Module Un verbe, des sens... Prier, douter, chanter*



Prier



Fin de partie

 

HAMM. - [...] Prions Dieu.
CLOV. - Encore ?
NAGG. - Ma dragée !
HAMM. - Dieu d'abord ! (Un temps.) Vous y êtes ?
CLOV (résigné). - Allons-y.
HAMM (à Nagg). - Et toi ?
NAGG (joignant les mains, fermant les yeux, débit précipité). - Notre Père qui êtes aux...
HAMM. - Silence ! En silence ! Un peu de tenue ! Allons-y. (Attitudes de prière. Silence. Se décourageant le premier.) Alors ?
CLOV (rouvrant les yeux). - Je t'en fous ! Et toi ?
HAMM. Bernique ! (A Nagg.) Et toi ?
NAGG. - Attends. (Un temps. Rouvrant les yeux.) Macache !
HAMM. - Le salaud ! Il n'existe pas !
CLOV. - Pas encore.
NAGG. - Ma dragée !
HAMM. - Il n'y a plus de dragées.

Samuel Beckett, Fin de partie


  • Cet extrait de pièce de théâtre vous surprend-il ? En quoi ? (le ton, le propos, les personnages, les attitudes ...).
  • Ces personnages parlent de la prière et "prient" ensemble. Trouvez-vous leurs remarques sur la prière amusantes ? Vous choquent-elles ? Vous font-elles penser à des remarques déjà entendues ou éprouvées ?

Cliquez sur les termes soulignés : les notices s’affichent en dessous de ce texte

Fin de partie

 

HAMM. - [...] Prions Dieu.
CLOV. - Encore ?
NAGG. - Ma dragée !
HAMM. - Dieu d'abord ! (Un temps.) Vous y êtes ?
CLOV (résigné). - Allons-y.
HAMM (à Nagg). - Et toi ?
NAGG (joignant les mains, fermant les yeux, débit précipité). - Notre Père qui êtes aux...
HAMM. - Silence ! En silence ! Un peu de tenue ! Allons-y. (Attitudes de prière. Silence. Se décourageant le premier.) Alors ?
CLOV (rouvrant les yeux). - Je t'en fous ! Et toi ?
HAMM. Bernique ! (A Nagg.) Et toi ?
NAGG. - Attends. (Un temps. Rouvrant les yeux.) Macache !
HAMM. - Le salaud ! Il n'existe pas !
CLOV. - Pas encore.
NAGG. - Ma dragée !
HAMM. - Il n'y a plus de dragées.

Samuel Beckett, Fin de partie


Après étude du texte, nous vous proposons une série de questions qui vous permettront d'actualiser le texte, et de faire de ce récit le vôtre
(nb : les visuels associés aux questions sont uniquement présents pour vous inspirer, mais ne constituent pas un élément de réponse)

Partager avec l'équipe Théovie vos réflexions


  • 20080507153830


    Selon vous, quelle place occupe la spiritualité dans la vie de nos contemporains ? Pourquoi ?

  • 20080507153919


    Selon vous, quelle est la spécificité de la prière chrétienne par rapport à celle des autres spiritualités ?

  • 20080507154005


    Dans le Nouveau Testament, il est question à plusieurs reprises de promesses d'exaucement (par exemple Matthieu 6/5-8). Comment percevez-vous ces paroles ?

  • 20080507154044


    Avez-vous déjà prié ? Si oui, quelles difficultés avez-vous ressenties ? Si non, quelle perception avez-vous de la prière ?

  • 20080507154119


    L'auteur et poète américain Ralph Waldo Emerson (1803-1882) a écrit : "Nul n'a prié avec ferveur sans apprendre quelque chose". Etes-vous d'accord avec cette affirmation ? Quel pourrait être, selon vous, ce "quelque chose" ?



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Soyez acteur de votre lecture


  • Relevez les attitudes de chaque personnage. Comment les imaginez-vous (sympathiques, insensés, soumis, autoritaires) ?
  • Relevez le vocabulaire, les attitudes concernant la prière. Selon vous, quel est l'objet de leur prière ?
  • Les personnages sont soucieux de "la manière" dont ils prient (position des mains, silence, attitudes respectueuses, etc.). Quelle image de la prière cela donne-t-il au lecteur ?
  • Comment les personnages réagissent-ils à "la fin" de leur prière ? En quoi sont-ils déçus ? Pourquoi ?
  • Samuel Beckett est un dramaturge célèbre pour son théâtre dit "de l'absurde". Dans cet extrait, qu'est-ce qui vous semble le plus "absurde" ?

Un peu de culture...

Le mur " des Lamentations "

20080430190727

Attias, Jean-Christophe et Benbassa, Esther, art. " Mur des Lamentations ", in : Dictionnaire de Civilisation juive, Paris : Larousse, 1998 :
" Simple mur de soutènement du mont du Temple érigé sous le règne d'Hérode (1er siècle avant J.-C.), le "Mur occidental" n'est pas, à proprement parler, un vestige du sanctuaire détruit par les Romains en 70. Il ne commence à occuper une place centrale dans la tradition juive qu'à partir des années 1520, après la conquête ottomane de Jérusalem, en 1517, et quand y affluent les exilés juifs d'origine ibérique. Dès lors, les sources le présentent comme un lieu d'assemblée et de culte juif (ce sont les non-Juifs qui le nomment "mur des Lamentations", parce que c'est devant lui que les Juifs viennent pleurer la ruine du Temple). Sa popularité ne cesse de croître, il prend figure de symbole et devient même un enjeu dans les luttes nationalistes qui opposent Juifs et Arabes en Palestine mandataire (1917-1948). A partir de 1948, il passe sous souveraineté jordanienne et devient inaccessible aux Juifs. Sa "libération", pendant la guerre des Six-Jours (1967), est perçue comme un événement capital, tant sur le plan religieux que national. La vaste esplanade qu'il domine désormais est l'un des lieux d'Israël les plus visités par les touristes, les pèlerins ou les simples fidèles. Diverses croyances et légendes lui sont rattachées. Ainsi lui applique-t-on certaines traditions midrashiques (qui, à l'origine, concernaient vraisemblablement le mur occidental du Saint des saints) en vertu desquelles il est indestructible et habité par la Shekhina ["présence divine"]. Les prières prononcées devant lui jouiraient d'une efficacité toute particulière et il est d'usage de glisser entre ses pierres de petits bouts de papier où l'on a préalablement noté ses demandes. "


" Prière à l'inconnu ", Jules Supervielle

Jules Supervielle (1884-1960) écrit un poème intitulé Prière à l'inconnu. Son texte est un appel, parfois un cri, lancé à un Dieu dont il doute profondément. Cette prière n'en demeure pas moins une recherche de dialogue " en vérité ", instauré par le poète.

