Module Cette violence qui est en nous



Violence, de quoi parle-t-on?



Mes biens ne se partagent pas. Mes idées doivent se partager. Croyez ce que je crois, mais ne prenez pas ce que j'ai pris. Les hommes ne supportent pas que les biens soient communs et que les idées ne le soient pas. Et en avant la guerre ! Hegel s'en fait le théoricien : ce qui n'est pas moi, explique-t-il, devrait être à moi. Biens et pensées doivent servir la totalité que je me figure être. Nous sommes dans l'état sauvage, antérieur au droit, où le conflit cède au plus fort.
La nature entière professe la religion de la lutte pour la survie et stimule l'entre-dévoration des espèces. Loi naturelle, en somme, mais que l'homme porte à son paroxysme car l'animal ajuste son instinct à son besoin. Le lion ne tue que s'il est affamé. C'est toute la différence avec la pulsion humaine qui s'élance, bien au-delà de ses nécessités biologiques. L'esprit s'engouffre dans le mauvais infini du désir et dresse entre deux rivaux le risque mutuel de la mise à mort. Ou plutôt - car que ferait-on d'un cadavre ? - il cherche à réduire l'autre en esclavage. [...]
Cependant, il faut bien que la violence consente à de partielles capitulations pour qu'une société se maintienne.

France Quéré (Si je n'ai pas chanté, Paris : Desclée de Brouwer, 1994, p. 70-72)


  • La violence vous semble-t-elle inévitablement liée à la vie ?
  • L'autre est-il nécessairement un rival ?
  • Selon vous, la violence de l'homme et celle de l'animal sont-elles comparables ?

Cliquez sur les termes soulignés : les notices s’affichent en dessous de ce texte

Mes biens ne se partagent pas. Mes idées doivent se partager. Croyez ce que je crois, mais ne prenez pas ce que j'ai pris. Les hommes ne supportent pas que les biens soient communs et que les idées ne le soient pas. Et en avant la guerre ! Hegel s'en fait le théoricien : ce qui n'est pas moi, explique-t-il, devrait être à moi. Biens et pensées doivent servir la totalité que je me figure être. Nous sommes dans l'état sauvage, antérieur au droit, où le conflit cède au plus fort.
La nature entière professe la religion de la lutte pour la survie et stimule l'entre-dévoration des espèces. Loi naturelle, en somme, mais que l'homme porte à son paroxysme car l'animal ajuste son instinct à son besoin. Le lion ne tue que s'il est affamé. C'est toute la différence avec la pulsion humaine qui s'élance, bien au-delà de ses nécessités biologiques. L'esprit s'engouffre dans le mauvais infini du désir et dresse entre deux rivaux le risque mutuel de la mise à mort. Ou plutôt - car que ferait-on d'un cadavre ? - il cherche à réduire l'autre en esclavage. [...]
Cependant, il faut bien que la violence consente à de partielles capitulations pour qu'une société se maintienne.

France Quéré (Si je n'ai pas chanté, Paris : Desclée de Brouwer, 1994, p. 70-72)


Après étude du texte, nous vous proposons une série de questions qui vous permettront d'actualiser le texte, et de faire de ce récit le vôtre
(nb : les visuels associés aux questions sont uniquement présents pour vous inspirer, mais ne constituent pas un élément de réponse)

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  • 20040929215526


    Les rapports entre les êtres humains sont-ils nécessairement faits de conflit, de soupçon ou de jalousie ?

  • 20040929215642


    Quelles parts de violence y a-t-il dans ma propre existence ?

  • 20040929215731


    Quels sont les liens entre la violence subie (je suis victime), la violence commise (je suis violent), la violence regardée (je suis voyeur) ?

  • 20040929220001


    Pourquoi la violence me fascine-t-elle tant ? ou au contraire me dégoûte-t-elle tant ?



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Soyez acteur de votre lecture


  • L'auteur distingue deux registres à la source des guerres : s'approprier des biens et imposer des idées. Connaissez-vous dans l'histoire des guerres des exemples concernant l'un ou l'autre de ces registres ?
  • L'auteur met en parallèle la violence de l'animal et celle de l'homme. Voyez-vous des rapports et des différences entre eux ? Qu'est-ce que la violence humaine peut avoir de spécifique, " bien au-delà des nécessités biologiques " ?
  • Le mot " violence " vous semble t-il convenir pour les différentes situations évoquées par l'auteur : guerre, convoitise des biens, imposition des idées, conflit, nécessité biologique, lutte pour la survie, mise à mort du rival, esclavage... ? Trouvez-vous d'autres situations de violence ?

Un peu de culture...

Films

  • American History X
    Film américain réalisé par Tony Kaye (1998). Drame. Durée : 1h 59mn. Interdit aux moins de 12 ans.
    À travers l'histoire d'une famille américaine, ce film tente d'expliquer l'origine du racisme et de l'extrémisme aux Etats-Unis. Il raconte l'histoire de Derek, qui voulant venger la mort de son père, abattu par un dealer noir, a épousé les thèses racistes d'un groupuscule de militants d'extrême droite et s'est mis au service de son leader, brutal théoricien prônant la suprématie de la race blanche. Ces théories le mèneront à commettre un double meurtre entraînant son jeune frère, Danny, dans la spirale de la haine.
    Ce film dur à voir traverse plusieurs niveaux de violence, en famille, dans la rue, en prison, à l'intérieur du " gang " : violence physique avec bagarres, meurtres, viol ; violence structurelle avec le racisme et la pauvreté ; violence idéologique avec le nazisme... Et il offre des pistes de réflexion intéressantes : peut-on sortir de la violence ? est-ce une fatalité ? comment l'humour, la lecture, le rapport à l'autre peuvent aider à prendre conscience de la violence ?...
  • La tranchée des espoirs
    Téléfilm français de Jean-Louis Lorenzi (2002). Durée 1h 47mn.
    En jouant au ballon, deux enfants tombent par hasard sur la tombe d'un ancien poilu, mort en 1918 dans les tranchées. Il s'appelait Pierre Delpuech et, durant les derniers jours de son existence, a vécu avec ses compagnons d'arme une aventure humaine extraordinaire. A bout de forces, coupés du front, ils étaient six soldats français à résister à l'ennemi, enterrés dans leur tranchée. En face d'eux, une autre tranchée, où étaient terrés six soldats allemands, tout aussi épuisés et déterminés à tenir leur position. Un seul mot d'ordre d'un côté comme de l'autre : résister coûte que coûte, jusqu'à la relève...
    Ce film très beau parle de la guerre mais aussi de la fraternisation entre ennemis : Est-elle possible ? Est-ce un leurre ? Du même réalisateur, le téléfilm La colline aux mille enfants (1993) retrace le sauvetage des enfants juifs au Chambon-sur-Lignon pendant la seconde guerre mondiale, ouvrant la question de l'opposition possible, sans violence, à la violence.
  • Gandhi
    Film britannique, américain, indien (1982). Réalisé par Richard Attenborough. Historique. Durée : 3h 10mn.
    Reconstitution historique à grand spectacle de la vie de celui que l'on surnomma le " Mahatma ". La carrière de Gandhi comme avocat débute en Afrique du Sud où il défend les droits de la minorité indienne, ce qui a un grand retentissement dans son pays. Plus tard, dans ses luttes contre les Anglais, il prône toujours la non-violence et use essentiellement de l'arme de la grève de la faim.
    Ce long et beau film pose les questions de la violence et de la non-violence, violence de l'oppression (racisme et occupation étrangère), violence ou non-violence comme méthode de lutte et philosophie de vie.
  • I comme Icare
    Film français d'Henri Verneuil (1979). Thriller. Durée : 2h.
    A la suite de la mort d'un Président d'un Etat fictif, le procureur Henri Volney (Yves Montand) qui s'est penché sur ce décès refuse les conclusions de l'enquête. Il parvient à interroger un témoin qui lui dévoile la part d'ombre de cette histoire, mais les auteurs du meurtre ne souhaitent pas qu'il découvre la vérité.
    Ce film de facture très classique, inspiré de l'assassinat de Kennedy, est intéressant pour une longue séquence reprenant l'expérience de Stanley Milgram sur la soumission à l'autorité : on y voit comment n'importe quel individu est capable d'aller jusqu'à donner la mort, si une autorité qu'il considère comme légitime lui en donne l'ordre. Il est intéressant de lire Milgram, Stanley, Soumission à l'autorité, Paris : Calmann-Levy, 1974

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Mes biens - [Clés de lecture]

20040929222420

Une des causes de la violence est la volonté de s'emparer des biens d'un autre, ou de défendre ses propres biens contre la convoitise d'un rival. Dès la petite enfance, les enfants se disputent le même jouet. Derrière la possession de l'objet se cache un enjeu beaucoup plus grand : le pouvoir sur l'autre. S'emparer de l'objet que l'autre possède, c'est prendre possession de l'autre.
Pour autant, peut-on parler de violence quand il y a destruction d'objets sans atteinte à une personne physique ? Un mur tagué, un magasin cambriolé, une poubelle incendiée participent du sentiment d'insécurité et croient désigner la violence comme partout prégnante. Ils ne signifient pourtant pas la même chose selon qu'il s'agit d'un acte visant le propriétaire, d'un acte de vandalisme gratuit, ou encore d'un geste de désespoir.
On ne peut nommer " violence " toute destruction d'un objet. Cela dépend de la relation humaine qui est touchée à travers l'objet. De quoi (ou de qui) l'objet cassé est-il le signe ? Quelle relation est niée quand un bien est attaqué ? Quelle relation est permise quand un bien est ôté ? Cette notion de relation est importante dans la définition de ce que peut être une " violence ".

Mes idées - [Clés de lecture]

20040929222501

Faire la guerre, ce n'est pas seulement chercher à s'emparer des biens d'autrui, ou à protéger ses propres possessions. Il s'agit aussi d'imposer à l'autre ses idées. Le peuple vainqueur impose au vaincu ses règles d'organisation, son pouvoir, sa culture. Les croisades, l'inquisition, les guerres de religion, la découverte de l'Amérique, la conquête de l'ouest, la colonisation, ont servi à diffuser des idées, par la force.
La même logique joue dans les relations de personne à personne. Imposer à l'autre ce qu'il doit croire, être, faire, c'est exercer une violence sur lui. Ne voir l'autre qu'à travers ma propre vision, en niant ses particularités, le ramener à " mon " idée, c'est lui refuser d'exister.
La violence n'est ainsi pas seulement du domaine des actes, des faits. Elle est aussi refus du dialogue et de la confrontation de sujet à sujet, de la relation de personne à personne. Nier une idée, une culture, une foi sont des violences très fortes. Ne pas reconnaître sa particularité est un moyen de refuser l'existence d'une personne ou d'un peuple.
Refuser de mettre ses idées en débat, c'est déjà être violent. Tout intégrisme porte en lui les germes du terrorisme. Débattre, au contraire, c'est contrer la violence. C'est ouvrir des espaces de rencontre.

Guerre - [Clés de lecture]

20040929222535

La guerre est, avec le meurtre, la partie la plus visible de la violence. Avec le progrès technique en armements, elle est de plus en plus meurtrière. Avec le développement des médias, elle est de plus en plus spectaculaire. Elle semble conduire l'histoire des hommes, des peuples, des nations.
Alors que tant de violences sont individuelles, la guerre se caractérise par son aspect collectif. Elle est l'oeuvre d'un peuple, d'une nation, d'un Etat, d'un groupe, contre un autre. Elle peut aussi traverser un même groupe, on parle alors de " guerre civile ". Les formes de la guerre varient selon le temps. Après les guerres mondiales, la " guerre froide ", la dissuasion nucléaire, le terrorisme ouvre une nouvelle forme aux guerres du 21e siècle.
La guerre est codifiée, ritualisée. Des réglementations tentent de la contenir : conventions de Genève, interdiction des armes chimiques, intervention de la Croix-Rouge. Elle est précédée d'une déclaration de guerre, suivie d'un armistice ou d'un traité de paix. Elle est commémorée par des fêtes nationales, des défilés, des décorations, des drapeaux...
La guerre est préparée. Une part importante du budget de chaque Etat est consacrée aux dépenses militaires. La course aux armements est une réalité forte de l'économie du 21e siècle.
On essaie toujours de justifier une guerre, d'en faire une violence légitime. Le concept de " guerre justecf. entrée justifier la violence " a connu de grands développements dans l'histoire et la théologie. La guerre autorise, légalement ou dans les faits, de multiples violences individuelles : meurtre, viol, torture. Des actes de fraternité aussi...(voir le film " La tranchée des espoirs").

Théoriciens - [Clés de lecture]

Tout au long des siècles, les penseurs ont tenté de comprendre la violence, ses racines et ses effets. On peut se référer en particulier à Platon, Bayle, Rousseau, Kant, Hegel, Schopenhauer, Nietzsche, Freud, Simmel, Bataille, Weil, Ricoeur, Girard.

