Module La spiritualité aujourd'hui



On nous change la religion!



On nous change la religion !

On a longtemps pensé que dans les sociétés modernes fondées sur la rationalisation, l'affirmation de l' individu et la perte d'influence de l'Eglise, la religion serait amenée à s'effacer. Mais, depuis la fin des années 60, cette idée est totalement remise en question. Des sociologues ont mis en évidence plusieurs mouvements de retour de la croyance, y compris dans des domaines éloignés du religieux. Les gens ne situent plus leur croyance dans l'obligation, mais développent un goût pour la spiritualité des hauts-lieux et des moments forts. Deux nouvelles figures apparaissent sur la scène religieuse : le pèlerin et le converti. Le pèlerin, c'est celui qui choisit son parcours, module sa participation, selon un cheminement parfois très chaotique. Il privilégie une pratique hors du quotidien. Le converti, c'est l'individu moderne qui choisit sa religion au lieu d'en hériter, qui se la réapproprie dans le désir d'être authentique. Tout montre qu'il y a beaucoup de croyance en France aujourd'hui. Mais de moins en moins de personnes croient en un Dieu personnel. De plus en plus de français affirment croire, mais sans savoir en quoi. En particulier les jeunes, qui sont globalement moins athées que les générations précédentes mais qui sont plus branchés " esprit " que Jésus-Christ. La croyance est très individualisée et de moins en moins encadrée par les institutions. Les croyants bricolent leur propre système de spiritualité pour donner sens à leur vie. La culture moderne est à la fois libératrice et lourde à porter pour l'individu qui se doit, à chaque instant, d'être pleinement lui-même. Il arrive que des personnes fragiles, fatiguées de produire leur propres significations de vie rencontrent des personnes qui leur disent : " Moi je sais où est la vérité des choses ". Et qui leur offrent quelques certitudes simples, bétonnées pour redonner un sens à la vie. C'est là que les sectes entrent en jeu. Les sectes répondent au désarroi par une spiritualité clés en main.

Danièle Hervieu-Léger


  • Partagez-vous le sentiment que le religieux, la spiritualité, la croyance font retour dans notre société ?
  • Avez-vous le souvenir d'avoir récemment vécu un moment spirituel fort ?
  • Comment réagissez-vous spontanément devant le phénomène des sectes ?

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On nous change la religion !

On a longtemps pensé que dans les sociétés modernes fondées sur la rationalisation, l'affirmation de l' individu et la perte d'influence de l'Eglise, la religion serait amenée à s'effacer. Mais, depuis la fin des années 60, cette idée est totalement remise en question. Des sociologues ont mis en évidence plusieurs mouvements de retour de la croyance, y compris dans des domaines éloignés du religieux. Les gens ne situent plus leur croyance dans l'obligation, mais développent un goût pour la spiritualité des hauts-lieux et des moments forts. Deux nouvelles figures apparaissent sur la scène religieuse : le pèlerin et le converti. Le pèlerin, c'est celui qui choisit son parcours, module sa participation, selon un cheminement parfois très chaotique. Il privilégie une pratique hors du quotidien. Le converti, c'est l'individu moderne qui choisit sa religion au lieu d'en hériter, qui se la réapproprie dans le désir d'être authentique. Tout montre qu'il y a beaucoup de croyance en France aujourd'hui. Mais de moins en moins de personnes croient en un Dieu personnel. De plus en plus de français affirment croire, mais sans savoir en quoi. En particulier les jeunes, qui sont globalement moins athées que les générations précédentes mais qui sont plus branchés " esprit " que Jésus-Christ. La croyance est très individualisée et de moins en moins encadrée par les institutions. Les croyants bricolent leur propre système de spiritualité pour donner sens à leur vie. La culture moderne est à la fois libératrice et lourde à porter pour l'individu qui se doit, à chaque instant, d'être pleinement lui-même. Il arrive que des personnes fragiles, fatiguées de produire leur propres significations de vie rencontrent des personnes qui leur disent : " Moi je sais où est la vérité des choses ". Et qui leur offrent quelques certitudes simples, bétonnées pour redonner un sens à la vie. C'est là que les sectes entrent en jeu. Les sectes répondent au désarroi par une spiritualité clés en main.

Danièle Hervieu-Léger


Après étude du texte, nous vous proposons une série de questions qui vous permettront d'actualiser le texte, et de faire de ce récit le vôtre
(nb : les visuels associés aux questions sont uniquement présents pour vous inspirer, mais ne constituent pas un élément de réponse)

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  • 20040105005910


    Diriez-vous que la vie spirituelle est une dimension importante de votre existence ? A quels moments apparaît-elle ?

  • 20040105010005


    Où situez-vous vos racines religieuses ? Avez-vous le sentiment qu'elles vous irriguent ou au contraire qu'elles vous entravent ?

  • 20040105010058


    Selon vous, le dialogue entre les religions conduit-il à s'approcher de la vérité ou à relativiser toute vérité ?

  • 20040105010146


    Que répondriez-vous à quelqu'un qui vous demanderait : "quel est le sens de ta vie ?"

  • 20040105010236


    "De moins en moins de personnes croient en un Dieu personnel", écrit Danièle Hervieu-Léger. Qui est Dieu pour vous ? Quelqu'un que l'on peut rencontrer ? Une force diffuse ? Un principe ? Une idée ?



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Soyez acteur de votre lecture


  • Vous sentez-vous proche de la figure du pèlerin ? Du converti ? D'une autre figure encore, qui n'est pas évoquée dans ce texte ?
  • Foi, religion, croyance, spiritualité. Faites-vous une différence entre ces notions ? Laquelle ?
  • L'institution a-t-elle un rôle, positif ou négatif, pour le croyant ?

Un peu de culture...

Le langage de l'art

Les arts entrent-ils aujourd'hui en résonance avec leur environnement spirituel et religieux ? Peut-être faudrait-il d'ailleurs plus précisément se demander s'ils entrent encore en résonance, tant ces liens ont été serrés pendant des siècles, avant de devenir plus problématiques aujourd'hui.

George Steiner, philosophe à l'érudition encyclopédique, est l'un de ceux qui s'est penché avec le plus de constance et d'inquiétude sur cette question.

" Depuis quelques années, explique-t-il, j'essaie de creuser la notion que, sans le religieux, sans une croyance transcendantale d'un ordre ou d'un autre, l'humanisme tourne à vide. Pourquoi pas un nouveau Mozart, un nouveau Shakespeare ? Statistiquement, il est concevable qu'il puisse y avoir un Beethoven cet après-midi, un Raphaël à midi, un Shakespeare demain. Personne n'en croit rien. Pourquoi ? Je suis arrivé à la conviction qu'un grand roman, une grande pièce, un grand poème, un grand tableau ne peut atteindre certaines dimensions formelles sans poser la question de l'existence ou de la non-existence de Dieu.

" Et, contre les courants " déconstructionistes " qui, selon lui, professent qu'il " n'est pas de face de Dieu vers laquelle le signe puisse se tourner ", Steiner ajoute : " Je fais le pari exactement inverse. Je parie sur la réalité d'un lien entre le mot et le monde, entre le sens et l'être -il peut être indirect, oblique, infiniment compliqué, mais il existe. Ça reste un pari bien sûr, mais si on ne le tient pas, plus rien ne tient. "
Dans son livre Réelles présences, traduit et publié en France en 1991, il propose une ample et profonde méditation sur ce thème. En voici la dernière page :

" Il est une journée bien particulière de l'histoire occidentale dont ni l'histoire ni le mythe ni les Ecritures ne parlent. Il s'agit d'un samedi. Et ce samedi est devenu le plus long des jours.
" Nous connaissons le vendredi qui est, pour les chrétiens, le jour de la Crucifixion. Mais le non-chrétien, l'athée, le connaît aussi. C'est-à-dire qu'il connaît l'injustice, la souffrance interminable, la destruction, l'énigme brute, de la fin, qui constituent si clairement non seulement la dimension historique de la condition humaine, mais aussi le tissu quotidien de notre vie individuelle. Nous connaissons, de manière inéluctable, la douleur, l'échec de l'amour, la solitude qui constituent les fondements de notre histoire et de notre destin individuel.
" Nous connaissons aussi le dimanche. Pour le chrétien, ce jour signifie une suggestion, à la fois assurée et précaire, à la fois évidente et dépassant la compréhension, de la résurrection, d'une justice et d'un amour qui ont vaincu la mort. Si nous ne sommes pas chrétiens ou croyants, nous connaissons ce dimanche de manière analogue. Nous le concevons comme étant le jour de la libération de l'inhumanité et de la servitude. Nous cherchons une délivrance, qu'elle soit thérapeutique ou politique, qu'elle soit sociale ou messianique. L'élément essentiel de ce dimanche, c'est l'espoir (il n'est pas de mot moins susceptible de déconstruction).
" Mais notre époque est celle du long samedi. Entre la souffrance, la solitude, l'inexprimable destruction d'une part et le rêve de libération, de renaissance de l'autre. Devant la torture d'un enfant, de la mort de l'amour que représente le vendredi, même les plus grandes formes d'art et de poésie sont presque sans ressources. Dans l'utopie du dimanche, l'esthétique, je présume, n'aura plus de raison d'être. Les appréhensions et les figurations qui sont en jeu dans l'imaginaire métaphysique, dans le poème, dans la composition musicale, qui parlent de la douleur et de l'espoir, de la chair qui a le goût de la cendre et de l'esprit qui a la saveur du feu, sont toujours œuvres du samedi. Elles ont surgi d'une immensité de l'attente qui caractérise l'homme. Sans elles, comment pourrions-nous patienter ? "

On peut entendre, comme une sorte de contrepoint à la méditation du philosophe, le poème (1993) du théologien Henri Capieu, qui évoque ici le désarroi et l'espérance nés de l'Ascension, ce jour où Jésus ressuscité envoie ses disciples et les quitte :

Et c'est la plus terrible absence
tous ces siècles sanglants sans leur consolateur
ces siècles de nos cris, de son silence
ce trou fermé au ciel mais ouvert dans nos cœurs.

Non, plus de compagnon sur le chemin,
ni la parole en flammes du prophète.
Il nous reste l'humble table et le pain
et la coupe de douleur et de fête.

Il nous reste les mots de l'Evangile
par toi, Esprit, toujours ressuscités,
il nous reste aux vases d'argile
le parfum et l'eau pure à ce livre puisés
et cette source en nous, ce vent, cette clarté.


Echangeons !

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Individu - [Clés de lecture]

L'évolution du paysage religieux en Occident est en grande partie le fruit de l'évolution contemporaine de l'individu.
Schématiquement, jusqu'au début des années 1960, le problème de l'individu occidental était plutôt de devoir se conformer à des contraintes sociales fortes qui le limitaient dans ses potentialités : cloisonnement des classes sociales, répartition rigide des rôles entre les sexes, interdits et tabous nombreux, valorisation de l'immobilité professionnelle, conformisme, etc. La société encadrait fortement les désirs individuels. On avait de la peine à " être soi ", tant on était enserré. Ne pas être conforme à ce que la société attendait faisait naître un sentiment de culpabilité. L'individu se sentait incapable d'être l'auteur de sa propre vie, parce que trop d'obstacles l'en empêchaient.
Depuis le début des années 1960, le problème de l'individu occidental est plutôt de faire face à la multitude des possibles et à l'injonction de devoir les explorer pour réaliser au maximum toutes ses potentialités : globalisation des cultures, métissages, affirmation de la part de l'autre sexe en soi, " il est interdit d'interdire " (comme disait un slogan de Mai 1968), valorisation de l'initiative dans l'entreprise, culture de la performance, etc...

20040104204717

Retour de la croyance - [Clés de lecture]

On parle habituellement d'un " retour du religieux ". Ici, Danièle Hervieu-Léger élargit l'expression à un " retour de la croyance " qui concerne certes la sphère religieuse mais sans doute aussi celle de la connaissance (succès des phénomènes dits paranormaux), de l'histoire (importance du destin, personnel et collectif), de l'anthropologie (discours sur les " races "), etc.
Dans les années 1980, l'expression " retour du religieux " fut utilisée pour désigner notamment l'avancée sur la scène publique, et souvent médiatique, de courants religieux intégristes ou fondamentalistes ouvertement hostiles à la sécularisation de la société.

