Module La spiritualité aujourd'hui



Seul devant Dieu avec les autres



Seul devant Dieu... avec les autres

C'est par Jésus-Christ seul que nous sommes frères et sœurs les uns des autres. Je suis le frère de mon prochain à cause de ce que Jésus-Christ a fait pour moi ; mon prochain est mon frère à cause de ce que Jésus-Christ a fait pour lui. Ce qui est décisif ici, ce qui fonde vraiment notre communauté, ce n'est pas ce que nous pouvons être en nous-mêmes, avec toute notre vie intérieure et toute notre piété, mais ce que nous sommes par la puissance du Christ. Vouloir davantage que ce que le Christ a établi entre nous, ce n'est pas désirer une fraternité chrétienne, c'est s'en aller à la recherche de je ne sais quelles expériences communautaires inédites qu'on pense trouver dans l' Eglise parce qu'on ne les a pas trouvées ailleurs. Il est de toute importance de prendre conscience dès le début que, tout d'abord, la fraternité chrétienne n'est pas un idéal humain, mais une réalité donnée par Dieu ; et ensuite, que cette réalité est d'ordre spirituel et non pas d'ordre psychique. Que celui qui ne sait pas être seul se garde de la vie communautaire. Il ne pourra que lui nuire et se nuire à lui-même. Tu étais seul devant Dieu lorsqu'il t'a appelé et seul tu as dû répondre à son appel. Mais l'inverse est aussi vrai : que celui qui ne sait pas vivre en communauté se garde de la solitude. C'est dans l'Eglise que tu as été appelé et cet appel ne t'a pas été adressé à toi seul. En méprisant la communion fraternelle, tu rejettes l'appel de Jésus-Christ et ta solitude devient pour toi un malheur.

Dietrich Bonhoeffer


  • Qu'évoquent pour vous les mots " communauté ", " frère " ou " sœur " et " fraternité " ?
  • Nos contemporains, vous semblent-ils déçus ou satisfaits par le vécu communautaire des Eglises ? Sont-ils en recherche d'autres expériences communautaires ? Sous quelles formes ?
  • Que signifie ici le mot " communion " ? Signifie-t-il la même chose pour vous ?

Cliquez sur les termes soulignés : les notices s’affichent en dessous de ce texte

Seul devant Dieu... avec les autres

C'est par Jésus-Christ seul que nous sommes frères et sœurs les uns des autres. Je suis le frère de mon prochain à cause de ce que Jésus-Christ a fait pour moi ; mon prochain est mon frère à cause de ce que Jésus-Christ a fait pour lui. Ce qui est décisif ici, ce qui fonde vraiment notre communauté, ce n'est pas ce que nous pouvons être en nous-mêmes, avec toute notre vie intérieure et toute notre piété, mais ce que nous sommes par la puissance du Christ. Vouloir davantage que ce que le Christ a établi entre nous, ce n'est pas désirer une fraternité chrétienne, c'est s'en aller à la recherche de je ne sais quelles expériences communautaires inédites qu'on pense trouver dans l' Eglise parce qu'on ne les a pas trouvées ailleurs. Il est de toute importance de prendre conscience dès le début que, tout d'abord, la fraternité chrétienne n'est pas un idéal humain, mais une réalité donnée par Dieu ; et ensuite, que cette réalité est d'ordre spirituel et non pas d'ordre psychique. Que celui qui ne sait pas être seul se garde de la vie communautaire. Il ne pourra que lui nuire et se nuire à lui-même. Tu étais seul devant Dieu lorsqu'il t'a appelé et seul tu as dû répondre à son appel. Mais l'inverse est aussi vrai : que celui qui ne sait pas vivre en communauté se garde de la solitude. C'est dans l'Eglise que tu as été appelé et cet appel ne t'a pas été adressé à toi seul. En méprisant la communion fraternelle, tu rejettes l'appel de Jésus-Christ et ta solitude devient pour toi un malheur.

Dietrich Bonhoeffer


Après étude du texte, nous vous proposons une série de questions qui vous permettront d'actualiser le texte, et de faire de ce récit le vôtre
(nb : les visuels associés aux questions sont uniquement présents pour vous inspirer, mais ne constituent pas un élément de réponse)

Partager avec l'équipe Théovie vos réflexions


  • 20040112231342


    Quand une communauté devient-elle une secte ? Où sont les limites, la différence ? Qu'est-ce qui peut empêcher qu'elle dégénère ainsi ?

  • 20040112231515


    Pour soutenir et développer la foi, qu'est-ce qui est le plus important : la relation personnelle, directe à Dieu ou le vécu et le partage avec d'autres ? S'il y a complémentarité entre les deux, essayez de dire comment l'une complète l'autre

  • 20040112231643


    Comment comprenez-vous le mot "individualisme" ? En quoi l'individualisme peut-il être une attitude positive ? En quoi peut-il être négatif ?

  • 20040112231847


    Auriez-vous des exemples à partager où un groupe, une communauté, la société ont enrichi la vie de l'individu, ou au contraire, porté atteinte à sa liberté ?



Envoyer à l'équipe Théovie

Envoyer à l'équipe Théovie

Envoyer à l'équipe Théovie

Envoyer à l'équipe Théovie

Soyez acteur de votre lecture


  • Comment ce texte comprend-il le mot prochain ? Le comprenez-vous de cette manière ?
  • Que signifie pour vous cette affirmation de Bonhoeffer : " entre le prochain et moi, il y a Jésus-Christ " ? Quelles conséquences cela a-t-il ?
  • Qu'apporte au croyant la vie communautaire qu'il ne peut trouver dans une relation solitaire à Dieu ?
  • En quoi la solitude du croyant devant Dieu vous paraît-elle une bonne chose ? Quelles en sont les limites ?
  • Quels sont les sens du mot " communion " dans le dictionnaire ? Recherchez aussi dans la Bible différents emplois de ce mot. Quel lien y a-t-il entre les différentes réponses ?

Un peu de culture...

Chansons

  • Chanson de Georges Moustaki
    " Ma solitude "

    Pour avoir si souvent dormi
    Avec ma solitude
    Je m'en suis fait presqu'une amie
    Une douce habitude
    Ell' ne me quitte pas d'un pas
    Fidèle comme une ombre
    Elle m'a suivi ça et là
    Aux quatre coins du monde

    Non, je ne suis jamais seul
    Avec ma solitude

    Quand elle est au creux de mon lit
    Elle prend toute la place
    Et nous passons de longues nuits
    Tous les deux face à face
    Je ne sais vraiment pas jusqu'où
    Ira cette complice
    Faudra-t-il que j'y prenne goût
    Ou que je réagisse?

    Non, je ne suis jamais seul
    Avec ma solitude

    Par elle, j'ai autant appris
    Que j'ai versé de larmes
    Si parfois je la répudie
    Jamais elle ne désarme
    Et si je préfère l'amour
    D'une autre courtisane
    Elle sera à mon dernier jour
    Ma dernière compagne

    Non, je ne suis jamais seul
    Avec ma solitude
    Non, je ne suis jamais seul
    Avec ma solitude.

  • Chanson de Jacques Brel
    " Seul "

    On est deux mon amour
    Et l'amour chante et rit
    Mais à la mort du jour
    Dans les draps de l'ennui
    On se retrouve seul

    On est dix à défendre
    Les vivants par des morts
    Mais cloués par leurs cendres
    Au poteau du remords
    On se retrouve seul

    On est cent qui dansons
    Au bal des bons copains
    Mais au dernier lampion
    Mais au premier chagrin
    On se retrouve seul

    On est mille contre mille
    A se croire les plus forts
    Mais à l'heure imbécile
    Où ça fait deux mille morts
    On se retrouve seul

    On est million à rire
    Du million qui est en face
    Mais deux millions de rires
    N'empêchent que dans la glace
    On se retrouve seul

    On est mille à s'asseoir
    Au sommet de la fortune
    Mais dans la peur de voir
    Tout fondre sous la lune
    On se retrouve seul

    On est cent que la gloire
    Invite sans raison
    Mais quand meurt le hasard
    Quand finit la chanson
    On se retrouve seul

    On est dix à coucher
    Dans le lit de la puissance
    Mais devant ces armées
    Qui s'enterrent en silence
    On se retrouve seul

    On est deux à vieillir
    Contre le temps qui cogne
    Mais lorsqu'on voit venir
    En riant la charogne
    On se retrouve seul.


Iconographie

" Solitude " de Marc Chagall, 1933, Huile sur toile, Musée de Tel-Aviv :
https://uploads6.wikiart.org/images/marc-chagall/solitude-1933.jpg

 

Rembrandt

Rembrandt

 


Echangeons !

?Questions?       !Découvertes!       ...Hésitations... Participez aux forums de discussion sur les différentes formations
Carte des groupes Trouvez un groupe près de chez vous
Livre d'or Partagez vos impressions sur le livre d'or Théovie
Soutenir Théovie

Frères et soeurs les uns des autres - [Clés de lecture]

20040116225313

A travers cette formule, Bonhoeffer renvoie à un principe essentiel de la Réforme : le sacerdoce universel. " Sacerdoce " désigne la fonction du prêtre. Elle consiste à être l'intermédiaire entre Dieu et les hommes. Pour le protestantisme, ce rôle est réellement " universel " : tous les chrétiens peuvent l'assumer, sans aucune distinction d'état entre les baptisés. Il n'y a pas de sacerdoce particulier (sacerdoce ministériel), celui du prêtre pourvu d'un pouvoir sacré, différent du sacerdoce de tous les baptisés. Luther écrit : " Nous sommes absolument tous consacrés prêtres par le baptême ". Chaque chrétien est appelé à présenter Dieu au monde (par l'annonce de la Parole, le témoignage, le service) et le monde à Dieu (par la prière). Chacun reçoit du Christ cette mission et cette responsabilité. Au bénéfice de l'œuvre du Christ, chacun est appelé à en témoigner au cœur du monde et auprès des autres chrétiens. La réciprocité soulignée dans le texte est essentielle. " Le sacerdoce universel, c'est ce miracle qui fait qu'un frère, une sœur, devient soudain pour moi le visage du Christ, et que je suis appelé à l'être moi aussi pour lui, pour elle " (Laurent Schlumberger). Pour autant le sacerdoce universel ne signifie pas qu'il n'y ait pas de ministères particuliers exercés dans l'Eglise.

Communauté - [Clés de lecture]

20040116225522

Le mot " communauté " est absent du Nouveau Testament. Il désigne ici la communauté chrétienne c'est-à-dire l'Eglise. Lorsque la Parole de Dieu est annoncée et reçue dans la foi, surgit l'Eglise. Elle rassemble des individus différents et pourtant unis à cause de leur foi commune au Christ. Nul ne peut en déterminer les limites que Dieu seul connaît. Elle prend toutefois visage dans des communautés locales même si ces regroupements visibles ne recouvrent jamais la réalité entière de l'Eglise. Les Réformateurs diront que l'Eglise véritable est " invisible ". La communauté n'existe pas, ni ne se maintient, par nos efforts, nos actes religieux ou notre bonne volonté. C'est un don de Dieu.

Fraternité chrétienne - [Clés de lecture]

20040116225637

Le Christ, " premier-né d'une multitude de frères " (Romains 8,29) établit entre celles et ceux qui croient en lui des liens de fraternité. Ainsi les croyants sont considérés comme faisant partie " de la famille de Dieu " (Ephésiens 2,19). Le terme de " frère " ou " sœur " est employé fréquemment dans le Nouveau Testament pour parler des chrétien(ne)s. Ils sont frères et soeurs les uns les autres, parce que le Christ, en leur révélant Dieu son Père, les associe à son statut de Fils. Ce lien fraternel est caractérisé par l'amour. Mais cet amour ne naît pas de l'effort des hommes ou de leur désir d'instaurer par eux-mêmes une communauté. Ce n'est pas un idéal humain, mais un don de Dieu. Pour autant, ce don de Dieu ne démobilise pas le croyant mais il l'appelle à poser les signes concrets de cette fraternité.

Expériences communautaires - [Clés de lecture]

20040116225723

Bonhoeffer fait remarquer que certains peuvent rêver d'une " communauté pieuse ", dont les membres fabriquent eux-mêmes une " atmosphère d'expériences bienfaisantes et d'exaltation pieuse qui nous enivre ". On recherche alors, et on tend à créer par les efforts humains, des émotions sentimentales. Mais alors la foi et la piété peuvent devenir une nouvelle loi et maintenir dans une logique des oeuvres. La déception qu'engendre la réalité communautaire est salutaire, écrit Bonhoeffer, " car elle nous fait comprendre que nous ne pouvons absolument pas compter pour vivre ensemble, sur nos propres paroles, sur nos propres actions, mais uniquement sur la Parole et sur l'Action qui nous lient les uns aux autres, à savoir le pardon de nos péchés par Jésus-Christ. La vraie communauté chrétienne est à ce prix : c'est quand nous cessons de rêver à son sujet qu'elle nous est donnée. "

Eglise - [Clés de lecture]

20040116225814

Le mot Eglise vient de la racine " assembler ", " rassembler ". Il s'utilise dans différents sens, voisins mais distincts. Il peut désigner au moins quatre réalités :

  • Le bâtiment où se rassemblent les fidèles et où on célèbre le culte (dans ce cas on met une minuscule).
  • Les personnes qui se rassemblent, l'assemblée qui se réunit, les communautés particulières.
  • L'ensemble des chrétiens : ainsi le Nouveau Testament compare l'Eglise au corps du Christ ou à son épouse, images qui entendent souligner le lien étroit entre le Christ et l'Eglise ; en ce sens, on parle de l'Eglise au singulier (elle regroupe tous les fidèles, à travers le temps et l'espace).
  • Une institution ou une organisation religieuse chrétienne : on parle de l'Eglise réformée de France, de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace et de Lorraine, de l'Eglise orthodoxe grecque, de l'Eglise catholique romaine. Dans ce cas, on parle des Eglises au pluriel.
    La compréhension de l'Eglise (on parle alors d' ecclésiologie) est aujourd'hui l'un des enjeux principaux du dialogue œcuménique. C'est en effet ce point qui demeure l'une des différences fondamentales entre les grandes confessions chrétiennes. Pour les protestants, l'Eglise du Christ, Eglise invisible, ne coïncide pas avec les formes visibles des Eglises particulières. Pour les catholiques, par contre, l'Eglise du Christ s'identifie à l'Eglise catholique romaine.