La totalité que je me figure être - [Clés de lecture]

20040929222621

La violence est une expression (ou une négation) de la relation à un autre. Elle est tentative de réduction de l'autre à un objet, négation de l'autre comme autre, comme sujet autonome, doué de parole et responsable de sa vie. La violence est " destruction par quelqu'un d'autre de la capacité d'agir d'un sujet " (Ricoeur, Paul, Soi-même comme un autre, Paris : Seuil, 1990, p.187).
La violence est un langage qui dit l'absence de parole, de relation. Le bourreau est gêné si le torturé le regarde dans les yeux. On bande les yeux du condamné à mort qui va être fusillé. L'absence de relation ouvre le champ à la violence. Cette négation de l'autre comme sujet, sa réduction à un objet peut passer par le registre du soupçon, ou par celui du mépris, c'est-à-dire la perversion ou l'absence de relation à l'autre perçu comme rival jusqu'à ce qu'il disparaisse. Le violent peut ainsi croire qu'il a atteint " la totalité qu'il se figure être ". " La violence est aveugle parce qu'elle veut tout ramener au même par la force. Elle nie la parole originaire qui " fait la différence" " (Denis Vasse).
La violence qui nie l'autre en tant que sujet peut être symbolique, ce qui ne veut pas dire hors du réel. La mère peut étouffer d'amour son enfant sans un seul acte physique violent, en l'étouffant dans sa toute puissance sans limite. L'insulte, le mépris, le silence sont des formes de violence symbolique aussi destructrices que des coups, car ils nient l'autre. L'humiliation engendre et prépare les violences futures.

Droit - [Clés de lecture]

20040929222715

Le droit est la régulation des rapports humains pour éviter que la violence ne les submerge. Certaines des interdictions de la violence par le droit sont universelles, comme celles du meurtre et de l'inceste. D'autres sont liées à un temps, un lieu, une culture donnés ; ainsi en est-il de la peine de mort, abolie ou pratiquée selon les Etats. Le droit autorise en même temps des formes de violence, celles employées par les forces de police, la contrainte pénale, la guerre parfois.
La justice applique le droit en tenant compte des situations. Pour un jury de Cour d'Assises, le même acte n'aura pas la même signification ni la même sanction selon qui l'a commis et dans quelles circonstances : y a t-il des circonstances atténuantes ? Y a t-il légitime défense ? Est-ce un récidiviste ? Un individu qui ne jouissait pas de toutes ses facultés mentales ? La justice est un lieu de débat contradictoire pour trancher au cas par cas la frontière entre le permis et l'interdit, entre la violence autorisée et la violence condamnée.
Le droit est dans la légalité, il applique la loi. Il peut pourtant arriver qu'au regard d'autres références, il ne soit pas perçu comme légitime. S'il favorise la violence, peut-on lui désobéir ?

Conflit - [Clés de lecture]

20040929222756

La violence ne peut pas désigner toutes les situations de vie, sauf à devenir un mot vide de sens. Il est d'autres mots que l'on confond parfois, à tort, avec la violence. Ils peuvent lui être liés, ils n'en sont pas pour autant des synonymes. Il est nécessaire de les distinguer.
Parmi eux, le mot " conflit ". Toute rencontre avec un autre que soi est source de conflit : l'autre met une limite à ma toute-puissance et cela est nécessairement difficile à vivre. La confrontation peut déboucher sur la violence ou au contraire, si elle est régulée, sur la capacité à vivre ensemble. Le conflit apparaît dès la naissance, dès la première rencontre avec un autre que moi. Cela joue entre deux individus comme au sein d'un groupe, d'une société, entre des nations... La violence, c'est le conflit qui n'a pas su se dire, qui n'a pas su se gérer. Le conflit, s'il ne dégénère pas en violence, est le lieu des rapports humains.
D'autres mots sont parfois confondus avec violence, comme la force, l'agressivité ou la contrainte.

Nature - [Clés de lecture]

20040929222859

Le rapport entre la violence de l'homme et sa nature est très débattu. L'homme est-il violent (ou non-violent) de nature, par instinct comme l'animal ? Ou bien la violence est-elle le fruit de la culture, de la manière de gérer le " vivre ensemble " ? La violence s'apprend-elle, ou bien est-elle intrinsèquement liée à notre personne, dès le début ? Des causes sociales, idéologiques ou psychologiques peuvent-elles rendre violent, " bien au-delà des nécessités biologiques " ?
Le rapport de l'animal à la violence est lui aussi sujet de grands débats. L'animal qui en tue un autre pour le manger commet-il un acte de violence ? Eprouve-t-il de la haine ? Est-il cruel ? A t-il conscience de ce qu'il fait ? Tue t-il pour le pouvoir, comme l'homme ? Selon Konrad Lorenz (L'agression, Paris : Flammarion, 1965), parler de violence à propos des animaux est une vision anthropocentrique. Les prédateurs ne sont pas agressifs envers leur proie, les combats animaux sont très ritualisés, il n'y a pas de destruction d'espèces. La violence entre hommes est d'un autre registre. Cette thèse est très discutée.
Si l'on considère qu'il y a dans la violence un jeu de langage, alors on ne peut mettre sur le même plan la "violence" de l'homme et l'instinct de l'animal.

Rivaux - [Clés de lecture]

20040929223045

" Le meurtrier tue parce qu'il ne supporte pas son prochain ", écrit France Quéré dans la conférence dont est extrait le texte d'entrée. Ils deviennent rivaux. La relation à un autre est ainsi posée comme étant partie prenante de la violence. Dans la violence, il y a toujours au moins deux personnes concernées, celle qui commet la violence et celle qui la subit.
" Hostilité " et " inimitié " sont, en latin, les deux façons de nommer le rival, qui peut être hostis, l'ennemi lointain, l'anonyme, l'étranger, ou au contraire inimicus, le proche avec lequel on se déchire, justement parce qu'il est trop proche, trop ressemblant.
On pourrait définir la violence comme une atteinte à l'intégrité physique, morale ou psychologique d'une personne, causée par la responsabilité d'une autre personne. Cette définition exclut du champ de la " violence " les actes contre la nature ou contre des objets, sauf si à travers eux l'intégrité d'une personne est atteinte, par la mise à sac d'un bien qu'il possède, par exemple. Elle exclut aussi les atteintes à l'intégrité d'une personne qui seraient dues à des causes non humaines : la nature (un tremblement de terre, un loup...), la fatalité, le hasard. La violence ne se limite pas à un acte visible : coups, blessure, torture, meurtre, guerre. Elle inclut les insultes, le mépris, l'isolement. Elle est ainsi liée à une interprétation culturelle : selon la culture dans laquelle on se trouve, la même situation sera qualifiée de violente ou non.

Mise à mort - [Clés de lecture]

20040929223007

La première violence qui vient à l'esprit, c'est celle du meurtre. Elle nourrit les faits divers, envahit les écrans et fait vendre la presse, sans doute parce qu'elle nous fascine plus que tout autre forme de violence. Elle est spectaculaire. Le meurtre est au départ de nombreux récits fondateurs de civilisation. Dans la Bible, Caïn tue Abel ; c'est le premier meurtre, et c'est le début de la civilisation : juste après, Caïn fonde la première ville (Genèse 4,17). Rome est fondée sur le meurtre de Remus par Romulus. Les récits mésopotamiens de création font naître la terre du combat entre les dieux.
Dans la violence, il y a du meurtre. C'est-à-dire de l'irréparable. La mort. Réelle ou symbolique, mais la mort de l'autre. " La visée de la violence, le terme qu'elle poursuit implicitement ou explicitement, directement ou indirectement, c'est la mort de l'autre - au moins sa mort ou quelque chose de pire que sa mort. " ( Paul Ricoeur)
Le meurtre est la mort de l'autre. Mort physique, ou mort relationnelle. On peut en effet tuer l'autre sans lui porter un seul coup, en le laissant vivre physiquement, mais en niant son existence. C'est ce que Ricoeur appelle " quelque chose de pire que la mort ".
La torture joue avec ce " pire que la mort " : elle est négation de l'autre comme sujet, la destruction de ce qui en lui est humain, pour ne laisser vivre qu'un corps vidé de son existence propre. C'est pourquoi le tortionnaire joue avec sa victime, sans la tuer physiquement (ou avant de le faire), pour détruire son humanité.

Esclavage - [Clés de lecture]

20041003143913

Le désir de chacun, c'est de " réduire l'autre en esclavage ", écrit France Quéré. C'est-à-dire de le réduire à un objet que l'on vend et achète, que l'on utilise puis que l'on jette, qui n'est soumis à aucune autre loi que le bon vouloir de son maître.
Le mot employé ici, " esclavage ", n'est pas neutre. Il renvoie à une forme de violence qui caractérise l'organisation de nombreuses sociétés. Le monde de la Bible est imprégné de cette dimension sociale, présente dans toute l'antiquité.
Il faut en effet repérer, en deçà de la violence visible, la violence structurelle, celle qui sous-tend une société. Les structures économiques, sociales, politiques peuvent être violentes quand elles nient la personne humaine : tyrannie, esclavage, injustice, discrimination, exclusion... A plus petite échelle, l'organisation du travail dans une entreprise ou le fonctionnement d'une famille peuvent être structurellement violents, quand ils nient à l'employé, ou au conjoint, ou à l'enfant, leur place d'être humain capable de liberté et de responsabilité.
Cette violence structurelle n'est pas toujours visible. La victime l'intègre parfois comme étant " normale ". Pour sortir les Noirs américains de la ségrégation raciale, Martin Luther King a d'abord dû leur faire prendre conscience de l'injustice qu'ils subissaient. Contre la violence structurelle surgit souvent une contre-violence.

Violence - [Clés de lecture]

20040929223352

 

 

Ce mot recouvre différentes situations qu'il importe de distinguer. Violence contre soi, mutilation ou suicide. Violences domestiques, en famille, enfants battus, inceste. Violences de rue, agressions, sentiment d'insécurité. Violences sociales et économiques, violences ethniques, racismes. Violences mafieuses, crime organisé. Violences terroristes, guérilla. Violences d'Etat sur une minorité. Violence d'Etat à Etat, guerre...
Mais on parle aussi de la violence des sentiments, de la violence d'un orage, de la violence d'un parfum. Sans doute le mot est-il trop flou quand il désigne tout et n'importe quoi, qu'il envahit notre quotidien et nous empêche de raisonner. Un problème de vocabulaire se pose dès le début d'une réflexion sur la violence : que décidons-nous d' appeler violence ?
L'éventail de significations du terme " violence " est très large. En français, il contient le mot " viol ". Cela évoque une force négative exercée sur quelqu'un, une souffrance donnée et subie. Dans la violence, il y a du négatif, de la destruction, de la mort. Mais le mot grec bia (violence) renvoie aussi à bios (la vie) comme si la violence avait toujours partie liée avec la vie. Entre " viol " et " vie ", qu'est ce qui relève de la " violence " ? On pourrait adopter comme critère la question de savoir si cela détruit ou si cela construit. Serait violence ce qui détruit, ce qui construit devant s'appeler autrement.

Société - [Clés de lecture]

20040929223441

Pour qu'une société se maintienne, il lui faut gérer la violence qu'elle contient. Le fait-elle en luttant contre la violence, ou en utilisant elle-même la violence ? Le rapport entre société et violence est discuté.
Pour certains, la société fonctionne par la violence. Ainsi les rituels initiatiques des sociétés primitives qui meurtrissent physiquement le corps des jeunes, ou bien la violence structurelle développée par les Etats qui surveillent et punissent, ou encore la violence de l'économie et de la lutte des classes.
Pour d'autres, la société est une construction humaine opposée à la violence, destinée à la gérer, voire à lui faire pièce. C'est par exemple la stratégie du " bouc émissaire " développée par René Girard : le sacrifice, en projetant sur un seul les puissances destructives de tous, assure une fonction pacificatrice en expulsant la violence hors du groupe.
L'emploi de la violence pour lutter contre la violence fait aussi l'objet d'appréciations philosophiques différentes.
Pour certains, des formes de violence (police, armée) sont légitimes pour maintenir l'ordre contre une violence plus destructrice. Il s'agit d'un moindre mal. Dans la même logique, mais inversée, la violence peut aider à substituer une société à une autre, c'est le cas des révolutions ou la justification des terrorismes.
Pour d'autres, la violence n'est jamais légitime. Elle contient en elle même les germes de la destruction. " La fin est dans les moyens comme l'arbre est dans la graine ", disait Gandhi. Pour créer une société juste et en paix, il faut d'autres moyens que la violence.

Force, agressivité, contrainte - [Clés de lecture]

Ces mots sont parfois confondus à tort avec violence.
La violence est une forme de force exercée contre l'autre, on parle des " forces de l'ordre ", tantôt pour accuser leur violence, tantôt pour leur reconnaître le rôle de régulateurs de la violence. Refuser la violence peut être une force. On peut s'appuyer sur la force de quelqu'un, comme dans l'aïkido, sport où l'énergie de l'adversaire est utilisée et retournée sans coups. Etre sans force, c'est ne plus pouvoir vivre.
L'agressivité peut être l'affirmation de soi, un signe de vitalité, d'énergie, la capacité à surmonter sa peur. Elle peut être aussi signe d'animosité, tournée vers la destruction, elle bascule alors sur le versant de la violence. La langue anglaise différencie ces deux modes d'agressivité, en appelant la première aggressiveness et la deuxième aggressivity. L'agressivité peut prendre la forme de la violence, mais toute agressivité n'est pas violente. L'agressivité maîtrisée peut s'appeler combativité.
La contrainte peut être violence, comme elle peut être régulation de la violence : la loi, l'interdit, la limite, l' éthique, la justice sont des contraintes destinées à éviter la violence...

