12,12-20,29). Les scènes qui se passent à Jérusalem montrent l’opposition et l’hostilité grandissantes des autorités juives vis-à-vis de Jésus.

Le devenir de Nicodème dans l’évangile selon Jean - [Contexte]

On croise de nouveau Nicodème dans l’évangile de Jean à deux reprises. Il n’est plus en présence de Jésus mais il intervient à son sujet et ses paroles et ses actes nous montrent que Jésus est resté présent dans sa vie après leur première rencontre. Lors de la fête des tentes à Jérusalem, les grands prêtres et pharisiens sont réunis en conseil. Ils veulent arrêter Jésus parce que dans la foule certains voient en lui le Messie, ce qu’eux, représentant les autorités, ne peuvent admettre. Nicodème prend sa défense et demande que Jésus ait le droit de répondre aux accusations, comme le veut la loi juive. C’est une prise de position courageuse parce qu’il s’oppose à la décision des autorités juives dont il fait partie. Il met en doute leur capacité à interpréter correctement la loi juive et les Ecritures. Au contraire il fait confiance à Jésus pour qu’il révèle si oui ou non il est le Messie. Après la crucifixion et la mort de Jésus, Nicodème se joint à Joseph d’Arimathée pour ensevelir le corps de Jésus. Il ne se préoccupe pas de contrevenir aux ordres des autorités romaines ni d’affronter l’hostilité des autorités juives. Il apporte une fortune en parfum pour oindre le corps du crucifié avant sa mise au tombeau. Ce geste va au-delà des simples honneurs rendus à l’homme qu’a été Jésus. Nicodème glorifie le corps de Jésus plus encore qu’on le ferait pour le corps d’un roi. Ce geste révèle l’attente implicite de Nicodème : cette mort sur la croix est-elle vraiment le dernier mot de Dieu prononcé sur la vie de Jésus ?

Rencontres personnelles avec Jésus - [Contexte]

L’évangile selon Jean est jalonné de rencontres entre Jésus et des personnes avec lesquelles il engage un dialogue. Parmi celles mises plus particulièrement en valeur, il y a la Samaritaine (Jean 4), la femme adultère (Jean 8, 1-11), l’aveugle-né guéri par Jésus (Jean 9), Marthe et Marie (Jean 11,17-29).

Chacune de ces rencontres est l’occasion, pour l’auteur de cet évangile, de développer un trait de l’identité de Jésus ou un élément de sa mission. Certaines rencontres ouvrent à des échanges où Jésus révèle son identité : avec Nicodème comme avec la Samaritaine (Jean 4,26), avec l’aveugle-né (Jean 9,36-37) ou avec Marthe (11, 21-27).On ne sait rien de ces personnes en dehors de leur dialogue avec Jésus. Par le biais de ces dialogues l’évangéliste montre l’importance de la rencontre personnelle avec Jésus sur le chemin de la foi. Le message et le messager se confondent. La foi ne naît pas par l’apprentissage d’un savoir mais dans l’expérience d’une rencontre avec celui qui donne la vie.

Lumière et ténèbres - [Contexte]

L’évangile selon Jean présente une réalité coupée en deux et exprime cela en utilisant des oppositions symboliques, lumière/ténèbres étant une des plus fondamentales. La lumière est la vie (Jean 1,4-5), et à l’inverse la nuit est le symbole du monde qui se détourne de Dieu. Ainsi il fait nuit quand Judas s’apprête à trahir Jésus (Jean 13,30). Autre exemple : les êtres humains restent dans les ténèbres pour ne pas connaître la vérité sur leurs œuvres mauvaises (Jean 3,19). La foi consiste donc à aller des ténèbres à la lumière, c’est ce qu’entreprend Nicodème en s’approchant de Jésus, « lumière du monde » (Jean 8,12). C’est aussi ce que fait tout lecteur qui se plonge dans les évangiles.

Usage du mot signe dans l’évangile selon Jean - [Contexte]

Dans de nombreuses versions françaises du texte biblique, le mot « signe » est traduit par « miracle » ou « prodige ». Pourtant le mot grec choisi par l’auteur de l’évangile signifie bien «signe». Dans les autres évangiles, le mot grec qui signifie « puissance» est utilisé pour parler des miracles. L’accent est alors mis sur la puissance de Dieu qui se manifeste dans les actes extraordinaires de Jésus. Le prodige, manifestation de puissance, se suffit à lui-même. Par contre le signe renvoie à quelque chose ou quelqu’un au-delà de lui. En utilisant le mot « signe », cet évangile choisit de façon délibérée de ne pas porter son intérêt sur l’aspect incroyable des actions de Jésus. Il veut mettre en évidence que les actes de Jésus font signe. Ils appellent à voir au-delà des faits, à dépasser l’évènement pour trouver son sens véritable. Cela passe par la parole, et le signe invite à entrer en communication. Jésus répond à l’attente des personnes qui croient que la présence de Dieu change quelque chose dans leur vie. Mais il se méfie de ceux qui ne se tournent vers lui que parce qu’ils voient en lui un faiseur de miracles (Jean 2,23-25). Voir la puissance de Dieu à l’œuvre dans les miracles doit conduire à croire en sa présence aimante et agissante dans le monde malgré le mal et la mort.

Les principaux signes de Jésus selon Jean - [Contexte]

L’Evangile selon Jean rapporte sept signes de Jésus, chacun déployant une dimension de la mission de Jésus. Le signe de Cana où l’eau est changée en vin, est le signe de la vie abondante en Dieu (Jean 2,1-11). La guérison du fils de l’officier royal est le signe de la vie donnée et redonnée par Dieu (Jean 4,43-54). La guérison du paralysé de Bethzatha est le signe de la dignité d’une vie devant Dieu (Jean 5,1-18). La multiplication des pains est le signe d’une vie rassasiée par Dieu (Jean 6,1-14). La marche sur la mer est le signe de la maîtrise de Jésus sur les forces de la nature, maîtrise confiée par Dieu (Jean 6,16-21). La guérison de l’aveugle-né révèle que Jésus est la lumière du monde (Jean 9). La guérison du fils de l’officier royal, celle du paralysé et celle de l’aveugle-né sont les trois signes effectués à Jérusalem. Ils suscitent tous les trois l’hostilité grandissante des autorités juives vis-à-vis de Jésus. Le dernier signe, le relèvement de Lazare, est à la fois le plus spectaculaire et le plus ambivalent. Il provoquera la décision de faire périr Jésus (Jean 11).

Les prises de parole de Jésus dans l’évangile selon Jean Dans l’évangile selon Jean, les paroles de Jésus sont souvent introduites (25 fois) par la formule « en vérité, en vérité, (ou amen, amen) je vous le dis ». Dans la tradition juive, « amen » est un répons qui marque l’approbation. Dans l’évangile de Jean, et aussi dans la tradition synoptique*, cette formulation solennelle est toujours mise dans la bouche de Jésus. Elle porte à la fois sur le locuteur, Jésus, et sur les paroles qu’il va dire. Les paroles ainsi introduites sont des révélations divines parce que c’est Jésus qui les prononce. Mais cela ne veut pas dire que le lecteur doive sacraliser ces paroles ainsi introduites. L’évangéliste les présente bien comme un témoignage à recevoir et à interpréter.

Naître et vivre - [Contexte]

Dans l’évangile selon Jean, le thème de la naissance est très présent et traité de manière nouvelle par rapport au reste de la Bible. A l’image de la relation qui le lie à Jésus Christ, son Fils, Dieu le Père, appelle toute personne à devenir son enfant. Ainsi dans le Prologue de l’évangile, celles et ceux qui ont accueilli le Verbe fait chair (Jésus) « ne sont pas nés du sang ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme mais de Dieu » Jean 1,12. Le salut de l’être humain est ainsi exprimé par le don d’une vie nouvelle. Cette nouvelle naissance est offerte à toute personne, quelle que soit son appartenance religieuse. Elle permet de relativiser les assignations imposées par la naissance dans un temps, un lieu et une société donnés. L’auteur de l’évangile rapporte ainsi plusieurs rencontres avec Jésus qui ouvrent à un changement radical pour celui qui naît en Dieu.

Le Royaume/Règne de Dieu dans la Bible - [Contexte]

Un des titres de Dieu dans l’Ancien Testament est d’être le roi de son peuple, Roi des rois, le roi du monde (1 Samuel 12,12 ; Ésaïe 6,5 ; Jérémie 10,7 ; Psaume 24). Cette souveraineté est toujours envisagée dans le sens dynamique d’exercice du pouvoir : Dieu règne. Mais on n’y trouve jamais l’expression « royaume/règne de Dieu » alors qu’elle est très fréquente dans les évangiles synoptiques pour exprimer la dynamique du salut. Le mot grec utilisé peut se traduire soit par « royaume », soit par « règne ». L’expression « royaume de Dieu ou des cieux » souligne la dimension spatiale. Le mot « règne » fait ressortir le dynamisme de l’exercice de la royauté.

Dans les évangiles synoptiques, la prédication de Jésus consiste à annoncer que le Royaume s’est rendu proche (Matthieu 4,17). Les paraboles de Jésus racontent à quoi ressemble cette présence de Dieu porteuse de salut (Matthieu 13, 24-33 ; Marc 4, 26-31). La prière que Jésus laisse à ses disciples invoque aussi la venue du Règne de son Père (Luc 11,2). Jusqu’au bout des évangiles, le thème de la royauté sera présent et source de malentendus ou d’incompréhension, puisque le motif de la condamnation de Jésus est d’être Roi des Juifs (Matthieu 27,37). Dans l’évangile selon Jean l’accent est mis sur la révélation en Jésus Christ de Dieu comme Père. Le thème du Royaume est donc inexistant. Toutefois, ce thème revient dans le face à face entre Jésus et Pilate. A la différence des évangiles synoptiques, Jésus est explicite au sujet de sa royauté et répond à Pilate qu’elle « n’est pas de ce monde. » (Jean 18, 36-38).

