Module Couples, parents, familles



Fidélité fragile et solide



Ainsi la fidélité n'est rien d'autre que l'expérience même de la foi. Elle est un " croire " constitutif de la relation à l'autre aimé. Quelle que soit la forme que prend la conjugalité, la foi est toujours ce qui fonde le lien à l'autre. Or d'un point de vue théologique, la foi ne se définit pas comme un sentiment ou une émotion. Elle n'est pas non plus assimilable à un simple savoir. Ce n'est pas que les sentiments éprouvés soient sans importance, loin s'en faut. Ce n'est pas non plus que la connaissance de l'autre soit indifférente, même si une part de mystère demeure à jamais en chacun. Mais la foi ou la fidélité relèvent d'une autre logique : elle tient uniquement à une parole échangée qui ne supporte aucune preuve ou aucune vérification. Autrement dit elle est un événement de parole que rien ne vient garantir ou vérifier ultimement et qui pourtant peut devenir une certitude sur laquelle chacun peut construire sa propre existence. Ce qui vient dans l'absence des raisons est toujours de l'ordre de la foi. Ne pas avoir d'autre certitude que les mots d'un autre, s'en remettre à sa parole, la tenir pour certaine au point d'y faire reposer sa vie, tel est le sens de la fidélité. On comprend bien sûr que si la fidélité comme la foi est une parole échangée, alors elle est tout à la fois d'une grande fragilité et d'une étonnante solidité. C'est fragile évidemment, puisque tout repose sur une parole qui réclame la foi... mais la foi dans la parole donnée est aussi ce qu'un être humain peut avoir de plus solide, de plus précieux, de plus certain... Le peuple d'Israël, comme le disciple du Christ, sait que la présence de Dieu n'a pas d'évidence. Elle n'est que pour celui qui l'accueille par la foi.

Jean-DanielCausse


  • Est-ce que le mot fidélité vous paraît couramment utilisé dans notre culture ? Dans quels cadres ou réalités ?
  • Que mettez-vous spontanément sous ce mot ?
  • L'expression " tout repose sur une parole " évoque-t-elle plutôt la solidité ou la fragilité ?

Cliquez sur les termes soulignés : les notices s’affichent en dessous de ce texte

Ainsi la fidélité n'est rien d'autre que l'expérience même de la foi. Elle est un " croire " constitutif de la relation à l'autre aimé. Quelle que soit la forme que prend la conjugalité, la foi est toujours ce qui fonde le lien à l'autre. Or d'un point de vue théologique, la foi ne se définit pas comme un sentiment ou une émotion. Elle n'est pas non plus assimilable à un simple savoir. Ce n'est pas que les sentiments éprouvés soient sans importance, loin s'en faut. Ce n'est pas non plus que la connaissance de l'autre soit indifférente, même si une part de mystère demeure à jamais en chacun. Mais la foi ou la fidélité relèvent d'une autre logique : elle tient uniquement à une parole échangée qui ne supporte aucune preuve ou aucune vérification. Autrement dit elle est un événement de parole que rien ne vient garantir ou vérifier ultimement et qui pourtant peut devenir une certitude sur laquelle chacun peut construire sa propre existence. Ce qui vient dans l'absence des raisons est toujours de l'ordre de la foi. Ne pas avoir d'autre certitude que les mots d'un autre, s'en remettre à sa parole, la tenir pour certaine au point d'y faire reposer sa vie, tel est le sens de la fidélité. On comprend bien sûr que si la fidélité comme la foi est une parole échangée, alors elle est tout à la fois d'une grande fragilité et d'une étonnante solidité. C'est fragile évidemment, puisque tout repose sur une parole qui réclame la foi... mais la foi dans la parole donnée est aussi ce qu'un être humain peut avoir de plus solide, de plus précieux, de plus certain... Le peuple d'Israël, comme le disciple du Christ, sait que la présence de Dieu n'a pas d'évidence. Elle n'est que pour celui qui l'accueille par la foi.

Jean-DanielCausse


Après étude du texte, nous vous proposons une série de questions qui vous permettront d'actualiser le texte, et de faire de ce récit le vôtre
(nb : les visuels associés aux questions sont uniquement présents pour vous inspirer, mais ne constituent pas un élément de réponse)

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  • 20040619154929


    Comment expliqueriez-vous à des enfants, des jeunes, des proches, des amis, des voisins et avec quels arguments, l'importance de la fidélité ?

  • 20040619155052


    Considérez-vous que la fidélité est aujourd'hui en crise ?

  • 20040619155200


    Comment parler de la fidélité de Dieu ?

  • 20040619155257


    Que pensez-vous de l'analogie entre fidélité de Dieu pour l'être humain et fidélité conjugale ?

  • 20040619155728


    Comment percevez-vous la fidélité dans les formes non-traditionnelles (hors mariage) de la vie de couple ?

  • 20040619155845


    L'idée de fidélité implique-t-elle un engagement à vie ?



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Soyez acteur de votre lecture


  • La fidélité est-elle une valeur centrale dans la conjugalité ? Dans quels domaines la considérez-vous essentielle ?
  • Parler de " grande fragilité " et d'une " étonnante solidité " est-ce une contradiction ? Un paradoxe ? Comment comprenez-vous cet énoncé ?
  • Dans quelle mesure la fidélité a-t-elle besoin de preuve, de vérification, d'assurance ? Donnez des exemples.
  • A partir de quel moment peut-on considérer que la fidélité est rompue ?

Un peu de culture...

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Différentes interprétations iconographiques du Cantique des Cantiques

Peinture sur verre

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La fidélité - [Clés de lecture]

20040620145431

Pour mieux cerner la notion de fidélité qui est constitutive de l'alliance conjugale, comme de la foi, il est utile de se tourner vers l'étymologie. La racine du mot " fidélité " est fides, ce qui veut dire la foi. Jean Calvin traduit le latin fides par le mot français fiance ; la foi, c'est un acte de fiance, c'est-à-dire l'acte de faire confiance. Ce mot fides a donné aussi fiancé, fiançailles, confidence, fiable, se fier à, fidélité, etc... Ainsi la fidélité est " l'acte par lequel se décide une confiance. " (Jean-Daniel Causse) C'est ce " croire " qui constitue la relation à l'autre aimé. Ce qui lie à celle ou celui que l'on aime, n'a pas d'autre garantie que la parole qui réclame la foi. C'est cette confiance qui va permettre à l'amour de s'inscrire dans la durée et de surmonter les difficultés, les manques, les défaillances.
La fidélité repose sur une confiance qui permet d'envisager le temps non comme une succession d'instants décousus, mais comme une durée ouverte aux changements, aux évolutions, aux reconstructions, à la persévérance dans des engagements.

L'expérience même de la foi - [Clés de lecture]

20040620145524

La foi est fondamentalement l'expérience d'une rencontre avec le Christ, dont lui-même à l'initiative. Dans cette expérience, le croyant se découvre reconnu et " justifié " par un Autre que lui-même. Son identité n'est plus à construire, elle lui est donnée sans qu'il ait à la mériter, ou à la prouver, à la valider. Pour Luther, la foi est cette confiance qui " nous arrache à nous-mêmes et nous établit hors de nous, pour que nous ne prenions pas appui sur nos forces, sur notre conscience, nos sens, notre personne, nos oeuvres, mais que nous prenions appui sur ce qui est au-dehors de nous : la promesse et la vérité de Dieu qui ne peuvent tromper ". Une telle confiance n'est pas une disposition de l'esprit, une qualité morale, une croyance religieuse, un dogme théologique, un pouvoir humain, mais elle est l'oeuvre du Christ. La foi repose sur l'assurance de la fidélité de Dieu, sur la certitude que Dieu tient parole. De même dans le couple, le lien est fondé sur la parole donnée en laquelle on croit.

La relation - [Clés de lecture]

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Dès le début de la Bible, Dieu par sa Parole crée et appelle, au double sens du verbe appeler : celui de nommer et celui d'adresser vocation. Appelé par Dieu, l'homme est invité à répondre. Il est mis ainsi en situation de responsabilité. En effet être responsable c'est répondre à, répondre de. Il est placé devant " un vis-à-vis ultime, une instance dernière, à partir de laquelle il est invité à se comprendre lui-même, sa vie, ses tâches, son devenir " (Pierre Bühler). Cela va à contre-courant des religiosités actuelles qui poussent plutôt à chercher la vérité au fond de soi-même, à découvrir du divin enfoui en soi, par des exploits spirituels.
Ainsi, à l'intérieur de la foi chrétienne se dessine une anthropologie relationnelle où l'humain ne se définit pas seulement comme une réalité substantielle accessible aux seuls savoirs scientifiques, mais par l'identité que Dieu lui donne. Cette relation n'est possible et durable qu'enracinée dans la foi, c'est-à-dire dans la fidélité de Dieu qui donne confiance et qui fait confiance. Appelé, " justifié " par Lui, l'être humain est mis à sa " juste " place, dans une juste relation avec Dieu et avec les autres.
De même, dans la vie à deux, la relation à l'être aimé ne repose que sur " un événement de parole que rien ne vient garantir ". Elle vit de la confiance que chacun des conjoints est aimé tel qu'il est sans avoir à le mériter. De manière plus générale, cette notion de confiance est constitutive du lien à l'autre, elle est indispensable pour vivre ensemble dans la société.

Le lien à l'autre - [Clés de lecture]

20040620145757

L' altérité est présente dès les premiers versets de la Genèse où la Parole du Dieu radicalement Autre nomme, sépare, distingue, inscrit de la distance et de la différence entre les êtres et les choses. Dans le texte de Genèse 1,27, ce processus de distinction culmine avec la différence sexuelle : " homme et femme, il les créa ". Ainsi, au départ, " Adam " désigne le tout de l'humain. Celui qui s'appelait jusqu'ici Adam ne peut se nommer homme (ish) qu'au moment où il y a isha (femme) vers laquelle il peut se tourner. Il y a entre eux une différence irréductible. Chacun se trouve radicalement coupé de l'autre sexe, comme l'indique l'étymologie où le sexus est un secare, un coupé, un séparé. Ainsi l'être humain n'est pas tout. Et c'est parce qu'il n'est pas tout qu'il peut faire une place à l'autre. Cela signifie que dans la relation conjugale chacun(e) doit pouvoir exister dans sa différence.