Y a t-il de plus en plus de violence ? - [Contexte]

20041002233847

La question de la violence est " à la mode " aujourd'hui. Pourquoi ? Y aurait-il réellement plus de violence aujourd'hui qu'autrefois ? Il importe de distinguer la violence et le sentiment d'insécurité. En effet, l'augmentation du sentiment d'insécurité n'est pas en rapport avec la réalité de la violence qui, elle, a tendance à diminuer, dans sa forme criminelle en tout cas.
Il est nécessaire de distinguer violences collectives et violences individuelles. Si, pour les guerres, les atrocités du 20e siècle l'emportent largement sur toutes les autres périodes de l'histoire, il n'en est rien pour ce qui concerne la violence privée, c'est-à-dire le crime, la violence familiale, etc. On constate, surtout depuis le 19e siècle, une diminution très nette des homicides.
Les chiffres sont toujours dangereux à utiliser, en particulier sur le court terme. Selon les critères de comptabilité, selon les enjeux électoraux, selon le degré de politique répressive d'un gouvernement, les chiffres ne traduisent pas de la même manière la même réalité. Si l'on constate aujourd'hui une augmentation inquiétante de la violence urbaine, de la délinquance juvénile, du déficit des processus d'intégration, de la paupérisation..., sur la longue distance cependant, il importe de noter le progrès de sécurité, la baisse de violence individuelle.
Cette diminution de la violence est due essentiellement au développement du contrôle étatique (police, justice) et à l'amélioration des conditions économiques (diminution de la mortalité, recul de la faim). L'est-elle aussi par un progrès culturel, une amélioration de l'être humain ?

Une diminution des homicides - [Contexte]

20041003145105

" L'histoire de la violence contredit l'imaginaire social, nourri de préjugés et de nostalgies millénaires, toujours rebelle à admettre les vérités élémentaires, même (et parfois surtout) quand il s'agit de vérités d'évidence : il y a eu, au cours des derniers siècles, une régression considérable de la violence criminelle." (Chesnais, Jean-Claude,L'histoire de la violence, Paris : Laffont, 1981). La violence physique interindividuelle devient de plus en plus invisible. Et lorsqu'elle advient, elle est perçue comme un " fait divers " traumatisant.
Au Moyen Age, la vie quotidienne était extrêmement violente : " Les documents suggèrent d'inimaginables déchaînements affectifs où chacun quand il le peut s'abandonne aux joies extrêmes de la férocité, du meurtre, de la torture, de la destruction et du sadisme... " (Elias, Norbert, La Civilisation des mœurs, Paris : Pocket, 1989). Cet auteur montre que la " dynamique de l'Occident " s'est accompagnée d'une pacification des mœurs.
En France, la fréquence des crimes est deux fois et demie moins élevée qu'elle ne l'était en 1830. A Oxford (Angleterre), le taux d'homicide au 13e siècle oscillait entre 35 et 70 pour 100000, c'est-à-dire quatre à sept fois plus élevé que dans les métropoles américaines d'aujourd'hui... L'insécurité des rues était chose courante au 19e siècle, en témoignent les romans de Zola ou de Dickens.

Le sentiment d'insécurité - [Contexte]

20041002233936

Alors que la violence individuelle diminue, l'opinion majoritaire a l'impression qu'elle augmente. D'où vient ce décalage entre la réalité constatée et la perception que l'on en a, beaucoup plus subjective ? Le sentiment d'insécurité est complexe. Il renvoie à un rapport psychologique à la réalité, à une angoisse devant la violence.
Sans doute le sentiment d'insécurité est-il plus fort aujourd'hui que par le passé à cause des médias, qui rendent spectaculaire, immédiate la violence, donnant l'illusion d'une violence répandue, à nos portes, dans notre salon même. L'image envahit l'imaginaire, le fantasme se confond avec la réalité, l'angoisse devient vérité.
Le miroir des médias déforme la réalité. Par exemple, c'est dans les pays où la femme est la plus émancipée que l'information sur les femmes battues circule, donnant l'impression paradoxale que c'est là qu'il y a le plus de violence domestique.
Certaines formes de violences privées -en particulier les violences sexuelles- semblent augmenter. On peut se demander dans quelle mesure cela n'est pas le produit d'un biais statistique introduit ici à la fois par l'efficacité croissante des moyens d'investigation judiciaire et par la levée progressive d'une " loi du silence " qui jusqu'alors pesait sur les victimes.
L'opinion selon laquelle la violence augmente vient aussi d'une attente de plus en plus grande de sécurité dans tous les domaines de la vie quotidienne. Les assurances se multiplient, on cherche le risque zéro... Et en même temps la solidarité qui, autrefois, atténuait la réalité de la violence, tend à s'amoindrir. La perte de cohésion sociale fragilise les plus vulnérables, qui ont le sentiment que pour eux le monde est plus dangereux. On sait combien il est tentant pour les hommes politiques d'exploiter le filon de l'insécurité.
Jean-Claude Chesnais insiste sur un autre facteur : plus un phénomène désagréable diminue, plus ce qu'il en reste devient insupportable. C'est comme si le seuil de tolérance à la violence diminuait avec la diminution de la violence elle-même.

La contre-violence - [Contexte]

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Contre la violence structurelle, celle de la société ou de l'organisation du groupe dans lequel on vit, une autre violence peut surgir, directe, liée à une action, à un acte, à un " faire ". Cette violence peut être délibérée, quand elle sert comme un outil, organisé en révolution ou désorganisé en révolte. Elle peut être aussi sans but : c'est la violence symptôme, qui dit le mal de vivre retourné contre la société (vandalisme) ou contre soi-même (suicide, folie). " Il y a des violences stratégiques et donc perdables, qui conjoignent des moyens de force et des buts volontaires et partagés, comme il y a des violences qui sont des cris, des expressions, des témoignages de la douleur de vivre ensemble mutuellement obligés, en ville, en société marchande, mais aussi en famille ou en amour. Il y a la violence "pacificatrice", qui refuse, nie et écrase les conflits, les différends ; et il y a la violence qui en rajoute sur l'irréparable, manière de croire que l'on en est encore acteur. " ( Olivier Abel)
L'évêque brésilien Don Helder Camara (1909-1999) parlait d'un cycle de la violence ; il distinguait 3 niveaux de violence qui s'emboîtaient les unes dans les autres, s'alimentant mutuellement en un cercle vicieux (voir le film American History X): la violence de la structure, qui entraîne en réaction la violence de la révolte, qui elle même suscite la violence de la répression... Laquelle souvent renforce la violence structurelle, etc... Contre ce cycle infernal , s'est développé le concept de " non-violence ". Il s'agit de casser le cycle en substituant à la violence de la révolte une méthode d'action qui n'utilise pas les moyens violents.

Une culture de paix - [Contexte]

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Le 10 novembre 1998, l'assemblée générale de l'O.N.U. a voté une résolution déclarant la décennie 2001-2010 " Décennie internationale pour la promotion d'une culture de non-violence et de paix au profit des enfants du monde ". Cette décennie " doit nous motiver tous encore plus à réaffirmer notre attachement aux idéaux de paix, dans tous les sens du terme, idéaux dont les Nations Unies ont été le symbole tout au long de leur histoire. Pour cela, il nous faut envisager la paix sous plusieurs perspectives, et nous souvenir que pour gagner une paix durable, il faut combattre sur plusieurs fronts : pour libérer l'humanité du fléau de la guerre, de la misère, phénomène abject et déshumanisant, et de la menace d'avoir à vivre sur une planète polluée où il ne reste guère de ressources naturelles. " (Kofi Annan, secrétaire général de l'O.N.U.)
En décembre 1998, lors de son assemblée d'Harare (Zimbabwe), le Conseil œcuménique des Eglises a proclamé les années 2001-2010 " Décennie pour surmonter la violence ". Il s'agit d'inviter les Eglises membres, essentiellement protestantes et orthodoxes, à réfléchir, travailler et prier pour la paix. " Appeler à construire une "culture de non-violence" de nos jours, c'est avant tout manifester une protestation. Un refus des modèles culturels dominants qui favorisent ou excusent la violence, dans ses manifestations directes autant que structurelles. C'est un appel à démasquer et à nommer les prétendues valeurs du pouvoir, du désir de posséder toujours plus, de la recherche d'intérêts individuels, en fonction des conséquences destructrices qu'elles provoquent [...]. Cette culture nouvelle doit s'enraciner dans une spiritualité du discernement et d'engagement pour la vérité. " (Konrad Raiser, secrétaire général du C.O.E.)
En France, le thème de la " Décennie pour surmonter la violence " a été au cœur des Assises de la Fédération Protestante de France (Clermont-Ferrand, 8-10 octobre 2004).

La non-violence - [Contexte]

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Le concept et les méthodes de non-violence se sont développés au 20e siècle, à travers deux figures principales. Gandhi (1869-1948) a utilisé la non-violence pour libérer l'Inde de la colonisation anglaise (voir le film " Gandhi"). Martin Luther King (1929-1968) l'a pratiquée pour mettre fin à la ségrégation des Noirs aux Etats-Unis. A leur suite, de nombreuses actions d'émancipation se sont servi des mêmes méthodes.
La non-violence est pour certains une philosophie de vie, basée sur le refus de la violence. Elle puise ses racines dans la Bible, dans le bouddhisme, dans l'hindouisme.
Pour d'autres, il s'agit essentiellement d'une méthode de lutte, d'une manière de gérer les conflits qui utilise d'autres moyens que la violence. Différentes actions peuvent pousser l'adversaire à renoncer à l'oppression dont il est l'auteur : sit-in, actions symboliques, désobéissance civile, grève de la faim. Le poids de l'opinion publique est essentiel dans ce rapport de force où le non-violent accepte de subir coups ou prison, injustement.
La visée de la non-violence est de gérer le conflit, de faire reculer l'injustice, et, au-delà, d'en appeler à la conscience de l'adversaire pour le convertir.

Désobéissance civile - [Contexte]

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Si certaines violences sont légales (au regard de la loi), elles ne sont pas forcément légitimes (au regard de la morale).
C'est par l'application de lois que le nazisme est parvenu au pouvoir, puis a légalisé la Shoah. Une loi peut être fondamentalement injuste et cautionner des violences intolérables.
La distinction entre légalité et légitimité est un des fondements de la non-violence. Elle a été conceptualisée par Henry David Thoreau dans son livre La désobéissance civile (1849). Pour lui, la conscience du bien passe avant le respect de la loi ; si ma conscience s'oppose à une loi, je dois obéir d'abord à ma conscience (voir le film " I comme Icare") : " Le citoyen doit-il un seul instant, dans quelque mesure que ce soit, abandonner sa conscience au législateur ? Pourquoi, alors, chacun aurait-il une conscience ? Je pense que nous devons d'abord être des hommes, des sujets ensuite. Le respect de la loi vient après celui du droit. La seule obligation que j'aie le droit d'adopter, c'est d'agir à tout moment selon ce qui me paraît juste. " (Thoreau)
Le synode de l'Eglise réformée de France, réuni à Nantes en mai 1998 a débattu de la question des étrangers dans notre pays. Il a invité les membres de l'Eglise à " assumer leur double citoyenneté, spirituelle et séculière, et à exercer leur loyauté critique dans un Etat de droit, sans exclure en dernier recours des actions non-violentes de désobéissance civile personnelles ou collectives ".

Platon (environ 427-347 av. JC) - [Espace temps]

Le Callidès : Frappé par la mise à mort injuste de Socrate, Platon a beaucoup réfléchi sur la violence. Ce dialogue met Socrate en difficulté face à la posture de Callidès, qui soutient " la raison du plus fort ". Platon montre la faculté de " justification " (fût-ce par le mensonge cynique) que donne la force. Il montre aussi que la violence et le mensonge font couple, sont inséparables.

Pierre Bayle (1647-1706) - [Espace temps]

Dictionnaire historique et critique : En dressant cette histoire monumentale et fragmentaire des violences et des mensonges de l'histoire, Bayle part d'une conception calviniste relativement pessimiste de l'homme : " il préfère se faire du mal pourvu d'en [c'est-à-dire : " s'il le faut pour ainsi en "] faire à son ennemi plutôt que de se procurer un bien qui tournerait aussi à l'avantage de son adversaire ". Calviniste aussi l'idée qu'il faut cependant aimer l'homme tel qu'il est, avec sa violence.

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) - [Espace temps]

L'origine de l'inégalité parmi les hommes : Pour Rousseau, les violences ne sont pas " naturelles " (essentielles, constitutives) mais historiquement dues aux formes prises par nos sociétés. On peut donc critiquer cette évolution puisqu'elle n'est pas une fatalité et proposer une refondation non-violente de la société.

Emmanuel Kant (1724-1804) - [Espace temps]

Critique de la raison pratique et Petit traité historique : du point de vue de la raison pratique, la violence est interdite parce qu'elle traite autrui comme un moyen et non comme une fin. Mais du point de vue historique, les conflits, les discordes et même les guerres (qui " font plus de méchants qu'elles n'en suppriment ") ont eu pour effet bénéfique de disperser l'humanité, d'en augmenter la variété et la libre communication.

Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) - [Espace temps]

La phénoménologie de l'esprit : Hegel a fait de la dialectique, c'est-à-dire de la lutte entre le maître et l'esclave, le cœur battant de l'histoire humaine, qui est tout entière un drame de la reconnaissance. La violence y joue un rôle central car c'est elle qui oblige les êtres à se modifier, elle introduit en eux le conflit de l'ancien qui fait place au nouveau. Mais Hegel est aussi le penseur du Droit, de l'institution qui structure ce conflit et lui donne une forme historique.

Arthur Schopenhauer (1788-1860) - [Espace temps]

Le monde comme volonté et comme représentation : En dévoilant que le fond de la réalité est énergie et volonté, vouloir-vivre, Schopenhauer fait de la lutte pour la vie le ressort du monde. Pour échapper au cycle infernal de cette violence et de cette souffrance, il faut se détacher du vouloir-vivre, par la compassion et par la contemplation.