Pèlerin - [Clés de lecture]

20040104204811

Ici, la sociologue utilise la figure du pèlerin comme un idéal-type.
En Occident, les pèlerinages se sont développés au Moyen Age. Pour des raisons religieuses et souvent avec l'espoir de s'attirer les faveurs de Dieu, les pèlerins entreprenaient des voyages vers des lieux chargés d'histoire et de signification à l'occasion de fêtes importantes.
La figure du pèlerin renvoie aussi à des épisodes bibliques essentiels : la sortie d'Egypte et la progression du peuple hébreu vers la terre promise ou la marche de Jésus vers Jérusalem, par exemple. D'une manière plus universelle, le pèlerinage suggère l'itinéraire de chacun tout au long de sa vie : " chacun sa route, chacun son chemin " dit la chanson.
Le touriste n'est-il pas une sorte de pèlerin moderne et irréligieux ?

Pratique - [Clés de lecture]

20040104214030

La plupart des religions prescrivent des comportements au croyant, tels que les règles alimentaires dans le judaïsme, la messe dominicale dans le catholicisme, la prière quotidienne dans l'islam.
Ces obligations ont une double fonction : relier le croyant à Dieu en le plaçant dans des conditions adéquates, mais aussi constituer une communauté qui se différencie de manière visible de son environnement.
La Réforme protestante n'a pas nié l'utilité de rites et de pratiques mais, dans son souci de souligner la gratuité de la relation à Dieu, elle a vigoureusement contesté leur caractère obligatoire ou méritoire.
La pratique religieuse n'est plus guère, aujourd'hui, un marqueur social. Les événements religieux, qu'ils soient d'ordre familial (baptême, mariage) ou plus large (célébration en foule, pèlerinage), ont avant tout une fonction d'émotion et de ressourcement.

Converti - [Clés de lecture]

Ici, la sociologue Danièle Hervieu-Léger emploie le mot comme un idéal-type, c'est-à-dire une description très typée d'une situation qui n'existe pas en tant que telle dans la réalité, mais qui sert de repère pour mieux comprendre et analyser les multiples cheminements individuels.
Dans la Bible, la conversion est un renouvellement complet de la compréhension de soi et du monde à la lumière de Dieu. Les mots hébreux et grecs qu'elle emploie pour l'évoquer suggèrent le demi-tour ou la découverte de nouveaux horizons.
Dans le langage courant, la conversion désigne en général un changement d'appartenance religieuse.

Dieu personnel - [Clés de lecture]

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" Par le nom de Dieu, j'entends une substance infinie, éternelle, immobile, indépendante, toute-puissante et par laquelle toutes les autres choses sont ", écrivait Descartes au début du 17e siècle, faisant de " Dieu " une sorte de principe causal radicalement externe à l'homme.
Pour nos contemporains, et les courants du " New Age " y ont particulièrement insisté, " dieu " évoque en général plutôt une source d'harmonie intérieure. Le sens ou le dynamisme résideraient à l'intérieur de chacun, à l'état de potentialités, l'effort spirituel consistant à libérer cet élan de tout ce qui l'entrave pour qu'il puisse s'épanouir pleinement.
Ni principe philosophique, ni prédisposition intime, la Bible place la connaissance de Dieu sous le signe de la rencontre (Exode 3). Pour l'Ancien Testament, Dieu est à la fois Celui qui est, et cela de manière absolue, mais en même temps qu'il reste proche et attentif. Le Nouveau Testament proclame : " Personne n'a jamais vu Dieu mais le fils unique, qui est Dieu et qui demeure auprès du Père, l'a fait connaître " (Jean 1,18) ; il insiste sur la faiblesse étonnante et paradoxale de ce fils : " nous, nous annonçons le Christ cloué sur la croix, [...] qui est la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu " (1Corinthiens 1,23-24). Insaisissable et toujours proche, tel un " visiteur qui va son chemin " disait le poète R.M. Rilke, le Dieu de Jésus-Christ vient à notre rencontre là où nous en sommes.

Esprit - [Clés de lecture]

20040104205030

Il s'agit d'un " mot-valise ", expression utilisée par les linguistes pour désigner ces mots dans lesquels chacun peut mettre des significations différentes. Selon les époques ou les circonstances, " esprit " peut désigner des substances imperceptibles qui habitent le corps humain, des êtres immatériels ou imaginaires, ce qui caractérise la réalité intellectuelle ou psychique de l'homme, ce qui oriente sa volonté, etc.
Dans la Bible, il s'agit d'un vent ou encore d'un souffle, le souffle créateur de Dieu, qui agit de manière invisible mais perceptible dans la réalité, à la manière du vent qui gonfle les voiles du navire et le fait avancer. Ici, la sociologue utilise le mot pour désigner probablement le sentiment, partagé par bien des jeunes, d'une réalité divine impersonnelle et interreligieuse.

Institution - [Clés de lecture]

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Les institutions (école, médecine, Eglises, etc.) jouent un rôle de médiation entre les individus singuliers et les valeurs générales qui construisent et permettent une vie sociale. Mais plus l'image d'un individu idéal autonome, seul maître de sa destinée, centré sur ses désirs et ses réalisations, s'impose, plus les institutions sont affaiblies -et cela se vérifie aussi dans le domaine religieux.
A propos de cet affaissement des institutions religieuses et notamment des Eglises, des sociologues comme Grace Davie ou Danièle Hervieu-Léger ont souligné combien l'individu d'aujourd'hui pouvait " croire sans appartenir " et " appartenait sans croire ".
Il croit sans appartenir lorsqu'il se construit lui-même ses croyances en puisant dans des traditions diverses. Dans une sorte de " bricolage spirituel ", l'individu se constitue un " kit " de significations et de références spirituelles " à la carte ", où l'expérience, l'émotion, le sentiment d'authenticité du moment priment sur la réflexion, la cohérence, la durée.
L'individu appartient sans croire lorsqu'il se rattache à une tradition sans pour autant en adopter le corps de doctrine. Ainsi, les encycliques du Pape sont des succès de librairie alors même que beaucoup de ceux qui les achètent n'adhèrent pas à leur contenu, les temps forts spirituels rassemblent bien au-delà des membres de l'Eglise invitante (JMJ, Taizé, etc.), le patrimoine religieux déchaîne les passions en dehors de toute pratique réelle (attachement à l'église du village même si l'on n'y met pas les pieds, hostilité à la construction de mosquées).
Pour la majorité de nos contemporains européens, très différents en cela de leurs semblables y compris américains, croyance et appartenance sont séparées.

Certitude - [Clés de lecture]

20040104213052

Opinion, doctrine, savoir, certitude, foi : distinguer entre ces mots peut éviter bien des confusions.
L'opinion est relative, y compris pour celui qui la professe (exemple : " l'évangile de Marc est passionnant ").
La doctrine est un ensemble de propositions cohérentes entre elles, qui font sens et auquel on peut ou non donner son adhésion (exemple : " Jésus-Christ est le fils de Dieu ").
Le savoir est une proposition vérifiée et énoncée de manière à pouvoir être éventuellement réfutée par un fait, une observation. (exemple : " Ponce Pilate a été procurateur de Judée entre 26 et 36 de notre ère ").
La certitude relève à la fois de l'expérience individuelle, de la compréhension personnelle, du sentiment intime : pour celui qui la vit, elle est de l'ordre de la vérité existentielle (exemple : " Jésus-Christ est ressuscité").
Dans l'usage courant, le mot foi peut se rapprocher de chacun des mots précédents et revêtir ainsi des significations sensiblement différentes. Il vient du latin fides, qui signifie confiance et que l'on retrouve dans des mots tels que " fiancé ", " fidèle ", etc. Dans la tradition protestante, " foi " désigne avant tout une relation confiante du croyant avec Dieu, dont celui-ci a l'initiative.

Secte - [Clés de lecture]

L'étymologie du mot est incertaine. Elle renvoie soit à sequi, verbe latin qui signifie suivre, une secte étant alors un rassemblement de personnes qui suivent un enseignement ou un maître, soit à secare, autre verbe latin qui signifie couper, une secte étant alors une dissidence d'un groupe plus important.
Dans le débat public français, le mot a pris une tournure péjorative, sans d'ailleurs que l'on puisse en donner une définition admise par tous, notamment dans le domaine juridique. On craint les sectes, parfois à juste titre, souvent en surestimant le nombre de leurs adeptes ou leurs méfaits (la secte Moon, par exemple, dont on faisait grand cas dans les années 1970, n'a jamais réuni plus de quelques dizaines de personnes en France), rarement en s'interrogeant sur ce qui les rend attirantes.

Religion - [Clés de lecture]

Parmi les diverses étymologies et origines du mot latin religio, on évoque souvent le verbe religare, relier. La religion serait alors ce qui relie les humains les uns aux autres, en les reliant ensemble à une divinité distincte d'eux.
La religion présuppose donc qu'il existe deux mondes séparés, l'un profane, l'autre sacré. Elle prétend offrir la connaissance adéquate de la sphère du sacré (révélations, doctrines, transes, etc.), ainsi que le moyen de les mettre en relation (formules, rites, etc.).
Plus particulièrement depuis la Renaissance, la culture occidentale moderne n'a cessé de chercher à affranchir la pensée rationnelle de la pesante tutelle religieuse au point que raison et religion ont été progressivement vues par beaucoup comme concurrentes. On en a parfois annoncé la disparition des religions. Mais celles-ci résistent ! Elles se développent, même. De plus, bien des phénomènes sociaux que l'on ne classe habituellement pas dans le domaine religieux, comportent une dimension religieuse : manifestations sportives, culte de la science, patriotisme, nostalgie d'une nature primordiale, gigantisme de certains spectacles, adulation du corps, omniprésence de l'argent, révolutions politiques, etc.
En dépit de ses changements et grâce à eux, le langage du religieux, comme celui de la philosophie, de l'art, de la poésie ou de l'humour, traverse les âges et les cultures. Il demeure l'un des constituants de l'interrogation de l'être humain sur lui-même et sur le monde.

Toutes ses potentialités - [Clés de lecture]

Aujourd'hui, la société exalte la réalisation de tous les désirs. Mais du coup, ce même individu a de la peine à " être soi ", à " se réaliser ", tant tout semble possible et tout se vaut. La pression sociale favorise un sentiment d'insuffisance, de " ne pas y arriver ". L'individu se sent incapable d'être l'auteur de sa propre vie, parce qu'une infinité de possibles s'offre à lui.
Cette affirmation autonome de l' individu, avec ses corollaires que sont la libéralisation presque sans limite et la perte de repères angoissante, se vérifie également dans le domaine religieux. Là aussi, on est passé d'appartenances religieuses prédéterminées, fixes, dans lesquelles l'individu n'avait qu'une autonomie restreinte, à une recherche d'accomplissement du soi croyant, de développement de ses potentialités spirituelles, voire de performance religieuse. Le fait de croire et le contenu de ce croire se sont individualisés et subjectivisés.

Les affiliations religieuses en baisse - [Contexte]

Les réalités religieuses se prêtent en général assez mal à un traitement statistique. Cet outil, qu'il faut donc utiliser avec prudence donne néanmoins de précieuses indications en tendance. Ainsi, l'évolution de l'appartenance déclarée par les Français à une confession religieuse est la suivante (en pourcentages) :

Confession

En 1981

En 1990

En 1999

Catholique

71

58

54

Protestante

2

1

1

Juive

Musulmane

1

1

1

Autre

1

1

Aucune religion

25

38

43

Ne se prononce pas

1

1

Mermet Gérard, Francoscopie 2003, Paris : Larousse 2002

Des croyances atypiques ? - [Contexte]

Même du point de vue des croyances (et non plus de l'appartenance déclarée à une confession), la France apparaît comme un pays particulièrement peu " religieux " :

Croyance

USA

Europe

France

...en un Dieu

93

69

57

...en un Dieu personnel

69

36

20

 

Hervieux-Léger Danièle, "les tendances du religieux en Europe", in : Croyances religieuses, morales et éthiques dans le processus de construction européenne, Paris : La Documentation française, mai 2002.

