Module Grandes figures de l'Ancien Testament



Moïse



Livre de l'Exode chapitre 3, versets 1-15

Traduction Nouvelle Bible Segond

 

 1 

Moïse faisait paître le petit bétail de Jéthro, son beau-père, qui était prêtre de Madian ; il mena le troupeau au-delà du désert et arriva à la montagne de Dieu, à l'Horeb.

 2 

Le messager du SEIGNEUR lui apparut dans un feu flamboyant, du milieu d'un buisson. Moïse vit que le buisson était en feu, mais que le buisson ne se consumait pas.

 3 

Moïse dit : Je vais faire un détour pour voir ce phénomène extraordinaire : pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas ?

 4 

Le SEIGNEUR vit qu'il faisait un détour pour voir ; alors Dieu l'appela du milieu du buisson : Moïse ! Moïse ! Il répondit : Je suis là !

 5 

Dieu dit : N'approche pas d'ici ; ôte tes sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sacrée.

 6 

Il ajouta : Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob. Moïse se détourna, car il avait peur de diriger ses regards vers Dieu.

 7 

Le SEIGNEUR dit : J'ai bien vu l'affliction de mon peuple qui est en Egypte, et j'ai entendu les cris que lui font pousser ses tyrans ; je connais ses douleurs.

 8 

Je suis descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens et pour le faire monter de ce pays vers un bon et vaste pays, un pays ruisselant de lait et de miel, là où habitent les Cananéens, les Hittites, les Amorites, les Perizzites, les Hivvites et les Jébusites.

 9 

Maintenant, les cris des Israélites sont venus jusqu'à moi, et j'ai vu l'oppression que les Egyptiens leur font subir.

 10 

Maintenant, va, je t'envoie auprès du pharaon; fais sortir d'Egypte mon peuple, les Israélites !

 11 

Moïse dit à Dieu : Qui suis-je pour aller auprès du pharaon et pour faire sortir d'Egypte les Israélites ?

 12 

Dieu dit : Je serai avec toi; et voici quel sera pour toi le signe que c'est moi qui t'envoie : quand tu auras fait sortir d'Egypte le peuple, vous servirez Dieu sur cette montagne.

 13 

Moïse dit à Dieu : Supposons que j'aille vers les Israélites et que je leur dise : " Le Dieu de vos pères m'a envoyé vers vous." S'ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je ?

 14 

Dieu dit à Moïse : Je serai qui je serai. Et il ajouta : C'est ainsi que tu répondras aux Israélites : ""Je serai" m'a envoyé vers vous."

 15 

Dieu dit encore à Moïse : Tu diras aux Israélites : "C'est le SEIGNEUR (YHWH), le Dieu de vos pères, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob, qui m'a envoyé vers vous." C'est là mon nom pour toujours, c'est mon nom tel qu'on l'évoquera de génération en génération.


  • Pourquoi Moïse fait-il un détour ?
  • A votre avis, Dieu répond-il à la question de Moïse qui lui demande son nom ?
  • Quel est l'acteur principal de cet épisode ?
  • Pourquoi et comment Dieu intervient-il ?

Cliquez sur les termes soulignés : les notices s’affichent en dessous de ce texte

Livre de l'Exode chapitre 3, versets 1-15

Traduction Nouvelle Bible Segond

 

 1 

Moïse faisait paître le petit bétail de Jéthro, son beau-père, qui était prêtre de Madian ; il mena le troupeau au-delà du désert et arriva à la montagne de Dieu, à l'Horeb.

 2 

Le messager du SEIGNEUR lui apparut dans un feu flamboyant, du milieu d'un buisson. Moïse vit que le buisson était en feu, mais que le buisson ne se consumait pas.

 3 

Moïse dit : Je vais faire un détour pour voir ce phénomène extraordinaire : pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas ?

 4 

Le SEIGNEUR vit qu'il faisait un détour pour voir ; alors Dieu l'appela du milieu du buisson : Moïse ! Moïse ! Il répondit : Je suis là !

 5 

Dieu dit : N'approche pas d'ici ; ôte tes sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sacrée.

 6 

Il ajouta : Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob. Moïse se détourna, car il avait peur de diriger ses regards vers Dieu.

 7 

Le SEIGNEUR dit : J'ai bien vu l'affliction de mon peuple qui est en Egypte, et j'ai entendu les cris que lui font pousser ses tyrans ; je connais ses douleurs.

 8 

Je suis descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens et pour le faire monter de ce pays vers un bon et vaste pays, un pays ruisselant de lait et de miel, là où habitent les Cananéens, les Hittites, les Amorites, les Perizzites, les Hivvites et les Jébusites.

 9 

Maintenant, les cris des Israélites sont venus jusqu'à moi, et j'ai vu l'oppression que les Egyptiens leur font subir.

 10 

Maintenant, va, je t'envoie auprès du pharaon; fais sortir d'Egypte mon peuple, les Israélites !

 11 

Moïse dit à Dieu : Qui suis-je pour aller auprès du pharaon et pour faire sortir d'Egypte les Israélites ?

 12 

Dieu dit : Je serai avec toi; et voici quel sera pour toi le signe que c'est moi qui t'envoie : quand tu auras fait sortir d'Egypte le peuple, vous servirez Dieu sur cette montagne.

 13 

Moïse dit à Dieu : Supposons que j'aille vers les Israélites et que je leur dise : " Le Dieu de vos pères m'a envoyé vers vous." S'ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je ?

 14 

Dieu dit à Moïse : Je serai qui je serai. Et il ajouta : C'est ainsi que tu répondras aux Israélites : ""Je serai" m'a envoyé vers vous."

 15 

Dieu dit encore à Moïse : Tu diras aux Israélites : "C'est le SEIGNEUR (YHWH), le Dieu de vos pères, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob, qui m'a envoyé vers vous." C'est là mon nom pour toujours, c'est mon nom tel qu'on l'évoquera de génération en génération.


Après étude du texte, nous vous proposons une série de questions qui vous permettront d'actualiser le texte, et de faire de ce récit le vôtre
(nb : les visuels associés aux questions sont uniquement présents pour vous inspirer, mais ne constituent pas un élément de réponse)

Partager avec l'équipe Théovie vos réflexions


  • 20031028232001


    Vous arrive-t-il de résister à des appels en vue d'une mission ? Quels arguments mettez-vous généralement en avant ?

  • 20031028232123


    Y a-t-il des interlocuteurs qui arrivent à vous faire changer d'avis en levant vos objections ? Comment s'y prennent-ils ?

  • 20031028232210


    Par rapport à quelles situations personnelles ou collectives Dieu paraît-il être libérateur ?

  • 20031028232308


    Un Dieu aussi insaisissable, n'est-il pas insécurisant pour la foi ?



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Soyez acteur de votre lecture


  • En quoi consiste la mission que Dieu confie à Moïse ? Pour quelles raison Moïse refuse-t-il la mission ? Lire jusqu'en Ex 4,17.
  • Quelles sont les principales articulations du passage et décrivez ce qui s'y déroule ?
  • Quelle est l'intention d'ensemble de cette histoire ? Lecture d'Ex 3,1-15 dans le contexte de l'Ancien Testament
  • Quelle est l'utilité de la théophanie ("Dieu qui se donne à voir"), Ex 3,1-4 ? Comment interpréter le feu du buisson et le fait que celui-ci ne se consume pas ? Lire Juges 6,13-21 et Genèse 12,7-9.
  • Le récit a-t-il "vraiment" besoin de l'indication du retrait des sandales, Ex 3,5-6 ? Quel est le rôle de ce rite ?
  • Lire Josué 5,13-15.
  • Dieu conduit Israël dans un pays qui est déjà habité en Ex 3,7-8. Que peut-on dire des relations à venir entre Israël et les peuples de ce pays ? Deutéronome 7,1s.
  • La mission de Moïse ressemble à celle d'un prophète en Ex 3,9-12 ? Pourquoi cette proximité ? Lire Jérémie 1,4-10.
  • Quel rôle joue la montagne et le culte de Dieu au regard de l'Egypte, Ex 3,9-12 ? Lire aussi Ex 19.
  • Pourquoi le texte insiste-t-il autant sur le nom de Dieu, Ex 3,13-15 ? Lire Ex 6,1-3.
  • Quelle est la place de Ex 3,1-15 (et d'Ex 3,16-4,17) dans l'ensemble d'Ex 1-6 ?

Un peu de culture...

Iconographie

Pourquoi Moïse est-il représenté avec des cornes ?

Moïse, cornes, Michel-Ange

Est-ce une histoire de traduction? Le mot hébreu Quaran veut dire effectivement "cornu" (au sens propre), mais aussi "rayonner" au sens figuré.
Dans sa version en latin à partir de l'hébreu, Saint Jérôme a traduit le mot hébreu par "cornu". Quand Moïse est descendu du Mont Sinaï, le texte dit que son visage "rayonnait" (Exode 34,29). Comme la traduction de saint Jérôme se répandait, beaucoup de sculpteurs ont repris l'image décrite. Ainsi Michel-Ange, sculpte au 16ème siècle un Moïse cornu sur le tombeau de Jules II qui se trouve dans l'église Saint Pierre-aux-Liens à Rome.

Pour celles et ceux qui veulent aller plus loin et entendre une autre explication possible, voici l'explication qu'en donne le professeur Thomas Röhmer: http://www.college-de-france.fr/default/EN/all/mil_bib/milieux_bibliques__1.jsp

Marc Chagall (1887-1985) peint Moïse :

- Moïse devant le buisson ardent (Musée national Marc Chagall, Nice)
Huile sur toile ; H 195 ; L 312 : http://www.musees-nationaux-alpesmaritimes.fr/img?src=/library/fond%20chagall/Mose%20devant%20le%20Buisson%20Ardent.jpg&w=390&h=500

- Moïse recevant les tables de la loi :

Moïse recevant les tables de la loi

Buste de Ramsès II (British Museum):

Il se pourrait que ce soit lui dont parle la Bible dans le livre de l'Exode :

http://www.histoire-fr.com/images/ramses_II_british_museum.gif


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Moïse faisait paître le petit bétail de Jéthro - [Clés de lecture]

20031116205243

La figure du berger, sujet d'une sollicitation divine, est un motif familier dans l'Ancien Testament. Il rappelle la figure du patriarche, Jacob, berger au service de Laban, son beau-père (Genèse 29-31) comme Moïse l'est au service de son beau-père. Il évoque David, berger chez son père Jessé en 1Samuel 16, avant de devenir roi d'Israël. Que Moïse soit berger pourrait paraître anodin et normal, mais pour le narrateur, voilà une manière de préparer le lecteur à la vie extraordinaire de Moïse. Dans le corpus biblique, cette fonction indique déjà les prérogatives de Moïse. Il va occuper une fonction royale et devenir le seul médiateur et le législateur légitime, lorsqu'Israël n'aura plus aucune institution.
Jéthro est prêtre en Madian. La divinité à laquelle Jéthro est attachée n'est pas nommée. La suite du récit suggère pourtant que Jéthro est prêtre de Yhwh (Genèse 18) puisque son serviteur Moïse conduit son troupeau à la montagne de Dieu. Le livre de l'Exode souligne avec bienveillance la parenté matrimoniale et la connivence spirituelle des Madianites avec les Israélites.

La montagne de Dieu - [Clés de lecture]

20031116205331

Moïse semble arriver fortuitement à la montagne de la divinité. Mais le récit n'indique-t-il pas par ce déplacement une quête ? Quoi qu'il en soit, la montagne devient le cadre de tout le récit qui se développe jusqu'en Exode 4,17. La montagne est le lieu d'une rencontre surprenante et d'une manifestation inattendue de Dieu. Dans la suite du texte, la montagne va représenter l'anti-Egypte pour les Israélites, le symbole de la mission réussie et de la libération accomplie. En effet sur cette montagne, les Israélites serviront Dieu et ne seront plus serviteurs (esclaves) des Egyptiens. La montagne et le service de Dieu sont signes de la liberté retrouvée. C'est donc un lieu de première importance dans les livres bibliques. Sur cette montagne, Dieu donne à Israël la loi qui lui permet de vivre cette liberté retrouvée, Exode 20.
Par cette première action qui le mène du désert à la montagne, Moïse préfigure-t-il et anticipe-t-il le cheminement du peuple d'Israël qui passera du désert à la montagne du Sinaï en Exode 17-19 ?