Sentiment/émotion - [Clés de lecture]

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Parce qu'elle est fondamentalement expérience d'une rencontre, la foi met en jeu des sentiments, des émotions, des réalités affectives qui sont de l'ordre d'un ressenti. La Parole de Dieu ne concerne pas le seul intellect, mais toute la personne. La Parole ne chemine pas par la seule perception rationnelle. Elle passe aussi par d'autres langages qui mettent en jeu le corps et qui constituent des vecteurs essentiels de la communication et de la transmission. On ne saurait toutefois réduire la foi à une émotion ou à un sentiment. Sinon on risque de court-circuiter la parole qui ouvre à l'altérité. Tant la Parole de Dieu que la parole des autres protègent du subjectivisme, voire de l'illuminisme. Cela est très important dans notre société où les émotions jouent un grand rôle, où l'irrationnel fait retour, où l'on a tendance à poser la sincérité comme critère de vérité.

Savoir - [Clés de lecture]

20040620150040

 

 

 

La foi a besoin de ferveur, d'émotion, de sentiment, mais elle requiert aussi l'intelligence pour lui donner un contenu et en rendre compte aux autres de manière cohérente, globale et intelligible. Cette intelligence de la foi, qui n'a rien à voir avec l'intellectualisme, permet de l'approfondir et de la consolider. Elle est une exigence de la foi elle-même et combat de manière efficace aussi bien l'apathie spirituelle que le fanatisme. Cette démarche de réflexion et d'élaboration donne à la foi un contenu et un langage, faute de quoi elle resterait une pure illumination intérieure inaccessible aux autres. Si la foi est pour le croyant une confiance, elle appelle aussi une démarche pour en rendre compte.
Toutefois, aucun savoir ne peut jamais rendre compte totalement de la rencontre avec Dieu. L'expérience de la foi échappe à toute mainmise. Dans la Bible, Dieu est toujours au-delà des mots dans lesquels on prétendrait l'enfermer. Il en est de même dans le couple : l'autre échappe toujours. Il garde toujours une part de mystère.

L'autre échappe toujours - [Clés de lecture]

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Dans le Cantique des cantiques, il est très frappant de voir que les amoureux ne cessent de se chercher dans une alternance de rapprochements et d'éloignements. " Moi, j'ouvre à mon chéri ! Mais mon chéri s'est détourné, il a passé. Hors de moi je sors à sa suite : je le cherche mais ne le rencontre pas ; je l'appelle mais il ne me répond pas. " (5/6) A l'instant où celui qui est aimé se donne, il échappe, il n'est pas réduit à ce qu'il donne à voir, il conserve son mystère, le secret de son être. Il demeure une part de lui-même qui est invisible et imprenable. Ainsi, " l'amour qui conduit au lieu même de la plus grande intimité est toujours l'expérience d'un invisible, d'une part impossible à maîtriser, d'un non savoir sur l'autre aimé " (Jean-Daniel Causse). La rencontre amoureuse est fondamentalement l'expérience d'un écart entre ce qui est cherché et ce qui est donné. C'est ce qui fait écrire à un théologien catholique que la sexualité " constitue pour l'être humain une des manifestations les plus claires de sa finitude " (Xavier Thévenot)

Mystère - [Clés de lecture]

20040620150302

Le mot mystère signifie que tout n'est pas explicable, ni maîtrisable. Dans la foi (comme dans la relation amoureuse) il y a de l'indicible qui échappe aux mots et aux gestes. Maintenir une part de mystère c'est prendre au sérieux cette altérité irréductible C'est se protéger d'une relation fusionnelle avec l'Autre/autre, d'un accès immédiat à ce qu'il est, d'une illusoire transparence qui prétendrait le posséder. On ne peut jamais le capturer de manière définitive, mais il y a toujours à découvrir en lui. La relation à l'autre ouvre sans cesse à des surprises, des rebondissements, des approfondissements, des évolutions.
Toutefois la référence au mystère ne dispense pas de faire venir au langage et à la réflexion ce qui se passe dans la relation à l'autre. Le mystère ne saurait justifier le non-dit ou le silence qui peuvent laisser mourir la relation à l'autre.

Une parole échangée - [Clés de lecture]

20040620150340

Cette parole échangée fonde une alliance entre deux partenaires c'est-à-dire le pacte qui dit les termes de leur relation, fixant les droits et les devoirs de chacun.
L' alliance (en hébreu berith) est une notion essentielle dans l'Ancien Testament. Elle désigne le lien entre Dieu et son peuple. Elle implique toujours une initiative de Dieu, avec pour les fidèles des obligations en retour. Le lien conjugal va devenir l'image de cette alliance.
C'est pourquoi le prophète Osée décrit l'idolâtrie du peuple, le fait qu'il se tourne vers d'autres dieux, comme une attitude de prostitution. Et pour symboliser cette relation faussée entre Dieu et Israël, le prophète va épouser une prostituée. En même temps, il annonce que Dieu conserve son amour pour son peuple malgré son infidélité.
On retrouve dans le Nouveau Testament, la même analogie entre la relation conjugale et la relation du Christ avec son Eglise (Ephésiens 5,21-33). Une analogie n'implique pas une relation à l'identique, mais une ressemblance. Elle vise ici la relation qui existe entre les deux partenaires. Pour autant on ne saurait identifier dans cette analogie l'époux au Christ et l'épouse à l'Eglise.

Une analogie - [Clés de lecture]

20040620150839

Il y a, pour la Bible, une analogie entre la foi et la rencontre amoureuse. C'est ce que montrent de nombreux textes de l'Ancien Testament, notamment le Cantique des cantiques (450 av. JC). Ce poème sur l'amour humain présente clairement ce que Paul Ricoeur appelle une " métaphore nuptiale " par laquelle, sans se confondre, l'alliance conjugale et l'alliance Dieu - être humain s'éclairent l'une l'autre. Se référant aussi aux textes des prophètes, il parle même de " métaphore croisée " à savoir que " d'un côté les prophètes "voient" l'amour entre Dieu et son peuple "comme" amour conjugal ; de l'autre, l'amour érotique chanté par le Cantique des cantiques est "vu comme" amour de Dieu pour sa créature".
On retrouve des images comparables dans le Nouveau Testament, notamment chez Paul dans la lettre aux Ephésiens parlant de l'amour conjugal comme de l'alliance entre le Christ et son Eglise. C'est pourquoi les Réformateurs utiliseront cette même métaphore nuptiale pour penser " l'union mystique " du Christ et du croyant chez Calvin ou " l'union avec Christ " chez Luther. La foi, comme rencontre existentielle du Christ, est donc métaphore de la rencontre amoureuse. Dans les deux cas, cette rencontre suscite quelque chose de totalement neuf dans l'existence du sujet, le conduisant à une façon différente d'habiter sa propre histoire, à une nouveauté de vie, à des projets nouveaux.

Preuve/vérification - [Clés de lecture]

20040620150941

La preuve et la vérification appartiennent au domaine scientifique où il faut être capable de reproduire une expérience aux yeux de tiers. Théologiquement, ces mots recouvrent une volonté de rationaliser, de prouver de sorte que cela s'impose, par exemple " prouver " à soi-même, aux autres, à Dieu sa valeur. Plus largement il s'agit chez l'être humain d'un désir de maîtrise, afin de se poser comme son propre fondement. Cela se traduit dans la société par la prééminence des logiques d'efficacité, de rentabilité, de réussite, de performance. En contraste avec cette situation, la proclamation de l'amour de Dieu instaure une autre logique qui va à rebours des logiques de ce monde. Fondamentalement, sous l'angle de l'Evangile il n'y a pas de méritants, ni de rentables. Mais chaque être humain est aimé de Dieu, reconnu par Lui inconditionnellement tel qu'il est en dehors de ses réussites et de ses échecs. De même, dans la relation conjugale, la tentation sera toujours de se réassurer en cherchant des preuves objectives que le lien d'amour est toujours là. Cela ne signifie pas pour autant que la vie de couple peut se passer de gestes symboliques qui en signifient, en particulier publiquement, la réalité.
La parole ce n'est pas que des mots. Elle s'exprime aussi dans des gestes symboliques.

D'une grande fragilité et d'une étonnante solidité. - [Clés de lecture]

20040620151112

 

 

 

 

 

 

 

L'alliance dans le couple se fonde sur une parole dont rien ne peut prouver la véracité. Une telle parole est fragile car elle ne se soutient que d'être dite et reçue. Elle demande à être crue. Elle engage celui qui la dit comme celui qui la reçoit dans une démarche de foi, de confiance et de fidélité. En ce sens elle est aussi solide que la parole que le prophète annonce au peuple de la part de Dieu : " Quand les montagnes feraient un écart et que les collines seraient branlantes, mon amitié loin de toi jamais ne s'écartera et mon alliance de paix jamais ne sera branlante, dit celui qui te manifeste sa tendresse, le Seigneur " (Esaïe 54,10). Cette solidité est aussi exprimée dans le Cantique des cantiques. Notamment quand la bien-aimée dit à son amoureux : " Mets-moi comme un sceau sur ton coeur, comme un sceau sur ton bras " (8,6). La notion de " sceau " est ici importante. Elle indique que c'est cette empreinte, à la fois fragile et solide, qui va garantir à l'autre la continuité de l'amour dans l'intervalle de la présence et des émotions. Elle fonde ainsi un lien qui n'est pas soumis aux seuls mouvements des sentiments et du désir. Les difficultés ne signifient donc pas la disparition du lien amoureux et conjugal. Car la parole d'alliance est une parole dont on peut faire mémoire, que l'on peut redire, réactualiser, rendre présente dans des mots et des gestes qui l'inscrivent dans la durée.