Quand on entre un peu plus dans le détail, les surprises ne manquent pas. Par exemple, les Français déclarent croire plus volontiers à la transmission de pensée ou à l'astrologie qu'à la résurrection du Christ (sondage CSA, Le Monde du 12 mai 1994)

D'étranges transpositions - [Contexte]

La mondialisation donne accès à des idées ou des doctrines largement ignorées précédemment. Mais ces emprunts s'accompagnent souvent de métamorphoses. Il en va ainsi de l'idée de réincarnation, dont beaucoup d'enquêtes convergent pour souligner qu'elle recueille plus d'adhésion que l'idée de résurrection. Mais de quelle réincarnation parle-t-on ?
Les notions de réincarnation, de migration des âmes sont présentes dans beaucoup de religions issues de la Grèce, du Proche-Orient ou d'Asie. Mais c'est par le biais du bouddhisme qu'elles connaissent aujourd'hui un regain de faveur. Or, dans le bouddhisme, ce cycle de renaissances est considéré comme un malheur, un destin écrasant. D'une certaine manière, tout l'enseignement du Bouddha indique la voie qui permet d'en être libéré.
Pourtant, transplantée en Occident, l'idée de réincarnation est le plus souvent inversée, amputée d'une bonne partie de sa profondeur et simplement considérée comme une chance d'accomplir ultérieurement ce qui n'a pu l'être dans cette vie-ci. Elle entre alors en accord avec le rêve d'abolition des limites humaines et, en l'occurrence, l'abolition du temps, qui est probablement la dimension dans laquelle l'homme occidental se sent le plus douloureusement enserré.
On se trouve ici en présence d'un phénomène typique du paysage religieux contemporain, dans lequel la recherche de la réalisation de soi ou la subjectivité priment sur l'approfondissement ou la cohérence.

Vers une laïcité mieux informée ? - [Contexte]

20040104204551

En novembre 2001, le philosophe Régis Debray, agnostique et très attaché à la laïcité, publiait un ouvrage intitulé Dieu, un itinéraire. Dans sa première page, il écrit notamment ceci, à propos des sciences religieuses : " Dans le monde francophone, les pionniers de l'enquête patiente et du savoir positif se trouvent, pour une bonne partie, dans les couvents et les congrégations, chez les pasteurs ou les moines, alors que prévaut dans les milieux laïcs ou athées une inertie passéiste (...). Tête-bêche paradoxal auquel conduit une laïcité mal comprise, suicidaire à terme, qui proscrit de l'école publique l'histoire des religions. Veut-on, avec l'illettrisme montant, faire demain des monastères l'ultime abri des Lumières ? ".
Quatre mois plus tard, il remettait au ministre de l'Education nationale un rapport, L'enseignement du fait religieux dans l'Ecole laïque, dans lequel il écrit (p.22) : " Le temps paraît maintenant venu du passage d'une laïcité d'incompétence (le religieux, par construction, ne nous regarde pas) à une laïcité d'intelligence (il est de notre devoir de comprendre) ". Proposant une série de mesures concrètes pour " renforcer l'étude du religieux dans l'Ecole publique ", Régis Debray prend ainsi acte d'un double fait : d'une part, la " guerre des deux France " appartient au passé et le paysage religieux pacifié permet donc un débat plus serein ; d'autre part l'ignorance religieuse s'est étendue au point de constituer un obstacle dans la compréhension de phénomènes aussi différents que l'art ou l'actualité internationale, avec toutes les conséquences sociales que cela implique. De fait, ce rapport a été reçu dans un très large consensus, sans raviver des polémiques dépassées.

Le christianisme et l'invention de l'individu - [Espace temps]

Dans le cadre polythéiste, les êtres humains sont requis par des dieux divers qui les utilisent au service de leurs propres intérêts et de leurs rivalités. Mais dans le cadre monothéiste, tout être humain est considéré à l'aune unique d'un dieu unique. Selon les doctrines, ce dieu peut être par exemple un dieu aimant qui sauve, un dieu courroucé qui condamne, un dieu attentif qui juge, etc. Il n'en reste pas moins que c'est l'humanité dans son ensemble et chaque être humain singulièrement qui sont concernés par le même et unique dieu. Le peuple d'Israël a fait cette découverte progressivement au cours de son histoire.
L'événement décisif qui le fait basculer vers un monothéisme radical est l'exil de son élite à Babylone, au 5e siècle av. JC. Les penseurs d'Israël, plongés dans un environnement et une culture qui ne sont pas les leurs, sont alors contraints d'élargir leur compréhension théologique à la dimension de l'univers connu. Leur réponse à cette situation inédite est d'affirmer que le Dieu d'Israël est aussi le Dieu de tous les peuples.

Paul - [Espace temps]

C'est l'apôtre Paul, au milieu du 1er siècle après JC, qui va doubler cette égalité " du point de vue de Dieu " d'une égalité " du point de vue des hommes ". Aux chrétiens des communautés du centre de l'Asie mineure, il écrit notamment :

Galates 3,26-28
" Vous êtes tous, par la foi, fils de Dieu en Jésus-Christ ; en effet, vous tous qui avez reçu le baptême du Christ, vous avez revêtu le Christ ; il n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni homme libre, il n'y a plus ni homme ni femme, car tous vous êtes un en Jésus-Christ ".

Si nous pensons par exemple à l'importance de l'esclavage, vitale économiquement et évidente socialement, nous pouvons percevoir un peu de la force révolutionnaire de cette affirmation. En Jésus-Christ, explique l'apôtre, les séparations hiérarchiques non seulement ne sont plus pertinentes, mais elles n'existent plus. Chaque être humain est ainsi reconnu indépendamment de ses qualités et de ses défauts, de ses succès et de ses échecs, de sa situation et de sa position sociales. Il est simultanément appelé à vivre avec les autres en les considérant de la même manière.

La Réforme et les bouleversements du paysage religieux - [Espace temps]

La Réforme protestante, au début du 16e siècle, a provoqué un bouleversement considérable du paysage religieux de l'Occident.
Du côté de la théologie, l'affirmation du salut par grâce dans la foi fait de Dieu un Père qu'on peut aimer et non plus un juge qu'il faut craindre et séduire. Puisque le croyant se découvre accepté indépendamment de ses qualités et de ses défauts, même religieux, il est libéré du souci de gagner la considération ou la bienveillance de Dieu. L'amour de Dieu, premier et inconditionnel, lui ouvre une vie fondée sur la gratitude, qui s'exprime dans la reconnaissance à Dieu et le service du prochain.
Du côté des institutions ecclésiastiques, l'affirmation que l'autorité pour le croyant réside dans une lecture de la Bible inspirée par Dieu, ôte toute valeur ultime aux prescriptions d'une hiérarchie sacrée. L'autorité de l'Eglise ne se comprend qu'articulée à la liberté et à la responsabilité du croyant uni à ses frères et à Dieu.
De proche en proche, c'est ainsi le rapport à soi, à la connaissance, au politique, au monde, qui sont affectés par les déplacements religieux.
Mais les audaces d'un Luther, d'un Zwingli et des autres Réformateurs n'ont pas été les seules sources des ébranlements qu'a connus le 16e siècle. Les " grandes découvertes " d'une part, la révolution copernicienne qui déloge la terre et ses habitants du centre d'un monde imaginaire d'autre part, ont bouleversé, à peu près en même temps, la conscience de l'homme médiéval et accouché du monde moderne.

La Réforme protestante - [Espace temps]

La Confession d'Augsbourg de 1530 énonce par rapport aux rites ecclésiastiques institués par des hommes : " Nous enseignons qu'on doit observer ceux qui peuvent l'être sans péché et qui contribuent à la paix et au bon ordre dans l'Eglise, telles certaines fêtes, solennités et autres choses semblables ; cependant nous précisons qu'il ne faut pas en charger les consciences, comme si de telles choses étaient nécessaires au salut ; à ce sujet nous enseignons que toutes les ordonnances et traditions instituées par les hommes pour réconcilier Dieu et mériter la grâce sont contraires à l'Evangile ".

Une définition de la " secte " par Max Weber - [Espace temps]

Le sociologue Max Weber (1864-1920) a introduit un usage sociologique de ce mot, dénué de tout jugement de valeur. Pour lui, les groupes religieux peuvent se répartir en deux types. D'un côté, le type " Eglise " désigne les institutions de salut qui participent à la culture de leur société et dialoguent avec l'Etat, passent des compromis avec " le monde ", prônent des exigences religieuses et morales minimales. D'un autre côté, le type " Secte " désigne les rassemblements volontaires d'individus ayant fait explicitement ce choix, critiques voire dénonciateurs à l'égard des Etats et de la culture, plutôt en rupture avec " le monde ", exigeant de leurs membres un engagement religieux et moral élevé, visible et vérifiable.

L'alliance de la mystique et des Lumières - [Espace temps]

On oppose communément la raison à la foi. C'est, intellectuellement et historiquement, une erreur.
Le piétisme est un mouvement spirituel, voire mystique, qui a profondément marqué le protestantisme des 17e et 18e siècles en s'opposant aux doctrines théologiques rigides d'alors, que l'on a appelé les " orthodoxies confessionnelles ". A ce sujet, le grand théologien américain d'origine allemande Paul Tillich (1886 - 1965) écrit :
" Il est entièrement faux que le rationalisme des Lumières s'oppose au mysticisme piétiste. Dire que raison et mystique se contredisent n'est qu'un préjugé populaire. Historiquement, le piétisme et la philosophie des Lumières se liguèrent contre l'orthodoxie [confessionnelle]. La subjectivité du piétisme, ou la doctrine de la "lumière intérieure" du quakerisme et autres mouvements extatiques, se présentent comme la défense de l'autonomie contre l'autorité de l'Eglise. Pour exprimer les choses plus brutalement encore, l'autonomie moderne de la raison vient directement de l'autonomie mystique supposée par la doctrine de la lumière intérieure. [...] Le rationalisme ne s'oppose pas au mysticisme, si, par mysticisme, nous entendons la présence de l'Esprit dans les profondeurs de l'âme humaine. Le rationalisme est le fruit du mysticisme, et tous deux s'opposent à l'orthodoxie autoritaire. " (Tillich, Paul, Histoire de la pensée chrétienne, Paris: Payot, 1970, p. 317 s.)

La loi de 1905, organisatrice en son temps du paysage religieux - [Espace temps]

La place juridique des cultes dans la société française est actuellement régulée principalement par la loi promulguée le 11 décembre 1905. Dans son souci de mettre un terme à la " guerre des deux France ", la catholique et la laïque, ce texte dispose que " la République assure la liberté de conscience " et qu'elle " garantit le libre exercice des cultes " sous les restrictions nécessaires au maintien de l'ordre public ; il précise notamment qu'elle " ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ".
Refusée dans un premier temps par l'Eglise catholique romaine en vertu des traités internationaux liant la France à l'Etat du Vatican, la loi, complétée et aménagée, et ses principes pacifièrent effectivement un paysage religieux français longuement et douloureusement labouré par les polémiques.
Mais cette loi a maintenant un siècle. Depuis son adoption, des phénomènes aussi différents et irréversibles que l'installation d'un Islam important et de plus en plus français, la découverte de spiritualités orientales encore récemment inédites, l'apparition de " Nouveaux mouvements religieux " aux racines parfois floues ou obscures, l'intégration européenne qui impose de rechercher des harmonisations dans tous les domaines, ont considérablement bouleversé le contexte religieux dans lequel les Français évoluent. Cette loi " de séparation des Eglises et de l'Etat ", dont le titre qui fait allusion au seul christianisme indique à lui seul qu'elle est dépassée, est-elle toujours aussi adaptée ? Faut-il la repenser à nouveaux frais ? L'aménager ?
A l'automne 2002, la Fédération protestante de France a pris l'initiative d'interpeller le gouvernement en souhaitant que les dispositions d'application de cette loi s'adaptent " à l'évolution de la fiscalité et à l'éclatement du paysage religieux ".

Des super-croyants ? - [Textes bibliques]

Les habitants de Corinthe, grande ville commerciale au rythme trépidant, étaient connus pour leur goût de la performance. Ils en voulaient " toujours plus " : plus de commerce, plus d'argent, plus de variété religieuse, plus d'excentricités, etc. Ce goût de l'excès et de la compétition avait imprégné la communauté chrétienne naissante. C'était à celui qui serait le meilleur croyant : le plus spirituel pour certains, ou le plus attaché à l'enseignement d'un maître pour d'autres, ou encore le plus libéré puisque Christ délivre de toute loi religieuse notamment alimentaire. L'apôtre Paul essaie de leur faire comprendre combien la compétition spirituelle est absurde et ruineuse pour la communauté.