Le buisson ne se consumait pas - [Clés de lecture]

20031116211913

En Exode 3,3-4, Dieu se manifeste à Moïse de deux manières, par la vision d'un " feu flamboyant", et par une parole. Comme bien des théophanies de l'Ancien Testament, il y a là une manière solennelle d'inaugurer une nouvelle histoire et de faire rebondir une situation difficile. Moïse est un fuyard, un migrant, le nom de son enfant en Exode 2,22 dit sa situation, cet enfant s'appelle "Guershom" ("immigré"), car dit-il, "je suis un immigré dans un pays étranger".
La figure de Yhwh sous la forme d' ange (ou de messager) de Dieu se retrouve dans bien des récits : Genèse 18,1s et 28,12. Il y a une contradiction avec le v.6 qui note que Moïse s'est voilé le visage pour ne pas voir Dieu. Cette mention fait allusion à Ex 33,20 où il est indiqué que l'être humain ne peut voir Dieu et vivre. Les textes bibliques se posent la question de la manière de vivre devant Dieu. Les Israélites auront le privilège unique de vivre en sa présence et de voir Dieu en Exode 24,10. Une situation qui ne se renouvellera plus. Les textes bibliques soulignent que Dieu se laisse approcher sans se laisser véritablement voir, Exode 33,18-19. Il y a là une manière de dire l'altérité de Dieu et son caractère insaisissable.
Le feu qui "brûle et ne brûle pas" indique que Dieu est maître de l'élément, ce qui provoque l'étonnement de Moïse et le conduit à s'approcher. Cette flamme qui ne s'éteint pas symbolise la vie renaissante. Du milieu du buisson Dieu rattrape Moïse en l'appelant. C'est en raison de cet appel qu'Exode 3,1-15 est un récit de vocation. Le "je suis là" ou "me voici" de Moïse indique l'obéissance ou la disponibilité, cette attitude est comparable à celles d'Abraham et d'Isaac en Genèse 22 ou à celle de Samuel en 1Samuel 3. Cette réponse fait de lui un serviteur de Dieu. Dans le cadre des déplacements de Moïse, ce dernier est parti d'Egypte pour Madian et son voyage vers l'Horeb l'éloigne de l'Egypte. De l'Horeb, Dieu va le renvoyer vers l'Egypte pour libérer son peuple. Le buisson qui brûle et ne brûle pas fonctionne comme un "sens interdit". Moïse ne peut aller plus loin et le fait de "retirer ses sandales" indique d'une certaine manière que le déplacement dans ce sens s'arrête. Moïse ne peut plus s'éloigner de l'Egypte.

Sandales - [Clés de lecture]

20031116205520

Les commentateurs juifs, se référant au danger de marcher pied nu dans le désert, rappellent...: "Jamais un serpent ou un scorpion n'a blessé qui que ce soit dans la Ville Sainte, et c'est dans ce sens que nous devons comprendre l'injonction divine faite à Moïse : "ôte tes chaussures" - ici ne crains point la morsure des serpents car l'endroit où tu te trouves est un sol sacré, il te protège de tout danger."
Certaines explications font valoir le fait que les chaussures fabriquées en peau d'animaux (morts) étaient considérées comme impures. Ce texte a un équivalent et s'inspirerait de Josué 5,13-15.

Terre sacrée - [Clés de lecture]

20031116211119

Dans le reste des cinq premiers livres de la Bible il ne sera jamais plus question du "retrait des sandales" qui demeure donc une singularité. Ce rite est une manière de souligner la sainteté de la montagne sur laquelle Moïse se trouve, et de signifier l'altérité de Dieu. Ce geste peut être déjà considéré comme le signe d'une grande proximité de Moïse avec Dieu. Moïse est celui qui demeure près de Dieu, chez Lui, et de nombreux passages diront cette proximité de Dieu et de Moïse.
Le récit introduit ici le motif de la sainteté liée à la présence de Dieu. C'est un thème qui court dans le livre de l'Exode et qui sera développé essentiellement dans la dernière partie du livre qui concerne la construction du sanctuaire où Dieu doit demeurer (Ex 25-40). Le motif de la présence de Dieu au milieu d'Israël est développé dans le récit de la fabrication du taurillon en or en Ex 32-34. La question de ceux qui composent ces textes est de savoir comment Dieu qui est saint peut être présent au milieu d'un peuple enclin à pécher. La présence de Dieu et l'approche de la sainteté divine nécessitent des médiations, celles des prêtres et d'un certain nombres de rites.
Le v.6 présente et nomme la divinité qui apparaît à Moïse. Jusqu'à présent seul le lecteur connaissait la divinité qui était apparue dans le buisson. Cette présentation mentionne le nom des patriarches. La tension entre le singulier, "ton père", et la mention plurielle des patriarches : le dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, indique que le narrateur veut identifier le Dieu de Moïse au Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Pointe ici le souci de dire la continuité et l'unité de Dieu et d'Israël.
Conformément à Ex 33,20, Moïse ne voit pas Dieu. L'épisode annonce le renouvellement de l' alliance en Ex 32-34.

Les cris - [Clés de lecture]

20031116205720

Les versets 7-8 décrivent la situation d'oppression que subit Israël en Egypte. Face à cette situation, Dieu est celui qui "entend le cri". Il y a là une "caractérisation" de Dieu qui parcourt les textes bibliques. Cette représentation du "Dieu qui écoute la détresse" reflète une expérience religieuse forte. En regardant le passé, Israël constate que Dieu fut présent au creux des situations les plus difficiles et qu'il a ouvert un avenir malgré les catastrophes de l'histoire. Cette promesse annonce la sortie d'Egypte racontée en Exode 14.
La formule "mon peuple" est utilisée ici pour la première fois pour qualifier Israël. Israël devient le peuple de Dieu en Egypte par l'intervention gracieuse de Dieu qui le "fait monter". Une des origines d'Israël se situe en Egypte avec cette tradition d'une libération socio-politique d'un groupe d'esclaves. Plusieurs témoins bibliques font naître Israël en Egypte au moment où Dieu choisit d'intervenir Ezéchiel 20,5-7. Selon Osée, le lieu de la rencontre entre Israël et Yhwh : c 'est l'Egypte, Dieu est devenu Dieu d'Israël en Egypte, Osée 12,10.

Le pays ruisselant de lait et de miel - [Clés de lecture]

20031116205810

En Exode 3,8, le but de la libération est d'atteindre un bon et vaste pays. L'expression utilisée " ruisselant de lait et de miel" est fréquente dans l'Ancien Testament, elle dit la prospérité du pays vers lequel Israël s'engage. Un prospérité et une abondance dont Dieu est le garant, ce qui correspond tout à fait à la représentation de Dieu comme "Dieu climatique", maître du feu.
Le pays promis est déjà habité par six peuples. Ces noms sont ceux d'ethnies qui constituaient le plus souvent des petits royaumes autour d'une cité principale. On appelait ce mode d'organisation : les cités-états. Ainsi Jérusalem était tenue par les Jébusites avant la prise de la ville par David autour de l'an 1000 av. JC (2Samuel 5). Ces peuples sont ceux que les Israélites vont affronter au moment d'entrer dans le pays. Certains de ces noms sont connus, d'autres moins. La liste de ces peuples est plus symbolique qu'historiquecf. entrée Abraham, contexte Temps des patriarches et en les nommant le compositeur insiste sur l'origine étrangère d'Israël. Israël n'est pas issu de Canaan. Cette façon de représenter Israël est en tension avec l'idée qu'Israël a des racines claniques en Canaan (cf. les traditions patriarcales de la Genèse)

Habitent - [Clés de lecture]

La liste des noms de peuples se trouve également à plusieurs reprises dans le Deutéronome et dans le livre de Josué. Il s'agit d'une liste stéréotypée de six ou sept noms qui connaît quelques variantes. Elle désigne essentiellement les occupants originels de la terre de Canaan qu'Israël combat lors de l'installation dans ce pays. En Deutéronome 7,1, il s'agit des peuples que Dieu chasse devant Israël ou encore des peuples avec lesquels Israël ne peut avoir de relations matrimoniales (refus de se marier avec les habitants du pays). Ils constituent une menace plus symbolique qu'historique et servent de faire valoir à une théologie d'exclusion qui engage Israël à servir Dieu seul et à ne pas avoir de contacts avec ces peuples pour ne pas emprunter leurs cultes et leurs pratiques

Maintenant, va ! - [Clés de lecture]

20031116205941

Après la manifestation divine et l'annonce du projet libérateur, Dieu ordonne à Moïse de partir. Avec les versets 10 à 15, commence la série des objections de Moïse à être l'envoyé de Dieu. Moïse pose la question de sa compétence. Dieu l'assure de sa présence à ses côtés. Le service fidèle de Dieu sera un mémorial de la libération reçue. La montagne représente bien l'anti-Egypte, puisque le service de Dieu s'oppose ici directement à la servitude d'Egypte. Lorsque Israël célèbre son Dieu, il dit sa reconnaissance pour la liberté retrouvée. C'est l'essence même du culte rendu à Dieu dans lequel le célébrant dit sa reconnaissance pour la grâce et la liberté reçues. Moïse anticipe la libération d'Israël.
Mais Moïse ne se satisfait pas de l'assurance de la présence de Dieu à ses côtés et pose la question de sa légitimité par rapport aux "fils d'Israël" qui sont nommés ici. Pour Moïse, l'enjeu après le dialogue avec Dieu est de persuader le peuple que Moïse est un envoyé de Yhwh. D'où la question de l'identité de Dieu. Qui t'envoie ? De quel Dieu Moïse est-il le messager ?
Les versets 9-12 constituent un récit de vocation selon une forme maintes fois observée dans les récits d'envoi des prophètes. Cette manière de présenter la vocation de Moïse fait de lui le premier prophète. Dans la suite du Pentateuque, Moïse est considéré comme le prophète par excellence, Deutéronome 34,10. Au v.12, "aller vers le pays" signifie aussi y servir Dieu. Le but de la libération dépasse la seule levée de l'oppression. Le signe même de la libération, c'est le service de Yhwh opposé à la servitude ; le service de Dieu est l'horizon de la libération. Ce verset associe Exode et culte de Dieu à l'Horeb. Ainsi, le peuple est appelé de la servitude au service.
Le récit d'Ex 3,9-12 prépare la tâche de Moïse. Il sera successivement libérateur puis législateur, il donne à Israël la loi de Dieu. Il sera aussi médiateur entre les Israélites et Dieu, c'est lui qui intercède à plusieurs reprises pour le salut des Israélites

Le Dieu de vos pères m'a envoyé vers vous - [Clés de lecture]

Le questionnement des Israélites porte moins sur la compétence de Moïse que sur l'identification de Celui qui l'envoie. Le Dieu de l'Horeb est-il le même que le Dieu des pères des Israélites ? Cette identification ouvre un long développement qui se poursuit au delà d'Ex 3,15 jusqu'en Ex 4,17.

Je serai qui je serai et le nom de Yhwh - [Clés de lecture]

20031116211221

L'explication donnée à Moïse par Dieu indique que Son nom est indéterminé : " je serai qui je serai". Cette formule, sans être un véritable nom propre, dit de Dieu qu'il demeure autre et insaisissable. Avec cette explication, l'identité de Dieu se décline dans une relation privilégiée à un peuple particulier par rapport à son passé, à son présent et à son avenir. Yhwh se donne à connaître dans l'histoire même de son peuple.
Le nom de Yhwh porte sur la racine être, hâyâh conjuguée à l'inaccompli de la première personne. Le mode inaccompli en hébreu est ce qui concerne le présent et le futur, ce sont les actions en cours. Le Dieu qui se révèle n'est pas un "dieu paresseux", mais il apparaît dans une dynamique et une promesse que le narrateur révèle sans pouvoir la saisir. Cette façon de se présenter dans une dynamique et dans une forme d'indétermination est une manière de dire que Dieu échappe à la mainmise de l'homme, mais qu'il est maître de l'histoire et qu'il va entrer an conflit avec l'Egypte. C'est Lui qui garde l'initiative de la rencontre (v.12) et le mystère de son Nom. Il s'affirme comme le Dieu autre. La formule dit bien l'altérité de Dieu.

Ex 3,1-15 - [Contexte]

Il s'agit d'un récit charnière entre les premiers chapitres du livre de l'Exode qui rapportent la situation d'oppression des Israélites en Egypte, oppression qui pousse Moïse à fuir et les chapitres 4-6 où Moïse retourne en Egypte pour affronter pharaon au nom du projet libérateur de Dieu. Ex 3,1-4,17 se situe au centre de la première section du livre de l'Exode.

Ex 1-2

La situation d'Israël et la naissance du héros Moïse

Ex 3,1-4,17

La rencontre de Dieu sur la montagne

Ex 4,18-6,27

Le retour de Moïse en Egypte auprès du peuple et contre pharaon

Le centre du passage appartient à un ensemble plus large qui va jusqu'à Ex 4,17. Il y a deux déplacements : en Ex 3,1, Moïse s'en va de chez Jéthro pour faire paître les troupeaux dans la montagne de l'Horeb, en Ex 4,18-20, Moïse retourne chez Jéthro, qu'il quitte pour aller en Egypte. Toute l'histoire d'Ex 3,1-4,17 se déroule en un seul lieu, la montagne de Dieu. Cela indique l'unité de cet épisode. Le récit est aussi construit autour d'un dialogue entre Moïse et Dieu.