Prière à l'inconnu
Voilà que je me surprends à t'adresser la parole,

Mon Dieu, moi qui ne sais encore si tu existes
Et ne comprends pas la langue de tes églises chuchotantes.
Je regarde les autels, la voûte de ta maison,
Comme qui dit simplement: voilà du bois, de la pierre,
Voilà des colonnes romanes.
Il manque le nez à ce saint.
Et au-dedans comme au-dehors, il y a la détresse humaine.
Je baisse les yeux sans pouvoir m'agenouiller pendant la messe,
Comme si je laissais passer l'orage au-dessus de ma tête.
Et je ne puis m'empêcher de penser à autre chose.
[...]
Mon Dieu, je ne crois pas en toi, je voudrais te parler tout de même.
J'ai bien parlé aux étoiles, bien que je les sache sans vie,
Aux plus humbles des animaux, quand je les savais sans réponse,
Aux arbres qui, sans le vent, seraient muets comme la tombe.
Je me suis parlé à moi-même, quand je ne sais pas bien si j'existe.
Je ne sais si tu entends nos prières, à nous les hommes,
Je ne sais si tu as envie de les écouter.
Si tu as, comme nous, un cœur qui est toujours sur le qui-vive
Et des oreilles ouvertes aux nouvelles les plus différentes
Je ne sais pas si tu aimes à regarder par ici.
Pourtant je voudrais te remettre en mémoire la planète terre
Avec ses fleurs, ses cailloux, ses jardins et ses maisons
Avec tous les autres et nous qui savons bien que nous souffrons.
Je veux t'adresser sans tarder ces humbles paroles humaines
Parce qu'il faut que chacun tente à présent tout l'impossible.
[...]
Ah ! si tu existes, mon Dieu, regarde de notre côté.
Viens te délasser parmi nous.
La terre est belle, avec ses arbres, ses fleuves et ses étangs,
Si belle, que l'on dirait que tu la regrettes un peu
Mon Dieu, ne va pas faire la sourde oreille
Et ne va pas m'en vouloir si nous sommes à tu et à toi
Si je te parle avec tant d'abrupte simplicité.
Je croirais moins qu'en tout autre en un Dieu qui terrorise.
Plus que par la foudre, tu sais t'exprimer par les brins d'herbe
Et par les jeux des enfants et par les yeux des ruisseaux.
[...]
"in Jules Supervielle, La fable du monde, Paris : Poésie-Gallimard, 1987


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Prions Dieu - [Clés de lecture]

20080430184256

Fin de partie met en scène quatre personnages qui mènent une existence absurde dans un monde indéterminé. Hamm (personnage principal) impose à Clov et Nagg de prier Dieu. On ignore pourquoi : l'objet de cette prière n'est pas précisé. Il faut imaginer la scène : trois hommes abandonnés à leur sort joignent leurs mains pour s'adresser à Dieu dans le silence. Leurs attitudes, leurs réactions prêtent à sourire. Visiblement, ils espéraient que " quelque chose " se passe (vite), or, rien ne survient.
Le mot " prière " désigne toutes les paroles que le croyant peut dire à Dieu et même l'attitude intérieure qui les remplace. Ce mot vient du latin precare qui signifie " supplier " : il véhicule donc surtout l'idée d'une demande. Dans ce sens, le mot s'est développé parallèlement dans le langage religieux et non-religieux (" demander à " quelqu'un / Dieu). En christianisme, la prière n'est pourtant pas qu'une question de " demande ". Plus largement, la prière est un dialogue instauré entre le croyant et Dieu. Et comme tout dialogue, il nécessite parole, écoute, silence. Ce type de dialogue prend tout autant que les autres le risque de la rupture et des " mal-entendus ".

20080430184333

Notre Père qui êtes aux... - [Clés de lecture]

20080430184407

Les personnages se mettent " en situation " et l'un d'entre eux, Nagg, commence à prononcer ces mots : " Notre Père qui êtes aux... ". Il s'agit de la première phrase de la prière appelée le " Notre Père ". Le débit précipité laisse penser que pour Nagg, " prier " revient à " réciter ". La prière apparaît comme une action à accomplir, une " œuvre " à faire en attendant " quelque chose " en retour. L'auteur souligne ici la mécanique d'un tel procédé.
Les chrétiens considèrent la prière comme une relation vivante avec Dieu. La prière se constitue de parole et d'écoute qui peuvent s'exprimer de différentes manières. Par exemple, on trouve dans la Bible des prières de louange et de reconnaissance mais aussi des suppliques et des méditations.
Quant au " Notre Père ", il se trouve dans le Nouveau Testament : cette prière est enseignée par Jésus à ses disciples. Elle est bien connue des chrétiens car pour eux, elle revêt une importance particulière. Elle est la seule enseignée par Jésus, mais surtout, Jésus y instaure une relation nouvelle entre le croyant et Dieu. Chaque croyant peut désormais appeler Dieu " Père " et donc, se situer devant lui tel un enfant, un fils.

Un peu de tenue ! - [Clés de lecture]

20080430184505

Devant les manières de Nagg, Hamm proteste et réclame " un peu de tenue " ! Selon lui, la prière nécessite un minimum de respect de règles. Ces " règles " sont sous-entendues par l'auteur lorsqu'il précise entre parenthèse : " attitudes de prière ". On s'imagine alors les mains jointes, les yeux fermés, un silence recueilli, etc. La prière se limite ici à un comportement extérieur, une forme à respecter.
Les chrétiens s'interrogent sur leur manière de prier. Pourtant, ce n'est pas tant le lieu, la gestuelle ou le moment de la prière qui importent, mais plutôt ce que le chrétien veut dire à Dieu. La " pratique " de la prière ne répond pas nécessairement à un code préétabli. Elle peut s'inscrire dans une piété, c'est-à-dire dans un attachement aux pratiques de la religion, mais ne saurait être pour autant réduite à un simple rituel dénué de sens. Elle relève avant tout de l'ordre de l'expérience personnelle ou communautaire.
Aujourd'hui, une telle scène de théâtre ferait d'autant plus rire les spectateurs que la prière est objet de nombreux soupçons. Autour d'elle se cristallisent les méfiances liées à la spiritualité que développe le christianisme. On s'en méfie comme on se méfie de tout ce qui échappe au rationalisme moderne. Pourtant, les contemporains semblent volontiers attirés par des méthodes d'" épanouissement de soi " ou d'" expériences spirituelles ".

Bernique ! - [Clés de lecture]

20080430184554

" Bernique " est une ancienne interjection familière qui exprime le désappointement. Fréquente aux 18e et 19e siècles, elle est devenue archaïque et équivaut aujourd'hui, en langage courant, à " macache " (" rien "). Tour à tour, les personnages sont déçus. Malgré leur prière, il ne se passe rien. A quoi s'attendaient-ils exactement ? Sans doute à une intervention divine " expresse " : entendre une voix, voir apparaître quelque chose. Au-delà du comique de situation, la scène évoque une expérience largement partagée : la prière ne provoque pas toujours les effets escomptés, loin s'en faut. Le texte pointe ici la question de l'exaucement : suffit-il de prier pour obtenir satisfaction ?
Pour les chrétiens aussi cette question est pertinente : les difficultés de la prière sont réelles, peut-être même pour la majorité d'entre eux. On peut noter que la Bible elle-même évoque ces difficultés. Elle invite le croyant à envisager la prière non pas comme un " self-service divin ", mais plutôt comme un temps susceptible de faire cheminer le croyant. La prière n'est donc pas qu'affaire de désir à assouvir ou d'attente insatisfaite. Elle construit la parole et nourrit l'espérance.