Une durée ouverte aux changements - [Contexte]

20040807222821

On considère souvent que la fidélité, l'amour dans la durée, suppose qu'aucune difficulté ne survienne dans la relation du couple. Surtout dans une culture où le rapport au temps est devenu problématique, où seuls le présent et l'éphémère semblent compter. Chacun(e) cherche, dans l'instant, l'épanouissement de ses désirs, n'acceptant ni les déceptions, ni les frustrations. Du coup, tout manque, tout problème dans la relation est alors ressenti comme une menace pour le couple. Ainsi, écrit Daniel Sibony " quand l'épreuve du manque arrive, tout craque. Le couple était donc constitué comme une alliance militaire contre l'invasion possible du manque ; quand celui-ci pénètre dans la citadelle, c'est l'écroulement. " Le couple ne peut résister si survient une défaillance par rapport à ce qui était attendu. Au moindre signe de difficulté ou de médiocrité, dès lors que l'autre n'apporte pas les satisfactions attendues, on se sent autorisé à rompre un lien devenu négatif ou stérile. Or la véritable fidélité est fidélité à l'autre tel qu'il est et non pas fidélité à l'image que l'on a de lui.

Gestes symbolique - [Contexte]

20040807222913

La célébration civile du mariage donne sa forme juridique au pacte conjugal. Elle instaure le couple dans sa dimension sociale qui suppose les droits et les devoirs mutuels des époux. Il y a dans le " rendre public " une dimension symbolique forte : celle de manifester que le couple ne s'enferme pas dans un simple face-à-face mais qu'il se situe dans le champ social. Cette référence à une Parole Autre, qui n'est ni celle de l'époux, ni celle de l'épouse, est aussi un des éléments importants de la cérémonie religieuse. La célébration religieuse du mariage n'est pas un autre mariage, mais un mariage " autrement " que l'on fonde sur la Parole du Christ. Il y a, toutefois, de la conjugalité en dehors des liens du mariage. Un regard sur le passé et le présent montre une grande diversité des formes de conjugalité.

Pas un autre mariage - [Contexte]

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Pour les Eglises protestantes, le mariage n'est pas un sacrement comme le baptême et la sainte cène. Nulle part Jésus n'institue le mariage. Les protestants considèrent aussi que l'état de mariage dépasse les frontières des Eglises chrétiennes et qu'on ne peut mettre en question la validité et la dignité d'autres formes de conjugalité qui existent en-dehors d'une cérémonie ecclésiale. Le mariage ne saurait se réduire à un acte qui marquerait son commencement : il est le fruit de tous les engagements progressifs, publics ou privés (mots et gestes d'amour, projets en commun, promesses échangées...) par lesquels un homme et une femme se lient l'un à l'autre. La cérémonie civile du mariage rend publique cette évolution et l'engagement du couple dans la durée. Les Eglises protestantes ont toujours encouragé et valorisé cette cérémonie publique qui inscrit le couple dans sa dimension sociale. On peut alors s'interroger : " si l'état de mariage est valablement constitué par la seule et libre décision des conjoints, et si le mariage civil est un lieu légitime de manifestation publique de cette nouvelle vie choisie en commun, en quoi est-il utile d'organiser une célébration religieuse ? " (Jean Ansaldi)

Le rapport au temps - [Contexte]

20040807223105

Dans notre culture, le rapport au temps est devenu problématique. La société semble ne plus disposer d'une mémoire vivante ; la continuité avec le passé est rompue. L'avenir est incertain, indéchiffrable et ressenti comme inquiétant. Seuls le présent et l'éphémère semblent compter. On parle de " culte de l'urgence ", de " tyrannie de l'instant ". On veut tout, tout de suite. Pris dans " une course paradoxale qui ne sait plus où elle va mais y va de plus en plus vite, dans la frénésie d'une cavalcade angoissée et déshumanisante (...) nous ne sommes plus portés par une représentation du futur mais emportés par une impatience obligatoire " (Jean-Claude Guillebaud).
Du coup, on ne supporte plus l'attente, on pense que tout se joue dans l'instant sans laisser de temps aux changements, aux évolutions, aux maturations, aux reconstructions. On habite en effet une époque où la lenteur, l'inscription dans la durée, la persévérance, sont contraires à nos logiques. On a du mal à consentir à la durée d'une fidélité parce qu'on a du mal à nouer un rapport au temps qui ne soit pas seulement celui de l'éphémère. On pense que tout se joue dans l'instant du sentiment, du ressenti immédiat, du bonheur présent. Il n'y a pas de place pour la différence avec un e, mais il n'y a pas de place non plus pour ce que Jacques Derrida appelle la différance avec un a c'est-à-dire l'acceptation que la réalisation attendue soit différée.

On se sent autorisé - [Contexte]

20040807224729

" Dans ce repli sur l'immédiat, sur le tangible et le visible (et encore...), nul n'est enclin à prendre un engagement, et nul ne s'estimera obligé de le tenir. " (Régis Debray). La fidélité comme confiance est attendue. Mais la fidélité comme engagement est redoutée. On veut les droits sans les devoirs. En tout cas, force est de constater aujourd'hui une crise de la conjugalité et plus particulièrement du mariage. Près d'un mariage sur trois se termine par un divorce. Or, la fidélité ouvre sur une durée qui permet d'envisager des projets et de les construire dans un bonheur partagé. Elle donne aussi assurance et soutien face aux difficultés de l'existence.
Le Nouveau Testament affirme le caractère indissoluble du lien conjugal, c'est-à-dire la pérennité du couple dans le temps (pour toujours) et dans l'espace (seulement toi). Cette indissolubilité du couple n'est toutefois pas une loi qui écrase, qui juge ou culpabilise car l'échec est toujours possible, mais c'est une promesse qui libère et ouvre sur un avenir. Il y a cependant des unions maintenues par le seul corset de la loi qui produisent plus de mort que de vie, davantage de souffrance que de bonheur. Le Christ a toujours su prendre acte des échecs humains, accueillir la détresse et offrir un nouveau recommencement.

Prendre acte des échecs humains - [Contexte]

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Les Eglises protestantes considèrent que le divorce est toujours échec, accident, erreur à assumer, elles se refusent à accroître la culpabilité et la souffrance. Il s'agit alors de poser une parole qui prend acte de la défaite du lien contracté et qui ouvre sur des recommencements possibles. Le protestantisme concède le divorce comme une décision responsable à prendre aussi devant Dieu. Il n'y a, en aucune manière, de banalisation de l'acte de séparation. " On se demandera seulement aujourd'hui, devant la multiplicité des divorces, ce qui s'y joue : il existe certes des explications sociales et culturelles, mais aussi peut-être un primat de l'instant et du spontané qui ne laisse pas de temps à l'autre, mais aussi peut-être une forte idéalisation des images masculines et féminines qui rend insupportable le fait que l'autre ne soit jamais conforme à l'image que l'on se forge de lui. " (Jean-Daniel Causse)

Lien à l'autre - [Contexte]

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Nous vivons dans une société où l'individualisme est exacerbé. Michel Schneider parle d'individus " aucunement assujettis qui n'ont de dette envers aucune instance, des comptes à rendre qu'à eux-mêmes, et qui ne s'autorisent que d'eux-mêmes ". Les choix personnels sont absolutisés, posés comme autant de petites féodalités imperméables au débat, au dialogue, à la rencontre. L'effondrement des grands systèmes interprétatifs qui permettaient de comprendre le monde a fragilisé les identités. Du coup l'autre différent inquiète et fait peur. Paul Ricoeur écrit : " Faut-il donc que notre identité soit fragile, au point de ne pouvoir supporter, de ne pouvoir souffrir, que d'autres aient des façons différentes des nôtres de mener leur vie, de se comprendre, d'inscrire leur propre identité dans la trame du vivre-ensemble ? " Cette crise du lien à l'autre est pour une part liée à la crise des institutions (le mariage en est une) dont la vocation est précisément de permettre de " vivre ensemble " dans l'espace et dans le temps. Leur affaissement explique donc aussi les difficultés à inscrire des engagements dans la durée.

Notre société - [Contexte]

On constate en cette fin de 20e siècle technicien, scientifique, rationnel qui a vu l'avènement de l'individu moderne comme sujet autonome et responsable, un retour de l'irrationnel qui n'est peut-être que l'expression d'une dimension trop longtemps refoulée. Cette situation s'explique sans doute par le divorce qui s'est installé dans notre culture entre la raison et la spiritualité. C'est ce que souligne Roland Campiche quand il écrit : " l'accent inconditionnel mis sur l'émotionnel et sur le fait que plus il y a d'émotion, plus c'est religieux, est une dérive dangereuse. La religion a toujours interrogé l'intelligence ; la déconnexion opérée entre raison et religion devrait allumer à nouveau le feu clignotant. "
La sincérité et l'émotion sont devenues normes et critères de savoir. C'est juste, vrai et bien dès lors que c'est sincère, authentique et émotionnellement fort. Ainsi l'expérience vécue devient normative et légitimatrice, elle prend le pas sur les expériences transmises, condensées dans un savoir. Et même " la valorisation des libertés individuelles et la prédominance de l'individuel sur l'universel conduisent à contester l'idée même de vérité " (Isabelle Grellier).

Logiques d'efficacité, de rentabilité, de réussite, de performance - [Contexte]

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La société d'aujourd'hui fait de la rentabilité, de la réussite, de l'efficacité, ses critères essentiels. Société au mérite, société de gagnants et de performants où les " non méritants ", les peu qualifiés, les " inaptes " se sentent socialement inutiles parce que non rentables. Société qui ne supporte plus de voir son rêve de bonheur infini écorné par le tragique de la condition humaine. Ces logiques ont envahi même la vie conjugale et notamment sexuelle où il s'agit d'être toujours à la hauteur, c'est-à-dire conforme à un idéal imaginaire ou à un modèle social. Il s'agit de prouver ainsi à soi-même et au partenaire la réalité de la relation amoureuse. Tout manque, toute défaillance, tout écart est alors perçu comme une menace ou un échec.

Dans d'autres cultures - [Espace temps]

Le mariage, chez les Matassalaï, se déroulait à la pleine lune. La mariée était vêtue d'une peau de zèbre et coiffée de plumes de flamant rose. Le marié avait un pagne en peau de léopard et un collier de dents de crocodile. Les futurs mariés se présentaient au chef devant le feu. Tout le village les accompagnait jusqu'au fleuve où ils se baignaient. De retour devant le feu, les époux se faisaient sécher à l'aide de feuilles de palmiers. Le marié offrait à sa femme une chaîne de fidélité qu'il avait sculptée lui-même et la femme lui offrait une bague en ivoire de crocodile.