Friedrich Nietzsche (1844-1900) - [Espace temps]

La généalogie de la morale : à l'inverse de Schopenhauer, Nietzsche estime que la lutte pour la vie est l'élément de la créativité et de la joie. À cette violence active, il oppose une violence " réactive " et malade, méchante, pleine de ressentiment, une violence qui veut la mort et le néant, et non l'affirmation de la vie : dans leurs systèmes judiciaires et religieux, punitifs, nos sociétés sont des " systèmes de cruauté ".

Sigmund Freud (1856-1939) - [Espace temps]

Malaise dans la civilisation : Le conflit entre la pulsion de vie (eros) et la pulsion de mort (thanatos) est, pour le fondateur de la psychanalyse, à la fois la confrontation fondamentale de la vie psychique et le drame qui traverse la vie collective. La civilisation ne réprime et " sublime " les pulsions destructrices qu'en faisant de même avec les pulsions de vie. Il en résulte un malaise qui s'installe inévitablement dès qu'il y a civilisation, culture.

Georg Simmel (1858-1918) - [Espace temps]

Le conflit : Dans ce petit traité, remarquable par ses analyses de la jalousie, le sociologue allemand montre que la violence se déclenche quand la société veut revenir à l'unité, ne supporte plus autant de tensions, de discordes, de disparités.

Georges Bataille (1897-1962) - [Espace temps]

La part maudite et Théorie de la religion : parce que nous devons dépenser et détruire en pure perte les excédents (économiques, démographiques, culturels) qui ne peuvent pas servir à la croissance du système, les sociétés qui savent " dépenser " leur violence sont moins violentes que celles qui veulent la contenir, la canaliser et la réinvestir dans un surcroît de puissance. La fin des religions sacrificielles ouvre un âge de guerres de plus en plus terribles.

Simone Weil (1909-1943) - [Espace temps]

Œuvres : Dans " L'Iliade ou le poème de la force " (non publié en 1940), elle montre que la force inhumaine s'empare tour à tour de chacun des protagonistes, réduit ceux qui lui font face à des objets, et l'emporte au-delà du seuil où chacun des protagonistes devient cadavre. Les humains retrouveront " le génie épique quand ils sauront ne rien croire à l'abri du sort, ne jamais admirer la force, ne pas haïr les ennemis, et ne pas mépriser les malheureux ".

Paul Ricoeur (1913-2005) - [Espace temps]

Histoire et vérité : Face à " la tentation terrible de la bonté ", Ricoeur estime que la violence accompagne l'histoire jusqu'au dernier jour, et qu'il faut donc instituer et " armer " le magistrat, tout en écoutant la protestation non-violente. C'est que la violence n'est pas seulement une question morale et individuelle, mais qu'elle traverse les grands registres économiques, politiques et culturels de notre existence collective.

René Girard (1923-...) - [Espace temps]

La violence et le sacré : toute société est fondée sur une violence primitive, issue du désir mimétique. Cette violence prend la forme de l'exclusion d'un bouc émissaire. Elle est ensuite ritualisée sous forme de sacrifices symboliques et finalement occultée et refoulée dans l'intérêt de tous. Selon Girard, Jésus a été crucifié pour avoir " vendu la mèche ", dévoilé et rendu inopérant le mécanisme du bouc émissaire.

La violence, une notion relative - [Espace temps]

Les formes de violence sont appréhendées différemment selon les cultures.
Ainsi nous paraissent cruelles des coutumes qui font partie de la norme de certaines sociétés traditionnelles. Les scarifications, par exemple, qui consistent à entailler la peau, parfois à introduire sous la peau des petits cailloux. Ce marquage indélébile a trois fonctions : déterminer l'appartenance à un groupe social constitué (tribu, clan, lignée, famille), relier les individus à un élément surnaturel supérieur (divinité, ancêtre disparu, animal totémique), satisfaire à des critères esthétiques locaux. L'idée d'initiation et de douleur revêt une grande importance car elle permet à l'individu d'accéder à une réalité supérieure, de rejoindre les génies protecteurs et les ancêtres disparus. Dans ces sociétés traditionnelles, ces coutumes ne sont pas perçues comme violentes.
La question des châtiments corporels est très différente selon les cultures. Certains pays pratiquent la loi du talion, d'autres les mutilations, une main coupée pour un voleur ou des coups de fouet. La peine de mort divise les Etats.
De même qu'il y a des différences de perception de la violence d'une culture à l'autre, son appréciation varie aussi selon les périodes de l'histoire, à l'intérieur d'une même culture. En Europe, par exemple, les enfants, les animaux, ne sont plus les cibles traditionnelles de la violence qu'ils étaient encore au 19e siècle, les châtiments corporels diminuent et les combats d'animaux disparaissent. Les coups portés aux enfants, à l'école ou en famille, sont désormais punissables. On est devenu sensible aux violences conjugales. On ne pratique plus le duel. Plus difficile est le repérage de ce qui, dans notre société actuelle, paraîtrait " violent " pour nos ancêtres !

La peine de mort - [Espace temps]

Dans le monde, le rapport à la peine de mort est très variable selon les pays. Ceux-ci peuvent être classés en différentes catégories selon la situation de la peine de mort dans la législation et dans les faits.

  • Des pays abolitionnistes. Ces Etats ont aboli la peine de mort en droit pour tous les crimes. Au 1er janvier 2003, Amnesty International recense dans cette catégorie 76 pays, soit 39 % des pays de la planète. La France fait partie de cette catégorie depuis 1981.
  • Des pays abolitionnistes pour les crimes de droit commun. Ces Etats prévoient l'application de la peine de mort uniquement pour les crimes exceptionnels (par exemple les crimes prévus par la justice militaire ou les crimes commis dans des circonstances exceptionnelles : en temps de guerre,...). Ils n'ont souvent procédé à aucune exécution judiciaire depuis longtemps. 15 pays (8 %).
  • Des pays qui prévoient la peine de mort dans leur législation sans toutefois l'appliquer dans les faits. Ces Etats conservent la peine de mort dans leur législation, mais ils n'ont procédé à aucune exécution judiciaire depuis au moins dix ans et n'ont pas l'intention affirmée de recommencer dans l'immédiat. 21 pays sont ainsi abolitionnistes en pratique (11%).
  • Des pays qui pratiquent la peine de mort. Ces Etats prévoient la peine capitale dans leur législation et l'appliquent dans les faits. On recense 83 pays non abolitionnistes (42 %) dont les Etats-Unis et la Chine. En 2003, 84 % des exécutions recensées ont eu lieu en Chine, aux États-Unis, en Iran et au Viêt-Nam

La loi du talion - [Espace temps]

" Vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied "... Ainsi est formulée la loi du talion dans la Bible, en Deutéronome 19,21b. Il s'agit au départ d'un principe juridique visant à juguler la violence. La vengeance démultiplie la violence, ainsi qu'en témoigne Lamech, descendant de Caïn, qui disait : " Un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure " (Genèse 4,23). La loi du talion oppose au désir de vengeance un autre principe : " Blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure " (Exode 21,25). Le talion s'oppose ainsi aux pulsions de l'homme offensé, en limitant la punition à une recherche d'équivalence.
À l'époque de Jésus, quelques sadducéens défendent encore le principe du talion. Mais dans la pratique deux autres principes juridiques sont appliqués. Celui de la réparation, sous forme d'amende ou de compensation, comme le demande Exode 21,26 et suivants, dans le contexte immédiat du talion : " Quand un homme frappera l'œil de son serviteur ou l'œil de sa servante et l'abîmera, il les laissera aller libres, en compensation de leur oeil ". Et celui d'une punition en rapport au tort causé sans lui être complètement équivalente.
Jésus, dans le sermon sur la montagne, intériorise la loi du talion pour la mener à sa radicale impossibilité, ouvrant ainsi une place à une autre forme de justice, basée sur le pardon, c'est-à-dire sur la relation à retisser avec l'offenseur : " Vous avez appris qu'il a été dit : œil pour œil et dent pour dent. Et moi je vous dis de ne pas résister au méchant. Au contraire, si quelqu'un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l'autre " (Matthieu 5,38-39). Il ne s'agit pas là de se soumettre à la violence, soit en la multipliant ( rendre la gifle) soit en s'écrasant devant le plus fort, mais de lui opposer autre chose que la violence, un acte qui surprend et arrête la main du violent.

Remus et Romulus - [Espace temps]

La fondation de la ville de Rome est basée sur la légende de deux frères, Remus et Romulus, dont l'un tue l'autre. La ville est ainsi fondée sur un crime, elle naît dans un acte de violence.
Selon la tradition, Rhea Silvia, prêtresse de Vesta, fille de l'ancien roi d'Albe Numitor, devait rester vierge. Séduite par le dieu Mars, elle a des jumeaux que leur grand-oncle Amulius, qui avait usurpé le trône, décide d'exposer sur les eaux du Tibre. Leur berceau s'échoue et une louve les sauve de la mort en les allaitant. Le berger Faustulus les recueille ensuite dans sa chaumière. Romulus et Remus décident de fonder une ville sur le Palatin. Pour en trouver le nom, ils recourent aux auspices : le premier, Remus aperçoit 6 vautours ; Romulus en voit 12 à la fois, mais après son frère ; du coup, la ville prend son nom : Rome. Romulus trace un sillon marquant ses limites. Remus, vexé de ne pas être roi, franchit le sillon par défi. Romulus le tue.
La grotte (Lupercal) où vivait la louve et la cabane du berger devinrent des lieux de pèlerinage. Une grande fête de purification, les Lupercales, avait lieu chaque année ; un groupe d'hommes, les Luperci, hommes-loups, couraient sur le Palatin après les femmes et les fouettaient pour les rendre fertiles.

Récits mésopotamiens de création - [Espace temps]

A Eridou en Mésopotamie, la création de l'humanité répond au besoin de libérer les dieux de leur fardeau et de l'imposer à l'homme : " Que l'on égorge un dieu... Avec la chair et le sang de ce dieu, que Nintou mélange de l'argile, afin que le dieu même et l'homme se trouvent mélangés ensemble dans l'argile. " L'homme est ainsi destiné à apaiser les dieux : " Vous m'aviez ordonné une tâche : je l'ai achevée. Vous avez égorgé un dieu avec son intelligence. J'ai supprimé votre travail si pénible, et votre dur labeur, c'est à l'homme que je l'ai imposé. Vous avez transféré la plainte à l'humanité : (pour vous) j'ai délié le joug, j'ai établi la liberté. "
À Babylone, dans le cycle de Mardouk, l'humanité naît également du sang d'un dieu mis à mort : " Que soit livré un seul d'entre les dieux, que lui seul soit détruit, que le coupable soit livré pour que vivent les autres. [...]. C'est Kingou qui a engendré le combat, a fait se révolter Tiamat... On lui trancha le sang et, de son sang, Ea créa l'humanité. "
L'origine de l'homme est ainsi posée dans une violence initiale. On mesure la différence avec les récits bibliques de création (Genèse 1 et 2) qui, issus du même bassin culturel, présentent la création comme belle, bonne, paisible, l'homme en étant le centre et le responsable (Genèse 1,27-28)

La femme adultère - [Textes bibliques]

Jean 8,1-11
Et Jésus gagna le mont des Oliviers. Dès le point du jour, il revint au temple et, comme tout le peuple venait à lui, il s'assit et se mit à enseigner. Les scribes et les Pharisiens amenèrent alors une femme qu'on avait surprise en adultère et ils la placèrent au milieu du groupe. "Maître, lui dirent-ils, cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère. Dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu?" Ils parlaient ainsi dans l'intention de lui tendre un piège, pour avoir de quoi l'accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à tracer du doigt des traits sur le sol. Comme ils continuaient à lui poser des questions, Jésus se redressa et leur dit: "Que celui d'entre vous qui n'a jamais péché lui jette la première pierre." Et s'inclinant à nouveau, il se remit à tracer des traits sur le sol. Après avoir entendu ces paroles, ils se retirèrent l'un après l'autre, à commencer par les plus âgés, et Jésus resta seul. Comme la femme était toujours là, au milieu du cercle, Jésus se redressa et lui dit: "Femme, où sont-ils donc? Personne ne t'a condamnée?" Elle répondit: "Personne, Seigneur", et Jésus lui dit: "Moi non plus, je ne te condamne pas: va, et désormais ne pèche plus.".

Il y a plusieurs niveaux de violences dans ce récit.
Pour la femmecf. une femme adultère dans le module 12 rencontres avec Jésus, c'est une question de vie ou de mort puisqu'elle est menacée de lapidation. Cette violence physique se base sur une violence structurelle, une violence sociale, celle de la place de la femme dans la société de son temps : un être de seconde zone, propriété de son père puis de son mari ; ce dernier peut la répudier, mais l'inverse n'est pas vrai. D'ailleurs dans ce récit, elle se retrouve seule traînée vers la mort, alors que forcément un homme a été coupable avec elle... où est-il ?
Les scribes et les pharisiens ont certainement un sentiment de violence subie. Ce ne sont pas des hypocrites ou des méchants, mais des hommes qui reçoivent l'acte de cette femme comme une violence faite à tout leur système de pensée, un système basé sur la distinction entre pur et impur, où l'interdit joue un grand rôle. La femme a franchi un interdit, celui du mariage : propriété de son mari, elle s'est donnée à un autre, c'est un scandale. La punition d'un tel crime est celle que donne la Loi, la mise à mort par lapidation, ce qui permet de ne pas être en contact avec le coupable pour ne pas être contaminé par son impureté.
Du côté de Jésus, une violence s'exerce aussi. Entouré de la foule excitée et sanguinaire, assis devant la femme apeurée, le voilà sommé de se positionner : est-il pour ou contre ? Pour la femme, donc pour l'adultère, ou pour les scribes, donc pour la mise à mort ? C'est le piège de la violence qui est prêt à se fermer sur lui...
Ce piège ne se ferme pourtant pas. Jésus renvoie chacun à sa conscience. Il permet à chacun de s'en aller, la violence a été désamorcée.

