Formation biblique et théologique

Apocalypse, mode d’emploi - Clés de lecture

Apocalypse, une révélation

Le 1er mot du livre, Apocalupsis en grec, est devenu un terme technique, latinisé puis francisé. Les pères de l’Église Ce sont des auteurs chrétiens des premiers siècles qui, par leurs écrits font autorité en matière de foi. Le titre « Pères de l'Église » est attribué aux auteurs qui ont professé la doctrine chrétienne et reçu l’approbation de l’Église.* l’ont utilisé comme titre du livre puis l’ont appliqué à d’autres livres. Cependant ce mot a d’abord une signification littérale : « dévoilement » ou/et « révélation ».

Le mot « Révélation » comme traduction du grec apocalupsis a été gardé par les anglo-saxons comme titre du livre (Book of Revelation ou Revelation of John). Le mot est intéressant dans le sens où dans la Bible Hébraïque La Bible Hébraïque (abréviation : BH), appelée Ancien Testament ou 1er Testament dans la culture chrétienne. Au 21è siècle, l’usage des termes Bible Hébraïque ou 1er Testament, est préféré au terme Ancien Testament pour ne pas déprécier les écrits religieux juifs.* (BH), la révélation est toujours une manifestation de Dieu révélant ses projets, sa justice ou son salut. En tant que révélation divine, elle vient d’ailleurs, c’est-à-dire qu’aucun humain ne peut la provoquer, que ce soit par raisonnement, par déduction intellectuelle, par spéculation, ou encore par une discipline spirituelle. Pour rendre compte de cette révélation, l’auteur décrit ce qu’il a vécu, sous forme de visions et à l’aide de symboles connus de ses lecteurs.

La traduction « dévoilement » amène une nuance. Tout d’abord, dévoilement ôte à révélation son aspect initiatique laissant supposer un livre réservé à une élite. Or, le message de l’Apocalypse doit être porté par écrit à la connaissance de l’Église (Ap 1,9-11). Il s’agit d’une invitation, à destination de chacun-e personnellement et à l’Église toute entière, à changer de regard sur le monde à la lumière du dévoilement reçu par l’auteur.

Ce dernier reprend une idée que Paul développe en 2Co 3,6-18 : il y explique que depuis Moïse toute lecture de la Torah C'est le coeur de la Bible hébraïque qui contient 5 livres d'où son nom grec de Pentateuque (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome). Ces livres racontent les événements de la création du monde jusqu'à la mort de Moïse et présentent la loi que tout juif doit respecter.* est voilée. Depuis le matin de Pâques, Jésus-Christ est la clé d’interprétation qui renouvelle la compréhension des Écritures.

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Méthode

L’auteur de l’Apocalypse se réfère constamment à des textes de la Bible Hébraïque (BH La Bible Hébraïque (abréviation : BH), appelée Ancien Testament ou 1er Testament dans la culture chrétienne. Au 21è siècle, l’usage des termes Bible Hébraïque ou 1er Testament, est préféré au terme Ancien Testament pour ne pas déprécier les écrits religieux juifs.*) et à la littérature apocalyptique La littérature apocalyptique est un genre d'écriture qui répond à plusieurs critères. Les plus importants le caractérisent comme un discours sous forme de vision, exhortant les lecteurs à tenir ferme dans une période périlleuse et leur réaffirmant l'horizon d'un jour dernier qui verra la victoire de Dieu sur le monde.*. À la différence des premiers lecteurs du livre vivant à fin du Ier siècle, pour lesquels le canon des écritures saintes se limitait au 1er Testament La Bible Hébraïque (abréviation : BH), appelée Ancien Testament ou 1er Testament dans la culture chrétienne. Au 21è siècle, l’usage des termes Bible Hébraïque ou 1er Testament, est préféré au terme Ancien Testament pour ne pas déprécier les écrits religieux juifs.*, pour la personne qui lit aujourd’hui ce texte, il est plus difficile de discerner les allusions à des textes que nous connaissons mal ou pas du tout.

L’étude du livre nécessite premièrement de retrouver les références de l’auteur. Ce travail de fourmi nécessite une bonne connaissance de la BH La Bible Hébraïque (abréviation : BH), appelée Ancien Testament ou 1er Testament dans la culture chrétienne. Au 21è siècle, l’usage des termes Bible Hébraïque ou 1er Testament, est préféré au terme Ancien Testament pour ne pas déprécier les écrits religieux juifs.*.
Dans les marges d’une bible d’étude Il est recommandé d’utiliser une bible d’étude, c’est à dire possédant des notes de bas de page détaillées, une introduction approfondie pour chaque livre, et des concordances bibliques. Nous recommandons l’une de ces trois éditions : - Traduction Œcuménique de la Bible (TOB), notes intégrales, Paris : Cerf ; Villiers-le-Bel : société Biblique Française, 2010., on trouvera les références bibliques qui renvoient au texte évoqué. Pour les références faites à la littérature apocalyptique, on pourra se reporter aux notes de page d’une bible d’étude ainsi qu’aux commentaires bibliques (cf. Bibliographie).