Ex 3,3

"Je vais faire un détour"

Ex 3,4

"Me voici"

Ex 3,11

"Qui suis-je pour aller vers Pharaon ?"

Ex 3,13

"Quel est son nom ?"

Ex 4,1

"Ils ne me croiront pas, ils n'entendront pas ma voix"

Ex 4,10

"je ne suis pas doué....j'ai la bouche lourde"

Ex 4,13

"Envoie le dire par qui tu voudras!"

 

Aux questions et objections de Moïse, Dieu répond par des discours plus ou moins développés. Ex 3-4 raconte comment Moïse résiste à l'appel qui lui est adressé et comment de fuyard il devient ambassadeur auprès de pharaon ; de conducteur de troupeaux chez Jéthro, il devient conducteur de peuple pour Yhwh. Dieu réussit à convaincre Moïse après plusieurs rebondissements.

Alliance - [Contexte]

20031121001919

L'alliance est une faveur dont Dieu a l'initiative et que Dieu accorde à Israël. Dieu lui offre par cette relation une forme de bonheur. La formule typique de cette relation privilégiée est la suivante : "il sera ton Dieu, tu seras son peuple", avec différentes variantes : Ex 19,6. Même si les deux partenaires demeurent libres l'un et l'autre, la relation n'est pas symétrique. Israël peut accepter ou refuser, mais il assume les conséquences de son choix. Israël est dans la positon du vassal. Il a des obligations vis-à-vis de Dieu, son seul suzerain. Ces obligations sont contenues dans la Loi. Tout le contrat repose sur le premier commandement "tu n'auras pas d'autres dieux que moi". Malgré le caractère contractuel, l'alliance est renouvelable car elle fut trahie à maintes reprises dans l'histoire d'Israël.
A cet usage de la notion d'alliance, s'ajoute une compréhension différente de l'alliance dans la Genèse (Gn 9,1-17, l'alliance avec Noé ; Gn 15,7-21 et Gn 17, l'alliance avec Abraham) et d'autres livres. La notion d'alliance est élargie. Par une promesse inamovible, elle concerne l'humanité dans sa quête de sécurité alimentaire et de vie. L'alliance est souvent unilatérale et perpétuelle. Dieu seul s'engage. Ce thème donne lieu à de nouveaux développements en Jerémie 31,31-34 ; Ezéchiel 16,59-63 ; Néhémie 8-10 avec l'expression "nouvelle alliance". Cela préfigure la manière dont le Nouveau Testament fait sien le motif de l'alliance nouvelle : Galates 3,15-18 ; Romains 9-11.

Exode - [Contexte]

Au coeur de l'histoire du peuple d'Israël, il y a la mémoire de la sortie d'Egypte que raconte le livre de l'Exode. Le nom du livre est tiré d'un mot grec qui signifie la sortie, le départ. En hébreu le livre s'appelle shemôt "noms". Le livre raconte l'événement fondateur par excellence par lequel le peuple d'Israël dit comment il est advenu comme peuple de Dieu. Lorsqu'il résume son histoire, Israël peut omettre de mentionner les patriarches, mais il n'oublie jamais la tradition de l'Exode, la libération d'Egypte, Deutéronome 4,32-40, 6,20-24.

Situation du texte - [Contexte]

Exode 1 fait le lien avec le livre de la Genèse et indique que le changement de pharaon va induire des relations plus difficiles entre le pharaon et les Israélites. En effet, la Genèse présente des relations pacifiques avec l'Egypte dans le cadre de l'histoire du patriarche Joseph. Le début du livre de l'Exode fait état d'une situation dans laquelle les Israélites deviennent une population corvéable et asservie. Après ce tableau général, le chapitre 2 de l'Exode est consacré au personnage de Moïse. Il raconte la légende de la naissance de Moïse, son sauvetage miraculeux des eaux du Nil et son adoption par la fille du pharaon. Le chapitre deux s'achève par la fuite de Moïse au pays de Madian après avoir commis un meurtre. Il est repoussé comme médiateur par ses propres frères israélites et obligé de quitter l'Egypte pour rester en vie et pour échapper à la condamnation égyptienne. En exil, au pays de Madian, Moïse épouse Cippora fille de Jéthro (Parallèles avec Genèse 27-35).
A partir d'Ex 4,21, Moïse est en route pour l'Egypte pour accomplir le projet de Dieu. En Ex 5, Moïse et Aaron vont chez le pharaon et cette rencontre provoque un durcissement des conditions de vie des Israélites. En Ex 6, Dieu promet d'intervenir pour délivrer les Israélites en raison de l'alliance. Les chapitres 7-11 sont une longue narration de la confrontation avec pharaon. Ils décrivent les dix fléaux imposés par Dieu à l'Egypte.

La figure du berger dans l'Ancien Testament - [Contexte]

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La figure du berger est une figure récurrente dans l'Ancien Testament : Abel, Genèse 4,1 ; Abraham au mode de vie semi-nomade, Genèse 13 ; Jacob, en Genèse 29-31, berger des troupeaux de son beau père Laban, évoque fortement la situation de Moïse ; le prophète Amos fut berger avant de devenir prophète, Amos 1,1. La figure du berger est plus que tout autre attachée à David. A l'occasion de sa désignation par Dieu, comme à l'occasion du combat contre Goliath, il est fait allusion à son travail de berger. En Ezéchiel 34, la figure du berger sert de métaphore pour le pouvoir royal, le prophète dénonce les chefs d'Israël comme de mauvais bergers et annonce que Dieu lui-même viendra "paître son troupeau". L'image du berger est aussi utilisée pour dire la fonction protectrice et bienfaisante de Dieu, Psaumes 23,1 ; 80,2.

Madian et Israël - [Contexte]

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Madian désigne un territoire à l'est de l'Araba et du golfe d'Aqaba au Nord de l'Arabie Saoudite. Les Madianites sont connus depuis le 12-11e siècle av. JC en raison de leurs contacts avec l'Egypte. Le nom inclut plusieurs clans dont les qénites auxquels ils sont associés et parfois identifiés, Juges 4,11.
Dans l'Ancien Testament, Les Madianites sont soit bergers soit plutôt commerçants caravaniers. Ils jouent un rôle important dans le commerce des gommes et de l'encens, Genèse 37.
Ils sont considérés de manière très positive en Israël, (Exode 2-3 et 18) ou au contraire comme des ennemis (Nombres 22,4s ; 25,31).

Les dix plaies d'Egypte - [Contexte]

Les dix plaies d'Egypte:

  1. eau du Nil changée en sang
  2. invasion de grenouilles
  3. invasion de moustiques
  4. invasion de mouches
  5. épizootie
  6. ulcères
  7. grêle
  8. nuée de sauterelles
  9. ténèbres sur tout le pays
  10. mort des premiers nés.

La montagne de Dieu - [Contexte]

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La montagne est le lieu d'habitation et de révélation divine par excellence ; le Sinaï, la montagne de Sion sont la résidence de Yhwh. Il est probable que la montagne de Dieu, dont la localisation demeure incertaine, fut d'abord un ancien sanctuaire et lieu cultuel lié aux tribus madianites ou qénitescf. module 1ère approche, entrée un vieux texte.
Dans le Proche Orient Ancien, la montagne est fréquemment associée aux divinités. Elle qualifie les dieux de l'orage. A Ougarit, Baal, grand dieu de l'orage, habite le mont Saphon et est appelé Baal Saphon. La montagne (cosmique) est le point de jonction entre le ciel et la terre, le centre du monde. Le phénomène de divinisation des montagnes et d'identification avec des divinités est connu. En Canaan plusieurs montagnes sont des montagnes des dieux : le Liban, l'Hermon, le Tabor, le Carmel. En 1Rois 20,23, le Dieu d'Israël est qualifié de "dieu des montagnes" par les Araméens.

Itinéraires de Moïse - [Espace temps]

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Légende de la naissance - [Espace temps]

La légende de la naissance de Moïse offre maints parallèles avec celle de l'avènement du roi usurpateur, Sargon d'Akkad en Babylonie au 25e siècle av. JC, qui fut lui aussi miraculeusement sauvé des eaux ; il y a là un motif pour légitimer une entrée en fonction ou une prise de pouvoir.

Carte de situation du Mont HOREB - [Espace temps]

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La parenté de Moïse avec Jéthro et la région de Madian - [Textes bibliques]

Le beau père de Moïse porte encore le nom de Hobab en Nombres 10,29 et le nom de Réouël en Exode 2,18.

Exode 2,11-22
Or, en ces jours-là, Moïse, qui avait grandi, sortit vers ses frères et vit ce qu'étaient leurs corvées. Il vit un Egyptien frapper un Hébreu, un de ses frères. S'étant tourné de tous côtés et voyant qu'il n'y avait personne, il frappa l'Égyptien et le dissimula dans le sable. Le lendemain, il sortit de nouveau : voici que deux Hébreux s'empoignaient. Il dit au coupable : " Pourquoi frappes-tu ton prochain ?" - "Qui t'a établi chef et juge sur nous ?" dit l'homme. "Penses-tu me tuer comme tu as tué l'Egyptien ?" Et Moïse prit peur et se dit : " L'affaire est donc connue !" Le Pharaon entendit parler de cette affaire et chercha à tuer Moïse. Mais Moïse s'enfuit de chez le Pharaon ; il s'établit en terre de Madiân et s'assit près du puits. Le prêtre de Madiân avait sept filles. Elles vinrent puiser et remplir les auges pour abreuver le troupeau de leur père. Les bergers vinrent les chasser. Alors Moïse se leva pour les secourir et il abreuva leur troupeau. Elles revinrent près de Réouël, leur père, qui leur dit : " Pourquoi êtes-vous revenues si tôt, aujourd'hui ?" Elles dirent : " Un Egyptien nous a délivrées de la main des bergers ; c'est même lui qui a puisé pour nous et qui a abreuvé le troupeau !" Il dit à ses filles : " Mais, où est-il ? Pourquoi avez-vous laissé là cet homme ? Appelez-le ! Qu'il mange !" Et Moïse accepta de s'établir près de cet homme, qui lui donna Cippora, sa fille. Elle enfanta un fils ; il lui donna le nom de Guershôm-Émigré-là, car, dit-il : "Je suis devenu un émigré en terre étrangère !"

Jéthro est une figure positive de l'étranger en Exode 18, il se réjouit non seulement de la libération des Israélites, mais il confesse Yhwh comme le dieu le plus grand parmi les dieux. Il offre même un holocauste auquel participent les Israélites et Aaron. Il donne encore des conseils d'organisation en matière juridique à Moïse pour alléger sa responsabilité pour gouverner Israël. C'est de la région où vit Jéthro, Madian, selon Juges 4,5 que proviendrait le culte de Yhwh.

La montagne de Dieu - [Textes bibliques]

Le Sinaï ou l' Horeb est un lieu mythique. Sur cette montagne, Dieu se révèle de manière spectaculaire à Israël (Exode 19) et se laisse même apercevoir des Israélites (Exode 24). La montagne du Sinaï offre un cadre grandiose au don des Tables de la Loi et à l'ensemble des lois qui vont guider Israël. A partir de cette théophanie (Exode 20), le Décalogue ouvre un ensemble de lois qui parcourt le livre de l'Exode, le livre du Lévitique et le début du livre des Nombres. La montagne solennise le don de la loi.

Exode 4,27
Le SEIGNEUR dit à Aaron : " Va à la rencontre de Moïse au désert. " Il alla, l'aborda à la montagne de Dieu et l'embrassa.

Exode 19,1-3
Le troisième mois après leur sortie du pays d'Égypte, aujourd'hui même, les fils d'Israël arrivèrent au désert du Sinaï. Ils partirent de Refidim, arrivèrent au désert du Sinaï et campèrent dans le désert. -Israël campa ici, face à la montagne, mais Moïse monta vers Dieu. Le SEIGNEUR l'appela de la montagne en disant : " Tu diras ceci à la maison de Jacob et tu transmettras cet enseignement aux fils d'Israël..."

Le feu et la manifestation de Dieu - [Textes bibliques]

Le "feu qui dévore" est un élément essentiel des manifestations divines. Exode 3 prépare la grande théophanie du Sinaï :

Exode 19,18
Le mont Sinaï n'était que fumée, parce que le SEIGNEUR y était descendu dans le feu ; sa fumée monta, comme la fumée d'une fournaise, et toute la montagne trembla violemment.

Le feu qui brûle et qui ne brûle pas indique que Yhwh est maître de cet élément. Cette maîtrise évoque d'autres passages :

1 Rois 18,38
Le feu du SEIGNEUR tomba et dévora l'holocauste, le bois, les pierres, la poussière, et il absorba l'eau qui était dans le fossé.