Jésus giflé - [Textes bibliques]

Jean 18,19-23 et 19,1-3
Le Grand Prêtre se mit à interroger Jésus sur ses disciples et sur son enseignement. Jésus lui répondit: "J'ai parlé ouvertement au monde, j'ai toujours enseigné dans les synagogues et dans le temple où tous les Juifs se rassemblent, et je n'ai rien dit en secret. Pourquoi est-ce moi que tu interroges? Ce que j'ai dit, demande-le à ceux qui m'ont écouté: ils savent bien ce que j'ai dit." A ces mots, un des gardes qui se trouvait là gifla Jésus en disant: "C'est ainsi que tu réponds au Grand Prêtre?" Jésus lui répondit: "Si j'ai mal parlé, montre en quoi; si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu?" (....) Alors Pilate emmena Jésus et le fit fouetter. Les soldats, qui avaient tressé une couronne avec des épines, la lui mirent sur la tête et ils jetèrent sur lui un manteau de pourpre. Ils s'approchaient de lui et disaient: "Salut, le roi des Juifs!" et ils se mirent à lui donner des coups.

On retrouve différents niveaux de violence dans ce récit où Jésus est giflé, la nuit de son arrestation. Il y a la violence physique, la maltraitance que subit Jésus avant d'être supplicié. Cette violence physique en exprime une autre, symbolique, qui consiste à humilier, à nier l'autre. Ces deux violences sont dans le récit " officielles ", puisque pratiquées par les autorités légales : le grand-prêtre, le garde, Pilate, les soldats romains..

Caïn et Abel - [Textes bibliques]

Genèse 4
L'homme connut Ève sa femme. Elle devint enceinte, enfanta Caïn et dit: "J'ai procréé un homme, avec le SEIGNEUR." Elle enfanta encore son frère Abel. Abel faisait paître les moutons, Caïn cultivait le sol. A la fin de la saison, Caïn apporta au SEIGNEUR une offrande de fruits de la terre; Abel apporta lui aussi des prémices de ses bêtes et leur graisse. Le SEIGNEUR tourna son regard vers Abel et son offrande, mais il détourna son regard de Caïn et de son offrande. Caïn en fut très irrité et son visage fut abattu. Le SEIGNEUR dit à Caïn: "Pourquoi t'irrites-tu? Et pourquoi ton visage est-il abattu? Si tu agis bien, ne le relèveras-tu pas? Si tu n'agis pas bien, le péché, tapi à ta porte, te désire. Mais toi, domine-le." Caïn parla à son frère Abel et, lorsqu'ils furent aux champs, Caïn attaqua son frère Abel et le tua. Le SEIGNEUR dit à Caïn: "Où est ton frère Abel?" - "Je ne sais, répondit-il. Suis-je le gardien de mon frère?" - "Qu'as-tu fait? reprit-il. La voix du sang de ton frère crie du sol vers moi. Tu es maintenant maudit du sol qui a ouvert la bouche pour recueillir de ta main le sang de ton frère. Quand tu cultiveras le sol, il ne te donnera plus sa force. Tu seras errant et vagabond sur la terre." Caïn dit au SEIGNEUR: "Ma faute est trop lourde à porter. Si tu me chasses aujourd'hui de l'étendue de ce sol, je serai caché à ta face, je serai errant et vagabond sur la terre, et quiconque me trouvera me tuera." Le SEIGNEUR lui dit: "Eh bien! Si l'on tue Caïn, il sera vengé sept fois." Le SEIGNEUR mit un signe sur Caïn pour que personne en le rencontrant ne le frappe. Caïn s'éloigna de la présence du SEIGNEUR et habita dans le pays de Nod à l'orient d'Éden. Caïn connut sa femme, elle devint enceinte et enfanta Hénok. Caïn se mit à construire une ville et appela la ville du nom de son fils Hénok. Irad naquit à Hénok et Irad engendra Mehouyaël; Mehiyyaël engendra Metoushaël et Metoushaël engendra Lamek. Lamek prit deux femmes; l'une s'appelait Ada et l'autre Cilla. Ada enfanta Yabal; ce fut lui le père de ceux qui habitent des tentes avec des troupeaux. Son frère s'appelait Youbal; ce fut lui le père de tous ceux qui jouent de la cithare et du chalumeau. Cilla, quant à elle, enfanta Toubal-Caïn qui aiguisait tout soc de bronze et de fer; la soeur de Toubal-Caïn était Naama. Lamek dit à ses femmes: "Ada et Cilla, écoutez ma voix! Femmes de Lamek, tendez l'oreille à mon dire! Oui, j'ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure. Oui, Caïn sera vengé sept fois, mais Lamek soixante-dix-sept fois." Adam connut encore sa femme, elle enfanta un fils et le nomma Seth, "car Dieu m'a suscité une autre descendance à la place d'Abel, puisque Caïn l'a tué". A Seth, lui aussi, naquit un fils qu'il appela du nom d'Énosh. On commença dès lors à invoquer Dieu sous le nom de SEIGNEUR.

Différentes violences se croisent dans le récit du premier meurtrecf. un vieux texte pour dire notre humanité dans le module 1ère approche de la Bible de l'humanité.
Violences sur Abel, symbolique car il n'est pas nommé par sa mère, contrairement à Caïn, puis physique quand il est tué par son frère Caïn, jaloux de l'accueil de l'offrande d'Abel.
La violence est puissante comme le serpent de la tentation au chapitre 3, elle est " tapie à ta porte, elle te désire ", mais " toi, domine-la ".
Puis il y a la violence du silence, violence du mensonge de Caïn qui nie le crime.
Les conséquences de la violence sont dramatiques. Caïn va devenir errant et vagabond, éventuellement tué par vengeance. On voit l'amplification de la violence : si Caïn est tué, il sera vengé 7 fois ; puis, quelques versets plus loin (4,24) : " Oui, Caïn sera vengé sept fois, mais Lamek soixante-dix-sept fois. "

Les vendeurs chassés du temple - [Textes bibliques]

Marc 11,15-18
Ils arrivent à Jérusalem. Entrant dans le temple, Jésus se mit à chasser ceux qui vendaient et achetaient dans le temple; il renversa les tables des changeurs et les sièges des marchands de colombes, et il ne laissait personne traverser le temple en portant quoi que ce soit. Et il les enseignait et leur disait: "N'est-il pas écrit: Ma maison sera appelée maison de prière pour toutes les nations? Mais vous, vous en avez fait une caverne de bandits." Les grands prêtres et les scribes l'apprirent et ils cherchaient comment ils le feraient périr. Car ils le redoutaient, parce que la foule était frappée de son enseignement.

Les commentateurs ne sont pas d'accord sur la violence dans ce texte. Jésus est-il violent parce qu'il frappe les animaux et renverse les tables ? Ou bien s'agit-il d'un acte simplement symbolique, comme les prophètes autrefois, pour purifier le temple devenu un repaire de voleurs ? Un geste qui, alors, est un langage clair pour les marchands.
Ce texte met aussi en scène la violence des autorités qui décident de mettre Jésus à mort. Il se comprend dans le cadre de la violence du système sacrificiel, dont le Temple est le lieu central.

Détruire et bâtir - [Textes bibliques]

Jérémie 1,10
"Sache que je te donne aujourd'hui autorité sur les nations et sur les royaumes, pour déraciner et renverser, pour ruiner et démolir, pour bâtir et planter."

La mission du prophète est une mission de construction et de destruction. Détruire est-il toujours violent ? Pour vivre, qu'est-il nécessaire de détruire, que faut-il construire ? A quoi dire " non " et à quoi dire " oui " ?

L'esclavage - [Textes bibliques]

Galates 3,28
Il n'y a plus ni Juif, ni Grec; il n'y a plus ni esclave, ni homme libre; il n'y a plus l'homme et la femme; car tous, vous n'êtes qu'un en Jésus Christ.

Paul dans ce passage ne se prononce pas sur l'esclavage en tant que tel. Il s'agit d'un élément structurel de la société de son temps, une catégorie sociale parmi d'autres. Mais il met sur le même plan, en Christ, l'esclave et l'homme libre. La fraternité chrétienne est plus grande que les catégories humaines.
Est-ce une violence symbolique de mettre ainsi sur le même pied " esclave et homme libre ", en niant la souffrance du premier ? Ou est-ce une subversion, en Christ, des catégories humaines, un " au-delà " de la violence structurelle ?

La violence, un mot fourre-tout - [Aller plus loin]

Sémelin Jacques Pour sortir de la violence Paris Les éditions ouvrières 1983 p.15-16 :
Il faudrait d'abord s'entendre sur ce qu'on appelle la "violence". On parle de la violence d'une gifle comme de la violence de la guerre, de la violence de la naissance comme de la violence du terrorisme, de la violence du forcené comme de la violence de la nature, de la violence de la politique comme de la violence de la rue. On dit d'un ami dont on n'arrive pas à se défaire : "Tu me fais violence !" On dit d'une lumière qu'elle est violente, d'un effort qu'il est violent. On se fait de temps en temps une "douce violence"... Peut-on mettre toutes "ces violences-là" dans le même sac ? Si oui, quel sens précis donner alors à un mot dont l'utilisation est si extensive et si floue ? La violence est une notion vague, un mot fourre-tout ; c'est l'inflation de son usage qui, aujourd'hui, fait problème.
Sans doute, la violence est-elle devenue si prégnante, si angoissante, que le terme a envahi notre vocabulaire au point qu'est violent tout et n'importe quoi. Mais faut-il pour autant appeler violence tout ce qui nous déplaît, tout ce qui nous fait souffrir, tout ce qui fait obstacle à notre volonté, tout ce qui gêne notre liberté ? Sur ce thème aux contours imprécis, on se trouve d'emblée confronté à un problème de vocabulaire dont il est difficile de se défaire : que décidons-nous d'appeler violence ?

Différentes violences - [Aller plus loin]

Abel Olivier La nécessaire confrontation Information-Evangélisation février 1997 p. 32-33 :
Il y a des violences stratégiques et donc perdables, qui conjoignent des moyens de force et des buts volontaires et partagés, comme il y a des violences qui sont des cris, des expressions, des témoignages de la douleur de vivre ensemble mutuellement obligés, en ville, en société marchande, mais aussi en famille ou en amour.
Il y a la violence "pacificatrice", qui refuse, nie et écrase les conflits, les différends ; et il y a la violence qui en rajoute sur l'irréparable, manière de croire que l'on en est encore acteur.
Et la diversité même des mécanismes de la guerre, migrations dans l'au-delà, expansions instrumentales et imaginaires, machine à fabriquer des différences là où celles-ci sont niées, etc., fait partie de notre effroi.
En face, l'apaisement réel des conflits n'est pas moins pluriel : il y a des conflits où l'on échange des arguments et non des coups, et c'est quand même la fonction primordiale de l'Etat raisonnable que d'organiser et de maintenir cet espace de délibération véhémente.
Il y a la non-violence stratégique qui prend appui sur le levier de l'opinion publique (indignation ou compassion) pour ébranler la volonté adverse. Il y a aussi l'agapè, cette non-violence non-perdable, qui ne voit que des personnes et refuse d'entrer dans le calcul des conséquences, pour attester dans un présent absolu (et à la limite désespéré) la possibilité d'un autre monde.
Mais il y a encore l'apaisement installé dans des choses, dans des dispositifs d'objets qui servent à transiger sur les vues des uns et des autres, territoires délimités, objets partagés, réseau routier et son code, mais aussi institutions civiles, médiations et compromis (promesses réciproques) historiques, et pourquoi pas le Canon biblique, cette boîte noire où l'on trouve canonisées ensemble les traditions dont le conflit même est apparu à nos anciens comme fondateur.