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Architecture du livre

Les exégètes Spécialistes de l’exégèse. L’exégèse est une science qui consiste à établir, selon les normes de la critique scientifique, le sens d’un texte, en particulier ici du texte biblique.* ont longtemps pensé que l’Apocalypse était une succession plus ou moins incohérente de textes mis bout à bout. L’analyse montre un livre très structuré. La difficulté vient du fait que plusieurs plans sont possibles.
Une cohérence se révèle à partir de ce que l’on appelle les « septénaires » : les textes s’enchaînent par série de 7 (lettres, sceaux, trompettes, anges, coupes). Le septième élément ouvre la série suivante. Il en résulte une suite de septénaires engrenés les uns dans les autres. Chaque septénaire possède un plan récurrent : apparition, série d’événements, conclusion par un chant de louange et de glorification (doxologie).

Par ailleurs, au 1er chapitre, l’auteur lui-même renseigne sur son intention : il reçoit l’ordre de transmettre par écrit le message qui lui est révélé : « Écris donc ce que tu as vu, ce qui est, et ce qui doit arriver ensuite » (Ap 1,19).

« ce que tu as vu », renvoi au passé de l’auteur c’est-à-dire la vision inaugurale (Ap1,12-20), qui révèle le Christ vivant présent au milieu des siens.

« ce qui est », renvoi au présent des destinataires, les 7 Églises d’Asie mineure à qui sont adressées les lettres des chapitres 2 et 3 .

« ce qui doit arriver ensuite », correspond aux chapitres 4 à 22 que l’on pourrait résumer ainsi « Christ est le vivant, présent avec vous : vivez ici et maintenant avec une confiance renouvelée ».

D’autres plans sont possibles selon différents critères (nombres, passages liturgiques, etc.). Chaque proposition est pertinente et est une aide pour se repérer dans une succession de tableaux qui rend compte du même message mais sous un angle à chaque fois différent.

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Interpréter l’Apocalypse

Quand on commence l’étude de ce livre, on est frappé par la multitude des commentaires qui traversent les siècles et l’usage qui en a été fait, parfois soutenant des communautés en crise, parfois au contraire justifiant les pires dérives (fanatisme violent, dogmes absolus, sectes radicales annonçant un Dieu dont la colère mènera le monde perdu à la destruction, etc.). La lecture critique de ces commentaires fournit un bon exemple des difficultés rencontrées dans l’interprétation de l’Apocalypse, particulièrement des symboles dont se sert l’auteur pour rendre compte de sa vision.

Paul Ricœur De l’interprétation – essai sur Freud, Paris, Seuil, 1965 pose le problème relatif à tout symbole : « le symbole demeure prisonnier de la diversité des langues, des cultures et en épouse l’irréductible singularité ».
L’être humain s’inscrit dans cette singularité quand il ouvre un texte ancien qui appartient à la mémoire collective, avec des symboles riches de significations, et qui le précède à travers des traditions, des rites, des mythes déjà mis en récit.
Le symbole appelle à la réflexion, il donne à penser, il demande une interprétation afin d’en dégager un sens pour le lecteur. De fait, les interprétations sont diverses. Une interprétation unique, définitive et absolue est une illusion. Le conflit entre les diverses interprétations est inévitable ; s’y opposent la réduction des illusions et la restauration du sens le plus plein.
L’une et l’autre de ces démarches s’opposent. Mais l’une et l’autre convoquent la réflexion du lecteur qui se trouve confronté à une décision : pencher pour l’une en rejetant l’autre ou se laisser travailler par la contradiction des interprétations. Cette dernière attitude ouvre une autre voie qui fait de la prise en compte du conflit des interprétations une discipline de la réflexion. La tâche ne sera pas de révoquer une interprétation pour une autre, mais de justifier la dépendance de la réflexion à toutes ces interprétations déjà constituées et qui parfois s’excluent mutuellement.
Paul Ricœur exhorte à une ascèse herméneutique Qui concerne les questions d'interprétation des Ecritures. L'herméneutique est la discipline scientifique qui travaille sur ce sujet .* qui tient ensemble ces 3 pôles – réflexion, réductions des illusions et restauration du sens – afin qu’ils s’enrichissent mutuellement. Il en fait une discipline de pensée qu’il nous faut appliquer à l’étude du livre de l’Apocalypse.

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L’auteur

Au 1er chapitre, quelques indices sont donnés : c’est un certain Jean vivant en Asie Mineure à la fin du Ier siècle. À ses destinataires qu’il appelle « serviteurs de Jésus-Christ » (Ap 1,1-3), l’auteur se présente aussi comme « serviteur », refusant ainsi toute prééminence que pourrait lui apporter sa position de « voyant ». Le fait que Jean soit en exil dans l’île de Patmos fait certainement de lui un notable. En effet, sous Domitien, la déportation remplaçait la peine capitale pour les notables.