2 Rois 1,10-14
Mais Elie répondit au chef de cinquantaine : "Si je suis un homme de Dieu, que le feu descende du ciel et qu'il te dévore, toi et tes cinquante hommes !" Le feu descendit du ciel et le dévora, lui et ses cinquante hommes.
De nouveau, le roi envoya vers Elie un autre chef de cinquantaine avec ses cinquante hommes. L'officier prit la parole et lui dit : "Homme de Dieu, ainsi parle le roi : Hâte-toi de descendre !"
Mais Elie leur répondit : "Si je suis un homme de Dieu, que le feu descende du ciel et qu'il te dévore, toi et tes cinquante hommes !" Le feu de Dieu descendit du ciel et le dévora, lui et ses cinquante hommes.
Le roi envoya un troisième chef de cinquantaine avec ses cinquante hommes. Ce troisième officier monta, mais en arrivant, il fléchit les genoux devant Elie, le supplia en disant : "Homme de Dieu, que ma vie et celle de tes serviteurs, ces cinquante hommes, soient précieuses à tes yeux ! Voilà que le feu est descendu du ciel et il a dévoré les deux premiers chefs de cinquantaine ainsi que leurs hommes. Mais maintenant, que ma vie soit précieuse à tes yeux !"

Juges 6,21
L'ange du SEIGNEUR étendit l'extrémité du bâton qu'il avait à la main et toucha la viande et les pains sans levain. Le feu jaillit du rocher et consuma la viande et les pains sans levain. Puis l'ange du SEIGNEUR disparut à ses yeux.

Le feu caractérise le pouvoir divin et notamment celui des dieux de l'orage attesté dans l'Ancien Testament et dans le Proche Orient Ancien :

Deutéronome 4,24
Car le SEIGNEUR ton Dieu est un feu dévorant, il est un Dieu jaloux.

Psaume 50,3
Qu'il vienne, notre Dieu, et ne se taise pas ! Devant lui un feu dévore, autour de lui, c'est l'ouragan.

Psaume 97,2-5
Ténèbres et nuée l'entourent ; la justice et le droit sont les bases de son trône. Un feu marche devant lui, dévorant à l'entour ses adversaires. Ses éclairs ont illuminé le monde ; la terre l'a vu, elle a tremblé ; les montagnes, comme la cire, ont fondu devant le SEIGNEUR, devant le Seigneur de toute la terre.

La théophanie d'Exode 3 utilise une représentation classique dans laquelle Dieu est présenté tel un dieu climatique, maître de l'orage et de la pluie, c'est-à-dire source de la prospérité. En d'autres lieux, le feu est associé à la colère de Dieu et à son jugement :

Nombres 11,1-3
Un jour le peuple se livra à des lamentations, ce que le SEIGNEUR entendit avec déplaisir. En les entendant le SEIGNEUR s'enflamma de colère. Le feu du SEIGNEUR ravagea le peuple et dévora un bout du camp. Le peuple lança des cris vers Moïse qui intercéda auprès du SEIGNEUR ; et le feu se calma. On donna à cet endroit le nom de Taveéra parce que le feu du SEIGNEUR avait ravagé les fils d'Israël.

Nombres 16,35
Un feu que le SEIGNEUR fit jaillir consuma les deux cent cinquante hommes qui présentaient l'encens.

Nombres 21,28
De Heshbôn est sorti un feu, de la cité de Sihôn, une flamme qui a dévoré Ar en Moab, les seigneurs des hauteurs de l'Arnôn.

Nombres 26, 10
La terre, ouvrant sa gueule, les engloutit ainsi que Coré, lorsque mourut sa bande et que le feu dévora deux cent cinquante hommes ; ils servirent d'exemple.

Le pays ruisselant de lait et de miel - [Textes bibliques]

L'expression se retrouve au moment où Israël découvre le pays de Canaan et se prépare à le conquérir :

Nombres 13,27
Ils firent ce récit à Moïse : "Nous sommes allés dans le pays où tu nous as envoyés et vraiment c'est un pays ruisselant de lait et de miel ; en voici les fruits !"

Deutéronome 6,3

Tu écouteras, Israël, et tu veilleras à les mettre en pratique : ainsi tu seras heureux, et vous deviendrez très nombreux, comme te l'a promis le SEIGNEUR, le Dieu de tes pères, dans un pays ruisselant de lait et de miel.

Deutéronome 11,8-9
Vous garderez donc tout le commandement que je te donne aujourd'hui, afin que vous soyez courageux, et que vous entriez en possession du pays où vous allez passer pour en prendre possession, afin que vos jours se prolongent sur la terre que le SEIGNEUR a juré à vos pères de leur donner, ainsi qu'à leur descendance -un pays ruisselant de lait et de miel.

Une pénétration dans le pays qui est refusée par les Israélites. Dans le livre du Deutéronome, le pays est idéalisé et l'abondance est liée au respect de la loi et à l'obéissance aux commandements de Dieu.
Il est à noter que la promesse du pays n'est pas explicitement liée à la promesse faite à Abraham et aux autres patriarches. La promesse du pays est décrite dans d'autres termes que ceux que l'on trouve dans les promesses patriarcales. Cette différence indique que les traditions de l'Exode ont eu une indépendance par rapport aux traditions patriarcales. Elles ont été réunies et harmonisées pour former la longue histoire des origines d'Israël et pour donner une mémoire commune à tous les Israélites.

La vocation de Moïse - [Textes bibliques]

Dans l'Ancien Testament, il y a une forme littéraire précise qui sert à décrire la vocation des envoyés de Dieu. Ainsi le "je suis avec toi" d'Ex 3,12 apparaît en Juges 6,16. Cette forme se compose des éléments suivants :

  • envoi : Dieu ordonne à son messager de partir, de parler en son nom
  • objection : le personnage appelé dit son opposition au projet de Dieu en évoquant soit sa jeunesse, sa petitesse, sa faiblesse...
  • encouragement : Dieu reprend cette remarque et la retourne par une parole d'encouragement "je suis avec toi".
  • signe : pour emporter l'adhésion de "l'appelé", Dieu accorde un signe surnaturel ou extraordinaire.

Ces récits de vocations se retrouvent pour Gédéon :

Juges 6,14-21
Le SEIGNEUR se tourna vers lui et dit : "Va avec cette force que tu as et sauve Israël de Madiân. Oui, c'est moi qui t'envoie !" Mais Gédéon lui dit : "Pardon, mon seigneur, comment sauverai-je Israël ? Mon clan est le plus faible en Manassé, et moi, je suis le plus jeune dans la maison de mon père !"
Le SEIGNEUR lui répondit : "Je serai avec toi, et ainsi tu battras les Madianites tous ensemble." Gédéon lui dit : "Si vraiment j'ai trouvé grâce à tes yeux, manifeste-moi par un signe que c'est toi qui me parles. Je t'en prie, ne t'éloigne pas d'ici jusqu'à ce que je revienne vers toi, le temps d'apporter mon offrande et de la déposer devant toi." Le SEIGNEUR dit : "Je resterai jusqu'à ton retour." Gédéon vint préparer un chevreau et, avec un épha de farine, il fit des pains sans levain. Il mit la viande dans un panier et le jus dans un pot, puis il apporta le tout sous le térébinthe et le lui présenta. L'ange de Dieu lui dit : "Prends la viande et les pains sans levain, pose-les sur cette roche et répands le jus !" Ainsi fit Gédéon. L'ange du SEIGNEUR étendit l'extrémité du bâton qu'il avait à la main et toucha la viande et les pains sans levain. Le feu jaillit du rocher et consuma la viande et les pains sans levain. Puis l'ange du SEIGNEUR disparut à ses yeux.

Pour Jérémie :

Jérémie 1,5-9
"Avant de te façonner dans le sein de ta mère, je [Dieu] te connaissais ; avant que tu ne sortes de son ventre, je t'ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les nations."
Je [Jérémie] dis : "Ah ! Seigneur DIEU, je ne saurais parler, je suis trop jeune." Le SEIGNEUR me dit : "Ne dis pas : Je suis trop jeune. Partout où je t'envoie, tu y vas ; tout ce que je te commande, tu le dis ; n'aie peur de personne : je suis avec toi pour te libérer -oracle du SEIGNEUR." Le SEIGNEUR, avançant la main, toucha ma bouche, et le SEIGNEUR me dit : "Ainsi je mets mes paroles dans ta bouche."

et pour Ezéchiel :

Ezéchiel 2,3-10
Il me dit : "Fils d'homme, je t'envoie vers les fils d'Israël, vers des gens révoltés, des gens qui se sont révoltés contre moi, eux et leurs pères, jusqu'à aujourd'hui. Ces fils au visage obstiné et au coeur endurci, je t'envoie vers eux ; tu leur diras : "Ainsi parle le Seigneur DIEU." Alors, qu'ils t'écoutent, ou ne t'écoutent pas -car c'est une engeance de rebelles-ils sauront qu'il y a un prophète au milieu d'eux. Ecoute, fils d'homme, n'aie pas peur d'eux et n'aie pas peur de leurs paroles ; tu es au milieu de contradicteurs et d'épines, et tu es assis sur des scorpions ; n'aie pas peur de leurs paroles et ne t'effraie pas de leurs visages, car c'est une engeance de rebelles. Tu leur diras mes paroles, qu'ils t'écoutent ou qu'ils ne t'écoutent pas : ce sont des rebelles. Fils d'homme, écoute ce que je te dis : ne sois pas rebelle, comme cette engeance de rebelles ; ouvre la bouche et mange ce que je vais te donner."
Je regardai : une main était tendue vers moi, tenant un livre enroulé. Elle le déploya devant moi ; il était écrit des deux côtés ; on y avait écrit des plaintes, des gémissements, des cris.

Toutes les vocations (juge et prophète) que Dieu suscite en Israël ont pour origine et pour modèle celle de Moïse.

Noms de Dieu - [Textes bibliques]

Exode 6,1-3
Le SEIGNEUR dit à Moïse : "Maintenant, tu vas voir ce que je vais faire au Pharaon : par main forte, il les laissera partir, par main forte, il les chassera de son pays !" Dieu adressa la parole à Moïse. Il lui dit : "C'est moi le SEIGNEUR. Je suis apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob comme Dieu Puissant, mais sous mon nom, "le SEIGNEUR", je ne me suis pas fait connaître d'eux."

Structure d'Exode 3,1-4,17 - [Aller plus loin]

Le récit s'articule autour de deux envois. Dieu ordonne de partir aux v.10 et 16 qui introduisent de nouveaux acteurs : pharaon, le peuple, les anciens. Cela permet de distinguer trois grandes scènes :

Exode 3,1-9

La théophanie de Dieu et le signe du buisson.
Promesse de libération vers un pays ruisselant de lait et de miel.

Exode 3,10-15

Envoi vers Pharaon.
Le service de Dieu sur la Montagne signe de la libération.
Auprès des fils d'Israël, Moïse fera connaître le nom de Yhwh.

Exode 3,16 à
Exode 4,17

Envoi vers les anciens.
Promesse de libération pour le pays du Cananéen.
Don de signes qui disent la puissance de Dieu : bâton.
Objections et levée des objections. Venue d'Aaron.

Les cris d'Israël et la sortie d'Egypte - [Aller plus loin]

La situation d'oppression décrite dans Exode 3,7-8 de manière stéréotypée va servir de modèle à toutes les situations dans lesquelles Israël rencontre des difficultés. Les mêmes termes sont utilisés dans la grande fresque historique d'Israël depuis son entrée en Canaan (12e siècle av. JC) jusqu'à la déportation des Judéens (6e siècle av. JC). Cette histoire est contenue dans les livres de Josué, des Juges, de Samuel et des Rois. Voir par exemple les difficultés d'installation des tribus en Canaan (Juges 3,9-15 ; Juges 4,3s et Juges 6,6s).
Dieu est celui qui fait monter d'Egypte. L'autre grand verbe de l'Exode est "faire sortir". Ce verbe caractérise l'action de Dieu : dans le prologue du Décalogue, Dieu se présente ainsi : "c'est moi qui t'ai fait sortir d'Egypte".
Exode 12 à 14, raconte comment Dieu fit sortir les Israélites d'Egypte. Exode 12 explique le rituel de la fête de la Pâque qui devient le temps de la commémoration de la sortie d'Egypte pour les Israélites.

Au chapitre 14 du livre de l'Exode, le passage de la mer est raconté à la fois comme un combat dans lequel Dieu arrache Israël à l'Egypte et à la fois comme une création dans laquelle Dieu fait naître Israël du chaos qu'est l'Egypte et la mer. Exode 14,21-23 reprend les images de la création de l'univers de Genèse 1. Il y a bien l'idée de naissance dans ce passage à travers les eaux, Dieu fait naître, crée Israël en le faisant sortir d'Egypte.