Mesurer la profondeur de la violence - [Aller plus loin]

Ricoeur Paul, " L'homme non-violent et sa présence à l'histoire ", Histoire et vérité, Paris, Seuil 1955 p.235-245 :

Il faut avoir mesuré la longueur, la largeur, la profondeur de la violence - son étirement au long de l'histoire, l'envergure de ses ramifications psychologiques, sociales, culturelles, spirituelles, son enracinement en profondeur dans la pluralité même des consciences, - il faut pratiquer jusqu'au bout cette prise de conscience de la violence par quoi elle exhibe sa tragique grandeur, apparaît comme le ressort même de l'histoire, la "crise" - le "moment critique" et le "jugement" - qui soudain change la configuration de l'histoire. Alors, mais alors seulement, au prix de cette véracité, la question se pose de savoir si la réflexion révèle un surplus, un plus grand que l'histoire, si la conscience a de quoi revendiquer contre l'histoire et se reconnaître appartenir à un autre "ordre" que la violence qui fait l'histoire.
[...] Que la violence soit de toujours et de partout, il n'est que de regarder comment s'édifient et s'écroulent les empires, s'installent les prestiges personnels, s'entre-déchirent les religions, se perpétuent et se déplacent les privilèges de la propriété et du pouvoir, comment même se consolide l'autorité des maîtres à penser, comment se juchent les jouissances culturelles des élites sur le tas des travaux et des douleurs des déshérités.
[...] Il faudrait aller chercher très bas et très haut les complicités d'une affectivité humaine accordée au terrible dans l'histoire. La psychologie sommaire de l'empirisme qui gravite autour du plaisir et de la douleur, du bien-être et du bonheur, omet l'irascible, le goût de l'obstacle, la volonté d'expansion, de combat et de domination, les instincts de mort et surtout cette capacité de destruction, cet appétit de catastrophe qui est la contrepartie de toutes les disciplines qui font de l'édifice psychique de l'homme un équilibre instable et toujours menacé. Que l'émeute explose dans la rue, que la patrie soit proclamée en danger, quelque chose en moi est rejoint et délié, à quoi ni le métier, ni le foyer, ni les quotidiennes tâches civiques ne donnaient issue ; quelque chose de sauvage, quelque chose de sain et de malsain, de jeune et d'informe, un sens de l'insolite, de l'aventure, de la disponibilité, un goût pour la rude fraternité et pour l'action expéditive, sans médiation juridique et administrative. L'admirable est que ces dessous de la conscience resurgissent au niveau des plus hautes couches de la conscience : ce sens du terrible est aussi le sens idéologique ; soudain la justice, le droit, la vérité prennent des majuscules en prenant les armes et en s'auréolant de sombres passions ; les langues et les cultures sont jetées au brasier du pathétique ; une totalité monstrueuse est équipée pour le danger et la mort ; Dieu lui-même est allégué : son nom est sur les ceinturons, dans les serments, dans la parole des aumôniers casqués.
Telle est la racine chevelue que la violence historique pousse dans toutes les couches de la conscience. Mais une psychologie de la violence n'est pas encore au niveau de l'histoire où la violence s'organise en structure. C'est pourquoi il faudrait encore dire les "formes" sociales auxquelles s'ordonnent les forces convoquées, dire les structures du terrible. A cet égard la lecture marxiste de l'histoire est irremplaçable pour comprendre l'articulation du psychique à l'histoire dans la dialectique de la lutte des classes : à ce niveau le terrible devient histoire, en même temps que l'histoire, sous l'aiguillon du négatif, se nourrit du terrible [...] Il faut donc croire que, par quelque maléfice inhérent à l'histoire, tous les hommes ne soient pas possibles ensemble : certains sont de trop pour les autres.
Car il ne faut pas s'y tromper, la visée de la violence, le terme qu'elle poursuit implicitement ou explicitement, directement ou indirectement, c'est la mort de l'autre - au moins sa mort ou quelque chose de pire que sa mort. C'est ainsi que Jésus découvre la pointe de la simple colère : celui qui se met en colère contre son frère est le meurtrier de son frère. Le meurtre prémédité et effectif est, à cet égard, le repère de toute violence : dans le moment de la violence, l'autre est affecté de l'indice "à supprimer". La violence a même une carrière sans fin : car l'homme est capable de plusieurs morts dont quelques-unes, quintessenciées, exigent du moribond qu'il soit retenu au bord de la mort pour goûter jusqu'à la lie les morts pires que la mort ; le torturé doit être encore là pour porter la plaie consciente de l'avilissement et vivre sa destruction au-delà de son corps, au cœur de sa dignité, de sa valeur, de sa joie ; si l'homme est plus que sa vie, la violence voudrait le tuer jusque dans le réduit de ce plus ; car c'est finalement ce plus qui est de trop.
C'est ce terrible qui fait l'histoire : la violence apparaît bien comme le mode privilégié selon lequel la figure de l'histoire change, comme un rythme du temps des hommes, comme une structure de la pluralité des consciences.

Négation de la différence - [Aller plus loin]

Vasse Denis " Propos à deux voix sur la violence ", in : Cahier Evangile 76, Paris : Cerf 1991 p. 25 :
La violence est une force de la nuit. Elle est aveugle et elle aveugle. La violence est aveugle parce qu'elle veut tout ramener au même par la force. Elle nie la parole originaire qui "fait la différence". Son leitmotiv inconscient est : "Pas d'Autre" ou pas de différence.
[...] Pour le moment, il nous suffit de dire que "l'Autre" est ce qui désigne un tiers non-représentable - il n'a pas d'image - mais sans lequel toute relation se change en violence. Un Autre fonde l'identité de l'homme dans la différence du "je" et du "tu" par rapport à un "il". Le violent réduit l'autre au même. Il voit en l'autre l'image qu'il doit se soumettre car elle lui appartient. C'est à la fois échapper à la vie de l'Esprit et refuser de naître à la parole. En tant que sujet, l'homme n'existe pourtant que dans la parole. C'est elle qui le spécifie jusque dans sa différence charnelle.
Dans la tentative de vivre hors d'elle, hors de la différence subjective dont le sexe est la vivante métaphore, il n'est pas étonnant d'entendre et de voir le violent s'identifier imaginairement à l'animal et/ou à l'ange. Dans les deux cas (et le passage de l'une à l'autre de ces deux positions est constant) c'est de la négation du corps humain comme lieu du sujet - comme temple de l'Esprit - qu'il s'agit. Nier le corps comme temple de l'Esprit revient à refuser la différence subjective née de la référence à la Parole tierce. La violence déclare la rencontre impossible à vivre. Elle la conçoit sur le registre d'une différence objective à réduire pour rétablir l'unité.

Violence et vie - [Aller plus loin]

Malherbe Jean-François, Violence et démocratie, Sherbrooke : CGC 2003 :
Le mot français violence vient du mot latin vis qui désigne d'abord la force sans égard à la légitimité de son usage. Le mot grec correspondant est bia qui signifie tout à la fois la force vitale et la violence. Bia est la forme féminine de bios qui désigne la vie et que l'on retrouve dans les vocables "biologie", par lequel on nomme la science du vivant, ou "biographie" qui signifie "l'écriture de la vie" et par extension désigne le "récit écrit d'une vie".
Mais l'étymologie nous apporte d'autres précisions éclairantes. Le mot grec bios n'est pas le seul à signifier la vie. Celle-ci se dit aussi zôè. Ces deux termes ne sont toutefois pas équivalents. Les anciens Grecs réservaient bios à la vie humaine et zôè à la vie animale et végétale. La ligne de démarcation entre bios et zôè, c'est le logos, la parole. Selon Aristote, les humains sont des animaux parlants (zôoi logikoi) et, par conséquent, des animaux politiques (zôoi politikoi). (Aristote La Politique Paris Vrin 1995)
C'est dire que les Grecs de l'Antiquité considéraient que la question de la violence (bia) ne se pose pas pour les animaux (zôoi) mais seulement dans le domaine de la vie humaine (Bios). Cela suggère très précisément que la question de la violence a affaire avec la parole qui est le propre de l'humain. Cela suggère aussi que les animaux ne sont pas, à proprement parler, violents : leurs comportements obéissent simplement aux lois inexorables de la nature. La "violence animale" n'est donc qu'une projection anthropomorphique sur le comportement animal.
En quel sens la violence a-t-elle alors affaire avec la parole ? De toute évidence, la violence n'est pas que physique. Elle peut aussi être psychique, comme dans le chantage. Elle peut être également langagière, comme dans l'injure ou la menace, dans l'interpellation, l'arrestation, l'inculpation ou la condamnation. Mais la parole n'est pas qu'un des vecteurs possibles de la violence. Elle est le lieu même où notre force vitale (bia), prenant conscience d'elle-même, soulève, à son propre propos, la question éthique. En l'animal parlant, la force vitale prend distance d'elle-même et s'interroge sur sa propre destination. En l'animal parlant, émerge un sujet qui fait retour langagier sur la force de vie qui le traverse et s'interroge sur l'orientation à lui imprimer. D'être déniée, cette question reçoit une réponse indirecte et perverse : c'est la violence de la tromperie, de la corruption, de la méchanceté, du vice et de la dépravation, toutes manifestations dévoyées et intolérables, de la force vitale. D'être assumée, en revanche, la question ouvre à la sagacité de l'humain le champ tout entier de l'éthique.
Dénier la force qui le traverse fait de l'humain le jouet de cette force. Reconnaître cette force, la nommer, tenter de l'apprivoiser, de la retourner non pas contre elle-même mais au service de l'humain lui-même et de ses projets, fait de ce dernier un véritable sujet. Devenir sujet de sa vie ou rester le jouet des forces aveugles qui la traversent, tel est le défi de l'animal parlant, tel est l'enjeu du politique.

Conventions de Genève, Extraits - [Aller plus loin]

Article 3
En cas de conflit armé ne présentant pas un caractère international et surgissant sur le territoire de l'une des Hautes Parties contractantes, chacune des Parties au conflit sera tenue d'appliquer au moins les dispositions suivantes :
1) Les personnes qui ne participent pas directement aux hostilités, y compris les membres de forces armées qui ont déposé les armes et les personnes qui ont été mises hors de combat par maladie, blessure, détention, ou pour toute autre cause, seront, en toutes circonstances, traitées avec humanité, sans aucune distinction de caractère défavorable basée sur la race, la couleur, la religion ou la croyance, le sexe, la naissance ou la fortune, ou tout autre critère analogue. A cet effet, sont et demeurent prohibés, en tout temps et en tout lieu, à l'égard des personnes mentionnées ci-dessus :
a) les atteintes portées à la vie et à l'intégrité corporelle, notamment le meurtre sous toutes ses formes, les mutilations, les traitements cruels, tortures et supplices; b) les prises d'otages; c) les atteintes à la dignité des personnes, notamment les traitements humiliants et dégradants; d) les condamnations prononcées et les exécutions effectuées sans un jugement préalable, rendu par un tribunal régulièrement constitué, assorti des garanties judiciaires reconnues comme indispensables par les peuples civilisés.
2) Les blessés et malades seront recueillis et soignés. Un organisme humanitaire impartial, tel que le Comité international de la Croix-Rouge, pourra offrir ses services aux Parties au conflit. Les Parties au conflit s'efforceront, d'autre part, de mettre en vigueur par voie d'accords spéciaux tout ou partie des autres dispositions de la présente Convention. L'application des dispositions qui précèdent n'aura pas d'effet sur le statut juridique des Parties au conflit.

Article 127
Les Hautes Parties contractantes s'engagent à diffuser le plus largement possible, en temps de paix et en temps de guerre, le texte de la présente Convention dans leurs pays respectifs, et notamment à en incorporer l'étude dans les programmes d'instruction militaire et, si possible, civile, de telle manière que les principes en soient connus de l'ensemble de leurs forces armées et de la population.
Les autorités militaires ou autres qui, en temps de guerre, assumeraient des responsabilités à l'égard des prisonniers de guerre, devront posséder le texte de la Convention et être instruites spécialement de ses dispositions.

Article 130
Les infractions graves visées à l'article précédent sont celles qui comportent l'un ou l'autre des actes suivants, s'ils sont commis contre des personnes ou des biens protégés par la Convention : l'homicide intentionnel, la torture ou les traitements inhumains, y compris les expériences biologiques, le fait de causer intentionnellement de grandes souffrances ou de porter des atteintes graves à l'intégrité physique ou à la santé, le fait de contraindre un prisonnier de guerre à servir dans les forces armées de la Puissance ennemie, ou celui de le priver de son droit d'être jugé régulièrement et impartialement selon les prescriptions de la présente Convention.

Pays ayant aboli la peine de mort - [Aller plus loin]

Depuis 1990, plus de 35 pays et territoires ont aboli la peine de mort pour tous les crimes. Parmi eux figurent des pays d'Afrique (comme l'Afrique du Sud, l'Angola, la Côte d'Ivoire, Maurice ou le Mozambique) ; des Amériques (comme le Canada ou le Paraguay) ; d'Asie (comme Hong Kong, le Népal, Samoa ou Timor-Leste) et d'Europe (comme l'Azerbaïdjan, la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, Chypre, l'Estonie, la Géorgie, la Lituanie, la Pologne, la Serbie-et-Monténégro, le Turkménistan ou encore l'Ukraine).
La Douma russe devait examiner, au début du mois d'avril 2004, le projet de loi ratifiant le Protocole N°6 de la Convention du Conseil de l'Europe de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, concernant l'abolition de la peine de mort (protocole signé par la Russie en avril 1997).