D'ordre spirituel - [Clés de lecture]

Spirituel vient de " esprit ". Les mots ruah en hébreu et pneuma en grec, traduits par " esprit " dans la Bible, sont des termes concrets qui évoquent le vent, le souffle. L'Esprit de Dieu, dans l'Ancien Testament peut donc bouleverser comme un vent ou animer de l'intérieur comme un souffle. Dans le Nouveau Testament, l'Esprit est appelé : Esprit de Dieu, Esprit Saint, Esprit du Seigneur, du Christ, du Fils. Il a de multiples fonctions. Il rend présent le Ressuscité à l'oeuvre dans la vie des croyants (Galates 4,6) qui sont appelés à vivre selon l'Esprit (Romains 8,1s). Il est donné aux apôtres pour en faire des témoins, des porteurs de la Parole du Christ (Actes 2). L'Esprit descend sur des païens convertis qui sont reconnus comme " frères " à part entière par les chrétiens d'origine juive (Actes 10,35). En relation avec le texte de Bonhoeffer, il faut souligner que l'une des principales fonctions du Saint-Esprit est de provoquer l'apparition de l'Eglise. " L'Esprit sans l'Eglise serait une force sans moyen d'action. L'Eglise sans l'Esprit serait un corps sans principe de vie. " (Ph-H. Menoud). C'est pourquoi dans le Nouveau Testament, l'Esprit et l'Eglise sont toujours ordonnés l'un à l'autre et inséparables l'un de l'autre. On a souvent remarqué que dans le livre des Actes le sujet principal ce ne sont pas les apôtres mais l'Esprit qui édifie et fait grandir l'Eglise (9,31), inspire les décisions pour maintenir son unité (15,28), qui oriente la mission, établit les ministères (6,6 ; 20,8)

20040116225919

Seul - [Clés de lecture]

20040116230032

Le protestantisme souligne que c'est la personne dans sa singularité et sa solitude qui est rencontrée par le Christ. La Parole du Christ atteint l'individu personnellement et l'appelle. Ce face à face individuel avec Dieu est décisif. Mais cette rencontre ne laisse pas l'individu dans sa solitude première et essentielle devant Dieu, puisque dans le même mouvement, elle l'intègre à la communauté des croyants. Elle est le rassemblement de celles et ceux qui ont été personnellement rencontrés et appelés par Jésus Christ. Le lien personnel à Dieu est premier par rapport à l'appartenance communautaire. Et chacun, même relié aux autres, est toujours appelé à rester dans un lien direct à Dieu notamment par la lecture personnelle de la Bible, la recherche de son actualisation, la prière, la confession du péché à Dieu sans intermédiaire. La communauté est donc constituée d'individus qui écoutent personnellement Dieu et ainsi la construisent chacun de façon responsable. Elle ne peut donc pas être le lieu où le croyant se réfugie pour échapper à lui-même et aux questions ultimes (le sens de l'existence, la mort). La communauté, si elle nourrit la foi de l'individu, le renvoie aussi au face-à-face solitaire avec Dieu. Le protestantisme développe ainsi un aller-retour et une tension féconde entre, d'une part, la relation personnelle à Dieu, la responsabilité individuelle et, d'autre part, la vie communautaire où, par le soutien et l'éclairage fraternels, sont évités l'écueil du subjectivisme, des dérives sectaires ou de l'isolement identitaire.

Appel - [Clés de lecture]

20040116230105

Au point de départ de la foi il y a la rencontre avec Dieu. Un Dieu personnel, Tout-Autre que l'être humain. Un vis-à-vis qui lui adresse une Parole, une vocation. Le chrétien est une personne qui au travers de la Parole a rencontré le Christ et a entendu son appel à le suivre. Cette interpellation première venant de Dieu fait entrer le croyant dans " la communauté des appelés ", l'Eglise, dont l'étymologie signifie précisément " appeler, assembler, rassembler ". L' appel est vécu dans un rapport individuel à Dieu, mais il envoie toujours le croyant vers les autres croyants pour qu'il partage et enrichisse la vie communautaire. Cette Parole qui offre une vie nouvelle, appelle aussi un changement de vie. Une existence renouvelée en fidélité à la Parole reçue.

Communion fraternelle - [Clés de lecture]

Cette expression désigne l'union de ceux qui ont été appelés par le Christ, et qui de ce fait sont frères. Elle est ici synonyme de " l'Eglise ". Et en effet, pour la Réforme, l'Eglise est fondamentalement " communion ", communion entre Dieu et les croyants et par conséquent communion des croyants entre eux. Dans le Nouveau Testament, le mot communion correspond au terme grec koinônia qui évoque la communion fraternelle entre les disciples ainsi que la communion avec Christ. Mépriser la communion fraternelle en voulant rester un chrétien isolé serait se priver des autres, de leur apport de croyants, de leur témoignage et les priver de ce que soi-même on peut leur apporter à travers la vie communautaire. Les éléments essentiels, constitutifs de la communion fraternelle sont, dans le Nouveau Testament, l'écoute et l'enseignement de la Parole, la prière, le baptême, la participation au repas du Seigneur (appelé Cène), le soutien mutuel, le partage des joies et des peines, ainsi que le partage des biens matériels ou, du moins, l'entraide des uns vis-à-vis des autres.

20040116230217

La réciprocité - [Contexte]

20040116230304

Le principe du sacerdoce universel implique des liens de réciprocité entre les membres de la communauté. Or il est parfois utilisé pour justifier l'individualisme et le refus des exigences de la vie communautaire. Certes le sacerdoce universel souligne très clairement la responsabilité individuelle de chaque croyant devant Dieu, mais il implique aussi, à cause de la foi commune au Christ, la relation avec les autres dans la communauté. Bonhoeffer a dénoncé ce dévoiement individualiste du sacerdoce universel : " Le concept de sacerdoce universel est aujourd'hui individualisé (...) inversé jusqu'à devenir le contraire de ce qu'entendait Luther. " Or poursuit-il " je rencontre le Christ dans mon frère et en Christ seulement je l'entends (...) Dans la communauté, l'un devient le Christ pour l'autre. Les membres ne sont pas détachés les uns des autres... " Loin donc de justifier un repli individualiste, le sacerdoce universel relie le croyant aux autres dans l'Eglise, ouvre un nécessaire espace pour la rencontre, pour le soutien fraternel, pour le débat et parfois la confrontation. Chacun(e) a une égale valeur de parole et un devoir égal d'apprécier celle des autres. Il a donc besoin des frères et des soeurs dans la communauté pour approfondir sa propre fidélité. Cela implique de ne pas éviter les débats de fond qui s'imposent afin d'assumer les différences et les différends et grandir ainsi dans la vraie communion. Or on croit trop souvent, au nom d'un amour fraternel mal compris, devoir dissimuler les divergences et les tensions. Il arrive alors qu'on laisse se détériorer des situations dans le silence au lieu de mettre des mots sur les difficultés.

Sacerdoce universel/ministères - [Contexte]

20040116230454

 

 

 

Pour la Réforme, comme l'écrit Luther, " tous les chrétiens appartiennent vraiment à l'état ecclésiastique ; il n'existe entre eux aucune différence, si ce n'est de la fonction ". Si tous les chrétiens forment un seul corps sacerdotal (une communauté de prêtres), tous les membres du corps n'ont cependant pas la même fonction (d'après le texte de Paul : 1Corinthiens 12). Tous les baptisés sont égaux en dignité devant Dieu, ils n'appartiennent pas à des états différents (comme dans la conception catholique). Pour autant, cela ne signifie pas uniformité ou indistinction des fonctions. Chaque chrétien et l'Eglise dans son ensemble est prêtre devant Dieu, mais cela n'exclut pas que des tâches, une fonction, un service (sens du mot ministère) soient confiés à certains. L' articulation entre le ministère personnel (notamment pastoral) et le ministère de la communauté est essentielle, parfois problématique.

Articulation essentielle, parfois problématique - [Contexte]

20040116230531

Le ministère personnel comme celui de la communauté dépendent directement de Dieu et ont reçu de lui leur vocation. Les ministres ont reçu une vocation personnelle, intérieure et secrète qui est première, et ensuite ils ont reçu de l'Eglise une vocation extérieure et publique par laquelle leur ministère est " reconnu ". Mais la communauté, elle aussi, reçoit de Dieu une vocation, une mission particulière dans le contexte où elle est placée. Il n'y a pas par conséquent de subordination ou de soumission dans un sens ou dans l'autre entre le ministre et la communauté, mais une reconnaissance mutuelle de chaque vocation spécifique. De ce fait dans les Eglises issues de la Réforme calviniste le pasteur est appelé, élu par le conseil presbytéral (lui même élu par la communauté et qui la représente). Celui-ci ne peut exercer son ministère en solitaire, indépendamment de la communauté. Sa liberté et sa responsabilité individuelles demeurent toutefois pleines et entières dans son ministère d'annonce de la Parole. Cette tâche est à exercer comme un ministère (un service : les mots ministre et ministère viennent de minus, petit !) non comme un magistère (fonction d'autorité qui étymologiquement vient de magnus : grand). Toutefois, aucune tâche n'est réservée au seul pasteur : un membre d'Eglise peut présider l'ensemble du culte (liturgie, prédication, célébration de la Cène) et accomplir les actes pastoraux (baptême, mariage, service funèbre) s'il est appelé et formé pour cela par les instance ecclésiales.

Communauté, un mot, plusieurs réalités - [Contexte]

20040116231038

Par le terme " communauté ", le protestantisme désigne souvent la communauté ecclésiale locale. On parle aussi parfois de paroisse (mot d'origine grecque paroikia qui a une connotation territoriale : " groupe d'habitations voisines "), terme et réalité hérités de l'organisation ecclésiale antérieure à la Réforme protestante du 16e siècle. Mais en fait, l'appellation exacte, devrait être " Eglise locale ". Pour le protestantisme français qui vit généralement en situation de dissémination, on organise localement la vie de l'Eglise en petites communautés de proximité géographique, appelées " ecclésioles " ou " Eglises de maison ". En lien, en marge ou en rupture avec les structures des Eglises locales, des expériences communautaires diverses ont ainsi vu le jour. Elles avaient l'ambition de revitaliser l'Eglise en vivant de façon plus radicale la vie communautaire.

Individu et communauté - [Contexte]

20040116230720

La demande de croyance individualisée qui se manifeste aujourd'hui, le désir d'une démarche personnelle en dehors du contrôle des institutions, doivent incontestablement être pris au sérieux. Cela rejoint l'intuition fondamentale de la Réforme protestante qui place chaque croyant devant Dieu sans intermédiaires, ouvrant la voie à une relation d'intimité personnelle avec Dieu. Mais les Réformateurs n'ont pas pour autant oublié d' organiser la vie communautaire. Ils se sont opposés avec véhémence à ce qu'ils considèrent comme des excès de spiritualisme ou des débordements enthousiastes. Aussi ont-ils défendu avec vigueur la légitimité et l'ordre de la communauté ecclésiale. Certes, pour eux la véritable Eglise est invisible. Mais l'Eglise visible est irremplaçable. Elle est voulue par Dieu comme lieu de la prédication de l'Evangile et de l'administration des sacrements. Elle est également le lieu de la prière communautaire et de la lecture biblique en commun. Le piétisme insistait beaucoup sur la nécessité pour les fidèles de se réunir autour de la Bible afin de s'édifier mutuellement et y puiser, avec l'aide du Saint-Esprit, une spiritualité vivante. Ainsi la communauté est appelée à accompagner et à guider de différentes manières la vie spirituelle de ses membres. Car fondamentalement, le croyant a besoin des autres pour se garder des prétentions individuelles et des dérives sectaires. Pour le protestantisme, il y a entre individu et communauté, une tension féconde.

S'édifier mutuellement - [Contexte]

Aujourd'hui, devant la fragilisation des personnes et l'affaiblissement du lien social, il est particulièrement important que les Eglises puissent être des lieux d'écoute, de dialogue, de débat, sans jugement a priori et sans culpabilisation ; des communautés où les préoccupations, les questions et les peurs de chacun, et pas seulement celles des autres, sont nommées et portées devant Dieu dans la prière ; des communautés où chacun est accueilli tel qu'il est et non comme on voudrait qu'il soit. Si aujourd'hui les Eglises ne savent pas écouter ni proposer des convictions consistantes et ouvertes à la fois, alors il est sûr que nombre de contemporains se tourneront vers les discours sécuritaires, les réponses toutes faites des gourous et des chefs ou le légalisme moral des religieux.