L’Esprit dans l’évangile selon Jean - [Contexte]

L’Esprit de Dieu, le souffle de Dieu est dans la Bible la manière symbolique de parler de la présence de Dieu parmi les hommes. Dans l’évangile selon Jean, l’esprit est le concept qui exprime symboliquement ce qui vient d’en-haut, ce qui vient du Père et ce qui détermine l’existence nouvelle du croyant en opposition au monde. Dans l’évangile selon Jean, l’esprit dans le sens d’Esprit divin est toujours en lien avec Jésus. Jésus est l’envoyé de Dieu qui a reçu l’Esprit et manifeste sa volonté d’après le témoignage de Jean le Baptiste. Le Saint Esprit n’est envoyé qu’après la mort et la résurrection de Jésus, comme il en fait la promesse à ses disciples. Il est appelé « paraclet », que l’on peut traduire par avocat ou intercesseur. Dans ce temps d’après Pâques, l’Esprit témoigne de la présence de Dieu parmi les hommes. Il permet aux croyants de rester en lien avec Jésus et de relire tout ce que Jésus a dit et fait en tant qu’envoyé de Dieu. L’évangile selon Jean est écrit selon ce principe. L’évangéliste se place délibérément dans le temps d’après Pâques, après la mort et la résurrection du Christ, comme témoin avec d’autres de la révélation de Dieu en Jésus Christ. Cet évènement passé est rendu actuel par l’action de l’Esprit. L’Esprit agit pour les rédacteurs de ces témoignages comme après il agit pour les destinataires et lecteurs de l’évangile.

Le baptême dans les évangiles - [Contexte]

Les évangiles parlent du baptême de repentance prêché par Jean le Baptiste. Le baptême chrétien, inscrit dans la continuité du baptême de repentance, prend un sens complètement différent pour les disciples de Jésus après sa résurrection. Même si Jésus a pu commencer son ministère dans le sillage des mouvements baptistes, les évangélistes vont insister sur la rupture essentielle entre la prédication de Jean le Baptiste et la mission de Jésus. Les trois évangiles synoptiques décrivent le baptême de Jésus par Jean le Baptiste. Ce geste est accompagné d’une manifestation de Dieu qui révèle l’identité de Jésus, le Fils bien-aimé (Matthieu 3,17). Dans l’évangile selon Jean il n’y a pas de récit du baptême de Jésus. Jean le Baptiste témoigne que Jésus est le Fils de Dieu parce qu’il a vu et entendu cette révélation. Dans son témoignage, il fait la distinction entre son baptême, qui est un baptême d’eau, alors que Jésus est celui qui « baptise dans l’Esprit saint » (Jean 1,29-34). Ainsi l’évangéliste fait bien ressortir la spécificité du baptême chrétien pratiqué dans les communautés. Ce baptême est le geste symbolique de la nouvelle naissance selon l’Esprit, et le signe de la foi en Jésus Christ, l’envoyé du Père.

Le témoignage dans l’évangile selon Jean - [Contexte]

Le témoignage est un concept très important dans l’évangile selon Jean. L’évangile lui-même se présente comme le témoignage des signes faits par Jésus, signes étant eux-mêmes la révélation de la proximité de Dieu en Jésus (Jean 19,35-37 ; 20,30-31 ; 21,24). Il s’agit d’un emboîtement de témoignages. Le premier témoignage dans l’évangile est celui de Jean le Baptiste (Jean 1,29-34). Il est celui qui a été envoyé par Dieu pour témoigner que Jésus est le Christ attendu. Ce témoignage est fait au tout début de l’évangile et ensuite Jean Baptiste s’efface pour laisser la place au témoignage de Jésus. Ce sont les œuvres de Jésus qui lui rendent témoignage, et non pas les hommes. Elles lui ont été données par son Père et de ce fait témoignent qu’il est l’envoyé de son Père. Son Père lui-même lui rend témoignage en ce qu’il se révèle en lui. Enfin les Ecritures (qui désignent ici l’Ancien Testament) témoignent aussi de cet envoi par le Père.

Il est important de noter que le témoignage est celui de l’envoi par le « Père » et non par « Dieu ». Dans l’évangile de Jean, l’essentiel est la révélation d’un Dieu Père, un Dieu qui veut faire des êtres humains ses enfants. Après sa résurrection, appelée son retour au Père, le témoignage de Jésus est relayé par l’Esprit, le Paraclet. Le témoignage des disciples qui est transmis pour devenir écriture dans l’évangile, porte sur ce qu’ils ont vécu avec Jésus, de son vivant mais aussi après son retour au Père. En effet Jésus Christ est alors rendu présent par l’Esprit qui permet d’interpréter ses œuvres et sa mort.

La figure du Fils de l’homme - [Contexte]

L’expression « Fils de l’homme » revient 30 fois chez Matthieu, 15 fois chez Marc, 25 fois chez Luc et 13 fois chez Jean. C’est dire son importance et pourtant son origine reste assez énigmatique. Dans l’Ancien Testament le titre « Fils d’homme » se trouve dans le livre de Daniel pour désigner un homme céleste qui viendra d’auprès de Dieu à la fin des temps pour le jugement. Dans le livre d’Ézéchiel c’est un nom propre donné au voyant dans les oracles qui annoncent la fin des temps. Ce titre est plus fréquent dans les écrits juifs apocalyptiques où il désigne l’homme véritable tel qu’il interviendra à la fin des temps.

Dans le Nouveau Testament, l’expression Fils de l’homme n’est utilisée que dans les évangiles. Ce titre est toujours placé exclusivement dans la bouche de Jésus (une exception dans Actes 7,56). Il l’emploie toujours à la 3ème personne, comme s’il faisait parler un autre que lui-même, pour définir sa mission : juge de la fin des temps (Matthieu 10,23-24), envoyé de Dieu qui pardonne les péchés (Marc 2,10-11). Ce titre accompagne l’annonce de la passion de Jésus (Luc 9,22-44). Dans l’évangile selon Jean, il accompagne souvent l’annonce du jugement du monde qui est contemporain de Jésus et non plus renvoyé à la fin des temps. Les évangiles affirment donc que Jésus est le Fils de l’homme, cette figure messianique de la fin des temps annoncée dans la tradition juive. Contrairement à la perspective juive où le Fils d’homme ne meurt pas, Jésus annonce précisément la fin de sa vie, en parlant du Fils de l’homme qui va souffrir et mourir. Cette assimilation permet de dire que l’évènement de la croix est l’évènement messianique qui ouvre la fin des temps.

La vie dans l’évangile selon Jean - [Contexte]

01 jean cx la vie dans l'évang

Dans l’évangile selon Jean le salut de l’être humain s’exprime par le don de la vie éternelle. L’expression « vie éternelle » n’a pas seulement le sens temporel de vie sans limite. La vie éternelle est d’abord une vie qualitativement différente, telle qu’elle est voulue par Dieu. Dans l’évangile selon Jean, la vie n’appartient pas au monde. Dieu est à l’origine de la vie et c’est ce qui le distingue du monde. Dans le Prologue le Verbe divin a amené le monde à l’existence. Cette Parole de Dieu s’est incarnée en Jésus Christ dans l’histoire et à travers les paroles et les œuvres de Jésus elle continue à apporter la vie au monde. La mission de Jésus est d’apporter la vie en plénitude. Cette vie en plénitude est donnée à quiconque croit en lui. Ainsi le don de la vie éternelle concerne l’aujourd’hui de la foi tout autant que l’au-delà de la mort.

L’amour dans l’évangile selon Jean - [Contexte]

Foi et amour sont liés l’une à l’autre. La foi est la confiance totale en l’amour de Dieu révélé dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus Christ. L’amour de soi et du prochain est la mise en acte de la vérité de l’Evangile reconnue dans la foi. L’évangile selon Jean développe ce lien entre foi et amour de façon tout à fait originale. L’amour qualifie en premier lieu la relation que le Père entretient avec le Fils (Jean 15,9). Le Père a tout montré et tout donné au Fils. Les disciples, ceux qui appartiennent à Jésus, sont aimés du Fils qui leur révèle tout ce que le Père lui a montré. Le Fils donne aux disciples de s’aimer les uns les autres et de transmettre l’offre de la révélation dans le monde. L’amour est donc dans l’évangile selon Jean l’appartenance réciproque du Père, du Fils et des disciples au même univers de la révélation de Dieu, de la connaissance de la vérité et du don de la vie. L’amour trouve donc son sens et sa fonction dans la transmission de la révélation. C’est en s’aimant les uns les autres que les disciples témoigneront de ce qu’ils ont reçu du Fils.

Le monde dans l’évangile selon Jean - [Contexte]

Dans l’évangile selon Jean, le concept de « monde » désigne le monde humain et non pas l’univers comme dans la pensée gréco-hellénistique. C’est le lieu où Dieu s’est révélé dans la création (Jean 1,10) et continue à se révéler comme un Dieu aimant et créateur de nouveauté. Le monde est aussi caractérisé par son refus de recevoir Dieu (Jean 1,11 ; 15,18 ; 16,33). Mais il n’est pas mauvais en soi et les croyants ne doivent pas le rejeter. Il ne s’agit ni de le craindre, ni de le fuir. Au contraire, les croyants reçoivent la vie éternelle dans ce monde et pour ce monde et témoignent de leur foi ici et maintenant.