Il n'y a plus de dragées - [Clés de lecture]

20080430184624

Nagg réclame depuis longtemps une dragée. C'est comme une obsession qui revient régulièrement dans la pièce. Pourquoi une dragée ? Peut-être parce qu'il s'agit d'un bonbon qu'on offre lors de fêtes religieuses, comme un rite qui n'a ici plus de sens. " Il n'y a plus de dragées " pourrait signifier qu'il n'y a plus rien, comme dans la prière : rien ne vient satisfaire leur prière, rien ne vient non plus satisfaire ce désir de dragée. Ces hommes sont abandonnés, tragiquement seuls et aucune dragée (aucun rite religieux), aucun dieu ( la prière est sans réponse) ne viendront apaiser leur condition.
La scène développe une vision désespérante de l'humanité : ces hommes ne pourront compter que sur eux-mêmes pour continuer leur semblant de vie. Leur prière s'apparentait à un appel au secours. Ils prient pour que Dieu les entende, pour obtenir de lui une faveur : ne pas être abandonnés à leur sort. Cette idée illustre particulièrement bien ce que les Réformateurs du 16e siècle ont perçu de la prière. Selon eux, la prière n'est pas une " œuvre " à accomplir pour s'attirer la faveur de Dieu, c'est un lieu de parole qui unit Dieu à l'homme. Autrement dit, le croyant ne prie pas pour que Dieu l'écoute, c'est parce qu'il découvre que Dieu l'écoute qu'il peut prier. La prière dit justement que Dieu n'a pas abandonné les hommes à leur sort. Elle est l'expression même de la relation homme/Dieu.

20080430184653

Dieu ne répond pas - [Clés de lecture]

L'expérience de ces personnages est partagée par la plupart des croyants. Leur prière reste sans réponse : rien ne vient les réconforter ni même les encourager à poursuivre leur dialogue avec Dieu.
La Bible, comme la théologie, n'apportent pas une réponse définitive à cette interrogation. On peut trouver dans l'Ancien Testament, des exemples de prières restées sans réponse. Face à ce silence, le croyant peut réagir de différentes manières. Il peut crier sa colère, s'acharner et exiger une réponse, s'entêter, abandonner, se résigner, supplier, etc.
La théologie est largement confrontée à cette réalité. Le plus grand danger pour elle est alors de chercher à tout prix une explication qui revient souvent à " innocenter " Dieu et à culpabiliser le croyant.

20080430184730

Comment définir la prière ? - [Contexte]

20080430184814

Dans Fin de partie, les personnages limitent leur perception de la prière à une attitude physique : joindre les mains, se taire, fermer les yeux. Comme si prier revenait à appliquer ce mode d'emploi. Ici, il s'agit plus d'une technique de prière que de la prière elle-même. Il faut dire qu'il n'est pas simple de définir ce qu'est la prière. Le christianisme en parle généralement comme d'un dialogue entre l'homme et Dieu. On peut souligner au moins trois aspects de ce dialogue.

  • Prier, c'est se présenter devant Dieu en vérité, se retrouver " créature " devant " le Créateur ", " enfant " devant " le Père ". Un dialogue n'est pas un discours : prier ne revient donc pas à informer Dieu de ce qui se passe " ici et maintenant ". Un dialogue implique une parole et une attitude vraies. Ainsi, prier, c'est présenter à Dieu la vérité de sa vie (ses désirs, ses combats, ses joies, ses révoltes, etc.). La prière appelle la présence de Dieu dans tous ces domaines.
  • Prier, c'est aussi se recueillir, s'arrêter, prendre le temps d'une pause. Si la prière est parole, elle est aussi écoute. Lire l'Evangile, écouter la Parole de Dieu (prédication, étude biblique, méditation, etc.), c'est admettre que cette Parole puisse déranger, contester ce que je vis. Elle peut aussi encourager, apaiser et consoler. Ainsi, la prière n'est pas un dialogue " intérieur " avec moi-même mais un dialogue entre ma propre parole et celle de Dieu.
  • Prier, c'est enfin un acte gratuit. Aujourd'hui, la vie est marquée par l'agitation et la production. Elle impose d'être utile et rentable. La prière n'est rien de tout ça. En ce sens, elle impose une mise à distance et rappelle que Dieu ne porte pas sur l'homme le même regard que le monde. Le dialogue avec Dieu ouvre un espace libre, gratuit où la rentabilité n'est pas de mise.

20080430184831

Un théâtre de l'absurde : Fin de partie - [Contexte]

20080430184901

En 1957, Fin de partie est créée en français à Londres. Cette pièce met en scène quatre personnages handicapés physiquement menant une existence absurde dans un monde indéterminé : peut-être des rescapés d'une catastrophe nucléaire ? Hamm, aveugle paraplégique, occupe le centre de la scène. Il entretient avec son valet, Clov, une relation de maître à esclave. Clov affirme sans cesse vouloir le quitter mais n'en trouve jamais la force. Nell et Nagg, les parents de Hamm, ont perdu leurs jambes et vivent depuis dans des poubelles. Il n'y a pas réellement d'intrigue dans cette pièce et le discours est sans ordre logique apparent. Le dialogue n'est pas au service d'une action : il est là pour compenser la vacuité du présent et l'impuissance de ces personnages à agir dans ce monde-là. Ainsi, Beckett (1906-1989) reprend, en les radicalisant, les détresses de l'humanité : dépérissement de l'esprit, incompréhension mutuelle, violence du pouvoir, souffrances du corps, etc.
Il traite du désespoir et de la volonté de survivre dans un monde décrit comme " incompréhensible ". Fin de partie est traversée par une appréhension tragique de la vie : " Vous êtes sur terre, c'est sans remède ! " dit Hamm. Pourtant, il conclut la pièce en disant : " Il faut continuer, tout doit continuer ".

20080430184913

De la spiritualité ! - [Contexte]

20080430184953

Le monde moderne est marqué par une perte d'intérêt pour les religions historiques et par une montée en puissance des superstitions : astrologie, voyance, magie, occultisme, etc. La modernité a pu faire croire que l'homme s'épanouirait en consommant, en assouvissant ses principaux besoins (physiques, culturels, de loisirs, etc.). Dans cette perspective, on reconnaît à l'homme des " besoins spirituels " qu'il s'agit aussi de satisfaire. Par ailleurs, de nouvelles formes de spiritualités sont apparues : Yoga, méditation transcendantale, " Zen ", New Age, etc. Ces nouvelles pratiques apportent souvent de l'apaisement dans un monde violent et fragilisant. Mais en ne se centrant que sur l'individu, elles peuvent aussi l'enfermer dans ses propres expériences spirituelles.
La spiritualité chrétienne n'est pas un ensemble de pratiques ou d'exercices spirituels qu'il faudrait mettre en pratique pour épanouir son individualité. La spiritualité chrétienne peut prendre la forme de prières (individuelles ou communautaires), de méditations, mais aussi d'actions concrètes vécues dans la foi. En ce sens, la spiritualité chrétienne est plutôt une attitude, dans la vie de tous les jours.
De plus, la spiritualité chrétienne ne centre pas l'homme sur lui-même, mais l'ouvre à un autre que lui, Dieu. Elle est la marque d'un dialogue en vérité instauré entre le croyant et Dieu : se tenir en vérité devant Dieu (avec ses incertitudes, ses demandes, ses joies) et accueillir Dieu en vérité (ce qu'il dit, veut, ce qu'il est). Dans ce dialogue, le croyant porte un regard sur lui-même, mais fait place aussi au regard que Dieu porte sur lui. Il en va non seulement d'une relation individuelle à Dieu, mais aussi de sa relation aux autres, au monde.