La promotion protestante de l'individu et du sacerdoce universel : richesses et dérives - [Contexte]

20040116230828

L'insistance nouvelle sur la personne face à Dieu conduit la Réforme à souligner la liberté et la responsabilité de chacun et à développer une attitude critique à l'égard des intermédiaires, notamment ecclésiaux. Cela ne veut pas dire le rejet de la communauté. Celle-ci, dans sa réalité visible, située historiquement, aide l'individu croyant dans sa lecture de la Bible et le soutient. De même, chaque chrétien apporte sa contribution à l'édification des autres et de la communauté. Ce qui est vrai pour les individus l'est aussi pour les communautés, chacune a besoin des autres. Ainsi le lien et l'échange entre les différentes confessions chrétiennes apparaissent comme une exigence qui découle du principe de sacerdoce universel. Cette conception du rapport à Dieu et aux autres, développe de façon positive une culture de la responsabilité, un sens de l'engagement au profit de la collectivité, une promotion pour soi et pour les autres de la liberté de conscience. Cependant, des dérives individualistes, au sens négatif du terme, ont pu aussi voir le jour, du fait de la valorisation de l'individu par le protestantisme. On a pu caricaturer l'individualisme protestant en disant que chaque protestant détient à lui tout seul sa vérité en matière de foi, sous prétexte que, comme l'affirmait Boileau, " il est pape une Bible à la main ".

Communion - [Contexte]

Ce terme de communion est aujourd'hui beaucoup utilisé dans le mouvement œcuménique. Il est préféré à celui d'unité qui semble trop facilement induire l'idée d'uniformité. La communion n'est pas une réalité à construire, mais elle est à recevoir dans la foi, à expérimenter et visibiliser. Elle est suffisamment forte pour accepter de vivre la diversité, assumer les différences et parfois les différends au sein de la communauté. La communion signifie qu'en Christ les chrétiens et les Eglises peuvent être unis sans être tous pareils, ils peuvent vivre ensemble sans être identiques. La communion est aussi une réalité dynamique qui implique, au sein d'une Eglise comme entre les Eglises, un dialogue permanent. Celui-ci permet de vérifier jusqu'où les différences sont légitimes et acceptables sans porter atteinte à la communion, et à partir de quel moment elles deviennent séparatrices.

Culte - [Contexte]

20040116230945

Dans le protestantisme, le culte est la réunion publique de la communauté locale. Il a lieu de façon hebdomadaire, le dimanche dans la majorité des cas. Le mot " culte " (du latin " cultiver ", " honorer ") est propre au monde francophone contemporain. Calvin utilise le terme de " prières publiques ", plus tard on parle des " saintes assemblées ". Luther et le monde germanophone actuel parlent de Gottesdienst (" service divin " : qui signifie aussi bien l'œuvre accomplie par Dieu que le service du peuple de Dieu). C'est toute l'assemblée qui célèbre : elle célèbre Dieu. Le culte protestant est un acte de reconnaissance du croyant qui se sait sauvé par la grâce de Dieu : les fidèles viennent louer Dieu communautairement, renouveler leurs forces, partager avec leurs frères et sœurs joies et peines et surtout entendre la Parole de Dieu à travers la lecture de la Bible et la prédication. Cette Parole s'exprime aussi dans la liturgie. Il n'y a pas obligatoirement célébration de la Cène lors de chaque culte. Autrefois, célébrée seulement lors des grandes fêtes dans les Eglises réformées, elle l'est aujourd'hui en général une ou deux fois par mois, parfois davantage, selon le choix de la communauté locale. La musique et le chant occupent une grande place dans le culte protestant. C'est toute l'assemblée qui participe par le chant. La Réforme a fortement contribué au renouvellement et à la création d'œuvres musicales. Elle a créé un nouveau répertoire conforme aux convictions nouvelles. Ainsi Luther invente le choral : les textes composés sur des mélodies simples ou connues sont chantés à plusieurs voix. Ils ne sont pas forcément d'inspiration biblique, mais rendent compte de l'expérience de la foi. Les chants sont, la plupart du temps, en langue nationale et ainsi compréhensibles par tous. Dans le monde francophone, sous l'impulsion de Calvin, les psaumes sont mis en musique (psautier huguenot). Depuis le 18e siècle, en France, les cantiques viennent s'ajouter aux psaumes. Le chant joue un rôle important dans la vie de foi tant personnelle que communautaire des protestants. Il faut enfin signaler deux musiciens protestants qui ont enrichi ce répertoire : Jean-Sébastien Bach (1685-1750) qui sait notamment exploiter le chant choral mis à l'honneur par Luther, et Haendel (1685-1759), compositeur de la mélodie du plus connu des cantiques protestants français, A toi la gloire, qui célèbre le Christ ressuscité.

La Réforme - [Espace temps]

La Réforme a identifié divers types de ministères, en se fondant sur la diversité des modèles dans l'Eglise naissante présentée dans le Nouveau Testament. Ces ministères reconnus sont donnés à l'Eglise pour son édification et pour l'aider à exercer sa responsabilité missionnaire. Le premier des ministères reconnus est celui du pasteur dont la charge principale est l'étude et l'annonce de la Parole. Il exerce aussi un ministère d'unité (communion au sein de l'Eglise locale et au sein de l'union des Eglises et au-delà avec l'Eglise universelle). Calvin distingue encore le ministère d'ancien (conseiller presbytéral) qui au sein d'un collège (le conseil des anciens ou conseil presbytéral) a la charge de gouverner l'Eglise locale et le ministère de diacre (service des démunis). Enfin un ministère doctoral est exercé par celles et ceux qui ont la charge de la recherche et de l'enseignement de la théologie dans les facultés de théologie.

Au sein ou en marge des Eglises de la Réforme - [Espace temps]

Des communautés ou mouvements, en marge de l'Eglise, apparaissent dès le 17e siècle avec Spener et le piétisme. Le 19e et le 20e siècle voient l'éclosion de multiples communautés protestantes, y compris de type monastique, alors qu'elles avaient disparu dans le protestantisme, suite aux critiques de Luther (lui-même ancien moine) visant les voeux monastiques. Ce sont tout d'abord, au milieu du 19e siècle, des communautés de diaconesses (avec un souci d'évangélisation et une forte préoccupation sociale). Au moment de la seconde guerre mondiale apparaissent de nouvelles communautés religieuses dont la structure se rapproche de celle des ordres monastiques catholiques (en France Taizé et Pomeyrol). Puis dans les années 70 a lieu une efflorescence de communautés très diverses par leur forme, leur organisation, leur spiritualité. Plusieurs sont marquées par le mouvement du Renouveau charismatique et certaines sont des communautés œcuméniques.

Communautés religieuses - [Espace temps]

20040110150338

L'apparition de communautés religieuses au sein du Protestantisme a lieu au 19e siècle avec la naissance des organisations de diaconesses en Allemagne d'abord, puis en France (Reuilly, 1841) et en Suisse (Saint-Loup, Vaud, Riehen, Berne 1842). Animées par un souci d'évangélisation, elles regroupent des femmes protestantes qui s'engagent dans des services sociaux, en vivant une vie communautaire. Ces créations suscitent alors de fortes réactions de la part d'un protestantisme qui voyait dans ses " sœurs " un retour à des erreurs catholiques. Dans la première moitié du 20e siècle apparaissent en Europe de nouvelles communautés protestantes dont la structure se rapproche de celle des ordres monastiques catholiques. En Allemagne leur fondation est liée aux circonstances historiques (lutte contre le nazisme). Ce sont les communautés de Darmstadt, Imshausen. En France et en Suisse, dans la mouvance de la spiritualité de la fraternité des Veilleurs (appelé à l'origine Tiers-Ordre protestant, créé par le pasteur Wilfred Monod en 1923) naissent les communautés de femmes de Pomeyrol dans le sud de la France et de Grandchamp en Suisse, ainsi que celle de Taizé, première tentative de communauté monastique masculine. La communauté des diaconesses de Reuilly s'oriente dans le même temps vers une forme plus directement monastique, dissociant partiellement la vocation communautaire de celle du service diaconal. Cette réalité de communautés protestantes monastiques reste cependant un sujet de controverse au sein du protestantisme.

Des dérives individualistes - [Espace temps]

De fait, dès la Réforme sont apparues des dérives. Les Réformateurs se sont heurtés et opposés à ce qu'ils ont appelés l'illuminisme. Il s'agit de mouvements qui privilégient l'illumination intérieure du Saint-Esprit au détriment de la parole extérieure, biblique. Sans nier le rôle du Saint-Esprit qui éclaire l'Ecriture, Luther et Calvin notamment, se sont opposés à cette dérive individualiste où la personne prétend recevoir une révélation divine, sans que celle-ci passe par la Bible. La lecture et l'interprétation communautaire de la Bible apparaissent ainsi comme un garde-fou indispensable, par rapport à " une piété qui s'expose aux dangers de l'individualisme sauvage " (C-A. Keller et D. Müller). Les mouvements du Réveil au 19e siècle en développant l'intériorisation extrême de la piété, l'introspection intensifiée, la vie chrétienne hors du culte, ont contribué aussi à développer la face individualiste de la spiritualité protestante au détriment de la vie ecclésiale institutionnelle. En insistant sur la conversion personnelle, la " nouvelle naissance ", ils ont renforcé une compréhension individualiste du sacerdoce universel. Avec l'individualisme contemporain, le danger du subjectivisme se renforce : chacun se construit sa religion, sa conviction, sans les confronter à celles des autres, ni les enrichir à leur contact.
Cela peut produire un affadissement de la foi et de la spiritualité, voire conduire à des dérives sectaires. L'individu s'isole alors ou recherche des semblables afin de vivre une spiritualité fusionnelle qui refuse la confrontation des points de vue.

Les mouvements du Réveil - [Espace temps]

On caricature parfois le protestantisme en disant que si un individu n'y est pas en accord avec ce qui se vit dans son Eglise, il en fonde une autre ce qui entraîne un morcellement à l'infini. Ce qui peut ainsi apparaître comme un appauvrissement et une faiblesse concernant la communion fraternelle peut s'avérer en fait porteur de renouveau et de vitalité. C'est le cas avec l'oeuvre du pasteur John Wesley (1703-1791). Membre de l'Eglise anglicane, il s'en sépare en 1784, lui reprochant son manque de conviction et d'engagement spirituels. Il insiste sur la conversion et la sanctification : le converti doit attester de son renouvellement intérieur par une conduite pieuse disciplinée. Wesley appartenait lors de ses études à Oxford à un groupe d'étudiants qui pratiquaient travail et prière avec " méthode ". On appela alors, par dérision, son mouvement " méthodiste ". Avec son frère et un ami (Whitefield), pasteurs anglicans comme lui, il eut un ministère très actif de prédicateur du Réveil. Ils prêchèrent en dehors des lieux de culte traditionnel, sur les lieux même de travail et de vie des personnes. Les résultats furent étonnants : John Wesley rassembla des auditoires de milliers de personnes, notamment les laissés pour compte de la révolution industrielle. Il dut faire appel à des prédicateurs laïcs, qu'il prépara à ce service. Le mouvement qui a gagné toutes les classes sociales a très fortement marqué l'atmosphère de la Grande-Bretagne à la fin du 18e siècle (oeuvres sociales, scolaires, bibliques, missionnaires). De là le mouvement se répandit dans le monde entier, en particulier aux Etats-Unis. En France le méthodisme fut introduit au 19e siècle par le pasteur anglais Charles Cook. Il contribua à une revitalisation du protestantisme. En 1938, quand la plupart des Eglises réformées en France constituèrent l'Eglise réformée de France, la majorité des paroisses méthodistes choisirent de s'y rattacher. De même, dans plusieurs pays, les Méthodistes se sont unis aux Réformés au sein d'une même Eglise. Les Eglises méthodistes ont aujourd'hui environ 45 millions de membres. William Booth (1829-1912), issu du méthodisme, créa en 1878 l'Armée du Salut, organisme d'évangélisation et d'aide aux plus démunis, qui devint ensuite indépendante. Son action sociale est aujourd'hui reconnue internationalement.

Eglise, corps du Christ - [Textes bibliques]

1Corinthiens 12,12-31
En effet, prenons une comparaison : le corps est un, et pourtant il a plusieurs membres : mais tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu'un seul corps : il en est de même du Christ. Car nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit en un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et nous avons tous été abreuvés d'un seul Esprit.
Le corps, en effet, ne se compose pas d'un seul membre, mais de plusieurs.
Si le pied disait : " Comme je ne suis pas une main, je ne fais pas partie du corps " , cesserait-il pour autant d'appartenir au corps ?
Si l'oreille disait : " Comme je ne suis pas un œil, je ne fais pas partie du corps ", cesserait-elle pour autant d'appartenir au corps ?
Si le corps entier était œil, où serait l'ouïe ? Si tout était oreille, où serait l'odorat ? Mais Dieu a disposé dans le corps chacun des membres, selon sa volonté. Si l'ensemble était un seul membre, où serait le corps ? Il y a donc plusieurs membres, mais un seul corps. L'œil ne peut pas dire à la main : " Je n'ai pas besoin de toi ", ni la tête dire aux pieds : " Je n'ai pas besoin de vous. " Bien plus, même les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont nécessaires, et ceux que nous tenons pour les moins honorables, c'est à eux que nous faisons le plus d'honneur. Moins ils sont décents, plus décemment nous les traitons : ceux qui sont décents n'ont pas besoin de ces égards. Mais Dieu a composé le corps en donnant plus d'honneur à ce qui en manque, afin qu'il n'y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient un commun souci les uns des autres. Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est glorifié, tous les membres partagent sa joie.
Or vous êtes le corps de Christ et vous êtes ses membres, chacun pour sa part. Et ceux que Dieu a disposés dans l'Eglise sont, premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement des hommes chargés de l'enseignement ; vient ensuite le don des miracles, puis de guérison, d'assistance, de direction, et le don de parler en langues. Tous sont-ils apôtres ? Tous prophètes ? Tous enseignent-ils ? Tous font-ils des miracles ? Tous ont-ils le don de guérison ? Tous parlent-ils en langues ? Tous interprètent-ils ?
Ayez pour ambition les dons les meilleurs. Et de plus, je vais vous indiquer une voie infiniment supérieure.