Judaïsme et christianisme au premier siècle - [Espace temps]

Au premier siècle de notre ère, le judaïsme est traversé par plusieurs courants de pensée. Pharisiens, zélotes, saducéens et mouvements baptistes sont cités dans le Nouveau Testament. Le courant pharisien est celui qui perdurera après la chute du temple de Jérusalem en 70 après J.C). Il sera à l’origine du judaïsme attaché à la synagogue. Parallèlement, au tout début du christianisme, plusieurs courants théologiques différents diffusent l’Evangile et donneront naissance à des communautés diverses, marquées par une pensée théologique et un enracinement géographique et sociétal propres. Lors de la rédaction finale de cet évangile à la fin du 1er siècle après J.C., chrétiens et juifs sont en plein processus de séparation, ce qui ne se fait pas sans règlement de comptes et douleurs. Les communautés johanniques, en particulier, se sont affrontées à l’élite intellectuelle religieuse juive, ce qui explique en partie le rôle négatif dévolu aux autorités juives dans l’évangile selon Jean. Nicodème, qui fait partie de cette élite, est une exception. Est-ce une manière de montrer que les adversaires ne forment pas un bloc uni ou de montrer une trace des liens forts entre judaïsme et christianisme, entre synagogue et Eglise ?

Calvin et les nicodémites - [Espace temps]

Le terme de « nicodémites » est un sobriquet dont Jean Calvin, le réformateur, affuble les protestants français qui cachent leur foi. Au 16e siècle en France, les protestants sont en butte à des brimades et même des persécutions. Certains d’entre eux choisissent alors de cacher leurs convictions réelles et se plient aux pratiques religieuses du catholicisme, seule religion autorisée. Ils contredisent alors leur nom de « protestants » qui signifie « témoigner devant », autrement dit « témoigner au grand jour ». En référence à Nicodème qui vient de nuit voir Jésus, Jean Calvin dénonce leur double jeu et leur double langage en les appelant des « nicodémites ». Mais cette référence, centrée sur le seul détail de la venue de nuit, ne fait pas droit au personnage de Nicodème tel qu’il est présenté dans le texte de l’évangile selon Jean. Le nom de « nicodémite » n’a donc qu’un intérêt historique et ne doit pas influencer la lecture du texte biblique.

Naissance et société - [Espace temps]

La naissance est le commencement de la vie, seul évènement de l’existence sur lequel la personne n’a aucune prise. Les circonstances de la naissance, époque, lieu, groupe social, déterminent la vie de chacun sans qu’il soit possible de choisir. Dans toutes les civilisations, l’individu est inscrit dans une parenté et ces liens déterminent son identité. Mais cela n’efface pas le mystère de l’origine ni le fait que chaque personne a sa propre individualité. Très souvent dans la Bible ou dans d’autres religions, l’inconnu et la part de hasard de la naissance sont remis entre les mains de Dieu. Dans la Bible, les prophètes sont mis à part dès le sein maternel « avant de te façonner dans le sein de ta mère je te connaissais, avant que tu ne sortes de son ventre je t’ai consacré » (Jérémie 1,5). Mais tout être humain peut dire la même chose : « c’est toi qui a créé mes reins ; tu m’abritais dans le sein maternel » (Psaume 139,13). Beaucoup de récits rapportent des naissances improbables, fruits de parents âgés ou de femmes stériles. Par là, ils essaient de dire le mystère de toute naissance.

Pour faire le lien entre la personne en tant qu’individu et son appartenance à un groupe, les sociétés mettent en place des rites de passage, religieux ou profanes.

Le baptême - [Espace temps]

01 jean ET le baptême

Les premières descriptions de baptême chrétien se trouvent dans le livre des Actes des Apôtres. Il s’agit de récits de conversion, le baptême suivant immédiatement l’adhésion au message de l’Evangile. Avec l’installation de l’Eglise, le baptême devient le signe d’entrée dans l’Eglise. Le baptisé renonce à sa vie antérieure et s’engage à mener une vie irréprochable comme le lui a enseigné la catéchèse. Dès le début du 2ème siècle le croyant est baptisé au cours d’une cérémonie ritualisée après avoir suivi une catéchèse. Deux éléments sont indispensables l’eau et les paroles prononcées, le baptême étant donné « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». Mais rien n’est dit sur la qualité de l’officiant. Ce n’est qu’au 3ème siècle, avec la diversification des ministères, que le rite du baptême sera formalisé. Il est célébré un dimanche (si possible à Pâques). Les catéchumènes doivent jeûner et se laver la veille. La cérémonie commence par une déclaration solennelle de renoncement à Satan, puis une onction d’huile dite « d’exorcisme » faite par le prêtre. Le catéchumène descend dans l’eau et est plongé dans l’eau trois fois après avoir confessé sa foi en répondant « je le crois » aux questions posées par le prêtre : « Crois-tu en Dieu le Père tout-puissant ? Crois-tu au Christ Jésus, Fils de Dieu, qui est n é par le Saint-Esprit de la vierge Marie, a été crucifié sous Ponce Pilate, est mort, est ressuscité vivant le troisième jour d’entre les morts, est monté aux cieux et s’est assis à la droite du Père, il viendra juger les vivants et les morts ? Crois-tu en l’Esprit saint ? ». Ensuite l’évêque lui impose les mains en vue de la réception de l’Esprit, répand de l’huile d’action de grâce sur sa tête, trace un signe de croix sur son front et lui donne le baiser de paix. Le baptisé, appelé néophyte ce qui signifie « celui qui est nouvellement planté ou né », est alors pleinement intégré à la communauté et partage l’eucharistie.

La vie après la mort dans la tradition - [Espace temps]

Dans l’Ancien Testament le lieu de la relation avec Dieu est la vie humaine entre la naissance et la mort. Le lieu de l’après mort est le shéol dont on ne peut rien dire. L’espérance d’une vie après la mort apparaît explicitement pour la première fois en Daniel 12, 2 et en 2Maccabées 7,9, où elle est donnée aux martyrs fidèles au Dieu d’Israël. La foi en la résurrection de Jésus Christ comme victoire de Dieu sur la mort a pour conséquence la foi en la résurrection de la personne après la mort. Mais les textes du Nouveau Testament n’ajoutent aucune description de cet au-delà de la mort. La tradition chrétienne, au contact de la pensée et des religions grecques, va créer tout un imaginaire autour de l’au-delà. Au Moyen Âge, l’Église est une puissance temporelle et spirituelle qui domine l’Europe. La théologie est entre les mains d’une petite élite et la religion chrétienne est souvent utilisée pour maintenir l’ordre social en l’état. La vie éternelle est présentée comme une récompense donnée à ceux qui le méritent ou qui ont souffert durant leur passage sur terre. A l’inverse la damnation, l’enfer, serait le destin des pécheurs impénitents, des rebelles et des incroyants.

Justice et jugement - [Espace temps]

Le Dieu de la Bible est le Dieu créateur qui se révèle à l’humanité et qui intervient dans l’histoire du monde. C’est un Dieu juste au sens où il veut établir des relations justes avec l’humanité et que des relations justes s’établissent par ricochet entre les êtres humains. Toute l’histoire des relations entre Dieu et Israël est donc sous-tendue par les questions de justice et de jugement. Dieu prend souvent la figure du juge. Mais le jugement de Dieu porte sur les injustices, les actions qui apportent la mort. Cette figure du Dieu juge est avant tout celle de Dieu voulant redresser le monde, redonner à sa création son sens véritable, retisser le lien avec l’humanité.

Dans la Bible, la relecture de l’histoire collective et individuelle est souvent interprétée comme la conséquence du juste jugement de Dieu. Cela a pu conduire à des interprétations très culpabilisantes, la justice de Dieu devenant une justice de la rétribution, punissant les mauvaises actions et récompensant les bonnes.Dans le judaïsme plus tardif le jugement de Dieu est renvoyé à la fin des temps (Daniel 7,15 ; Siracide 16,12). Cette vision de l’histoire est développée dans la pensée apocalyptique. L’idée de jugement dernier que l’on y trouve signifie avant tout que le Dieu créateur conduit sa création vers un achèvement dans lequel il sera possible de vivre en sa présence.Dans le Nouveau Testament, c’est la venue de Jésus en gloire qui marque ce temps de récapitulation. Le jugement est entre ses mains. C’est donc avec confiance qu’il est attendu puisqu’en lui le monde a été réconcilié avec Dieu. Une caractéristique de la pensée apocalyptique dans le Nouveau Testament est de dire que nul ne connaît l’heure de ce jugement, ni ses modalités. Contrairement à l’imagination des artistes sur les tympans des églises ou dans des peintures, il n’y a pas de description du jugement dernier. Cet imaginaire du tri entre élus et damnés a été inspiré par le texte de l’évangile selon Matthieu 25,31-46.

Nicodème dans l’évangile selon Jean - [Textes bibliques]

Nicodème est évoqué trois fois : au début de l’évangile dans le dialogue avec Jésus (texte travaillé Jean 3,1-21), dans une discussion entre Pharisiens au sujet de Jésus, et pour la mise au tombeau de Jésus.