20080430185010

Les difficultés de la prière - [Contexte]

Dans le Nouveau Testament, les disciples ont demandé à Jésus : " Apprends-nous à prier " (Luc 11,1). Même pour eux, la prière n'est donc pas quelque chose de naturelle ou de facile. Sans doute que la majorité des chrétiens connaissent ces mêmes difficultés : la prière non exaucée, la prière découragée, la prière qui donne l'impression de se parler à soi-même, etc. La Bible n'ignore pas ces difficultés, elle les évoque.
Parmi ces évocations, l'apôtre Paul parle dans ses lettres de la faiblesse de la prière des croyants, de ses difficultés, ses lourdeurs et ses contradictions (Romains 8,26-27). Il poursuit en affirmant que l'Esprit de Dieu intervient au cœur même de la pauvreté de la foi des hommes. L'Esprit transfigure la prière des croyants : en quelque sorte, il se fait leur porte-parole auprès de Dieu.
Cette affirmation de Paul appelle trois remarques importantes pour les chrétiens :
- Les difficultés de la prière ne sont pas liées à un manque de foi, mais aux réalités de ce monde.
- Si la prière est toujours maladroite, balbutiante, l'Esprit intervient pour transformer cette prière devant Dieu afin de la rendre juste et ferme.
- La prière n'est pas une démonstration de ferveur religieuse, ni une preuve de son attachement à Dieu. Elle s'enracine dans la vérité de celui qui prie et dans la vérité de Dieu qui la reçoit.

20080430185040

Variété de prières - [Espace temps]

20080430185122

La prière est une attitude habituelle et fréquente du croyant dans la Bible. Toutefois, il n'y a pas un seul mot pour recouvrir toutes les formes de la prière. Par exemple, on parle de :
· prière de louange, pour dire merci à Dieu : la reconnaissance en est le centre (Luc 1,47-55).
· prière dans laquelle le croyant reconnaît devant Dieu ses fautes et sollicite son pardon (Luc 18,13-14).
· prière pour confier à Dieu sa souffrance, parfois sur le mode de la plainte, voire de la révolte (Psaume 88).
· prière de demande, voire de supplication, pour obtenir quelque chose de Dieu (1Samuel 1,9-18).
Mais la prière n'est pas non plus une intimité close, un dialogue privé avec Dieu où les autres n'auraient pas de place. Prier, c'est au contraire se tenir devant Dieu en relation étroite avec les autres. La prière d'intercession est une prière " pour " : on confie à Dieu d'autres personnes que soi. On peut penser à ces textes de la Bible où il est dit que Jésus est " pris aux entrailles " (Marc 8,2) par la faim, la maladie ou la douleur des autres. Cette compassion révèle la capacité de se voir dans l'autre, de se projeter dans ce que l'autre vit, de ne pas rester étranger à ce qu'éprouve le prochain, mais au contraire de s'y reconnaître en considérant l'autre comme un autre soi-même.
Prier c'est donc accepter d'être " dérangé " par l'autre, au point de devenir dérangeant (Luc 11,5-13). Capable même " d'importuner Dieu " (Luc 18,1-8) jusqu'à ce qu'il réponde. La prière est le cri poussé vers Dieu pour que l'homme vive. En ce sens, des théologiens pensent que la prière est la forme concrète de l'espérance.

20080430185138

Où ? Quand ? Comment prier ? - [Espace temps]

20080430185206

L'histoire du christianisme montre qu'au fil du temps, les chrétiens ont développé différentes " écoles " de prière. Variées, parfois opposées, certaines élaborent la pratique de la prière individuelle ou communautaire en stipulant horaires, lieux et textes. D'autres mettent principalement l'accent sur le comportement intérieur du croyant afin de favoriser le dialogue avec Dieu. Il ne s'agit pas de surévaluer ces différentes " écoles ". Elles courent toujours le risque de remplacer le dialogue vivant entre Dieu et le croyant par une technique " miraculeuse ". Néanmoins, le rythme de vie actuelle ne laisse guère de place au silence, au recueillement ou à l'écoute d'une parole autre, extérieure à soi-même. Il faut alors faire " acte " de prière pour prendre le temps de s'arrêter et de se mettre à l'écoute de Dieu. En ce sens, la prière s'inscrit dans une démarche volontaire.
La prière s'inscrit également dans la piété du croyant. La piété désigne la dévotion, l'attachement aux devoirs et pratiques religieuses, avec une nuance de ferveur dans le langage courant. On ne saurait concevoir la foi sans lien avec la piété. Il est difficile de présenter cette articulation aujourd'hui tant le mot " piété " a été dévalué. Malgré tout, la foi engendre chez les chrétiens une pratique commune : elle les pousse à se retrouver pour recevoir la Parole de Dieu et y répondre. Aujourd'hui dévaluée par l'individualisme ambiant et la méfiance que les Eglise historiques suscitent, la piété est soupçonnée de superstition et de ritualisme. Sans doute ces écueils existent-ils, mais la piété reste généralement conçue comme une forme d'expression de la foi, parfois même comme son langage. La prière en est souvent perçue comme le pilier principal.

Les Réformateurs et la prière - [Espace temps]

20080430185231

Au 16e siècle, les Réformateurs ont privilégié la relation individuelle que chacun pouvait tisser avec Dieu. Selon eux, seule la foi, la relation entre Dieu et le croyant, importe véritablement. Dans cette relation, une place prépondérante revient à la prière. Pour eux, la prière n'est pas quelque chose à faire pour plaire à Dieu, mais un lieu de parole et de vie qui unit Dieu à l'homme.
C'est Dieu qui offre aux croyants la possibilité de prier. En ce sens, la première prière émane de Dieu lui-même qui supplie l'homme de se laisser réconcilier avec Lui (2 Corinthiens 5/20). La prière humaine devient une réponse à la prière de Dieu. Parce que Dieu donne son amour sans condition, la prière peut jaillir : le croyant peut écouter, louer, demander et crier vers Dieu sans craindre de perdre cet amour. Cette conviction des Réformateurs, aujourd'hui largement partagée par la plupart des Eglises chrétiennes, conduit à considérer la vie chrétienne comme étant une seule prière. Elle n'a pas à être limitée aux célébrations : tout acte de la vie croyante peut devenir prière.
Comprendre la prière comme une attitude de vie n'exclut pas pour autant la prière comme moment de recueillement particulier. Une place particulière revient même à la louange : Dieu l'ayant accepté comme son enfant, le croyant a déjà tout obtenu, sa vie est marquée par la gratuité de l'amour de Dieu et la prière correspondant à cette gratuité est la louange (la reconnaissance) envers Dieu.
Ainsi, la Réforme du 16e siècle a revalorisé la prière individuelle et communautaire. De nombreux livres de prière à usage individuel ou familial ont été édités. Cette prière n'est pas seulement parlée, elle peut être aussi chantéeVoir entrée Chanter.

20080430185243

La prière dans l'Ancien Testament - [Textes bibliques]

Le mot " prière " vient du latin precare qui signifie " supplier ". Ainsi dans le langage courant, on retrouve cette connotation de " supplique ", de " demande ". Or, dans la Bible, la prière principale est la louange, celle qui exprime la reconnaissance envers Dieu : on la retrouve dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament.
Dans l'Ancien Testament, la prière de demande s'exprime par plusieurs termes hébreux :