Traités de vassalité - [Espace temps]

Grâce à l'archéologie, on a retrouvé des documents très anciens (en particulier des Hittites qui dominèrent l'Asie mineure au 2e millénaire avant JC) qui sont des traités par lesquels un souverain puissant accordait sa protection à un état plus petit, lui imposant en contrepartie un certain nombre d'obligations. Ces écrits, dans leur structure et leur composition ressemblent beaucoup à certains textes bibliques, notamment dans le Deutéronome. On considère généralement que la Bible a pu s'inspirer de ces modèles pour décrire les conditions de l'alliance de Dieu avec le peuple d'Israël. Dieu protège le peuple, mais il attend en retour une obéissance et une fidélité aux exigences exprimées dans la Loi. Notamment le peuple ne doit pas se tourner vers les idoles ou vers d'autres dieux. Ainsi le prophète Osée dénoncera l'idolâtrie du peuple, le fait qu'il se tourne vers d'autres dieux, comme un geste de prostitution.

Trancher une alliance - [Espace temps]

Ce que l'on traduit habituellement par " conclure une alliance (berit) " s'énonce littéralement " trancher une alliance " (Genèse 15). Donc, ce qui fait lien est un geste qui paradoxalement sépare, c'est-à-dire qui effectue une coupure. Cette compréhension de l'alliance est très intéressante, car l'idée de pacte suppose généralement un lien qui se tisse. Or l'alliance biblique se tranche, dans le sens où ce qui lie l'un à l'autre " n'est pas un geste de prise, mais de déprise. Autrement dit, la conjugalité témoigne de l'alliance biblique, lorsqu'elle tranche une possession, c'est-à-dire lorsqu'elle institue non pas un "avoir l'autre" mais un "être avec l'autre" ". (Jean-Daniel Causse) Ce que note bien Marie Balmary lorsqu'elle dit que, dans la conjugalité, il s'agit de.

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Chez Luther - [Espace temps]

Luther, Martin, Œuvres, Tome II, Genève : Labor et Fides, 1966, p.282-283 :
" Mais voici une troisième grâce incomparable qui appartient à la foi : elle unit l'âme à Christ comme l'épouse est unie à l'époux. Par ce mystère, dit l'apôtre, Christ et l'âme deviennent une seule chair. Une seule chair : s'il en est ainsi et s'il s'agit entre eux d'un vrai mariage, et, plus encore, d'un mariage consommé infiniment plus parfait que tous les autres -les mariages entre humains ne sont que de pâles images de cet exemple unique- il s'ensuit que tout ce qui leur appartient constitue désormais une possession commune, tant les biens que les maux. Ainsi tout ce que le Christ possède, l'âme fidèle peut s'en prévaloir et s'en glorifier comme de son bien propre, et tout ce qui est à l'âme, Christ se l'arroge et le fait sien. Comparer, ici, c'est découvrir l'incomparable. Christ est plénitude de grâce, de vie et de salut : l'âme ne possède que ses péchés, la mort et la condamnation. Qu'intervienne la foi et, voici, Christ prend à lui les péchés, la mort et l'enfer ; à l'âme en revanche, [sont donnés] la grâce, la vie et le salut. Car il faut bien que Christ s'il est l'époux, accepte tout ce qui appartient à l'épouse et, tout à la fois, qu'il fasse part à l'épouse de tout ce qu'il possède lui-même. Qui donne son propre corps et se donne lui-même, comment ne donnerait-il pas en même temps tout ce qui lui appartient ? Et comment celui qui prend le corps de l'épouse ne prendrait-il pas tout ce qui appartient à l'épouse ? [...] Or c'est lui [le Christ] qui, en vertu des épousailles de la foi, prend sa part des péchés, de la mort et de l'enfer de l'épouse. [...] Ainsi, par les arrhes de la foi en Christ, son époux, l'âme fidèle est affranchie de tout péché, à l'abri de la mort et assurée contre l'enfer, gratifiée de la justice éternelle, de la vie et du salut de Christ, son époux. C'est ainsi qu'il se donne une épouse glorieuse, sans tache ni ride, il la purifie dans le bain de sa Parole de vie, c'est-à-dire par la foi en sa Parole, en sa vie, en sa justice et en son salut. Telles sont les épousailles dans lesquelles il l'unit à soi : la foi, la miséricorde et les compassions, la justice et le jugement, comme il est dit en Osée 2. Qui donc pourrait se faire une idée digne de ce mariage royal ? Et qui pourrait embrasser les glorieuses richesses d'une telle grâce ? Voici que, riche et saint, Christ, l'époux, prend pour épouse cette prostituée chétive, pauvre et impie ; il la rachète de tous ses maux, il la pare de tous ses biens. Il n'est plus possible que ses péchés la perdent, car ils reposent sur Christ et sont engloutis en lui. Quant à elle, elle possède en Christ la justice qu'elle peut regarder comme la sienne propre... "

Changements, évolutions, maturations - [Espace temps]

Gérard Krieger a montré les différentes étapes de la vie d'un couple dans la durée. Voici le résumé de son propos.
Le couple est un organisme vivant, qui passe par des hauts et des bas et traverse des étapes :

  • 1. La préhistoire (1 = l'infini) : l'histoire de chaque conjoint est celle de son enfance, de ses parents, de sa famille d'origine. Quand on se met en couple on " n'épouse " pas qu'un individu, mais aussi sa famille et son histoire, telle qu'elles ont été intériorisées.
  • 2. L'enfance du couple (1+1=1) : que ce soit par le coup de foudre ou à travers une longue amitié, par " les contraires qui s'attirent " ou par " ce qui se ressemble s'assemble ", l'état amoureux est caractérisé par :
    - " on est seuls au monde " : aspect passionnel et fusionnel
    - " on se comprend d'un seul regard, sans s'expliquer " : la communication vécue comme immédiate
    - " tu es la plus belle " : idéalisation du partenaire
    - " on s'aimera toujours " : sentiment d'éternité
  • 3. Deuil de l'illusion (1+1=2) : l'autre n'est pas parfait, il ne peut pas combler tous mes manques, ni guérir toutes mes blessures. La mathématique du couple passe du 1+1=1 à 1+1=2. Et si nous sommes 2 et si nous sommes différents, il faut apprendre à dialoguer et à communiquer.
  • 4. Le premier enfant (1+1=3) : il y a glissement de générations vers le haut. La fille devient mère et le fils devient père. Nouveau statut et nouveau rôle à apprendre d'où des réajustements inévitables avec les parents et avec le/la conjoint(e). L'enfant fait de l'adulte un parent et révèle toute une épaisseur du/de la conjoint(e) peu ou mal connu(e).
  • 5 L'adolescence des enfants : la crise d'adolescence est souvent contagieuse et réactive des problèmes et conflits non résolus des parents (la mère défend les enfants contre le père jugé trop sévère ou le contraire).
  • 6. Le départ des enfants ou " le syndrome du nid vide " : le couple se retrouve face à face après des années de diversions, lorsque les enfants ont occupé le centre des préoccupations. Le temps des réflexions et des questions nouvelles, ou des fuites (refaire sa vie, recommencer à zéro, plonger dans la dépression...). Ou un temps pour se retrouver d'une façon nouvelle pour une nouvelle étape de la vie.

La célébration religieuse - [Espace temps]

Jean-Daniel Causse, Cours par correspondance :
" La bénédiction nuptiale "
On sait que la tradition réformée a refusé de faire du mariage un sacrement et a affirmé que la cérémonie religieuse ne crée pas le couple conjugal, c'est-à-dire ne fait pas le mariage . Le couple qui entre dans un temple ne va pas se marier : il est déjà marié. Ceci est très clairement attesté, par la liturgie classique de l'Église Réformée au moment de l'échange des consentements. La formule classique est la suivante : N... vous avez pris pour femme Y... ; lui promettez-vous de l'aimer de la respecter, etc. Y..., vous avez pris pour mari N..., lui promettez-vous de l'aimer, de le respecter, etc. Vous avez pris pour femme ou pour mari : c'est donc déjà fait au moment des engagements ; le couple est reconnu comme étant déjà uni (A la différence de la liturgie catholique romaine qui dira classiquement : N... voulez-vous prendre pour femme Y... ; et Y... voulez-vous prendre pour mari N... (cela s'opère au moment où les conjoints disent " oui " en présence du prêtre). La cérémonie, en régime protestant, est donc conçue comme bénédiction ou, pour le dire avec Calvin, comme confirmation d'une union conjugale et non comme création de cette union conjugale. Toutefois, dans cette perspective, le protestantisme a eu tendance à trop sacraliser théologiquement et liturgiquement la célébration civile comme si elle faisait le mariage, dans le sens où elle en serait l'essence. Or, à mon sens, l'être du mariage ne relève ni de la maîtrise de l'État, ni de celle de l'Église, mais de la seule parole d'alliance conjugale. C'est dire que la cérémonie au temple n'est pas simple aspersion d'eau bénite sur le mariage civil, mais un " rendre public " autre, qui signifie une dimension singulière du mariage. J'aimerais brièvement en souligner trois aspects :

Je ne reviens pas sur tous les aspects que j'ai développés et qui concerne le fondement théologique de la conjugalité, notamment la dimension de la fides comme constitutive de l'alliance conjugale. Inutile de dire que cela a toute sa place dans un temps liturgique. J'ajoute maintenant ceci : la bénédiction sur le couple est une dimension fondamentale. Rappelons que " béné-diction " est un " bien-dit ", une bonne parole qui s'oppose à la " malé-diction " qui est " mal-dit ", une mauvaise parole. Or chacun des conjoints est précédé par des discours dont certains ont fait ou ont pu faire malédiction. Or, la malédiction c'est toujours une sorte de répétition du même, un retour de la même chose, un " mal-dit " qui se rejoue parfois de génération en génération. Or, ici est posée une bénédiction, c'est-à-dire une parole qui atteste que du nouveau est possible et non pas la seule répétition d'un même familial. La malédiction nous tire toujours vers l'arrière ; la bénédiction rompt le destin de la répétition (ce qui a été sera) et pose le couple dans un devenir neuf : ce que vous construisez est votre histoire, dans son unicité, et non la seule répétition de votre histoire familiale. ·