Le livre de l'Exode et son importance - [Aller plus loin]

La tradition de l'Exode nourrit la réflexion des prophètes, la spiritualité des Psaumes (Psaume 78,12-20, Psaume 105 ...). Elle est même utilisée comme modèle pour raconter l'entrée en terre promise (Deutéronome 7,17-19) pour annoncer le retour de l'Exil (Esaïe 49,16-23). La tradition juive, aujourd'hui encore, vit la célébration de la Pâque comme une actualisation de cet événement, notamment avec la cérémonie du Séder ("ordre"), cérémonie familiale du premier soir de la fête de la Pâque. De même, la fête de la résurrection à Pâques est totalement imprégnée de la symbolique du passage (passage de la mort à la vie) comme la Pâque juive célèbre le passage de l'esclavage à la liberté. Le motif de la sortie d'Egypte en tant que libération par Dieu d'un groupe opprimé demeure un des fondements de l'engagement social des chrétiens et inspire nombre de théologies engagées politiquement.
Le livre de l'Exode utilise massivement une expression benéy-yiserâ'él, "les fils d'Israël" pour désigner le peuple. Le personnage principal de l'Exode est Moïse qui a une place prépondérante dans tout le reste du Pentateuque. L'Exode introduit une "vie de Moïse".

Le Contenu et plan du livre de l'Exode - [Aller plus loin]

Le livre de l'Exode se présente comme une composition qui relie des éléments narratifs comme la sortie d'Egypte, la vie au désert (Exode 1 à 18, 32 à 34, ), et des éléments législatifs comme le code de l'alliance et les dix commandements (Exode 20-24).

Ex 1-18, de la prison d'Egypte à l'Exode vers le Sinaï.

Exode 1-6,

l'Egypte terre d'oppression

Exode 7-11

la confrontation entre Dieu et pharaon (les 10 plaies)

Exode 12,1 à
Exode 15,21

la sortie d'Egypte culminant avec le passage de la mer

Exode 15,22 à
Exode 18,27

les premières expériences de vie au désert

 

Ex 19/1-24/11, le code de l'alliance

Exode 19,1 à Exode 20,21

le don de la loi qui s'ouvre par une grande manifestation de Dieu et la proclamation des 10 commandements.

Exode 20,22 à Exode 23,33

le code de l'alliance. Moïse transmet la loi de Dieu

Exode 24,1-11

la conclusion de l'alliance

 

Ex 19/1-24/11, le code de l'alliance

Exode 24,12 à
Exode 31,18

Moïse est chargé par Dieu d'organiser le culte de Yhwh

Exode 32-34

l'affaire du veau d'or, Dieu renouvelle l'alliance par le don de nouvelles tables

Exode 35-40

La réalisation du sanctuaire. La nuée descend sur la tente de rencontre, lieu de la présence de Dieu.

La Théologie du livre de l'Exode - [Aller plus loin]

Le livre de l'Exode est coloré par trois grands thèmes, la libération, l'alliance et la présence de Dieu au milieu d'Israël, thèmes qui sont déclinés dans les trois grandes parties du livre.

  • L'acte libérateur de Dieu en faveur d'Israël fait ressortir l'idée de la souveraineté du Dieu d'Israël sur l'histoire. Le récit du combat de Yhwh contre pharaon illustre la souveraineté de Dieu sur la nation la plus puissante, l'Egypte.
  • L'alliance est un motif central dans le livre de l'Exode (Exode 19-24). Elle dit le lien privilégié entre Dieu et Israël dans une relation contractuelle. Dieu et Israël sont engagés l'un envers l'autre comme un vassal est lié par des obligations à son suzerain. Derrière la représentation de l'alliance dans le livre de l'Exode, il y a les traités de vassalité qui réglaient les relations diplomatiques du Proche Orient Ancien. En utilisant cette forme de contrat, les auteurs bibliques assurent Israël qu'il ne dépend que d'un seul suzerain, Dieu lui-même.
  • La présence de Dieu au milieu d'Israël. Comment Dieu peut-il être et habiter au milieu d'Israël ? Ce motif important est lié à la construction de la tente de la Rencontre (Exode 25-40) et décrit les conditions de cette présence, notamment avec l'holocauste et la médiation des prêtres.

Le livre de l'Exode est une oeuvre très élaborée, objet d'un travail de relecture important. Pour comprendre la croissance du livre de l'Exode jusqu'à son état final, il convient de séparer Exode 1-24 etExode 25-40 .

En Exode 1-24 il y a deux parties Exode 1-18 et Exode 19-24 au sein desquelles se trouvent des ensembles indépendants à l'origine. La référence à la sortie d'Egypte est ancienne au regard des témoignages prophétiques (Osée 12,1s) et date du début du premier millénaire. Exode 19-24 contient le code de l'alliance (Exode 21-23), et appartient à la tradition juridique du Proche Orient Ancien ; cet ensemble législatif est ancien.

L'ensemble Exode 25-40 est un ajout qui fut incorporé au moment où l'on reconstruisait le temple après l'Exil (6e-5e siècle av. JC)

L'intention générale d'Exode 3,1-15 - [Aller plus loin]

Dans le cadre d'Exode 1-6, le récit décrit la transformation du personnage de Moïse. Il s'était présenté comme leader en Exode 2,11-13, et il fut chassé par les Israélites et les Egyptiens. Le banni d'autrefois est celui que Dieu choisit et réhabilite auprès du peuple et des anciens. Cette transformation du personnage s'accomplit grâce à Dieu qui rencontre Moïse, en se faisant voir, en lui révélant son nom et en lui adjoignant des aides pour sa mission : anciens, pouvoir des signes (bâton) et Aaron. Au commencement du récit, la vocation de Moïse auprès de Pharaon est solitaire. A la fin du récit, Exode 6,16 à Exode 4,17, la vocation est collective avec les anciens d'Israël et Aaron partenaire indissociable de Moïse. Dans cette transformation, le narrateur légitime le leadership de Moïse parmi les fils d'Israël dans le projet de libération. Moïse demeure le chef incontesté et incontestable puisque Dieu lui-même est à l'origine de sa mission libératrice. Il fait de Moïse son représentant auprès du peuple d'Israël. Même Moïse ne peut résister et contester sa mission.
La deuxième intention du texte est d'indiquer comment Dieu est Dieu malgré l'Egypte et l'esclavage des Israélites et comment Il est le Dieu d'Israël. Dieu manifeste sa divinité par la domination de l'Egypte, qui témoigne de sa suprématie. La relation unique à Moïse est l'image de la relation privilégiée que Dieu revendique auprès d'Israël qu'il appelle "mon peuple". Cette relation s'instaure par le service sur la montagne et la conduite vers un pays différent de l'Egypte. Moïse témoigne de l'unité du Dieu d'Israël et actualise la présence active au milieu d'Israël. La révélation du nom de Dieu indique qu'il est le Dieu du passé, du présent et de l'avenir d'Israël.
L'intention générale est attachée à l'état final du texte tel que la Bible le transmet. Mais il est à noter qu'une lecture attentive fait apparaître des incohérences et des répétitions. Ce passage ne fut par écrit d'un seul jet et par une seule main. Il y a écriture et réécriture à différentes époques par des compositeurs de sensibilités diverses qui ont conduit à l'établissement du passage tel que nous le connaissons.

L'ange, le buisson et le feu - [Aller plus loin]

La mention de l'ange pourrait être un ajout au texte original pour éviter d'assimiler Dieu à des phénomènes naturels ou surnaturels comme l'atteste 1Rois 19,11s. Le buisson est rapproché parfois du symbole de l'arbre, symbole utilisé au Proche Orient Ancien pour signifier la régénération de la nature et de la vie renaissante. L'association buisson / feu peut être liée à l'Arbre de vie et a pu servir de fondement et de justification à l'usage d'un objet cultuel bien connu, le chandelier à sept branches (Exode 25,31-38) ou ménorah, symbole du mythe de l'Exil et de l'espoir de salut (voir aussi 1Rois 7,49 où il est question de ménorot comme mobilier du premier temple). En d'autres temps, la ménorah fut le symbole de la renaissance nationale. C'est une manière de légitimer un symbole cultuel traditionnel du judaïsme en le liant à un épisode de la vie de Moïse, alors que le Judaïsme a rejeté toute représentation.

Terre sacrée, le thème de la sainteté - [Aller plus loin]

Exode 3,5-6 permet d'anticiper toute la construction de la demeure sainte qui sera au milieu des Israélites comme un Sinaï (une montagne de Dieu) portatif. La séparation entre le sacré et le profane renvoie à la symbolique du temple. Il y a un centre, Dieu, où se "concentre" sainteté et pureté et une périphérie dans une relation plus ou moins lointaine selon le degré de sainteté. La "sainteté" est un thème que l'on trouve essentiellement dans le Lévitique. Le terme vient de la racine q(a)d(o)sh qui signifie selon les conjugaisons "être pur, saint" ou "sanctifier". Cette notion fait partie d'un fond commun du Proche Orient Ancien. Elle est à comprendre d'abord dans un sens rituel et cultuel, car elle est attachée à la relation à Dieu. En effet la sainteté est une manière de qualifier Dieu (Lévitique 11,45 ; Lévitique 19,2...) et ce qui lui est propre, son Nom, Lévitique 20,3. La notion de sainteté exprime l'altérité et la transcendance de Dieu. Elle qualifie tout ce qui lui est proche, le sanctuaire, le mobilier, les prêtres (Lévitique 8,9s, Lévitique 15,30 ; Lévitique 21,6s). Elle qualifie aussi l'institution du Sabbat, et les fêtes : Lévitique 23,1s. Elle devient même une exigence "démocratisée", collective et nationale, Lévitique 19,2. Cette exigence peut être une menace puisque s'approcher sans précaution rituelle particulière entraîne la mort, Lévitique 10,1-3. Cette notion centrale est proche des notions d'impur et de pur (Lévitique 11-15) qui sont des propriétés physiques plus que morales qui déterminent la possibilité de rendre un culte à Dieu et les conditions d'approche de Dieu. La notion d'impureté est généralement voisine de celle de tabou. Se traduit ainsi le sentiment que l'apparition d'une maladie, d'un acte mauvais dans un monde ordonné est signe d'un désordre menaçant qui risque d'atteindre l'ensemble de la société. Il faut se protéger contre cette menace par un certain nombre de règles de pureté qui permettent de contenir le désordre. La condition d'impureté est particulièrement impossible pour les prêtres dont la fonction est précisément, selon Lévitique 10,10 et Lévitique 11,47, de "distinguer le sacré du profane, ce qui est impur de ce qui est pur". La notion de sainteté conditionne la représentation du monde.
Dieu est saint, il est même la source de la sainteté, il ne peut donc être en contact avec l'impur. Les prêtres sont chargés de réguler le pur et la relation à Dieu, la pureté étant un état nécessaire pour rendre un culte à Dieu. Cela détermine trois centres dont la réalité doit être séparée du reste d'Israël : prêtres, sacrifices et sanctuaires. Ces cercles définissent des frontières et un rapport à la sainteté qui va du plus vers le moins. Le terme qdsh portant la signification "mis à part pour Dieu" est réservé à certains lieux, certaines personnes et certains temps. La structure du second temple (après l'Exil, le temple de Jérusalem fut reconstruit à la fin du 6e siècle av. JC) illustre les différents degrés de sainteté avec la constitution de zones, une avant-cour pour les non juifs, puis pour les juifs, une cour pour les femmes, une cour pour les hommes, une pour les prêtres et le Saint des Saints : ce lieu vide dans lequel le grand prêtre entre une fois par an à l'occasion du Yom Kippour.
En même temps si cette notion paraît réservée à certaines personnes, elle peut concerner tout Israël. Il y a eu une évolution, une sorte de démocratisation de l'idée de sainteté. Israël est appelé à refléter la "sainteté de Dieu" par la qualité de ses institutions religieuses, de son culte, mais aussi par la qualité de sa vie communautaire et des rapports sociaux. La sainteté se manifeste dans le respect du sang, de la vie cultuelle, mais aussi par le souci de l'autre. Il y a une dimension éthique de la sainteté comme le développe Lévitique 19,1s "Soyez saints car je suis saint".

La vocation de Moïse - [Aller plus loin]

Dans ces versets, Exode 3,1-12, la visée du compositeur est d'introduire les personnages principaux et de préparer toute l'histoire de la libération et de la constitution d'Israël. Avec Exode 3, commence une narration programmatique des événements qui vont suivre, la confrontation avec l'Egypte et la délivrance qui s'achève avec le passage de la mer. En introduisant la tradition de l'Exode le récit légitime le rôle de Moïse comme envoyé de Yhwh, Dieu de l'Horeb (identifié au Sinaï), qui devient Dieu d'Israël par la sortie d'Egypte. Une vocation qui sera amplifiée par le rôle de législateur que Moïse assumera à partir d'Exode 19.

L'intention d'Exode 3,16- 4,17 - [Aller plus loin]

Exode 3,16-22. C'est la première mention du groupe des anciens dans la Bible. Ils sont associés à la vocation de Moïse et apparaissent à certains moments clefs, pour l'institution de la Pâque (Exode 12,21), pour le don de la loi (Exode 19,7) et pour la conclusion de l'alliance (Exode 24,1-9). Ces versets valorisent ainsi une institution ancienne en la reliant à la vocation de Moïse, ils justifient l'autorité des anciens sur la vie d'Israël.