L'Esprit de Dieu dans l'Ancien Testament - [Textes bibliques]

Nombres 11,24-30
Moïse sortit de la tente et rapporta au peuple les paroles du SEIGNEUR ; il rassembla soixante-dix des anciens du peuple qu'il plaça autour de la tente. Le SEIGNEUR descendit dans la nuée et lui parla ; il préleva un peu de l'esprit qui était en Moïse pour le donner aux soixante-dix anciens. Dès que l'esprit se posa sur eux, ils se mirent à prophétiser, mais ils ne continuèrent pas.
Deux hommes étaient restés dans le camp ; ils s'appelaient l'un Eldad, l'autre Médad ; l'esprit se posa sur eux -ils étaient en effet sur la liste, mais ils n'étaient pas sortis pour aller à la tente- et ils prophétisèrent dans le camp. Un garçon courut avertir Moïse : "Eldad et Médad sont en train de prophétiser dans le camp !." Josué fils de Noun, qui était l'auxiliaire de Moïse depuis sa jeunesse, intervint : "Moïse, mon seigneur, arrête-les!."
Moïse répliqua : " Serais-tu jaloux pour moi. ? Si seulement tout le peuple du SEIGNEUR devenait un peuple de prophètes sur qui le SEIGNEUR aurait mis son esprit!." Moïse se retira dans le camp ainsi que les anciens d'Israël.

La fraternité - [Textes bibliques]

Romains 12,9-18
Que l'amour soit sincère. Fuyez le mal avec horreur, attachez-vous au bien.
Que l'amour fraternel vous lie d'une mutuelle affection ; rivalisez d'estime réciproque.
D'un zèle sans nonchalance, d'un esprit fervent, servez le Seigneur.
Soyez joyeux dans l'espérance, patients dans la détresse, persévérants dans la prière.
Soyez solidaires des saints dans le besoin, exercez l'hospitalité avec empressement.
Bénissez ceux qui vous persécutent ; bénissez et ne maudissez pas.
Réjouissez-vous avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent.
Soyez bien d'accord entre vous : n'ayez pas le goût des grandeurs, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble. Ne vous prenez pas pour des sages.
Ne rendez à personne le mal pour le mal ; ayez à cœur de faire le bien devant tous les hommes.
S'il est possible, pour autant que cela dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes.

1 Jean 3,14-24
Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort dans la vie, puisque nous aimons nos frères. Qui n'aime pas demeure dans la mort. Quiconque hait son frère est un meurtrier. Et, vous le savez, aucun meurtrier n'a la vie éternelle demeurant en lui.
C'est à ceci que désormais nous connaissons l'amour : lui, Jésus, a donné sa vie pour nous ; nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères.
Si quelqu'un possède les biens de ce monde et voit son frère dans le besoin, et qu'il se ferme à toute compassion, comment l'amour de Dieu demeurerait-il en lui ?
Mes petits enfants, n'aimons pas en paroles et de langue, mais en acte et dans la vérité ; à cela nous reconnaîtrons que nous sommes de la vérité, et devant lui nous apaiserons notre cœur, car, si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur et il discerne tout. Mes bien-aimés, si notre cœur ne nous accuse pas, nous nous adressons à Dieu avec assurance ; et quoi que nous demandions, nous l'obtenons de lui, parce que nous gardons ses commandements et faisons ce qui lui agrée. Et voici son commandement : adhérer avec foi à son Fils Jésus Christ et nous aimer les uns les autres, comme il nous en a donné le commandement. Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu et Dieu en lui. Par là nous reconnaissons qu'il demeure en nous, grâce à l'Esprit dont il nous a fait don.

La famille de Dieu - [Textes bibliques]

Ephésiens 2,18-22
Et c'est grâce à lui que les uns et les autres, dans un seul Esprit, nous avons l'accès auprès du Père. Ainsi, vous n'êtes plus des étrangers, ni des émigrés ; vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la famille de Dieu.
Vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondation les apôtres et les prophètes, et Jésus Christ lui-même comme pierre maîtresse. C'est en lui que toute construction s'ajuste et s'élève pour former un temple saint dans le Seigneur. C'est en lui que, vous aussi, vous êtes ensemble intégrés à la construction pour devenir une demeure de Dieu par l'Esprit.

La vocation - [Textes bibliques]

Jérémie 1,4-10
La parole du SEIGNEUR s'adressa à moi [Jérémie]:
" Avant de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu ne sortes de son ventre, je t'ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les nations. "
Je dis : " Ah ! Seigneur DIEU, je ne saurais parler, je suis trop jeune. "
Le SEIGNEUR me dit : " Ne dis pas : Je suis trop jeune. Partout où je t'envoie, tu y vas ; tout ce que je te commande, tu le dis ; n'aie peur de personne : je suis avec toi pour te libérer -oracle du SEIGNEUR. "
Le SEIGNEUR, avançant la main, toucha ma bouche, et le SEIGNEUR me dit : " Ainsi je mets mes paroles dans ta bouche. Sache que je te donne aujourd'hui autorité sur les nations et sur les royaumes, pour déraciner et renverser, pour ruiner et démolir, pour bâtir et planter. "

L'appel - [Textes bibliques]

Marc 1,16-20
Comme il [Jésus] passait le long de la mer de Galilée, il vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter le filet dans la mer : c'étaient des pêcheurs. Jésus leur dit : " Venez à ma suite, et je ferai de vous des pêcheurs d'hommes. " Laissant aussitôt leurs filets, ils le suivirent. Avançant un peu, il vit Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, qui étaient dans leur barque en train d'arranger leurs filets. Aussitôt, il les appela. Et laissant dans la barque leur père Zébédée avec les ouvriers, ils partirent à sa suite.

Ephésiens 4,1-6
Je vous y exhorte donc dans le Seigneur, moi qui suis prisonnier : accordez votre vie à l'appel que vous avez reçu ; en toute humilité et douceur, avec patience, supportez-vous les uns les autres dans l'amour ; appliquez-vous à garder l'unité de l'esprit par le lien de la paix. Il y a un seul corps et un seul Esprit, de même que votre vocation vous a appelés à une seule espérance ; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ; un seul Dieu et Père de tous, qui règne sur tous, agit par tous, et demeure en tous.

Communion fraternelle - [Textes bibliques]

Actes des Apôtres 2,42-47
Ils étaient assidus à l'enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. La crainte gagnait tout le monde : beaucoup de prodiges et de signes s'accomplissaient par les apôtres. Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun. Unanimes, ils se rendaient chaque jour assidûment au Temple ; ils rompaient le pain à domicile, prenant leur nourriture dans l'allégresse et la simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et trouvaient un accueil favorable auprès du peuple tout entier. Et le Seigneur adjoignait chaque jour à la communauté ceux qui trouvaient le salut.

Celles et ceux qu'unit la foi au Christ - [Textes bibliques]

Matthieu 18,19-20
Je [Jésus] vous le déclare encore, si deux d'entre vous, sur la terre, se mettent d'accord pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux. Car, là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux.

Don de Dieu - [Aller plus loin]

Bonhoeffer Dietrich De la vie communautaire Neuchâtel/Paris Delachaux et Niestlé S.A. 1955 p. 26-27:

" Il en est de la communauté des chrétiens comme de la sanctification dans notre vie personnelle. C'est un don de Dieu sur lequel nous n'avons aucun droit à faire valoir. Lui seul sait ce qui se passe vraiment. Ce qui nous semble insignifiant peut être très important à ses yeux. Le chrétien n'a pas à se demander sans cesse où en est sa vie spirituelle. De même, Dieu ne nous donne pas son Eglise pour que nous mesurions continuellement sa température. Il nous la donne pour que nous l'en remerciions chaque jour, et c'est dans la mesure où nous saurons le faire qu'elle deviendra de jour en jour plus forte et plus nombreuse selon le bon plaisir de son Seigneur. La fraternité chrétienne n'est pas un idéal à réaliser mais une réalité créée par Dieu en Christ, à laquelle il nous est permis d'avoir part. C'est dans la mesure où nous apprendrons à reconnaître que Jésus-Christ est vraiment le fondement, le moteur et la promesse de notre communauté dans son ensemble, que nous pourrons apprendre à penser à elle, à prier et à espérer pour elle, avec sérénité. Mais nous avons dit que, du fait que Jésus-Christ est son unique fondement, la communauté chrétienne n'est pas une réalité d'ordre psychique mais d'ordre spirituel. Elle se distingue par là de toutes les autres formes de communauté. Par "spirituel" la Bible entend : ce qui vient du Saint-esprit, lequel nous fait reconnaître Jésus-Christ comme Seigneur et Sauveur. Par "psychique" la Bible entend au contraire tout ce qui, dans nos âmes, est l'expression de nos désirs, de nos vertus et de nos possibilités naturelles. "

Communauté ecclésiale locale - [Aller plus loin]

Delteil Gérard et Keller Paul, L'Eglise disséminée, Paris/Genève : Cerf/Labor et Fides 1995 p.37-38 :

" La Réforme ne détruira pas la paroisse, même si elle utilise d'autres mots pour la désigner. Elle en modifiera la compréhension et le fonctionnement, à partir de quelques principes fondamentaux qui trouveront des expressions différentes selon les pays, selon le pouvoir politique en place, et selon qu'on se trouve sous influence luthérienne ou calviniste. L'Eglise est une réalité locale ; elle existe là ou la prédication suscite la foi et rassemble une communauté. L'accent est mis sur la Parole et sur la communauté qui en vit, non sur un territoire ou une institution. Aucune communauté n'est Eglise hors de la communion et de la solidarité avec les autres Eglises. Ce lien nécessaire trouve son expression à travers un réseau d'assemblées, de synodes et de conseils où siègent des laïcs et des ministres. Les ministères sont les canaux de la prédication, le ministère pastoral en particulier. C'est la raison de leur importance et de la place qui leur est faite. Toutefois ils n'ont pas qualité pour exercer un magistère doctrinal, car l'Ecriture seule fait autorité, selon le témoignage intérieur du Saint-Esprit."

Eglise comme communion des croyants - [Aller plus loin]

Birmelé André, article " Eglise " in : Encyclopédie du protestantisme Paris/Genève Cerf/Labor et Fides 1995 p 485-486.

" La Parole de Dieu atteint son but lorsqu'elle éveille l'être humain à la foi et l'intègre à l'Eglise, communion des croyants. Par l'Evangile, le Saint-Esprit " appelle, assemble, édifie, éclaire, sanctifie toute la chrétienté de la terre et la maintient en Jésus-Christ, dans l'unité de la vraie foi " (Luther Petit Catéchisme explication du troisième article du Credo). L'affirmation que seule l'écoute et la réception de la Parole engendrent la foi (Romains 10, 14ss) souligne la nécessité de cette Parole de Dieu pour l'être du croyant et par là pour l'être de l'Eglise, communauté des croyants. La foi est ainsi la première caractéristique essentielle de l'Eglise, la seule condition pour être membre de cette communauté des croyants. La seconde caractéristique essentielle de l'être de l'Eglise est la communauté ou la communion des croyants. L'expression " communion des saints " employée par le Symbole des apôtres reprend des affirmations du Nouveau Testament. Ce dernier utilise le terme koinônia (communion) pour caractériser la relation nouvelle unissant Dieu et les croyants, et par voie de conséquence les croyants entre eux. Cette communion est fondée sur la Parole de Dieu. Elle est communion dans l'écoute de cette Parole, l'adoration et la prière (Actes 2,42). Elle signifie participation à la mort et à la résurrection du Christ par le baptême (Romains 6). La célébration de la sainte cène qui rassemble les chrétiens en communion avec leur Seigneur est elle-même appelée koinônia (1Corinthiens 10,16-21). Par son corps qu'il a donné, Jésus-Christ unit à lui tous ceux qui y participent. Comme le corps du Christ est un, ainsi tous ceux qui participent ensemble au pain et au vin deviennent un. Ceux qui sont " en Christ " ou qui ont revêtu le Christ (Galates 2,20 ; Galates 3,27ss ; Romains 6,10) ont part au corps du Christ (1Corinthiens 10,17 ; 1Corinthiens 12,27 ; Romains 12,5), à l'Eglise. Cette métaphore de l'apôtre Paul sera reprise avec certaines nuances par d'autres auteurs bibliques : Christ la tête et l'Eglise son corps (Ephésiens et Colossiens), Christ l'époux et l'Eglise l'épouse ou la fiancée (Ephésiens 2,14 et 16 ; Ephésiens 5,30ss ; 2Corinthiens 11,2) , ou l'image d'une construction, le temple de l'Esprit Saint, dont Christ est la pierre angulaire et les croyants les pierres vivantes (1Pierre 2,4-6 ; Ephésiens 2,18-22). La Réforme du 16e siècle a redonné toute sa place à cette compréhension de l'Eglise comme communion. Par la Parole et l'Esprit Saint, un être humain entre en communion avec Christ et devient membre du Christ . Cette incorporation est synonyme de participation vivante à la communion de l'Eglise. Cette communion vécue en Christ instaure une nouvelle qualité de relation entre les êtres humains. Elle signifie compassion mutuelle et participation réciproque aux souffrances et aux joies (2Corinthiens 1,6-7 ; Philippiens 4,14-16). Elle s'exprime dans le partage de ce que l'on possède (Romains 15,26 ; 2Corinthiens 9,13). C'est la conséquence de l' " être un " dans le Seigneur. La Parole de Dieu appelle et rassemble les êtres humains en une communion caractérisée par une qualité de relation à l'opposé des relations perturbées par le péché et habituelles entre les humains. L'expression significative de cette relation nouvelle est la communion dans le partage du repas qui ne connaît plus les distinctions et opposition de races, de sexes, de statuts sociaux ou de nations. L'Eglise correspond à son être véritable lorsqu'elle est " communauté de soeurs et de frères ". Cette communion n'est pas seulement une réalité présente, mais elle englobe les croyants de tous les temps et renvoie à un accomplissement plus grand et plus parfait à la fin des temps. "