Jean 7,50-51 Mais l’un d’entre les Pharisiens, ce Nicodème qui naguère était allé trouver Jésus, dit : « Notre Loi condamnerait-elle un homme sans l’avoir entendu et sans savoir ce qu’il fait ? »
Jean 19,38-42 Après ces événements, Joseph d’Arimathée, qui était un disciple de Jésus mais s’en cachait par crainte des autorités juives, demanda à Pilate l’autorisation d’enlever le corps de Jésus. Pilate acquiesça, et Joseph vint enlever le corps. Nicodème vint aussi, lui qui naguère était allé trouver Jésus au cours de la nuit. Il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès d’environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus et l’entourèrent de bandelettes, avec des aromates, suivant la manière juive d’ensevelir. A l’endroit où Jésus avait été crucifié il y avait un jardin, et dans ce jardin un tombeau tout neuf où jamais personne n’avait été déposé. En raison de la fête juive de la Préparation, et comme ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus.

L’aveugle-né - [Textes bibliques]

Le récit de la guérison de l’aveugle-né (Jean 9,1-41) est un exemple de changement radical. La naissance et ses aléas sont au cœur du débat. Pour tout l’entourage, naître aveugle ne peut simplement relever d’un hasard malheureux et il faut en trouver l’origine dans la faute des parents ou de l’aveugle. Guéri au tout début du récit, l’aveugle-né confessera sa foi en Jésus comme Seigneur après de longues discussions avec l’entourage ou les autorités juives qui s’obstinent dans leur aveuglement.

L’Esprit, le paraclet - [Textes bibliques]

L’Esprit demeure en Jésus :

Jean 1,32-34 Et Jean porta son témoignage en disant : « J’ai vu l’Esprit, tel une colombe, descendre du ciel et demeurer sur lui. Et je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau, c’est lui qui m’a dit : “Celui sur lequel tu verras l’Esprit descendre et demeurer sur lui, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint.” Et moi j’ai vu et j’atteste qu’il est, lui, le Fils de Dieu. »

Après la résurrection de Jésus, l’Esprit témoignera de sa présence auprès des croyants. Il est le « paraclet » c’est-à-dire l’intercesseur promis par Jésus avant sa mort :
Jean 7,37-39 Le dernier jour de la fête, qui est aussi le plus solennel, Jésus, debout, se mit à proclamer : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et que boive38celui qui croit en moi. Comme l’a dit l’Ecriture : “De son sein couleront des fleuves d’eau vive.” » Il désignait ainsi l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui : en effet, il n’y avait pas encore d’Esprit parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié.

 

Jean 14,15-17 « Si vous m’aimez, vous vous appliquerez à observer mes commandements ; moi, je prierai le Père : il vous donnera un autre Paraclet qui restera avec vous pour toujours. C’est lui l’Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d’accueillir parce qu’il ne le voit pas et qu’il ne le connaît pas. Vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous et il est en vous ».

Le souffle créateur - [Textes bibliques]

L’expression « naître d’esprit » fait aussi écho à la création de l’être humain, de l’Adam, qui est né de la glaise et du souffle de Dieu:
Genèse 2,7 Le SEIGNEUR Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie, et l’homme devint un être vivant.

Le souffle de Dieu est porteur de vie dans la tradition biblique. Ainsi dans une grande vision, le prophète Ezéchiel voit les ossements être ranimés par le souffle de Dieu:
Ezéchiel 37,1-10 La main du SEIGNEUR fut sur moi ; il me fit sortir par l’esprit du SEIGNEUR et me déposa au milieu de la vallée : elle était pleine d’ossements. Il me fit circuler parmi eux en tout sens ; ils étaient extrêmement nombreux à la surface de la vallée, ils étaient tout à fait desséchés. Il me dit : « Fils d’homme, ces ossements peuvent-ils revivre ? » Je dis : « Seigneur DIEU, c’est toi qui le sais ! » Il me dit : « Prononce un oracle contre ces ossements ; dis-leur : Ossements desséchés, écoutez la parole du Seigneur. Ainsi parle le Seigneur DIEU à ces ossements : Je vais faire venir en vous un souffle pour que vous viviez. Je mettrai sur vous des nerfs, je ferai croître sur vous de la chair, j’étendrai sur vous de la peau, je mettrai en vous un souffle et vous vivrez ; alors vous connaîtrez que je suis le SEIGNEUR. » Je prononçai l’oracle comme j’en avais reçu l’ordre ; il y eut un bruit pendant que je prononçais l’oracle et un mouvement se produisit : les ossements se rapprochèrent les uns des autres. Je regardai : voici qu’il y avait sur eux des nerfs, de la chair croissait et il étendit de la peau par-dessus ; mais il n’y avait pas de souffle en eux. Il me dit : « Prononce un oracle sur le souffle, prononce un oracle, fils d’homme ; dis au souffle : Ainsi parle le Seigneur DIEU : Souffle, viens des quatre points cardinaux, souffle sur ces morts et ils vivront. » Je prononçai l’oracle comme j’en avais reçu l’ordre, le souffle entra en eux et ils vécurent ; ils se tinrent debout : c’était une immense armée.

Jésus baptisant - [Textes bibliques]

Après la rencontre avec Nicodème, il est dit que Jésus baptisait en Judée, avant même l’arrestation de Jean le Baptiste. Mais cette assertion est corrigée tout de suite après par une notice disant que ce sont les disciples de Jésus qui baptisaient:
Jean 4,1-2 Quand Jésus apprit que les Pharisiens avaient entendu dire qu’il faisait plus de disciples et en baptisait plus que Jean, – à vrai dire, Jésus lui-même ne baptisait pas, mais ses disciples – .
L’évangile de Jean, contrairement aux évangiles synoptiques, rapporte donc une coexistence du ministère public de Jésus avec celui de Jean le Baptiste et même une rivalité, le plus grand succès de Jésus provoquant l’hostilité des autorités juives. On peut faire l’hypothèse qu’il s’agit là d’une tradition ancienne. La rédaction finale de l’évangile selon Jean met bien l’accent sur la spécificité du ministère de Jésus et sur son identité de Fils de Dieu dès le début de l’évangile.

Le baptême dans le livre des Actes des apôtres - [Textes bibliques]

Le livre des actes des Apôtres rapporte plusieurs récits de conversion suivie du baptême. Le baptême est le signe du pardon des péchés et du don de l’esprit.

Actes 2,37-41 Le cœur bouleversé d’entendre ces paroles, ils (juifs venus à Jérusalem) demandèrent à Pierre et aux autres apôtres : « Que ferons-nous, frères ? » Pierre leur répondit : « Convertissez-vous : que chacun de vous reçoive le baptême au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés, et vous recevrez le don du Saint Esprit. Car c’est à vous qu’est destinée la promesse, et à vos enfants ainsi qu’à tous ceux qui sont au loin, aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera. » Par bien d’autres paroles Pierre rendait témoignage et les encourageait : « Sauvez-vous, disait-il, de cette génération dévoyée. » Ceux qui accueillirent sa parole reçurent le baptême, et il y eut environ trois mille personnes ce jour-là qui se joignirent à eux.

Le récit du baptême de l’eunuque éthiopien permet de souligner qu’il est offert à tous sans conditions d’appartenance à un groupe et sans conditions de pureté rituelle:
Actes 8,26-39 L’ange du Seigneur s’adressa à Philippe : « Tu vas aller vers le midi, lui dit-il, sur la route qui descend de Jérusalem à Gaza ; elle est déserte. » Et Philippe partit sans tarder. Or un eunuque éthiopien, haut fonctionnaire de Candace, la reine d’Ethiopie, et administrateur général de son trésor, qui était allé à Jérusalem en pèlerinage, retournait chez lui ; assis dans son char, il lisait le prophète Esaïe. L’Esprit dit à Philippe : « Avance et rejoins ce char. » Philippe y courut, entendit l’eunuque qui lisait le prophète Esaïe et lui dit : « Comprends-tu vraiment ce que tu lis ? » – « Et comment le pourrais-je, répondit-il, si je n’ai pas de guide ? » Et il invita Philippe à monter s’asseoir près de lui. Et voici le passage de l’Ecriture qu’il lisait : Comme une brebis que l’on conduit pour l’égorger,
comme un agneau muet devant celui qui le tond,
c’est ainsi qu’il n’ouvre pas la bouche.
Dans son abaissement il a été privé de son droit.
Sa génération, qui la racontera ?
Car elle est enlevée de la terre, sa vie.
S’adressant à Philippe, l’eunuque lui dit : « Je t’en prie, de qui le prophète parle-t-il ainsi ? De lui-même ou de quelqu’un d’autre ? » Philippe ouvrit alors la bouche et, partant de ce texte, il lui annonça la Bonne Nouvelle de Jésus. Poursuivant leur chemin, ils tombèrent sur un point d’eau, et l’eunuque dit : « Voici de l’eau. Qu’est-ce qui empêche que je reçoive le baptême ? » Il donna l’ordre d’arrêter son char ; tous les deux descendirent dans l’eau, Philippe et l’eunuque, et Philippe le baptisa. Quand ils furent sortis de l’eau, l’Esprit du Seigneur emporta Philippe, et l’eunuque ne le vit plus, mais il poursuivit son chemin dans la joie.