  • " demander " (chaal) quelque chose à Dieu ; " supplier " (hanan) pour obtenir une faveur, une grâce, d'où " supplication, plainte "
    Psaume 130,2
    SEIGNEUR, entends ma voix; que tes oreilles soient attentives à ma voix suppliante!
  • " intercéder " (palal) pour quelqu'un d'autre
    Job 42,8
    Maintenant prenez pour vous sept taureaux et sept béliers, allez trouver mon serviteur Job, et offrez-les pour vous en holocauste tandis que mon serviteur Job intercédera pour vous.
  • puis demander
    1Samuel 1,27
    C'est pour cet enfant que j'ai prié, et le SEIGNEUR m'a concédé ce que je lui demandais.
    d'où " prière de demande " (tephilla). Les téphilines (ou phylactères) sont deux petits étuis contenant quatre textes de la Torah que le juif s'attache sur le front et sur le bras gauche pour dire les prières du matin.
    Deutéronome 6,8
    Tu en feras un signe attaché à ta main, une marque placée entre tes yeux.
    De même, la prière de louange s'exprime par plusieurs termes hébreux : louer (halal) comme dans hallelou Yah (" louez Yahvé " qui a donné Alléluia) ; célébrer (yadah) ; bénir (barak). On trouve l'illustration de toute cette diversité particulièrement dans le livre des Psaumes. Les psaumes appartiennent à plusieurs genres littéraires. Les trois principaux sont les louanges (ou hymnes), les supplications, les actions de grâce ; ils peuvent être individuels ou collectifs. Bon nombre de psaumes sont à la fois des supplications et des actions de grâce (Psaume 22). Il existe aussi des prières de confiance (Psaume 23), des méditations (Psaume 90), des chants de pèlerinages (Psaume 122), etc

La prière dans le Nouveau Testament - [Textes bibliques]

Dans le Nouveau Testament, le cadre de la liturgie (c'est-à-dire le déroulement et le contenu de la célébration) et des prières juives est très présent, dans les récits des évangiles notamment. Jésus prie et apprend à ses disciples à prier. Paul commence chacune de ses épîtres par une salutation et une prière d'action de grâce pour ceux à qui il s'adresse. Le livre de l' Apocalypse, dont plusieurs visions forment une grande liturgie céleste, est jalonné d'hymnes et de louanges à Dieu le Père et à l'Agneau, le Christ ressuscité.

Les prières de l'évangile de l'enfance - [Textes bibliques]

L'évangile de l'enfance de Luc est rythmé par trois cantiques, entièrement inspirés de l'Ancien Testament.

Cantique de Marie Luc1,46-55
Alors Marie dit: "Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit s'est rempli d'allégresse à cause de Dieu, mon Sauveur, parce qu'il a porté son regard sur son humble servante. Oui, désormais, toutes les générations me proclameront bienheureuse, parce que le Tout Puissant a fait pour moi de grandes choses: saint est son Nom. Sa bonté s'étend de génération en génération sur ceux qui le craignent. Il est intervenu de toute la force de son bras; il a dispersé les hommes à la pensée orgueilleuse; il a jeté les puissants à bas de leurs trônes et il a élevé les humbles; les affamés, il les a comblés de biens et les riches, il les a renvoyés les mains vides. Il est venu en aide à Israël son serviteur en souvenir de sa bonté, comme il l'avait dit à nos pères, en faveur d'Abraham et de sa descendance pour toujours."

Cantique de Zacharie Luc1,68-79
Zacharie, son (de Jean Baptiste) père, fut rempli de l'Esprit Saint et il prophétisa en ces termes: "Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, parce qu'il a visité son peuple, accompli sa libération, et nous a suscité une force de salut dans la famille de David, son serviteur. C'est ce qu'il avait annoncé par la bouche de ses saints prophètes d'autrefois: un salut qui nous libère de nos ennemis et des mains de tous ceux qui nous haïssent. Il a montré sa bonté envers nos pères et s'est rappelé son alliance sainte, le serment qu'il a fait à Abraham notre père: il nous accorderait, après nous avoir arrachés aux mains des ennemis, de lui rendre sans crainte notre culte dans la piété et la justice sous son regard, tout au long de nos jours. Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut, car tu marcheras par devant sous le regard du Seigneur, pour préparer ses routes, pour donner à son peuple la connaissance du salut par le pardon des péchés. C'est l'effet de la bonté profonde de notre Dieu: grâce à elle nous a visités l'astre levant venu d'en haut. Il est apparu à ceux qui se trouvent dans les ténèbres et l'ombre de la mort, afin de guider nos pas sur la route de la paix."

Cantique de Siméon Luc2,29-32 "Maintenant, Maître, c'est en paix, comme tu l'as dit, que tu renvoies ton serviteur. Car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé face à tous les peuples: lumière pour la révélation aux païens et gloire d'Israël ton peuple".

Les prières de Jésus - [Textes bibliques]

A la demande de ses disciples, Jésus leur apprend à prier :

Luc 11,1-4
Il (Jésus) était un jour quelque part en prière. Quand il eut fini, un de ses disciples lui dit: "Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l'a appris à ses disciples." Il leur dit: "Quand vous priez, dites: Père, fais connaître à tous qui tu es, fais venir ton Règne, donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour, pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes nous pardonnons à tous ceux qui ont des torts envers nous, et ne nous conduis pas dans la tentation."

Les mentions de la prière de Jésus, à l'écart ou la nuit, laissent deviner l'importance de ces temps où il est avec le Père, en particulier avant la Passion.

Marc 1,35
Au matin, à la nuit noire, Jésus se leva, sortit et s'en alla dans un lieu désert; là, il priait..

Luc 6,12
En ces jours-là, Jésus s'en alla dans la montagne pour prier et il passa la nuit à prier Dieu.

Luc 22,40-46
Arrivé sur place, il (Jésus) leur dit: "Priez pour ne pas tomber au pouvoir de la tentation." Et lui s'éloigna d'eux à peu près à la distance d'un jet de pierre; s'étant mis à genoux, il priait, disant: "Père, si tu veux écarter de moi cette coupe... Pourtant, que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui se réalise!" Alors lui apparut du ciel un ange qui le fortifiait. Pris d'angoisse, il priait plus instamment, et sa sueur devint comme des caillots de sang qui tombaient à terre. Quand, après cette prière, il se releva et vint vers les disciples, il les trouva endormis de tristesse. Il leur dit: "Quoi! Vous dormez! Levez-vous et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation!"

La prière dans les épîtres de Paul - [Textes bibliques]

Voici un exemple de salutation et prière d'action de grâce par lesquelles l'apôtre Paul commence chacune de ses épîtres :

1Corinthiens 1,4-9
Je rends grâce à Dieu sans cesse à votre sujet, pour la grâce de Dieu qui vous a été donnée dans le Christ Jésus. Car vous avez été, en lui, comblés de toutes les richesses, toutes celles de la parole et toutes celles de la connaissance. C'est que le témoignage rendu au Christ s'est affermi en vous, si bien qu'il ne vous manque aucun don de la grâce, à vous qui attendez la révélation de notre Seigneur Jésus Christ. C'est lui aussi qui vous affermira jusqu'à la fin, pour que vous soyez irréprochables au jour de notre Seigneur Jésus Christ. Il est fidèle, le Dieu qui vous a appelés à la communion avec son Fils Jésus Christ, notre Seigneur.

Il cite parfois des hymnes :

Ephésiens 1,3-14
Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ: Il nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les cieux en Christ. Il nous a choisis en lui avant la fondation du monde pour que nous soyons saints et irréprochables sous son regard, dans l'amour. Il nous a prédestinés à être pour lui des fils adoptifs par Jésus Christ; ainsi l'a voulu sa bienveillance à la louange de sa gloire, et de la grâce dont il nous a comblés en son Bien-aimé: en lui, par son sang, nous sommes délivrés, en lui, nos fautes sont pardonnées, selon la richesse de sa grâce. Dieu nous l'a prodiguée, nous ouvrant à toute sagesse et intelligence. Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, le dessein bienveillant qu'il a d'avance arrêté en lui-même pour mener les temps à leur accomplissement: réunir l'univers entier sous un seul chef, le Christ, ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre. En lui aussi, nous avons reçu notre part: suivant le projet de celui qui mène tout au gré de sa volonté, nous avons été prédestinés pour être à la louange de sa gloire ceux qui ont d'avance espéré dans le Christ. En lui, encore, vous avez entendu la parole de vérité, l'Évangile qui vous sauve. En lui, encore, vous avez cru et vous avez été marqués du sceau de l'Esprit promis, l'Esprit Saint, acompte de notre héritage jusqu'à la délivrance finale où nous en prendrons possession, à la louange de sa gloire.