La célébration religieuse du mariage inscrit le couple sur le socle d'une parole qui n'est pas la sienne, mais qu'il reçoit d'un Autre. Certes, le couple est fondé sur un échange de parole (je suis ton mari, je suis ta femme), mais il ne repose pas seulement sur ses propres forces, mais sur l'extra-nos d'une Parole. Le couple conjugal s'appuie tout à la fois sur ce qu'ils se disent publiquement et sur ce qui leur est dit au nom du Christ. Or, ici la métaphore de l'alliance Christ-Eglise prend toute son sens : Christ n'aime pas l'Église parce qu'elle est conforme à l'idéal, parce qu'elle en est digne ou parce qu'elle est sans failles. Il aime l'Église parce qu'il aime, c'est-à-dire telle qu'elle est, sans conditions et sans raisons assignables. Rien ne justifie cet amour qui est et demeure en l'absence de raisons. Cet Évangile de la grâce sur lequel repose l'amour conjugal permet de se mettre à distance des logiques d'idéalisations et de recevoir l'autre que l'on aime comme être aimé du Christ par grâce. Car ce qui fait vivre ultimement ne peut être que ce qui vient sans être dû. De ce fait, cet évangile permet à chacun des conjoints d'assumer devant Dieu sa propre histoire, ce qui a été vécu et qui est plus ou moins glorieux. Chacun se sait accueilli et reconnu dans sa propre histoire. ·

La célébration religieuse construit une mémoire qui est mémoire de ce que le couple conjugal a fait advenir au langage dans le lieu communautaire, mais aussi mémoire de paroles extérieures au couple conjugal. Or, la mémoire est la condition de l'avenir. Elle est la capacité de relire et de réinterpréter les mots prononcés, d'en retrouver la place fondatrice dans les temps de doute ou de crise. A ce titre, la mémoire n'est pas idéalisation d'un passé, mais capacité d'inscrire de la nouveauté et du changement dans le continu d'une histoire commune. C'est, pour le dire avec Ricoeur, l'articulation de la mêmeté et de l'ipséité.

La célébration religieuse du mariage n'est donc pas un autre mariage, mais un mariage que l'on fonde sur la parole du Christ. "

Trancher l'alliance - [Textes bibliques]

Dieu fait alliance avec Abram :

Genèse 15,7-18a
Le soleil se coucha, et dans l'obscurité voici qu'un four fumant et une torche de feu passèrent entre les morceaux. En ce jour, le SEIGNEUR conclut une alliance avec Abram en ces termes : " C'est à ta descendance que je donne ce pays ".

Une alliance - [Textes bibliques]

Le pacte d'alliance est fondé sur un échange de parole, sur une confiance accordée à la parole de l'autre :

Ezéchiel 37,26-27
" Je conclurai avec eux une alliance de paix ; ce sera une alliance perpétuelle avec eux. Je les établirai, je les multiplierai. Je mettrai mon sanctuaire au milieu d'eux pour toujours. Ma demeure sera auprès d'eux ; je serai leur Dieu et eux seront mon peuple ".

Si la confiance n'est plus là, alors le lien se défait. Le Nouveau Testament annonce que cette alliance par laquelle Dieu se lie à l'humanité est établie par la venue du Christ et par sa mort. Lors du repas célébré avant sa mort Jésus parle du " sang de l'alliance versé pour la multitude " (Matthieu 26/28, Marc 14/24). La parole d'alliance est une parole dont on peut faire mémoire. Une mémoire qui ne tourne pas vers le passé, mais qui rend présente la rencontre avec le Christ :

1Corinthiens 11,25
" Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ; faites cela toutes les fois que vous en boirez en mémoire de moi ".

Nouvelle alliance - [Textes bibliques]

Esaïe 54,9-10
C'est pour moi comme les eaux de Noé :
à leur sujet, j'ai juré qu'elles ne déferleraient plus
ces eaux de Noé, jusque sur la terre ;
de même, j'ai juré de ne plus m'irriter
contre toi et de ne plus te menacer.
Quand les montagnes feraient un écart
et que les collines seraient branlantes,
mon amitié loin de toi jamais ne s'écartera
et mon alliance de paix jamais ne sera branlante
dit celui qui te manifeste sa tendresse, le Seigneur.

Jérémie 31,31-33
Des jours viennent - oracle du Seigneur - où je conclurai avec la communauté d'Israël - et la communauté de Juda - une nouvelle alliance. Elle sera différente de l'alliance que j'ai conclue avec leurs pères quand je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d'Egypte. Eux ils ont rompu mon alliance ; mais moi, je reste le maître chez eux - oracle du Seigneur. Voici donc l'alliance que je conclurai avec la communauté d'Israël après ces jours-là - oracle du Seigneur : je déposerai mes directives au fond d'eux-mêmes, les inscrivant dans leur être ; je deviendrai Dieu pour eux, et eux, ils deviendront un peuple pour moi.

Prostitution du peuple - [Textes bibliques]

Dans les textes d'Osée chapitre 2, et d'Ezéchiel chapitre 16, le peuple qui rend un culte à d'autres dieux est comparé à une épouse infidèle, voire une prostituée.

Osée 2,4
Faites un procès à votre mère, faites-lui un procès,
car elle n'est pas ma femme,
et moi je ne suis pas son mari.
Qu'elle éloigne de son visage les signes de sa prostitution,
et d'entre ses seins les marques de son adultère.

Ezéchiel 16,15-16
Mais tu t'es fiée à ta beauté et, à la mesure de ton renom, tu t'es prostituée ; tu as prodigué tes débauches à tout passant - tu as été à lui. Tu as pris de tes vêtemens dont tu as bariolé les hauts lieux et tu t'es prostituée dessus - que cela ne vienne ni ne se passe !

Analogie entre la foi et la relation du couple - [Textes bibliques]

Ephésiens 5,21-32
Vous qui craignez le Christ, soumettez-vous les uns aux autres ; femmes, soyez soumises à vos maris comme au Seigneur. Car le mari est le chef de la femme, tout comme le Christ est le chef de l'Eglise, lui le sauveur de son corps. Mais, comme l'Eglise est soumise au Christ, que les femmes soient soumises en tout à leurs maris. Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Eglise et s'est livré lui-même pour elle ; il a voulu ainsi la rendre sainte en la purifiant avec l'eau qui lave, et cela par la Parole ; il a voulu se la présenter à lui-même, splendide, sans tache ni ride, ni aucun défaut ; il a voulu son Eglise sainte et irréprochable. C'est ainsi que le mari doit aimer sa femme, comme son propre corps. Celui qui aime sa femme, s'aime lui-même. Jamais personne n'a pris sa propre chair en aversion ; au contraire on la nourrit, on l'entoure d'attention comme le Christ fait pour son Eglise ; ne sommes-nous pas les membres de son corps ? C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux ne seront qu'une seule chair. Ce mystère est grand : moi, je déclare qu'il concerne le Christ et l'Eglise.

Voir aussi tout le Cantique des cantiques

Le Christ prend acte des échecs et offre un recommencement - [Textes bibliques]

Jean 4,16-18 La Samaritainecf. entrée Au bord du puits dans le module 12 Rencontres
Jésus lui dit : " Va, appelle ton mari et reviens ici. " La femme lui répondit : " Je n'ai pas de mari. " Jésus lui dit : " Tu dis bien : Je n'ai pas de mari ; tu en as eu cinq et l'homme que tu as maintenant n'est pas ton mari. En cela tu as dit vrai. "

Jean 8,1-11 La femme adultèrecf. entrée Une femme adultère dans le module 12 Rencontres
Et Jésus gagna le mont des Oliviers. Dès le point du jour, il revint au Temple et, comme tout le peuple venait à lui, il s'assit et se mit à enseigner. Les scribes et les Pharisiens amenèrent alors une femme qu'on avait surprise en adultère et ils la placèrent au milieu du groupe. " Maître, lui dirent-ils, cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère. Dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu ? " Ils parlaient ainsi dans l'intention de lui tendre un piège, pour avoir de quoi l'accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à tracer du doigt des traits sur le sol. Comme ils continuaient à lui poser des questions, Jésus se redressa et leur dit : " Que celui d'entre vous qui n'a jamais péché lui jette la première pierre. " Et s'inclinant à nouveau, il se remit à tracer des traits sur le sol. Après avoir entendu ces paroles, ils se retirèrent l'un après l'autre, à commencer par les plus âgés, et Jésus resta seul. Comme la femme était toujours là, au milieu du cercle, Jésus se redressa et lui dit : " Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t'a condamnée ? " Elle répondit : " Personne, Seigneur ", et Jésus lui dit : " Moi non plus, je ne te condamne pas ; : va, et désormais ne pèche plus. "

Fidélité, indissolubilité - [Textes bibliques]

Matthieu 5,27-32
" Vous avez appris qu'il a été dit : Tu ne commettras pas d'adultère. Et moi, je vous dis : quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà, dans son coeur, commis l'adultère avec elle. " Si ton oeil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi : car il est préférable pour toi que périsse un seul de tes membres et que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne. Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi : car il est préférable pour toi que périsse un seul de tes membres et que ton corps tout entier ne s'en aille pas dans la géhenne. " D'autre part il a été dit : Si quelqu'un répudie sa femme, qu'il lui remette un certificat de répudiation. Et moi, je vous dis : quiconque répudie sa femme -sauf en cas d'union illégale- la pousse à l'adultère ; et si quelqu'un épouse une répudiée, il est adultère.