Le baptême est individuel mais peut aussi concerner toute une maisonnée:
Actes 16,14-15 et 30-33 L’une d’elles, nommée Lydie, était une marchande de pourpre originaire de la ville de Thyatire qui adorait déjà Dieu. Elle était tout oreilles ; car le Seigneur avait ouvert son cœur pour la rendre attentive aux paroles de Paul. Lorsqu’elle eut reçu le baptême, elle et sa maison, elle nous invita en ces termes : « Puisque vous estimez que je crois au Seigneur, venez loger chez moi. » Et elle nous a forcés d’accepter. (...) Puis, les ayant fait sortir, il leur dit : « Messieurs, que dois-je faire pour être sauvé ? » Ils lui répondirent : « Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé, toi et ta maison. » Ils annoncèrent alors la parole du Seigneur, à lui et à tous ceux qui vivaient dans sa demeure. A l’heure même, en pleine nuit, le geôlier les emmena pour laver leurs plaies ; puis, sans plus attendre, il reçut le baptême, lui et tous les siens.

Personne ne reçoit son témoignage - [Textes bibliques]

Des déclarations surprenantes parce que contradictoires se trouvent dans le dernier témoignage de Jean le Baptiste. Il dit « personne ne reçoit son témoignage » en parlant du témoignage de Jésus et pourtant il est lui, Jean le Baptiste, en train de témoigner que Jésus est « celui qui vient d’en haut » !!!! Et tout de suite après avoir dit que « personne ne reçoit son témoignage » il ajoute « celui qui a reçu son témoignage ratifie que Dieu est véridique ».

Le mot important est ici est le verbe « recevoir » qui a été expliqué plus haut en 3,27 : « un homme ne peut rien recevoir si cela ne lui a pas été donné du ciel ». Le témoignage de Jésus ne peut se recevoir que comme un don, ce don étant Jésus lui-même. Cela explique la fin du témoignage de Jean : « celui qui croit au Fils a la vie éternelle; celui qui n'obéit pas au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui.» Il s’agit ici de l’alternative entre foi et incrédulité. Mais l’évangéliste utilise ici (pour la seule fois dans l’évangile) un verbe qui signifie « désobéir » ou « être rebelle » en opposition à « croire ». Ce faisant il met en évidence que l’incrédulité est ici un refus de recevoir le témoignage, donc le refus d’être au bénéfice du don de Dieu. Dans ce cas la personne se place elle-même sous le jugement de Dieu.
Jean 3,27-36 Jean leur fit cette réponse: «Un homme ne peut rien recevoir si cela ne lui a pas été donné du ciel. Vous-mêmes, vous m'êtes témoins que j'ai dit : ‹Moi, je ne suis pas le Christ, mais je suis celui qui a été envoyé devant lui.› Celui qui a l'épouse est l'époux; quant à l'ami de l'époux, il se tient là, il l'écoute et la voix de l'époux le comble de joie. Telle est ma joie, elle est parfaite. Il faut qu'il grandisse, et que moi, je diminue. Celui qui vient d'en haut est au-dessus de tout. Celui qui est de la terre est terrestre et parle de façon terrestre. Celui qui vient du ciel témoigne de ce qu'il a vu et de ce qu'il a entendu, et personne ne reçoit son témoignage. Celui qui a reçu son témoignage ratifie que Dieu est véridique. En effet, celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu, qui lui donne l'Esprit sans mesure. Le Père aime le Fils et il a tout remis en sa main. Celui qui croit au Fils a la vie éternelle; celui qui n'obéit pas au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui.» Traduction d’après la Traduction Œcuménique de la Bible

Fils d’homme - [Textes bibliques]

Le récit du livre de Daniel fait partie de la littérature apocalyptique ou littérature de révélation. Cette littérature est généralement rédigée dans des périodes de grandes crises. Le temps du jugement et du salut de Dieu est renvoyé à la fin des temps mais il est attendu avec impatience par tous les croyants persécutés. Dans ce récit, le narrateur rapporte la vision qu’il a eue en songe. Avec le vieillard, la figure du Fils d’homme sont les seules figures positives au milieu des figures bestiales. Le récit s’étend beaucoup plus sur le règne des bêtes que sur celui du Fils d’homme. A la fin du récit il semble que cette figure du Fils d’homme soit identifiée au « peuple des saints du Très-Haut ».

Daniel 7,13-28 Je regardais dans les visions de la nuit, et voici qu’avec les nuées du ciel venait comme un Fils d’Homme ; il arriva jusqu’au Vieillard, et on le fit approcher en sa présence. Et il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté : les gens de tous peuples, nations et langues le servaient. Sa souveraineté est une souveraineté éternelle qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera jamais détruite. Mon esprit à moi, Daniel, fut angoissé au-dedans de son enveloppe, et les visions de mon esprit me tourmentaient. Je m’approchai d’un de ceux qui se tenaient là, et je demandai ce qu’il y avait de certain au sujet de tout cela. Il me le dit et me fit connaître l’interprétation des choses : « Quant à ces bêtes monstrueuses qui sont au nombre de quatre : Quatre rois se lèveront de la terre ; puis les Saints du Très-Haut recevront la royauté et ils posséderont la royauté pour toujours et à tout jamais. » Alors je voulus avoir le cœur net au sujet de la quatrième bête, qui était différente de toutes et très redoutable, avait des dents de fer et des griffes de bronze, mangeait, déchiquetait et foulait le reste aux pieds ; et au sujet des dix cornes qu’elle avait sur la tête, puis de l’autre qui s’était élevée et devant laquelle trois étaient tombées : cette corne avait des yeux et une bouche qui disait des choses monstrueuses, et son aspect était plus grand que celui de ses congénères ; je regardais, et cette corne faisait la guerre aux Saints et l’emportait sur eux, jusqu’à ce que vienne le Vieillard et que le jugement soit donné en faveur des Saints du Très-Haut, que le temps arrive et que les Saints possèdent la royauté. Il me parla ainsi : « Quant à la quatrième bête : Un quatrième royaume adviendra sur la terre, qui différera de tous les royaumes, dévorera toute la terre, la piétinera et la déchiquettera. Et quant aux dix cornes : De ce royaume-là se lèveront dix rois ; puis un autre se lèvera après eux. Celui-là différera des précédents ; il abattra trois rois ; il proférera des paroles contre le Très-Haut et molestera les Saints du Très-Haut ; il se proposera de changer le calendrier et la Loi, et les Saints seront livrés en sa main durant une période, deux périodes et une demi-période. Puis le tribunal siégera, et on fera cesser sa souveraineté, pour l’anéantir et le perdre définitivement. Quant à la royauté, la souveraineté et la grandeur de tous les royaumes qu’il y a sous tous les cieux, elles ont été données au peuple des Saints du Très-Haut : Sa royauté est une royauté éternelle ; toutes les souverainetés le serviront et lui obéiront. » Ici prend fin le récit. Pour moi Daniel, mes réflexions me tourmentèrent beaucoup ; mes couleurs en furent altérées, et je gardai la chose dans mon cœur.

Ciel - [Textes bibliques]

Pour la Bible, le ciel est l’espace réservé à Dieu. Cet espace est infini et inaccessible aux humains. Dieu, dans le ciel échappe totalement à l’être humain. Cette image permet de signifier que Dieu est le Très-Haut, le Tout-Autre qui règne sur l’univers :

Esaïe 14,12-17 Comment es-tu tombé du ciel,
Astre brillant, Fils de l’Aurore ?
Comment as-tu été précipité à terre,
toi qui réduisais les nations,
toi qui disais :
« Je monterai dans les cieux,
je hausserai mon trône
au-dessus des étoiles de Dieu,
je siégerai sur la montagne de l’assemblée divine
à l’extrême nord,
je monterai au sommet des nuages,
je serai comme le Très-Haut. »
Mais tu as dû descendre dans le séjour des morts
au plus profond de la Fosse.
Ceux qui te voient fixent sur toi leur regard
et te dévisagent attentivement :
« Est-ce là cet homme qui faisait trembler la terre
et qui faisait s’écrouler les royaumes,
qui transformait le monde en désert,
rasant les villes
et ne rendant pas à leur foyer les prisonniers ? »

Elle permet aussi de dire que l’être humain ne connaît Dieu que dans la mesure où il se révèle. Ainsi pour les commandements qu’Il donne :
Deutéronome 30,11-14 Oui, ce commandement que je te donne aujourd’hui n’est pas trop difficile pour toi, il n’est pas hors d’atteinte. Il n’est pas au ciel ; on dirait alors : « Qui va, pour nous, monter au ciel nous le chercher, et nous le faire entendre pour que nous le mettions en pratique ? » Il n’est pas non plus au-delà des mers ; on dirait alors : « Qui va, pour nous, passer outre-mer nous le chercher, et nous le faire entendre pour que nous le mettions en pratique ? » Oui, la parole est toute proche de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, pour que tu la mettes en pratique.

Israël en exil supplie Dieu de se rapprocher :
Esaïe 63,19 depuis longtemps nous sommes ceux sur qui tu n’exerces plus ta souveraineté, ceux sur qui ton nom n’est plus appelé. Ah si seulement tu déchirais les cieux et si tu descendais, tel que les montagnes soient secouées devant toi ! »

Deux héros de l’Ancien Testament, Hénok et Elie sont montés au ciel au moment de leur mort :
Genèse 5,24 ayant suivi les voies de Dieu, Henok disparut car Dieu l’avait enlevé.
2Rois 2,11 Tandis qu’ils (Elie et Elisée) poursuivaient leur route en parlant, voici qu’un char de feu et des chevaux de feu les séparèrent l’un de l’autre ; Elie monta au ciel dans la tempête.

L’évangile de Jean en disant : « nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme » fait écho à cette tradition juive en la relativisant. En effet, ce qui importe c’est la révélation, donc ce qui descend du ciel.