Organiser la vie communautaire - [Aller plus loin]

Keller Carl-A. et Müller Denis, article " Spiritualité " in : Encyclopédie du Protestantisme, Paris/Genève Cerf/Labor et Fides 1995 p.1480-1482 :

" Les Réformateurs ont ouvert la voie à une relation d'intimité personnelle avec Dieu. Mais ils n'ont pas pour autant oublié d'organiser la vie communautaire. (...) Certes, ils admettent que l'Eglise véritable est invisible ; elle est celle des vrais élus dont le nombre est connu de Dieu seul. Pourtant, la communauté ecclésiale terrestre, visible, est irremplaçable; elle est voulue par Dieu comme lieu de la prédication de l'Evangile et de l'administration correcte des sacrements. Une des raisons est que la communauté est appelée à accompagner et à guider la progression spirituelle de ses membres. Elle n'est certes pas une autorité sacramentelle qui s'interposerait entre Dieu et l'âme individuelle. Elle n'a pas à censurer les expériences et les opinions ; elle n'a pas à donner son aval à la voie que chacun est amené à suivre. Elle est une haie vivante, plantée par le Seigneur, circonscrivant un enclos très vaste dans lequel toute personne de spiritualité peut évoluer librement. Mais non sans l'encouragement de ses semblables. Car toute personne de spiritualité a besoin d'un accompagnement compétent. La voie de la spiritualité, de la croissance dans l'intimité avec le Sauveur et avec Dieu est semée d'embûches (...). La communauté ecclésiale a reçu deux moyens de direction spirituelle. Le premier c'est la prédication. Basé sur le texte biblique et devenu, par le Saint-Esprit, Parole du Christ, le sermon inscrit dans les cœurs la signification de la Parole, encourageant les fidèles, les rassurant aussi, expliquant tel sentiment religieux, tel devoir spirituel ..., mettant en évidence des possibilités de progresser et de s'approcher toujours plus de la perfection(...). La prédication peut être accompagnée de la célébration de la cène. En mettant l'accent sur la foi des communiants et sur l'action du Saint-Esprit, la spiritualité protestante la célèbre comme l'occasion d'une rencontre intense avec le Christ. Dans la communion s'accomplit la Parole du Christ selon laquelle les fidèles sont dans le Christ et le Christ en eux (Jean 14,20) : l'union est parfaite et elle se répercutera sur la vie quotidienne. A côté de la prédication et de la sainte cène, la direction spirituelle s'effectue au moyen de ce qu'on appelait naguère la cure d'âme, l'accompagnement individuel des fidèles, la pastorale au sens spécifique de ce terme. En tant que discipline théologique, la cure d'âme propose des démarches diverses pour rencontrer et assister les personnes qui se posent des questions de spiritualité ou qui se débattent dans des problèmes d'ordre psychique ou moral. (...) Le ministère de la cure d'âme et de la direction spirituelle n'est pas l'apanage des seuls pasteurs. Nombreux sont en effet dans les Eglises et les communautés protestantes les laïcs qui accomplissent cette tâche de façon féconde. Car la compétence en la matière ne découle pas automatiquement du rite, en soi bénéfique de la consécration pastorale. Elle résulte en premier lieu de la formation intérieure, de l'expérience et de la spiritualité personnelle de celui qui est jugé apte à conseiller et à diriger les autres. "

Individu et communauté : une tension féconde - [Aller plus loin]

Gounelle André, Conférence " Individualisme et communauté " publiée dans Itinéris Cahiers Socialistes Chrétiens 1982 8 p.12-18:

" Mon intention est de montrer qu'il existe entre ces deux notions [individualisme et communauté] une étroite interdépendance, qu'elles s'appellent et s'impliquent mutuellement que l'une ne va pas sans l'autre. Ma thèse est que, loin de détruire ou d'affaiblir la communauté comme on le dit souvent, au contraire l'individualisme la sert, qu'il est un élément nécessaire à l'équilibre et à la bonne santé de tout groupe. C'est quand l'individualisme régresse ou recule que l'existence de la communauté est menacée et devient fragile. Je remarque, d'abord que l'individualisme met l'accent, avec beaucoup de force, sur la responsabilité personnelle. Il souligne que mes décisions et mes actions m'appartiennent, elles sont toujours miennes et m'engagent personnellement ; je dois les assumer et en répondre en tant qu'individu. Je n'ai pas à me conformer automatiquement aux opinions dominantes ; la communauté ne peut excuser ni justifier ce que je fais ou ce que je dis. Il me semble que par leur attitude, les individualistes rendent un très grand service à la communauté ; ils l'empêchent de tomber dans toute sorte d'abus, ils la préservent des excès qui la menacent, ils lui rappellent ses limites, et l'obligent à ne pas dépasser la mesure. Le danger qui menace tout groupe c'est l'autoritarisme et l'intolérance. L'individualisme est un garde-fou contre les exagérations, l'autoritarisme et la cruauté qui constituent la tentation permanente de tous les groupes. Je note, ensuite, que l'individualisme n'est pas toujours ni forcément condamné à l'inefficacité, loin de là. L'individualiste se sait et se veut personnellement responsable ; il refuse de se décharger de sa responsabilité sur les autres, ou sur le groupe. Il s'engage à fond dans ce qu'il estime devoir faire, et parfois parviendra à des résultats qu'une action collective n'atteindra pas parce que ralentie, entravée, bloquée par toutes sortes de mécanismes institutionnels. Si Albert Schweitzer avait été soumis aux autorités ecclésiastiques, s'il avait sollicité leur accord et leur aval avant d'agir, jamais il ne serait parti en Afrique. Ceci vaut également pour Henri Dunant, le fondateur de la Croix-rouge, pour Raoul Follereau, l'apôtre des lépreux et pour quantité d'autres. La communauté tend à reproduire toujours les mêmes modèles, à répéter sans cesse les mêmes types d'action, à maintenir ses méthodes de fonctionnement. La contestation individualiste la secoue, la réveille et l'oblige à se ressaisir, à s'adapter, à trouver de nouveaux comportements et de nouvelles actions. Il est bon que dans un groupe, il y ait des opposants qui critiquent, des hérétiques qui rêvent d'un autre style de vie... L'individualisme me semble ici nécessaire comme aiguillon. L'individualisme est une attitude fondamentalement liée à la démarche du Protestantisme. La Réforme est née parce qu'un homme seul , Martin Luther, a eu le courage, au nom de ses convictions intimes, de se lever contre les autorités civiles et religieuses de son époque, de rompre avec les communautés ecclésiastiques et politiques auxquelles il appartenait pour proclamer ce qu'il jugeait être la vérité. Cet acte typiquement individualiste a été efficace, puisque le Protestantisme en est sorti. Il n'a rien eu d'égoïste, car il a libéré spirituellement des millions de personnes. Il n'a pas isolé Martin Luther, mais a créé autour de lui et à partir de lui un immense mouvement. Par delà Luther et la Réforme, je crois qu'on peut à bon droit s'appuyer sur la Bible pour défendre la nécessité d'un certain individualisme... Il me semble donc être dans la droite ligne non seulement de la Réforme mais aussi de l'Evangile en affirmant qu'il n'appartient pas aux autorités ecclésiastiques, aussi respectables et bien intentionnées qu'elles soient, de me dire ce qu'il me faut croire, et ce qu'il me faut faire. Mes opinions, mes convictions, mes comportements sont l'affaire de ma conscience ; cette conscience pour un chrétien doit être formée dans la prière et par la lecture de la Bible, mais elle ne dépend de personne ; elle est directement responsable devant Dieu. La foi se nourrit de moments de solitude, en tête à tête avec Dieu, elle découvre ensuite les frères. Je suis persuadé que les Eglises chrétiennes en général, et les Eglises protestantes en particulier, seraient mieux inspirées et plus fidèles à elles-mêmes si elles insistaient moins sur l'appartenance de leurs membres à une communauté, et si elles se préoccupaient plus de former des personnalités capables de penser par elles-mêmes, de vivre leur foi dans une certaine solitude, et d'en témoigner individuellement. Elles n'affaibliraient pas ainsi la communauté, bien au contraire. Je sais parfaitement que l'individualisme présente aussi des dangers, et qu'il a ses limites. J'ai dit qu'une communauté qui exclut et interdit l'individualisme devient tyrannique et déshumanisante. Inversement, un individualisme dépourvu de tout sens communautaire serait anarchique et inhumain. Ma thèse est que l'attitude individualiste et l'esprit communautaire ont besoin l'un de l'autre, et que, loin de se détruire, ils se renforcent mutuellement. "

Le dévoiement individualiste du sacerdoce universel - [Aller plus loin]

Schlumberger Laurent, extrait de l'article " Le sacerdoce universel au cœur de l'Eglise synodale " Ministères, Eglise Réformée de France 2000 p. 73 s. :

" L'inversion individualiste. L'idée du sacerdoce universel dit en substance : c'est en Jésus-Christ que nous nous tenons devant Dieu et dans le monde, les uns avec, pour et par les autres. Le principe du sacerdoce universel ne dit donc pas qu'il n'y a plus de prêtre mais comme son nom l'indique, il affirme qu'en Jésus-Christ, nous sommes tous prêtres. J'ai le sentiment que l'idée du sacerdoce universel à laquelle les protestants se réfèrent volontiers aujourd'hui, consciemment ou non, n'est pas tout à fait celle-là. D'ailleurs cette notion a connu des hauts, des bas et des évolutions depuis la Réforme. Elle fut rapidement mise sous le boisseau au 16e siècle, peut-être en raison de son côté trop novateur. Puis elle trouva une nouvelle jeunesse un siècle plus tard avec le mouvement piétiste, qui insista sur la spiritualité intérieure et personnelle, sur la vie chrétienne hors du culte, et qui imprima une marque fortement individualiste sur cette notion. Par la suite, les divers mouvements de "réveil" ont renforcé cette compréhension individualiste du sacerdoce universel, notamment en insistant sur la "nouvelle naissance". Au bout du compte, le romantisme du 19e siècle et l'individualisme contemporain aidant, le sacerdoce universel est devenu une notion bien souvent comprise à l'inverse de ce qu'elle entendait signifier. Il a été comme retourné, inversé, devenant une sorte de justification théologique de l'individualisme religieux. Nous avons tendance à considérer que la foi est une affaire trop privée pour que quelqu'un s'y intéresse. Nous ne nous sentons ni la liberté, ni la responsabilité d'interpeller ou d'accompagner, de nous-mêmes, un frère ou une soeur dans sa vie spirituelle. Nous n'estimons n'avoir besoin de personne pour vivre le tête-à-tête avec Dieu et surtout pas d'une Eglise avec ses indéniables problèmes concrets, ses ministres trop humains, ses imperfections décevantes. Bonhoeffer écrivait : "Loin d'être superflu, le prêtre est extrêmement nécessaire. Il se tient devant Dieu pour tous les autres (...). Cette fonction revient à la communauté, c'est-à-dire à tous (...). Chacun a besoin de l'autre en tant que prêtre." L'Evangile ne tombe pas directement du ciel, il vient toujours à travers des mots, des rencontres, des textes, des visages, bref à travers des médiations. Ces médiations ne sont pas le privilège d'une caste sacerdotale ; elles sont la mission commune de toute l'Eglise et la responsabilité de chaque chrétien. La Réforme avait brandi cette idée contre une séparation entre clercs et laïques ; mais lorsqu'il est retourné par l'individualisme, le sacerdoce universel devient la source d'une séparation toujours plus étanche entre sphère religieuse et sphère séculière. Nous croyons que la foi nous vient de l'extérieur et qu'elle est don de Dieu ; mais retournée par l'individualisme, le sacerdoce universel fait de la foi le fruit d'une introspection privée. Nous croyons que la foi ouvre à la responsabilité envers le prochain, dans l'Eglise comme hors d'elle ; mais retournée par l'individualisme, le sacerdoce universel la transforme en droit d'isolement. Nous croyons que le sacerdoce universel est une invitation à se laisser rencontrer par l'autre et à aller à sa rencontre ; mais retourné par l'individualisme, le sacerdoce universel devient le meilleur moyen d'éviter l'autre. Il nous faut retrouver le sens du sacerdoce universel ; non plus je n'ai besoin de personne pour vivre ma relation avec Dieu, mais je ne peux pas me passer de toi, ni toi de moi, pour vivre cette relation. On disait autrefois que les protestants étaient les "tutoyeurs de Dieu". C'est une magnifique expression, pourvu qu'elle signifie l'intimité et non pas la solitude. Car que serait tutoyer Dieu, sans tutoyer l'autre et se laisser tutoyer par lui ? Quelle serait une intimité avec Dieu au prix de l'exclusion de l'autre ? Or, Dieu ne fait jamais l'économie de l'autre. Le chemin le plus court vers Dieu passe par l'autre et réciproquement. Le sacerdoce universel, c'est le contraire de la solitude devant Dieu. "

Pas uniformité et indistinction des fonctions - [Aller plus loin]

Leplay Michel, Foi et vie des Protestants Paris Desclée de Brouwer 1996 p.47-50 :