Exode 4,1-17. Ce passage rapporte plusieurs signes destinés à convaincre Moïse de sa mission et à provoquer la confiance et la foi des anciens ou des fils d'Israël. Le thème de la foi est récurrent : v.1,5,8,9. Croire en Dieu et en Moïse demeure un des enjeux de l'Exode, puisque ce motif est repris en Exode 14,31.
Les signes du bâton, de la main lépreuse et de l'eau qui se change en sang assurent Moïse d'un pouvoir considérable et préparent le long récit des dix fléaux infligés à l'Egypte. Enfin, à la suite des signes, Dieu lève les dernières objections de Moïse en lui joignant Aaron. Aaron apparaît brusquement dans le récit. Il est nommé pour la première fois dans le Pentateuque. Il y a une affirmation de communion entre Aaron et Moïse. Aaron se réjouit. Yhwh est avec la bouche de Moïse et celle d'Aaron (Esaïe 6,9 ; Jérémie 1,9 ; Jérémie 15,9 et Deutéronome 18,18). Le récit devient ici une légitimation du sacerdoce d'Aaron, même si la communion entre Moïse et Aaron n'empêche pas de marquer une hiérarchie entre les deux, v.1 : "Tu seras pour lui comme un dieu". Le fait qu'Aaron endosse la charge prophétique indique le rôle déterminant des prêtres dans la transmission de la volonté de Dieu. L'institution sacerdotale canalise la fonction prophétique.

Je serai, l'intention de Exode 3,13-15 - [Aller plus loin]

Les versets 13 à 15 d'Exode 13 regroupent une juxtaposition voulue de formules qui jouent avec le verbe "être" à la première personne. Déjà au v. 12, Dieu dit : "je suis avec toi". Puis :

v.13

le dieu de vos pères m'a envoyé vers vous

v.14

" je suis qui je serai ". La traduction grecque de l'Ancien Testament propose : "moi je suis celui qui est" (l'étant)

v.14

"je serai" m'a envoyé vers vous

v.15

Yhwh, le Dieu de vos pères, Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, m'a envoyé vers vous, (c'est là mon nom pour toujours)

Les trois versets utilisent la même périphrase "m'a envoyé vers vous" pour indiquer que la formule "je serai" 'ehèyéh est équivalente à celle de "Dieu des pères, Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob". Les v.14-15 sont une réponse et un commentaire à la question de Moïse sur le nom de Dieu au v.13. Ces explications culminent au v.15 qui est l'aboutissement de cette révélation. Le v. 15 est un supplément d'explication qui fait ressortir le nom de Yhwh. Le nom Yhwh occupe la première place dans les appellations qui suivent, ce qui indique son importance et sa priorité. Il récapitule donc les différentes appellations de Dieu : Yhwh / Dieu de vos pères / Dieu d'Abraham et de....Moïse. Moïse est donc porteur d'un nom éternel pour le culte de Yhwh. Le Dieu qui est au centre de la vénération d'Israël est bien celui qui a envoyé Moïse pour faire le lien entre le passé et le futur. Il est le Dieu de la continuité. Un nom qui devient mémorial de ce que Dieu est et sera.

L'association Yhwh /Dieu de vos pères est plutôt rare et montre bien l'effort littéraire de ces versets. Comparable à Exode 3,6a et de même facture, le v.15 est une construction harmonisante des appellations connues de Dieu. Elle identifie et unifie les différentes traditions sur Dieu en Israël tout en donnant une primauté au nom de Yhwh. Dans ce verset, la distinction entre les patriarches et Moïse ne signifie pas (ou plus) une opposition. Le compositeur prend soin de dire la continuité entre les traditions patriarcales, autochtones et la tradition venue du séjour en Egypte. Exode 3,13-15 introduit la préoccupation de l'unité d'Israël en identifiant Yhwh au Dieu des pères, à celui d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Le souci réconciliateur pousse à proclamer l'unité du Dieu d'Israël sous toutes ses appellations.
C'est pour convaincre les fils d'Israël au v.13 que Dieu s'identifie et donne à Moïse le privilège de connaître le nom de Yhwh. Exode 6,3 distingue Moïse et les patriarches : "et mon nom "Yhwh", je ne l'ai pas fait connaître à eux". Le nom Yhwh est d'abord attaché aux traditions de Moïse. Ce texte et d'autres témoignent que le culte de Yhwh n'est pas à l'origine un culte cananéen (il provient du Sud de Canaan), et qu'il n'a pas été partagé à l'origine par les clans patriarcaux qui ont vénéré plutôt le dieu El, Genèse 33,20.

Lecture spécifique - [Aller plus loin]

Méditation de J-D.Causse sur France-Culture le 15/8/2004.

Iconographie - [Culture]

Pourquoi Moïse est-il représenté avec des cornes ?

Moïse, cornes, Michel-Ange

Est-ce une histoire de traduction? Le mot hébreu Quaran veut dire effectivement "cornu" (au sens propre), mais aussi "rayonner" au sens figuré.
Dans sa version en latin à partir de l'hébreu, Saint Jérôme a traduit le mot hébreu par "cornu". Quand Moïse est descendu du Mont Sinaï, le texte dit que son visage "rayonnait" (Exode 34,29). Comme la traduction de saint Jérôme se répandait, beaucoup de sculpteurs ont repris l'image décrite. Ainsi Michel-Ange, sculpte au 16ème siècle un Moïse cornu sur le tombeau de Jules II qui se trouve dans l'église Saint Pierre-aux-Liens à Rome.

Pour celles et ceux qui veulent aller plus loin et entendre une autre explication possible, voici l'explication qu'en donne le professeur Thomas Röhmer: http://www.college-de-france.fr/default/EN/all/mil_bib/milieux_bibliques__1.jsp

Marc Chagall (1887-1985) peint Moïse :

- Moïse devant le buisson ardent (Musée national Marc Chagall, Nice)
Huile sur toile ; H 195 ; L 312 : http://www.musees-nationaux-alpesmaritimes.fr/img?src=/library/fond%20chagall/Mose%20devant%20le%20Buisson%20Ardent.jpg&w=390&h=500

- Moïse recevant les tables de la loi :

Moïse recevant les tables de la loi

Buste de Ramsès II (British Museum):

Il se pourrait que ce soit lui dont parle la Bible dans le livre de l'Exode :

http://www.histoire-fr.com/images/ramses_II_british_museum.gif

Septante

Traduction grecque de la Bible hébraïque entreprise par les communautés juives d'Alexandrie en Egypte au 3e siècle av. JC. Elle était destinée aux juifs qui ne connaissaient plus l'hébreu. La légende veut que 72 (septante deux) savants juifs, travaillant en différents lieux et sans se consulter, soient arrivés à la même traduction en 72 (septante deux) jours. D'où le nom de " Septante " que l’on abrège aussi parfois en chiffres romains : LXX.

Genèse (Livre de la)

Le nom "Genèse" vient de la Bible grecque où le terme genesis traduit le mot hébreu toledôt ("généalogies"). Le nom hébreu du livre est ber'éshît "au commencement" de la racine rô'sh qui signifie "tête". Comme son nom l'indique, la Genèse raconte les origines, les naissances du monde, de l'humanité et d'Israël. La Genèse est un long récit où alternent contes mythiques, épopées humaines, discours divins, listes généalogiques. Les généalogies de la Genèse jouent un rôle de lien. Elles entrecoupent et relient toutes les narrations en annonçant et en terminant chaque cycle narratif. Le premier récit de la création s'achève par une formule qui est spécifique du livre : "voici la famille" 'éllèh tôledôt. Une formule que l'on retrouve tout le long de la Genèse.
Dans la Genèse il y a deux grandes parties, Genèse 1-11, l'histoire des commencements de l'univers et Genèse 12-50, l'histoire des commencements d'Israël avec les figures d'Israël.

Eléphantine

Eléphantine est une station du sud de l'Egypte sur le Nil où vivait une communauté juive dans la deuxième moitié du premier millénaire av. JC. La communauté d'Eléphantine était une garnison militaire chargée de la surveillance de la frontière méridionale de l'Egypte. La communauté d'Eléphantine n'a connu ni la réforme que l'on appelle " deutéronomiste " ni l' Exil et elle conserve une forme de religion sans doute ancienne comme en témoignent les textes d'Eléphantine qui contiennent la correspondance entre la communauté de Judée et la communauté d'Egypte.

YHWH

YHWH ne comporte pas de voyelles en hébreu. Il vient de l'hébreu "hava" qui signifie "être" ce nom signifierait "celui qui était, est et sera". La racine arabe "hawa" signifie "l'air qui souffle" et a donné le nom d'Allah en arabe.
Quand l'hébreu, qui est une langue qui s'appuie sur des consonnes, fut fixé, le nom de Dieu le plus fréquemment utilisé dans l'Ancien Testament, "Yhwh", ne fut pas vocalisé (par ajout de voyelles) afin qu'il ne puisse pas être prononcé. En effet, après l'Exil* l'emploi du nom de Dieu a été progressivement évité par respect, et l'on dira "Adonaï" (mon Seigneur) à la place de Yhwh. C'est pour cette raison que les Massorètes (savants juifs du 4e-6e siècle qui ont vocalisé l'hébreu pour fixer le contenu du texte sur le plan grammatical) ont ajouté sous le tétragramme les voyelles de "Adonaï".
Le nom même de Dieu illustre la règle du Qeré Ketib : un certain nombre de mots hébreux écrits d'une certaine manière doivent être prononcés d'une autre manière. Le nom de Dieu s'écrit Yahvé et se prononce Adonaï.
La tradition qui a ajouté les voyelles d'Adonaï a donné le nom de Jéhovah. Une autre tradition a tenté de lire YAHVE, ce qui a été repris par de nombreuses traductions chrétiennes. Aujourd'hui, on accepte que le mot YHWH soit imprononçable, pour respecter le mystère et la transcendance de Dieu. Il est traduit par le SEIGNEUR en majuscules dans la plupart des Bibles.

Les noms de Dieu

El est le plus ancien nom sémitique de Dieu, son sens symboliserait la sagesse et l'expérience. (Dérivés : Ela, Eloa, Elim, Elohim...)
Shaddaï est parfois employé comme un nom divin dans des passages poétiques et surtout dans le livre de Job ; l'étymologie du mot est mal connue, on peut traduire par puissant, Dieu des seins féconds, Dieu des hautes montagnes, le Seigneur des rocs.
YHWH est le nom personnel du Dieu d'Israël. Il est pratiquement impossible de savoir comment les Hébreux prononçaient le nom IHWH à l'époque biblique. Après l'Exil, l'emploi du nom de Dieu a été progressivement évité par respect, et l'on dira "Adonaï" (mon Seigneur) à la place de YHWH. Il était interdit de prononcer le nom de Dieu. Quand les textes bibliques ou liturgiques portaient le tétragramme YHWH, on le prononçait Adonaï qui signifie "Mon Seigneur", "Monsieur", "Maître", "Maîtres". C'est ainsi que l'être humain de la Bible invoque le plus souvent Dieu.
La Traduction oecuménique de la Bible (TOB) traduit le tétragramme (les quatre lettres désignant le nom de Dieu) par "Seigneur" en reprenant la traduction grecque. L'autre nom de Dieu, Elohim est traduit par Dieu.

Exil

Il s'agit de l'époque de la déportation du peuple d'Israël à Babylone. Une première grande déportation a lieu en 722 av. JC, après la prise de Samarie par les Assyriens. C'est la fin du Royaume du Nord. A l'Empire assyrien succéda l'Empire babylonien avec le roi Nabuchodonosor qui envahit Jérusalem de 598 à 597 av. JC. Il déporte le roi Yoyakïn ainsi qu'une grande partie de la population, essentiellement la classe dirigeante et l'élite intellectuelle. Le successeur de Yoyakïn, Sédécias se révolte contre Nabuchodonosor et en 588, Nabuchodonosor prend Jérusalem, détruit le Temple et déporte la population à Babylone. Il a fallu attendre l'édit de Cyrus, roi de Perse en 538 pour que les Juifs soient autorisés à rentrer dans leur pays.
Théologiquement, l'exil a été vécu par les prophètes comme le jugement de Dieu sur le peuple élu. Les prophètes annonçaient aussi un retour à Jérusalem et la reconstruction du Temple. L'exil est une période importante notamment pour la rédaction des textes bibliques. Beaucoup des textes de l'Ancien Testament ont été écrits après le retour de l'exil.

Sacerdotale

La Bible a été écrite en plusieurs étapes et avec de nombreuses sources. La source dite sacerdotale s'inscrit dans la tradition des prêtres qui daterait de la période de l'exil ou post-exilique.