Le serpent d’airain - [Textes bibliques]

Ce récit fait partie des récits de révolte du peuple dans le désert. Ils regrettent d’avoir quitté l’Egypte où ils mangeaient à leur faim. Ils trouvent la mort en étant mordus par des serpents. Ce fléau les pousse à la repentance. Dieu leur donne alors un signe : un serpent de feu suspendu à un bout de bois. C’est le signe que Dieu domine le mal et est un Dieu de vie pour celui qui croit en lui. La vie n’est pas en Egypte mais dans cette marche dans le désert avec Dieu.

Nombres 21,4-9 Ils partirent de Hor-la-Montagne par la route de la mer des Joncs, en contournant le pays d’Edom, mais le peuple perdit courage en chemin. Le peuple se mit à critiquer Dieu et Moïse : « Pourquoi nous avez-vous fait monter d’Egypte ? Pour que nous mourions dans le désert ! Car il n’y a ici ni pain ni eau et nous sommes dégoûtés de ce pain de misère ! » Alors le SEIGNEUR envoya contre le peuple des serpents brûlants qui le mordirent, et il mourut un grand nombre de gens en Israël. Le peuple vint trouver Moïse en disant : « Nous avons péché en critiquant le SEIGNEUR et en te critiquant ; intercède auprès du SEIGNEUR pour qu’il éloigne de nous les serpents ! » Moïse intercéda pour le peuple, et le SEIGNEUR lui dit : « Fais faire un serpent brûlant et fixe-le à une hampe : quiconque aura été mordu et le regardera aura la vie sauve. » Moïse fit un serpent d’airain et le fixa à une hampe et lorsqu’un serpent mordait un homme, celui-ci regardait le serpent d’airain et il avait la vie sauve.

Relever le Temple en 3 jours - [Textes bibliques]

Dans l’évangile selon Jean, l’épisode de Jésus au temple de Jérusalem chassant les marchands se trouve au tout début. Il se termine par un dialogue entre Jésus et les autorités juives à partir d’une parole de Jésus concernant la destruction du temple et son relèvement par Jésus en 3 jours. L’évangéliste termine ce récit par une incise qui parle de la résurrection de Jésus. On retrouve là un procédé habituel dans l’évangile selon Jean qui consiste à se placer en tant qu’auteur résolument après les évènements décrits puisqu’ils ne peuvent être interprétés qu’après la résurrection de Jésus Christ. Ainsi l’auteur dit que les disciples se sont souvenus de cette parole de Jésus sur le temple ce qui leur a permis de croire que la mort de Jésus sur la croix n’était pas un échec mais paradoxalement une victoire. Jésus est le Messie annoncé par les Ecritures.
Jean 2,13-22 La Pâque juive était proche et Jésus monta à Jérusalem. Il trouva dans le temple les marchands de bœufs, de brebis et de colombes ainsi que les changeurs qui s’y étaient installés. Alors, s’étant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple, et les brebis et les bœufs ; il dispersa la monnaie des changeurs, renversa leurs tables ; et il dit aux marchands de colombes : « Otez tout cela d’ici et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » Ses disciples se souvinrent qu’il est écrit : Le zèle de ta maison me dévorera. Mais les autorités juives prirent la parole et lui dirent : « Quel signe nous montreras-tu, pour agir de la sorte ? » Jésus leur répondit : « Détruisez ce temple et, en trois jours, je le relèverai. » Alors ces Juifs lui dirent : « Il a fallu quarante-six ans pour construire ce temple et toi, tu le relèverais en trois jours ? » Mais lui parlait du temple de son corps. Aussi, lorsque Jésus se releva d’entre les morts, ses disciples se souvinrent qu’il avait parlé ainsi, et ils crurent à l’Ecriture ainsi qu’à la parole qu’il avait dite.

Le Messie doit rester à jamais - [Textes bibliques]

Dans ce grand monologue, Jésus annonce sa mort en disant que « le Fils de l’homme doit être glorifié.» Devant l’incompréhension de la foule Jésus dit alors « qu’il sera élevé ». L’évangéliste précise : « par ces paroles il indiquait de quelle mort il allait mourir ». La foule dit alors son désaccord : le Messie doit rester à jamais, comment alors Jésus peut-il parler du Fils de l’homme qui doit mourir ? Cette approche en termes d’incompréhension et de questions permet à l’évangéliste de répondre aux questionnements et aux doutes de l’auditeur et du lecteur.

Jean 12,20-36 Il y avait quelques Grecs qui étaient montés pour adorer à l’occasion de la fête. Ils s’adressèrent à Philippe qui était de Bethsaïda de Galilée et ils lui firent cette demande : « Seigneur, nous voudrions voir Jésus. » Philippe alla le dire à André, et ensemble ils le dirent à Jésus. Jésus leur répondit en ces termes : « Elle est venue, l’heure où le Fils de l’homme doit être glorifié. En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul ; si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance. Celui qui aime sa vie la perd, et celui qui cesse de s’y attacher en ce monde la gardera pour la vie éternelle. Si quelqu’un veut me servir, qu’il se mette à ma suite, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, le Père l’honorera. Maintenant mon âme est troublée, et que dirai-je ? Père, sauve-moi de cette heure ? Mais c’est précisément pour cette heure que je suis venu. Père, glorifie ton nom. » Alors, une voix vint du ciel : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. » La foule qui se trouvait là et qui avait entendu disait que c’était le tonnerre ; d’autres disaient qu’un ange lui avait parlé. Jésus reprit la parole : « Ce n’est pas pour moi que cette voix a retenti, mais bien pour vous. C’est maintenant le jugement de ce monde, maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors. Pour moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » – Par ces paroles il indiquait de quelle mort il allait mourir. La foule lui répondit : « Nous avons appris par la Loi que le Messie doit rester à jamais. Comment peux-tu dire qu’il faut que le Fils de l’homme soit élevé ? Qui est-il, ce Fils de l’homme ? » Jésus leur répondit : « La lumière est encore parmi vous pour un peu de temps. Marchez pendant que vous avez la lumière, pour que les ténèbres ne s’emparent pas de vous : car celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va. Pendant que vous avez la lumière croyez en la lumière, pour devenir des fils de lumière. » Après leur avoir ainsi parlé, Jésus se retira et se cacha d’eux.

Le Fils - [Textes bibliques]

Dans les évangiles synoptiques, cette désignation revient à des moments clés de la vie de Jésus comme à son baptême:

Matthieu 3,17 Et voici qu’une voix venant des cieux disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu’il m’a plu de choisir. »,
lors de la transfiguration :
Luc 9,35 Et il y eut une voix venant de la nuée ; elle disait : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai élu, écoutez-le ! »
Dans l’évangile selon Marc, cette confession de foi : « vraiment cet homme était Fils de Dieu » est mise dans la bouche du centurion romain au pied de la croix où Jésus est mort:
Marc 15,39 Le centurion qui se tenait devant lui, voyant qu’il avait ainsi expiré, dit : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu. »

L’évangéliste affirme ainsi que c’est dans cette mort infamante que l’on peut reconnaître le Fils de Dieu.

Parabole du jugement dernier - [Textes bibliques]

Ce texte de Matthieu 25 qui parle d’un tri entre les brebis et les chèvres a alimenté l’imaginaire sur le jugement dernier. Pourtant ce texte appartient plus au genre littéraire de la parabole et il vient illustrer comme les trois paraboles précédentes le discours de Jésus sur la nécessité de veiller parce que personne ne connaît ni le jour ni l’heure de la venue du Fils de l’homme. Et dans ce texte les bénis qui reçoivent en partage le Royaume de Dieu ont exercé la justice mais sans le savoir et vice-versa pour les maudits. Cette parabole veut surtout mettre en évidence que la foi véritable en Christ est une foi vécue dans les relations avec le monde, avec le prochain, et non pas simplement une foi confessée du bout des lèvres. Paul ne dit pas autre chose quand il écrit que la foi engage dans les œuvres, bien que les œuvres ne justifient pas.

Matthieu 25,31-46 « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, accompagné de tous les anges, alors il siégera sur son trône de gloire. Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres. Il placera les brebis à sa droite et les chèvres à sa gauche. Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi.” Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire ? Quand nous est-il arrivé de te voir étranger et de te recueillir, nu et de te vêtir ? Quand nous est-il arrivé de te voir malade ou en prison, et de venir à toi ?” Et le roi leur répondra : “En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait !” Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : “Allez-vous-en loin de moi, maudits, au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’ai eu soif et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais un étranger et vous ne m’avez pas recueilli ; nu, et vous ne m’avez pas vêtu ; malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.” Alors eux aussi répondront : “Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé ou assoiffé, étranger ou nu, malade ou en prison, sans venir t’assister ?” Alors il leur répondra : “En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait.” Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes à la vie éternelle. »

 

Des ténèbres à la lumière - [Textes bibliques]

La séquence du dialogue avec Nicodème se termine par un développement sur le jugement. L’évangéliste emploie le langage symbolique et oppose la lumière, une des figures de Jésus, aux ténèbres. La boucle est ainsi bouclée : Nicodème venait vers Jésus dans la nuit et à la fin, le lecteur avec lui est placé devant le choix d’aller vers la lumière ou rester dans les ténèbres.

Jean 3,19-21 « Et le jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré l’obscurité à la lumière parce que leurs œuvres étaient mauvaises. En effet, quiconque fait le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de crainte que ses œuvres ne soient démasquées. Celui qui fait la vérité vient à la lumière pour que ses œuvres soient manifestées, elles qui ont été accomplies en Dieu. »

La trajectoire johannique - [Aller plus loin]

Jean ZUMSTEIN, « Pluralité et autorité des écrits néotestamentaires », in: Miettes exégétiques, Genève: Labor et Fides, 1991, p395.