" Leur affirmation renouvelée du sacerdoce universel des baptisés n'a jamais conduit les Réformateurs à un refus quelconque de toute forme de ministère dans l'Eglise. La différence importante voire décisive, par rapport aux traditions antérieures, portait et porte toujours sur la nature de ce ministère pour les théologiens protestants. Il n'est en effet jamais "sacerdotal", dans le sens réaffirmé par Vatican II notamment : "Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel hiérarchique qui ont entre eux une différence essentielle et non seulement de degré, sont cependant ordonnés l'un à l'autre" (Lumen Gentium, 10). Or, pour des luthériens ou calvinistes, aucun ministère ne doit prendre le risque de porter ombrage à la seule et unique médiation du Grand Prêtre. Les ministres dans cette perspective, seront serviteurs de l'Evangile, soit ordonnés à la prédication fidèle de l'Evangile et à l'administration correcte des sacrements. Mais leur ministère, fonction de service et de témoignage, n'est pas "essentiellement" différent des autres services chrétiens ; rien de sacré, et moins encore d'indélébile dans la confiance qui leur est faite et l'aptitude qui leur est reconnue. Pour Calvin, dont nous sommes encore largement bénéficiaires, les ministères utiles à l'Eglise sont de deux ordres : les ministères extraordinaires et temporaires, comme ceux des prophètes, apôtres et évangélistes bibliques, et les ministères permanents dits ordinaires. Calvin propose d'en retenir quatre, les pasteurs pour le service cultuel, la catéchèse, la communion entre les fidèles et leur témoignage, en collaboration avec les Anciens ou Conseillers presbytéraux élus, dont le collège constitue l'organe directeur de la paroisse. Les diacres prennent soin des pauvres et nécessiteux, isolés, malades, les docteurs, enfin, sont responsables de la recherche et de l'enseignement théologiques. Tout en gardant ces quatre ministère, les Eglises protestantes les ont diversifiés en fonction des missions actuelles (radio et TV, presse, aumônerie, catéchèse, etc.). Enfin, cette "ecclésiologie" est caractérisée par un souci d'équilibre et de correction mutuelle entre l'exercice personnel des ministères, leur caractère collégial et leur assise communautaire. Ainsi les "présidents", ayant une fonction de type épiscopal, l'assument avec les conseils dont ils sont les élus pour un mandat limité. Et tous ces ministères reconnus ou ordonnés, selon le vocabulaire liturgique employé, sont égaux entre eux et soumis à l'autorité des Synodes largement représentatifs de tous les fidèles. Le ministère pastoral, soumis parfois à des tentations de cléricalisation, est accessible depuis de nombreuses années à des femmes dont l'apport est très précieux ; mariés ou célibataires, les pasteurs sont actuellement en nombre suffisant. (...) La question du ministère dans l'Eglise, constitutive essentielle pour les uns seconde et fonctionnelle pour les protestants, reste un point délicat, sinon central dans nos relations oecuméniques et pour la reconnaissance mutuelle dans l'hospitalité eucharistique. "

Le culte protestant - [Aller plus loin]

Birmelé André article " Eglise " in : Encyclopédie du Protestantisme Cerf/ Labor et Fides Paris / Genève 1995 p.487

" En comprenant l'Eglise comme communion des croyants fondés dans et par la Parole de Dieu, les familles chrétiennes se référant à la Réforme du 16e siècle décrivent, de la manière la plus succincte possible, le fondement et l'être de l'Eglise. Cette Eglise correspond à Dieu. Le verbe "correspondre" a un double sens, il signifie à la fois être conforme à et répondre ensemble. En rassemblant les êtres humains dans leur altérité (races, sexes, nations, personnalités), en les unissant en une communauté des saints et en les construisant en Eglise sur le fondement posé par la mort et la résurrection de Jésus, l'Esprit saint fait correspondre ces humains à l'être même de Dieu, à la communion trinitaire dans l'altérité qui est en Dieu lui-même. Sous la forme de l'Eglise, Dieu se crée sur terre une correspondance humaine de son propre être. Cette correspondance advient dans l'évènement du culte, le moment où la Parole de Dieu célébrée dans l'annonce de l'Evangile et les sacrements éveille les humains à la foi, les rend justes devant Dieu et les assemble dans la communion des saints. Cette Eglise n'est pas centrée sur elle-même, mais vit de manière excentrée de cette Parole incarnée en Christ qu'elle ne possède pas, qui lui demeure toujours extérieure mais qui la fait correspondre à son être véritable. Dans le culte, la communauté des croyants correspond avec son Seigneur par la louange. La communauté n'est pas inactive. Elle célèbre Dieu. Elle écoute, prêche, prie, confesse, témoigne, chante et fête. Mais (...) l'action communautaire est fondamentalement réceptive, caractérisée par une passivité créatrice et non par une "bonne oeuvre" par laquelle elle voudrait faire du bien à Dieu. Elle se laisse au contraire faire du bien par Dieu qui lui donne tout dans sa Parole. La réponse de la communauté (...) est louange une action gratuite par laquelle elle ne cherche pas à obtenir quelque chose. Elle a tout obtenu. Elle est peuple de Dieu. Dans l'événement de la croix et de la résurrection de Jésus-Christ, "tout est accompli" (Jean 19,30). Ce moment du culte, dans le sens large du terme qui inclut tous les instants de la vie d'Eglise où la Parole de Dieu advient, est le moment où l'Eglise est réalisée dans le temps. Le passé et l'avenir de Jésus-Christ deviennent présents. Le culte raconte l'histoire de Dieu (anamnèse), il fait participer les êtres humains à cette histoire, histoire de Dieu qui devient leur histoire. "

Un sujet de controverse - [Aller plus loin]

  • Les ordres monastiques furent l'objet d'une remise en cause fondamentale lors de la Réforme. C'est essentiellement au nom des principes du salut par la grâce seule (et non par les " mérites " d'une vie religieuse) et du sacerdoce universel (pas de différences d'état entre tous les baptisés, tous prêtres) que la Réforme s'est opposée aux vœux monastiques et à la vie religieuse. On peut trouver l'essentiel des critiques des Réformateurs, pour Luther, dans " Jugement de Martin Luther sur les vœux monastiques ", t.III des Œuvres en français, pp.79-219, et pour Calvin dans l'Institution de la religion chrétienne, IV, XIII, " Des vœux, comme ils ont été faits à la volée en la papauté pour enlacer misérablement les âmes ".
    " Les vœux seront critiqués par la Réforme pour les raisons suivantes :
    1) Luther n'y voit aucun fondement scripturaire
    2) prononcer des vœux, c'est se remettre sous la Loi et donc prendre un autre chemin que le Christ ;
    3) le changement de nom lors des vœux est une remise en cause du caractère unique du baptême
    4) les vœux seraient méritoires et donc salvifiques
    5) ils établissent une hiérarchie entre les chrétiens. Globalement, les vœux et le fait monastique nourrissent un imaginaire -idéal de pureté- qui paraît contraire à l'Evangile. " (Antoine Reymond)
  • Favorable à ce mouvement communautaire, le pasteur baptiste Louis Schweitzer écrit : " La situation actuelle est paradoxale. Les communautés monastiques existent, sont reconnues à cause de la qualité de leur présence spirituelle, mais sans avoir une place théologiquement claire au sein du protestantisme. De plus en plus une distinction est faite entre les critiques justifiés de la Réforme et l'essence de la dimension monastique. Il ne saurait être question pour les membres de ces communautés de se poser en chrétiens " supérieurs ". On envisage plus facilement que par le passé la possibilité d'une vocation au célibat qui peut avoir son fondement dans les Evangiles (Matthieu 19,10-12) ou chez l'apôtre Paul (1Corinthiens 7). Enfin, dans notre monde trépidant, l'existence de lieux d'accueil liés à des communautés, la possibilité de retraites qui permettent de se retrouver et la présence de personnes plus spécifiquement engagées dans la prière et l'accompagnement deviennent pour beaucoup, une nécessité vitale. "

Renouveau charismatique - [Aller plus loin]

Willaime Jean-Paul, article " Charismatique " in : Encyclopédie du Protestantisme Cerf/ Labor et Fides Paris / Genève 1995 p.207-208 :

" L'histoire du christianisme, des origines à nos jours, est traversée de manifestations d'enthousiasmes religieux et d'effervescences communautaires qui ont voulu secouer la torpeur du christianisme institutionnel et réveiller les Eglises, en visibilisant les signes de la manifestation de la grâce à travers la transformation radicale des personnes et la réalisation d'actes spectaculaires (en particulier des guérisons). Ce christianisme émotionnel a revêtu différentes formes au cours des siècles, le montanisme au début de l'ère chrétienne, les Schwärmer (enthousiastes) à l'époque de la Réforme (...), le réveil méthodiste au 18e siècle, les Réveils pentecôtistes du début du 20e siècle dans le Kansas et au Pays de Galles. Ces derniers Réveils sont à l'origine de ce qu'on appelle le pentecôtisme historique, mouvement qui s'est fortement développé au cours du 20e siècle dans divers continents (notamment en Amérique latine). Les pentecôtistes considèrent qu'il faut, pour être pleinement sanctifié et rendre témoignage, être baptisé du Saint-Esprit ; c'est ce qui permet aussi de faire l'expérience des dons spirituels (charismes) mentionnés en 1Corinthiens 12 : la glossolalie, le don des langues, les dons de prophétie, d'interprétation, de guérison. Ce qu'on appelle depuis le début des années soixante-dix, le renouveau charismatique ou le mouvement charismatique, reprend incontestablement de nombreux éléments de la spiritualité pentecôtiste. Mais, tout en insistant comme le pentecôtisme sur l'expérience du Saint-Esprit et sur les dons spirituels, le renouveau charismatique se déploie à l'intérieur des Eglises catholiques et protestantes, contrairement au pentecôtisme qui a formé des groupements indépendants (comme les Assemblées de Dieu). On a pu parler au sujet du renouveau de néo-pentecôtisme. (...) La sensibilité charismatique insiste sur la conversion personnelle et sur l'immédiateté de l'action divine : Dieu est proche et peut intervenir ici-bas si l'on se laisse envahir par l'Esprit. Ce type de sensibilité génère des chefs spirituels dont la légitimité est reconnue à travers les charismes qu'ils manifestent. "

Chansons - [Culture]

  • Chanson de Georges Moustaki
    " Ma solitude "

    Pour avoir si souvent dormi
    Avec ma solitude
    Je m'en suis fait presqu'une amie
    Une douce habitude
    Ell' ne me quitte pas d'un pas
    Fidèle comme une ombre
    Elle m'a suivi ça et là
    Aux quatre coins du monde

    Non, je ne suis jamais seul
    Avec ma solitude

    Quand elle est au creux de mon lit
    Elle prend toute la place
    Et nous passons de longues nuits
    Tous les deux face à face
    Je ne sais vraiment pas jusqu'où
    Ira cette complice
    Faudra-t-il que j'y prenne goût
    Ou que je réagisse?

    Non, je ne suis jamais seul
    Avec ma solitude

    Par elle, j'ai autant appris
    Que j'ai versé de larmes
    Si parfois je la répudie
    Jamais elle ne désarme
    Et si je préfère l'amour
    D'une autre courtisane
    Elle sera à mon dernier jour
    Ma dernière compagne

    Non, je ne suis jamais seul
    Avec ma solitude
    Non, je ne suis jamais seul
    Avec ma solitude.

  • Chanson de Jacques Brel
    " Seul "

    On est deux mon amour
    Et l'amour chante et rit
    Mais à la mort du jour
    Dans les draps de l'ennui
    On se retrouve seul

    On est dix à défendre
    Les vivants par des morts
    Mais cloués par leurs cendres
    Au poteau du remords
    On se retrouve seul

    On est cent qui dansons
    Au bal des bons copains
    Mais au dernier lampion
    Mais au premier chagrin
    On se retrouve seul

    On est mille contre mille
    A se croire les plus forts
    Mais à l'heure imbécile
    Où ça fait deux mille morts
    On se retrouve seul

    On est million à rire
    Du million qui est en face
    Mais deux millions de rires
    N'empêchent que dans la glace
    On se retrouve seul

    On est mille à s'asseoir
    Au sommet de la fortune
    Mais dans la peur de voir
    Tout fondre sous la lune
    On se retrouve seul

    On est cent que la gloire
    Invite sans raison
    Mais quand meurt le hasard
    Quand finit la chanson
    On se retrouve seul

    On est dix à coucher
    Dans le lit de la puissance
    Mais devant ces armées
    Qui s'enterrent en silence
    On se retrouve seul

    On est deux à vieillir
    Contre le temps qui cogne
    Mais lorsqu'on voit venir
    En riant la charogne
    On se retrouve seul.

Iconographie - [Culture]

" Solitude " de Marc Chagall, 1933, Huile sur toile, Musée de Tel-Aviv :
https://uploads6.wikiart.org/images/marc-chagall/solitude-1933.jpg

 

Rembrandt

Rembrandt

 

Septante

Traduction grecque de la Bible hébraïque entreprise par les communautés juives d'Alexandrie en Egypte au 3e siècle av. JC. Elle était destinée aux juifs qui ne connaissaient plus l'hébreu. La légende veut que 72 (septante deux) savants juifs, travaillant en différents lieux et sans se consulter, soient arrivés à la même traduction en 72 (septante deux) jours. D'où le nom de " Septante " que l’on abrège aussi parfois en chiffres romains : LXX.

Rationalisation

Effort pour construire la connaissance et appréhender le monde par l'usage de la raison. Le courant rationaliste, lorsqu'il devient une doctrine philosophique, entend parfois s'opposer à l'empirisme, qui privilégie l'usage des sens et l'expérience, ou à la révélation religieuse.

Sens

Le sens est à la fois ce qui donne une direction et une signification. La question du sens de la vie est probablement la question spirituelle centrale aujourd'hui.