Films - [Culture]

  • American History X
    Film américain réalisé par Tony Kaye (1998). Drame. Durée : 1h 59mn. Interdit aux moins de 12 ans.
    À travers l'histoire d'une famille américaine, ce film tente d'expliquer l'origine du racisme et de l'extrémisme aux Etats-Unis. Il raconte l'histoire de Derek, qui voulant venger la mort de son père, abattu par un dealer noir, a épousé les thèses racistes d'un groupuscule de militants d'extrême droite et s'est mis au service de son leader, brutal théoricien prônant la suprématie de la race blanche. Ces théories le mèneront à commettre un double meurtre entraînant son jeune frère, Danny, dans la spirale de la haine.
    Ce film dur à voir traverse plusieurs niveaux de violence, en famille, dans la rue, en prison, à l'intérieur du " gang " : violence physique avec bagarres, meurtres, viol ; violence structurelle avec le racisme et la pauvreté ; violence idéologique avec le nazisme... Et il offre des pistes de réflexion intéressantes : peut-on sortir de la violence ? est-ce une fatalité ? comment l'humour, la lecture, le rapport à l'autre peuvent aider à prendre conscience de la violence ?...
  • La tranchée des espoirs
    Téléfilm français de Jean-Louis Lorenzi (2002). Durée 1h 47mn.
    En jouant au ballon, deux enfants tombent par hasard sur la tombe d'un ancien poilu, mort en 1918 dans les tranchées. Il s'appelait Pierre Delpuech et, durant les derniers jours de son existence, a vécu avec ses compagnons d'arme une aventure humaine extraordinaire. A bout de forces, coupés du front, ils étaient six soldats français à résister à l'ennemi, enterrés dans leur tranchée. En face d'eux, une autre tranchée, où étaient terrés six soldats allemands, tout aussi épuisés et déterminés à tenir leur position. Un seul mot d'ordre d'un côté comme de l'autre : résister coûte que coûte, jusqu'à la relève...
    Ce film très beau parle de la guerre mais aussi de la fraternisation entre ennemis : Est-elle possible ? Est-ce un leurre ? Du même réalisateur, le téléfilm La colline aux mille enfants (1993) retrace le sauvetage des enfants juifs au Chambon-sur-Lignon pendant la seconde guerre mondiale, ouvrant la question de l'opposition possible, sans violence, à la violence.
  • Gandhi
    Film britannique, américain, indien (1982). Réalisé par Richard Attenborough. Historique. Durée : 3h 10mn.
    Reconstitution historique à grand spectacle de la vie de celui que l'on surnomma le " Mahatma ". La carrière de Gandhi comme avocat débute en Afrique du Sud où il défend les droits de la minorité indienne, ce qui a un grand retentissement dans son pays. Plus tard, dans ses luttes contre les Anglais, il prône toujours la non-violence et use essentiellement de l'arme de la grève de la faim.
    Ce long et beau film pose les questions de la violence et de la non-violence, violence de l'oppression (racisme et occupation étrangère), violence ou non-violence comme méthode de lutte et philosophie de vie.
  • I comme Icare
    Film français d'Henri Verneuil (1979). Thriller. Durée : 2h.
    A la suite de la mort d'un Président d'un Etat fictif, le procureur Henri Volney (Yves Montand) qui s'est penché sur ce décès refuse les conclusions de l'enquête. Il parvient à interroger un témoin qui lui dévoile la part d'ombre de cette histoire, mais les auteurs du meurtre ne souhaitent pas qu'il découvre la vérité.
    Ce film de facture très classique, inspiré de l'assassinat de Kennedy, est intéressant pour une longue séquence reprenant l'expérience de Stanley Milgram sur la soumission à l'autorité : on y voit comment n'importe quel individu est capable d'aller jusqu'à donner la mort, si une autorité qu'il considère comme légitime lui en donne l'ordre. Il est intéressant de lire Milgram, Stanley, Soumission à l'autorité, Paris : Calmann-Levy, 1974

Septante

Traduction grecque de la Bible hébraïque entreprise par les communautés juives d'Alexandrie en Egypte au 3e siècle av. JC. Elle était destinée aux juifs qui ne connaissaient plus l'hébreu. La légende veut que 72 (septante deux) savants juifs, travaillant en différents lieux et sans se consulter, soient arrivés à la même traduction en 72 (septante deux) jours. D'où le nom de " Septante " que l’on abrège aussi parfois en chiffres romains : LXX.

Gandhi, Mohandas Karamchand (1869-1948)

Avocat indien né en 1869. Dans son combat contre le racisme en Afrique du Sud, puis pour l'indépendance de l'Inde, il a développé les principes et les techniques de la non-violence. Cette méthode de lutte contre les injustices vise à faire pression sur l'adversaire en respectant sa personne, par appel à sa conscience (jeûne, marche, séjour en prison) ou par rapport de force (grève, boycott). Appelé plus couramment Mahatma Gandhi (" la grande âme Gandhi "), il est considéré comme l'un des pères fondateurs de l'Inde moderne, libérée du pouvoir colonial britannique. Gandhi est assassiné en 1948

King, Martin Luther (1929- 1968)

Pasteur baptiste noir américain né en 1929. Il a lutté contre la discrimination raciale aux Etats-Unis au moyen de méthodes non-violentes inspirées de sa lecture de l'Evangile et de l'expérience de Gandhi : boycott, manifestations, sit-in, grèves, désobéissance civile. Les actions qu'il a conduites lui ont valu plusieurs séjours en prison et ont abouti à ce que la Cour Suprême des Etats-Unis déclare illégale la ségrégation pratiquée envers les noirs. Prix Nobel de la paix en 1964, il est assassiné en 1968

Transcendance

D'une racine latine qui veut dire " ce qui franchit, dépasse " . Dans le domaine philosophique ou religieux, on désigne de ce mot des réalités qui se situent hors de portée ou de connaissance de l'être humain. Quand on parle de la transcendance de Dieu, on souligne son caractère insaisissable. La transcendance du Dieu chrétien n'exclut toutefois pas la proximité de Dieu qui s'incarne en Jésus Christ, Dieu Emmanuel ( " Dieu avec nous " ), celui qui se tient aux côtés de l'humain

Ethique

Ce mot est souvent confondu avec celui de morale dont il est proche. L'un et l'autre désignent ce qui permet de déterminer les finalités de la vie humaine, ce qui est bien et mal, bon et mauvais, juste et injuste. On peut toutefois les distinguer en désignant du terme de morale les dispositions et prescriptions concrètes (dont le moralisme est la forme extrême) et du terme éthique les orientations ou convictions générales permettant à chacun de s'orienter dans ses comportements.
Pour le chrétien, l'expérience de la foi, ne se réduit pas à une pure intériorité. Elle s'exprime et se traduit concrètement au cœur de la réalité du monde par des paroles et des actes. On ne peut pas tirer de la Bible une éthique qui serait directement transposable pour aujourd'hui. Il faut plutôt essayer de comprendre comment les auteurs bibliques ont affronté les questions éthiques de leur temps et, à cette lumière, tenter de répondre aux défis de notre époque.

Humanisme

Pour la Renaissance, l'humanisme comporte plusieurs aspects :

  • L'humanisme philologique fut un immense travail de restitution et de diffusion des textes anciens.
  • L'humanisme pédagogique préconise l'étude des lettres latines et grecques dans leurs textes d'origine.
  • L'humanisme philosophique est fondé sur la connaissance de l'homme, l'accomplissement harmonieux de sa nature, sous le contrôle de sa raison. /li>

Alors qu'il n'était pour certains que l'étude érudite de textes, l'humanisme fut aussi pour des gens comme Rabelais, Erasme, Montaigne une " conception sobre et équilibrée de la vie humaine " (Emile Bréhier)

Altérité

Le fait d'être autre, d'être différent de manière plus ou moins fondamentale : l'homme et la femme par exemple. Plus radicalement, on parle de l'altérité de Dieu qui ne se confond pas avec l'être humain.

Anthropomorphisme

Ce terme vient de deux mots grecs anthrôpos qui signifie l'homme (homme et femme) et morphê qui signifie la forme. Ce terme désigne dans le discours une manière de parler de Dieu comme si c'était un homme, tant au niveau des sentiments que des actions.

Apologétique

Discipline qui a pour but de défendre la religion contre les attaques dont elle l'objet.

Marcion

Marcion est un théologien de la première moitié du 2ème siècle (il est mort aux environ de 160). Il a été chassé de la communauté en 144 comme hérétique. Il considérait que le message de Jésus était déformé par l'Eglise de son temps et entendait prêcher dans toute sa pureté le message originel de Jésus. Selon lui le noyau de l'Evangile consiste dans la rédemption de l'homme réalisée par pure miséricorde divine en Jésus-Christ. A partir de cela et de la lecture des Ecritures, l'Ancien Testament à l'époque, il en conclut que le Dieu de l'Ancien Testament ne pouvait pas être le Dieu Père de Jésus-Christ. La doctrine de Marcion peut se résumer en deux points :
le Dieu bon, Père de Jésus-Christ, rédempteur, se distingue du Dieu de l'Ancien Testament, Seigneur et créateur
il faut donc rejeter l'Ancien Testament qui ne peut être fondement de la foi chrétienne.
Pour Marcion le Dieu de l'Ancien Testament n'est pas essentiellement mauvais, mais il révèle sa nature en créant le monde qui dégénère. Il permet que l'homme lui désobéisse et ainsi se précipite dans la mort. Il s'exprime dans la Loi et il est essentiellement juge. Pour Marcion, ces traits sont incompatibles avec le Dieu bon révélé en Jésus-Christ, qui ne juge pas mais sauve.
Marcion a constitué un canon des Ecritures chrétiennes, en ne gardant que certaines lettres de Paul et l'Evangile de Luc, avec beaucoup de coupures. Son ouvrage, que l'on ne connaît que par ses détracteurs, intitulé Les Antithèses constituait une sorte d'introduction au Nouveau Testament. Marcion y développait des affirmations dogmatiques et exégétiques qui mettaient en opposition le Dieu rédempteur et le Dieu créateur. La doctrine marcionite aboutissait à dévaloriser la création. Pour Marcion Jésus n'était pas vraiment homme mais avait simplement revêtu un corps humain. L'éthique marcionite est très ascétique et prône le renoncement à tout ce qui est matériel, y compris la procréation.
La doctrine de Marcion s'est étendue dans tout le monde chrétien et a été très influente jusqu'à la fin du 2ème siècle. En Orient on trouve des dénonciations contre cette doctrine jusqu'au 5ème siècle.

Canon

Canon vient d'un mot grec signifiant "roseau", " bâton ", " règle pour mesurer ". Le canon est une règle concernant la foi et la discipline. Le canon des Ecritures est le catalogue des livres reconnus par l'Eglise et réunis dans la Bible.

Manichéisme

Le manichéisme est une religion syncrétique fondée par un perse Mani au 3ème siècle. Cette religion mêlait des éléments du christianisme et du bouddhisme. Dans cette religion, le bien et le mal sont des principes fondamentaux, égaux et antagonistes. Ce terme désigne maintenant une conception dualiste du bien et du mal, comme principes essentiellement irréductibles.

Deutéronome

Deutéronome signifie en grec deuxième loi. C'est le titre donné en grec au cinquième livre de la Bible, qui termine ainsi le Pentateuque et qui ouvre sur les livres historiques. Il se présente comme une grande prédication de Moïse avant sa mort et donc avant l'entrée en terre promise. Cette prédication est une interprétation de la Loi et une actualisation des paroles données précédemment.

Monothéisme

Le monothéisme est la croyance en un dieu unique à l'exclusion de toute autre divinité. Par son caractère exclusif, le monothéisme se distingue de l'hénothéisme ou de la monolâtrie qui, tout en reconnaissant un dieu unique ne nient pas l'existence d'autres divinités. Sont monothéistes les religions israélite, chrétienne et musulmane. La conviction monothéiste n'est pas uniforme dans l'Israël ancien : on peut distinguer le monothéisme pur professé dans certains milieux prophétiques de la religion populaire souvent mêlée aux usages hérités ou empruntés à d'autres religions du milieu ambiant.

Temple

Lorsque le roi David s'est installé à Jérusalem, il décida de construire un temple pour accueillir l'Arche de l'alliance, dans laquelle il y avait les tables de la loi donnée par Dieu à Moïse. Mais Dieu lui fait savoir qu'il s'est contenté de voyager sous une tente pendant la traversée du désert et que, pour le moment, il n'a pas besoin d'un temple (Lire 2Samuel 7). Salomon, fils de David, construira le temple vers 960 av. JC. La construction du temple de Jérusalem est détaillée dans Lire 1Rois 6. Il fut magnifique. Il reprenait le plan de l'arche de l'alliance.
En 587 av. JC, le temple fut détruit par Nabuchodonosor.
Vers 515 av. JC, au retour de l'Exil, il fut reconstruit, mais beaucoup plus modeste.
En 168 av. JC Antiochus IV Epiphane, de la dynastie des Séleucides, installa un autel païen dans le temple. Suprême sacrilège !
En 164, le temple fut purifié, on redressa les murs, on construisit un nouvel autel de pierres non taillées conformément à la loi, on brûla de l'encens, on alluma le chandelier à sept branches, c'est la fête de la dédicace, la hanoukka, célébrée chaque année. On entoura le temple d'une solide muraille et on y plaça une garnison.
En 63 av. JC, lorsque Pompée prit Jérusalem, il pénétra dans le temple mais le laissa intact.
En 70 ap. JC, le temple fut détruit lors de la prise de Jérusalem par les Romains, les mobiliers et ustensiles furent emmenés à Rome par Titus.
Le temple est le signe visible de la présence de Dieu au milieu de son peuple. Jésus dit à ses disciples :
"Or, je vous le dit, il y a ici plus grand que le temple ." Lire Matthieu 12,6.
Et dans l'Evangile de Jean, après que Jésus eut chassé les marchands du temple, il dit aux Juifs :
Jésus leur répondit : "Détruisez ce temple et, en trois jours, je le relèverai." Alors les Juifs lui dirent : "Il a fallu quarante-six ans pour construire ce Temple et toi, tu le relèverais en trois jours ?" Mais lui parlait du temple de son corps. Jean 2,19-21.
Pour Paul, le chrétien est membre du Corps du Christ, lui-même temple de Dieu, habité par l'Esprit.
"Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu'un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira. Car le temple de Dieu est saint et ce temple, c'est vous." 1Corinthiens 3,16-17.