1Corinthiens 10,23-31
" Tout est permis ", mais tout n'est pas utile; " tout est permis ", mais tout n'est pas constructif. Que personne ne cherche son propre intérêt, mais celui de l'autre !
Mangez de tout ce qui se vend au marché, sans poser aucune question par motif de conscience; car c'est au Seigneur qu'appartient la terre et tout ce qui s'y trouve. Si un non-croyant vous invite et que vous vouliez y aller, mangez de tout ce qu'on vous offrira, sans poser aucune question par motif de conscience. Mais si quelqu'un vous dit : Ceci a été offert en sacrifice, n'en mangez pas, à cause de celui qui vous a informés, et par motif de conscience.
Quand je dis " par motif de conscience ", je ne parle pas de votre conscience à vous, mais de celle de l'autre. Pourquoi, en effet, ma liberté serait-elle jugée par la conscience d'un autre ? Si, moi, je prends ma part avec gratitude, pourquoi serais-je calomnié pour ce dont, moi, je rends grâce ? Ainsi, soit que vous mangiez, soit que vous buviez, ou quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu.
(traduction Nouvelle Bible Segond)

Une création polémique - [Textes bibliques]

Probablement composé pendant l'exil d'une partie d'Israël à Babylone, le poème de la création qui ouvre la Bible est marqué par un dialogue, sur le mode polémique, avec les conceptions religieuses des babyloniens. Ainsi, Dieu y est montré comme créant par sa seule parole et non par le modelage ; il reste extérieur à la création et ne vient pas lui-même l'habiter ; les astres sont des objets utilitaires et non pas des divinités ; etc.

Genèse 1,1-5 et Genèse 1,14-19
Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. La terre était un chaos, elle était vide; il y avait des ténèbres au-dessus de l'abîme, et le souffle de Dieu tournoyait au-dessus des eaux.
Dieu dit : Qu'il y ait de la lumière ! Et il y eut de la lumière. Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière et les ténèbres. Dieu appela la lumière " jour ", et il appela les ténèbres " nuit ". Il y eut un soir et il y eut un matin : premier jour. [...] Dieu dit : Qu'il y ait des luminaires dans la voûte céleste pour séparer le jour et la nuit ! Qu'ils servent de signes pour marquer les rencontres festives, les jours et les années, qu'ils servent de luminaires dans la voûte céleste pour éclairer la terre ! Il en fut ainsi. Dieu fit les deux grands luminaires, le grand luminaire pour dominer le jour et le petit luminaire pour dominer la nuit, ainsi que les étoiles. Dieu les plaça dans la voûte céleste pour éclairer la terre, pour dominer le jour et la nuit, et pour séparer la lumière et les ténèbres. Dieu vit que cela était bon. Il y eut un soir et il y eut un matin : quatrième jour.
(traduction Nouvelle Bible Segond)

La rencontre avec l'autre est ce qui me fait vivre - [Textes bibliques]

En réponse à la question : " Qui est mon prochain ? ", Jésus raconte une parabole. Dans le personnage du Samaritain, l'auditeur est invité à voir le Christ qui s'approche de lui, qui l'arrache à la mort et le fait vivre, et qui l'envoie à la rencontre des autres.

Luc 10,30-37
Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba aux mains de bandits qui le dépouillèrent, le rouèrent de coups et s'en allèrent en le laissant à demi-mort. Par hasard, un prêtre descendait par le même chemin; il le vit et passa à distance. Un lévite arriva de même à cet endroit; il le vit et passa à distance. Mais un Samaritain qui voyageait arriva près de lui et fut ému lorsqu'il le vit. Il s'approcha et banda ses plaies, en y versant de l'huile et du vin; puis il le plaça sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie et prit soin de lui. Le lendemain, il sortit deux deniers, les donna à l'hôtelier et dit : " Prends soin de lui, et ce que tu dépenseras en plus, je te le paierai moi-même à mon retour. " Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé aux mains des bandits ?
- C'est celui qui a montré de la compassion envers lui.
- Va, lui dit Jésus, et toi aussi, fais de même.
(traduction Nouvelle Bible Segond)

Quelle est la vraie religion ? - [Textes bibliques]

Transgressant les règles en usage, Jésus rencontre une femme en Samarie. La femme en vient à l'interroger sur les pratiques religieuses comparées des Samaritains et des Juifs.

Jean 4,19-23
- Seigneur, lui dit la femme, je vois que, toi, tu es prophète. Nos pères ont adoré sur cette montagne; vous, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem.
- Femme, lui dit Jésus, crois-moi, l'heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. [...]
Mais l'heure vient -c'est maintenant- où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; car tels sont les adorateurs que le Père cherche.
(traduction Nouvelle Bible Segond)

Chances et limites du dialogue interreligieux - [Textes bibliques]

Actes 17, 16-34
Tandis que Paul attendait [ses compagnons] à Athènes, la vue de cette ville vouée aux idoles l'exaspérait. Il discutait donc avec les Juifs et les adorateurs dans la synagogue, mais aussi, chaque jour, avec ceux qui se trouvaient sur la place publique.
Quelques philosophes épicuriens et stoïciens vinrent parler avec lui. Les uns disaient :
- Que veut dire cette jacasse ? D'autres :
- Ce doit être un prédicateur de divinités étrangères.
Cela, parce qu'il annonçait la bonne nouvelle de Jésus et de la résurrection. Alors ils le prirent, le menèrent à l'Aréopage et dirent :
- Pourrions-nous savoir quel est ce nouvel enseignement dont tu parles ? Car tu portes à nos oreilles des choses étranges. Nous souhaiterions donc savoir ce que cela veut dire.
De fait, tous les Athéniens et les étrangers venus parmi eux passaient tout leur temps à raconter ou à écouter les dernières nouveautés. Debout au milieu de l'Aréopage, Paul dit:
- Hommes d'Athènes, je vois que vous êtes à tous égards extrêmement religieux. En passant, en effet, j'ai observé vos objets de culte, et j'ai même trouvé un autel avec cette inscription : " A un dieu inconnu ". Ce que vous vénérez sans le connaître, c'est cela même que, moi, je vous annonce. Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s'y trouve, lui qui est le Seigneur du ciel et de la terre, n'habite pas dans des sanctuaires fabriqués par des mains humaines; il n'est pas servi par des mains humaines, comme s'il avait besoin de quoi que ce soit : c'est lui qui donne à tous la vie, le souffle et toutes choses. D'un seul être il a fait toutes les nations des humains, pour que ceux-ci habitent sur toute la surface de la terre, dans les temps fixés et les limites qu'il a institués, afin qu'ils cherchent Dieu, si tant est qu'on puisse le trouver en tâtonnant. Pourtant il n'est pas loin de chacun de nous, car c'est en lui que nous vivons, que nous nous mouvons et que nous sommes. C'est ce qu'ont également dit quelques-uns de vos poètes : " Nous sommes aussi sa lignée. " Si donc nous sommes la lignée de Dieu, nous ne devons pas penser que la divinité soit semblable à de l'or, à de l'argent ou à de la pierre sculptés par l'art et l'imagination des humains. Sans tenir compte des temps d'ignorance, Dieu enjoint maintenant à tous les humains, en tous lieux, de changer radicalement, parce qu'il a fixé un jour où il va juger toute la terre habitée selon la justice par un homme qu'il a institué, et il en a donné à tous une preuve digne de foi en le relevant d'entre les morts.
Lorsqu'ils entendirent parler de résurrection des morts, certains se moquèrent et d'autres dirent :
- Nous t'entendrons là-dessus une autre fois.
Ainsi Paul sortit du milieu d'eux. Quelques-uns néanmoins s'attachèrent à lui et devinrent croyants; parmi eux Denys l'Aréopagite, une femme nommée Damaris, et d'autres encore.
(traduction Nouvelle Bible Segond)

Les chrétiens devant les religions - [Aller plus loin]

Un texte d'André Gounelle :

"Quelle valeur et quelle signification peut-on, en tant que chrétiens, accorder aux autres religions ? A cette question, on a donné des réponses diverses, voire opposées, que je classe en quatre grandes catégories.

1. L'hostilité :
La première comprend ceux qui rejettent tout dialogue interreligieux. Ils admettent parfois un dialogue politique, social, éthique et humain, mais ils ne veulent pas aller jusqu'à la spiritualité. En effet, pour eux, il existe une incompatibilité radicale entre la foi chrétienne et les religions du monde. L'évangile est la seule source de vérité et ce qui existe ailleurs relève de l'illusion ou de l'erreur. Les fidèles d'autres cultes peuvent être parfaitement estimables et respectables sur le plan humain, il n'en demeure pas moins que leurs religions n'ont rien à apporter aux chrétiens qui ont à lutter contre les fausses compréhensions de Dieu et de l'existence humaine qu'elles proposent. [...]

2. La récupération :
La deuxième grande attitude à l'égard des autres religions cherche à utiliser au profit du christianisme leur spiritualité. Les religions aménagent le terrain, disposent les coeurs et préparent les esprits à se convertir au Christ. Elles sont des instruments dont Dieu se sert pour amener à la vérité évangélique. Elles ont une fonction positive sur le plan spirituel et pas seulement éthique ou politique, mais on juge leur valeur provisoire et subordonnée. [...]

3. La conjugaison :
La troisième catégorie d'attitudes part de la conviction que toutes les religions ont une valeur spirituelle propre, qu'elles reflètent toutes quelque chose de la réalité divine. Chacune porte une vérité à la fois réelle, authentique, et relative, limitée. Aucune n'a le monopole de la vérité. Il s'agit donc d'apprendre à les conjuguer ou à les additionner, ce qui peut se faire de deux manières différentes : soit en les juxtaposant, en les mettant côte à côte ; soit en les combinant, en les fusionnant. [...]

4. La pluralité :
Je qualifierai la quatrième de " pluralisme avec norme ". Pluralisme parce qu'on affirme qu'il y a plusieurs révélations de Dieu, qu'il se manifeste de manières diverses et multiples. Dans le judaïsme, dans l'Islam, dans le bouddhisme et ailleurs, il y a une présence et une action de la vérité dernière, comme dans le christianisme. Cependant, à la différence de la catégorie précédente, on tente de définir une norme, un critère, un principe qui permet de les évaluer. [Ce principe peut par exemple concerner la valeur éthique, créative ou de résistance à l'idolâtrie de chaque religion.] [...]

Actuellement, beaucoup de théologiens chrétiens réfléchissent sur le sens des autres religions. Il est probable que de nouvelles positions vont apparaître et s'ajouter à celles que j'ai repérées et situées. La situation n'est pas du tout figée, elle ne cesse d'évoluer. Ainsi il y a trente ans, on jugeait très satisfaisantes les attitudes récupératrices (la deuxième catégorie de ma classification). Depuis, on en a découvert les limites, les faiblesses et on cherche autre chose. Toute une recherche se développe, surtout dans les pays anglo-saxons et, pour le moment, on ne voit pas très bien sur quoi elle débouchera. Il s'agit d'un chantier qui n'en est qu'à ses débuts."

Gounelle André Faut-il dialoguer avec les autres religions ? Dossier préparatoire à Débat 2000 2000 débats Paris Publication de l'Eglise réformée de France 2000.

Foi et religion - [Aller plus loin]

A plusieurs reprises dans l'histoire du christianisme, le débat entre foi et religion a occupé des théologiens. Car comment se nouent vérité et religion ? Ou encore : qu'est-ce que la vraie religion ? La foi chrétienne est-elle cette vraie religion ?
La tradition catholique répond à cette question en conjuguant les catégories de naturel et de surnaturel : la religion naturelle, inhérente à tout être humain, est en quelque sorte un préambule à la foi chrétienne révélée qui, elle, est de l'ordre de la grâce de Dieu. De manière assez proche, tout un courant de la théologie protestante du 19e siècle avait soutenu l'idée d'une structure habitant la conscience humaine, se traduisant notamment dans le sentiment religieux, qui pouvait devenir le support de la foi. Dans les deux cas, l'homme est ainsi considéré comme étant capax dei (c'est-à-dire capable d'une relation avec Dieu), pour reprendre une expression qui court tout au long de l'histoire du christianisme.
Le grand théologien Karl Barth (1886-1968), figure majeure du protestantisme du 20e siècle, va vigoureusement s'opposer à cette conception qui insiste sur une continuité ou une complémentarité entre religion et foi, et proposer un modèle de rupture.
Pour lui, précisément parce qu'elle est l'effort de l'homme pour monter vers Dieu, la religion est le signe le plus éclatant du péché, de la rupture de l'homme avec Dieu : " la religion représente la tentative, toujours mise en échec et cependant toujours reprise avec une nouvelle force, par laquelle l'homme cherche à réaliser par ses propres moyens ce que seul Dieu peut créer en lui : la connaissance de la vérité, la connaissance de Dieu " (Dogmatique, vol. 4, Genève: Labor et Fides, 1954, p. 93). Cette critique vise toute religion, surtout le christianisme lorsqu'il devient volonté religieuse de " capturer " Dieu.
La foi, à l'inverse, est fruit de la seule grâce de Dieu. Elle s'inscrit dans le mouvement " descendant " de la révélation, qui va de Dieu vers les hommes. " Une religion de la grâce devient vraie par la grâce seulement. Cela se manifestera par sa volonté de ne dépendre que de la grâce, ainsi que par les symptômes dont nous avons parlé plus haut : le renoncement à toute prétention humaine, la confession que nous sommes toujours de nouveau des ennemis de Dieu. En nous reconnaissant ennemis de Dieu, nous ne pouvons qu'être sans cesse renvoyés, comme des suppliants, à Celui que nous refusons et qui s'oppose à nous d'une toute autre manière que nous à lui. [...] Qu'il y ait une vraie religion, est un événement lié à l'action de la grâce de Dieu en Jésus-Christ. " (Ibid., p. 128 et 132).
Si un Dietrich Bonhoeffer (1906-1945) s'est largement inscrit, sur ce point, dans la suite de Barth, d'autres théologiens ont adopté des positions plus nuancées, voire opposées : Emil Brunner (1889-1966) refuse tant les modèles de la continuité que de la rupture et souligne " l'interpellabilité " de l'homme par Dieu ; Rudolf Bultmann (1884-1976) voit en l'homme un " être-en-question " pris à partie par la foi qui le transforme et l'ouvre sur un vie nouvelle ; Paul Tillich (1886-1965) cherche à mettre en corrélation la situation humaine constamment affrontée au non-être et le message de l'Evangile qui fait surgir un être nouveau.