Calvinisme

Courant théologique protestant issu de Jean Calvin (1509-1564), Réformateur français né à Noyon. De formation humaniste, il étudie les lettres, la philosophie, le droit, l'hébreu, le grec, la théologie en divers lieux universitaires (Paris, Orléans, Bourges). En 1533, il adhère aux idées de la Réforme qu'il va dès lors de bien des manières diffuser. En 1534 il est obligé de quitter la France pour Bâle où il rédige la première édition de l'un de ses ouvrages majeurs l'Institution de la Religion Chrétienne. Il ira ensuite à Genève (1536), à Strasbourg (1538), puis revient à Genève (1541) où il jouera un rôle théologique et politique très important. Exégète, enseignant, prédicateur, sa pensée rigoureuse fut largement diffusée en France dans les années 1540-1550. Elle va contribuer à l'édification d'une Eglise réformée en France, dont le premier synode se tient en 1559 à Paris. La confession de foi et la discipline ecclésiastique qui y furent adoptées sont l'une et l'autre directement inspirées par Calvin.

Créationnisme

Doctrine qui se base sur la Genèse pour expliquer l'origine des espèces vivantes. Selon cette doctrine, les espèces ont été créées séparément en une seule fois et sont restées inchangées depuis l'origine de la vie. Le mouvement créationniste est né aux Etats-Unis au début du 20e siècle en réaction contre le darwinisme.

Darwinisme

Doctrine de Charles Darwin (1809-1882) et de ses successeurs selon laquelle l'évolution des organismes vivants résulte de la sélection naturelle. Elle donne une interprétation causale de l' évolutionnisme.

Ethique

Ce mot est souvent confondu avec celui de morale dont il est proche. L'un et l'autre désignent ce qui permet de déterminer les finalités de la vie humaine, ce qui est bien et mal, bon et mauvais, juste et injuste. On peut toutefois les distinguer en désignant du terme de morale les dispositions et prescriptions concrètes (dont le moralisme est la forme extrême) et du terme éthique les orientations ou convictions générales permettant à chacun de s'orienter dans ses comportements.
Pour le chrétien, l'expérience de la foi, ne se réduit pas à une pure intériorité. Elle s'exprime et se traduit concrètement au cœur de la réalité du monde par des paroles et des actes. L'éthique donne des indications qui permettent de vivre et agir dans la foi. On ne peut pas tirer de la Bible une éthique qui serait directement transposable pour aujourd'hui. Il faut plutôt essayer de comprendre comment les auteurs bibliques ont affronté les questions éthiques de leur temps et, à cette lumière, tenter de répondre aux défis de notre époque.

Evangile

Le mot évangile est un mot grec qui signifie " bonne nouvelle " ou " bon message ". On distingue deux compréhensions. Ce mot correspond premièrement à un genre littéraire et désigne les quatre premiers livres du Nouveau Testament : les évangiles selon Matthieu, selon Marc, selon Luc et selon Jean. On l'écrit alors avec une minuscule. Deuxièmement, il désigne un contenu. L'Evangile est alors la bonne nouvelle dont témoigne Jésus de la part de Dieu. Ce message de salut n'est pas indépendant de celui qui l'apporte. On peut dire que c'est Jésus lui-même qui est en quelque sorte la bonne nouvelle que Dieu envoie aux hommes.
L'usage majuscule /minuscule peut parfois être inversé (l'évangile de Jésus Christ parce qu'évangile est un nom commun ; l'Evangile de Matthieu parce que c'est un titre de livre).

Eschatologie

Ce terme désigne, littéralement, la doctrine de la chose dernière (eschaton en grec), ce qui touche à la fin du monde. Par extension, est aussi appelé eschatologique un événement attendu pour la fin des temps et qui s'est déjà produit (la venue du Christ : 1Corinthiens 10,11, Hébreux 1,2, 1Pierre 1,20), ou une réalité future dont on vit déjà même si elle n'a pas encore entièrement déployé ses effets (le salut reçu et encore espéré : Romains 8,24). Ainsi, en théologie, le terme " eschatologie " rassemble tout ce qui concerne l'espérance chrétienne dans sa plénitude présente et à venir, l'accomplissement, l'achèvement dans le temps et l'espace de l'œuvre de salut de Dieu. La théologie des Réformateurs accentuera une approche plus existentielle de cette notion, centrée sur l'oeuvre du Christ pour le croyant. Ainsi pour Luther, la foi qui justifie est une réalité réellement eschatologique.

Evolutionnisme

Courant d'idées interprétant l'univers actuel, et en particulier les espèces vivantes, comme étant le résultat inachevé d'un processus de différenciation et de complexification.

Fondamentalisme

Ce terme est apparu aux Etats-Unis, en contexte protestant au début du 20e siècle pour désigner un mouvement qui s'opposait au libéralisme protestant et au christianisme social. Ses membres considèrent que la Bible est exempte d'erreurs (inerrance des Ecritures). Ils pensent que la Parole de Dieu est la Bible (et non pas dans la Bible). En conséquence, ils s'opposent à toute forme d'interprétation du texte biblique. Les fondamentalistes défendent des thèses dites créationnistes opposées aux théories évolutionnistes de Darwin, considérant que celles-ci sont contraires aux textes bibliques de la création rapportés au début de la Genèse. De façon plus générale, on peut dire que le fondamentalisme protestant se manifeste par une fermeté, voire une rigidité doctrinale et éthique. Aujourd'hui on utilise souvent ce terme en-dehors de son contexte protestant et chrétien pour désigner les mouvements de réaffirmation identitaire qui se développent dans les diverses religions et qui se caractérisent notamment par une lecture littérale, on dit justement " fondamentaliste ", de leurs textes fondateurs alors sacralisés.

Loi

Cette notion est essentielle en théologie. Bien qu'elles aient été souvent confondues, il faut distinguer la loi civile qui organise la société et la loi religieuse qui dit ce que l'être humain doit faire pour être agréable à Dieu. Cette dernière peut être reçue de deux manières : comme un commandement que l'être humain doit accomplir pour être sauvé ; ou bien comme un commandement qui révèle à l'être humain combien il est incapable de se sauver lui-même. Dans le premier cas, nous parlerons d'un salut par les œuvres, dans le deuxième cas, l'être humain ne peut que compter sur la grâce de Dieu. En théologie, on parle aussi d'un 3e usage de la loi qui se trouve chez le Réformateur Calvin. Elle est alors une exigence éthique qui indique ce que le croyant est appelé à vivre à l'écoute de la Parole de Dieu. Non afin de gagner son salut par ses œuvres mais comme réponse joyeuse et reconnaissante à l'amour de Dieu.

Œcuménique / Œcuménisme

Le 20e siècle, et notamment sa seconde moitié, se caractérise par le développement des relations entre les différentes Eglises chrétiennes. On nomme ces relations " relations œcuméniques ". Mais en fait, il serait plus juste de les appeler " interconfessionnelles " car étymologiquement le mot œcuménique signifie " l'ensemble de la terre habitée ".

Réformateurs

Promoteurs de la Réforme religieuse qui, au 16e siècle, a contesté les positions traditionnelles de l'Eglise et donné naissance au protestantisme. Les Eglises luthériennes sont issues de l'oeuvre théologique du Réformateur allemand Martin Luther et les Eglises réformées de l'oeuvre théologique du Réformateur français Jean Calvin

Sacrement

Il s'agit d'un acte, geste ou signe accompli par les Eglises chrétiennes au cours du culte dans la fidélité à leur Seigneur. Un texte luthérien les définit comme " les rites qui font l'objet d'un commandement de Dieu et auxquels est jointe la promesse de la grâce ". Saint Augustin disait qu'ils sont des " signes visibles de la grâce invisible ". Le protestantisme connaît les deux sacrements qui ont été institués par Jésus-Christ d'après le Nouveau Testament : le baptême et la cène. Les catholiques et les orthodoxes en reconnaissent sept : le baptême, la cène ou eucharistie, la confirmation (conférée par l'évêque), l'ordination des prêtres (conférée par l'évêque), l'extrême-onction ou sacrement des malades, la pénitence et le mariage

Salut

L'Ancien Testament comprend le salut comme l'action de Dieu qui libère. Le texte de référence est la sortie d'Egypte, la libération de l'esclavage, de l'oppression. Cette idée de libération est reprise par le Nouveau Testament. La guérison d'une maladie, la relation rétablie avec Dieu et les autres, l'accueil de celui qui se considère perdu... sont signes du salut que Dieu donne. Le verbe "sauver" s'emploie au passif ce qui souligne le fait que Dieu est l'auteur du salut. L'être humain est sauvé, il ne se sauve pas lui-même.

Epiclèse

Prière qui invoque le Saint Esprit, souvent appelée " prière d'illumination ". Le mot est d'origine grecque et veut dire littéralement " appeler sur ". L'épiclèse se retrouve à deux moments de la liturgie protestante : avant la lecture de la Bible pour que l'Ecriture lue devienne Parole entendue et au moment de la Sainte Cène où le Saint Esprit est appelé sur les fidèles rassemblés pour qu'ils discernent la présence du Christ dans le pain et le vin partagé

Lectio divina

On désigne ainsi depuis des siècles une manière méditative de lire la Bible. Concrètement les formes peuvent varier, selon qu'elle est pratiquée seul ou en groupe. Souvent, on lit le passage plusieurs fois, permettant ainsi une familiarisation avec le texte, puis, après des moments de silence qui favorisent une appropriation (parfois introduits par l'invitation de retenir une pensée particulière suggérée par le texte lu), on peut formuler une prière inspirée de la méditation précédente. Il est possible aussi d'intégrer dans le déroulement une étude plus poussée du texte

Reuilly, Règle de

La citation provient de la règle d'une communauté protestante de diaconesses (soeurs), fondée au 19e siècle par Mme Caroline Malvesin et le pasteur Antoine Vermeil. Il s'agit d'une communauté aujourd'hui établie dans divers lieux, entre autres à Paris et à Versailles, qui a élargi son ministère de service et de prière auprès des malades à tous ceux qui viennent vers elle pour partager un temps de retraite spirituelle

Spiritualité

Le substantif vient du latin spiritus (esprit) et désigne de manière large le " travail de l'esprit ". Il apparaît pour la première fois au 5e siècle, puis en lien avec les mouvements monastiques. A côté du mot " spiritualité " se trouve parfois celui de " piété ". Dans le langage populaire, ce dernier a souvent une connotation négative de fuite hors du monde. La spiritualité protestante rejette toute pensée de faire valoir des exercices de piété (prière, contemplation, ascèse,...) devant Dieu. Luther, ancien moine, a même pu écrire : " Nous affirmons que la religiosité humaine n'est rien d'autre qu'une atteinte à la Majesté divine et que, de tous les péchés que l'homme peut connaître, la piété est le plus grand. " (Sermon sur 1Pierre 15,23) Le lieu de la spiritualité protestante n'est plus le monastère, mais la paroisse, la famille. Elle est centrée sur la participation à la célébration du culte et sur la lecture de la Bible.

Allitération

Plusieurs mots d'une phrase commencent par la même lettre

Poèmes alphabétiques

Les premières lettres de chaque strophe du poème, parfois de chaque verset, suivent l'alphabet (en ce qui concerne l'Ancien Testament, il s'agit évidemment de l'alphabet hébraïque)

Rouleau

Les livre bibliques ont été écrits sur des rouleaux. Le terme se trouve dans certaines traductions bibliques et, parfois, est simplement remplacé par " livre "

Liturgie

Le mot vient du grec leitourgia et veut littéralement dire " service du/pour le peuple ". Elle a donc toujours une dimension communautaire. Elle est partagée par plusieurs. La prière liturgique est une prière connue qui peut être dite par plusieurs personnes. Elle est souvent rythmée, parfois chantée, connue par coeur. Elle propose un déroulement fixe d'une célébration. Comme la liturgie connote la répétition, elle est parfois critiquée par les adeptes d'une spiritualité qui se veut avant tout spontanée. Mais elle permet aussi de découvrir une richesse, une ouverture vers des formes d'expression qui ne sont pas seulement individuelles. Elle inscrit le croyant dans un espace plus vaste

Altérité

Le fait d'être autre, d'être différent de manière plus ou moins fondamentale : l'homme et la femme par exemple. Plus radicalement, on parle de l'altérité de Dieu qui ne se confond pas avec l'être humain

Doxologie

Le mot est d'origine grecque : doxa veut dire la gloire. Dans la liturgie, la doxologie est donc une louange qui dit ou chante la gloire de Dieu. La formule classique est trinitaire : " Gloire au Père, gloire au Fils, gloire au Saint Esprit "

Spener

Né en Alsace en 1635, il entreprend des études de philosophie puis de théologie à Strasbourg. Après Bâle, Genève, Lyon, Stuttgart, Tübingen, il revient en 1666 à Strasbourg où il est prédicateur à la Cathédrale. C'est à Francfort (à partir de 1670) qu'il va donner forme au piétisme luthérien, préparé déjà en Allemagne par Johann Arndt (1555-1621). Parus en 1675, les Pia desideria, ou " Désir sincère d'une amélioration de la vraie Eglise évangélique " en constituent le texte fondateur, réclamant une réforme du pastorat, l'affermissement des fidèles et des communautés, la pratique de la piété, l'enracinement de la théologie dans les Ecritures. Il insiste sur la nouvelle naissance et donc sur une conception individualiste de la foi. L'Eglise est considérée comme le rassemblement de ceux qui sont " nés de nouveau ". En 1686 il est à Dresde, en 1691 à Berlin. L'un de ses disciples fut August Hermann Francke à Halle (1663-1727)

Synode

L'étymologie grecque donne le sens : " faire route avec ". Il désigne en protestantisme une assemblée de personnes (pasteurs et autres membres d'église) déléguées par les communautés locales, qui prend les décisions et donne les orientations pour une union d'Eglises locales

Actes

Ce livre du Nouveau Testament est la deuxième partie de l'œuvre de l'évangéliste Luc. Il y raconte le développement de la première Eglise, de Jérusalem jusqu'à Rome, selon un plan qui suit l'expansion progressive du christianisme. On y voit les apôtres à l'œuvre pour porter l'Evangile " jusqu'aux extrémités de la terre ". Deux d'entre eux jouent un grand rôle : Pierre et Paul. La conversion de Paul est rapportée, ainsi que ses trois voyages. On y trouve des éléments historiques importants sur la primitive Eglise, les difficultés et les persécutions qu'elle rencontre, mais aussi des indications sur les premiers débats théologiques qui la traversent, en lien avec l'ouverture de la mission du monde juif vers le monde païen. Ce livre propose une théologie missionnaire

Baptême

On distingue dans les textes du Nouveau Testament deux types de baptême :

  • le baptême de Jean le Baptiste, un baptême de conversion qui s'apparente aux purifications rituelles de l'Ancien Testament et
  • celui qui sera le premier sacrement des chrétiens. Ce dernier est aussi appelé un baptême d'eau et d'Esprit.