Au XXe siècle, il y a quasi-unanimité pour le distinguer de l’auteur de l’évangile selon Jean. En effet, sur le plan linguistique, l’évangile selon Jean et l’Apocalypse ne sont pas du même auteur.

Cependant, il existe une proximité théologique entre ces écrits issus des communautés d’Asie mineure et que l’on appelle écrits johanniques Cette expression désigne la communauté dans laquelle et pour laquelle l’évangile de Jean a été rédigé (« johannique » vient de Jean). La critique historique et exégétique estime que cette communauté johannique s’est constituée en Syrie et s’est déplacée ensuite en Asie Mineure.*. La forte parenté entre l’Apocalypse et le 4e évangile s’exprime par :

  • Des métaphores centrales comme : l’épouse – la mère, l’eau de la vie (le salut comme don de Dieu).
  • Le titre agneau Voir l'étape 5 « Un agneau blessé » qui s’applique au Christ.
  • La notion de Temple : la présence du temple se justifie dans le monde présent et disparaît dans l’autre monde.
  • La valorisation de la croix comme lieu de la manifestation, de l’élévation, de la gloire et la victoire du Christ.
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Décrire une Vision, ou comment rendre compte d'un événement indicible

Dans le livre de l’Apocalypse, l’auteur rend compte d’un événement essentiel et marquant advenu dans sa vie, et dans lequel il reçoit l’ordre de diffuser le message qu’il y discerne et qui fait sens pour lui et ses frères ( Ap 1,1-11). Cet événement, c’est le nom de Dieu qui lui advient en tout premier lieu (Ap 1,4-8) sous la forme « l’étant, l’était, le venant ».
L’expérience mystique de l’auteur est un événement indicible en lui-même. Pour être communicable, il doit passer par un média compréhensible par ses destinataires. Pour se faire comprendre, Jean passe par un écrit, destiné à être lu en assemblée au cours de la liturgie, et use d’un langage symbolique et poétique Langage qui cherche à représenter la dynamique de l’événement. C’est un langage qui évoque plus qu’il ne décrit, et qui demande au lecteur de s’impliquer dans la recherche du sens à trouver., de concepts, de références littéraires existantes et connues des lecteurs de la fin du Ier siècle.
Jean ne décrit donc pas ce qu’il a « vu » puisqu’il utilise des symboles déjà vus et connus. La vision mise en récit est à recevoir non comme la description fidèle de ce que l’auteur a vu avec l’organe sensitif que sont ses yeux, mais comme l’expression du sens qu’il dégage de ce qu’il a vécu.
Le contenu du message se veut compréhensible par tous en vue de traduire l’événement advenu. Il revient alors au lecteur d’interpréter dans sa réalité propre l’événement qui se présente à lui à travers un texte fragile et susceptible de modifications dans sa réception Ce sont des termes techniques pour dire les caractéristiques de tout discours. La traductibilité et la labilité renvoient au caractère fragile, peu stable, susceptible de modifications du contenu du discours : D’une part, dans l’acte de lecture, le lecteur trouve des significations qui l’entraînent vers différents sens déjà significatifs pour lui..

Le lecteur n’a pas à rechercher le « vrai ou faux » ni une connaissance dure. Il est convié à entrer dans le mouvement de l’événement advenu à l’auteur et qui dépasse ce dernier. Ce qui fait sens n’est pas tant le contenu du message, mais « l’événement du message » et que ce message vienne faire « événement », ici et maintenant, dans sa vie. Lire l’Apocalypse implique donc le lecteur. Ce dernier évitera les pièges d’une lecture littéraliste dans une démarche rigoureuse d’ interprétation.

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Réduction des illusions

La « réduction des illusions » peut-être entendue comme « faire mourir les idoles », autrement dit, débusquer ce qui dans les interprétations est de l’ordre de l’idole, c’est-à-dire la construction d’une interprétation considérée comme absolue à partir des projections de ses convictions propres ou de convictions au service d’une idéologie à laquelle l’interprète se réfère.

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Réflexion

Dans le cadre de l’interprétation d’un texte ancien, nous mettons sous le mot « réflexion » tout ce qui concerne l’étude du texte avec les méthodes scientifiques à disposition, autrement dit, les outils de l’exégèse (critique textuelle, traductions, méthode historico-critique, architecture, narratologie, etc.).

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Restauration du sens

La « restauration du sens » revient à « écouter les symboles » dépouillés – à l’aide des outils de l’exégèse – de ce qui les accompagne dans l’histoire et la culture qui les a transmis jusqu’au temps de l’interprète. Non pour instaurer un nouveau sens absolu, mais afin de restaurer concrètement, ici et maintenant, ce qui fait sens.

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