Arche

Il ne faut pas confondre l'"arche de l'alliance" et l'arche de Noé. L'hébreu ne fait pas cette confusion, mais en français, elle est possible. Le mot hébreu que l'on utilise pour désigner l'arche de Noé parle d'une barque tandis que pour l'alliance, il s'agit d'un autre mot qui veut dire "coffre" ou encore "armoire". Une seule fois, la "barque" de Noé apparaît encore dans la Bible : pour parler de la corbeille dans laquelle on a trouvé Moïse (Exode 2, 2,3,5).

Hapax

Il s'agit d'une expression ou d'un mot rarement attesté. Par conséquent, sa signification ne peut pas être toujours clairement établie.

Israël : les douze tribus

Les douze tribus d'Israël que l'on dit issues de la descendance de Jacob rebaptisé Israël (cf. entrée "Jacob", Genèse 32,23-33) ont eu des importances politiques inégales.
Les dix fils suivants ont donné leur nom à une tribu : Ruben, Lévi, Juda, Issakar, Zabulon, Dan, Nephtali, Gad, Asher, Benjamin.
Siméon n'a pas donné de nom à une tribu, Joseph non plus. Mais les deux fils de ce dernier, Manassé et Ephraïm, seront du coup les patronymes de tribus et territoires.

Etiologique

Un récit étiologique explique -le plus souvent à travers une histoire- l'origine d'un nom (de lieu ou de personne), d'une situation ou d'une coutume. Dans le récit de la création, la parole que Dieu adresse au serpent :
Genèse 3,14
"tu marcheras sur ton ventre"

peut être comprise dans ce sens. On "explique" par là pourquoi cette bête n'a pas de pattes et rampe par terre.

Alliance

L'alliance est un motif central dans le livre de l'Exode, thème qui prolonge l'alliance de la Genèse et se poursuit jusque dans le Deutéronome. L'origine du terme alliance, en hébreu : berît, reste incertaine. Le mot alliance est souvent associé au verbe hébreu "couper" traduit par "conclure". L'expression "couper l'alliance" fait référence à un rituel d'engagement solennel dans un traité qui liait deux royaumes et dans lequel un animal était coupé en deux. La notion d'alliance de l'Ancien Testament provient de la pratique des relations diplomatiques entre les états du Proche Orient Ancien et renvoie à l'idée générale d'une relation entre partenaires unis par un contrat. Les textes de traités entre un suzerain et son vassal contiennent un certain nombre d'obligations, d'engagements réciproques qui lient les partenaires.

Décalogue

Le terme signifie les "dix paroles". Il est plus connu sous le terme "les dix commandements". Ce texte que l'on trouve en Exode 20 et Deutéronome 5, est composé d'un prologue (qui rappelle : "c'est moi le Seigneur, ton Dieu qui t'ai fait sortir d'Egypte"), puis d'une première partie concernant la relation à Dieu, et une deuxième partie concernant les relation à l'autre. Il est important de ne pas séparer le prologue des commandements qui suivent. La loi est reçue par Israël comme une aide et une nécessité pour pouvoir vivre et conserver la liberté que Dieu leur a accordée. Exode 20 inaugure les lois d'Israël et joue le rôle de résumé et de table des matières pour toutes les lois qui vont suivre. Il convient de lire tous les codes législatifs à la lumière du Décalogue.

Exode

Au coeur de l'histoire du peuple d'Israël, il y a la mémoire de la sortie d'Egypte que raconte le livre de l'Exode. Le nom du livre est tiré d'un mot grec qui signifie la sortie, le départ. En hébreu le livre s'appelle shemôt "noms". Le livre raconte l'événement fondateur par excellence par lequel le peuple d'Israël dit comment il est advenu comme peuple de Dieu. Lorsqu'il résume son histoire, Israël peut omettre de mentionner les patriarches, mais il n'oublie jamais la tradition de l'Exode, la libération d'Egypte, Deutéronome 4,32-40; 6,20-24.

Horeb

Le nom signifie "sécheresse" et désigne en alternance avec le nom de Sinaï la montagne sur laquelle Dieu donne la loi à Israël en Exode 19. La désignation Horeb se trouve le plus souvent dans le Deutéronome et les textes apparentés au Deutéronome.

Sinaï

Le terme est rapproché du nom Sin qui était le nom d'une divinité lunaire en Mésopotamie et en Arabie, Exode 16,1. Il désigne le massif montagneux au sud du Néguev dans la péninsule du Sinaï dominée par le Djebel Moussa (montagne de Moïse). Cette localisation traditionnelle au dessus du monastère de Sainte Catherine, est liée à la tradition chrétienne du 4e siècle ap. JC. Cette localisation correspond malgré tout à Deutéronome 1,2 qui parle de "11 jours de marche à partir de Qadesh Barnéa".
Certains situent le mont Sinaï dans la région de Qadesh Barnéa : Djebel Arba au Nord Ouest du Sinaï. En
Galates 4,24-25, Paul désigne le Sinaï comme une montagne volcanique située au nord ouest de l'Arabie. L'Ancien Testament ne nous aide pas à localiser précisément ce lieu, son importance est plus symbolique que géographique. Dans l'Ancien Testament, le terme Sinaï est surtout utilisé dans des passages de l'Exode, du Lévitique et des Nombres, passages attribués à une école d'écriture sacerdotale, c'est-à-dire issue des prêtres en Israël.

Moïse

Moïse porte un nom d'origine égyptienne qui signifie "né de, enfant de". Certains pharaons portent ce nom : Touthmoses ("né de Touth") ou Ramses ("né de Râ"). Ces liens avec l'Egypte ont donné lieu à beaucoup d'hypothèses. C'est ainsi que la religion de Moïse en tant qu'adoration d'un seul dieu a été rapprochée de la religion du pharaon Akhénaton qui imposa le seul culte de la divinité Aton. Ces liens apparemment suggestifs n'ont guère de fondements comme le suggèrent les quelques différences suivantes. Le Dieu des Israélites est un dieu personnel qui parle, or Aton est un dieu muet impersonnel ; Aton est davantage un principe dont le pharaon Akhénaton est le seul intermédiaire, or le Dieu biblique se révèle par l'entremise de multiples témoins. Le culte d'Akhénaton à l'unique lumière date du 14e siècle. Le culte israélite de l'unique Yhwh est un culte qui est le fruit d'une longue élaboration qui s'épanouit à une époque tardive en Israël, surtout avec l'Exil, au 6e siècle av. JC.

Théophanie

Ce mot d'origine grecque veut dire "Manifestation de Dieu" ou encore "Révélation de Dieu".

Circoncision

Excision totale ou partielle du prépuce.

  • En Israël : il en est question dans de nombreux passages de la Bible. Dieu institue la circoncision avec Abraham, comme signe d'alliance entre Lui et ses descendants. C’est parce qu’il a obéi à ce commandement avant même le don de la loi qu’Abraham est considéré dans le judaïsme comme le premier des croyants.
    La circoncision devait être pratiquée avant le huitième jour du garçon. Ismaël est le premier descendant d'Abraham à être circoncis (Genèse 17, Lévitique 12,3).
    La circoncision devient le signe distinctif de l'appartenance d'Israël à Yahvé. A l'époque hellénistique (333 à 63 av. JC), certains Juifs cherchaient à masquer la marque de leur circoncision en se faisant opérer.
  • Chez les peuples voisins : la plupart ne pratiquaient pas la circoncision, sauf l'Egypte et ceci à une époque très ancienne.

Coeur

Dans la Bible, le coeur désigne l'humain dans son entier. Le coeur est le siège de la vie physique (identifiée au sang qui coule du coeur dans le corps), de la vie psychique (l'homme intérieur), de la vie intellectuelle (le coeur a des pensées), de la vie affective et de la volonté (le coeur veut, décide, délibère).

Esséniens

Membres de l'un des principaux mouvements du judaïsme avant 70. Le terme vient de l'hébreu "pieux" et désigne à l'origine les Hassidim ou Assidéens, qui s'étaient dressés contre l'hellénisation du judaïsme. Les Esséniens formaient de petites communautés disséminées en Israël. Au 2e siècle avant JC, un grand prêtre de Jérusalem (évincé par un concurrent de connivence avec les occupants grecs) fonda ou restaura un monastère à Qumran près de la Mer Morte ; ses adeptes l'ont appelé le "Maître de Justice". Le site fut envahi en 68 après JC par les armées romaines. Auparavant sa bibliothèque fut mise en sûreté dans une grotte du désert de Juda. Cette bibliothèque contenait la plupart des livres de l'Ancien Testament (manuscrits datant du 1er siècle avant JC) et divers textes du mouvement dont sa Règle.
Epris de pureté rituelle, les Esséniens pratiquaient des ablutions quotidiennes, s'adonnaient à la méditation et à divers travaux manuels. Le célibat était d'usage et quand le mariage avait lieu c'était uniquement pour la procréation. La pensée grecque dualiste a fortement influencé ce courant, notamment dans sa doctrine des deux Esprits (le Bien, le Mal, Dieu et Satan).

Juges (Livre des)

Le livre de la Bible qui attribué aux juges se présente comme une anthologie de héros qui interviennent après l'installation des tribus d'Israël en Canaan par Josué (successeur de Moïse) et avant l'instauration de la royauté en Israël (Saül, David, Salomon...), royauté qui durera jusqu'à l' Exil.
Ces figures appelées "juges" sont des figures héroïques toutes différentes les unes des autres. En tant que chefs d'une ou plusieurs tribus, les juges sont censés, d'une part apporter une autorité en Israël et rétablir le peuple dans son intégrité religieuse, d'autre part délivrer Israël de la domination qu'exercent sur leurs tribus certains peuples comme les Philistins. Il s'agit pour le peuple d'Israël de vivre parmi les autres peuples autochtones en Canaan sans tomber dans la tentation du syncrétisme religieux.
Le livre des Juges révèle que règne le désordre parmi les fils d'Israël ("chacun faisait ce qui était juste à ses yeux", Juges 17,6) et que les Juges ne parviennent pas à rétablir l'ordre de façon durable, au contraire, eux-mêmes contribuent encore au désordre. L'intention de l'auteur est de souligner que l'instauration de rois en Israël, élus par des prophètes, devient indispensable.
Parmi les juges, il y a ceux qu'on appelle "les petits juges", et les "grands juges".

  • "les petits juges" : tous originaires du centre du pays (montagne d'Ephraïm); de courtes notices nous informent de leurs actions : ce sont Otniel, Ehoud, Shamgar,Tola, Yaïr,Ibçân, Elôn,Abdôn.
  • "les grands juges" : Déborah, Baraq, Gédéon, Jephté, Samson. Déborah est aussi désignée comme prophétesse et Samson est un cas particulier.

Monothéisme

Le monothéisme est la croyance en un dieu unique à l'exclusion de toute autre divinité. Par son caractère exclusif, le monothéisme se distingue de l'hénothéisme ou de la monolâtrie qui, tout en reconnaissant un dieu unique ne nient pas l'existence d'autres divinités. Sont monothéistes les religions israélite, chrétienne et musulmane. La conviction monothéiste n'est pas uniforme dans l'Israël ancien : on peut distinguer le monothéisme pur professé dans certains milieux prophétiques de la religion populaire souvent mêlée aux usages hérités ou empruntés à d'autres religions du milieu ambiant.

Naziréat/ Nazir

Nazir : celui qui observe les règles du Naziréat. Le nazir est un homme ou une femme qui fait le voeu de se consacrer à Dieu et par conséquent, doit observer certaines règles : s'abstenir de vin ou de boissons fermentées, n'avoir aucun contact avec la mort (en touchant des cadavres), laisser pousser sa chevelure. A l'origine il s'agissait d'une consécration à vie capable de donner au nazir une puissance guerrière. La vocation a évolué en service cultuel.

Philistins

Dans le livre des Juges, le peuple philistin, peuple de la mer, apparaît comme l'adversaire majeur s'opposant aux tribus d'Israël et comme un peuple impie (incirconcis : n'étant pas marqué par le signe de la circoncision). Même dans la période de la royauté qui suivra celle des Juges, les Philistins sont encore désignés comme l'ennemi d'Israël ; l'exemple le plus connu est celui du jeune David -pas encore roi- abattant de sa fronde le géant philistin Goliath.

Tétragramme

C'est par les quatre consonnes appelées "tétragramme" (quatre lettres) YHWH que le Dieu d'Israël est désigné (on trouve aussi YHVH ou IHVH selon les auteurs). Aux quatre consonnes on a ajouté les voyelles du mot hébreu adonaï (mon Maître, mon Seigneur). Le tétragramme ne se prononce pas. Quand on lit le texte hébreu, on prononce "adonaï" d'après les voyelles ajoutées.

Saül

Il est le premier roi d'Israël, on date sa royauté de 1030 à 1010 avant JC, mais on n'est pas sûr de son existence historique dans le sens où il n'y a aucun document autre que l'Ancien Testament qui nous renseigne sur lui.