Matthieu 19,1-9
Or, quand Jésus eut achevé ces instructions, il partit de la Galilée et vint dans le territoire de la Judée au-delà du Jourdain. De grandes foules le suivirent, et là il les guérit. Des Pharisiens s'avancèrent vers lui et lui dirent pour lui tendre un piège : " Est-il permis de répudier sa femme pour n'importe quel motif ? " Il répondit : " N'avez-vous pas lu que le Créateur, au commencement, les fit mâle et femelle et qu'il a dit : C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme, et les deux ne feront qu'une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Que l'homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni ! " Ils lui disent : " Pourquoi donc Moïse a-t-il prescrit de délivrer un certificat de répudiation quand on répudie ? " Il leur dit : " C'est à cause de la dureté de votre coeur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes ; mais au commencement il n'en était pas ainsi. Je vous le dis : Si quelqu'un répudie sa femme -sauf en cas d'union illégale- et en épouse une autre, il est adultère. "

Marc 10,6-8
Mais au commencement du monde, Dieu les fit mâle et femelle ; c'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme, et les deux ne feront qu'une seule chair. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair.

Luc 16,18
Tout homme qui répudie sa femme et en épouse une autre est adultère ; et celui qui épouse une femme répudiée par son mari est adultère.

Commentaire - [Aller plus loin]

Ansaldi Jean " Le mariage chrétien, mariage autrement " Information-Evangélisation décembre 1994 n°6 p. 8-10 :

" Le Nouveau Testament ne répète pas l'Ancien, mais il réinterprète profondément. Au fondement du lien conjugal, il n'y a donc pas pour nous le livre de la Genèse mais la parole du Christ telle que nous la répercute le plus ancien des évangiles, celui de Marc 10,6-8. [...] Jésus ne se contente pas de répéter le livre de la Genèse mais il la réinterprète et l'arrache à ce qui n'est plus compatible avec la Nouvelle Alliance : il reprend certains mots, en modifie d'autres, en omet de nombreux ; ses "oublis" parlent autant que ses reprises. Lisons en détail :

  • 1. La première affirmation provient de Genèse 1,27 : être "humain", au masculin ou au féminin, n'est pas réductible à quelques traits anatomiques : c'est occuper une place spécifique devant Dieu : être homme-mâle ou homme-femelle infléchit les actes de croire, de louer, de servir, d'aimer, de contempler, de travailler, de rêver, de se distraire, etc... Le Christ redonne dignité à la diversité des sexes. Jésus reprend donc Genèse 1,27 mais "oublie" le verset 28 qui lui est lié et qui appelle à une intense fécondité du couple. Dans le Nouveau Testament, les enfants sont une bénédiction mais ils ne jouent plus le rôle qu'ils avaient dans une Ancienne Alliance toute tendue vers sa future réalisation. Désormais, "tout est accompli" par le Christ ; l'essentiel est donné dans la croix du Seigneur. Les enfants sont maintenant "en plus", pour la joie et l'amour ; mais ils cessent d'être les fruits d'un ordre divin et donc d'un devoir humain. Il devient alors légitime pour un couple de réguler les naissances et d'accéder à une parenté responsable et décidée en commun.
  • 2. La deuxième affirmation est reprise de Genèse 2,2. Mais ici, Jésus apporte une modification de taille : là où l'auteur écrivait "l'homme-mâle quittera son père et sa mère pour s'attacher à son épouse", Jésus déclare "l'humain (mâle et femelle) quittera son père et sa mère". Le Nouveau Testament infléchit progressivement le statut féminin : cette distance vis-à-vis des parents, qui arrache à l'enfance pour créer une nouvelle existence à deux, est posée comme un appel devant chacun des deux sexes. Hommes et femmes sont également invités à grandir dans l'autonomie, à désirer en leur nom propre au lieu de venir occuper la place que leur désigne le désir de leurs parents. La femme est maintenant incluse dans cette vocation à la liberté ; elle n'est plus, comme dans la Genèse, le seul objet du désir de l'homme.
  • 3. La troisième affirmation est absente de beaucoup de manuscrits : elle entre en contradiction avec celle qui précède. (Quand on dit : "l'homme (mâle et femelle), quittera son père et sa mère", on ne peut plus ajouter "et s'attachera à son épouse" !). Il est probable qu'un copiste aura voulu maladroitement restituer la totalité de la citation de Genèse, sans se rendre compte qu'il revenait en arrière par rapport à la modification qu'apporte Jésus.
  • 4. La quatrième affirmation marque le projet : "Devenir une seule chair" ; ce qui peut se traduire par "devenir une seule réalité visible et publique". La sexualité active est certes incluse dans cette parole ; mais celle-ci vise plus large et appelle à une dimension historique, ecclésiale et sociale du couple.
  • 5. La cinquième affirmation enfin pose l'indissolubilité de l'alliance conjugale, sa pérennité liée au fait qu'elle reflète l'Alliance entre Dieu et son peuple, comme l'enseignaient déjà les prophètes Osée et Malachie (Cf. entre autre Malachie 2,10ss) ; mais plus encore pour le chrétien, l'Alliance entre le Christ et son Eglise, comme l'affirme l'auteur des Ephésiens 5,21-32. Parce que rien ne peut rompre la fidélité de Dieu et de son Christ vis-à-vis de son peuple, rien ne devrait ébranler l'alliance conjugale entre un homme et une femme. Cette indissolubilité du couple n'est pas une loi qui écrase mais une promesse qui libère : le Christ a toujours su prendre acte des échecs humains, accueillir la détresse et offrir un nouveau recommencement. "

Amour dans la durée - [Aller plus loin]

Quéré France, La famille, Paris : Seuil p.183 :
" Le contraste supposé entre fidélité et sincérité s'effondre. On ne voit pas comment l'une subsisterait sans l'autre. La fidélité sans sincérité, qu'est-ce ? ... une comédie dont on sait très bien qu'il est impossible de la jouer indéfiniment... La fidélité implique nécessairement au moins de la tendresse et un vif attachement à une foi jurée. Et la sincérité sans fidélité, qui peut y croire ? Un sentiment qui ne veut pas continuer ce qu'il a commencé avoue son mensonge. Vous dites : j'aime mais pas : j'aimerai. Dès maintenant, le ver est dans le fruit, vous n'aimez pas. Sincérité, fidélité sont indissociables. La profondeur d'une passion ne se mesure pas à son seul plaisir. Les sentiments s'amarrent à des volontés dont Auguste Comte a rappelé qu'ils créaient des sentiments, non moins que les sentiments créaient des devoirs ; des principes immuables se mêlaient hardiment aux remous des passions et aux péripéties de la vie. "

Pérennité du couple - [Aller plus loin]

Krieger Gérard " La qualité ou la durée " Le Messager évangélique :
" Que signifie s'engager à vie dans une relation conjugale, alors que les aspirations de notre époque sont liberté, autonomie, indépendance, épanouissement personnel ? Comment concilier ces valeurs très actuelles avec le besoin d'amour, le désir de vivre avec un(e) partenaire une relation affective stable, de construire une histoire commune ? Il y a deux siècles à peine, un couple qui se mariait avait une espérance de vie commune d'environ 20 ans : le temps d'élever dans des conditions difficilement imaginables aujourd'hui, une dizaine d'enfants dont les deux tiers mouraient avant d'avoir atteint l'âge adulte. L'engagement à vie dans la relation conjugale était une garantie de sécurité pour les enfants et de stabilité pour la société traditionnelle. Aujourd'hui, les personnes qui se marient s'engagent pour une durée potentielle de 50 ans de vie commune. Ils ont le temps d'élever, avec les moyens les plus modernes, les allocations et les aides de toutes sortes, deux ou trois enfants, et de vivre, après le départ des enfants, encore une deuxième, voire une troisième étape de vie. L'engagement à vie dans la relation conjugale présente bien d'autres enjeux qu'autrefois, d'autant plus que nous vivons une époque de paradoxes : d'un côté l'amour est placé en tête des valeurs et des attentes d'aujourd'hui, de l'autre, le couple marié ou non, est le lieu de nombreux échecs, souffrances et drames. Mais alors que depuis des années on parle de crise du mariage, il faut se rendre à l'évidence : les gens continuent à se marier. Et s'ils ne se marient pas (par refus de l'engagement formel dans la durée, ou par rejet de la forme institutionnelle que propose la société), du moins se mettent-ils en couple. Il faut faire preuve de créativité pour nommer ces nouvelles situations : mariage, concubinage, union libre, cohabitation, contrat d'union civile, familles éclatées, familles-mosaïques ou patchworks, et autres familles monoparentales ou recomposées... Il est vrai que les fondements du lien conjugal ont changé. Les lecteurs de la Bible savent, par exemple, que le patriarche Isaac n'a pas épousé sa femme Rébecca parce qu'il en était "tombé amoureux", mais parce que son père Abraham avait chargé son serviteur de lui trouver une femme dans son pays d'origine et dans sa propre famille. Dans la société dite traditionnelle, les mariages étaient généralement arrangés par les familles pour des causes qui les dépassaient : fécondité et descendance, patrimoine, héritage... Ce n'est que récemment, et dans nos sociétés, que le sentiment amoureux est devenu le fondement du mariage avec toute la richesse humaine et la fragilité que cela comporte. Dans la société traditionnelle et patriarcale, les rôles respectifs de l'homme et de la femme étaient clairement établis : "Le mari est le chef de la femme, tout comme le Christ est le chef de l'Eglise", écrit l'apôtre Paul dans sa lettre aux Ephésiens, texte dont on a abusé à toutes les époques. Aujourd'hui, les rapports d'égalité qui s'établissent dans nos sociétés modernes et démocratiques obligent à un travail considérable de négociation, de dialogue, de remise en question des fonctionnements de l'homme et de la femme pour aller dans le sens d'un partenariat plus développé entre eux. Ces évolutions font dire à certains, un peu rapidement sans doute, que de nos jours le mariage est déconsidéré et le divorce est trop facile, que le couple et la famille sont dévalorisés par l'idéologie d'une société individualiste et de consommation. A l'écoute attentive des souffrances conjugales lors des consultations, il m'apparaît bien au contraire que les couples qui se marient actuellement tiennent le mariage en haute estime et en attendent beaucoup. Ils en attendent même tellement que, bien souvent, la "barque conjugale" est surchargée. Les couples actuels accordent plus d'importance à la qualité de la relation humaine qu'à la durée du lien conjugal. Ils ne sont plus prêts à maintenir un lien qui ne serait pas humainement satisfaisant. "