Philippiens 2,6-11
Comportez-vous ainsi entre vous, comme on le fait en Jésus Christ: lui qui est de condition divine n'a pas considéré comme une proie à saisir d'être l'égal de Dieu. Mais il s'est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes, et, reconnu à son aspect comme un homme, il s'est abaissé, devenant obéissant jusqu'à la mort, à la mort sur une croix. C'est pourquoi Dieu l'a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse, dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que le Seigneur, c'est Jésus Christ, à la gloire de Dieu le Père.

Pour Paul, la prière chrétienne est l'oeuvre de l'Esprit Saint :

Romains 8,26
De même, l'Esprit aussi vient en aide à notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut, mais l'Esprit lui-même intercède pour nous en gémissements inexprimables.

Hymnes et louanges dans l'Apocalypse - [Textes bibliques]

Le livre de l'Apocalypse, dont plusieurs visions forment une grande liturgie céleste, est jalonné d'hymnes et de louanges à Dieu le Père et à l'Agneau, le Christ ressuscité.

Apocalypse 4,8-11
Les quatre animaux avaient chacun six ailes couvertes d'yeux tout autour et au-dedans. Ils ne cessent jour et nuit de proclamer: Saint, saint, saint, le Seigneur, le Dieu tout-puissant, celui qui était, qui est et qui vient! Et chaque fois que les animaux rendaient gloire, honneur et action de grâce à celui qui siège sur le trône, au Vivant pour les siècles des siècles, les vingt-quatre anciens se prosternaient devant celui qui siège sur le trône, ils adoraient le Vivant pour les siècles des siècles et jetaient leurs couronnes devant le trône en disant: Tu es digne, Seigneur notre Dieu, de recevoir la gloire, l'honneur et la puissance, car c'est toi qui créas toutes choses; tu as voulu qu'elles soient, et elles furent créées.

Apocalypse 5,9-10
Ils (les animaux et les anciens) chantaient un cantique nouveau: Tu (l'Agneau) es digne de recevoir le livre et d'en rompre les sceaux, car tu as été immolé, et tu as racheté pour Dieu, par ton sang, des hommes de toute tribu, langue, peuple et nation. Tu en as fait, pour notre Dieu, un royaume et des prêtres, et ils régneront sur la terre.

Apocalypse 19,6-8
Et j'( Jean)entendis comme la rumeur d'une foule immense, comme la rumeur des océans, et comme le grondement de puissants tonnerres. Ils disaient: Alléluia! Car le Seigneur, notre Dieu tout-puissant, a manifesté son Règne. Réjouissons-nous, soyons dans l'allégresse et rendons-lui gloire, car voici les noces de l'agneau. Son épouse s'est préparée, il lui a été donné de se vêtir d'un lin resplendissant et pur, car le lin, ce sont les oeuvres justes des saints.

Un enseignement sur la prière - [Textes bibliques]

Matthieu 6,5-8
Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites qui aiment faire leurs prières debout dans les synagogues et les carrefours, afin d'être vus des hommes. En vérité, je vous le déclare: ils ont reçu leur récompense. Pour toi, quand tu veux prier, entre dans ta chambre la plus retirée, verrouille ta porte et adresse ta prière à ton Père qui est là dans le secret. Et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. Quand vous priez, ne rabâchez pas comme les païens; ils s'imaginent que c'est à force de paroles qu'ils se feront exaucer. Ne leur ressemblez donc pas, car votre Père sait ce dont vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez.

Depuis le chapitre 5, Jésus enseigne celles et ceux qui le suivent sur plusieurs sujets. Dans ce passage, Jésus parle de la prière. Différents commentaires de ce passage existent, on peut toutefois en souligner au moins trois points.
· Jésus aborde la prière comme un lien qui unit un individu et Dieu. C'est une relation essentiellement individuelle qui ne dépend pas du regard des autres.
· Jésus rejette l'idée de faire de la prière une " œuvre " en ce sens qu'elle influencerait la volonté de Dieu selon sa pratique. Ici, la prière ne s'inscrit pas dans un rapport de force ni dans une logique du " donnant-donnant ".
· Jésus balaye tout ce qui touche à la " pratique religieuse ", à ce que le croyant peut donner à voir pour recentrer le propos sur la relation du croyant avec Dieu. Cette relation s'exprime par la prière et en un lieu " secret ", c'est-à-dire protégé, libéré du jugement des autres.

Quand Dieu se fait prier - [Textes bibliques]

Luc 18,1-8
Jésus leur dit une parabole sur la nécessité pour eux de prier constamment et de ne pas se décourager. Il leur dit: "Il y avait dans une ville un juge qui n'avait ni crainte de Dieu ni respect des hommes. Et il y avait dans cette ville une veuve qui venait lui dire: Rends-moi justice contre mon adversaire. Il s'y refusa longtemps. Et puis il se dit: Même si je ne crains pas Dieu ni ne respecte les hommes, eh bien! parce que cette veuve m'ennuie, je vais lui rendre justice, pour qu'elle ne vienne pas sans fin me casser la tête. Le Seigneur ajouta: "Écoutez bien ce que dit ce juge sans justice. Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit? Et il les fait attendre! Je vous le déclare: il leur fera justice bien vite. Mais le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?"

Parmi les difficultés de la prière que rencontre sans doute la plupart des chrétiens, se trouve celle de l'inefficacité de la prière. Ce passage prend acte également de cette lenteur de Dieu à répondre aux prières des hommes.
Le scandale de l'inaction apparente de Dieu est un thème que l'Ancien Testament aborde déjà :

Psaume 44,24-26
Réveille-toi, pourquoi dors-tu, SEIGNEUR? Sors de ton sommeil, ne rejette pas sans fin! Pourquoi caches-tu ta face et oublies-tu notre malheur et notre oppression? Car notre gorge traîne dans la poussière, notre ventre est cloué au sol.

La demande de l'Esprit Saint - [Textes bibliques]

Luc 11,1-13
Il (Jésus) était un jour quelque part en prière. Quand il eut fini, un de ses disciples lui dit: "Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l'a appris à ses disciples." Il leur dit: "Quand vous priez, dites: Père, fais connaître à tous qui tu es, fais venir ton Règne, donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour, pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes nous pardonnons à tous ceux qui ont des torts envers nous, et ne nous conduis pas dans la tentation." Jésus leur dit encore: "Si l'un de vous a un ami et qu'il aille le trouver au milieu de la nuit pour lui dire: Mon ami, prête-moi trois pains, parce qu'un de mes amis m'est arrivé de voyage et je n'ai rien à lui offrir, et si l'autre, de l'intérieur, lui répond: Ne m'ennuie pas! Maintenant la porte est fermée; mes enfants et moi nous sommes couchés; je ne puis me lever pour te donner du pain, je vous le déclare: même s'il ne se lève pas pour lui en donner parce qu'il est son ami, eh bien, parce que l'autre est sans vergogne, il se lèvera pour lui donner tout ce qu'il lui faut. "Eh bien, moi je vous dis: Demandez, on vous donnera; cherchez, vous trouverez; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, et à qui frappe on ouvrira. Quel père parmi vous, si son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu de poisson? Ou encore s'il demande un oeuf, lui donnera-t-il un scorpion? Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent."