Jessé

Il ne joue pas un grand rôle dans le texte biblique mais un rôle plus important dans les traditions juive et chrétienne pour la simple raison qu'il est le père de David et que l'aura de David illumine sa personne. Il devient la souche de la royauté élue de Dieu étant toujours cité dans les généalogies de l'Ancien Testament et du Nouveau Testament. L'Arbre de Jessé, représentant la descendance qui passe par Jessé et David jusqu'à Jésus, devient un thème classique de l'iconographie chrétienne ; les protestants qui l'appellent Isaï (par une transcription différente de l'hébreu) le chantent : "D'un arbre séculaire ... "

Hauts-lieux

Dans l'Ancien Testament, les "hauts-lieux" désignent les endroits de cultes aux divinités païennes. On parle de "hauts lieux" car ils se situent généralement sur les montagnes. Nous en avons un écho dans le
Psaume 121 "Je regarde vers les montagnes. D'où me viendra le secours ?"

Et le psalmiste de répondre que ce secours qu'il cherche pour entreprendre le voyage ne lui viendra pas des "hauts lieux" et de leurs dieux, mais bien du Dieu d'Israël.

Fils de Dieu

Le roi dans l'Ancien Testament est considéré comme le fils de Dieu (Psaume 2,7). Le roi David a laissé un tel souvenir par sa vie ou par le récit qu'on a fait de lui qu'après la fin de la royauté (597 av. JC) une attente est née : c'est celle d'un nouveau David qui serait un descendant du roi David et qui gouvernerait le peuple en faisant ce qui est bien aux yeux de Dieu. Dans le Nouveau Testament, les premiers chrétiens ont compris que cela se réalisait avec Jésus et ils ont cru que Jésus était le fils de David, le nouveau roi qui devait bien gouverner son peuple ; c'est pourquoi ils ont raconté son histoire en faisant référence à David : Mt 1,6-16 ; Mc 10,46-52 ; Lc 1,31-33 ; 2,4-7; 10-11.
Même un roi étranger peut être appelé "fils de Dieu" : Esaïe 45,1s.

Messie

Terme qui vient de l'hébreu et qui a le même sens que celui venant du grec "Christ" ou celui venant du latin "Oint". C'est le nom donné à celui qui a reçu l'onction ; la plupart du temps, c'est le roi d'Israël ou de Juda ; mais cela peut aussi désigner quelqu'un qui est considéré comme ayant reçu une mission de Dieu. Le messie était considéré comme le fils de Dieu.

Holocauste

L'Ancien Testament connaît divers sacrifices. L'holocauste est le sacrifice d'animal le plus hautement considéré. Il s'agit d'un sacrifice "entier", c'est-à-dire que l'animal est brûlé entièrement. Dans les sacrifices d'action de grâces, on n'offrait sur l'autel que le sang et la graisse (plus certaines parties) de la bête. Aux prêtres revenait une part et le reste était mangé par ceux qui l'avaient offert.

Job, livre de

Le livre appartient à la littérature de sagesse dans l'Ancien Testament. L'auteur du livre reste inconnu, mais il existe plusieurs théories anciennes : Moïse en serait l'auteur. Une note de la Septante, citant une ancienne tradition, identifie Job à Yobab, deuxième roi d'Edom (Genèse 36,33). Job aurait vécu à l'époque des débuts d'Israël en Egypte. Selon la tradition juive, le livre de Job fut écrit par Moïse pendant ses quarante années dans le désert de Madian. Madian se trouvait à côté d'Edom, et les deux peuples avaient développé des liens commerciaux. Il semble probable que le livre a connu plusieurs couches successives de rédaction. La partie en prose (début et fin du livre) pourrait dater du temps de David et Salomon, mais remonterait à une tradition orale qui pourrait être plus ancienne encore. Ezéchiel (vers 592-580 av. JC) connaissait déjà la figure de Job. Après l' Exil , les chapitres 3 à 31 et 38 à 42 auraient vu le jour : une exhortation pastorale à un moment de doute et de désarroi. Les chapitres 32 à 37 semblent être d'une autre main : un rajout. Dans le Proche Orient Ancien, il existe différentes traditions qui mettent en scène le personnage du "Juste souffrant".

Orient

Tout dépend du point de vue de celui qui parle... Généralement, l'Orient désigne les pays à l'est du fleuve Euphrate, mais pour ceux qui vivent en Palestine, il s'agit plutôt de la région à l'est du Jourdain.

Apocryphes

Mot qui signifie " caché " et s'applique à certains livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. Concernant l'Ancien Testament, la Réforme a considéré tout livre qui ne figure pas dans la Bible hébraïque comme " apocryphe ". Quant au Nouveau Testament, " apocryphe " est employé par les Eglises chrétiennes pour désigner des livres datant des premiers siècles de l'Eglise et qui n'ont pas été retenus dans le canon biblique.

Canon

Canon vient d'un mot grec signifiant "roseau", " bâton ", " règle pour mesurer ". Le canon est une règle concernant la foi et la discipline. Le canon des Ecritures est le catalogue des livres reconnus par l'Eglise et réunis dans la Bible.

Balaam

Balaam est un mage qui a une grande réputation. Balak, le roi de Moab l'appelle à son aide lorsqu'il voit le peuple d'Israël menacer son pays (Nombres 22,22-35). Balak souhaitait que le devin maudisse les enfants d'Israël. Balaam hésite. Une rencontre entre l'ange du Seigneur et l'ânesse de Balaam (qui se met à parler !) fait basculer le récit. Balaam terrorisé n'obéira pas au roi mais dira les paroles que Dieu mettra dans sa bouche et au lieu de maudire le peuple, il le bénit.

Ephratéen

Originaire d'Ephrata ou d'Ephraïm au Nord de Jérusalem. Un groupe d'Ephratéens habitait dans la région de Bethléem, c'est pourquoi dans certains manuscrits, Bethléem s'appelle aussi Bethléem-Ephrata.

Esdras (Livre d')

Le livre d'Esdras a probablement été rédigé vers l'an 300 av. JC et il fait partie (avec les deux livres des Chroniques et le livre de Néhémie) de ce que l'on peut appeler une écriture de l'histoire dans son déroulement chronique. Il décrit le retour des Juifs exilés autorisé par l'édit de Cyrus, la reconstruction du temple de Jérusalem et la réorganisation de la communauté à Jérusalem. C'est un livre qui parle de reconstruction d'où l'interdiction faite au peuple de se mélanger aux autres, mais l'essentiel est de retrouver les racines d'autrefois.

Midrash

Vient d'un mot hébreu qui signifie recherche. Ce sont des commentaires, des explications, des interprétations de versets et textes de l'Ancien Testament sous formes d'opinions, de sermons, de paraboles qui suivent les règles des rabbins.

Moab/Moabite

Un pays dans lequel habitent des tribus qui ont des liens de parenté avec Israël. Le récit de Genèse 19,30-33,37 (Moab est engendré par inceste entre père et fille) explique le mépris d'Israël vis-à-vis de Moab et explique le nom "Moab" de manière populaire ("du père"). La région des Moabites se situe au sud-est de la Mer Morte.

Néhémie (Livre de)

Le livre de Néhémie était autrefois lié au livre d'Esdras et ne faisait qu'un ouvrage. Néhémie avait été envoyé dans la Province de Juda vers l'an 445 av. JC pour reconstruire les murailles de Jérusalem. L'auteur parle en "je". Il raconte tous les événements qui se passent autour de la reconstruction : recensement de la population, cérémonie de la fête du Tabernacle, arrivée de la population paysanne à Jérusalem, interdiction des mariages mixtes, engagement du peuple à la Loi ... Comme le livre d'Esdras, c'est un livre qui reconstruit un peuple et son histoire.

Ruth

Le livre de Ruth est un récit du temps des Juges. Dans le culte juif, il est lu à certaines occasions comme la fête des prémices (puisque le récit relate la moisson). La rédaction finale du livre semble être très tardive, bien après le moment des faits que l'on raconte. Ainsi, le déchaussement (Ruth 4,7) est présenté comme une coutume périmée.

Talmud

Vient du mot hébreu qui signifie "enseignement", "leçon". Talmud est le titre d'un recueil de la tradition rabbinique composé entre le 1er siècle et le 5e siècle. Il contient toute la tradition juive sous forme de discussions, de légendes, de paraboles et de débats. Il est composé de la "Mishna" (la tradition littéraire) et de la "Gemara" (les commentaires).

Jonas (Le livre de)

Inséré dans l'ensemble des 12 petits prophètes, ce livre est un livre à part : seul livre narratif dans cette série. De plus, Jonas est un prophète envoyé auprès des non juifs. Son oracle est très bref et il n'est connu du lecteur qu'au moment où Jonas l'annonce à ses destinataires ( "Encore 40 jours et Ninive sera mise sens dessus dessous." Jonas 3 4).
Le texte se présente comme un conte : un gros poisson qui avale Jonas avant de le recracher 3 jours plus tard, une ville étrangère qui se convertit entièrement après que Jonas ait pendant un jour annoncé son oracle, les animaux qui prennent l'habit de deuil, un arbre qui pousse en un jour... Il faut bien lire cela comme une histoire merveilleuse et dès le premier chapitre la répétition excessive de l'adjectif "grand" l'indique.
Jonas est un prophète mentionné très brièvement en 2Rois 14,25. S'il est question du même personnage, l'histoire se passerait sous le règne de Jéroboam II (environ 783-743 av. JC) mais la majorité des spécialistes indiquent que ce nom a été emprunté pour servir les propos d'une autre époque où il ne s'agit plus de défendre la préférence nationale coûte que coûte mais bien plutôt de vivre le mieux possible avec les voisins, les gens différents de soi. La rédaction de ce livre se situerait donc plutôt après l' Exil, au 5e siècle av. JC.

Hébreu

L'étymologie de ce nom viendrait du verbe "passer" (ce qui rappelle le passage de la Mer Rouge au moment de la sortie d'Egypte), verbe qui a donné la compréhension "de l'autre côté". Le mot reçoit donc un sens proche de "étranger". Ce mot est rarement utilisé dans la Bible. Quand il l'est, c'est généralement en lien avec les Egyptiens ou les Philistins (sur 34 emplois, 18 le sont avec les premiers, en désignant les Israélites en opposition à leurs maîtres égyptiens, et 8 utilisations le sont dans un contexte qui indique leur assujettissement aux Philistins). Ce nom semble avoir été imposé aux Israélites par des étrangers et il souligne leur condition inférieure, asservie (cela a pu aider à faire le rapprochement avec les Apirou du 2ème millénaire av. JC). La notion la plus commune pour désigner les Israélites est "fils d'Israël". Jonas est le seul à parler de lui-même en terme "d'hébreu". Partout ailleurs le terme hébreu est utilisé pour désigner d'autres individus.

Esther (livre d')

Ce livre raconte l'histoire d'Esther, femme juive en exil dans l'empire perse, qui devient reine et peut ainsi sauver son peuple du massacre programmé par Haman en demandant au roi, son mari, de permettre aux juifs de se défendre le jour prévu pour le massacre ; ce qui sera présenté comme étant l'origine de la fête juive de Pourim (des "sorts"). Le livre de la Bible hébraïque ne comporte pas le nom de Dieu ; la version grecque (plus longue) mentionne Dieu plusieurs fois, ce qui l'a rendu plus acceptable et en tout cas plus religieux.
Ce livre débute en situant historiquement les faits racontés la troisième année du règne perse de Xerxès (Xerxès 1er a régné de 486 à 465 avant JC, il peut toutefois aussi s'agir de son successeur). Pourtant, certaines choses mentionnées dans le texte indiquent qu'il faudrait plutôt le dater de la fin du 2e siècle avant JC (sous le règne d'Antiochus IV Epiphane qui persécuta les juifs).

Nabuchodonosor

Selon la transcription de l'hébreu : Neboukadnetsar ou Nébucadnetsar: roi de Babylone, 604-562 av. JC.

Israélite

Membre du peuple d'Israël.

Jérusalem

Capitale du royaume d'Israël sous David et Salomon, puis du royaume de Juda. Ville où le temple fut construit.

Juda

Tribu importante, qui resta fidèle à la dynastie davidique avec la tribu de Benjamin au moment du schisme en 2 royaumes (celui du Nord, Israël et celui du Sud, Juda). Son territoire et celui de Benjamin devinrent le royaume de Juda, jusqu'à la prise de Jérusalem en 586 av. JC par les Babyloniens.

Tribu

La Bible raconte que c'est à partir des 12 fils de Jacob/Israël que se fit la division du peuple d'Israël en tribus. Mais les textes diffèrent au sujet du nombre et des noms des tribus à comptabiliser à cause des 2 fils de Joseph, Ephraïm et Manassé parfois comptés comme 2 tribus distinctes, parfois non car la tribu de Lévi était mise à part. (cf. Genèse 48-49 ;
Nombres 26).