Apocalyptique

Le terme apocalyptique a pris en français le sens de catastrophe très violente évoquant la fin du monde. Dans la Bible ce terme se rapporte bien à la fin des temps, mais il signifie " dévoiler ", " révéler ". En mettant en scène le dévoilement de la vérité à la fin des temps, la littérature apocalyptique cherche à révéler un sens profond derrière les événements de l'histoire. Il ne s'agit donc pas de prédictions mais d'une interprétation de l'histoire qui réorganise la vision du monde et de l'univers. La littérature apocalyptique se caractérise par :

  • La pseudonymie : ces écrits sont placés sous l'autorité d'un grand personnage du passé qui dévoile le plan de Dieu selon un calendrier, des origines à la fin de l'histoire
  • L'ésotérisme : les révélations sont exprimées en langage codé
  • Le monde et le temps sont coupés en deux, d'un côté le monde actuel qui va vers sa fin, de l'autre le monde et le temps de Dieu
  • Le déterminisme : tout est déjà écrit

Exil

Il s'agit de l'époque de la déportation du peuple d'Israël à Babylone. Une première grande déportation a lieu en 722 av. JC, après la prise de Samarie par les Assyriens. C'est la fin du Royaume du Nord. A l'Empire assyrien succéda l'Empire babylonien avec le roi Nabuchodonosor qui envahit Jérusalem de 598 à 597 av. JC. Il déporte le roi Yoyakïn ainsi qu'une grande partie de la population, essentiellement la classe dirigeante et l'élite intellectuelle. Le successeur de Yoyakïn, Sédécias se révolte contre Nabuchodonosor et en 588, Nabuchodonosor prend Jérusalem, détruit le Temple et déporte la population à Babylone. Il a fallu attendre l'édit de Cyrus, roi de Perse en 538 pour que les Juifs soient autorisés à rentrer dans leur pays.
Théologiquement, l'exil a été vécu par les prophètes comme le jugement de Dieu sur le peuple élu. Les prophètes annonçaient aussi un retour à Jérusalem et la reconstruction du Temple. L'exil est une période importante notamment pour la rédaction des textes bibliques. Beaucoup des textes de l'Ancien Testament ont été écrits après le retour de l'exil.

Anselme de Cantorbéry

Anselme est un moine italien du 11ème siècle qui est venu très jeune à l'abbaye du Bec-Hellouin en Normandie où il fit sa formation intellectuelle et religieuse. Il devient prieur de cette abbaye et son enseignement était très recherché. Puis, à la fin de sa vie il devient archevêque de Cantorbéry, à l'époque primat (représentant du pape) dans l'Etat plantagenêt. Il laisse une oeuvre importante que l'on considère comme le fondement de la scolastique. Il est le premier à avoir affirmé la place de la raison dans le champ de la foi : comprendre ce que l'on croit. L'époque pendant laquelle il vit est marquée par des progrès techniques importants. Il est donc un philosophe engagé qui a des fonctions publiques et qui veut comprendre le réel et agir sur lui. De son oeuvre théologique, on retient surtout l'argument ontologique de l'existence de Dieu. Il a aussi donné une interprétation de l'incarnation et de la mort de Jésus Christ qui entre dans sa théorie de la justice de Dieu. La faiblesse humaine exigeait une réaction divine face à l'impasse du péché. Dieu est en effet doublement touché par la désobéissance des hommes, qui n'accomplissent pas Son oeuvre et qui Le déshonorent. Sur le modèle féodal des relations entre le suzerain et ses vassaux, Jésus Christ, le Fils, personne de la trinité, a une attitude chevaleresque. En échange de sa vie il libère les vassaux captifs et ainsi lave l'honneur souillé du suzerain. La justice de Dieu est respectée, son honneur rétabli et sa miséricorde manifestée. Cette explication sera reprise et systématisée par Thomas d'Aquin. En dehors du contexte féodal, les commentaires qui en seront faits ensuite réduiront cette analyse en termes de calcul que l'on résumera sous l'appellation d'expiation substitutive.

Créationnisme

Partant d'une lecture littérale de la Bible, cette théorie défend la vision biblique de la création du monde et des espèces animales et humaine, et s'oppose aux théories de l'évolution issues des travaux de Darwin, comme aux recherches actuelles sur l'origine de l'univers et de la vie. D'autres positions essaient de démontrer que les découvertes scientifiques ne font que confirmer le texte biblique.

Septante

Traduction grecque de la Bible hébraïque faite au 3e siècle av. JC. Elle était destinée aux juifs qui ne connaissaient plus l'hébreu. Le mot Septante vient de la légende qui veut que 72 (septante deux) personnes en différents lieux en 72 jours, sans se consulter, sont arrivées à la même traduction

Hérésie

Ce terme vient d'un mot grec qui dérive des verbes choisir ou prendre. En grec le mot hérésie désigne le choix d'un objet intellectuel, donc une école philosophique. Au début les juifs désignaient ainsi les différentes tendances au sein du judaïsme puis ce terme a pris une connotation négative de déviance par rapport à une tradition jugée bonne. Ainsi, au début du christianisme ce terme hérite de la tradition grecque le sens de choix d'une tradition philosophique sans jugement et de la tradition juive le sens d'hétérodoxie, ou déviance par rapport à la doctrine juste. Dès les écrits du Nouveau Testament c'est ce sens qui va dominer dans le christianisme

Arche de l'Alliance

L'Arche de l'Alliance semble un objet de culte depuis la traversée du désert après la libération de l'Egypte . Les descriptions de cette " arche " datent du temps de l'Exil* et s'appuient sur des souvenirs ce qui rend difficile voire impossible une reconstruction. Par ailleurs, on mentionne plus que l'extérieur le contenu de cette arche : les tables de la loi. L'arche signifie la présence de Dieu au milieu de son peuple

Tables de la loi

Deux tablettes de pierre sur lesquelles étaient gravés les dix commandements

Aristote (385-322 avant JC)

Il est disciple de Platon, précepteur et ami d'Alexandre le Grand. Pour lui, la philosophie offre une vision ordonnée de l'ensemble du savoir humain. Il a posé les bases de la logique. Observateur de la nature, il considère que chaque être tend vers la perfection. Au sommet de la hiérarchie des espèces animales, il y a l'être humain, doué de raison. La pensée aristotélicienne était dominante dans la philosophie traditionnelle au moment de la Réforme qui se situera en rupture avec elle

Concile

Le concile est l'assemblée de représentants autorisés de toutes les Eglises particulières, ou tout au moins de plusieurs d'entre elles. Il prend des décisions en matière de doctrine et de vie chrétienne. L'assemblée de Jérusalem (Actes 15 ; Galates 2,1-10) en est le modèle néo-testamentaire. L'autorité des décisions des conciles des 5 premiers siècles est reconnue par toutes les traditions chrétiennes. Le plus récent concile est le concile Vatican II (1962-1965) de l'Eglise catholique.

Dispute

Il s'agit d'une discussion publique sur une thèse philosophique, scientifique ou théologique. Dès l'Antiquité, Aristote en avait fixé les règles et les formes. Elle devient courante au 12e siècle et peut prendre différentes formes. Au 16e siècle, ce mode de débat contradictoire est particulièrement prisé par les théologiens. Les Réformateurs y auront fréquemment recours pour défendre et faire avancer leurs idées

Index

Catalogue de livres que l'autorité catholique romaine interdit de lire, d'imprimer et de diffuser. Cette censure a été créée au 16e siècle et elle a été abolie par le pape Paul VI en 1965

Pères

On dit plus couramment " Pères de l'Eglise ". On désigne ainsi les théologiens des premiers siècles jusqu'aux 7e/8e siècles. En patristique (recherche sur les textes des Pères de l'Eglise), on appelle " Pères Apostoliques " ceux qui succèdent directement aux apôtres. Pour les suivants, on distingue entre " Pères latins " et " Pères grecs " selon la langue dans laquelle ils rédigeaient leurs écrits

Religieux

Le mot " religieux " dépasse le cadre des religions (christianisme, judaïsme, islam, hindouisme, etc.). Il désigne toute référence que l'être humain revendique comme ultime, guidant sa vie, ses décisions, ses choix. On peut avoir un sentiment religieux en contemplant la nature. Pour d'autres, des convictions politiques revêtent un caractère religieux

Erasme (1469-1536)

Né à Rotterdam, il fut appelé " le prince des humanistes ". Il entra au couvent des Augustins. Il poursuivit ses études à Paris au Collège Montaigu où, quelques années plus tard, étudia Calvin. Il s'efforça d'appliquer les règles philologiques -mises au point par les humanistes- aux Ecritures bibliques avec le souci de les rendre accessibles aux plus humbles. Il voyagea dans toute l'Europe où il diffusa des idées qui seront reprises par les Réformateurs. Lié d'amitié avec plusieurs d'entre eux (Bucer, Farel, Melanchthon, Oecolampade, Zwingli...) et malgré la sympathie qu'il avait pour nombre de leurs thèses, il refusa toujours de rompre avec l'Eglise romaine. Il pensait possible une réforme de l'Eglise de l'intérieur. Erasme refusait la violence, notamment en matière religieuse. Sa pensée était faite de mesure et de pondération. Luther lui a reproché sa tiédeur. En 1521, à Bâle, il écrit son " Essai sur le libre-arbitre ". Luther lui répondra dans son " Traité du serf arbitre "

Franciscains

Ordre religieux fondé par François d'Assise (1182-1226). Entendant le texte de l'évangile selon Matthieu (10,7-11) où Jésus annonce aux disciples qu'ils doivent aller prêcher dans la pauvreté, François décide de devenir prédicateur itinérant. Rejoint par quelques compagnons, et avec l'autorisation du pape, ils vont de lieu en lieu pour annoncer la Parole de Dieu en vivant dans la pauvreté. Puis ils établissent un premier monastère. Pour les femmes, un ordre, les Clarisses, est fondé par une jeune fille d'Assise nommée Claire. Puis un troisième ordre, ou Tiers-Ordre, voit le jour, pour aider les laïcs à vivre dans leur vie quotidienne les conseils évangéliques (pauvreté, chasteté, obéissance) remis en vigueur par François. L'ordre des Frères Mineurs ou Franciscains est créé. La règle de 1221, remaniée en 1223, en fixe définitivement l'organisation. A sa suite apparaissent d'autres ordres mendiants, en particulier les Dominicains qui vont fortement influencer la vie religieuse du 13e siècle

Thomas d'Aquin (1225 ou 1226 - 1274)

Philosophe et théologien. De naissance noble, il entre en 1230 à l'abbaye bénédictine du Mont-Cassin. Puis il fait ses études à Naples et entre en 1243 chez les dominicains malgré le désaccord de sa famille. Ses études et son enseignement vont l'amener à Paris, Cologne, Orvieto, Viterbe et Rome. Alors qu'à la suite des croisades, l'Occident retrouve les oeuvres perdues d'Aristote qu'avait conservées la civilisation arabe, Thomas d'Aquin va tenter de faire la synthèse de la philosophie d'Aristote et du christianisme. Il développe ainsi une synthèse globale entre foi et savoir, révélation et raison, théologie et philosophie. Son oeuvre culmine dans la Somme théologique, écrite entre 1266 et 1273 et non achevée. La canonisation de Thomas d'Aquin en 1323 et sa promotion comme " Docteur de l'Eglise " en 1567 ont garanti, du point de vue institutionnel, l'influence de sa doctrine

Vaudois

Ce mouvement tire son nom de celui de son fondateur : un certain Pierre Valdo (Valdès ou Vaudès) qui vécut à Lyon à la fin du 12e et au début du 13e siècle. Vers l'an 1170, il vendit tous ses biens pour vivre dans la pauvreté et se consacrer à la prédication de l'Evangile. Lui et ses compagnons, " les pauvres de Lyon ", reçurent d'abord l'autorisation de prêcher, mais elle leur fut assez vite retirée par le pape. Accusés d'insoumission à l'autorité et de schisme, ils furent excommuniés et chassés de Lyon (1182), condamnés comme hérétiques (1184). Cela n'empêcha pas le mouvement de se développer dans le Sud de la France, en Italie, dans les pays germaniques, en Bohême (avant Jean Hus). En 1532, au Synode de Chanforan (Italie), les Vaudois décident de se rallier à la Réforme. Ils constituent aujourd'hui l'une des principales Eglises protestantes d'Italie

Symbole

Le mot " symbole " vient du grec symbolon. Le terme désigne un morceau de terre cuite qui était partagé en deux et dont deux familles vivant dans des lieux séparés conservaient chacune un morceau. Quand un membre d'une famille devait être reçu chez l'autre, il lui était possible de montrer le morceau manquant du symbolon et de le recoller à l'autre, en montrant par là qu'il s'agissait bien d'un membre de la famille alliée. On héritait du symbolon transmis à travers les générations. Le terme est devenu l'équivalent du mot " signe " : il signifie l'alliance. Tout ce qui concerne le langage est appelé " symbolique " parce que celui-ci utilise des signes (les mots, des lettres, des sons) pour décrire un événement, un objet, un acte, etc. Parfois, on en vient à appeler " symbolique " une expression, un récit qui n'est pas à prendre au pied de la lettre

Charité

Le mot "charité" vient de la francisation du latin caritas, "amour du prochain", qui traduit le grec agapè (qui désigne selon le contexte l'amour humain ou l'amour divin). Comme agapè, le mot "charité" peut aussi avoir le sens de "don", "aumône". Le mot "charité" désigne encore le souci du prochain indépendamment de toute foi religieuse dans des expressions comme "charité fraternelle", "Il l'a fait par charité".

Police

L'étymologie du mot " police " est intéressante. En effet, le mot " police " vient du latin politia qui lui-même dérive du grec politeia et signifie " art de gouverner la cité " (polis=ville)