Dans ce texte, les disciples demandent à Jésus de leur apprendre à prier. Après les avoir enseignés, Jésus conclut sur le don premier que Dieu fait à celui qui le lui demande : la présence de son Esprit. Tout ce passage parle de la prière en se concentrant sur la prière de demande. Si " prier ", c'est se placer en vérité devant Dieu, la première prière peut être effectivement une demande. L'homme est généralement marqué par le désir, l'attente ou l'espérance de quelque chose. Plusieurs interprétations de la réponse de Jésus sont possibles. L'une d'entre elles consiste à y voir une promesse de présence. En effet, si Dieu donne son Esprit à ceux qui le lui demandent, on peut y lire la promesse de sa présence au coeur même de toutes prières. Non seulement Jésus prend acte que la prière puisse se formuler dans la demande, mais il assure que Dieu se fera solidaire de cette demande.

Le " Notre Père " - [Aller plus loin]

Au cœur de la vie chrétienne, il y a cette prière du " Notre Père " que les générations de croyants ne cessent de répéter à la suite des premiers disciples de Jésus. Elle est si familière aux chrétiens qu'il est parfois difficile d'en saisir le sens exact. Pourtant, elle n'est pas une prière " simple " en raison, surtout, des multiples difficultés que soulève son interprétation. Depuis les premiers siècles du christianisme et jusqu'à l'époque contemporaine, le " Notre Père " a fait l'objet d'innombrables commentaires, qui inlassablement, s'efforcent d'en expliciter le sens. Ainsi, ce passage conclut une étude du " Notre Père " et tente d'en souligner les traits principaux :
Pouilly Jean, Dieu notre Père, (Cahiers-Evangile n°68) Paris Cerf 1989 p.62-63 :
" Avec Jésus, la notion de paternité divine s'approfondit de façon décisive et dépasse totalement le sens métaphorique qu'elle revêtait jusqu'alors. Elle exprime un rapport nouveau et privilégié, unique en son genre, comme l'ont bien souligné les évangélistes à travers plusieurs indices. Jésus, et lui seul dans le Judaïsme ancien, s'adresse à Dieu en utilisant très simplement le terme familier Abba, - nom que l'enfant donne à son père - révélant ainsi le lien intime qui l'unit à Dieu. "L'originalité de Jésus - une originalité relative seulement - paraît résider dans l'emploi non problématique de ce vocabulaire. Jésus parle de Dieu comme Père et s'adresse à lui ainsi sans manifester le besoin d'introduire des nuances, de rappeler que Dieu ne peut s'appeler ainsi que par manière d'analogie, de sauvegarder la transcendance divine en faisant suivre le mot de la référence aux cieux. Il parle du Père directement, simplement" (J. Schlosser, Le Dieu de Jésus, p. 206). Dieu est son Père à un titre particulier et exclusif.
En enseignant à ses disciples la prière du "Notre Père", Jésus invitait les siens à entrer eux aussi dans une communion plus profonde avec Dieu et à reconnaître en lui leur Père des cieux auquel ils peuvent s'adresser en toute confiance. De même, à travers sa prédication et son comportement, Jésus a su mettre en lumière la bonté surhumaine de ce Père céleste et sa sollicitude envers ceux-là mêmes que l'on considérait comme les plus éloignés de Lui. "

La prière, une expérience - [Aller plus loin]

Dans cet ouvrage, Denis Vasse (théologien et psychanalyste) s'interroge sur la prière : qu'est-ce que la prière ? Est-ce un besoin qui peut être apaisé ou une demande irréductible ? D'un point de vue psychanalytique, l'auteur réfléchit sur le rôle et le travail de la parole au cœur de la prière.
En ouverture de ce livre, Denis Vasse tente de cerner ce que le mot " prière " recouvre exactement.
Vasse Denis, Le temps du désir, Paris Seuil 1969 p.17-18 :
" Il est impossible de dire une fois pour toutes ce qu'est la prière, comme il est impossible de dire l'homme. Cela ne suffit pas, pourtant, à la ranger définitivement dans le grenier des choses ineffables où tout serait organisé selon le secret des souvenirs du cœur, dans la trame d'une intuition qui échapperait à tout discours. Au contraire, nous pensons que l'impossibilité de se dire adéquatement provoque l'homme à parler et suscite en lui une parole qui, dans toutes les langues possibles, témoigne de cette impossibilité même. Irréductible à une définition purement intellectuelle, la prière est de l'ordre de l'expérience. Nous ne sommes pas autorisés, pour autant, à nous réfugier derrière le "mystère", paravent de la paresse ou de l'ignorance, dont les chrétiens ont parfois abusé, afin de se protéger au mieux des questions indiscrètes venues du dehors ou surgis du dedans.
Qu'on s'y adonne ou non, qu'on la trouve bienfaisante ou ridicule, la prière se présente comme un temps d'arrêt des activités pendant lequel l'homme, par la médiation de son corps, prétend se mettre en présence de Dieu. Dans le suspens de son activité imaginaire, qu'elle soit discours ou comportement, l'homme laisse surgir ce qui est déjà là, mais encore retranché ou expulsé des représentations qu'il s'en donne. Ce déjà là est toujours absent de la représentation qui cherche à le saisir, c'est le réel. Il fait irruption dans la faille des représentations imaginaires, à leurs frontières, comme ce qui "subsiste hors de la symbolisation", comme ce qui est encore "soustrait aux possibilités de la parole", dont "il n'attend rien", mais à l'opération de laquelle il est nécessaire. Si elle est source des représentations, la parole ouvre aussi en elles une faille par où le réel fait irruption. Cette faille de l'imaginaire corrélative de l'irruption du réel définit l'opération symbolique de la parole, spécifique de l'homme en ce qu'elle articule en lui l'irreprésenté (voire l'irreprésentable) et le représenté (la représentation).
La prière comme la parole font éclater, en effet, le réseau des représentations que nous fabriquons pour nous y mouvoir dans l'aisance de la compréhension. L'une et l'autre surgissent dans l'enchevêtrement du langage qui pré-existe au corps de tout individu. Elles s'insèrent dans un réseau de mots, en même temps qu'elles indiquent ce qui échappe à tout système de représentations et qui, pourtant, en est la source. "

De la vie communautaire, Dietrich Bonhoeffer - [Aller plus loin]