Un événement de parole - [Aller plus loin]

Lecomte Jacques, Interview paru dans Femme Actuelle.
L'auteur, chercheur en psychologie, décrit la notion de " résilience " et montre l'importance de la rencontre, de la reconnaissance qui naît de la parole d'un autre.
" Rappelons que la résilience, c'est la capacité psychique d'aller bien, après avoir vécu une situation douloureuse (exclusion, maltraitance, accident grave, deuil...). La résilience se construit sur le lien et le sens. Une rencontre, justement, peut générer un lien et donner du sens à la vie de quelqu'un en détresse mais aussi une direction. Elle va lui permettre de construire des repères pour pouvoir se situer à un épisode clé de sa vie. [...] Dès lors que notre existence compte pour quelqu'un d'autre, ne serait-ce qu'une personne, alors elle peut prendre du sens. Par exemple, si un enfant a été humilié et rejeté dans son foyer, son image de lui-même peut être transformée s'il croise sur sa route ce qu'on appelle un "tuteur de résilience" : il a enfin une place dans l'existence parce qu'il a une place dans le coeur de quelqu'un. L'estime de soi a essentiellement deux fondements : la reconnaissance par autrui et la satisfaction liée à nos réalisations. Or une rencontre fondatrice joue sur ces deux facettes et a aussi un rôle d'encouragement. Quand une personne a le sentiment que quelqu'un a confiance en elle, elle retrouve une dynamique de vie. [...] On peut très bien être inséré socialement mais ne pas avoir de vraie valeur à ses propres yeux. Jusqu'à ce qu'une rencontre bouleverse tout par quelques mots. Dire à quelqu'un : "Tu vaux quelque chose et tu es capable de faire çà", c'est une phrase qui fait vivre. [...] Les résilients ont toujours croisé sur leur route quelqu'un qui les a aimés. [...] On ne perçoit souvent l'importance des tournants de l'existence que plus tard, et non au moment où ils sont en train de se produire. "

Fidélité - [Aller plus loin]

Sibony Daniel " Partage des eaux ", in : La fidélité, Revue Autrement 1992 p. 20-21 :
" La Bible fourmille de paradoxes sur la fidélité. Dans l'histoire de Job, on a un homme droit, en tous points fidèles à la Loi ; et justement la Loi le traite comme un infidèle. En fait, il refoule l'infidélité plus qu'il n'est fidèle. Il illustre d'emblée ce que la fidélité peut avoir d'agressif dans son aspect préventif : où elle récuse d'avance tout ce qui peut arriver d'autre venant de l'Autre. En un sens, la fidélité est une guerre avec l'Autre, et il importe que ce soit une guerre d'amour plutôt qu'un projet d'extermination ; une guerre d'amour où les adversaires se respectent, se reconnaissent ... et renoncent à se fasciner sur des solutions finales où le terme est d'en terminer avec l'un deux... Sous un angle plus ouvert, la question de la fidélité redevient passionnante. Même dans la tradition biblique, le dialogue entre Dieu et son peuple, bien que relevant d'une éternelle scène de ménage, maintient voire renouvelle les enjeux d'une alliance. Là, le constat de l'infidélité et son dépassement font partie d'une fidélité à long terme. Car la métaphore de la fidélité est la mémoire, c'est la question privilégiée où sa question se rejoue... Le Dieu biblique joue cette carte : vous m'avez trahi... mais je vous pardonne. Autrement dit : vous allez encore recommencer, vous pouvez encore recommencer mais là encore il y aura du " retour ". Retour de fidélité et d'infidélité. Option sur l'infinité de vie. La fidélité est l'hypothèse d'une lecture toujours ouverte ".

Institutions - [Aller plus loin]

Grimm Robert " Institution du mariage et conjugalités vécues " Cahiers de l'Institut Romand de Pastorale n°10 Décembre 1991 p.13-14 :
" Consentir à l'institution du mariage, c'est finalement parier qu'elle soutient et oriente nos désirs profonds et qu'en ce sens elle n'est pas l'ennemie de l'homme, mais son éducatrice. Dit autrement encore : entrer en institution, c'est entrer en humanité, c'est aussi l'enrichir de mes désirs singuliers, de mes questions et du témoignage que peut constituer mon couple, mon mariage. Finalement, je crois que nous avons moins à critiquer l'institution du mariage que la médiocrité des couples qui vient en elle et la discrédite. Je pense qu'elle est non seulement éducatrice mais qu'elle est aussi une aide et une chance parce qu'elle offre au couple de s'exprimer en visibilité sociale, et lui donne une forme et un cadre porteur qui permettent aux conjoints de s'adapter l'un à l'autre et de faire une histoire qui, avec le temps, puisse produire du sens. [...] Le couple ne peut vivre longtemps du seul cri passionnel. Il a besoin d'une durée, d'un lieu et d'une fidélité pour inscrire une histoire sensée. L'amour, comme la foi, n'échappent pas à la loi royale de l'incarnation du sens. Dans le monde avant-dernier, l'institution du mariage -toute relative qu'elle soit- me paraît être une chance offerte au couple pour vivre son aventure de manière optimale. Mais il n'en reste pas moins que c'est à chaque couple de désirer le bonheur d'aimer, toujours humble et précaire, de le chercher et de le faire. Nous savons que Quelqu'un d'Autre peut nous y aider. "

Un mariage autrement - [Aller plus loin]

Ansaldi Jean " Le mariage chrétien : un mariage "autrement" " Information-Evangélisation décembre 1994 n°6 p.10 :
" Si le mariage est donc un état offert à tous les hommes, le Christ appelle les chrétiens à le vivre de manière spécifique, comme un témoignage rendu à l'Evangile. Dans la foi, le partage des biens matériels et spirituels, la fidélité mutuelle, la solidité du lien conjugal, le renouvellement de l'amour qui lie les conjoints ne sont pas principalement régis par la loi que définit le code civil mais sont reçus comme un don gracieux que le Seigneur veut renouveler tous les jours. Le pacte d'alliance qui constitue la famille n'est pas réductible à un contrat juridique mais se veut refléter l'alliance que le Christ a traitée avec son Eglise. La célébration religieuse du mariage ne constitue donc pas un "autre mariage" mais manifeste la spécificité chrétienne de l'alliance conjugale établie pas à pas par les conjoints et rendue publique à la mairie. Placé sous la bénédiction de Dieu, illuminé par la parole, cimenté par des engagements qui ne se fondent pas sur la loi mais sur la liberté que donne la grâce du Seigneur, le mariage chrétien n'est pas un "autre" mariage mais un mariage "autrement". "

La vie à deux - [Aller plus loin]

Extrait de la brochure " Une parole pour deux ", éditée par l'Eglise réformée de France :
" La vie à deux, c'est, à partir d'une parole échangée, le plaisir d'exister avec quelqu'un et pour quelqu'un, le plaisir de se découvrir par le cœur et le corps, celui de pouvoir compter l'un sur l'autre, indéfectiblement. Elle est source de force, de bonheur partagé, d'épanouissement personnel... De nombreux couples, cependant, ont peur de s'engager pour une durée qui peut sembler terriblement longue. Mais, à trop vouloir s'entourer de garanties, ne risque-t-on pas de manquer l'essentiel : la vie, avec ses aléas, certes, mais aussi la merveille de ces instants où se révèle la valeur d'aimer et d'être aimé. "Aimer, c'est vouloir aimer". La promesse d'aimer détermine l'avenir, elle établit un nouvel ordre de priorités : aimer, c'est se risquer résolument avec celui ou celle que l'on aime, c'est vouloir son bien comme le sien propre. Cette volonté, enracinée dans l'amour, est le ciment de la vie à deux. Ainsi l'amour peut grandir, évoluer, accepter les mises en question que le temps entraîne ; il est fortifié par l'engagement du cœur et de l'esprit ".

Iconographie - [Culture]

Différentes interprétations iconographiques du Cantique des Cantiques

Peinture sur verre

 Peinture sur verre

Homoparentalité

Désigne la situation d'un couple de deux personnes de même sexe qui élèvent ou souhaitent élever un enfant. Dans notre société, la question est souvent discutée en relation avec la revendication de couples homosexuels qui désirent " avoir " ou adopter des enfants

Monoparentalité

On parle de monoparentalité lorsque, pour des raisons diverses, il n'y a pas ou plus de couple parental et que l'un des deux parents, le père ou la mère (mais dans notre société très généralement la mère) élève seul les enfants

Paganisme

Ce mot recouvre généralement les religions polythéistes (reconnaissant plusieurs dieux). Dans le proche orient ancien ce sont les religions contemporaines d'Israël et à l'époque du christianisme, la religion de l'empire romain. On désigne plus largement de ce mot l'attitude qui consiste à poser comme idoles des éléments de la nature ou des personnes, des idées, des réalisations humaines

Altérité

Le fait d'être autre, d'être différent de manière plus ou moins fondamentale : l'homme et la femme par exemple. Plus radicalement, on parle de l'altérité de Dieu qui ne se confond pas avec l'être humain

Conjugalité

Le fait d'être et de vivre en couple

Justifié/justification

Il s'agit d'une notion très importante chez l'apôtre Paul et pour la Réforme. Elle renvoie à la notion de justice : justifier quelqu'un peut se traduire par " regarder quelqu'un comme juste ". Se justifier dans le langage actuel veut dire que l'on cherche des moyens de prouver à l'autre qu'on a raison, qu'on est " juste " dans ce qu'on a décidé ou dans ce qu'on a fait, qu'on est " bien ". Le protestantisme insiste sur la " justification gratuite " comme base de toute relation à Dieu. Contrairement à ce que nous enseignent les relations humaines qui reposent la plupart du temps sur un donnant-donnant, Dieu n'attend rien de l'être humain pour le déclarer juste et acceptable. Dieu accepte l'être humain tel qu'il est et non sur la base de ce que celui-ci devrait faire. C'est dans ce sens-là que l'on parle de " gratuité " de la relation entre Dieu et les êtres humains

Paradis

Le mot vient d'une racine persane (pairi-daza) qui veut dire " parc " ou encore gréco-latine (qui se traduit par : " jardin entouré "). Dans l'histoire des religions, l'expression désigne un état préhistorique de paix, de bonheur et de tranquillité. Les représentations du paradis se caractérisent par une surabondance de fruits et un monde animal sans conflits.
Certaines traductions de la Bible rendent l'expression hébraïque " le jardin d'Eden " par " le paradis ". Dans l'histoire de la théologie, le paradis a souvent été considéré comme un lieu de bonheur originel qui aurait été perdu et qu'on aimerait retrouver.
Pour la tradition chrétienne notamment médiévale, le " paradis " était le lieu de béatitude éternelle des élus de Dieu, en opposition avec l'enfer où se trouvaient les damnés. Dans le langage courant, on utilise un lieu de bonheur parfait, de séjour enchanteur : " C'est le paradis ! "

Mythe/Mythologie

Les mythes sont des récits imagés qui visent à faire comprendre des réalités religieuses. En ce sens, on peut qualifier de "mythiques" les récits bibliques des origines. Mais si l'on pense à la mythologie antique où les dieux s'affrontent dans un lieu supraterrestre, non humain, il n'en est pas question dans la Bible. Pour celle-ci, tout se passe sur terre, dans le monde des humains et de leur histoire (à l'exception de quelques récits tardifs comme le Prologue de Job par exemple).