Le foot-ball, une religion séculière ? - [Aller plus loin]

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Extraits de Ch.Bromberger:

"A quoi rime l'engouement de nos contemporains pour les matchs et les clubs de football? Que cherchent à mettre en forme les passionnés qui se regroupent sur les gradins des stades ?
Saisi à travers les règles qui le définissent, à travers les commentaires des supporters ou encore à travers la comparaison avec des jeux de balle qui s'épanouirent à d'autres moments de l'histoire ou dans d'autres civilisations, le football apparaît comme un " jeu profond " qui condense et théâtralise les valeurs fondamentales du monde contemporain.
Comme les autres sports, il exalte le mérite, la performance, la compétition entre égaux; il affiche avec éclat, par le truchement de ses vedettes, que dans nos sociétés, les statuts ne s'acquièrent pas à la naissance mais se conquièrent au fil de l'existence. Mais si le match de football est aussi captivant à regarder que " bon à penser ", c'est que l'aléatoire, la chance, y tiennent une place singulière. La figure du hasard plane ainsi sur ces rencontres, rappelant, avec brutalité, que le mérite ne suffit pas toujours, sur le terrain comme dans la vie, pour devancer les autres. De ces impondérables, joueurs et supporters tentent de se prémunir par une profusion de micro-rituels.
Ce " jeu profond " jette, par ailleurs, un pont entre l'universel et le singulier. Le football s'offre comme un terrain privilégié à l'affirmation des identités collectives et des antagonismes locaux, régionaux, nationaux. La composition de l'équipe offre une métaphore de cette identité collective. Le stade est un des rares espaces de débridement toléré des émotions, contrepoint à la retenue et aux freins qu'impose, dans les interactions sociales ordinaires, la civilisation des moeurs. Là s'éprouve le plaisir des gestes et des paroles à la limite de la règle. Là les gros mots ont droit de cité. Là s'expriment des valeurs dont l'expression est socialement proscrite (affirmer crûment son appartenance sexuelle, son aversion pour l'autre, etc.). Ce langage, pétri de métaphores viriles, guerrières, sacrificielles, d'expressions xénophobes, est profondément ambigu. D'une part, il nous dit les peurs, les haines, les symboles qui travaillent le corps social ; de l'autre, son caractère outrancier participe de la confrontation : tout ce qui peut choquer l'Autre, souligner le soutien extrême que l'on porte aux siens est mis à profit. Quant au stade, il s'offre comme un des rares espaces où une société urbaine se donne une image sensible de ce qui la cimente et la compartimente.
Peut-on comparer le grand match de football à un rituel religieux ? La réponse doit être nuancée. Si tous les éléments d'une cérémonie semblent réunis : fidèles, " confréries ", officiants, lois, lieu clos consacré au culte, mise en présence du bien et du mal, recours à des pratiques magico-religieuses pour dominer l'aléatoire..., il manque une représentation de la transcendance, de l'au-delà, du salut.
Saisi dans tous ses états et dans toutes ses résonances, le match de football apparaît comme un puissant révélateur de nos sociétés."

Bromberger Christian, Le match de football. Ethnologie d'une passion partisane à Marseille, Naples et Turin Paris : Editions de la Maison des Sciences de l'Homme 1995 (réimp. 2001).

Individu et vivre-ensemble : le protestantisme marque la société - [Aller plus loin]

Un texte d'O. Galland, directeur de recherches au CNRS:

" Les Européens des pays protestants et nordiques (auxquels il faut adjoindre les Pays-Bas, mais pas l'Angleterre) ne sont pas simplement plus libéraux en matière de mœurs que leurs voisins méridionaux et catholiques. Ils entretiennent aussi un rapport très différent avec leur société, rapport qui n'a pas été érodé par la montée de la permissivité.
L'individualisation des mœurs, pourtant très avancée, y reste compatible avec le maintien d'une forte culture civique et d'un sentiment consistant d'appartenance collective qui n'a pas son équivalent dans les pays de tradition catholique. Elle ne débouche donc pas sur un individualisme. Ces Européens de tradition protestante déclarent avoir spontanément confiance dans les autres, fréquentent assidûment les associations, sont attachés aux vertus civiques et ont une grande confiance dans les institutions de leur pays. Cette influence religieuse persistante n'a plus rien à voir avec la pratique régulière du culte, qui est très faible, mais l'appartenance au protestantisme continue néanmoins d'être associée à des vertus civiques et à un idéal collectif qu'avait analysés en son temps Max Weber. "

Galland Olivier Le Monde 13 octobre 2002

La mondialisation du croire - [Aller plus loin]

Le nouvel an chinois est célébré par des non-bouddhistes, Noël est devenu une fête universelle, chacun est au courant du début et de la fin du ramadan, on parle une trentaine de langues à Taizé, un voyage du Dalaï-lama est un événement médiatique, les Journées mondiales de la jeunesse se tiennent successivement dans les plus grandes villes du monde... Autant de petits signes de l'autre mutation majeure, avec les effets de l'individualisation, qui affecte le paysage religieux : la mondialisation du croire.
La mondialisation n'est en effet pas seulement économique. La multiplication et l'extension planétaire des réseaux se vérifient aussi dans la sphère des spiritualités et des religions, et cela dans des domaines les plus variés, touchant notamment aux leaders, aux croyances et aux chercheurs universitaires. Quelques leaders religieux marquent régulièrement l'actualité. On a évoqué plus haut le Dalaï-lama, figure émergente typique dans ce domaine. Le bouddhisme tibétain est à peu près complètement ignoré par les Français ; ceux-ci disent avoir en horreur l'idée d'une collusion entre le politique et le religieux, alors même que c'est l'une des fonctions du Dalaï-lama ; il n'empêche : les succès télévisuels et éditoriaux signalent la puissance attractive d'un tel personnage. Bien sûr, c'est le pape Jean-Paul II qui, parmi les responsables religieux récents, a poussé le plus loin et avec un impact remarquable cette logique de mondialisation symbolique, et a ainsi redonné une vigueur universelle à une fonction sérieusement contestée et déconsidérée avant lui.
A une échelle beaucoup plus petite, nombreux sont les petits entrepreneurs religieux qui, s'appuyant non pas sur des institutions qui les délègueraient mais surtout sur leur charisme personnel, se lancent dans leur propre activité spirituelle et n'hésitent pas pour cela à s'expatrier. On rencontre facilement des prédicateurs musulmans, des rabbins volontaristes ou des missionnaires fondamentalistes protestants, venus des pays les plus divers et qui se disent envoyés par Dieu pour réveiller les consciences, purifier les pratiques, convertir les âmes.
Les réseaux de financements se déploient parallèlement. Certes, des pays continuent de jouer des rôles-phares dans ce domaine : monarchies pétrolières du Proche-Orient, Israël, Etat du Vatican, par exemple. Mais ce sont plus souvent encore des communautés implantées dans les pays d'origine qui tiennent à bout de bras et pendant plusieurs années ces envoyés, mondialisant d'une certaine manière l'horizon spirituel même de ceux qui ne voyagent pas.
Les convictions elles aussi franchissent les frontières des pays et des traditions. Le phénomène de découplage de la croyance et de l'appartenance peut ainsi conduire de jeunes occidentaux de culture catholique à " faire le ramadan " pour accompagner leurs amis musulmans ou à proclamer leur ferme conviction que leur " karma " conditionne leur vie future. Des emprunts, des influences ou des passerelles entre traditions spirituelles diverses ont toujours existé ; c'est même l'une des conditions de leur vitalité et de leur pérennité. La Bible elle-même est née pour une part de ces interpellations reçues de cultures religieuses différentes ou adressées à elles -certains textes en témoignent explicitement. La nouveauté de notre époque tient à la dimension véritablement planétaire de ces échanges, à leur accélération et plus encore au sentiment fréquent que, finalement, toutes les croyances se valent et que toutes ou presque doivent pouvoir être compatibles entre elles.
Aiguillonné pour une part par ces évolutions, le dialogue interreligieux, notamment au niveau universitaire, a vu ainsi tout un champ nouveau s'ouvrir depuis une génération. Colloques, publications, cours, échanges de toute nature se multiplient et impliquent presque toujours une dimension internationale. Ils traduisent sans doute une triple préoccupation :
- la connaissance : aller au-delà des préjugés ou des savoirs de surface pour comprendre ce qui constitue cette dimension essentielle de l'activité humaine, dans toute sa diversité ;
- la paix : au-delà du savoir sur les logiques internes de chaque tradition, favoriser une compréhension mutuelle qui fasse barrage aux violences humaines, dans lesquelles une dimension religieuse est souvent présente, parfois de manière prépondérante ;
- l'interrogation : comment intégrer le fait même d'une pluralité religieuse, donc d'une relativité objective, lorsqu'on est soi-même croyant, c'est-à-dire lorsqu'on attribue une valeur absolue à l'une de ces traditions ?

Pourquoi les sectes sont-elles attirantes ? - [Aller plus loin]

L'individu idéalisé d'aujourd'hui, autonome, toujours en quête de performance dans des domaines aussi variés que sa profession, sa sexualité, ses vacances ou sa spiritualité, est un individu fragilisé. Parce qu'il est mis en demeure de s'épanouir et de se réaliser et d'être " au top, sinon rien ", l'échec peut signifier à ses yeux ou aux yeux des autres une sorte de mort intime et honteuse. Il lui faut donc se singulariser, marquer sa différence.
" Or, écrit le journaliste et essayiste Jean-Claude Guillebaud, là est le piège. Pourquoi ? Parce que l'affirmation consolatrice d'une identité, la proclamation publique d'une "différence" dans le cadre d'une société multiculturelle exigent que l'on adhère à des groupes, des communautés, des "tribus" ou catégories qui sont jalouses de leurs différences collectives. Ces groupes confèrent des identités communautaires, des appartenances de substitutions. Mais elles ne le font qu'au prix d'une adhésion sans nuance, voire d'une obéissance fusionnelle aux codes et aux valeurs dudit groupe. Rien ne leur est plus étranger que la singularité individuelle ou la dissidence. En d'autres termes, elles effacent l'individu en l'intégrant. Elles refabriquent une forme nouvelle et redoutable de micro-holisme : le holisme identitaire [Du grec holos, qui signifie " entier ", le holisme est le point de vue selon lequel la totalité doit primer sur la partie, la collectivité sur l'individu.]. Le raisonnement vaut aussi bien pour l'appartenance à une bande de quartier que pour l'adhésion à une minorité raciale, religieuse ou sexuelle. " (Guillebaud Jean-Claude La refondation du monde Paris Seuil 1999 p. 239s).
Les sectes religieuses jouent donc le même rôle vis-à-vis de l'individu fragilisé que la bande de jeunes, le club de supporters, l'ultra-militantisme gay ou le groupe ethnique. La secte n'attire pas tant par sa doctrine que par la sécurité qu'elle offre. Plus le groupe enserrera l'individu en le distinguant de l'entourage, plus elle lui donnera ce sentiment de sécurité. A la manière d'un entrepreneur dynamique qui exploite une niche d'un marché, plus le leader créera de la dépendance en cultivant émotion, autorité et relation personnelle, plus il attirera.
Les sectes constituent la réaction rigide, parfois totalitaire, au parcours chaotique d'individus fatigués de construire par eux-mêmes une spiritualité sans repères.