« Dans le panorama néotestamentaire, le monde johannique frappe par sa singularité. Nous voici aussi éloigné de la trajectoire paulinienne que du concert synoptique. Ce particularisme n’est pas un phénomène tardif. Les traditions qui précèdent le quatrième évangile et qui en constitueront la matière, s’imposent déjà par leur originalité. Excepté la guérison du fils de l’officier royal (Jean 4,43-54), la multiplication des pains (Jean 6,1-15) et la marche sur la mer (Jean 6,16-21), les récits de miracles johanniques, considérés maintenant comme des « signes », forment un univers à part. Semblablement les grands discours d’auto-révélation du Christ johannique, même s’ils monnayent toute une série de logia connus sous une autre forme par les synoptiques, n’ont pas d’équivalent dans le Nouveau Testament. Enfin, le récit de la Passion et le cycle pascal, en dépit de certaines accointances avec le texte de Luc, suivent leur propre chemin.De cette efflorescence traditionnelle, qui atteste un milieu de production fécond, va naître un évangile fort différent des trois premiers : tandis que sa trame narrative se raréfie, il est résolument attaché à célébrer et à confesser dans la lumière de Pâques et selon le témooignage du Paraclet celui qui est désormais le Seigneur.Pour la première fois naît une œuvre qui a conscience d’être un livre. La conclusion est en effet libellée en ces termes : « Jésus a donc fait devant les disciples beaucoup d’autres signes qui ne se trouvent pas écrits dans ce livre. Ceux-là ont été écrits pour que vous croyez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie par son nom » (Jean 20,30-31). La rédaction johannique témoigne ainsi d’un nouveau degré de conscience : l’évangile se veut et se sait une Ecriture dont la fonction est d’appeler à la foi et, ce faisant, de donner la vie. Désormais, le destin de la communauté des croyants est lié à un livre par la lecture duquel advient le Christ. » .

Le projet théologique de l’évangile selon Jean - [Aller plus loin]

Jean ZUMSTEIN, « Visages de la communauté johannique », in: Miettes exégétiques, Genève: Labor et Fides, 1991, pp. 291-293:

« Il convient tout d’abord de rappeler la visée rhétorique de l’évangile. La thèse historique que nous avons posée –les destinataires sont les chrétiens johanniques exclus de la synagogue– implique que l’écrit n’est pas missionnaire, mais qu’il est destiné au cercle des croyants. Ce jugement est soutenu par les moyens rhétoriques qui sont mis en œuvre par le texte. Le langage symbolique avec ses doubles sens, ses allusions et ses renvois n’est accessible qu’à un public d’initiés. Semblablement l’ironie qui traverse le récit suppose une connivence entre l’auteur et ses destinataires. Adressé à des croyants, l’évangile l’est pour les appeler à croire, comme le souligne la conclusion de Jean 20,30-31. Le paradoxe n’est qu’apparent : toute la construction de l’évangile est articulée autour de ce croire ou de ce « mieux croire ».

Si le quatrième évangile est la médiation d’une structuration de la foi, l’instrument permettant de passer d’une foi insuffisante à une foi accomplie (…) quel est l’objet de cette structuration, de cet approfondissement ? La conclusion de Jean 20,30-31 montre clairement qu’il y va de l’identité christologique. La recherche récente, qui a abondamment mis en exergue la « haute christologie » dans le quatrième évangile par opposition à la « basse christologie », a certainement vu juste à condition de ne pas immédiatement voir dans la haute christologie un aboutissement historique.

Cette haute christologie est formulée de façon programmatique dans le prologue où s’annonce le point de vue du narrateur sur la narration : dans le Christ méconnu, refusé et rejeté par le monde, il s’agit de discerner le logos pré-existant, médiateur de la création, source de toute grâce et exclusive narration de Dieu. La connaissance de cette pleine identité christologique est évidemment porteuse de la « vie éternelle » au sens johannique.

L’organisation du récit, qui n’est pas d’abord dramatique (la courbe dramatique est faible dans l’évangile) mais thématique, soutient la thèse posée. Les récits de la première partie de l’évangile [chapitres 1 à 12] s’efforcent toujours de saisir le lecteur à un premier niveau d’affirmation pour l’emporter vers la pleine connaissance du Révélateur. Et l’on pourrait même ajouter que dans ces parcours de foi sans cesse repris se produit un processus de gradation, particulièrement perceptible dans l’enchaînement des signes johanniques [les 7 signes opérés par Jésus et rapportés dans l’évangile]. La deuxième partie de l’évangile qui figure la révélation de Jésus devant les siens ajoute une nouvelle dimension à cette élucidation de la pertinence de la foi en abordant la question post-pascale par excellence : comment celui qui part nous est-il rendu ? Comment l’absent est-il présent ?

Les malentendus et les séquences ironiques qui ponctuent le récit sont là pour orienter le lecteur, pour lui faire prendre distance par rapport au déroulement de l’intrigue et l’instruire du sens des évènements et des paroles qui sont en train d’être portés au langage. (…) [Ces] deux procédés (…) sont investis pour dire l’identité du Christ (la plupart des malentendus portent sur la mort, la résurrection et la glorification du Fils tandis que la plupart des passages ironiques concernent l’origine, l’identité, la pratique et la passion de Jésus). Enfin, toujours d’un point de vue narratologique, rappelons que les personnages de l’évangile sont autant d’expressions de l’éventail des réponses possibles face à Jésus et, à ce titre, des postes ouverts au lecteur dans le déroulement du récit. »

Nicodème, le niais - [Aller plus loin]

Le nom de « nicodème » a été employé jusqu’au début du XXème siècle pour désigner un personnage niais en référence au dialogue de Nicodème et Jésus dans l’évangile selon Jean.

Article du Trésor de la Langue Française, en ligne:NICODÈME, subst. masc.Fam. Homme simple et niais. Je suis allé aux Tuileries, où j'ai trouvé ce nicodème de Wagner (STENDHAL, Journal, 1805, p.34). Si les Nicodèmes qui le font filer n'étaient pas aussi bêtes que canailles, ils auraient depuis longtemps la clef de cet ineffable mystère (CLEMENCEAU, Iniquité, 1899, p.359).Prononc. et Orth.: []. Att. ds Ac. dep. 1835. Étymol. et Hist. 1662 ce pauvre Nicodeme (RICHER, Ovide bouffon, 172 ds BRUNOT t.4, p.490); 1690 un Nicodème (REGNARD, Filles errantes, I, 10, ibid.). De Nicodème (gr. ) nom d'un pharisien qui alla consulter de nuit le Christ pour lui poser certaines questions naïves; il fut représenté en 1458, dans le Mystère de la Passion d'Arnoul Gréban (cf. éd. G. Paris et G. Raynaud, seconde journée, pp.150-151) comme un personnage borné, d'où le sens de «simple d'esprit; un peu niais», v. aussi nigaud, nicaise, niquedouille.

Jésus et Nicodème - [Culture]

culture Jésus et Nico

 

Tableau de Crijn Hendricksz Volmarijn (1601–1645)

Nicodème associé à la mort de Jésus - [Culture]

culture Jésus mort

Nicodème: une pièce de théâtre - [Culture]

Lefebvre, Philippe (1937-....), Nicodème [Texte imprimé], Nancy, impr. Hélio-service, 2014, 27 pages.

Voici ce que l’auteur, ancien universitaire de la faculté de lettres de Nancy, en dit: “Le texte de Nicodème me fascine depuis longtemps. Voici l’exemple unique d’un intellectuel qui demande un entretien à Jésus parce qu’il cherche à comprendre... et Jésus le prend au sérieux.”

Gnose/Gnostique

Ce terme, qui signifie " connaissance " en grec, désigne au début de l'ère chrétienne la connaissance portant sur l'essentiel, à savoir les mystères divins. Cette connaissance dépasse la simple foi. Pour les gnostiques, elle est acquise par initiation et elle garantit le salut

Incarnation

Il s'agit d'un mot qui vient du latin et veut dire "prendre chair". Le mot ne fait pas partie du vocabulaire du Nouveau Testament bien que ce soit son message central : Dieu s'est fait homme en Jésus Christ. Il a ainsi accepté tout ce que comporte une vie humaine jusque dans sa fragilité et sa mort.

Tétragramme

C'est par les quatre consonnes appelées "tétragramme" (quatre lettres) YHWH que le Dieu d'Israël est désigné (on trouve aussi YHVH ou IHVH selon les auteurs). Aux quatre consonnes on a ajouté les voyelles du mot hébreu adonaï (mon Maître, mon Seigneur). Le tétragramme ne se prononce pas. Quand on lit le texte hébreu, on prononce "adonaï" d'après les voyelles ajoutées.

Apocryphes

Mot qui signifie " caché " et s'applique à certains livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. Concernant l'Ancien Testament, la Réforme a considéré tout livre qui ne figure pas dans la Bible hébraïque comme " apocryphe ". Quant au Nouveau Testament, " apocryphe " est employé par les Eglises chrétiennes pour désigner des livres datant des premiers siècles de l'Eglise et qui n'ont pas été retenus dans le canon biblique.

Talmud

Vient du mot hébreu qui signifie "enseignement", "leçon". Talmud est le titre d'un recueil de la tradition rabbinique composé entre le 1er siècle et le 5e siècle. Il contient toute la tradition juive sous forme de discussions, de légendes, de paraboles et de débats. Il est composé de la "Mishna" (la tradition littéraire) et de la "Gemara" (les commentaires).