Dans De la vie communautaire, le théologien allemand Dietrich Bonhoeffer (1906-1945) s'interroge sur ce qu'est une communauté chrétienne (ce qui la fonde, ce qui la constitue et l'anime). Il poursuit sa réflexion sur " comment prier, lire la Bible, dire les psaumes, chanter ensemble, comment vivre sa journée en chrétien, écouter, aider, accepter les autres, confesser ses péchés, servir Dieu ". Dans ce passage, Bonhoeffer donne une place prépondérante à la prière dans la vie communautaire chrétienne.
Dietrich Bonhoeffer De la vie communautaire Genève / Paris Labor et Fides / Cerf 1997 p. 59-60.
" Prier en commun
La parole de Dieu, la voix de l'Eglise et notre prière vont ensemble. Nous avons à parler maintenant de la prière en commun. "Si deux d'entre vous s'accordent pour demander une chose quelconque, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les cieux" (Matthieu 18,19). De tous les éléments du recueillement communautaire, c'est la prière qui nous réserve les plus grandes difficultés, car ici c'est nous-mêmes qui devons parler. Nous avons entendu la parole de Dieu, nous avons pu nous unir au chant de l'Eglise ; il s'agit maintenant de prier Dieu ensemble, et cette prière doit être notre parole, notre prière pour le jour présent, pour notre travail, pour notre communauté, pour les soucis et les péchés particuliers qui pèsent sur nous tous et pour tous les hommes qui nous sont recommandés. Ou bien n'aurions-nous vraiment rien à demander pour nous, et notre besoin de prier en commun, de notre propre mouvement et avec nos mots à nous, serait-il inadmissible ? Quoi qu'on puisse dire, il est simplement impossible que des chrétiens appelés à vivre ensemble sous l'autorité de la Parole ne soient pas amenés à adresser aussi ensemble à Dieu leurs prières personnelles. Ils ont à présenter à Dieu les mêmes requêtes, les mêmes actions de grâces, la même intercession, et ils doivent le faire joyeusement et avec confiance. Toute timidité, toute crainte de s'exprimer librement devant les autres doit ici disparaître. Car il s'agit de laisser un de nos frères exposer à Dieu la prière de la communauté en toute simplicité et sobriété. Mais il faut également faire taire en soi toute tendance à juger et à critiquer celui qui prie, car les faibles mots qu'il prononce sont dits au nom de Jésus-Christ. La prière en commun est en fait l'élément le plus naturel de la vie chrétienne communautaire, et s'il est bon et utile que nous cherchions à la modérer pour lui conserver sa pureté et son caractère biblique, nous ne devons cependant pas étouffer la liberté de son élan, qui est nécessaire ; car son Seigneur a fait reposer sur cette forme de prière une grande promesse. "

Le mur " des Lamentations " - [Culture]

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Attias, Jean-Christophe et Benbassa, Esther, art. " Mur des Lamentations ", in : Dictionnaire de Civilisation juive, Paris : Larousse, 1998 :
" Simple mur de soutènement du mont du Temple érigé sous le règne d'Hérode (1er siècle avant J.-C.), le "Mur occidental" n'est pas, à proprement parler, un vestige du sanctuaire détruit par les Romains en 70. Il ne commence à occuper une place centrale dans la tradition juive qu'à partir des années 1520, après la conquête ottomane de Jérusalem, en 1517, et quand y affluent les exilés juifs d'origine ibérique. Dès lors, les sources le présentent comme un lieu d'assemblée et de culte juif (ce sont les non-Juifs qui le nomment "mur des Lamentations", parce que c'est devant lui que les Juifs viennent pleurer la ruine du Temple). Sa popularité ne cesse de croître, il prend figure de symbole et devient même un enjeu dans les luttes nationalistes qui opposent Juifs et Arabes en Palestine mandataire (1917-1948). A partir de 1948, il passe sous souveraineté jordanienne et devient inaccessible aux Juifs. Sa "libération", pendant la guerre des Six-Jours (1967), est perçue comme un événement capital, tant sur le plan religieux que national. La vaste esplanade qu'il domine désormais est l'un des lieux d'Israël les plus visités par les touristes, les pèlerins ou les simples fidèles. Diverses croyances et légendes lui sont rattachées. Ainsi lui applique-t-on certaines traditions midrashiques (qui, à l'origine, concernaient vraisemblablement le mur occidental du Saint des saints) en vertu desquelles il est indestructible et habité par la Shekhina ["présence divine"]. Les prières prononcées devant lui jouiraient d'une efficacité toute particulière et il est d'usage de glisser entre ses pierres de petits bouts de papier où l'on a préalablement noté ses demandes. "

" Prière à l'inconnu ", Jules Supervielle - [Culture]

Jules Supervielle (1884-1960) écrit un poème intitulé Prière à l'inconnu. Son texte est un appel, parfois un cri, lancé à un Dieu dont il doute profondément. Cette prière n'en demeure pas moins une recherche de dialogue " en vérité ", instauré par le poète.

Prière à l'inconnu
Voilà que je me surprends à t'adresser la parole,

Mon Dieu, moi qui ne sais encore si tu existes
Et ne comprends pas la langue de tes églises chuchotantes.
Je regarde les autels, la voûte de ta maison,
Comme qui dit simplement: voilà du bois, de la pierre,
Voilà des colonnes romanes.
Il manque le nez à ce saint.
Et au-dedans comme au-dehors, il y a la détresse humaine.
Je baisse les yeux sans pouvoir m'agenouiller pendant la messe,
Comme si je laissais passer l'orage au-dessus de ma tête.
Et je ne puis m'empêcher de penser à autre chose.
[...]
Mon Dieu, je ne crois pas en toi, je voudrais te parler tout de même.
J'ai bien parlé aux étoiles, bien que je les sache sans vie,
Aux plus humbles des animaux, quand je les savais sans réponse,
Aux arbres qui, sans le vent, seraient muets comme la tombe.
Je me suis parlé à moi-même, quand je ne sais pas bien si j'existe.
Je ne sais si tu entends nos prières, à nous les hommes,
Je ne sais si tu as envie de les écouter.
Si tu as, comme nous, un cœur qui est toujours sur le qui-vive
Et des oreilles ouvertes aux nouvelles les plus différentes
Je ne sais pas si tu aimes à regarder par ici.
Pourtant je voudrais te remettre en mémoire la planète terre
Avec ses fleurs, ses cailloux, ses jardins et ses maisons
Avec tous les autres et nous qui savons bien que nous souffrons.
Je veux t'adresser sans tarder ces humbles paroles humaines
Parce qu'il faut que chacun tente à présent tout l'impossible.
[...]
Ah ! si tu existes, mon Dieu, regarde de notre côté.
Viens te délasser parmi nous.
La terre est belle, avec ses arbres, ses fleuves et ses étangs,
Si belle, que l'on dirait que tu la regrettes un peu
Mon Dieu, ne va pas faire la sourde oreille
Et ne va pas m'en vouloir si nous sommes à tu et à toi
Si je te parle avec tant d'abrupte simplicité.
Je croirais moins qu'en tout autre en un Dieu qui terrorise.
Plus que par la foudre, tu sais t'exprimer par les brins d'herbe
Et par les jeux des enfants et par les yeux des ruisseaux.
[...]
"in Jules Supervielle, La fable du monde, Paris : Poésie-Gallimard, 1987

" Prière à Dieu ", Voltaire - [Culture]

Dans son Traité sur la tolérance, Voltaire (1694-1778) développe ses idées contre le fanatisme religieux et la persécution. Ce texte (extrait du chapitre 23) qui a la forme d'une prière s'adresse en réalité aux hommes et non à Dieu. C'est un appel à la tolérance entre les hommes et à la liberté des pratiques religieuses. Voltaire en appelle à la responsabilité des hommes : c'est à eux d'apaiser leurs relations.
Voltaire, Traité sur la tolérance, Paris : Garnier-Flammarion, 1993.

" Ce n'est donc plus aux hommes que je m'adresse ; c'est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s'il est permis à de faibles créatures perdues dans l'immensité, et imperceptibles au reste de l'univers, d'oser te demander quelque chose, à toi qui a tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un coeur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d'une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à tes yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supporte ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d'une toile blanche pour dire qu'il faut t'aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu'il soit égal de t'adorer dans un jargon formé d'une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l'habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d'un petit tas de boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d'un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu'ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu'il n'y a dans ces vanités ni envier, ni de quoi s'enorgueillir.
Puissent tous les hommes se souvenir qu'ils sont frères ! Qu'ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l'industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l'instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu'à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant. "