Le baptême signifie la pleine communion avec le Christ et en même temps l'entrée dans l'Eglise. L'eau reste le symbole du baptême chrétien. Pour les protestants le baptême est signe de la grâce que Dieu accorde. Il manifeste et exprime le salut mais ne le confère pas. De même il ne fait pas entrer dans l'Eglise, mais témoigne qu'on lui appartient.

Bonhoeffer

1906-1945. Théologien protestant. Il devient pasteur et aumônier auprès des étudiants. Il enseigne d'abord à Berlin. Sa vie bascule avec l'accès d'Hitler au pouvoir. Opposant de la première heure, il va diriger le séminaire pastoral (illégal aux yeux des nazis) de Finkenwalde où existe une véritable vie communautaire. Il a une grande activité d'animateur en Poméranie dans l'Eglise confessante (qui refuse la tutelle des nazis). Interdit d'enseigner et de publier, il entre dans la résistance. Arrêté en 1943 il est emprisonné. Il meurt, pendu dans le camp de concentration de Flossenbürg les derniers jours de la guerre (1945). De la vie communautaire (1939) a été son œuvre la plus lue de son vivant. Ses autres œuvres les plus connues : Le prix de la grâce (1937 ; en allemand Nachfolge " Suivance "), Résistance et soumission (lettres de prison) paru en 1951.

Cène

Souper, dernier repas de Jésus. Quatre textes du Nouveau Testament (Matthieu 26,17-30, Marc 14,12-31, Luc 22,7-23, 1Corinthiens 11,23-26) nous disent que Jésus, juste avant son arrestation, partagea avec ses disciples le pain et le vin et leur demanda de répéter ce geste en mémoire de lui. A cause de cela, pour les Eglises issues de la Réforme, la cène est, avec le baptême, considérée comme un sacrement. Elle est célébrée régulièrement, mais pas obligatoirement, au cours de chaque culte. Ceux qui y participent discernent dans le pain et le vin partagés la présence véritable du Christ. C'est donc dans la foi et pour la foi qu'ils sont les signes du corps et du sang du Christ.

Conseil presbytéral

En affirmant le sacerdoce universel, la Réforme a donné un rôle important aux membres de l'Eglise, autres que les pasteurs. Ainsi, Calvin distingue le ministère des Anciens, qui avaient, au 16e siècle, un rôle important de surveillance (par exemple concernant les mœurs pour autoriser l'accès à la Cène). Aujourd'hui, dans les Eglises issues de la Réforme, ce sont les conseillers presbytéraux, élus par l'assemblée générale de l'Eglise locale. Ils exercent avec le pasteur des responsabilités spirituelles, matérielles, financières. Ils choisissent, par élection, le pasteur. Ils élisent parmi eux leurs représentants dans les instances de gouvernement de l'Eglise (les synodes).

Dissémination

Ce mot désigne la réalité des Eglises minoritaires (par exemple le protestantisme en France) dont les membres et les communautés sont dispersés au cœur de la société. Elle n'est pas seulement géographique, mais peut être aussi culturelle, temporelle, spirituelle, théologique. Ce sentiment de dispersion, d'éparpillement, de dissolution est exacerbé par le caractère déchristianisé de la société contemporaine. Tant que le christianisme occupait une place centrale, ses propres valeurs constituaient les repères de la société. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Cette dissémination est souvent perçue comme une perte qui met en question l'identité et le témoignage de l'Eglise. En même temps, cette situation a amené des évolutions très positives afin d'organiser la vie de l'Eglise autrement que sur un modèle traditionnel, faisant une place plus grande à de petites assemblées et à des ministères exercés par des laïcs. Les Eglises redécouvrent aussi dans la Bible que la dissémination n'est pas une douloureuse exception mais qu'elle est souvent présentée comme la norme pour le chrétien. On peut penser au verset de l'épître aux Hébreux (11,13) rappelant aux croyants qu'ils sont " étrangers et voyageurs sur la terre ".

Ecclésiologie

Réflexion dogmatique au sujet de l'origine et de la nature de l'Eglise, des charismes, des ministres, de son statut théologique et juridique ainsi que de la question de l'unité de l'Eglise dans une chrétienté divisée

Enthousiastes

Ce terme qui littéralement veut dire "en Dieu" (du grec : en-theou) est utilisé par les Réformateurs, notamment Luther, pour désigner les exaltés (en allemand Schwärmer) qui, au 16e siècle, se laissaient aller à leur subjectivité. Sous l'influence supposée du Saint-Esprit, ils prétendaient apporter des révélations particulières et menaçaient le mouvement réformateur par des excès dans les domaines religieux, ecclésial et politique. Pour les combattre, les Réformateurs ramèneront à la lecture des Ecritures bibliques. Elles seules peuvent empêcher les croyants de flotter au gré de leurs idées personnelles, voire de leurs illuminations dont sont si friandes les religiosités contemporaines. On peut parler d'enthousiasme, chaque fois que l'être humain, au lieu de s'en tenir à la Parole de Dieu (extérieure à lui), recherche des fantaisies personnelles, des expériences spirituelles permettant de trouver en lui-même, un accès direct à Dieu

Ministre-ministère

Etymologiquement, le mot " ministre " signifie " serviteur " et " ministère " " service " (avec, au départ, une notion d'infériorité : la même racine a donné " moins " ou " mineur " !). La Réforme, avec le principe du sacerdoce universel, reconnaît des ministères divers, que tout membre de l'Eglise peut théoriquement les exercer, mais qui sont confiés durablement ou temporairement à ceux qui sont aptes à les accomplir. Le ministère de la Parole est confié à des " ministres " formés et reconnus par la communauté. Au 16e siècle, le terme de " ministre " ou de " serviteur " désigne les pasteurs (terme qui ne deviendra courant qu'au 19e siècle). Aujourd'hui encore, ce terme est l'appellation officielle pour les pasteurs de l'Eglise Réformée de France. Il dit bien que le pasteur, le ministre, est un serviteur qui est là pour aider l'ensemble des fidèles à assumer leur sacerdoce commun. Il est aussi le serviteur de la Parole

Monastique

" Qui concerne les moines ". Ce terme provient du grec monos " seul, unique ". Existant déjà dans d'autres cultures et religions, le monachisme chrétien apparaît en Egypte au 3e siècle de notre ère : certains chrétiens s'isolent afin de vivre seuls au désert (vie de prière et d'ascèse). Ce sont les premiers moines chrétiens. Certains vont se regrouper pour vivre en communauté. Au cours des siècles, cette forme de vie va jouer un rôle considérable dans l'expansion et le rayonnement du christianisme. De nombreux ordres monastiques sont créés au cours de l'histoire. Critiqué et remis en cause par Luther, le monachisme disparaît dans les Eglises issues de la Réforme jusqu'au 19e siècle qui voit la réapparition de communautés de type monastique au sein du Protestantisme, mouvement qui se poursuit au 20e siècle, même si le phénomène y reste marginal et souvent contesté

Péché

Du mot hébreu " manquer un but ", " être séparé de ". Dans la Bible, le péché est la rupture du lien de la personne avec Dieu. Le pécheur est celui qui oublie l'alliance avec Dieu en ne respectant pas ses commandements, en violant ses droits et en transgressant ses lois. Deux compréhensions de ce mot existent dans le langage de la Bible. Certains textes jouent justement sur ces deux compréhensions. L'une est morale et l'autre théologique. La compréhension morale appelle " pécher " : commettre des actions non conformes à la loi. Par exemple : voler quelque chose à quelqu'un, mentir, etc. Il existe aussi une compréhension théologique de ce terme. " Pécher " veut alors dire : vivre sans référence à Dieu, être coupé de Dieu. Le péché, c'est vivre sans Dieu ou prendre sa place ou encore se fabriquer des dieux avec les choses du monde c'est-à-dire l'idolâtrie. Le péché n'est pas identifiable aux fautes morales, mais elles sont les effets et les symptômes de cette relation faussée avec Dieu

Piété-Piétisme

La piété désigne la dévotion, l'attachement aux devoirs et pratiques religieuses, avec une nuance de ferveur dans le langage courant. Ce mot a donné son nom a un courant important qui a touché et marqué fortement la piété protestante : le piétisme. Il vaudrait d'ailleurs mieux parler des piétismes car il y a une grande diversité à l'intérieur de ce mouvement. Dès les 17e et 18e siècles, s'opposant à un christianisme de routine et au dogmatisme théologique, il insiste sur un " Réveil ", une " conversion " de chaque croyant, sur une vivification spirituelle de la vie de l'Eglise et sur une transformation du monde en vue du Royaume du Christ. Il développe la vie communautaire (" communautés de réveillés ") mais tend aussi à développer une pratique centrée sur l'individu (introspection, insistance sur la conversion personnelle et la régénération). Il a suscité de nombreuses productions artistiques et littéraires, et marque encore une partie de la piété protestante. Certaines formes du piétisme ont aussi donné naissance à des œuvres diaconales.

Psychique

Ce mot s'oppose dans les lettres du Nouveau Testament à " spirituel : qui vient du Saint-Esprit ". L'adjectif " psychique " désigne ce qui est l'expression des désirs humains, ce qui vient de la seule nature de l'homme, séparée de Dieu ou opposée à sa volonté

Réveil

Le Réveil ou les réveils désignent divers mouvements qui se sont manifestés dans le protestantisme, surtout anglo-saxon, à partir du 18e siècle et jusqu'au début du 20e siècle, qui se proposaient de " réveiller " une foi jugée " endormie ". La conversion de la personne interpellée par une prédication de type émotionnel est centrale. Les réveils se manifestèrent par des mouvements spectaculaires de conversions et un dynamisme dans le domaine de l'évangélisation. Cherchant à réveiller les Eglises existantes, ces mouvements aboutirent plusieurs fois à la formation de nouvelles Eglises (ainsi les Eglises méthodistes ou le Pentecôtisme)

Charismatique

A l'origine, le mot " charisme " désigne un don de la grâce (charis), distribué par le Saint Esprit, utile à la vie des communautés. L'adjectif sert à caractériser une spiritualité qui insiste sur certains dons. Le mouvement charismatique insiste sur ces dons, individuels et communautaires : prière expressive, prophétie, guérison, parler en langues.
Voir aussi les mots " Réveil ", " Renouveau " et " Pentecôtisme ".

Incarnation

C'est ainsi que l'on désigne le fait que Dieu prend chair en Jésus de Nazareth. Il partage donc la condition humaine avec ses aspects les plus admirables et aussi les plus difficiles : fatigue, tristesse, découragement, souffrance. L'incarnation du Christ appelle à son tour une incarnation de la foi du chrétien. Sauf à trahir un aspect essentiel du message chrétien, le croyant ne peut se désintéresser de la vie concrète des personnes ni de sa propre "épaisseur humaine".

Mystique

Ce mot peut désigner des expériences spirituelles variées. Il est souvent utilisé de manière abusive. Il recouvre au sens strict tous les courants et méthodes qui visent à une rencontre directe entre l'être humain et le divin/Dieu. Cette rencontre peut avoir les traits d'une union, voire d'une fusion. La tradition chrétienne souligne l'importance d'une telle expérience personnelle avec Dieu. Elle met toutefois en garde contre tout ce qui tendrait à effacer la dimension d'altérité (l'être humain et Dieu fusionnant en une seule réalité). Le risque de la mystique est aussi de conduire parfois à un détachement des réalités matérielles et sociales

Pentecôtisme

Il s'agit d'un mouvement qui a démarré au début du 19e siècle aux Etats-Unis et a créé de nombreuses Eglises de par le monde. Elles se caractérisent par une lecture volontairement simple et directe de l'Ecriture, une expression démonstrative émotionnelle de la foi, une importance accordée à la guérison. Le baptême du Saint Esprit constitue la condition d'appartenance à l'Eglise. La tendance pentecôtisante se trouve aussi dans bien des Eglises qui ne portent pas cette étiquette

Renouveau

Plus récent dans le domaine spirituel que le mot " Réveil " , le Renouveau désigne un ensemble de courants, mouvements et communautés qui se sont développés d'abord aux Etats-Unis puis en Europe à partir des années 1970, aussi bien à l'intérieur des Eglises historiques que dans des groupes indépendants. On parle aussi à propos du " Renouveau " de courant " charismatique "

Retraite

Dans le domaine de la vie spirituelle, les retraites sont des temps où une personne, seule ou avec d'autres, se retire provisoirement de la vie quotidienne pour approfondir la connaissance des Ecritures, méditer sur sa vie et prier. De telles possibilités de retraite sont organisées par des groupes de prière, des communautés, des Eglises ou ensemble d'Eglises. Certaines communautés organisent, en permanence ou dans le cadre de sessions, l'accueil de personnes désirant faire retraite.

Lienhard, Marc

La foi vécue, Strasbourg : Faculté de théologie protestante, 1997.