Le protestantisme, une spiritualité de la rencontre - [Aller plus loin]

L'individu contemporain " mondialisé " se voit proposer aujourd'hui principalement deux types de spiritualités : les spiritualités de l'épanouissement et celles de la rupture.
Les spiritualités de l'épanouissement s'adressent à l'individu dans ce qu'il a de conquérant. Elles valorisent ce qu'il ressent intérieurement et la croissance de ses branches. Son idéal est le développement personnel de ses capacités. La logique est celle du " C'est mon choix ! ", inscrite dans une perspective de performance.
Les spiritualités de la rupture s'adressent à l'individu dans ce qu'il a de fragile. Elles valorisent ce qu'il peut afficher extérieurement et la solidité de ses racines. Son idéal est l'affirmation groupale de son identité. La logique est celle du " C'est ma tribu ! ", inscrite dans une logique de réassurance.
Ces types peuvent bien sûr se combiner et s'observer chez la même personne selon les époques de sa vie. Le protestantisme peut connaître des versions proches de l'un ou l'autre. Pourtant, il se présente dans son intuition fondatrice comme une spiritualité différente: une spiritualité de la rencontre.
La rencontre est d'abord celle de Dieu. Dieu vient à la rencontre de l'être humain. Il prend l'initiative de cette rencontre, la rend possible et l'accomplit. Les textes bibliques qui témoignent de ce mouvement sont innombrables : pensons par exemple à Dieu appelant l'homme dans le jardin d'Eden (Genèse 3,9) ou suscitant les prophètes (Exode 3 ; Jérémie 1) ; aux rencontres de Jésus allant au devant de ses disciples (Matthieu 4,18 ; Luc 24,15), annonçant l'Evangile (Marc 15), touchant les malades (Marc 8,23), s'adressant aux impurs (Jean 4) racontant des paraboles (Luc 10,25-37) ; à d'autres événements encore (Marie et l'annonce la naissance de Jésus, Paul sur le chemin de Damas), bouleversant ceux qui les vécurent et qui les rapportèrent comme autant de rencontres.
La foi est cette expérience d'une rencontre fondatrice pour le croyant, provoquée par Dieu lui-même. Elle est à la fois intime, personnelle, intérieure et en même temps elle place le croyant hors de lui-même puisque c'est dans une rencontre avec un autre, Dieu, que le croyant expérimente vraiment qui il est. Ce qui est décisif dès lors n'est plus son intériorité (spiritualité de l'épanouissement), ni son appartenance (spiritualité de la rupture), mais ce tête-à-tête avec Dieu. L'être humain croyant se découvre en vérité lorsqu'il ne vit ni replié sur lui-même, ni face aux autres, mais devant Dieu.
A titre d'illustration, on peut souligner combien la célébration du culte protestant témoigne de ce mouvement. Le culte s'ouvre par la proclamation de la grâce de Dieu : il indique ainsi qu'avant d'être centrée sur l'invocation par le fidèle, la cérémonie qui va suivre est le fruit de la convocation adressée par Dieu. Le culte est centré sur la prédication, qui est écoute de la parole de Dieu. La cène est le repas partagé à l'invitation du Christ et non l'offrande d'un sacrifice présenté par l'Eglise. Dans le dialogue liturgique qui structure le déroulement du culte, l'initiative de Dieu est sans cesse soulignée.
Dieu vient donc rencontrer l'être humain et cette dimension de la rencontre est dès lors constitutive de toute la vie du croyant. C'est elle qui donne son sens à la vie communautaire de l'Eglise -et l'on se rappellera ici que l'étymologie du mot Eglise signifie : la communauté de ceux qui ont été appelés dehors. C'est elle qui fonde ce principe essentiel aux yeux des protestants qu'est le " sacerdoce universel " -cette responsabilité confiée à tout chrétien d'aller à la rencontre des autres pour témoigner de la rencontre avec Dieu. C'est elle qui permet d'investir positivement la vie sociale et politique -qui n'est plus considérée comme un espace sans valeur spirituelle mais comme le lieu d'expression des capacités de chacun mises au service des autres.
La spiritualité protestante invite à voir dans la rencontre la chance, l'occasion de la vie authentique. Le " Je " se construit dans cette rencontre avec l'autre, un Autre qui est Dieu et qui m'ouvre à la relation avec les autres, les autres qui sont des prochains me renvoyant à la relation avec Dieu.

Le langage de l'art - [Culture]

Les arts entrent-ils aujourd'hui en résonance avec leur environnement spirituel et religieux ? Peut-être faudrait-il d'ailleurs plus précisément se demander s'ils entrent encore en résonance, tant ces liens ont été serrés pendant des siècles, avant de devenir plus problématiques aujourd'hui.

George Steiner, philosophe à l'érudition encyclopédique, est l'un de ceux qui s'est penché avec le plus de constance et d'inquiétude sur cette question.

" Depuis quelques années, explique-t-il, j'essaie de creuser la notion que, sans le religieux, sans une croyance transcendantale d'un ordre ou d'un autre, l'humanisme tourne à vide. Pourquoi pas un nouveau Mozart, un nouveau Shakespeare ? Statistiquement, il est concevable qu'il puisse y avoir un Beethoven cet après-midi, un Raphaël à midi, un Shakespeare demain. Personne n'en croit rien. Pourquoi ? Je suis arrivé à la conviction qu'un grand roman, une grande pièce, un grand poème, un grand tableau ne peut atteindre certaines dimensions formelles sans poser la question de l'existence ou de la non-existence de Dieu.

" Et, contre les courants " déconstructionistes " qui, selon lui, professent qu'il " n'est pas de face de Dieu vers laquelle le signe puisse se tourner ", Steiner ajoute : " Je fais le pari exactement inverse. Je parie sur la réalité d'un lien entre le mot et le monde, entre le sens et l'être -il peut être indirect, oblique, infiniment compliqué, mais il existe. Ça reste un pari bien sûr, mais si on ne le tient pas, plus rien ne tient. "
Dans son livre Réelles présences, traduit et publié en France en 1991, il propose une ample et profonde méditation sur ce thème. En voici la dernière page :

" Il est une journée bien particulière de l'histoire occidentale dont ni l'histoire ni le mythe ni les Ecritures ne parlent. Il s'agit d'un samedi. Et ce samedi est devenu le plus long des jours.
" Nous connaissons le vendredi qui est, pour les chrétiens, le jour de la Crucifixion. Mais le non-chrétien, l'athée, le connaît aussi. C'est-à-dire qu'il connaît l'injustice, la souffrance interminable, la destruction, l'énigme brute, de la fin, qui constituent si clairement non seulement la dimension historique de la condition humaine, mais aussi le tissu quotidien de notre vie individuelle. Nous connaissons, de manière inéluctable, la douleur, l'échec de l'amour, la solitude qui constituent les fondements de notre histoire et de notre destin individuel.
" Nous connaissons aussi le dimanche. Pour le chrétien, ce jour signifie une suggestion, à la fois assurée et précaire, à la fois évidente et dépassant la compréhension, de la résurrection, d'une justice et d'un amour qui ont vaincu la mort. Si nous ne sommes pas chrétiens ou croyants, nous connaissons ce dimanche de manière analogue. Nous le concevons comme étant le jour de la libération de l'inhumanité et de la servitude. Nous cherchons une délivrance, qu'elle soit thérapeutique ou politique, qu'elle soit sociale ou messianique. L'élément essentiel de ce dimanche, c'est l'espoir (il n'est pas de mot moins susceptible de déconstruction).
" Mais notre époque est celle du long samedi. Entre la souffrance, la solitude, l'inexprimable destruction d'une part et le rêve de libération, de renaissance de l'autre. Devant la torture d'un enfant, de la mort de l'amour que représente le vendredi, même les plus grandes formes d'art et de poésie sont presque sans ressources. Dans l'utopie du dimanche, l'esthétique, je présume, n'aura plus de raison d'être. Les appréhensions et les figurations qui sont en jeu dans l'imaginaire métaphysique, dans le poème, dans la composition musicale, qui parlent de la douleur et de l'espoir, de la chair qui a le goût de la cendre et de l'esprit qui a la saveur du feu, sont toujours œuvres du samedi. Elles ont surgi d'une immensité de l'attente qui caractérise l'homme. Sans elles, comment pourrions-nous patienter ? "

On peut entendre, comme une sorte de contrepoint à la méditation du philosophe, le poème (1993) du théologien Henri Capieu, qui évoque ici le désarroi et l'espérance nés de l'Ascension, ce jour où Jésus ressuscité envoie ses disciples et les quitte :

Et c'est la plus terrible absence
tous ces siècles sanglants sans leur consolateur
ces siècles de nos cris, de son silence
ce trou fermé au ciel mais ouvert dans nos cœurs.

Non, plus de compagnon sur le chemin,
ni la parole en flammes du prophète.
Il nous reste l'humble table et le pain
et la coupe de douleur et de fête.

Il nous reste les mots de l'Evangile
par toi, Esprit, toujours ressuscités,
il nous reste aux vases d'argile
le parfum et l'eau pure à ce livre puisés
et cette source en nous, ce vent, cette clarté.

Septante

Traduction grecque de la Bible hébraïque entreprise par les communautés juives d'Alexandrie en Egypte au 3e siècle av. JC. Elle était destinée aux juifs qui ne connaissaient plus l'hébreu. La légende veut que 72 (septante deux) savants juifs, travaillant en différents lieux et sans se consulter, soient arrivés à la même traduction en 72 (septante deux) jours. D'où le nom de " Septante " que l’on abrège aussi parfois en chiffres romains : LXX.

Rationalisation

Effort pour construire la connaissance et appréhender le monde par l'usage de la raison. Le courant rationaliste, lorsqu'il devient une doctrine philosophique, entend parfois s'opposer à l'empirisme, qui privilégie l'usage des sens et l'expérience, ou à la révélation religieuse.

Sens

Le sens est à la fois ce qui donne une direction et une signification. La question du sens de la vie est probablement la question spirituelle centrale aujourd'hui.

Calvinisme

Courant théologique protestant issu de Jean Calvin (1509-1564), Réformateur français né à Noyon. De formation humaniste, il étudie les lettres, la philosophie, le droit, l'hébreu, le grec, la théologie en divers lieux universitaires (Paris, Orléans, Bourges). En 1533, il adhère aux idées de la Réforme qu'il va dès lors de bien des manières diffuser. En 1534 il est obligé de quitter la France pour Bâle où il rédige la première édition de l'un de ses ouvrages majeurs l'Institution de la Religion Chrétienne. Il ira ensuite à Genève (1536), à Strasbourg (1538), puis revient à Genève (1541) où il jouera un rôle théologique et politique très important. Exégète, enseignant, prédicateur, sa pensée rigoureuse fut largement diffusée en France dans les années 1540-1550. Elle va contribuer à l'édification d'une Eglise réformée en France, dont le premier synode se tient en 1559 à Paris. La confession de foi et la discipline ecclésiastique qui y furent adoptées sont l'une et l'autre directement inspirées par Calvin.

Créationnisme

Doctrine qui se base sur la Genèse pour expliquer l'origine des espèces vivantes. Selon cette doctrine, les espèces ont été créées séparément en une seule fois et sont restées inchangées depuis l'origine de la vie. Le mouvement créationniste est né aux Etats-Unis au début du 20e siècle en réaction contre le darwinisme.

Darwinisme

Doctrine de Charles Darwin (1809-1882) et de ses successeurs selon laquelle l'évolution des organismes vivants résulte de la sélection naturelle. Elle donne une interprétation causale de l' évolutionnisme.

Ethique

Ce mot est souvent confondu avec celui de morale dont il est proche. L'un et l'autre désignent ce qui permet de déterminer les finalités de la vie humaine, ce qui est bien et mal, bon et mauvais, juste et injuste. On peut toutefois les distinguer en désignant du terme de morale les dispositions et prescriptions concrètes (dont le moralisme est la forme extrême) et du terme éthique les orientations ou convictions générales permettant à chacun de s'orienter dans ses comportements.
Pour le chrétien, l'expérience de la foi, ne se réduit pas à une pure intériorité. Elle s'exprime et se traduit concrètement au cœur de la réalité du monde par des paroles et des actes. L'éthique donne des indications qui permettent de vivre et agir dans la foi. On ne peut pas tirer de la Bible une éthique qui serait directement transposable pour aujourd'hui. Il faut plutôt essayer de comprendre comment les auteurs bibliques ont affronté les questions éthiques de leur temps et, à cette lumière, tenter de répondre aux défis de notre époque.