Genèse

Le livre de la Genèse figure au début de la Bible hébraïque alors même que la recherche exégétique a montré que les textes qui composent la Genèse sont souvent postérieurs à ceux des livres qui suivent (en particulier l'Exode). Le livre de la Genèse, comme son nom l'indique (genesis = commencement), raconte les débuts du monde et de l'humanité non comme un exposé historique mais comme la présentation du dessein de Dieu pour le monde et l'humanité. On distingue le récit des origines (chapitres 1-11) et le récit des patriarches (chapitres 12-50). Cette dernière partie comporte le cycle d'Abraham (chapitres 12-25), le cycle d'Isaac et Jacob (chapitres 26-36) et finalement l'histoire de Joseph (chapitres 37-50)

Orthodoxie

Le mot " orthodoxie " vient de deux mots grecs orthos : " ce qui est droit " et doxa : " l'enseignement, la doctrine ". Le terme " orthodoxie " peut être traduit par " la droite doctrine ". On appelle donc " orthodoxie " l'ensemble d' " opinions droites et vraies ", considérées comme telles par la fraction dominante d'une Eglise (et par extension de toute organisation) et enseignée officiellement. En ce sens, l'orthodoxie s'oppose à l'hétérodoxie (doctrines différentes, autres), et à l'hérésie (doctrines issue d'un choix, considéré comme non conforme à l'orthodoxie). Mais ce mot " orthodoxie " est aussi utilisé pour désigner les Eglises d'Orient séparées de l'Occident depuis le grand schisme de 1054 : les Eglises " orthodoxes "

Anthropologie

Ce mot vient de deux mots grecs : anthropos (l'humain) et logia (science). Il désigne la compréhension et la définition de l'être humain. Ainsi on parle d'anthropologie biblique pour exprimer la manière dont la Bible décrit la condition humaine.

Ethique

Ce mot est souvent confondu avec celui de morale dont il est proche. L'un et l'autre désignent ce qui permet de déterminer les finalités de la vie humaine, ce qui est bien et mal, bon et mauvais, juste et injuste. On peut toutefois les distinguer en désignant du terme morale les dispositions et prescriptions concrètes (dont le moralisme est la forme extrême) et du terme " éthique " les orientations ou convictions générales permettant à chacun de s'orienter dans ses comportements.
Pour le chrétien, l'expérience de la foi, ne se réduit pas à une pure intériorité. Elle s'exprime et se traduit concrètement au cœur de la réalité du monde par des paroles et des actes. L'éthique donne des indications, qui permettent de vivre et d'agir dans la foi. On ne peut pas tirer de la Bible une éthique qui serait directement transposable pour aujourd'hui. Il faut plutôt essayer de comprendre comment les auteurs bibliques ont affronté les questions éthiques de leur temps et, à cette lumière, tenter de répondre aux défis de notre époque

Fantasme

Du grec phantasma, apparition, vision, image. Au sens large, ce mot désigne une production de l'imagination par laquelle on croit pouvoir échapper à la réalité. Le fantasme a ici un caractère d'inconsistance et d'illusion.
Dans le vocabulaire de la psychanalyse, c'est un scénario imaginaire, où le sujet est présent. Le fantasme représente l'accomplissement d'un désir, en dernier ressort inconscient. Mais il le fait d'une manière plus ou moins déformée par les interdits et les mécanismes de défense. Le fantasme se présente sous des modalités diverses telles que rêveries diurnes ou rêves nocturnes.

Norme

Vient du latin norma, qui signifie l'équerre, la règle. La norme, c'est ce qui doit être. Plus largement ce mot désigne l'état habituel, l'attitude la plus fréquente, conforme à la majorité des cas. C'est-à-dire ce qui est " normal ".
Dans le langage de l' éthique, la norme peut aussi bien désigner une règle morale stricte prescrivant ce qu'on doit faire et ce qui est interdit, qu'un principe plus général donnant une indication ou une orientation pour guider le comportement.

Clé herméneutique

On parle de "clé herméneutique" pour désigner un critère, un point de vue à partir desquels on interprète un texte, biblique ou autre. Ce peut être une conviction personnelle, une référence doctrinale à partir de laquelle on reçoit et apprécie le texte. Ainsi chez les protestants, on lit la Bible à partir de l'affirmation centrale de la "justification par la foi".

Dans une discussion qui porte sur l'interprétation d'un texte biblique, il est important de s'interroger sur les différentes clés herméneutiques que les uns et les autres utilisent. Dire que l'on utilise une "clé herméneutique" veut dire aussi qu'on affirme ne jamais être totalement "neutre" devant un texte. On y vient avec nos convictions, nos a priori... qu'il vaut mieux ne pas ignorer.

Contingences

Les circonstances, les accidents et limites qui constituent la trame de l'existence humaine. Parler des contingences de la vie, c'est affirmer que l'existence est fragile et que l'être humain est soumis à des événements qu'il ne maîtrise pas. C'est une autre manière de dire la finitude humaine

Exégèse

Du grec exegeomai qui signifie "mener en dehors de" . Appliquée à des textes, l'exégèse cherche donc à les expliquer et à en dégager le sens, à en donner une interprétation. Plusieurs méthodes existent (structurale, historico-critique, narrative...).

Lévirat

Selon une coutume israélite, le beau-frère, ou, à défaut, le plus proche parent d'une veuve sans enfant a l'obligation d'épouser celle-ci. Le but est d'assurer une descendance au mari décédé. Deutéronome 25,5-10

Magistériel/magistère

L'étymologie du mot magistère renvoie à " maître " (en latin, magister). Le " magistère " est donc, dans une Eglise, l'autorité spirituelle ou doctrinale qui définit et exprime la vérité de la foi chrétienne. Ce magistère peut être une personne, mais aussi un groupe de personnes.
Dans un contexte laïc, une décision magistérielle est une décision qui ne souffre pas de discussion mais qui s'impose.

Révélation

Du latin revelare : dévoiler, faire connaître. Dans le domaine religieux, c'est la Vérité que Dieu donne à connaître. Cette vérité est d'ordre spirituel. Ce n'est pas un savoir accessible par simple raisonnement humain

Saint Esprit

Dans le Nouveau Testament, l'Esprit rend présent le Christ ressuscité à l'œuvre dans la vie des croyants. Il est donné aux apôtres à la Pentecôte (Actes 2) pour en faire des témoins. L'évangile de Jean parle de " l'Esprit qui conduit dans toute la vérité " (Jean 16,13). La tradition en a fait la " troisième personne de la Trinité " : Père, Fils et Saint Esprit.

Théologien

Est théologien toute personne qui s'efforce de rendre compte de sa foi en Dieu, de sa compréhension du message biblique. Cet effort de réflexion pourra l'amener à interroger les convictions religieuses établies, notamment en rendant attentif au contexte qui les a vu naître. Plus habituellement, on utilise ce mot pour désigner une personne qui a acquis une formation théologique universitaire et qui travaille souvent à partir des sciences humaines pour entrer en dialogue avec d'autres approches de l'humain

Transcendance

D'une racine latine qui veut dire "ce qui franchit, dépasse" . Dans le domaine philosophique ou religieux, on désigne de ce mot des réalités qui se situent hors de portée ou de connaissance de l'être humain.
Quand on parle de la transcendance de Dieu, on souligne son caractère insaisissable. La transcendance du Dieu chrétien n'exclut toutefois pas la proximité de Dieu qui s'incarne en Jésus Christ, Dieu Emmanuel ("Dieu avec nous"), celui qui se tient aux côtés de l'humain...

Eschatologie

Du grec eschatos, dernier, et logos, discours. Il s'agit de la compréhension des " choses dernières ", " des derniers temps ", de " la fin du monde ". Israël a toujours été tourné vers l'avenir, et l'Ancien Testament parle de ce temps où Dieu rétablira la justice et la paix. Dans le Nouveau Testament, Jésus annonce que le Royaume de Dieu est déjà là. Mais ce Royaume ne sera réalisé qu'à la fin des temps quand le Christ reviendra.

Hédonisme

Ce mot vient du grec hèdonè, le plaisir. Il s'agit d'une doctrine qui fait du plaisir l'élément essentiel de la vie. Cela débouche sur une philosophie ou une morale qui a comme critère décisif l'évitement de la douleur et la recherche du plaisir maximum. Sont considérés comme bons les actes qui y contribuent

Royaume de Dieu/Royaume des cieux

Le mot grec peut être traduit par royaume, règne ou royauté. Le Royaume de Dieu ou des cieux est là où Dieu règne. Ce n'est pas un lieu spécifique mais plutôt une relation particulière entre Dieu et les hommes qui se traduit dans des relations de paix, de justice et de fraternité entre les hommes. Jésus annonce qu'il est déjà présent, de manière non éclatante, comme une semence. Il est appelé à une plénitude à la fin des temps quand le Christ reviendra