Parole

Au premier siècle imprégné de philosophie stoïcienne, ce terme (logos), en tant que nom propre, désigne la Raison, le Principe qui gouverne le monde. Dans la culture juive de ce temps, cette notion trouve son pendant dans la figure de la Sagesse (sophia) personnifiée, comme " messagère " de Dieu à travers la loi de Moïse mais aussi, dans une certaine mesure, à travers la raison universelle. Jean préfère le terme logos (verbe, parole) qui renvoie plus directement à la tradition biblique (notamment prophétique : cf. Esaïe 55), et qui évoque mieux le processus de communication en lequel consiste la venue de Dieu dans le monde.
Car la rupture catégorique (et dans une certaine mesure scandaleuse) de Jean avec les idées de son temps, consiste à dire que " le Verbe a été fait chair " (Jean 1,14a). Autrement dit, Dieu est devenu un homme, plus précisément cet homme-là : Jésus de Nazareth. Ce paradoxe est inadmissible pour la sagesse humaine, et Jean le sait : " les ténèbres ne l'ont point comprise " (1,5b).

Loi

La Loi est l'ensemble des prescriptions données par Dieu à son peuple pour l'aider à vivre. Les principales, " dix commandements " ou " dix paroles " se trouvent en Exode 20,1-17 et en Deutéronome 5,6-22. Le livre du Deutéronome (terme qui vient du grec et signifie " seconde loi ") est le livre de la loi qui permet au peuple de vivre devant Dieu. La loi n'a sa raison d'être que par le rappel de la libération du peuple par Dieu et par l'affirmation par Dieu qu'il est un Dieu qui libère. C'est bien entendu à cette Loi que les auteurs du Nouveau Testament se réfèrent.

Eschatologie

Ce terme désigne, littéralement, la doctrine de la chose dernière (du grec eschatos, dernier, et logos, discours), ce qui touche à la fin du monde. Israël a toujours été tourné vers l'avenir, et l'Ancien Testament parle de ce temps où Dieu rétablira la justice et la paix. Dans le Nouveau Testament, Jésus annonce que le Royaume de Dieu est déjà là. Mais ce Royaume ne sera réalisé qu'à la fin des temps quand le Christ reviendra. Par extension, est aussi appelé eschatologique un événement attendu pour la fin des temps et qui s'est déjà produit (la venue du Christ : 1Corinthiens 10,11 ; Hébreux 1,2 ; 1Pierre 1,20), ou une réalité future dont on vit déjà même si elle n'a pas encore entièrement déployé ses effets (le salut reçu et encore espéré : Romains 8,24). Ainsi, en théologie, le terme " eschatologie " rassemble tout ce qui concerne l'espérance chrétienne dans sa plénitude présente et à venir, l'accomplissement, l'achèvement dans le temps et l'espace de l'œuvre de salut de Dieu. La théologie des Réformateurs accentuera une approche plus existentielle de cette notion, centrée sur l'œuvre du Christ pour le croyant. Ainsi pour Luther, la foi qui justifie est une réalité réellement eschatologique.

Pharisien

D'un mot hébreu qui signifie " séparé ", il désigne un des courants religieux juifs. Celui-ci met l'accent sur l'étude et le respect de la loi divine écrite. Les pharisiens sont des hommes pieux, vertueux, très soucieux d'appliquer la loi de Dieu et de se garder des impuretés rituelles. Pour vivre la sainteté de Dieu, il fallait être " séparé " des autres. Il s'est trouvé en forte opposition avec le christianisme naissant notamment autour de la question du respect de la Loi comme condition d'accès à Dieu. Au fil des ans, le terme " pharisien " a pris une connotation péjorative pour désigner tout comportement hypocrite. On parle même de " pharisaïsme ".

Canon

Le mot, d'origine grecque, signifie " roseau ", " règle ". Il a été utilisé pour désigner la liste des livres juifs puis chrétiens reconnus comme normatifs pour la foi chrétienne. La délimitation du canon biblique fut un processus de discernement progressif, non sans hésitations et différences entre les communautés locales. En présence de deux canons juifs de l'Ancien Testament (celui des Juifs de Palestine rédigé en hébreu ou araméen et la version grecque dite des Septante) l'Eglise chrétienne adopta la version grecque contenant les livres deutérocanoniques. Au 16e siècle, les Eglises de la Réforme revinrent à la version en hébreu.

Apocalyptique

Le terme apocalyptique a pris en français le sens de catastrophe très violente évoquant la fin du monde. Dans la Bible ce terme se rapporte bien à la fin des temps, mais il signifie " dévoiler ", " révéler ". En mettant en scène le dévoilement de la vérité à la fin des temps, la littérature apocalyptique cherche à révéler un sens profond derrière les événements de l'histoire. Il ne s'agit donc pas de prédictions mais d'une interprétation de l'histoire qui réorganise la vision du monde et de l'univers. La littérature apocalyptique se caractérise par :

  • La pseudonymie : ces écrits sont placés sous l'autorité d'un grand personnage du passé qui dévoile le plan de Dieu selon un calendrier, des origines à la fin de l'histoire
  • L'ésotérisme : les révélations sont exprimées en langage codé
  • Le monde et le temps sont coupés en deux, d'un côté le monde actuel qui va vers sa fin, de l'autre le monde et le temps de Dieu
  • Le déterminisme : tout est déjà écrit

Pentateuque

Le Pentateuque (le mot signifie les cinq rouleaux) comprend les cinq premiers livres de l'Ancien Testament : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome. Dans la tradition juive, ces cinq livres sont désignés comme "la Loi". Ce sont en effet des livres qui contiennent beaucoup de règles et de commandements. Cependant, le mot "loi" traduit le mot hébreu "torah" formé sur le verbe "enseigner". La loi enseigne comment vivre en obéissant à ce que Dieu veut. Dans les cinq premiers livres de la Bible, les récits et les lois sont liés. Les récits enseignent ce qu'est la vie en relation avec Dieu et avec les autres.

Sanhédrin

Le sanhédrin est l'assemblée suprême du peuple juif, ayant autorité dans les domaines religieux, administratif et judiciaire. Son nom n'est pas d'origine hébraïque mais dérive du grec sunédrion, signifiant « assemblée qui siège ». Il est présidé par le Grand prêtre.

Evangiles synoptiques

Synoptique vient d'un terme grec qui signifie « voir ensemble » (syn=ensemble et opsis=le regard/la vue). Les trois évangiles selon Matthieu, Marc et Luc sont appelés synoptiques car ils présentent suffisamment de ressemblances pour qu'on puisse les "regarder ensemble". Ils sont composés de petites unités narratives bien individualisables, dont un grand nombre figure dans deux ou trois de ces évangiles. L'évangile selon Jean apparaît d'emblée comme différent dans son style et sa structure.

Dans la recherche biblique, on parle de "synopse" quand on place des récits qui se ressemblent sur plusieurs colonnes pour les comparer.

Chair

Dans les lettres de Paul, la notion de « chair » désigne la condition humaine, sans connotation négative a priori. A travers cette notion Paul entend la matérialité de la vie d’un individu, qui est toujours un corps agissant dans un espace, un temps et un milieu donnés. Ainsi la chair ou la condition charnelle prend différents sens suivant le contexte. Sous la plume de Paul, cette notion apparaît le plus fréquemment dans la lettre aux Romains et dans la lettre aux Galates quand il décrit en quoi notre condition humaine nous tient prisonniers. Elle est alors présentée en opposition avec l’Esprit de Dieu. Il ne faut donc pas comprendre cette opposition comme un combat entre la chair qui serait mauvaise et ce qui relèverait du spirituel en l’homme. Pour Paul, il n’y a pas d’opposition en l’homme entre chair et esprit. C’est bien la personne humaine qui est prisonnière dans la « chair », essentiellement parce qu’elle veut être à elle-même sa propre référence.

Glorifier/Gloire

La gloire comme manifestation de la présence de Dieu est constamment présente dans la Bible hébraïque comme dans le Nouveau Testament. Par contre dans le Nouveau Testament, le verbe « glorifier » se trouve essentiellement dans l’évangile selon Jean. Dire que Jésus est glorifié par Dieu sur la croix signifie que Dieu l’associe à lui-même. Il lui fait partager sa gloire éternelle. C’est une autre façon de parler de la résurrection. Il est dit aussi que le Fils a glorifié le Père. Cette réciprocité signifie que pendant son ministère terrestre et sur la croix Jésus a révélé la gloire ou la présence de Dieu comme Père.

Communauté johannique

Cette expression désigne la communauté dans laquelle et pour laquelle l’évangile de Jean a été rédigé (« johannique » vient de Jean). La critique historique et exégétique estime que cette communauté johannique s’est constituée en Syrie et s’est déplacée ensuite en Asie Mineure. Cette communauté a dû connaître des conflits importants avec le judaïsme synagogal en Syrie au moment de la séparation entre Juifs et chrétiens. Cela expliquerait le ton polémique des discussions entre Jésus et les Pharisiens rapportées dans l’évangile, ainsi que l’insistance sur l’hostilité des autorités juives vis-à-vis de Jésus. L’évangile selon Jean a pour but d’affermir la foi de cette communauté éprouvée.

Intertestamentaire

L’adjectif intertestamentaire qualifie globalement l'ensemble des textes littéraires issus de la société juive entre le 3e siècle av. J.C. et la fin du 1er siècle chrétien, qui, exclus des livres dits canoniques, ont avec la Bible des harmoniques ou résonances évidentes. Les écrits intertestamentaires sont rédigés en grec ou en hébreu.