Evangile

Le mot évangile est un mot grec qui signifie " bonne nouvelle " ou " bon message ". On distingue deux compréhensions. Ce mot correspond premièrement à un genre littéraire et désigne les quatre premiers livres du Nouveau Testament : les évangiles selon Matthieu, selon Marc, selon Luc et selon Jean. On l'écrit alors avec une minuscule. Deuxièmement, il désigne un contenu. L'Evangile est alors la bonne nouvelle dont témoigne Jésus de la part de Dieu. Ce message de salut n'est pas indépendant de celui qui l'apporte. On peut dire que c'est Jésus lui-même qui est en quelque sorte la bonne nouvelle que Dieu envoie aux hommes.
L'usage majuscule /minuscule peut parfois être inversé (l'évangile de Jésus Christ parce qu'évangile est un nom commun ; l'Evangile de Matthieu parce que c'est un titre de livre).

Eschatologie

Ce terme désigne, littéralement, la doctrine de la chose dernière (eschaton en grec), ce qui touche à la fin du monde. Par extension, est aussi appelé eschatologique un événement attendu pour la fin des temps et qui s'est déjà produit (la venue du Christ : 1Corinthiens 10,11, Hébreux 1,2, 1Pierre 1,20), ou une réalité future dont on vit déjà même si elle n'a pas encore entièrement déployé ses effets (le salut reçu et encore espéré : Romains 8,24). Ainsi, en théologie, le terme " eschatologie " rassemble tout ce qui concerne l'espérance chrétienne dans sa plénitude présente et à venir, l'accomplissement, l'achèvement dans le temps et l'espace de l'œuvre de salut de Dieu. La théologie des Réformateurs accentuera une approche plus existentielle de cette notion, centrée sur l'oeuvre du Christ pour le croyant. Ainsi pour Luther, la foi qui justifie est une réalité réellement eschatologique.

Evolutionnisme

Courant d'idées interprétant l'univers actuel, et en particulier les espèces vivantes, comme étant le résultat inachevé d'un processus de différenciation et de complexification.

Fondamentalisme

Ce terme est apparu aux Etats-Unis, en contexte protestant au début du 20e siècle pour désigner un mouvement qui s'opposait au libéralisme protestant et au christianisme social. Ses membres considèrent que la Bible est exempte d'erreurs (inerrance des Ecritures). Ils pensent que la Parole de Dieu est la Bible (et non pas dans la Bible). En conséquence, ils s'opposent à toute forme d'interprétation du texte biblique. Les fondamentalistes défendent des thèses dites créationnistes opposées aux théories évolutionnistes de Darwin, considérant que celles-ci sont contraires aux textes bibliques de la création rapportés au début de la Genèse. De façon plus générale, on peut dire que le fondamentalisme protestant se manifeste par une fermeté, voire une rigidité doctrinale et éthique. Aujourd'hui on utilise souvent ce terme en-dehors de son contexte protestant et chrétien pour désigner les mouvements de réaffirmation identitaire qui se développent dans les diverses religions et qui se caractérisent notamment par une lecture littérale, on dit justement " fondamentaliste ", de leurs textes fondateurs alors sacralisés.

Loi

Cette notion est essentielle en théologie. Bien qu'elles aient été souvent confondues, il faut distinguer la loi civile qui organise la société et la loi religieuse qui dit ce que l'être humain doit faire pour être agréable à Dieu. Cette dernière peut être reçue de deux manières : comme un commandement que l'être humain doit accomplir pour être sauvé ; ou bien comme un commandement qui révèle à l'être humain combien il est incapable de se sauver lui-même. Dans le premier cas, nous parlerons d'un salut par les œuvres, dans le deuxième cas, l'être humain ne peut que compter sur la grâce de Dieu. En théologie, on parle aussi d'un 3e usage de la loi qui se trouve chez le Réformateur Calvin. Elle est alors une exigence éthique qui indique ce que le croyant est appelé à vivre à l'écoute de la Parole de Dieu. Non afin de gagner son salut par ses œuvres mais comme réponse joyeuse et reconnaissante à l'amour de Dieu.

Œcuménique / Œcuménisme

Le 20e siècle, et notamment sa seconde moitié, se caractérise par le développement des relations entre les différentes Eglises chrétiennes. On nomme ces relations " relations œcuméniques ". Mais en fait, il serait plus juste de les appeler " interconfessionnelles " car étymologiquement le mot œcuménique signifie " l'ensemble de la terre habitée ".

Réformateurs

Promoteurs de la Réforme religieuse qui, au 16e siècle, a contesté les positions traditionnelles de l'Eglise et donné naissance au protestantisme. Les Eglises luthériennes sont issues de l'oeuvre théologique du Réformateur allemand Martin Luther et les Eglises réformées de l'oeuvre théologique du Réformateur français Jean Calvin

Sacrement

Il s'agit d'un acte, geste ou signe accompli par les Eglises chrétiennes au cours du culte dans la fidélité à leur Seigneur. Un texte luthérien les définit comme " les rites qui font l'objet d'un commandement de Dieu et auxquels est jointe la promesse de la grâce ". Saint Augustin disait qu'ils sont des " signes visibles de la grâce invisible ". Le protestantisme connaît les deux sacrements qui ont été institués par Jésus-Christ d'après le Nouveau Testament : le baptême et la cène. Les catholiques et les orthodoxes en reconnaissent sept : le baptême, la cène ou eucharistie, la confirmation (conférée par l'évêque), l'ordination des prêtres (conférée par l'évêque), l'extrême-onction ou sacrement des malades, la pénitence et le mariage

Salut

L'Ancien Testament comprend le salut comme l'action de Dieu qui libère. Le texte de référence est la sortie d'Egypte, la libération de l'esclavage, de l'oppression. Cette idée de libération est reprise par le Nouveau Testament. La guérison d'une maladie, la relation rétablie avec Dieu et les autres, l'accueil de celui qui se considère perdu... sont signes du salut que Dieu donne. Le verbe "sauver" s'emploie au passif ce qui souligne le fait que Dieu est l'auteur du salut. L'être humain est sauvé, il ne se sauve pas lui-même.

Epiclèse

Prière qui invoque le Saint Esprit, souvent appelée " prière d'illumination ". Le mot est d'origine grecque et veut dire littéralement " appeler sur ". L'épiclèse se retrouve à deux moments de la liturgie protestante : avant la lecture de la Bible pour que l'Ecriture lue devienne Parole entendue et au moment de la Sainte Cène où le Saint Esprit est appelé sur les fidèles rassemblés pour qu'ils discernent la présence du Christ dans le pain et le vin partagé

Lectio divina

On désigne ainsi depuis des siècles une manière méditative de lire la Bible. Concrètement les formes peuvent varier, selon qu'elle est pratiquée seul ou en groupe. Souvent, on lit le passage plusieurs fois, permettant ainsi une familiarisation avec le texte, puis, après des moments de silence qui favorisent une appropriation (parfois introduits par l'invitation de retenir une pensée particulière suggérée par le texte lu), on peut formuler une prière inspirée de la méditation précédente. Il est possible aussi d'intégrer dans le déroulement une étude plus poussée du texte

Reuilly, Règle de

La citation provient de la règle d'une communauté protestante de diaconesses (soeurs), fondée au 19e siècle par Mme Caroline Malvesin et le pasteur Antoine Vermeil. Il s'agit d'une communauté aujourd'hui établie dans divers lieux, entre autres à Paris et à Versailles, qui a élargi son ministère de service et de prière auprès des malades à tous ceux qui viennent vers elle pour partager un temps de retraite spirituelle

Spiritualité

Le substantif vient du latin spiritus (esprit) et désigne de manière large le " travail de l'esprit ". Il apparaît pour la première fois au 5e siècle, puis en lien avec les mouvements monastiques. A côté du mot " spiritualité " se trouve parfois celui de " piété ". Dans le langage populaire, ce dernier a souvent une connotation négative de fuite hors du monde. La spiritualité protestante rejette toute pensée de faire valoir des exercices de piété (prière, contemplation, ascèse,...) devant Dieu. Luther, ancien moine, a même pu écrire : " Nous affirmons que la religiosité humaine n'est rien d'autre qu'une atteinte à la Majesté divine et que, de tous les péchés que l'homme peut connaître, la piété est le plus grand. " (Sermon sur 1Pierre 15,23) Le lieu de la spiritualité protestante n'est plus le monastère, mais la paroisse, la famille. Elle est centrée sur la participation à la célébration du culte et sur la lecture de la Bible.

Allitération

Plusieurs mots d'une phrase commencent par la même lettre

Poèmes alphabétiques

Les premières lettres de chaque strophe du poème, parfois de chaque verset, suivent l'alphabet (en ce qui concerne l'Ancien Testament, il s'agit évidemment de l'alphabet hébraïque)

Rouleau

Les livre bibliques ont été écrits sur des rouleaux. Le terme se trouve dans certaines traductions bibliques et, parfois, est simplement remplacé par " livre "

Liturgie

Le mot vient du grec leitourgia et veut littéralement dire " service du/pour le peuple ". Elle a donc toujours une dimension communautaire. Elle est partagée par plusieurs. La prière liturgique est une prière connue qui peut être dite par plusieurs personnes. Elle est souvent rythmée, parfois chantée, connue par coeur. Elle propose un déroulement fixe d'une célébration. Comme la liturgie connote la répétition, elle est parfois critiquée par les adeptes d'une spiritualité qui se veut avant tout spontanée. Mais elle permet aussi de découvrir une richesse, une ouverture vers des formes d'expression qui ne sont pas seulement individuelles. Elle inscrit le croyant dans un espace plus vaste

Altérité

Le fait d'être autre, d'être différent de manière plus ou moins fondamentale : l'homme et la femme par exemple. Plus radicalement, on parle de l'altérité de Dieu qui ne se confond pas avec l'être humain

Doxologie

Le mot est d'origine grecque : doxa veut dire la gloire. Dans la liturgie, la doxologie est donc une louange qui dit ou chante la gloire de Dieu. La formule classique est trinitaire : " Gloire au Père, gloire au Fils, gloire au Saint Esprit "

Spener

Né en Alsace en 1635, il entreprend des études de philosophie puis de théologie à Strasbourg. Après Bâle, Genève, Lyon, Stuttgart, Tübingen, il revient en 1666 à Strasbourg où il est prédicateur à la Cathédrale. C'est à Francfort (à partir de 1670) qu'il va donner forme au piétisme luthérien, préparé déjà en Allemagne par Johann Arndt (1555-1621). Parus en 1675, les Pia desideria, ou " Désir sincère d'une amélioration de la vraie Eglise évangélique " en constituent le texte fondateur, réclamant une réforme du pastorat, l'affermissement des fidèles et des communautés, la pratique de la piété, l'enracinement de la théologie dans les Ecritures. Il insiste sur la nouvelle naissance et donc sur une conception individualiste de la foi. L'Eglise est considérée comme le rassemblement de ceux qui sont " nés de nouveau ". En 1686 il est à Dresde, en 1691 à Berlin. L'un de ses disciples fut August Hermann Francke à Halle (1663-1727)

Synode

L'étymologie grecque donne le sens : " faire route avec ". Il désigne en protestantisme une assemblée de personnes (pasteurs et autres membres d'église) déléguées par les communautés locales, qui prend les décisions et donne les orientations pour une union d'Eglises locales

Actes

Ce livre du Nouveau Testament est la deuxième partie de l'œuvre de l'évangéliste Luc. Il y raconte le développement de la première Eglise, de Jérusalem jusqu'à Rome, selon un plan qui suit l'expansion progressive du christianisme. On y voit les apôtres à l'œuvre pour porter l'Evangile " jusqu'aux extrémités de la terre ". Deux d'entre eux jouent un grand rôle : Pierre et Paul. La conversion de Paul est rapportée, ainsi que ses trois voyages. On y trouve des éléments historiques importants sur la primitive Eglise, les difficultés et les persécutions qu'elle rencontre, mais aussi des indications sur les premiers débats théologiques qui la traversent, en lien avec l'ouverture de la mission du monde juif vers le monde païen. Ce livre propose une théologie missionnaire

Baptême

On distingue dans les textes du Nouveau Testament deux types de baptême :

  • le baptême de Jean le Baptiste, un baptême de conversion qui s'apparente aux purifications rituelles de l'Ancien Testament et
  • celui qui sera le premier sacrement des chrétiens. Ce dernier est aussi appelé un baptême d'eau et d'Esprit.

Le baptême signifie la pleine communion avec le Christ et en même temps l'entrée dans l'Eglise. L'eau reste le symbole du baptême chrétien. Pour les protestants le baptême est signe de la grâce que Dieu accorde. Il manifeste et exprime le salut mais ne le confère pas. De même il ne fait pas entrer dans l'Eglise, mais témoigne qu'on lui appartient.

Bonhoeffer

1906-1945. Théologien protestant. Il devient pasteur et aumônier auprès des étudiants. Il enseigne d'abord à Berlin. Sa vie bascule avec l'accès d'Hitler au pouvoir. Opposant de la première heure, il va diriger le séminaire pastoral (illégal aux yeux des nazis) de Finkenwalde où existe une véritable vie communautaire. Il a une grande activité d'animateur en Poméranie dans l'Eglise confessante (qui refuse la tutelle des nazis). Interdit d'enseigner et de publier, il entre dans la résistance. Arrêté en 1943 il est emprisonné. Il meurt, pendu dans le camp de concentration de Flossenbürg les derniers jours de la guerre (1945). De la vie communautaire (1939) a été son œuvre la plus lue de son vivant. Ses autres œuvres les plus connues : Le prix de la grâce (1937 ; en allemand Nachfolge " Suivance "), Résistance et soumission (lettres de prison) paru en 1951.

Cène

Souper, dernier repas de Jésus. Quatre textes du Nouveau Testament (Matthieu 26,17-30, Marc 14,12-31, Luc 22,7-23, 1Corinthiens 11,23-26) nous disent que Jésus, juste avant son arrestation, partagea avec ses disciples le pain et le vin et leur demanda de répéter ce geste en mémoire de lui. A cause de cela, pour les Eglises issues de la Réforme, la cène est, avec le baptême, considérée comme un sacrement. Elle est célébrée régulièrement, mais pas obligatoirement, au cours de chaque culte. Ceux qui y participent discernent dans le pain et le vin partagés la présence véritable du Christ. C'est donc dans la foi et pour la foi qu'ils sont les signes du corps et du sang du Christ.

Conseil presbytéral

En affirmant le sacerdoce universel, la Réforme a donné un rôle important aux membres de l'Eglise, autres que les pasteurs. Ainsi, Calvin distingue le ministère des Anciens, qui avaient, au 16e siècle, un rôle important de surveillance (par exemple concernant les mœurs pour autoriser l'accès à la Cène). Aujourd'hui, dans les Eglises issues de la Réforme, ce sont les conseillers presbytéraux, élus par l'assemblée générale de l'Eglise locale. Ils exercent avec le pasteur des responsabilités spirituelles, matérielles, financières. Ils choisissent, par élection, le pasteur. Ils élisent parmi eux leurs représentants dans les instances de gouvernement de l'Eglise (les synodes).

Dissémination

Ce mot désigne la réalité des Eglises minoritaires (par exemple le protestantisme en France) dont les membres et les communautés sont dispersés au cœur de la société. Elle n'est pas seulement géographique, mais peut être aussi culturelle, temporelle, spirituelle, théologique. Ce sentiment de dispersion, d'éparpillement, de dissolution est exacerbé par le caractère déchristianisé de la société contemporaine. Tant que le christianisme occupait une place centrale, ses propres valeurs constituaient les repères de la société. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Cette dissémination est souvent perçue comme une perte qui met en question l'identité et le témoignage de l'Eglise. En même temps, cette situation a amené des évolutions très positives afin d'organiser la vie de l'Eglise autrement que sur un modèle traditionnel, faisant une place plus grande à de petites assemblées et à des ministères exercés par des laïcs. Les Eglises redécouvrent aussi dans la Bible que la dissémination n'est pas une douloureuse exception mais qu'elle est souvent présentée comme la norme pour le chrétien. On peut penser au verset de l'épître aux Hébreux (11,13) rappelant aux croyants qu'ils sont " étrangers et voyageurs sur la terre ".

Ecclésiologie

Réflexion dogmatique au sujet de l'origine et de la nature de l'Eglise, des charismes, des ministres, de son statut théologique et juridique ainsi que de la question de l'unité de l'Eglise dans une chrétienté divisée

Enthousiastes

Ce terme qui littéralement veut dire "en Dieu" (du grec : en-theou) est utilisé par les Réformateurs, notamment Luther, pour désigner les exaltés (en allemand Schwärmer) qui, au 16e siècle, se laissaient aller à leur subjectivité. Sous l'influence supposée du Saint-Esprit, ils prétendaient apporter des révélations particulières et menaçaient le mouvement réformateur par des excès dans les domaines religieux, ecclésial et politique. Pour les combattre, les Réformateurs ramèneront à la lecture des Ecritures bibliques. Elles seules peuvent empêcher les croyants de flotter au gré de leurs idées personnelles, voire de leurs illuminations dont sont si friandes les religiosités contemporaines. On peut parler d'enthousiasme, chaque fois que l'être humain, au lieu de s'en tenir à la Parole de Dieu (extérieure à lui), recherche des fantaisies personnelles, des expériences spirituelles permettant de trouver en lui-même, un accès direct à Dieu

Ministre-ministère

Etymologiquement, le mot " ministre " signifie " serviteur " et " ministère " " service " (avec, au départ, une notion d'infériorité : la même racine a donné " moins " ou " mineur " !). La Réforme, avec le principe du sacerdoce universel, reconnaît des ministères divers, que tout membre de l'Eglise peut théoriquement les exercer, mais qui sont confiés durablement ou temporairement à ceux qui sont aptes à les accomplir. Le ministère de la Parole est confié à des " ministres " formés et reconnus par la communauté. Au 16e siècle, le terme de " ministre " ou de " serviteur " désigne les pasteurs (terme qui ne deviendra courant qu'au 19e siècle). Aujourd'hui encore, ce terme est l'appellation officielle pour les pasteurs de l'Eglise Réformée de France. Il dit bien que le pasteur, le ministre, est un serviteur qui est là pour aider l'ensemble des fidèles à assumer leur sacerdoce commun. Il est aussi le serviteur de la Parole

Monastique

" Qui concerne les moines ". Ce terme provient du grec monos " seul, unique ". Existant déjà dans d'autres cultures et religions, le monachisme chrétien apparaît en Egypte au 3e siècle de notre ère : certains chrétiens s'isolent afin de vivre seuls au désert (vie de prière et d'ascèse). Ce sont les premiers moines chrétiens. Certains vont se regrouper pour vivre en communauté. Au cours des siècles, cette forme de vie va jouer un rôle considérable dans l'expansion et le rayonnement du christianisme. De nombreux ordres monastiques sont créés au cours de l'histoire. Critiqué et remis en cause par Luther, le monachisme disparaît dans les Eglises issues de la Réforme jusqu'au 19e siècle qui voit la réapparition de communautés de type monastique au sein du Protestantisme, mouvement qui se poursuit au 20e siècle, même si le phénomène y reste marginal et souvent contesté

Péché

Du mot hébreu " manquer un but ", " être séparé de ". Dans la Bible, le péché est la rupture du lien de la personne avec Dieu. Le pécheur est celui qui oublie l'alliance avec Dieu en ne respectant pas ses commandements, en violant ses droits et en transgressant ses lois. Deux compréhensions de ce mot existent dans le langage de la Bible. Certains textes jouent justement sur ces deux compréhensions. L'une est morale et l'autre théologique. La compréhension morale appelle " pécher " : commettre des actions non conformes à la loi. Par exemple : voler quelque chose à quelqu'un, mentir, etc. Il existe aussi une compréhension théologique de ce terme. " Pécher " veut alors dire : vivre sans référence à Dieu, être coupé de Dieu. Le péché, c'est vivre sans Dieu ou prendre sa place ou encore se fabriquer des dieux avec les choses du monde c'est-à-dire l'idolâtrie. Le péché n'est pas identifiable aux fautes morales, mais elles sont les effets et les symptômes de cette relation faussée avec Dieu

Piété-Piétisme

La piété désigne la dévotion, l'attachement aux devoirs et pratiques religieuses, avec une nuance de ferveur dans le langage courant. Ce mot a donné son nom a un courant important qui a touché et marqué fortement la piété protestante : le piétisme. Il vaudrait d'ailleurs mieux parler des piétismes car il y a une grande diversité à l'intérieur de ce mouvement. Dès les 17e et 18e siècles, s'opposant à un christianisme de routine et au dogmatisme théologique, il insiste sur un " Réveil ", une " conversion " de chaque croyant, sur une vivification spirituelle de la vie de l'Eglise et sur une transformation du monde en vue du Royaume du Christ. Il développe la vie communautaire (" communautés de réveillés ") mais tend aussi à développer une pratique centrée sur l'individu (introspection, insistance sur la conversion personnelle et la régénération). Il a suscité de nombreuses productions artistiques et littéraires, et marque encore une partie de la piété protestante. Certaines formes du piétisme ont aussi donné naissance à des œuvres diaconales.

Psychique

Ce mot s'oppose dans les lettres du Nouveau Testament à " spirituel : qui vient du Saint-Esprit ". L'adjectif " psychique " désigne ce qui est l'expression des désirs humains, ce qui vient de la seule nature de l'homme, séparée de Dieu ou opposée à sa volonté

Réveil

Le Réveil ou les réveils désignent divers mouvements qui se sont manifestés dans le protestantisme, surtout anglo-saxon, à partir du 18e siècle et jusqu'au début du 20e siècle, qui se proposaient de " réveiller " une foi jugée " endormie ". La conversion de la personne interpellée par une prédication de type émotionnel est centrale. Les réveils se manifestèrent par des mouvements spectaculaires de conversions et un dynamisme dans le domaine de l'évangélisation. Cherchant à réveiller les Eglises existantes, ces mouvements aboutirent plusieurs fois à la formation de nouvelles Eglises (ainsi les Eglises méthodistes ou le Pentecôtisme)

Charismatique

A l'origine, le mot " charisme " désigne un don de la grâce (charis), distribué par le Saint Esprit, utile à la vie des communautés. L'adjectif sert à caractériser une spiritualité qui insiste sur certains dons. Le mouvement charismatique insiste sur ces dons, individuels et communautaires : prière expressive, prophétie, guérison, parler en langues.
Voir aussi les mots " Réveil ", " Renouveau " et " Pentecôtisme ".

Incarnation

C'est ainsi que l'on désigne le fait que Dieu prend chair en Jésus de Nazareth. Il partage donc la condition humaine avec ses aspects les plus admirables et aussi les plus difficiles : fatigue, tristesse, découragement, souffrance. L'incarnation du Christ appelle à son tour une incarnation de la foi du chrétien. Sauf à trahir un aspect essentiel du message chrétien, le croyant ne peut se désintéresser de la vie concrète des personnes ni de sa propre "épaisseur humaine".

Mystique

Ce mot peut désigner des expériences spirituelles variées. Il est souvent utilisé de manière abusive. Il recouvre au sens strict tous les courants et méthodes qui visent à une rencontre directe entre l'être humain et le divin/Dieu. Cette rencontre peut avoir les traits d'une union, voire d'une fusion. La tradition chrétienne souligne l'importance d'une telle expérience personnelle avec Dieu. Elle met toutefois en garde contre tout ce qui tendrait à effacer la dimension d'altérité (l'être humain et Dieu fusionnant en une seule réalité). Le risque de la mystique est aussi de conduire parfois à un détachement des réalités matérielles et sociales

Pentecôtisme

Il s'agit d'un mouvement qui a démarré au début du 19e siècle aux Etats-Unis et a créé de nombreuses Eglises de par le monde. Elles se caractérisent par une lecture volontairement simple et directe de l'Ecriture, une expression démonstrative émotionnelle de la foi, une importance accordée à la guérison. Le baptême du Saint Esprit constitue la condition d'appartenance à l'Eglise. La tendance pentecôtisante se trouve aussi dans bien des Eglises qui ne portent pas cette étiquette

Renouveau

Plus récent dans le domaine spirituel que le mot " Réveil " , le Renouveau désigne un ensemble de courants, mouvements et communautés qui se sont développés d'abord aux Etats-Unis puis en Europe à partir des années 1970, aussi bien à l'intérieur des Eglises historiques que dans des groupes indépendants. On parle aussi à propos du " Renouveau " de courant " charismatique "

Retraite

Dans le domaine de la vie spirituelle, les retraites sont des temps où une personne, seule ou avec d'autres, se retire provisoirement de la vie quotidienne pour approfondir la connaissance des Ecritures, méditer sur sa vie et prier. De telles possibilités de retraite sont organisées par des groupes de prière, des communautés, des Eglises ou ensemble d'Eglises. Certaines communautés organisent, en permanence ou dans le cadre de sessions, l'accueil de personnes désirant faire retraite.

Lienhard, Marc

La foi vécue, Strasbourg : Faculté de théologie protestante, 1997.